L’Écho – Qui veut (vraiment) la survie du genre humain ?, le 30 juin 2020

Qui veut (vraiment) la survie du genre humain ?

Klaus Schwab, patron du sommet de Davos depuis qu’il l’a inventé en 1987, a donné pour mot d’ordre à l’édition 2021 : « The Great Reset », soit ré-initialiser, ou remettre les compteurs à zéro. Bien qu’un peu vague dans ses termes, son annonce rappelle cependant son attachement personnel à l’économie des parties prenantes. Toutes : direction, personnel, clients, fournisseurs et sous-traitants, voire la communauté tout entière, en sus bien sûr des actionnaires que Milton Friedman avait couronnés rois. 

L’intention est claire : profiter du chamboulement présent en termes de récession, voire de dépression, pour changer de cap. Quoi de plus tentant en effet que de tirer parti du fait que la production, la distribution et la consommation sont au plus bas, pour tenter de les repenser : redéfinir les objectifs dans une perspective cette fois, de renouvelabilité, de durabilité, de verdissement de l’économie, et tenter de juguler l’inexorable réchauffement climatique et la montée du niveau des océans.

Il existe toutefois un autre objectif, plus classique en cas de crise : la relance de l’économie, et rassembler dans ce but l’ensemble des moyens financiers mobilisables pour prémunir de la faillite les entreprises ayant souffert de la crise, ou en souffrant toujours. Or cet autre but, il faut le reconnaître, s’oppose au premier sous bien des aspects.

Certaines entreprises étaient sans doute déjà condamnées avant la crise et celle-ci n’aura fait que leur porter le coup de grâce ; tenter de les sauver à tout prix ne serait que leur accorder un sursis. Mais aider les autres dans le but louable de leur permettre de prendre un nouveau départ équivaut non pas à changer de cap en fonction de nouveaux objectifs mais, banalement, à reconstituer le système à l’identique.

Faut-il par exemple sauver les compagnies aériennes, et leurs milliers d’emplois ? Ou profiter de l’instant présent pour intégrer le fait que la pollution, la production de CO2 qu’elles causent, les quantités faramineuses de kérosène qu’elles consomment, appartiennent à une économie dépassée et menaçant désormais la survie même du genre humain et la biodiversité ? Admettons-le : le choix n’existe pas car il est impératif de relancer la machine. « L’indispensable changement de cap ? Eh bien, on y reviendra plus tard ! »

Mais alors quand ? La proposition de Klaus Schwab est séduisante : mettre à profit la crise pour réorienter. Mais les contraintes présentes conduisent elles à la facilité : reconstruire ce que l’on avait avant, car cela au moins, on sait ce que c’est. Sait-on d’ailleurs vraiment ce que l’on entend mettre à la place ?

Certains objectifs sont simples à formuler. Ainsi, en revenir à un monde durable : que nous puissions continuer de vivre à la surface de notre planète. Un monde renouvelable : que nous n’épuisions pas des ressources dont la destruction est irréversible. Un monde où baisse l’émission des gaz à effet de serre : pour que la température cesse de grimper et le niveau des océans de monter. Oui, mais comment faire alors ?

Alphonse Allais connaissait la réponse : « Mettre les villes à la campagne ». Il s’agissait d’une boutade bien entendu, la tâche étant irréalisable : mettre les villes à la campagne, c’est transformer les campagnes en villes, et donc reproduire le problème initial un peu plus loin en imaginant l’avoir résolu.

Or, bon nombre de suggestions faites dans certains courants du camp écologiste – et tout particulièrement dans sa variété collapsologue – s’assimilent en réalité à la boutade d’Allais, dans un contexte qui la rend en plus parfaitement irréaliste : il n’y a plus en France que 20% de la population qui vive en milieu rural, tandis qu’en Belgique le chiffre est tombé à 2%, et continue inexorablement de baisser dannée en année dans chacun des deux pays.

Ainsi, quand Yves Cochet, ancien ministre français de l’Environnement, propose que chacun prenne exemple sur sa fille et lui, et se retire dans un domaine de 7 ha, il semble ignorer que la surface des terres arables de la Terre, divisée par le nombre de ses habitants, cela donne 0,8 ha par personne, et que sa solution ne vaut du coup que pour quelques privilégiés disposant des moyens financiers nécessaires. Si l’on voulait effectivement que la formule de Cochet soit d’application générale, collective, et non réservée à quelques « débrouillards », et que chacun dispose de 3,5 ha, un calcul inversé montrerait que nous devrions être un peu moins de 900 millions, soit la population humaine qui existait à la fin du XVIIIe siècle.

C’est bien cela que trahissent les idéaux de remise en état du monde coupés de toute réalité : la place manque pour les mettre en pratique ou, dit autrement, nous sommes trop nombreux pour espérer atteindre les objectifs.

Et c’est ce qui fait qu’un non-dit transparaît dans le discours écologique de type collapsologue  : que ses idéaux ne seraient réalisables qu’au sortir d’un grand effondrement, assorti d’un grand dépeuplement, comme l’étape nécessaire par laquelle il faudrait nécessairement passer.

D’où les tonalités « communalistes/survivalistes » des propos de ce courant, et l’explication cachée pourquoi il se montre systématiquement sceptique, voire même cynique, devant les propositions concrètes et réalistes d’éviter l’effondrement. Par exemple, grâce au retour à une planification indicative et partiellement contraignante, complétée le cas échéant par des nationalisations.

La question doit être posée si, vue d’une certaine altitude : du point de vue de l’espèce dans son ensemble, la justification de la politique dite « du colibri » : « J’accomplis ma minuscule part », ne relèverait pas simplement du principe biologique de l’apoptose : le suicide programmé de cellules dans le cadre d’un organe ayant conclu qu’il était condamné.

À quoi sommes-nous confrontés ? Au caractère indispensable d’un reset, d’une remise des compteurs à zéro. Ainsi qu’à la nécessité d’une relance de l’économie qui sera, provisoirement en tout cas, « à l’identique ». Et à l’impératif incontournable d’une « mise des villes à la campagne ».

Davos 2021 aura sans aucun doute du pain sur la planche !   

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36 réflexions sur « L’Écho – Qui veut (vraiment) la survie du genre humain ?, le 30 juin 2020 »

  1. Et de préférence du pain complet au vrai levain naturel (digestibilité) à base de blé biologique à partir de variétés anciennes non transformées génétiquement!

  2. Je le remets là car c’est dans le sujet :

    https://theconversation.com/tous-au-vert-scenario-retro-prospectif-dun-exode-urbain-137800

    Sur le fond , c’est la raison pour laquelle , à l’encontre des faiseurs de moues , je trouve essentiel ce qui semble s’amorcer avec le résultat des municipales , à savoir la confrontation pratique et démocratique ( parce que ramenée au local ) entre écologie et économie . C’est bien au niveau des communes , dans le débat permanent et concret , que se trouveront les issues vivables assises sur un territoire assez grand , peuplé et disposant de moyens , en symbiose tant sociale qu’économique avec les « pays » en lien avec la métropole régionale ou sous régionale .

    C’est là que pourra se reconstruire une unité viable de la nation , avec le dynamisme des initiatives locales , le souci des péréquations régionales , et le souci national d’équilibre entre régions ( ou sous régions ) dans le cadre plus vaste des grands enjeux et mesures incitatives de rang européen .

    De ce dernier point de vue , la PAC est une clé pour le destin et l’affectation économique des territoires ruraux dans toute l’Europe ( et surtout de leurs habitants ) .

    L’aménagement du territoire dans toute sa vertu .

    1. @Juannessy
      Au risque de refroidir votre enthousiasme, je ne garde pas un bon souvenir (durant deux mandats de conseiller municipal en milieu rural) de l’élaboration du PLU communal et du SCOT intercommunal. Usines à gaz technocratiques et pyramidales pilotées par des petits cons sortis de l’école qui n’écoutent pas et « ne sentent pas » le terrain. Les allers-retours, pourtant réglementairement prévus, entre le pragmatisme local et les nécessaires réglementations nationales et européennes n’ont pas porté leurs fruits. Une supercherie.
      Sur la PAC, idem. Oui bien sûr c’est une des clés, mais ce qui merdoie c’est le processus d’élaboration du plan.

      1. Comme dit par Laure Després , le PLU est vraiment ce qui prime , un peu comme le vote du budget annuel .

        Les Scot ( pas ceux qui ambitionnent leur indépendance ) sont suffisamment flous pour ne pas être vraiment opposables , et ils avaient ( et ont peut être encore) surtout l’ambition d’obliger des communes mitoyennes à discuter ensemble pour être un minimum cohérente dans leurs grandes orientations et gestion des espaces . Ça marche quand il y a parmi les maires concernés un caïd un peu doué pour porter une vison cohérente sur le périmètre concerné et assez charismatique pour entrainer le groupe ( car assez souvent , les maires ne se « sentent » pas entre eux ) . Ce ne sont jamais les mécaniciens qui feront la réussite de tels documents .

        Pour la PAC , c’est autre chose et , pour le monde rural , colossalement plus porteur d’enjeu et de réalités concrètes . Un des dossiers lourds de la Confédération Paysanne ( et de la FNSEA ) chère à mon cœur et à ma rejetonne .

  3. Globalement , beaucoup de problèmes posés ici , surement comme ailleurs , depuis un temps certain.
    Rarement (jamais ) dans les méandres clarifiés des branches des arbres de décision en découlant.
    Un exemple :
    …  » Mais aider les autres dans le but louable de leur permettre de prendre un nouveau départ équivaut non pas à changer de cap en fonction de nouveaux objectifs mais, banalement, à reconstituer le système à l’identique.
    Faut-il par exemple sauver les compagnies aériennes, et leurs milliers d’emplois ? Ou profiter de l’instant présent pour intégrer le fait que la pollution, la production de CO2 qu’elles causent, les quantités faramineuses de kérosène qu’elles consomment , appartiennent à une économie dépassée et menaçant désormais la survie même du genre humain et la biodiversité ?
     » …
    ( Provocateur: ) Les « ennuis » n’ont-ils pas commencé dès , et seulement dès… l’apparition du phénomène « low-cost » ?
    Pourquoi ne serait-ce pas une solution de revenir à la situation antérieure bien connue et admise par tous… jusqu’au moment du… disons , dérapage..!?

    1. Il y a des  » branches d’arbres de décision découlant de l’énoncé des problèmes » ?

      Ça me fait au moins un problème de plus .

    2. Le « low cost » est un terme générique en opposition aux compagnies Majors « high cost » qui sont des gouffres financiers depuis des décénnies. Le modèle de la compagnie aérienne d’aujord’hui est le « low cost » pour les dépenses et le ‘high cost » pour les recettes (augmentation du prix du billet). On ne parle que de profitabilité.
      La conséquence est que le pic du transport aérien de masse est derrière nous, et considérablement plus si la covid perdure!

      1. @PAD (1/7 à 6h05)
        Je suppose que vous « répondez » à ma « proposition? » « iconoclaste? » d’hier 16h13.

        Serait-il possible (et sinon pourquoi..?) de transformer votre dernière affirmation comme suit : ((en « grasses » les changements))
        …  » La conséquence est que le pic du transport aérien de masse sera probablement derrière nous si et seulement si la covid( ou sa soeur ) perdure!

      2. @ Otromeros
        « Si et seulement si » serait exclusif pour d’autres facteurs, tant qu’au futur »sera » n’acterait pas de la réalité du transport aérien de masse à ce jour. « La conséquence » n’avait pas d’utilité car je parlais de deux choses distinctes.
        Je reformule pour vous avec plaisir. « Le pic du transport aérien de masse est probablement derrière nous »
        Dites moi,Ο ΤΡΟΜΕΡΟΣ quelle est « cette situation antérieure bien connue et admise par tous »?

      3. @PAD 6h05
        Mprââvo pour le découpage…^!^… Sûûttt!

        quelle est « cette situation antérieure bien connue et admise par tous »?

        Toute la durée de l’époque où , par exemple en espérant me faire comprendre … adorant le bruit d’échappement des « Alfa »s , je ne pouvais me payer qu’une « Alfasud »… sans jalousie prononcée (en tout cas exprimée consciemment ) vis à vis des « vrais » utilisateurs de la marque légendaire.. mais en récompense (attendue) de ma promotion sociale.. Une vraie croyance d’époque. Une croyance épidémique en somme.
        Mais toute les épidémies ont une fin .. surtout lorsqu’on est amené à constater intellectuellement que « l’ascenseur social » s’est brutalement arrêté pour « les autres » pas moins « méritants » que soi… Un cauchemar dont on se remet difficilement au réveil.. surtout que la « militance » n’est plus ce qu’elle était..! Que des beaux restes.
        ((Pas vraiment répondu… mais ai fait le max..))

  4. Que de toute façon si vraiment ça devait être quelque chose de sérieux, et j’insiste sur ce mot, le grand débat aurait dû se dérouler sur ça avec les maires et tutti quanti parce que la franchement c’est pas de la démocratie. Pouet

  5. « The great reset » : impossible de ne pas penser à une représentation du monde comme une vaste partie de Monopoly, arrivé au moment où la partie se dérègle, et où la fin est proche. La seule solution pour continuer à jouer, c’est « the great reset » : on arrête et on redistribue, pour recommencer une partie (avec les mêmes règles). Suivant ce raisonnement, oui , la « great reset », mais après, comment inventer de nouvelles règles qui ne nous reconduisent pas dans la même impasse, si pour autant les ressources et les conditions de la planète nous le permette ? Cela me rappelle un article par un chercheur américain, qui expliquait que désormais, pour pouvoir corriger le problème des inégalités, il n’y avait que quatre solutions : guerre, pandémie (tiens, tiens…), révolution (mais ça fait peur, sauf quand c’est le titre d’un livre écrit par un président de la république), et désolé pour la quatrième, je ne m’en souviens plus…

    1. Il suffit de s’abonner à Netflix pour constater comment la culture américaine est imprégnée de violence , au point de la banaliser .
      Un quatrième truc venant de l’homme ( forcément violent ) pour suivre le préjugé d’une culture qui s’amuse à tuer par jeux vidéos interposés ?
      Extinction ciblée par impossibilité de se reproduire …
      Sinon il y a le choix
      https://fr.wikipedia.org/wiki/Extinction_de_l%27humanité

      A moins …que pour réduire les inégalités , ce chercheur ait évoqué la justice ou tout simplement une forme de charité qui ne serait pas condescendante , ni qui ne donnerait pas l’envie de se prendre en main.
      Les USA sont , comme tous les humains, potentiellement capables du pire comme du meilleur.

  6. Redémarrage à l’identique, c’est juste ce qui sera tenté, mais le monde change vite, l’environnement se dégrade, donc, ça ne va PAS marcher, et c’est là qu’il faudra être inventif.

    Dans la debacle, des fenêtres vont s’ouvrir pour ceux qui ont des propositions et des idées nouvelles.

    1. Nous avons redémarré à l’identique en 2008, nous avons tenté de poursuivre dans le pandémonium de la croissance infinie déconnecté de la réalité physique du monde des Vivants, l’environnement s’est fortement dégradé et dégrade les « machines à survie » que nous sommes en retour, au nom de la stratégie évolutivement stable, en marche pas du tout, du tout dans le tout.
      Du lien joyeux pour une fin du « bien-être » en laissant s’immiscer en nous l’harmonie de la coopération dans les pools génique et mémique, au delà du désir, plaisir, douleur et de nos croyances sur la volonté, le destin et l’amour.
      Ce blog n’est-il pas, depuis des années, une fenêtre ouverte sur l’abandon du connu ; de la connaissance de soi-même préalable indispensable à du Neuf?

  7. Medellín, le 30 juin 2020

    Dans la perspective de l’analyse ¨Jorionnienne¨, et, je l’avoue de tout mon coeur, considérant la souffrance et la misere sans égales qui, par exemple // exemplum gratiae , frappent a ce pauvre peuple de mon pays ici, causées par le confinement total, militarisé et autoritaire, j’aimerais ajouter deux aspects non-mentionnés jusqu’ici.

    1. La gratuité.

    Nous en avons parlé et discuté beaucoup ici au BLOG, mais moi j’aimerais maintenant avancer un petit peu plus. Techniquement.

    Jusqu’ici, tous les arguments supportent la gratuité versus le revenu de base, en español ¨renta basica¨.

    C’est TRES important revenir sur ces arguments, parce que ¨Bogotᨠest en train de prolonger (jusqu’en décembre) la toute petite renta basica qu’on a formulé fin mars, COP 160.000 par mois, a un cours de 4.200 COP / Eur, ca fait Eur 38 par mois.
    Et pour vous réveiller bien, ca c’est le montant que Bogotá vire vers des FAMILLES.
    Et évidemment: a une toute petite selection de familles… ne vous faites pas d’illusions svp.

    Alors, 1 euro et quelques sous par famille par jour. Dans un pays, la Colombie, maintenant membre de l’OCDE, et considéré étant un pays au niveau du ¨revenu moyen¨….
    Ca ne marche pas, pas du tout, et cela ne surprendra aucune lectrice, aucun lecteur sérieuse.x du blog Jorion.

    Et ne me demandez svp pas sur la portée / reach de ce revenu de base, de cette renta basica…
    Nous allons toutes et tous pleurer…
    Une toute petite signe..:
    https://www.portafolio.co/internacional/la-clase-media-de-colombia-perderia-1-8-millones-de-personas-541425

    Et mon exemple, évidemment, est ¨pars pro toto¨. Cela passe partout, mondialement.
    Avec des conséquences plus ou moins graves.

    Ne vous inquiétez pas, je ne vous donnerai pas des exemples de la misere ici qui vous empecheront de bien dormir.
    Mais croyez moi: le peuple colombien est rentré dans un cauchemar sans égal.

    Alors. Pourquoi rentrer au sujet de la gratuité?

    Parce que, nous le savons (voir la Finlande, voir le Canada etc), le revenu de base, la renta basica, cela ne marche pas. Et ne marchera jamais.

    Bogotá peut bien jouer le Rambo politique maintenant, faisant la proposition de prolonger la renta basica jusqu’en décembre, cela ne marchera pas, et, surtout, c’est une solution qui n’est pas durable, ni en termes institutionnels, ni en termes financiers, ni en termes de la portée de la solution aux gens en problemes.

    La gratuité, de l’autre coté, OUI.

    Et pourquoi oui?

    a. les EEUU ont prouvé que les foods stamps marchent bien
    b. l’Europe a prouvé que la gratuité de l’éducation de base marche bien
    c. l’Europe a prouvé que la gratuité de la santé de base marche bien
    d. l’Europe a prouvé, dans quelques villes, que la gratuité du transport public marche bien
    e. lEurope a prouvé que la gratuité aux bibliotheques publiques marche bien
    musées, concerts etc etc)

    Néanmoins, l’acces aux biens et services dans un ¨univers¨ de gratuité, cela peut se présenter comme un goulot d’étranglement.

    Ici en ville (et c’est relevant pour la France, Paris est ville jumelaire de Medellin) on a vu que la distribition des pacquets d’alimentation gratuite, ne fonctionne pas bien. La distribution se faisait partiellement au moyen des agents de police qui allaient chez les gens, ou au moyen des fonctionnaires publics de la municipalité de Medellin.
    Le ¨mouvement¨ (¨vector¨) était, alors, du coté de ¨l’état¨ vers ¨les citoyens¨.
    Avec, évidemment, des moments opportuns pour un maire souriant, donnant des ¨cadeaux¨ aux citoyens.
    Je vous avoue: je n’aime pas ce modele. (a voir: https://www.youtube.com/watch?v=4lDIVZFPgEc )

    Une alternative qui me parait logique et plus ¨digne¨: pourquoi pas utiliser la ¨carte civique¨ [la tarjeta civica], une carte avec un ¨chip¨ de mémoire, régistrant le nom et les données personnelles et aussi un ¨crédit¨ que l’on n’utilise a ce moment que pour le transport publique en Colombie, aussi pour l’acces aux produits alimentaires de base et d’autres produits et services?
    Ainsi, on pourrait aller aux points de distribution ¨approuvés¨, des supermarchés, des magasins etc, pour ¨payer¨ avec la carte civique, exactément comme si on le pourrait faire avec une carte banquaire ou autre.

    La GRANDE avantage de l’emploi de la carta civique se présentera des le début… on va ¨récolter¨ des données importantes en ce qui concerne les volumes et les types de la consommation.
    (Et, évidemment, il faudrait des mesures tres claires en ce qui concerne la protection des droits de la vie privée..).

    Il me parait urgent et nécessaire (considérant la souffrance mondiale.) de continuer notre débat ici sur le blog sur cette proposition tellement essentielle de Paul et de Vincent Burnand, notamment en ce qui concerne la meilleure et plus digne solution technique de la gratuité.

    Je reviendrai sur une petite partie des aspects financiers dans mon deuxieme point.

    2. La (retour a la) planification.

    C’est évident: l’installation de la gratuité UNIVERSELLE, impliquera inmédiatement une reáctivation universelle et mondiale de la planification a grande échelle et multi-annuaire, mais en meme temps détaillée et localisée.

    Puisque: il faudra COMPTER les bouches qui vont manger et leurs préférences, bref, il nous faut définir la consommation, qui, heureusement, ne sera pas tellement compliquée grace a la digitalisation proposée ci-avant.
    Pour faire ce travail de l’identification de la consommation et afin de pouvoir ¨orienter¨ la production et la distribution, il nous faut une réactivation de la planification publique. démocratique et participative sans bornes.

    La création de cellules de planification consommation / production, doivent se trouver en mains publiques, mais surveillée fortément par les citoyens et les consommatrices et consommateurs, pour éviter que le ¨rapport de force¨ aura la tendance de rester dans les mains des groupes de pression du coté de la production.

    Parce que, c’est cela précisément un des objectifs de la (nouvelle) planification: il faut ORIENTER la production, et ses formes, des l’intéret de la consommation.
    Ce qu’on nous DIT toujours dans le capitalisme, mais ce qu’on ne fait (presque) jamais.
    (Pensez aussi a Paul Jorion sur la ¨planned obsolescense)..

    C’est le moment approprié pour pousser vers un tournant, dans lequel les consommatrices et les consommateurs prendront le releve, et prendront le controle de ¨pouvoir¨ du ¨levier¨, comparable avec ce qui s’est déja passé dans les décennies passées dans les coopératives de consommation en Europe et ailleurs.

    C’est le moment aussi d’imposer des normes prioritaires de la santé publique (consommation de sel, de sucre, des graisses, etc etc) et écologiques, et de fair-trade / commerce équitable.

    Et, finalement, en termes de la planification financiere, c’est le moment de tourner la page.

    Je ne dis rien a ce moment sur la ré-répartition urgente des richesses nationales/internationales en mains de superriches. Je ne le veut pas, parce que je suis TRES TRES faché.

    On sait qu’il ne nous manque pas des moyens… mais (presque) tout est concentré maintenant dans des mains d’une minorité au monde. Hier je vous ai donné l’exemple abject du comportement des milliardaires en France et aux EEUU, et alors, je ne veux meme pas discuter sur la question si il y a des moyens financiers oui ou non pour la gratuité.

    Evidemment il y a de tels moyens, sans aucun probleme. Et cela va pour presque tout se qui est de base.

    C’est a dire: c’est le moment, finalement, pour rentrer a Bretton Woods. Et de gagner pour TOUJOURS la lutte, maintenant une lutte avec le toutpetit grandfils de White, monsieur Donald T. Tr. président élu par une minoritaire et un systeme obsolete d’une chambre de selecteurs encore beaucoup plus obsolete.

    Rentrons a la discussion Keynes – White, tellement bien analysée et élaborée par Paul Jorion, et faisons la conection entre la planification universelle et mondiale de la gratuité et l’introduction du bancor et de la chambre de compensation mondiale ICU comme proposée par Keynes.

    Les pauvres l’attendent, et sont majoritaires.

    Cette fois-ci, 74 années apres la tragédie de la mort de John Maynard Keynes, on va gagner la bataille.

    A bas la discrimination! A bas la pauvreté! A bas la destruction de la terre!

    J’espere que la prof Després et Paul Jorion nous vont surprendre tres prochainement avec un deuxieme débat, dédiqué a la gratuité et le retour nécessaire a Bretton Woods.

    1. Si Laure Després et Paul Jorion ( ajoutons y Vincent Burnand-Galpin pour conforter leurs forces déclinantes ) , acceptent la mission , on ne peut que souhaiter qu’ils en viennent à bout .

      Mais si c’est pour que » les consommatrices et consommateurs prennent le pouvoir et le contrôle du levier » , non merci .

      C’est le vieux débat entre  » usager » et  » citoyen  » , et ça me rappelle les premières idées autogestionnaires tentées par la CFDT après l’épopée LIP , idées plus ou moins reprises dans leurs intentions et de façons très confuses par les tenants d’une  » participation  » accrue des bénéficiaires d’un service à la « gestion  » dudit service .

      Dans ces cas là il convient toujours de rappeler les vraies règles démocratiques :

      – ce n’est pas l’usager qui décide de la création , de la suppression d’un service : c’est le citoyen agissant par son bulletin de vote déléguant une mission à un « responsable » .

      – l’usager a bien sur vocation à donner ses préférences , jugements et orientations futures concernant le service ( et des dispositifs souvent pertinents de ce type existe déjà dans beaucoup de secteurs ou organismes prestataires ) . L’expression concrète de cet avis d’usager suppose une règle de désignation de « porte paroles  » des usagers ( c’est là que ça se gâte d’ailleurs , des cas que j’ai connus ).

      – le dispositif de contrôle du responsable et de son organisation doit être déterminé et précisé ( sur quoi il porte , où , quand et comment ) dans son mandat . Les usagers peuvent avoir vocation à faire partie de ce comité de contrôle dont la composition globale et les règles de production d’avis doivent être contractualisées . Les représentants du mandant de service ( un élu au sens habituel ) , qui représentent les citoyens , sont membres de droit et voix déterminantes dans ce comité .

      Bref , les outils ont déjà été testés depuis longtemps . Avec des réussites et échecs variables , qui selon moi , recoupent les mêmes vertus et tares que l’on trouve dans la vie des associations loi de 1901 .

      1. Medellín, le 1 juillet 2020

        @ Juannessy

        quote
        Mais si c’est pour que » les consommatrices et consommateurs prennent le pouvoir et le contrôle du levier » , non merci .
        unquote

        Alors, on se trouve devant un abime tres, tres, peut etre trop profond, estimado Juan.

        Je comprends, de votre réaction directe et absolutiste, que vous vous référez a vos souvenirs malheureux, mais moi je me référe a une situation totalement changée maintenant, et dans laquelle la ¨splendide désunion institutionnelle historique en France¨ bloquera chaque effort de changement profond, notamment en France.

        Alors: il faudra regarder au-dela de ce blocage, qui est aussi un blocage socio-psychologique.

        Moi je me refere a un univers / une population totalement distincte… je me refers a la ¨masse inerte¨ qui se trouve maintenant dans les mains // ordinateurs des manipulateurs/trices dans leurs tours de béton a Saint Etienne et ailleurs, et qui doivent se réveiller devant le drame de l’emploi tres tres actif de leurs données du coté du ¨capital¨.

        * https://en.wikipedia.org/wiki/Groupe_Casino
        * https://en.wikipedia.org/wiki/Carrefour

        Cela n’a rien, mais absolument RIEN a voir avec la CFDT (et ¨no importa¨ si je les aime oui on non).

        Je parle d’une innovation qui doit se baser sur une révolte ¨cachée¨ et qui doit etre ¨provoquée¨ .

        Je vous invite Juan, avec votre longue expérience, de bien réfléchir sur le fait que déja il se présente un changement dans les ¨rapports de forces¨, dans lequel au moins ici en C, les municipalités ¨prennent¨ une partie du pouvoir controlé par Casino et autres, a travers des ¨tarjetas civicas¨…

        Mais: cela, et c’est celle ma proposition, cela devrait se ¨démocratiser¨ encore beaucoup plus, invitant a la ¨société civile¨ de se mobiliser. Et cette mobilisation se présente déja, devant nos yeux, mais sans ¨organisation explicite¨, alors, toujours vulnérable.

        (et non seulement en ce qui concerne les supermarchés, y compris aussi le secteur des services financiers et autres:
        exemples:
        https://en.wikipedia.org/wiki/Coop_Forum
        https://en.wikipedia.org/wiki/JAK_Members_Bank#:~:text=The%20JAK%20Members%20Bank%2C%20or,of%20production%20in%20classical%20economics. )

        Je me rends compte que vous pourriez vous facher de moi de venir avec de tels exemples, et je vous invite de venir avec d’autres exemples. En Europe il y en a plusieurs.

        Ma proposition est changer le bilan RELATIF dans le rapport de forces en faveur des ¨humilié.e.s¨ et en défaveur du capital.

        Cette mobilisation, nécessairement, doit etre non-politisée en termes des groupements historiques.

        Et je me rends compte que cela, c’est une tache immense, notamment en France.

        Juan: souvenez vous bien… chaque fois quand on commencait avec une organisation sociale innovatrice, le commentaire était identique:
        ¨ah, mais ce n’est pas nécessaire¨ ¨ah mais on fait déja ce qui vous propose¨ ¨ah, mais vous avez une liste tellement longue des plaintes¨ etc etc etc.

        Oui mesdames messieurs: il y a beaucoup beaucoup des plaintes, c’est a dire: il nous faut travailler beaucoup.

        B.a.v.

        JL

      2. Medellín, le 1 juillet 2020

        @ Juannessy: commentaire supplémentaire.

        Autre exemple, cette fois-ci dans le secteur ¨énergie¨.

        Je vous traduit l’allemand a travers de deepl:

        quote
        Sur les 130 milliards d’euros promis dans le plan de relance économique, 7 milliards doivent maintenant être dépensés pour promouvoir l’hydrogène afin de le rendre prêt à être commercialisé et de créer un marché axé sur la demande. EPA-EFE/CHRISTIAN MARQUARDT / POOL [Christian Marquardt/ epa]
        unquote
        source: https://www.euractiv.com/section/energy/news/germany-plans-to-promote-green-hydrogen-with-e7-billion/

        Alors: ma proposition est de LIBÉRER ¨la force de la demande¨ ¨cachée¨ (ou volée si vous voulez) des ordinateurs du ¨capital¨, de la MOBILISER, ORGANISER et DÉMOCRATISER et de la libérer précisément du controle des appareils ¨étatiques / municipaux¨, qui, dans la réalité de tous les jours, implique tres / trop souvent le controle de microsoft/Gates de ces données.

        Ne l’oubliez pas svp apreciado Juan: maintenant c’est ¨l’offre¨ qui controle ¨la demande¨.

        Moi je propose un renversement: ¨la demande¨ doit controler ¨l’offre¨.

        Et lisez bien le montant que Peter Altmaier en Allemagne libere pour réaliser ce renversement..

        Ce qui implique, automatiquement, un retour a une rédéfinition de la ¨demande effective.¨

        Une autre fois: un retour a Keynes, un retour a la planification, un retour au bancor et a l’ICU.

        https://www.bis.org/review/r090402c.pdf

        Démocratiser la demande, ¨empoderar¨ (= renforcer, mais sans le ¨chique¨ de l’español..) la demande…

        😉

        b.a.v.
        JL

      3. @Très cher ami colombo-néerlandais :

        Je comprends bien que la Colombie n’est pas la France ou les Pays Bas , mais je ne vous suivrai jamais pour confondre citoyen et consommateur , démocratie et marché , peuple et assemblée de copropriétaires , bien public et somme de satisfactions particulières .

        Je ne sais pas si c’est ainsi être « français » ou « hors course  » , mais je ne suis pas près de changer d’avis là dessus .

      4. Medellín, le 2 juillet 2020

        @ juannessy

        Je ne vous comprends pas bien Juan.

        Oui, je me rends compte de la (tres longue) histoire et la discussion au sujet d’une opposition (réaliste?) citoyen – consommatrice/teur. (Amartya Sen entre autres).

        Ce qui m’étonne et ce qui me cause des questions sur votre ¨maniere de pensée¨ est un certain ¨méfi¨ que je sens dans votre regard sur le monde..

        Pourriez-vous nous élaborer un petit plus quelle est votre regard, et votre appréciation des mouvements démocratiques de base?

        (PS: mes propositions n’ont rien a voir avec des ´nationalismes´… croyez moi s.v.p.).

        B.a.v.

        JL

      5. @Johan :

        Vous avez raison de penser que je me méfie des consommateurs autant que des conditions du Pouvoir .

        Qu’est ce qu’un mouvement « de base « ?

        Qu’est ce qu’un mouvement » démocratique « ?

        Qu’est ce qu’un mouvement « démocratique de base  » ?

        Pourquoi les consommateurs devraient ils être  » la base » ?

  8. « …: il n’y a plus en France que 20% de la population qui vive en milieu rural, tandis qu’en Belgique le chiffre est tombé à 2%, et continue inexorablement de baisser d’année en année dans chacun des deux pays…. »
    Superbe exemple de biais statistique qui laisse croire que les campagnes se désertifient. C’est le contraire ! En fait, ce qui diminue, ce ne sont pas les ruraux, mais la campagne (qui s’urbanise). En Flandre, plus de 50% du territoire est artificialisé.

    « … d’éviter l’effondrement. Par exemple, grâce au retour à une planification indicative et partiellement contraignante, complétée le cas échéant par des nationalisations. … »
    Oui, si la planification contraignante comporte celle des naissances et du niveau de vie. Sinon, expliquez moi svp comment les avions nationalisés voleront sans kérosène;)

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