Une pensée de droite et d’extrême-droite pétant de santé

Ouvert aux commentaires.

Un article récent dans la presse quotidienne qui s’interrogeait sur la visibilité extravagante en ce moment à la radio et à la télévision de la pensée de droite et d’extrême-droite m’avait conduit à réagir.

Comme il s’agit d’une correspondance privée, je n’en reproduis ici que ma propre part, en ayant pris soin de gommer l’identité de mon interlocuteur.

sam. 7 mars 2020 à 16:48

Merci pour votre article, mais … Q*** n’a-t-il pas une responsabilité majeure dans le fait d’avoir fait taire un certain nombre d’entre nous à gauche ? Balayer devant sa porte !

Mes amitiés,
Paul Jorion

Ayant reçu de mon interlocuteur une réponse où il exprimait sa surprise devant mon interpellation, je répondais ceci :

dim. 8 mars 2020 à 00:27

Soyez gentil de me rappeler la date la plus récente à laquelle Q*** s’est enquis de connaître les vues sur une question quelconque d’Emmanuel Todd, Bernard Stiegler, Annie Le Brun, Frédéric Lordon. La presse que vous dénoncez sollicite tous les jours les vues de Zemmour, Polony, Élisabeth Lévy, Bruckner, Finkielkraut. Mais continuez donc de faire les étonnés. République de Weimar.

Cordialement,
Paul Jorion

Un nouveau courrier aujourd’hui affirme que « [je] ser[ais] étonné de constater qu’une partie des intellectuels que [je] cite[] ne souhaite pas accorder d’entretien à Q*** ». J’y ai répondu de la manière suivante :

mar. 10 mars 2020 à 17:55

Merci cher X*** pour votre très aimable message.

Ce que vous m’écrivez n’est pas sans mérite, le fait demeure cependant que la presse de droite est en ce moment très satisfaite en effet de ses intellectuels (quelle que soit la médiocrité de leur supposé talent dûment estampillé par les garants académiques de l’art pompier) et les parade avec fierté, alors que la presse de gauche ou dite de gauche est honteuse des siens (quelle que soit la qualité incontestable de leur réel talent hors des sentiers battus) et préfère cacher soigneusement leur existence.

Est-elle terrifiée à la pensée des sponsors plus ou moins de droite eux-mêmes qui assure sa survie ? La question mérite au moins d’être soulevée.

Certains des noms que j’ai mentionnés refuseraient de s’exprimer, dites-vous, dans le cadre de Q*** alors même qu’ils sont sollicités par vous ? Il s’agit probablement là d’une manifestation du syndrome de Stockholm et je vous encourage à insister. Le cas échéant n’hésitez pas à me signaler leur refus : j’interviendrai volontiers auprès d’eux pour obtenir leur revirement (j’aurais d’ailleurs dû ajouter à ma liste Jean-Claude Michéa ou de quasi-inconnus solaires comme Dominique Temple).

Merci de m’avoir répondu, j’espère que mon courrier aura pu contribuer ne serait-ce que très modestement à ce que Q*** se souvienne avec nostalgie du temps de sa grandeur et, pourquoi pas ? fasse à nouveau de lui son idéal et cesse par sa présente indifférence à la fois distraite et bourgeoise, de dérouler le tapis rouge devant la vérole de la pensée qui s’épanouit dans une droite impossible à distinguer désormais d’une extrême-droite – comme vous avez bien fait de nous en alerter.

Mes amitiés,
Paul Jorion
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51 réflexions sur « Une pensée de droite et d’extrême-droite pétant de santé »

  1. En parallèle d’une audience en baisse des intellectuels de gauche (ou de leur récupération nolens volens par certaines droites : je pense à Michéa),
    je soulignerais qu’il y a une baisse des actions/législations inspirées par la gauche au niveau national (ou bien sûr au niveau européen).
    Dans le dernier gouvernement Hollande, la liste se ramène à zéro hors les lois Taubira, pour prendre un prisme simple. La loi ALLUR (logement) de Duflot n’a pas tardé a être minorée,démonte, contournée.
    Sinon, il faut remonter au gouvernement Jospin, qui fut bridé.
    Dans les autres lieux où les intellectuels auraient pu avoir de l’audience, on n’a jamais eu en France assez de prééminence des Universités, et entre temps, les Ecoles de commerce ont fini par prendre en politique la place qui leur fut donné dans la formation des zélites : la macronie est en constituée entièrement, avec la dose de médiocrité qui va avec (que Branco a pu voir par la bande, mais c’est plus intellectuel que sociologique).

    Les petits dieux de nos ministres liés à l’intellect comme Blanquer et Vidal (non je ne mets pas Riester dans le lot) sont le neuro-apprentissage (Dehaene… ou rien), les gardiens des silos d’une certaine raison panglossienne (Gérald Bronner, qui passait ce midi à FC… chez l’excellente Olivia Giesbert) , les agents du darwinisme startupien (la « CURIF », Coordination des Universités de Recherche Intensive dont Vidal fut la trésorière).

    Les silos sont gardés par ceux qui ont les moyens de concentrer les pouvoirs malgré les « démocratisations » du système d’éducation (80% au bac) et la tertiarisation de l’économie. Ils n’ont pas besoin d’acheter leur thuriféraires et leurs aides. Le système s’est bouclé quand le premier chef venu (d’université au hasard) s’est aperçu que le seul fait d’énoncer la communication dont elle/il jouissait avec le ministre faisait planer un regard admiratif et béat de la droite à la gauche du conseil d’administration, tout ému à l’idée d’être là à l’ouverture de la Sublime Porte du Budget qui ne Baissera Pas. Les noms de dieux sont devenus communs.

      1. Quels sont les intellectuels issus des classes defavorisées? Et est ce un critère de remise en cause du système? Polony n’a peut être pas le label « intellectuelle de gauche », ella cependant le mérite d’aborder des problèmes que la gauche cache sous le tapis comme le communautarisme et ses conséquences et qui expliquent la désaffection du peuple (de toutes origines) pour la gauche.

      2. @Henri Fiori
        Le communautarisme ?
        Il y a en France cette étrange idée que les frontières sont éternelles, que la nation est une invention qui remonte aux origines du monde, que le temps des colonies appartient à un passé lointain, que la globalisation ne serait qu’économique et que les migrants doivent S’INTÉGRER coûte que coûte et sans délais à la culture française, qui en retour leur offre ses lumières.
        Je ne crois pas qu’il y ait de mots que je déteste davantage que le mot « intégration ». Étant moi-même un immigré, et un migrant, étant méditerranéen, je défends l’idée que les communautés culturelles ne sont jamais un problème mais un phénomène culturel bien normal, qui autour du bassin méditerranéen, pour ne prendre que cet exemple, a forgé l’histoire de ses peuples.

        Il faut être de droite pour penser le contraire. Il faut être ignorant des dynamiques migratoires et culturelles et de leur histoire pour penser que le « communautarisme » puisse être un problème.

  2. « …les vues de Zemmour, Polony, Élisabeth Lévy, Bruckner, Finkielkraut. »
    « … dérouler le tapis rouge devant la vérole de la pensée … »

    Amalgamer ces cinq-là , Zemmour, Polony, Élisabeth Lévy, Bruckner, Finkielkraut, est déjà une drôle d’idée. Mais, en outre, qualifier ce qu’ils disent de vérole de la pensée est exagéré, et ce qui est outrancier est insignifiant.

    J’apprécie moi aussi Lordon, Todd, Stiegler, Michea… mais je n’en tire aucun mépris pour ceux que vous dénoncez ainsi.

      1. De quoi parlez-vous ? Mon commentaire ne contient pas d’excuse.

        Parfois je me dis, en vous lisant, que sauver le genre humain consiste pour vous à sauver la moitié du genre humain, la bonne, de gauche, celle qui pense comme vous. Remarquez, sauver la moitié de genre humain serait déjà une très jolie performance. Mais il y a comme un défaut.
        Le genre humain se meurt de la propension des hommes, longtemps méconnue, désormais bien connues, à mettre leur faute sur autrui. Choisir cette voie – ce que vous faites en parlant de « vérole de la pensée » – ce n’est donc pas s’opposer à la catastrophe, mais c’est tout au contraire se laisser emporter, avec la foule, vers elle.

      2. Paul nous a déjà pourtant fait la leçon, ce n’est pas lui qui scinde le monde en deux , c’est ceux qui sont dans la poste vérité qui de fait se mettent à l’écart.

      3. @ Decoret Lucas

        « Le monde est divisé en deux camps, le camp de ceux qui pensent que le monde est divisé en deux camps, et le camp des autres »

      4. Ahaha
        Ne pas citer pas le général pour faire de la rhétorique.
        Il serait d’ailleurs très bien qu’une partie de ses congénères ne partageait pas la même vision de l’humanité que lui. Merci au revoir

      5. Il savait.
        Y en a qui peuvent devenir ordure facilement car leurs causes ne mérite même pas leurs engagements. C’est tout ce que je dis

      6. Essayer de ne pas vous faire plus bête que vous ne l’êtes
        . A moins que je me trompe.
        La différence c’est que nous, nous voulons que l’humanité se rassemble, Sans naïveté chichis ni fioritures. C’est pourtant vraiment simple.
        Donc je me trompe

      7. Donc essayez s’il vous plaît de ne pas m’adresser la parole pour citer les propos simple d’un grand homme
        et ce Pour disqualifier quelqu’un qui lutte pour que son espèce survive en harmonie.
        Ce que ce grand homme lui-même n’aurais pas trouvé totalement
        con.
        On a plus de temps à perdre avec de telles sottises de merlan frit.

    1. D. M-B . écrit :
      … »  »  » Amalgamer ces cinq-là , Zemmour, Polony, Élisabeth Lévy, Bruckner, Finkielkraut, est déjà une drôle d’idée. Mais, en outre, qualifier ce qu’ils disent de vérole de la pensée est  »  » « …

      Justement… que disent-ils … et disent-ils la même chose ?.. ou , au moins , participent-ils d’un fond de pensée commun..?
      Intéressant.
      Maintenant que le « thermomètre du blog » devrait avoir retrouvé une valeur quasi normale (attention à la quarantaine… ^!^ …) peut-être pourrions-nous en tirer les leçons en prenant « les choses » par le biais suivant:
      …* Imaginons une rencontre-débat (.. déjà si c’est envisageable que certains acceptent d’être ensemble , premier test..) entre ces cinq personnages.
      …*Choisissons soigneusement quelques sujets qui serviraient avec certitude suffisante de révélateurs du caractère vérolé ou non de leur pensée :
      Par exemple , non limitatif ni priorisé : A? B? C? …

      En voilà une idée qu’elle est bonne…non..?

  3. Paul, on pourrait ajouter à ta liste des « jamais invités à heure de grande écoute » , tes amis : Sophie Wahnich, Jeanne Favret-Saada et Alain Supiot.

  4. ça se résume à peu près à
    ceux qui portent leurs appareil génital dans son entièreté ou non, ou c’est un point de vue simpliste ?
    c’est plûtot tendance !

    1. Je dirais qu’il y en a qui mettent leur « appareil génital » dans la préservation de ce qui existe, une sorte de conservatisme
      qui est à moitié celui des choses (nos beaux palais, notre Victor Hugo), et par proximité, celui des idées (donc des idées dites « conservatrices »), ne voyant dans les idées d’en face et de leur appel à la solidarité par toute forme de redistribution ou rééchelonnement social
      aucune correspondance à « de belles choses », mais au mieux à de moches et gris HLM forcément crypto-soviétiques.
      Une importante frange rattache de plus aux « belles choses » les personnes qu’ils peuvent assujettir et dominer.
      J’essaye de m’imaginer Finkielkraut pour voir, et est-ce si difficile avec cette cécité à ce qui peut surgir sans le sacrement d’un pouvoir dominant ?

    2. Oui mais demandez-leur pourquoi ils se battent, si déjà ils se battent.

      À part pour leur bout de gras ou leur renommée dans la société vous verrez que leur appareil génital n’à mes yeux pas la valeur que doit avoir l’appareil d’un être humain.
      En tout cas , pas Un ne mettraient leurs vies sur le tapis pour une quelconque cause bienfaisante et bienveillante, ce n’est tout de même pas une raison pour être un humain valable, mais c’est la condition sine qua non pour le devenir. Surtout à notre époque

  5. En dehors des bancs et des rond-points ce genre d’ostracisme court les rues.
    C’est aussi ce que l’on voit par ailleurs.
    Faut dire que le gavage radio ou télé déteint en bout de chaine sur l’auditeur ou le spectateur. Une massification qui porte ses fruits sur un collectif pressé et contraint par toutes sortes d’obligations.
    Reste les émissions de divertissements… comme formation… le sport pour brailler… des bands pour prendre le soleil. Pas flambant.
    Les révoltés sont rares, de plus en plus…
    Mais un grain de sable peut en cacher un autre.

  6. La vache !

    Ô ! Que j’aime quand Paul Jorion pousse enfin un bon coup de gueule, bien loin de toute sacro-sainte civilité !

    Et la référence aux quasi inconnus solaires, alors ça pour le coup ! J’adore carrément ! Merci !

    Mais quand Q*** comprendra tout ça, si par chance il comprend, eh bien il sera hélas ! trop tard, j’en suis navré…

    Aussi, virez moi tous ces diplômes, tous ces prix, tous ces titres insignifiants !

    Mettons nous toutes et tous culs nus en rang serré face au SARS-Cov-2 ! Et là seulement, vous comprendrez enfin comment fonctionnent les lois systémiques de la nature !

    Dites merci à l’entropie !

    Un censuré…

    1. Pour paraphraser Francis Blanche ( dans les Tontons flingueurs ) : c’est fou ce que les types d’ extrême droite font des phrases .

      1. Oui ! C’est en tout cas le positionnement attentiste actuel des ultralibéraux milliardaires qui détiennent tous ces méRdias, et avec eux, tous les pouvoirs : celui de l’extrême droite !

        Pour ces gens là, finalement : Que sont des vies à la fois démunies, désarmées, sans la moindre protection vaccinale, sans le moindre argent pour pouvoir se préparer, sans le moindre bunker privé de luxe pour pouvoir s’y abriter, si ce ne sont pas à leurs yeux de simples quantités négligeables qu’ils peuvent balayer quand ils le souhaitent d’un simple revers de main ?!

        C’est en tout cas ce que suggère leur attentisme crasse de 2020, et ceci en dépit d’une situation humanitaire sur le point de devenir explosive un peu partout dans le monde ; car s’il n’y avait que le SARS-Cov-2, mais non…

        Ils avaient amplement la possibilité de minimiser le risque systémique depuis des années ! Ils ne l’ont toujours pas fait en 2020 en dépit de la multiplicité des alertes, des écrits et des publications scientifiques sur tous ces sujets… En tout cas, ils continuent de répandre leur bonne propagande, ça ils savent faire, vantant constamment tous les mérites de leurs « soi-disant importantes » décisions concertées, comme toutes celles en rapport avec cette épidémie de SARS-Cov-2 ; dernier exemple en date : « des mesures de quarantaine seront prises seulement si elles se révèlent être nécessaires »…

        C’est quoi au juste leur critère de nécessité ?!

        C’est aussi ce que les italiens ont dit et fait en dépit du retour d’expérience minutieusement étayé en provenance de Chine ; une Chine qui entrevoit même une reprise aujourd’hui, après plus de deux mois de lutte acharnée…

        Sommes nous capables de tenir plus de deux mois en occidents, alors qu’il suffisait d’agir par précaution bien avant ?! J’en doute !!

        Et plus on s’éloigne du point d’entrée (patient 0) lors de la phase transitoire ascendante de cette épidémie, plus le risque systémique devient grand en l’absence de mesures à la fois fortes et immédiates…

        Alors je ne sais pas quel logiciel l’Etat utilise pour simuler tout ça ou pas, mais oui hélas ! à ce stade, nous sommes bel et bien toutes et tous livrés à notre propre sort face à ce virus SARS-Cov-2 en 2020…

        Dites merci à l’entropie ! Vous allez voir, cette dernière ne fait aucune distinction… C’est la reine du métissage ! Un mal pour un bien si j’ose dire…

  7. La « gauche » a en grande partie perdu la bataille des idées (au sens des idées qui sont largement diffusées) en renonçant à regarder de front la question social et économique au profit de la question des identités et du sociétal. Un intellectuel américain Walter Benn Michaels, en faisait une analyse remarquable dans un petit livre paru en 2009 « La diversité contre l’égalité, Raisons d’agir ».

    1. Oh que oui!!

      cf. https://www.liberation.fr/debats/2018/01/30/quand-l-identite-a-fait-sombrer-la-gauche-americaine_1626259

      (je ne retrouve plus la référence d’un autre, au contenu presque identique).

      Sur Biden et le pourrissement du parti démocrate (entre autres), encore une fois l’incontournable Unwilling de G. Packer (trad : L’amérique défaite).

      Une des raisons du « glissement à droite » est aussi la progression gramscienne de l’idéologie droitière grâce aux idots utiles et nécessaires des acteurs de la nouvelle radicalité : un gauchisme décomposé qui n’ose pas enocre dire que Marx est un « mâle blanc hétérosexuel de plus de 200 ans » mais qui l’impense très très fort. Les relais traditonnels de la pensée de gauche (disons plutôt d’un « axe émancipateur ») ont donc bien bien trop de pain sur la planche avec le duo (duel) « racialisés-post-coloniaux-indignènes » (des identitaires) vs « petits blancs aux racines chrétiennes » (d’autre identitaires) pour laisser un espace critique sérieux qui aurait quelques chances d’éclairer nos lanternes.

      1. Tout à fait correct. La gauche réinvente le racisme et l’antisémitisme en les baptisant racialisme et antisionisme. Pour le reste, elle hurle avec Le pen pour plus de pouvoir d’achat.

    2. C’est très vrai.

      Un autre point de vue complémentaire est que la « bataille des idées » largement diffusées a été en fait gagnée par la gauche. C’est en tout cas celui d’un certain nombre de gens de droite, et ils ont des arguments.

      Les deux points de vue sont en fait compatibles :
      – La « droite » – ou plutôt une certaine droite – a gagné la bataille des idées sur la question économique et sociale
      – La « gauche » – ou plutôt une certaine gauche – a gagné la bataille des idées sur la question identitaire et sociétale

      A noter qu’une certaine catégorie de personnes n’a que des raisons de se réjouir : ceux qui sont à la fois de la droite économique et sociale et de la gauche identitaire et sociétale.

      Quant à ceux qui sont à la fois de gauche et de droite, mais dans l’autre sens, c’est-à-dire qui sont à la fois de la gauche qui a perdu et de la droite qui a perdu… les pauvres !

      1. Oui, c’est ça, la gauche libertaire et la droite libérale vont la main dans la main, elles s’entendent comme larrons en foire tout en se vouant aux gémonies l’une l’autre à l’occasion (« vérole de la pensée »…) pour se donner bonne conscience, elle étouffent la liberté, à commencer par la liberté de pensée.

  8. Le refus récurrent de Lordon de s’exprimer dans les médias est de notoriété publique, selon une posture toute bourdieusienne: « Je n’y vais que si je crois avoir une chance de pouvoir y dire ce que je veux ». Cette formule initialement destinée à la télé et à ses débats en forme de matches de catch est peut-être moins pertinente pour la presse écrite… Encore que, quelques stratagèmes de mise en page et un article d’une pertinence fulgurante se retrouve noyé dans une marée de bouillasse intellectuelle. Les idées consistantes se contentant rarement de quelques « punchlines » et autres slogans, elles sont par construction moins bien carénées pour les formats capitalistes.

  9. La responsabilité de la presse est énorme. Cette presse, achetée par quelques milliardaires bien de chez nous, afin de relayer et d’amplifier la propagande libérale qui s’accommode de ce large spectre idéologique qui va du PS français à l’Extreme-droite, en passant par le « ni droite ni gauche » de LREM, cette ultime arnaque anti-démocratique.

    1. Oui, à ce niveau là, des réformatrices comme Julia Cagé ont fait des propositions qu’on ne peut écarter d’un revers de la main, et qui définisse une « philia collective » des média.
      La base était, de mémoire, un prélèvement de 7 euros par français (ou de 20 par foyer imposable sans doute), pour une presse qui pourrait s’émanciper. En comparaison de la Taxe audiovisuelle (que je ne paye pas car pas de télé, j’aimerais ne la payer que pour la radio service public, de fait), ce n’est pas énorme.

      Le bémol : les Gafa.
      En effet comme pas mal de flux d’info a été détourné chez l’infâme Gargamel dit aussi Gafa, se battre sur es médias officiels est délicat. Hélas, avec l’impression valorisante qui est de fait donnée à ceux qui arrivent à tirer de ce magma autre chose que des chatons viraux non couronnés et des doutes sur « ce qu’on vous dit dans les merdias » , on est passé du côté où on va vous dire que c’est irréversible, qu’il suffit de bien s’y faire, et qu’on ne va au mieux que « dompter » les effets négatifs.
      Jusqu’à ce que le modèle chinois ou un avatar autre qui va systémiquement surgir du « monde de Gafa » démange les dirigeants, puisque ces réseaux seront la meilleur monnaie d’achat de l’obéissance des foules et du consentement collectif. Il faudrait relire l’histoire de la radio allemande sous le Reich pour voir ce qu’il en est. Et donc même avec une presse émancipée, nous n’aurions gagné qu’une petite bataille.

      1. Il n’y a pas que les meRdias et les GAFAM aujourd’hui… Tu oublies aussi les jeux en ligne timiota…

        Regardes par exemple ce qui s’est passé (et qui les impacte toujours d’ailleurs : #boycotteblizzard) avec Activision-Blizzard suite à leur décision à la con d’exclusion d’un joueur professionnel qui avait courageusement pris position en faveur des manifestants de Hong Kong…

        Les jeux en ligne ont de plus en plus d’influence sur les jeunes, et plus du tout en bien comme cela pouvait être le cas dans les années 2000, et ils sont tous détenus par des multinationales milliardaires… En outre, la plupart des jeunes y sont hélas ! connectés en permanence par simple addiction ; ces jeux sont leurs seules sources d’information…

        ps : sinon idem, pas de télé…

      2. Un autre souci, c’est que la pensée construite a du mal à passer par les médias.

        Il suffit de 3 mots pour un Trump ou un Zemmour pour marquer un point, quand il faut 10 minutes à un Pleynel ou un Todd pour exprimer une idée.

        Les intellectuels comme on les aime doivent bosser leur punch lines.

      3. @timiota et @tous, afin de compléter/étayer mon propos précédent concernant les jeux en ligne, et surtout pour illustrer l’anticipation pertinente de timiota quand il écrit :

        « Jusqu’à ce que le modèle chinois ou un avatar autre qui va systémiquement surgir du « monde de Gafa » démange les dirigeants, puisque ces réseaux seront la meilleur monnaie d’achat de l’obéissance des foules et du consentement collectif. »

        Car c’est bel et bien déjà dans les tuyaux, et je dirais même plus, tu peux remplacer ton ‘ou’ par un ‘et’ timiota, car ce sera une sorte de combinaison des deux : modèle chinois + avatar gafa !

        Démonstration :

        1- Dans le cas d’Activision-Blizzard par exemple, une part non négligeable de la multinationale est détenue aujourd’hui par la société chinoise Tencent de Pony Ma (je conseille d’ailleurs vivement à Pierre-Yves de s’intéresser à ce sujet), un fonctionnaire du parti. Afin d’assoir sa part de marché en Chine, la multinationale américaine a dû du coup renoncer à un certain nombre des valeurs de liberté qu’elle défendait jusque là, d’où l’exclusion encore récente de ce joueur professionnel chinois qui prenait courageusement une position politique en faveur des manifestants de Hong Kong… C’est de là qu’est né en partie le #boycotteblizzard… mais pas seulement…

        Sur le forum Blizzard chinois par exemple, les joueurs sont invités à déverser dans un billet unique, lu plus d’un million de fois, tout signalement de comportements suspects observés en jeu, et surtout contraire à la sacro-sainte civilité chinoise… Tiens donc, et depuis quand une multinationale américaine verse-t-elle désormais dans la délation publique ?!

        Tout ceci illustre parfaitement l’intérêt des dirigeants occidentaux actuels en faveur de « l’obéissance des foules et du consentement collectif » à la chinoise…

        2- concernant maintenant l’avatar gafa, restons toujours sur l’exemple Activision-Blizzard justement… Eh bien cet avatar est bel et bien en cours de discussion/préparation ; dans ce document public, qui n’intéresse habituellement que les investisseurs (moi mis à part), vous verrez comment une multinationale du jeu en ligne souhaite étendre toujours plus loin ses parts de marché au moyen du mobile notamment, mais surtout comment une solution de jeux en ligne partagés pourrait-être mise en œuvre à terme via la technologie Stadia actuellement mise au point par Google…

        https://finance.yahoo.com/news/edited-transcript-atvi-earnings-conference-025822424

        Et pour la petite histoire, il faut savoir que là aussi, la communauté des joueurs a quant à elle manifesté une très forte résistance lorsqu’Activision-Blizzard a décidé tout récemment et sans préavis, de tourner le dos à la technologie NVidia GeForce Now, qui est une sorte de client fin de pointe dédié à la vidéo 3D, le gaming computing pourtant plébiscité unanimement par ces mêmes joueurs durant toute la phase Béta qui a durée plus de deux ans…

        Alors voilà timiota, ça c’est ton avatar gafa en cours de formation…

        Et la combinaison de 1- et de 2-, cela donne bel et bien naissance au Big Brother dont certains de nos dirigeants ont toujours rêvé, avec en prime des algorithmes de contrôles et de micro-transactions présents à tous les étages de l’édifice, l’addiction s’obtenant simplement via des jeux de qualité et gratuits…

        Micro-transaction (publicité) + Addiction (free to play) + Contrôle (consentement) = MAC

        A ce niveau là de développement, la dystopie n’est plus du tout un mythe, voire un délire de chercheur en herbe, mais elle devient hélas ! bel et bien réelle, voire totale !

        ps : et j’écris tout ça alors que Blizzard vient justement de sortir pas plus tard qu’hier le premier Free to Play massivement multijoueurs AAA (ou triple A)…

        https://www.callofduty.com/fr/warzone/features

      4. @Phillipe Soubeyrand

        Votre plaidoyer contre les jeux vidéos ne repose en fait que sur la critique d’un unique éditeur en fin de compte, certes majeur mais pas hégémonique, loin de là. Par ailleurs il témoigne de lacunes sur la connaissance de ce milieu. La plateforme Stadia par exemple, qui est une des premières initiatives (mais pas la seule) sur le marché émergent du « cloud-gaming », soit du jeu vidéo dont non seulement le logiciel est hébergé à distance, mais également la puissance de calcul – jusque là à la charge du client, par le biais d’un ordinateur dédié ou d’une console, n’est en revanche pas le premier pied dans la porte de Google dans le domaine du jeu vidéo, puisque fort de son système d’exploitation mobile Android et de la plateforme de distribution qui y est adossée Google Play, il est déjà en situation de quasi monopole dans ce secteur depuis longtemps (Google Play lancé en 2008).

        L’évocation que vous faites du cas Blizzard/GeForce Now n’est qu’une conséquence logique du point précédent, GeForce Now étant la solution « cloud-gaming » de Nvidia qui est initialement un des principaux producteurs de GPU (processeur graphique utilisé en complément du CPU pour les jeux mais également pour d’autres opérations complexes d’imagerie 2D/3D, et accessoirement aussi pour du calcul pur et dur dans la recherche). Les clauses d’exclusivité sur telle ou telle plateforme ne sont en effet pas rares du tout dans ce secteur.

        Enfin sur le p.s., j’ai quelques doutes sur le fait que COD Warzone soit le premier free to play massivement multijoueurs AAA (la mention AAA ne faisant référence qu’au budget de développement alloué au jeu, je ne suis pas sur qu’elle soit pertinente en l’espèce). Réflexion faite, je n’ai pas de doute. Electronic Arts a sorti Star-Wars Online en 2011, mmorpg basé sur la fameuse licence détenue à l’époque par Lucas Arts, qui est bien vite passé en free-to-play faute d’abonnements suffisants. Idem pour The Elder Scrolls Online, publié en 2014 par Zenimax Online studios. Plus récemment, en 2017, un petit studio indépendant nommé Epic Games, qui a depuis investi dans une plateforme de distribution de jeux complète, publiait Fortnite, qui a conquis des millions de joueurs grâce à son mode de jeu « battle royale ». A vrai dire par rapport à ce dernier exemple, Blizzard tente ici de reproduire la stratégie d’Epic Games en utilisant une base de jeu payant pour lui adjoindre un mode de jeu spécifique (le battle royale). Pas sur d’ailleurs que cette stratégie soit payante dans la mesure où ce style de jeu est en train de doucement passer de mode. Je pourrais encore probablement multiplier les exemples mais cela deviendrait – si ça ne l’est pas déjà – indigeste.

        En bref, oui, il existe des éditeurs de jeux vidéos à l’éthique douteuse. Et oui, les GAFAM s’intéressent au secteur du jeu vidéo qui est très lucratif (c’est avant tout la logique capitaliste de maximisation du profit qui anime tout ce petit monde). Je vous signale ainsi que Facebook, de même que Microsoft, ont lancé leurs plateformes respectives de « streaming » (diffusion vidéo en live) dédiées aux jeu vidéos, n’hésitant pas à débaucher les stars du secteur à grand renfort de millions de dollars de la plateforme Twitch (détenue par Amazon).

        Reste que dénigrer le jeu vidéo (en ligne ou non, je ne vois pas ce que ça change) en général me paraît aussi hasardeux que de dénigrer le cinéma en général au motif que certains réalisateurs seraient des porcs, ou la littérature en général parce que certains auteurs seraient des ordures, et que le tout serait publié par des entreprises détenues par des milliardaires…

      5. @Dissonance pardon, mais vous vous êtes littéralement égaré par rapport au sujet abordé, et notamment : « modèle chinois + avatar gafa »… En outre, j’ai bien dit que je ne prenais ici qu’un exemple… Enfin, quand on parle de « client fin » (façon Citrix) comme je l’ai fait, il s’agit bien là d’un condensé en deux mots pour signifier que « le logiciel est hébergé à distance, mais également la puissance de calcul », etc…

        Et concernant le ps. (façon je dis ça, je dis rien) j’ai bien précisé en amont « j’écris tout ça », c’est à dire notamment la partie qui précède relative à l’architecture en rapport avec ce même « modèle chinois + avatar gafa » de type :

        « Micro-transaction (publicité) + Addiction (free to play) + Contrôle (consentement) = MAC »

        Car, c’est bien Activision-Blizzard et non Electronic Arts, qui détient actuellement le premier brevet sur les Micro-transactions au sein des jeux vidéos… Mais ça, j’imagine que vous le saviez déjà !

        Et rassurez-vous, je n’ai absolument rien contre les artistes, les créateurs, les compositeurs et les développeurs travaillant parfois nuits et jours pour des miettes à la conception des jeux vidéos, qui dans certains cas, peuvent vraiment être de toute beauté. Ce que je montre du doigt ici, ce sont les mauvaises intensions inavouées d’ultralibéraux patentés du secteur, celles-là même qui ont conduit par exemple Blizzard a licencier brutalement des centaines de personnes dans le monde en dépit de bénéfices records :

        https://www.journaldugeek.com/2019/02/13/activision-blizzard-chiffre-daffaire-record-800-licenciements/

        Mais j’imagine que ça aussi vous le saviez ?! Dans le cas contraire, je ne saurais trop vous conseiller de contacter ne serait-ce que des joueurs de la communauté Mac aux Etats Unis afin de leur demander ce qu’ils pensent réellement des conséquences de la politique actuelle de Blizzard sur la seule licence de World of Warcraft par exemple… Comment ça ? Vous n’étiez pas au courant ??? Ben là par contre, vous me décevez…

  10. Si vous commencez à faire la leçon gratuitement à des saltimbanques de la pensée ! Je serai jaloux ! 😀

  11. « Emmanuel Todd, Bernard Stiegler, Annie Le Brun, Frédéric Lordon. La presse que vous dénoncez sollicite tous les jours les vues de Zemmour, Polony, Élisabeth Lévy, Bruckner, Finkielkraut ». … »Jean-Claude Michéa ou de quasi-inconnus solaires comme Dominique Temple). ».

    Et M Onfray ? qu’en pensez vous ? où le mettez vous ?

    1. @ Hadrien

      Onfray ? ………Il faut le mettre à l’accueil.
      Idéologiquement, il est l’équivalent de Charon. Il fait traverser les corps éteints vers nulle part.

    2. N’est pas cocher qui veut !
      J’ai pu, malheureusement pour ce petit philosophe oublié, observé que c’était presque uniquement des gens pas ouverts au dialogue et flanqués impétueusement dans leurs certitudes évidentes qui L’admiraient.
      Ce n’est qu’une humble constatation.

      1. nocher = passeur /contremaitre sur un bateau et spécialement si c’est celui du Styx…
        (comme la confiture, la culture, moins etc…)

  12. Être de gauche, c’est d’abord penser le monde, puis son pays, puis ses proches, puis soi ; Être de droite, c’est l’inverse.

    Gilles Deleuze, 1988

    1. Certes certes, imbattable.
      L’écueil « structuraliste » sur le chemin de migration entre monde, pays, proches, et soi n’est-il pas « propriété » ? la « chose » entre soi (et les proches qui en hérite) et le pays ?

      Ce qui fait que la moule de droite colle à son rocher, et que la sardine de gauche n’est de nulle part et n’est presque rien (sauf à Bologne) ?

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