Crise sanitaire : le « moment Pearl Harbor » pour le climat ? par Vincent Burnand-Galpin

Ouvert aux commentaires. Employé pour la première fois par l’économiste américain Lester Brown, le terme de « moment Pearl Harbor » est…

Vous devez être connecté pour lire le contenu complet de l'article. Vous pouvez vous abonner ici

Partager :

16 réflexions sur « Crise sanitaire : le « moment Pearl Harbor » pour le climat ? par Vincent Burnand-Galpin »

  1. Traduit :

    ||| Voici ce que le gouvernement américain devrait faire dès maintenant pour protéger l’économie
    James K Galbraith |||
    [L’économiste, fils de John K G, qui a conseillé Varoufakis et défendu Aaron Swartz, cf. le livre de Flore Vasseur sur le sujet l’an dernier]

    —La pandémie de coronavirus a besoin d’un leadership décisif pour assurer l’approvisionnement médical et civil et pour préserver les moyens de subsistance —

    Le premier grand besoin est celui de fournitures, d’installations et de personnel médicaux. C’est pourquoi nous devons financer immédiatement la production nationale de masques, de réservoirs d’oxygène, de ventilateurs et la construction et la dotation en personnel des hôpitaux de campagne, y compris la conversion des structures existantes telles que les hôtels, les dortoirs et les stades, ainsi que l’embauche et la mise à niveau du personnel.

    Idéalement, le HHS devrait financer les fournitures, le corps des ingénieurs de l’armée devrait diriger la construction, et la Fema devrait gérer et coordonner. La Réserve fédérale devrait être habilitée à acheter des dettes illimitées aux gouvernements des États et aux collectivités locales, ainsi que des dettes et des capitaux propres à des entreprises privées. Si le Congrès ne parvient pas à se mettre d’accord rapidement sur des points précis, créez une société de financement de la santé appartenant au gouvernement et donnez-lui un pouvoir illimité de cautionnement de la dette et du crédit, comme cela a été fait pour la Dépression et la Seconde Guerre mondiale.

    Le maintien des approvisionnements civils vitaux, en particulier la nourriture, les médicaments et le carburant, est le deuxième grand besoin. Il s’agit d’un problème à deux volets. La première consiste à s’assurer que les magasins et les pharmacies disposent de marchandises et que les stations-service et les restaurants au volant peuvent rester ouverts. La seconde est de s’assurer que ceux qui sont à la maison ont les moyens de payer et que la distribution locale reste ordonnée.

    Pour assurer la fluidité des approvisionnements, il faut que les travailleurs essentiels, tels que les chauffeurs, les stockistes, les caissiers et les agents de sécurité, soient mieux payés et bénéficient de protections crédibles. Amazon et Walmart ont déjà augmenté les salaires. Les épiceries, les pharmacies et les stations-service doivent de toute urgence protéger leurs travailleurs, qui sont exposés à des centaines de clients chaque heure, contre les maladies. Après les soins de santé, la protection doit aller là. Les réseaux de distribution se briseront si les magasins ne peuvent pas rester ouverts ou si les clients ne veulent pas y entrer.

    Le remplacement de la paie par l’entreprise est la meilleure solution pour les personnes déjà sur le marché du travail, comme l’a écrit Glenn Hubbard. L’employeur peut obtenir un prêt sans intérêt auprès de la banque, couvrir les salaires et demander au gouvernement fédéral le remboursement des taxes trimestrielles. Les propriétaires de petites entreprises peuvent se payer eux-mêmes, jusqu’à concurrence d’un plafond. Cette approche est transparente, sensée et ciblée avec précision. La couverture peut être réduite. Le Royaume-Uni prend en charge 80 % de la masse salariale, le Danemark 75 %. Les travailleurs américains ont probablement plus de frais liés à leur travail, comme les trajets domicile-travail, donc 70 % pourraient avoir raison. Il devrait y avoir un supplément pour les travailleurs payé au pourboire ; les employeurs savent qui ils sont. Des vérifications a posteriori peuvent dissuader la fraude.

    Pour les travailleurs indépendants et les employés de maison, le moyen rapide et efficace est de les faire bénéficier de l’assurance chômage aussi longtemps que nécessaire. Si les travailleurs salariés reçoivent leur feuille de paie usuelle, il sera beaucoup plus facile pour le système d’assurance-chômage d’augmenter et de répondre aux nouvelles demandes. Des conditions et des rabais similaires devraient s’appliquer.

    Il faut maintenir une distribution ordonnée. Il semble qu’il y ait encore peu de problèmes avec l’approvisionnement en matières premières de la plupart des produits de base. Mais si les marchandises peuvent se retrouver sur les rayons, vont-elles bientôt disparaître entre les mains des thésauriseurs et des marchands noirs ? La solution n’est pas de rationner par le prix ! Si les prix augmentent trop, les gens vont paniquer. Les marchés ne s’adapteront pas, ils s’effondreront. Les prix doivent être maintenus au niveau des coûts. C’est ce que feront la plupart des grands distributeurs, qui ont une réputation à protéger.
    Publicité

    Une économie de pénurie peut arriver de toute façon, avec de longues files d’attente pour entrer dans les magasins, des étagères vides à l’intérieur et des marchés noirs tout autour. Ce serait un désastre sanitaire. Les files d’attente sont déjà un sous-produit des règles obligatoires de distanciation sociale. Certaines pénuries ont été signalées – notamment de désinfectant et de papier toilette.

    La solution consiste à limiter les ventes par client et, si nécessaire, à contrôler les prix et à rationner les produits de base comme le riz, les pommes de terre, la farine, les pâtes, les œufs, le lait, l’huile de cuisine et les viandes de base. Le rationnement et le contrôle des prix peuvent être gérés par les autorités locales dans le cadre d’un ordre général de maintien de la ligne, comme cela a été fait pendant la seconde guerre mondiale à partir d’avril 1943. Placez des panneaux indiquant les prix autorisés. Les civils les feront respecter.

    Toutes les expulsions, les saisies et les interruptions de service doivent être arrêtées. Les gens doivent rester en sécurité dans leurs maisons, qu’ils puissent ou non payer les factures. Pour ceux qui sont encore payés ou qui bénéficient d’une aide, un report de loyer et d’hypothèque, réduit en fonction du degré de perte de revenus, peut suffire. Pour ceux qui sont laissés pour compte, le mieux est probablement de tenir tout le monde à l’écart pour l’instant et de prévoir de régler la question plus tard.

    Les communications de base – internet, câble, téléphone – doivent être gratuites pendant toute la durée de la période de location. La gratuité des films et des concerts aiderait aussi grandement les gens à faire face à la situation. Le gouvernement peut rembourser les frais aux sociétés de communication.

    Tous les autres services publics doivent fonctionner comme des services publics, l’objectif crucial étant de maintenir l’accès, le calme et l’ordre, à des prix stables. Les magasins et les usines étant fermés, il est peu probable que l’approvisionnement en énergie soit interrompu. Là encore, les décisions sur la manière de traiter les arriérés de paiement peuvent venir plus tard.
    ————————————————————————-
    James K Galbraith est chercheur principal à l’Institut d’économie de Levy, et président du conseil d’administration de Economists for Peace and Security, une association internationale d’économistes professionnels.

  2. Je crains fort que ce virus soit une excuse pratique pour faire passer des mesures socialement indigestes. Par exemple en Belgique, on parle assez bien d’une mesure autorisant les supermarchés à ouvrir de 7h à 22h (contre de 8h à 20h actuellement)
    Alors certes, cela permettrait de mieux répartir la charge des clients tout au long de la journée… Si ces derniers prenaient en effet la peine d’aller faire leurs courses à ces heures indues! (Pour autant que je sache, ce n’est pas encore le cas, mais cela pourrait venir). Et en soi, si le personnel de ces magasins est d’accord de se soumettre à ces directives le temps de la crise (et donc de s’exposer plus longtemps), l’idée d’allonger les heures d’ouverture n’est pas mauvaise. Noter le « si », qui mériterait des majuscules.
    En fait, j’ai deux craintes vis à vis de cette mesure:
    1) qu’elle ne soit pas annulée après la crise sanitaire
    2) pour une mesure pareille qui est visible, combien passent inaperçues? (J’admet que ceci n’est pas exclusif aux temps qui courent)
    Donc, « moment Pearl Harbor », j’espère, mais je crains que nos dirigeants ne gardent de mauvaises habitudes…

    1. Vous ne pouvez pas dire que personne ne viendra entre 20h et 22h, vous n’en savez rien – moi c’est le moment où j’irais, en me disant qu’il y aura peut-être moins de monde, ce qui ne sera peut-être pas vrai si tout le monde raisonne comme moi.

      Quant au fait que ces mesures risquent de devenir permanentes, cela relève d’une dimension indépendante : notre vigilance en tant que citoyens.

    2. La dynamique de nos sociétés après ce choc est stochastique.

      Si l’ouverture tardive des supermarché finit par s’institutionnaliser(post-corona), elle fera décoller les gens de leur télé et autres netflix.
      Pour refaire une convivialité autre que celles des restos et des pubs (qui a ses limites, fussent-elles basées sur les bienfaits de la Mort Subite, la bière j’entends).
      Pas évident  » à cause des enfants » (le soir), mais dans les affaires d’agriculture à gérer, il ressortirait que le modèle du kibboutz (ou kholkoze, osons) n’est pas si mauvais en terme de limitation du gâchis, de charge éducative (un adulte qui explique la multiplication à 2 ou 3 enfants est sans doute plus optimal que deux ou trois papas mamans individuels, avec en plus le pb psy d’être à la fois le représentant de l’autorité et du savoir, l’un pouvant bloquer l’autre ), etc.
      … et de prise en main collective d’une échelle de quelques km² où l’info est facilement échangée de façon optimale.
      Après tout, le kibboutz fut déclenché par une rupture spatiale forte, à l’opposé du modèle extractif de la plantation coloniale. Même si le pays de sa réalisation (Israël) a repris par la suite une activité colonisatrice détestable.
      Toute rupture forte (spatiale, temporelle, spirituelle ou disons sociétale pour nous ici et maintenant) peut faire émerger les nouveaux modèles.

    3. Au début de leur implantation les hyper-marchés fermaient très tard (22H il me semble.)

      Cependant les horaires se sont peu à peu réduits, peut-être par souci d’éviter le travail de nuit, peut-être parce que « vu le peu de clients qu’il y a, la dernière 1/2 heure n’est absolument pas rentable. »

  3. Je reviens sur le « moment Pearl Harbor ». (d’autres ayant déjà proposé des égarements….). Je n’ai pas pu relire ou explorer le web. Mais il me parait utile de discuter le concept. Les français ont connu plusieurs moments où les anglais les poussaient à les détester : ils ont bombardé les navires de l’armée française en Algérie qu’ils voulaient s’allier, alors que la République pétainiste voulait préserver sa « neutralité » (Paxton). Pétain espérait garder son empire français en dehors du conflit. Longtemps De Gaulle parut le mauvais cheval ! Le général Giraud, évadé d’Allemagne, parvint à s’assurer l’appui de Pétain pour réaliser un Empire neutre à partir d’Alger. Eisenhower et Churchill cherchèrent à imposer une réconciliation entre Giraud et DG. Finalement DG parvint à placer ses pions au détriment de Giraud.
    DONC le moment de basculement provient dans des rares cas où la bascule s’interprête comme un avantage clair et immédiat (comme les Usa). Généralement, même dans un rame comme Pearl Harbor, les classes réagissent avec des variantes. Une union sacrée demande plus que l’évidence. Il faut lire CHESTER HIMES pour comprendre les divergences actives entre communautés aux USA alors.

  4. Nos « dirigeants » (qui ne dirigent plus grand-chose) sont complètements paumés devant le bouleversement climatique, ils ne comprennent pas bien ni le phénomène ni les enjeux et ne savent pas quoi faire, à part créer des instances variées pour repousser le moment de décisions qu’ils sentent devoir être très pénibles :

    https://www.youtube.com/watch?v=9NUO6O6aWPE

    Quand on constatera que la pause économique due au COVID-19 n’aura même pas suffi à baisser les émissions de GES au niveau qu’il faudrait atteindre au plus vite pour bien faire, ça ne les encouragera pas à se lancer dans des réformes à risque de gilets jaunes. Je les imagine plutôt dire : « on verra ça quand on aura remis l’économie d’aplomb ».

    Une lueur d’espoir cependant : l’enfoncement du verrou budgétaire (si on a fait sauter le tabou allemand pour le COVID-19, on peut recommencer pour le climat !), à condition de ne pas partir en inflation modèle république de Weimar.

    1. Euh, et si voyant que cette année on aura baissé les émissions de CO2 de 18,15%, les pays riches se disent « ah, alors au lieu de devoir tomber à 0 en 2050, on va se contenter de tomber à 0 en 2060, cool ! »

  5. Pendant des années, les princes qui nous gouvernent, ceux qui nous ont gouvernés et ceux qui y aspirent se sont donnés des règles qu’ils voulaient intangibles. Ces gens exceptionnels tous tombés de la même cuisse de Jupiter nous prenaient pour des ceci et des cela. Et il fallait combattre la Dette. Et il ne fallait pas plus de 3% de déficit budgétaire. Et il fallait ouvrir les frontières à la concurrence. Et il fallait permettre à la spéculation de dégager les capitaux nécessaires aux investissements. Et il fallait protéger l’euro et tant d’autres contraintes qu’on écouter sans bouger une oreille et que la perspective d’en continuer la liste me cassent plus que les pieds. Si ces règles intelligentes nous ont conduit dans l’abîme que risquons-nous à faire la part belle à des règles stupides. Décréter que ne disposons que d’une seule planète. Que nous ne pouvons donc n’en consommer qu’une chaque année. Que l’échelle des salaires et rémunérations ne peut aller que de 2500 euros à 7500 euros.
    Que la gratuité doit être la règle pour les biens communs. Qu’à l’usage il faut sans cesse opposer le mésusage. Que la monnaie ne peut servir qu’aux échanges et à la réalisation de projets indispensables à la collectivité.
    Je laisse le soin à chacun de poursuivre la liste des contraintes et de les articuler.

  6. Pour le moment les américains n’ont pas basculé, je dirais plutôt qu’ils oscillent !

    Older people would rather die than let Covid-19 harm US economy

    Texas official Lieutenant governor Dan Patrick tells Fox News: ‘Do we have to shut down the entire country for this? I think we can get back to work’

    Les gens agés préféreraient mourir plutôt que laisser covid-19 nuire à l’économie américaine

    Dan Patrick, le Lieutenant gouverneur officiel du Texas, déclare sur Fox News: « devons nous arrêter le pays tout entier pour ça? Je pense que nous devons nous remettre au travail »

    Ça m’a paru tellement énorme que j’ai tenu à vérifier: https://www.google.fr/search?q=Dan+Patrick+tells+Fox+News

    1. Extrait d’une interview à paraître :

      QG : En parlant des États-Unis, quel serait le degré d’influence du Coronavirus sur l’élection présidentielle états-unienne, prévue pour novembre prochain ?
      P.J : Les électeurs Républicains croient Trump – les sondages le confirment – quand il considère la pandémie comme un bobard. Ce sont par ailleurs des gens sans civilité aucune qui ne respecteront pas la distanciation sociale. Il y aura donc une auto-sélection qui fera d’eux des victimes de premier choix. Trump a 73 ans et son obésité constitue une « condition préexistante », il est donc tout particulièrement exposé.

      1. Auto-sélection : trop drôle ! La sélection naturelle darwinienne frapperait ainsi en priorité les méchants imbéciles qui sont créationnistes (pas plus qu’au virus chinois et ce bobard de pandémie) : -)

Les commentaires sont fermés.