Fissures dans le vieux monde ?, par Jacques Seignan

Ouvert aux commentaires.

Actuellement il y a de nombreuses révoltes urbaines partout dans le monde. Les médias européens sont évidemment centrés sur nos pays et Barcelone est au premier plan avec des images d’émeutes inimaginables (pas plus qu’à Paris en décembre dernier…).
Mais si l’on considère que rien n’est résolu ni en Algérie, ni à Hong Kong avec des mobilisations massives (qui tournent à la violence dans cette ville), il y a d’autres foyers dont on parle trop peu :
– En Guinée : à Conakry, 9 morts dans des manifestations contre Alpha Kondé (81 ans).
– En Équateur : à Quito où Lenin a dû céder après avoir fui sa capitale …
– au Chili : état d’urgence à Santiago (très sinistre souvenir) après le chaos à Santiago, hier
– au Liban : un 3e jour de manifestation, le centre-ville de Beyrouth comme un champ de bataille…
– en Irak : 100 morts à Bagdad après 6 jours d’émeute, la situation semble « calmée »…

Peut-on déceler des analogies ? Des augmentations subites de prix qui sont autant d’agressions contre les plus pauvres, des jeunesses qui ne supportent plus la corruption institutionnalisée et le cynisme des pouvoirs, le rôle du FMI qui est toujours une machine à créer les révolutions… (mais sans la CIA, c’est plus dur de les mater)

Aujourd’hui à Londres (après les blocages réussis d’Extinction Rebellion) une gigantesque manif anti-Brexit a eu lieu.

En Allemagne, il n’est pas anodin que les personnels des compagnies aériennes low cost de Lufthansa (ce pays si vertueux où l’on discute) se mettent en grève dimanche ou qu’en France il y ait cette saine réaction à la SNCF. Trop c’est trop !

La doxa ultralibérale doit faire face à ses échecs constants et catastrophiques : l’Argentine en est le dernier exemple. Il faut noter qu’en Europe deux succès aux élections sont apparemment opposés mais peuvent avoir des causes communes : succès d’Antonio Costa (PS) au Portugal et du Pis en Pologne. Dans les deux cas, une politique redistributive a été mise en œuvre et les électeurs les plus modestes y trouvent concrètement leur intérêt. Bien sûr le PiS est répugnant mais M. Tusk devrait se poser des questions tout comme les dogmatiques de Bruxelles en considérant la politique efficace mise en place au Portugal par l’union des gauches.

Un facteur ne doit pas être négligé : dans le Village mondial grâce à Internet, un jeune Libanais ou Guinéen sait ce qui se passe à Lima ou Santiago, en temps réel.
Ah le mauvais exemple ! On comprend mieux la haine contre Greta Thurnberg : car de ce côté-là aussi, il va falloir s’attendre à des mobilisations surprenantes.

Le vieux monde craquerait-il enfin ?

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38 réflexions sur « Fissures dans le vieux monde ?, par Jacques Seignan »

  1. Il est pertinent de s’interroger sur la concomitance de toutes ces manifestations à travers le monde.
    Il y 50 ans, 1968 aussi avait été une année de très nombreuses manifestations : https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Mouvements_sociaux_de_1968_dans_le_monde . Est-ce comparable ? Ça mérite examen.
    Quelle conclusion tirer de ce qui se passe sous nos yeux ? Est-ce la fin du vieux monde ? Ou plutôt, au contraire, la fin du « monde moderne » et de son idéologie du « progrès » ?
    Par la télévision en effet, et par le cinéma et par les réseaux sociaux, accessibles aux quatre coins du monde, il est facile de comparer et donc de constater : le « progrès » ne profite pas à tous, loin de là ! et ça ne fait qu’empirer, et pire, ce « progrès » pour quelques-uns se fait aux dépens d’un bien commun, la planète, et pire encore, par la dette il se fait aux dépens du futur… Il y a de quoi être en colère ! Sans parler de la misère, de la famine, des armes… qui font leurs ravages un peu partout alors qu’ailleurs nous nous prélassons dans le confort.
    Quoi penser ? Quoi faire ?
    Et qui ?
    C’est bien joli de faire le constat mais qui peut engager un changement de route ?

  2. C’est jaune, mais ce ne sont pas des gilets : ce sont des citrons pressés.

    1968/2019 ?
    Autant mai 1968 pouvait être lié à un enjeu de pouvoir et de patriarchie pesante à renverser (dans un monde où, dirait Piketty, le « propriétarisme » était à un minimum historique), autant je verrais plus 2019 comme lié à un enjeu socio-économique :

    de la nasse où se trouve le ci-devant citron pressé, on perçoit que d’immenses forces et capitaux circulent chez les décideurs et gouvernants (la Balkanysation du monde !), et que le TINA va dans le sens de ces flux là, auxquels le jus de citron se voit prier de participer au titre du ruissellement « 5G », forcément mieux que 4G, 3G, etc, que vous aviez pourtant adoré.

  3. mais tout le monde s’en fout ; le « tout le monde » étant à la fois les gouvernants et les friqués.
    ils savent bien que ça va passer alors pourquoi y prêter attention ?

  4. Ce qui m’inquiète pour ma part c’est que les méthodes pacifistes ne prennent pas. Trop tôt, trop tard pour ça ?

    Extinction Rebellion a des résultats médiocres, et je ne dis pas cela par a apriori défavorable, au contraire.

    L’aéroport de Londres n’a pas été bloqué, car il n’y avait pas une masse critique de participants comme à HK.
    Dans le métro de Londres, quelques activistes ont même été pris à parti par des usagers .

    J’ai aussi pu constater place du Châtelet, à Paris, où les activistes d’ER ont bloqué la circulation automobile sur une partie des quais rive droite pendant 5 jours (je ne sais pas si c’est à cause d’une insuffisance de relais médiatiques) que la grande foule n’était pas au rendez-vous. Quelques centaines d’activistes donc.
    Pourtant il y avait là de belles choses, je retiens l’image par exemple de ce voilier à la coque bleu disposé sur le Pont au change avec écrit dessus « La mer se meurt ». De grands filets aussi où a échoué un dauphin….

    Bref, s’il n’y a pas mobilisation contre un objectif précis, avec une revendication ponctuelle, exerçant un rapport de force, les gens ne descendent pas massivement dans la rue. Le climat, c’est un objectif bien trop gros pour être pris dans les mailles d’un filet. Ces manifestations pacifiques ne sont pas inutiles, car elles font entendre et donnent à voir une inquiétude, mais, pour l’heure elles ne mobilisent pas comme il faudrait. Une exception peut-être, la très grande marche pour le climat au Quebec en présence de Greta Thunberg mais aussi de Trudeau, en campagne électorale, qui a promis de prendre en compte les revendications environnementales. On verra ce qu’il en est ….

    1. PS. Finalement je porte plus d’espoir en un changement de majorité électorale dans un grand pays. Au hasard, les Usa ! Entre Trump et Warren (ou Sanders) ça fait tout de même une sacrée différence, et cela ferait au final des citrons moins pressés, de quoi les rendre plus unis et revendicatifs. La démocratie représentative n’aurait alors pas dit son dernier mot. En France, Jadot peut le faire. 😉

  5. Medellín, le 10 octobre 2019

    Cher Jacques,

    ¨En Équateur : à Lima où Lenin a dû céder après avoir fui sa capitale …¨

    1. Tout d’abord, la capitale de l’Ecuador s’appelle Quito. Lima, comme vous vous rappelerez sans doute, est la capitale du Peru.

    2. Deuxiemement, le président Moreno (Lenin est son prénom) a du ceder a quoi et a qui?

    Puis-je vous proposer de nuancer un peu les choses?

    a. M. Correa, le président antérieur, actuellement vivant confortablement a Bruxelles, et qui était considéré par les memes groupes politiques qui se sont mobilisés maintenant contre Moreno comme leur plus grand ‘ennemi’, était content sur la révolte organisée a Quito, avec, comme vous le savez sans doute, des morts en des centaines de blessé.e.s graves.

    b. Moi, de mon point de vue, je le considere assez lache de Correa, d’attaquer Moreno au point du souslevement des subventions aux prix des combustibles, faisant de l ‘Ecuador un de pays les plus bon marchés quant aux prix des combustibles. Servant notamment les mieux payé.e.s en Ecuador. Croyez moi: la plus grande majorité des gens faisant leurs protestes dans les rues de Quito, ne possedent pas et ne possederont jamais de leurs vies une voiture.

    Lache? Pourquoi? Parceque ce meme Correa n’osait pas réaliser la meme mesure pendant sa presidence.

    c. Une autre question a nous tous ici au blog.

    Ici au blog, nous nous mobilisons, avec bonne raison, (aussi) quant aux mesures effectives contre le rechauffement de la terre / du climat.

    Vous le considérez en ligne avec cette lutte, de supporter des gens qui disent: a bas les subventions aux combustibles, pourque nous puissions continuer avec nos vies de mobilité liée aux voitures particulieres?

    3. Probablement c’est sage de bien analyser le fond et les objectives des protestes de nos jours, et de ne pas tomber dans le piege d’admirer les femmes qui faisaient elles du bruit prealable au coup d’etat de Pinochet.

    Attention! Un train peut en cacher un autre…

    http://h16free.com/wp-content/uploads/2015/08/un-train-peut-en-cacher-un-autre.jpg

    B.a.v. Jacques! Un abrazo, Johan

    1. ¡ Gracias Johan !
      Et honte à moi pour mon lapsus inacceptable sur Lima au lieu de Quito (gamin j’étais incollable sur les capitales et les drapeaux). J’ai écrit ce petit billet très vite …
      J’ai utilisé le prénom de Moreno car ça m’a toujours amusé cette coutume latinoaméricaine d’utiliser des noms de personnages célèbres politiques (on connaît ainsi Illich Ramirez Sanchez dit Carlos dont les frères s’appellent Vladimir et Lenin)…) (et il y eut des bébés nommés Hitler au Brésil)

      Vous avez parfaitement raison de rappeler les casseroles avant le « golpe » contre Allende. Ne jamais être trop naïf !

      Cela posé il m’a semblé intéressant de faire ces liens en soulignant également le peu d’intérêt de nos médias français sur ces événements où des mobilisations sont impressionnantes et parfois victorieuses.
      Pour revenir à la question des subventions on revient au problème posé par les Gilets jaunes en France. faire peser les efforts sur les seuls citrons (pour continuer la métaphore) ne peut pas marcher surtout quand on voit la Baakanysation du monde (merci Timiota : -) )

    2. @Johan Leestemaker
      La hausse très importante du prix des carburants, a certes un impact direct pour les possesseurs de voitures, mais après tout, cette minorité possédante n’est guère à plaindre dans ce pays où subsiste par ailleurs une grande pauvreté.
      La hausse des carburants a également un impact sur le prix des acheminements des denrées vers les grands centres, ce qui touche prioritairement les populations les moins favorisées.
      Quant à Rafael Correa, je vous trouve assez sévère, c’est quand même lui qui a réussi à traiter la dette illégitime de l’Ecuador: http://www.cadtm.org/Les-lecons-de-l-Equateur-pour-l
      Pour ce qui concerne la ‘médecine’ appliquée par le FMI pour l’Ecuador et l’Argentine cela rappelle ce que les médecins des siècles anciens pratiquaient : les saignées, chose qui avait pour effet certain de voir leurs patients mourir épuisés…

      1. votre comparaison avec les saignées d’antan est extra ! elle l’a faite éclater de rire… jaune évidemment ou tout rouge de colère… ou encore violet d’impuissance.

  6. Ne vous reste plus qu’à fonder une « internationale des gilets jaunes », si vous croyez qu’il n’existe ne serait-ce qu’une chance qu’un tel cortège puisse prendre corps… Pour ma part je pense (et je déplore) que même si des mouvements sociaux locaux existent encore ça et là, ce ne sont que des éruptions spectaculaires d’individualismes momentanément agrégés, l’idéologie libérale ayant pris soin de longue date de détruire le continuum social en atomisant les intérêts de chacun.

    Nos problèmes (socio-économiques) ne sont ni ceux des britanniques ni des espagnols, encore moins ceux de pays d’autres continents, et quand bien même le seraient-ils, il n’existe aucune instance capable (ni désireuse) de les solutionner ni même de les prendre en compte. Il n’existe (pour nous européens) que l’UE dont les visées sont purement économiques et financières, c’est à dire un ennemi – que vous ne voulez pas combattre par un espoir de ce qu’aurait pu être une Union Européenne fantasmée – dont la concrétisation ressemble chaque jour un peu plus au 4ème Reich (Brexit? Non, there is no alternative).

    1. @ Dissonance, non il ne faut pas surtout refonder une quelconque Internationale,rouge, jaune ou verte.
      Il serait temps d’apprendre des échec du passé. Le chant de l’Internationale est insurpassable mais les Internationales de N° 2 à 4 sont des échecs terribles.
      Je déteste cette idée de gens qui sont des leaders éclairés menant les masse vers leur rédemption. Par une ruse de l’Histoire un instrument (Internet) est donné pour justement agréger des individus dans les rues en transformant leur affect en « foule » agissante. Allez lire le blog de François Leclerc qui suit aussi le hirak en Algérie.
      Quant à dire que nos problèmes (socio-économiques) ne sont ni ceux des Britanniques ni ceux des Espagnols, c’est tout bonnement confondant. Où vivez-vous donc ? Allez voir les films de Ken Loach par ex et vous reviendrez me dire, si vous l’osez, que les problèmes qui ont poussé par désespoir nombre de Britanniques à suivre les néofachos brexiters sont différents des nôtres. allez en parler aux urgentistes ou autres.
      Quant aux émeutes à Barcelone je ne me demande bien si l’indépendance en est le seul motif…
      De toutes façons raconter encore qu’une instance pourrait à notre place solutionner nos problèmes est inepte : dans l’Histoire, on a du tout arracher, rien n’est octroyé..

      1. concernant Barcelone ou l’Italie
        on peut les mettre en parallèle
        une marche a été concocté par Salvini le 19 octobre
        celle de Mussolini était en direction de Rome le 27 octobre 1922, je n’ai pu faire autrement de rapprocher ces deux événements dont les leaders sont « voisins ».
        Si on prolonge par un bref historique de l’Italie : la ville riche était Naples durant plusieurs siècles, le Nord a tout pompé et a inversé la donne économique, pouvant clamer maintenant : nous ne voulons plus des pauvres du Sud

        Barcelone elle se souvient du fascisme : grâce à l’aide des bombardements en 1938 par le gouvernement fasciste, Barcelone a pu devenir fasciste en février 1939
        Peut-on se demander si ces événements ne seraient pas de même nature : Barcelone veut son indépendance pour ne plus à avoir à se préoccuper des provinces plus pauvres en les finançant par les impôts.

  7. Une collectivité publique, province ou état, ne peut pas financer structurellement un budget déficitaire avec de la dette. Quand le FMI intervient, c’est que justement cette collectivité publique ne parvient plus à financer son déficit (rouler sa dette).
    La question de fonds est donc comment équilibrer structurellement son budget ? Deux options sont possibles : augmenter les impôts ou diminuer les dépenses (ou un mix des deux).
    Si on regarde du côté de l’impôt, nombreux à gauche, pense qu’il suffit de les augmenter mais oublie (refuse de voir) qu’un taux d’imposition trop élevé finit par affecter le secteur privé qui en est la source : baisse de l’activité, délocalisation des entreprises, etc. Donc l’enjeu politique est de trouver le taux optimum.
    Les déficits budgétaires ne sont pas le résultat de l’incompétence de la classe politique, mais de la volonté de rester en pouvoir en faisant plaisir à son camp. Si la France, en trente ans, n’enregistre que deux exercices budgétaires non déficitaire, c’est parce que quand la droite est au pouvoir, elle diminue les impôts sans toucher aux dépenses, et quand c’est la gauche, elle augmente les dépenses sans toucher aux impôts.
    Un autre aspect déconcertant est la concentration accrue de la fortune par un nombre de plus en plus réduit de personnes. Une solution, ou du moins, une piste à explorer, serait de considérer la microtaxe https://marcchesney.com/fr/media/8-juin-2019-telejournal-rts1/
    Vouer aux gémonies le capitalisme, comme à une autre époque on évoquait le diable, n’aide pas à trouver des solutions. A ce jour, il n’y a pas d’alternative à l’économie de marché.

    1. « Vouer aux gémonies le capitalisme, comme à une autre époque on évoquait le diable, n’aide pas à trouver des solutions. A ce jour, il n’y a pas d’alternative à l’économie de marché. »

      Le capitalisme est fondé sur la rente perçue lors du prêt d’un capital : il est propre au prêt / emprunt. L’économie de marché compte sur la rencontre spontanée des acheteurs et des vendeurs pour assurer la distribution : elle est propre à la vente / achat.

      Il se fait que nous sommes dans un système qui est à la fois capitaliste et une économie de marché, mais il n’y a aucune nécessité à ça : ils sont dissociables.

      Admettons qu’il n’y ait pas d’alternative à l’économie de marché, cela ne dit rien sur la nécessité du capitalisme, votre phrase fait un amalgame.

      Si vous lisez un peu ce que j’écris (en particulier dans Penser tout haut l’économie avec Keynes) vous aurez noté que mes critiques portant sur la formation des prix (économie de marché) et sur la formation des taux (capitalisme) dont absolument distinctes.

      1. Le capitalisme, c’est un autre mot pour désigner les fonds propres. Pour insérer une personne morale dans un « marché », il vous faudra choisir la forme légale, soit une personne morale sans but lucratif (ex. les associations, les ONGs) ou à but lucratif (Sarl, SA), les coopératives étant un peu au milieu des deux.
        Ce choix se fera principalement en fonction de l’activité exercée : si vous avez besoin d’acquérir des équipements et/ou de couvrir des pertes opérationnelles liées à la montée en puissance de votre modèle économique (au cours des premières années), vous aurez besoin de fonds propres.
        Maintenant, si vous dites à un investisseur, investit dans ma boite, au mieux tu ne gagneras rien, au pire tu peux tout perdre, pas sûr que vous réussirez à réunir les fonds propres nécessaires.
        Donc je ne suis pas sûr que l’on puisse concevoir l’un sans l’autre. Maintenant, la financiarisation extrême de l’économie est bien sur totalement aberrante, mais il y aussi une tendance de fond, nommée impact investing, qui annonce (peut-être) un changement de fonctionnement. Même s’il y a encore beaucoup de green washing là-dedans.

      2. Vous oubliez un type de personne morale Makaevitch : un etat et c est pas l epaisseur du trait vu la taille de celui dont on parle : la chine bien entendu…

    2. @ Makaevitch, c’est étonnant à la fin de reprendre toujours ces mêmes antiennes sur l’impôt qui découragerait le secteur privé etc. etc.
      Une solution très simple est possible mais dépend d’un rapport de force : remettre un impôt très fortement progressif et Th. Piketty en démontre tous les avantages (il rappelle qu’aux USA il est monté à 80 % jusqu’à Reagan). Évidemment s’enfermer dans un faux choix tel que vous le décrivez (déficits/dépenses) aboutit à une impossibilité. Nos hôpitaux, nos trains, nos universités, nos aides sociales, notre R&D publique (deux fois plus faible qu’en Allemagne!) etc. ne sont plus finançables à cause d’un détournement massif du fric par les plus riche sous prétexte de ruissellement (un million d’emplois promis par le clown du Medef avec un pin’s !). On a donc sciemment mis notre budget dans cette impasse.
      De plus il n’y a jamais eu de gouvernement de gauche en France depuis le tournant de la rigueur en 1983. Les années Hollande sont celles de décisions économiques libérales dans la continuité des années Sarkozy et amplifiées par Macron.
      Au fond c’est vraiment étrange votre question finale sur la concentration de la richesse.
      Je me permets de vous suggérer en urgence la lecture des livres de notre hôte.

      1. Même si vous introduisez un impôt progressif comme le suggère Piketty, reste que vous devrez quand même équilibrer votre budget. Quand aux impôts qui décourageraient le secteur privé, si ce n’était pas le cas, alors pourquoi les grands groupes installent leurs sièges sociaux en Irlande ? C’est bien parce que les conditions « cadres » sont plus attractives. Et si les taux d’imposition étaient uniformes entre les états de l’union, alors l’attractivité de l’Irlande serait moindre. Les territoires doivent donc pouvoir jouer sur cette variable même si une réforme de l’imposition des grands groupes est souhaitable. L’OCDE planche là-dessus sauf erreur.
        Quand à l’observation sur la concentration des richesses, je pense que c’est à une propriété « maléfique » de la monnaie. L’argent n’a de valeur qu’au moment où vous lâchez la pièce de monnaie (et vous obtenez un café en retour). L’argent doit donc circuler, mais paradoxalement, en raison de la rente capitaliste, il finit par se concentrer dans des mains de moins en moins nombreuses. L’idée de cette microtaxe, comme je la comprends, pourrait contribuer à décapitaliser cette concentration. On peut imaginer qu’en dessous d’un certain montant, la taxe ne s’appliquerait pas, même si l’essentielle des transactions sont d’un montant inférieur à 50 francs suisses environ.
        Banque nationale suisse, enquête sur les moyens de paiement, 2017, 48 pages
        Et je vous rassure, j’ai acheté, et lus avec beaucoup d’intérêt (sans mauvais jeu de mots) , les livres de Paul Jorion 🙂

      2. @ Makaevitch, certes il faut équilibrer son budget mais admettez que c’est bien plus facile en évitant ce gaspillage colossal dû au fait que les très riches ont fait sécession et ne payent pratiquement plus d’impôts.
        L’histoire des taux en Europe est simple à résoudre aussi quand une vraie Europe au service des peuples sera mise en place et ça pourrait finir par arriver plus tôt que prévu car visiblement les discours débiles type « serrez-vous la ceinture » et ça va nous enrichir… et peut-être un jour vous aussi » passent de moins en moins…
        Quant à la « magie monétaire maléfique » pour expliquer la concentration de la richesse, je vous renvoie aux livres de P. Jorion que vous avez lu.

    3. « Vouer aux gémonies le capitalisme, comme à une autre époque on évoquait le diable, n’aide pas à trouver des solutions. A ce jour, il n’y a pas d’alternative à l’économie de marché ».

      Capitalisme et économie de marché ne sont pas synonymes. On peut vouer aux gémonies celui-là et pas celle-ci.

      Si le capitalisme est vu par certains comme le diable c’est bien parce qu’il est vu par d’autres comme un don de la nature, un cadeau du ciel, sacré, tabou, auquel il est interdit de toucher.

      Quant au marché, il ne fonctionne correctement que dans des limites qui doivent être définies et contrôlées.

    4. Makeevitch

      Ne pas confondre capitalisme et économie de marché.

      Le capitalisme ce sont les avances que les banques font aux entrepreneurs pour investir moyennant des taux d’intérêts lors du remboursement du principal de la dette contractée ; le marché ce sont des circuits de distribution des marchandises (il peut donc exister des économies de marché sans capitalisme)

      Le système capitalisme présente des défauts de construction majeurs qui pourraient être éliminés, auquel cas nous passerions en régime post-capitaliste. Même des économistes modérés comme Piketty préconisent désormais l’abandon du système capitaliste.

      Quelques pistes : l’interdiction de la spéculation (paris sur la fluctuation des prix) ; l’introduction de la notion d’abusus dans la définition juridique de la propriété ; réforme des normes comptables ; gratuité pour l’indispensable …

      1. Maakevitch
        je découvre un peu tard que Jorion vous avez déjà rédigé une réponse parfaite. Vous pouvez donc vous dispenser de la lecture de mon commentaire.

    5. Les déficits budgétaires proviennent des cadeaux fiscaux fait en dépit du bon sens car sans résultats sur l’économie et une volonté de garder le même niveau de dépenses de l’état alors qu’il a diminué ses recettes.
      Il s’agit pas d’augmenter les impôts mais de supprimer toutes les exonérations improductive et de réformer la répartition des impôts.

    6. @Makaevitch
      « Si la France, en trente ans »
      Certes, mais vous faites fi de la hausse de cette dette à partir de la crise de 2008 (en Europe, 2007 aux EU) elle a tout à coup grimpée de 50 % à 90 % et plus… et ce n’est pas du a des dépenses publiques du fait d’une mauvaise gestion des pouvoirs politiques,, mais bien au contraire au remboursement à des entreprises bancaires leur erreur d’investissement.
      et nous voilà depuis à voir taxer ou détruire tout ce qui faisait la richesse (pas dans le sens où vous l’entendez) de ce pays : la redistribution, pour rembourser, de fait, les mauvais placements des banques.

  8. Chère toutes, cher tous,

    C’est le même constat que j’énonçais hier à la table familiale, le « vieux monde craque ».

    Oui la partie n’est pas finie.

    Ferions nous la fine mouche devant le réveil des peuples et surtout des jeunes.

    Je viens de mener ma premier action Solo :

    Je jeune le vendredi devant la mairie de mon village : Nibelle +- 1200 habitants.

    Avec ma pancarte et mon gilet fluo au logo d’XR (Extinction Rébellion), ANV COP 21 et GJ je marche en silence, et/ou reste assoupi sur ma chaise pliante.

    Il a plu j’ai pris la dabée (très grosse averse).

    Tout les copains, copines demande le nombre.

    Je répond impact.

    La presse est elle prévenu : Non je ne veux pas en faire un histoire d’égo.

    D’ici quelques minutes je rejoints le village de loire, mouvement en lutte contre la construction d’un pont sur la Loire.
    https://www.facebook.com/events/602146700321717/
    https://levillagedelaloire.frama.site/

    Et une rapide parabole vécu : Arbre qui tombe vs forêt qui pousse

    Je fais ma ballade habituelle derrière chez moi en forêt Domaniale d’Orléans, et la les machines ablatent les arbres, c’est monstrueux le bruit des arbres qui s’effondrent. Je suis comme Idéfix, heureusement je sors toujours avec mon mouchoir. Je dois prendre un appel téléphonique un peu plus tard en plein milieu de ma ballade, je suis plutôt ronchon, je vais m’assoir sur une vielle souche vermoulu, il pleut et je n’ait pas peur de mouiller mon pantalon, et là devant moi je prends conscience de la forêt qui pousse, des milliers de petits chênes qui dansent.
    Oui ils dansent en fait les grosse goute de pluie qui tombent les font s’agiter mais pour moi ils font une vrai danse.

    Il s’agit d’écouter et de voir danser la forêt qui pousse et laisser (le vieux monde) le fracas des arbres qui tombent.

    Aller, « El peublo jamas sera vincido » ils m’attendent pour la marche à Mardié »,

    Je suis un vieux de 61 ans au milieu d’une bande de jeunes et c’est pour cela que je fais mon jeune tous les vendredi devant une mairie.

    Au moins j’aurais pas le regret de ne pas avoir agi d’une manière ou d’une autre dans l’espace public.

    Oui à toutes et à tous, agir dans l’espace public par sa personne physique.

    La réflexion, la théorie oui et maintenant sortons dehors, Avanti populo a la rescossa bandierea rossa.

    Bizz à toutes et à tous, je lirais vos comment terre plus tard.

    Avec toute ma tendresse Pierre de la tribu des Quel Art ‘s.

  9. Le vieux monde craque en permanence, depuis les luddites et avant.

    Ce qui nous échappe c’est l’inertie en nous. Nous qui parlons si allègrement de changer.

    Au coeur d’une crise sociale dynamique grave, sommes nous seulement capable de mettre en place quelque chose de différent que ce qui a été.

    Le temps nécessaire pour faire exister les mots et pour penser le monde autrement me parait infiniment long.

  10. Chères toutes, Cher Tous,

    Spéciale Dédicace Annie Stasse

    Queralt es Catala, es mes dificil parla de Cataluna quan no vive al Pays.

    C’est toujours plus difficile de parler d’un pays quand on porte son regard de l’extérieur.

    La Catalogne je la porte dans mon patronyme avec mon Grand Père 8 ième d’un fratrie de 8 enfants dont la mère était morte en couche. Mis en nourrice et mal aimé de tous pour avoir quelque part selon tué la mère (la il ne s’agit pas de tué le père) il a donc émmigré en 1923 en France pour raison familialle-économico-sociale. La répression c’est fortement insdustrialisé (aujourd’hui ont y fait du tourisme industriel fort bien mis en valeurs sur les friches de la fin du 19 iemme et début du 20 ieme). C’est cette réindustrialisation qui porte la renaissance de la Catalogne et draine dans son sillage le renouveau culturel.
    Voici juste un début de post pour aller voire du coté de l’histoire Catalane
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_la_Catalogne
    Les courants cuturels sont multiples et réduire la question des Indépendantiste que je soutiens à un histoire de gros sous entre nord et sud semble faire fi de la complexité chère à mon autre maître en pensée (après Paul bien sur) j’ai nommé Edgard Morin.
    Alors ma bienveillance me rappelle que c’est l’antienne des papiers dominant de nos journaux dit de référence d’opposer Nord et Sud.

    Pour ma part je pense qu’il s’agit de discréditer un vrai pays, La Catalogne se défini par sa langue, sa culture, sa géographie, son histoire avec entre autre le Royaume de Naple.

    De tout temps La Catalogne a voulu son Indépendance, sous la 1 ière République elle accède de nouveau à une forme d’indépendance mais c’est ensuite la politique centralisatrice d’El Caudillo qui très répressive en Catalogne qui gagnera. L’état installe un migration interne pour rompre la Catalinité, le Catalan est interdit à parler et tout contrevenant fortement sanctionné etc ..
    Bon je dois arrêter la et vous invite à lire à minima la fiche Wikipédia sur l’histoire de la Catalogne.

    Je suis triste et déçu que ce type d’amalgame se lise sur le blog, je suis heureux de pouvoir en apporter un autre éclairage et rappeler que cet argument repris comme un copier coller sans aller à la source est facile d’utilisation pour les tenants jusqu’auboutiste d’une Espagne une et indivisible.

    Mon petit doigt me dit qu’il y aurait quelque part quelque chose de l’ordre de la projection vu du coté de la Belgitude.

    Bizz matinales avec toute ma tendresse comme toujours, Pierre de la tribu des Quel Arts

    1. @ QuelaratPierre ,
      Le royaume de Naples a été conquis/hérité par la couronne d’Aragon. Cela explique les liens que vous évoquez qui ne sont pas du tout directement entre Catalogne et Naples. Par contre s’il est tout à fait exact que la Catalogne est une très antique entité ─ une marche de l’Empire de Charlemagne ─, le prétendant au trône d’Espagne père de Juan Carlos, était comte de Barcelone [comme en France il était comte de Paris puisqu’en effet ancienneté d’un titre compte plus que tout (cf. baron de Charlus dans la Recherche] et elle fut ensuite incluse dans le royaume d’Aragon qui ne peut absolument de réduire à une terre catalane puisque Saragosse est de langue castillane et de plus le royaume de Valence qui parle un dialecte extrêmement proche du catalan n’a pas ces prurits nationalistes. En Aragon tout le monde coexista durant des siècles !
      Dans les années 50 la bourgeoise catalane a été bien heureuse de faire venir des Andalous ou autres « castillans » pour bosser dans leurs usines. Ces ouvriers et leurs familles se sont intégrés car finalement tout le monde devient aisément bilingue.
      J’insiste : Franco parmi ses crimes fit celui d’interdire les langues autres que le castillan et en effet cela explique parfaitement la rancœur justifiée au Pays basque ou en Catalogne. Cela dit l’Espagne a développé des autonomies très fortes. (idem pour l’Ukraine : criminel d’y interdire le russe…)
      Mais en 2019 les indépendantistes catalans sont à mes yeux de nationalistes égoïstes (veulent plus payer pour le reste de l’Espagne…) et qui ne sont pas majoritaires. La révolte actuelle doit aussi obéir à autre chose et je ne sais qu’en dire plus.
      En conclusion je ne vois pas pourquoi je devrais me pâmer devant les catalanistes et blâmer les fachos de la Legua et Salvini qui ont exactement le même discours (à l’origine centré sur la Pavanie, con*** absolue, mais marketing aidant il ont ralliés des terroni…, triste )
      Il faut ne me demander de me sentir solidaire d’un politicard comme Puigdemont pas plus que je ne le suis de Salvini.
      Eh oui, l’Histoire est complexe !
      PS – idem pour Annie Stasse : soyez SVP plus attentive aux faits historiques quand vous évoquez ces questions en particulier sur la chute de Barcelone…

  11. SAV
    D’abord le « j’y suis j’y reste »
    – En Bolivie, Evo Morales a imposé un nouveau mandat (malgré un référendum perdu) et ça passe mal. J’en suis très déçu car il a vraiment apporté de réels progrès dans son pays pour les amérindiens dont il est lui-même issu.
    – En Guinée, idem pour Alpha Condé : peines de prison contre les manifestants opposés à son 3e mandat (anticonstitutionnel).
    Maintenant des raisons de se réjouir !
    – Au Liban, une réponse du gouvernement d’Hariri est de diminuer par deux les salaires des ministres et du président. C’est pathétique et du plus haut comique. On voit dans les rues de ce pays une jeunesse festive qui vient dire qu’ils n’en ont plus rien à f** * du système politique où la corruption et le népotisme sont distribués selon des % confessionnels.
    – Au Chili, on atteint les sommets de la pitrerie. Piñera après avoir dit que c’était la guerre et mis les militaires dans la rue, s’excuse et annonce des MESURES SOCIALES : augmentation des retraites, salaire minimum … Eh oui quand on veut on peut ou plutôt quand on a la trouille on lâche du lest ! Rendez-vous compte : ce type de mesures dans le cœur du réacteur, le pays très bon élève de l’École de Chicago, le labo des ultras. Pauvre Milton : heureusement qu’il est mort !
    Devant nos yeux il se confirme combien la fameuse sentence de Lincoln était géniale :
    « On peut tromper une partie du peuple tout le temps et tout le peuple une partie du temps, mais on ne peut pas tromper tout le peuple tout le temps. »
    La Religion féroce n’arrive plus à imprimer son discours débilitant. Au fond c’est obligé : bouffer est une chose concrète et expliquer qu’enrichir sans limites les hyperfriqués va donner quelques miettes à tout le reste ne marche plus tout à fait. Eh oui, c’est hyper-simple : l’idéologie capitaliste est un gigantesque foutage de gueule et ça finit par se voir. Eh oui, messieurs les oligarques ultralibéraux, votre temps est en train de finir.
    Dégagez !

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