Lawrence Ferlinghetti (1919-2021)


Le début de Le sanctuaire, mon billet ici, en date du 26 avril 2007.

Ma mère est morte en janvier 2003. Deux semaines plus tôt je l’avais vue pour la dernière fois, impuissante, dans sa chambre de réanimation à l’hôpital de Vannes. Et donc ce matin-là où j’ai appris la nouvelle, j’escaladais et je dégringolais les rues de San Francisco avec l’envie de prier, cette envie qui transcende dans ces moments-là le fait que l’on croie ou non en Dieu, que l’on aie une religion ou que l’on n’en aie point. Et je suis passé dans Columbus Street, devant la librairie City Lights.

Quand on connaît la boutique, on finit par s’y retrouver dans sa configuration labyrinthique. Au sous-sol, il y a la collection la plus complète que je connaisse d’ouvrages en anglais sur le bouddhisme et le taoïsme. Au premier étage, il y a une petite pièce, et cette petite pièce est deux choses à la fois : c’est la partie d’une librairie et c’est aussi un joli sanctuaire. Les livres sont disposés avec dévotion sur des présentoirs, comme des offrandes. Ce qui se comprend quand on sait que c’est Lawrence Ferlinghetti, le poète « beat », qui la fonda, il y a bien longtemps. Il y a des photographies, certaines de très grand format. Une en particulier, de Jack Kerouac et de Neal Cassady. Est-il dieu possible d’avoir l’air plus breton que Ti Jean Duluoz ? Et c’est là que j’ai pu prier, à ma manière.

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7 réflexions sur « Lawrence Ferlinghetti (1919-2021) »

  1. Umberto Eco : « Si Dieu existait, il serait une bibliothèque. »
    Et par ailleurs, je me demande si, être dans une grande bibliothèque ne renforcerait pas hasard, notre système immunitaire, presque comme une balade en forêt.

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  2. Oh, where
    Oh, where will I be?
    Oh where?
    Oh, when that trumpets sounds

    chanson signée Daniel Lanois qui a coutume d’appeler sa guitare “my little church in a suitcase” 😉

  3. Il est bon d’avoir l’esprit ouvert mais pas au point que le cerveau tombe par terre…
    (Cité par Jean-Christophe Rufin, dans sa post-face « à propos de Globalia »)

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  4. Aucun auteur n’écrit le livre du lecteur, aucun lecteur ne lit le livre de l’auteur.
    Le point final, à la limite peut leur être commun. ( citation de Victor Miesel écrivain imaginaire dans  » L’anomalie  » d’Hervé Le Tellier ).

    Christian Poslaniec entre autres a soutenu l’idée qu’un livre en contient en réalité au moins 6 ou 7 si l’on tient les centaines ou milliers de lecteurs qui comprennent le texte chacun à leur manière pour un lecteur unique.
    Imaginons donc un instant combien de livres en tout sont contenus dans chaque librairie, chaque bibliothèque, chaque caisse de bouquiniste, chaque dépôt etc…
    Et ici je ne parle même pas des livres imaginaires que chacun de nous porte dans sa tête sans les avoir écrits.
    Notre monde est l’enchevêtrement de milliards de récits. Une toile considérable peut-être aussi importante que l’Univers.
    Enfin je veux le croire. Cela ne règle rien et ne délivre aucune clé de compréhension mais quand même … Il se trouvera bien des chercheurs pour trouver des cohérences. Moi je retourne à mes rêves : vin rouge, opéras et feux de bois pour mes dernières années.

    1. … c’est l’étincelle dans la chambre de combustion, puis de ce butin se découvre l’art d’écrire dont l’écrivant fera son miel, miel qui réjouira (ou pas) les papilles du lecteur.

  5. De quoi s’isole -t-on dans un sanctuaire , et en reste-t-il , quand l’IA en sait plus sur nous que nous même ?
    Enfin , c’est ce qu’on dit .

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