La pudibonderie n’est pas de gauche

À propos de Le Monde, Le cinéma indépendant américain saisi par le puritanisme, par Jean-François Rauger, le 12 octobre 2020.

Sous-titre de l’article : « Le souci des cinéastes semble aujourd’hui de ne pas être soupçonnés de vouloir rassasier un regard masculin qui, par essence, serait suspect. »

J’abonde dans le sens de l’article : ni le néo-puritanisme, ni la néo-pudibonderie, ne sont progressistes, ne sont « de gauche » : ils se situent dans la même lignée que leurs prédécesseurs, le puritanisme et la pudibonderie, dans la grande tradition de la pensée réactionnaire : un refus dogmatique de la condition humaine telle qu’elle est, déterminée par notre condition de mammifère, d’animal sexué, programmé (et rétribué) pour la copulation, selon un mécanisme assurant la reproduction de l’espèce (c’est comme cela que la vie se perpétue, c’est tout).

Affirmer le contraire s’inscrit dans une longue tradition de condamnation des « actes contre nature », une « nature » définie en l’occurence arbitrairement, sur la base seule du préjugé – que celui-ci soit clairement « obscurantiste » ou de manière ambivalente, « politiquement correct », importe peu : il s’agit toujours de préjugé.

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21 réflexions sur « La pudibonderie n’est pas de gauche »

  1. Oh là le vilain mot : déterminisme !
    Après :  » la condition humaine telle qu’elle est, déterminée par notre condition de mammifère, d’animal sexué, programmé (et rétribué) pour la copulation, selon un mécanisme assurant la reproduction de l’espèce (c’est comme cela que la vie se perpétue, c’est tout).  » – pour le coup on ne peut pas leur reprocher les inclinations sexuelles qui interdisent la reproduction ^^
    M’enfin, que serait-on sans les préjugés, des sophistes ?

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    1. Ils ont tous le nez au vent.
      « Ce n’est pas la girouette qui tourne mais le vent » ( attribué à Edgar Faure).
      Ils veulent être tous dans le vent qui souffle actuellement dans ce sens.
      Grand bien leur fassent !!!

      1. Jolie remarque sur certaines girouettes, mais pas toutes nécessairement.
        Le droit fonctionne en binaire, coupable et victime, le mouvement de la balance passe par le juste milieu mais le référentiel de la tare est instable. Clair que les constructions de l’édifice du genre, du rôle, sont fragilisées par d’autres constructions liberté, égalité, fraternité, et que le marché ne saurait s’en distraire gracieusement, ni la notion de « gauche ».

      1. Est ce que le juste est au milieu ? Si oui au milieu de quoi ?

        S’agissant de la seule sexualité et des différences homme /femme , Aristote , même s’il est moins macho que Platon , n’avait pas vraiment trouvé la juste appréciation .

        Dans l’héritage grec , je préfère à  » juste milieu » , le « sens de la mesure  » du « jamais trop » et  » connais toi toi même  » .

      2. @Paul Jorion :

        C’est bien ce que veut dire le « jamais trop » de Delphes : jamais trop ( en plus ) ET jamais trop en moins ( pas assez ) .

        Pour ça il faut avoir l’œil perçant , sensible et toujours fixé sur le fléau de la balance .

  2. La pudibonderie est une pudeur affectée , le plus souvent ,sinon toujours, orientée vers la sexualité .

    La seule  » pudeur » a des racines qui me semblent plus proches des deux des maximes du temple de Delphes que je rappelais . Car la vraie pudeur c’est le respect de soi même .

  3. Vous assimilez droite et mal, gauche et bien.
    Or le politiquement correct est sans nul doute historique une attitude d’auto proclamés progressistes, né chez les démocrates de gauche aux USA et importé avec enthousiasme par la gauche européenne qui passe de l’universalisme de l’humain (l’internationale sera le genre humain…) au communautarisme tribal (sainte Taubira, discourez pour nous..).

  4. Paul fait-il semblant d’avoir oublié que le projet anthropologique est lui-même, pour la gauche actuelle, réactionnaire?
    Car enfin, tout le monde sait bien, depuis les années 2000, qu’en sciences humaines et sociales le mot « nature (humaine) est un gros mot… un tabou qui vautl’ excommunication des séminaires. Et on ne parle pas des transhumanistes actuels…
    D’ailleurs, si tous les totalitarismes prétendent changer l’homme, n’est ce pas parce qu’in fine ils pensent qu’il est « changeable » à l’envie ?
    Bref… de même qu’on est tjs le con d’un autre, on est tjs le réactionnaire d’un autre…

    Pour info, les catholiques ne nient pas que c’est là la nature de l’homme, ou plutôt diraient ils, parce que ce n’est pas tout à fait pareil, que c’est là la condition de l’homme dans l’état de nature. Or l’état de nature c’est pour eux l’état des êtres humains après la Chute (après l’état de grâce donc). De sorte qu’un Thomas d’Aquin n’a aucun mal à dire de l’homosexualité qu’elle est « naturelle » en ce sens (et non pas « contre-nature », justement).

    Etre réactionnaire, c’est encore… bien autre chose.
    A l’inverse, comme l’ont bien bien montré Cousclard ou Muray , il ne suffit pas de ne pas d’être pudibond pour ne pas être réactionnaire (l’anti-pudibonderie… les capitalistes aiment assez bien l’idée en fait… on pourrait même dire qu’ils adorent).

    1. Mon bon Monsieur, l’anthropologie n’est plus ce qu’elle était ! Mais ne vous inquiétez pas : « Paul Jorion – Le Retour ! », dans toutes les bonnes salles (aussitôt qu’elles rouvriront).

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  5. « un refus dogmatique de la condition humaine telle qu’elle est, déterminée par notre condition de mammifère, d’animal sexué, programmé (et rétribué) pour la copulation, selon un mécanisme assurant la reproduction de l’espèce (c’est comme cela que la vie se perpétue, c’est tout). » –> très très juste propos, un refus qu’il y ait du donné, une sale métaphysique de l’auto-fondation et de la contractualité cancérisant l’entiereté de toutes les formes de relations. Il y aurait long à développer et délicat à développer, avec l’urgence de ne pas laisser le champ de la confrontation avec le constructivisme niais à la droite, qui s’en régale, y prépare ses majorités à venir.

  6. Vous n’y êtes pas du tout !
    La pensée réactionnaire, comme vous dites, pensée dont il m’arrive de m’enorgueillir, est très loin d’être « un refus dogmatique de la condition humaine », elle serait plutôt, tout au contraire, un refus de la façon dont les « progressistes », les « de gauche », prétendent la transformer à leur guise, cette nature humaine, pour qu’elle se conforme à leurs présupposés idéologiques.

  7. votre énoncé : « programmé (et rétribué) POUR la copulation, selon un mécanisme assurant la reproduction de l’espèce ». Il me semble plutôt que le mammifère sexué est « programmé pour la reproduction de l’espèce PAR la copulation » – il est vrai que je n’ai pas du tout compris quelle était sa rétribution (auriez vous la bonté de le préciser ?)
    D’autant que le puritanisme et la pudibonderie stigmatisent prioritairement les pratiques non reproductrices (homosexualité, masturbation, sodomie)

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