Incroyable mais vrai ! – “Nous ne sommes pas sûrs de savoir ce que c’est que penser comme un glacier”

Tribune d’un collectif en première page du journal Le Monde, en date d’aujourd’hui (réservé aux abonnés) : « Penser les glaciers comme des acteurs d’un monde que nous habitons en commun ».

Rien qui me choque dans le titre, vous me connaissez : je suis l’auteur de Le dernier qui s’en va éteint la lumière (2016) ; je suis par ailleurs membre de l’assemblée statutaire de GreenPeace France et je n’ai aucune sympathie a priori, ni a posteriori pour « un domaine de ski hors-piste, privilégiant l’autonomie de pratiquants engagés dans un milieu encore sauvage, en bordure du parc national ».

Et j’applaudis des deux mains à

N’est-il pas plutôt temps de descendre d’un cran, de se reposer collectivement la question de ce qu’est un glacier en train de mourir et de se demander en quoi sa mort annoncée résonne avec la manière dont notre modernité extractiviste se décompose à vue d’œil, à l’épreuve d’un virus qui fait, en quelques mois, voler en éclats toute notion de sécurité ?

Mais attendez la suite : les choses se compliquent. Parlant toujours des glaciers :

Les Q’eros des Andes péruviennes leur adressent des rituels pour qu’ils veillent à l’équilibre des saisons et du climat ; les Athapascans du Yukon et de l’Alaska les considèrent comme des entités qui écoutent ce que les humains disent et répondent à leurs actes avec leur manière propre ; les Even du Kamtchatka les pensent comme le lieu de transit des âmes des morts et des vivants à naître ; la calotte de glace du Grand Nord américain et canadien est nommée, dans nombre de langues autochtones, et malgré l’impression trompeuse de « vide » qui saisit le spectateur extérieur lorsqu’il regarde la banquise, « le lieu où toute vie commence ». En Nouvelle-Zélande, les Maoris, dépositaires du même type de relation au monde, ont même réussi à transformer le statut légal du mont Taranaki en 2017, officiellement déclaré « sujet de droit » quelques mois après le fleuve Whanganui. Grâce aux combats de leurs porte-parole, qui s’appellent eux-mêmes les « Taranaki iwi », en référence à ce volcan qu’ils considèrent comme leur ancêtre, ces milieux de vie échappent enfin à l’emprise de certains humains qui s’arrogent leurs droits d’exploitation exclusifs.

Bravo ! Et longue vie à l’anthropologie (ma demeure) pour l’inventaire qu’elle a su établir des croyances de l’éventail des différentes cultures humaines.

Mais qu’en pense le collectif quant à lui ?

“Au sein du collectif La Grave autrement, nous ne disons pas que nous savons ce que c’est que penser comme un glacier. Nous ne sommes pas sûrs. Nous doutons. Nous nous posons des questions.”

Euh… Je n’ai pas pu me retenir du coup de mettre en commentaire :

Quoi, vous n’êtes pas sûrs de savoir ce que c’est que penser comme un glacier ? Pourtant vous êtes nombreux ! Et il y a pas mal de matière grise entre vous mis tous ensemble. À mon avis, c’est parce qu’il y a chez vous quelque chose de l’ordre de l’inhibition (c’est le psychanalyste qui parle), encore un effort ! Vous n’êtes pas loin de trouver !

Auguste Comte considérait que les connaissances humaines étaient passées par trois états théoriques successifs : le théologique, le métaphysique et le positif. Au premier de ces états, l’état théologique, il y avait pour lui trois phases : le fétichisme, le polythéisme et le monothéisme. Le fétichisme « consiste surtout à attribuer aux êtres extérieurs une vie essentiellement analogue à la nôtre ». C’est bien de cela qu’il s’agit.

Vous pourrez lire la liste des signataires * de la tribune libre : il y a là du beau monde au sein de l’élite intellectuelle française, qui n’hésite cependant pas à nous ramener d’intention délibérée au fétichisme : la première des trois phases du premier des trois états des connaissances humaines selon Auguste Comte. Aucun état d’âme donc pour eux avant de proposer le retour à la case zéro !

Des efforts considérables ont été consentis dans la pensée occidentale pour éliminer la notion que le destin de l’humanité était déterminé par le Saint-Esprit à lui seul (monothéisme : phase 3 du premier de trois états) plutôt que par le genre humain à lui seul dans ses efforts (état positif : troisième état), souvent au risque de leur vie pour les intrépides contestataires du dogme. Mais quand je vois que le bâton est aujourd’hui transmis aux glaciers (fétichisme : phase 1 du premier de trois états), j’ai envie de crier “Saint-Esprit reviens ! Ils sont devenus fous !”

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* Bernard Amy, écrivain ; Isabelle Autissier, navigatrice ; Geneviève Azam, essayiste ; Paul Bonhomme, alpiniste ; Christophe Bonneuil, historien, rédacteur en chef de la revue terrestres.org ; Stéphanie Bodet, alpiniste et écrivaine ; José Bové, activiste ; Florence Brunois-Pasina, anthropologue ; Pierre Charbonnier, philosophe ; Caroline Ciavaldini, grimpeuse ; Yves Citton, philosophe ; Philippe Claudel, écrivain ; Geremia Cometti, anthropologue ; Alain Damasio, écrivain ; François Damilano, alpiniste ; Lionel Daudet, alpiniste ; Fredéric Degoulet, alpiniste ; Philippe Descola, anthropologue ; Catherine Destivelle, alpiniste, coprésidente du Groupe de Haute Montagne ; Cyril Dion, réalisateur ; Marie Dorin, biathlète ; Jean-Louis Etienne, explorateur ; Malcom Ferdinand, ingénieur en environnement, politologue et chercheur au CNRS ; Bernard Francou, glaciologue ; Nathalie Fromin, chercheuse en écologie des sols au CNRS ; Barbara Glowczewski, anthropologue ; Sophie Gosselin, philosophe ; Nicolas Henckes, sociologue de la santé au CNRS ; Nicolas Hulot, ancien ministre de l’écologie ; Killian Jornet, traileur ; Étienne Klein, philosophe ; François Labande, alpiniste et écrivain ; Bruno Latour, philosophe et anthropologue ; Thomas Lovejoy, spécialiste de la biodiversité et de l’Amazonie ; Xavier Lucien, réseau des Crefad (Centres de recherche, d’étude de formation à l’animation et au développement) ; Mike Magidson, réalisateur ; Luc Martin-Gousset, producteur ; Marielle Macé, historienne de la littérature ; Pierre Mazeaud, alpiniste, président honoraire du Conseil Constitutionnel ; Reinhold Messner, alpiniste ; Barbara Métais-Chastanier, autrice et dramaturge ; Maurine Montagnat, glaciologue ; Luc Moreau, glaciologue ; Baptiste Morizot, philosophe ; Jean-François Noblet, naturaliste ; Francis Odier, président France Nature Environnement Isère ; James Pearson, grimpeur ; Arnaud Petit, alpiniste ; Alessandro Pignocchi, auteur de bandes dessinées ; Eric Piolle, maire de Grenoble ; Sylvain Piron, historien ; Axelle Red, chanteuse ; Olivier Remaud, philosophe ; Elisabeth Revol, alpiniste ; Jean-Marc Rochette, auteur de bandes dessinées ; Liv Sansoz, alpiniste ; Cédric Sapin-Defour, écrivain ; Marc-André Selosse, Muséum national d’histoire naturelle (Paris), Gdansk University (Pologne), Kunming University (Chine), membre de l’Académie de l’agriculture ; Charles Stepanoff, anthropologue ; Hubert Tournier, ornithologue ; Christian Trommsdorff, alpiniste, coprésident du Groupe de haute montagne ; Sarah Vanuxem, juriste ; Julien Vidal, auteur ; Patrick Wagnon, glaciologue ; Estelle Zhong-Mengual, historienne de l’art ; Collectif La Grave Autrement ; Mountain Wilderness ; Collectif Abrakadabois NDDL (Loire-Atlantique) ; Réseau des Crefad (Centre de recherche, d’étude de formation à l’animation et au développement) ; Collectif de paysans-forestiers de Treynas (Ardèche).

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79 réflexions sur « Incroyable mais vrai ! – “Nous ne sommes pas sûrs de savoir ce que c’est que penser comme un glacier” »

  1. Pour le coup, je brandirais comme on brandit un pic à glace le duo entropique-anthropique de Bernard Stiegler. Se mirer dans le glacier comme miroir de notre mode de “faire-entropie” parce que le glacier le révèle avec une temporalité assez longue pour se prêter à l’idée d’une nouvelle religion, verte et blanche, croissante et decroissante.

  2. Signature: un instant d’inattention? Emploi du temps surchargé?

    Je tiens pour très positif que Mélenchon n’y figure pas… Nan j’déconne!
    Et pis, il y est peut-être, j’ai cessé de lire à “Étienne Klein, philosophe “.

    J’ai tenu bon à “Nicolas Hulot etc…” Courageux que je suis. D’ailleurs, Nicolas se dévalorise, il était Ministre d’Etat. Prise de conscience du hochet?

    C’est un texte de sachant. Il s’adresse à des sous-doués, à savoir nous, forcément. L’anthropomorphisme, ou plutôt la “personnalisation”, est un bon moyen pour faire comprendre intimement l’enjeu. Les glaciers vont mourir, c’est pas rien.

    1. Euh non, les glaciers juste ils fondent, c’est nous qu’on va crever. Jje suis pas un sachant mais voyez comme mon exercice de vulgarisation est des plus réussi. 🙂

        1. Un glacier, pas encore mort, au soleil du matin, il brille de tous ses feux.
          Hélas , tout ce qui brille n’est pas d’or(s).

          L’heure (hora en latin) n’est déjà plus à la rêverie. Dès à présent, la catastrophe nous guette.

    2. “Les glaciers vont mourir”
      C’est déjà le cas. Un chercheur allemand spécialisé m’a dit récemment qu’en Bavière, trois quarts des glaciers ont disparu, dans dix ans il n’y aura plus de glaciers du tout. Peut cela peut signifier quelque chose, un symbole, un oiseau de mauvaise augure: Covid, changement climatique et donc changement de l’environnement, surpopulation de la terre…….

      1. Bon, allez, j’ose: moi je suis un glacier, et je ne suis pas prête de fondre. Vous pouvez toujours amener vos pics à glace, je ne l’appelle pas Trotsky. Comprenne qui pourra. Rendez,-vous à la sortie. On pourra se compter. . Hum.

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  3. On pourrait y voir un symptôme supplémentaire de l’extinction de masse du christianisme occidental. Le positivisme, oui c’est bien, mais ça ne soigne pas efficacement au quotidien notre grande trouille de la mort. Je ne suis donc pas étonné que des gens aillent chercher de la vie, de la pensée, du sacré et de l’Éternité dans un glacier. Le blabla New Age on connait depuis quelques décennies.
    Je ne jetterai pas la pierre aux signataires, sachant qu’on peut (je me mets dans le lot) signer un truc (la protection d’un glacier) sans lire dans le détail ni trop s’attarder sur une petite phrase.
    Je ne jetterai pas la pierre non plus aux nombreux signataires alpinistes. Face au grandiose et à la mitoyenneté de la mort, pardonnons-leur quelques petites crises de mysticisme.

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    1. @Arkao
      Je ne sais pas si vous connaissez le monde de l’alpinisme mais ce ne sont pas souvents des mystiques. Lionel Terray, une icone … un figure mythique… à zut, un très grand alpiniste se considérait comme un “conquérant de l’inutile”.
      Pour vous donnez le goût de l’esprit alpiniste, regardez donc le film “Les étoiles de midi”
      https://www.youtube.com/watch?v=vChHCJN698Y

      1. @Pascal
        Mysticisme n’est peut-être pas en effet le terme approprié. Je pensais plutôt à des expériences intimes, des sensations particulières, comme celles évoquées ci-dessous par @Van Den Meersche Luc et CloClo.

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    2. Oui il est très possible qu’un certain nombre de signataires aient lu le texte en diagonale.

      Peut-être aussi que certains ont pensé que donner au texte une tournure “réalisme-magique” chère à la littérature latino-américaine, apporterait plus d’impact à la pétition.

      Malheureusement il y a aussi ceux qui croient aux Apus ! (il y en a bien qui croient au père Noël ).

      Il ne faut pas confondre “L’esprit des Lieux” (excellente mais éphémère revue) avec “Le lieu des esprits” !

      Recommandons leurs la lecture du très bon roman “Lituma dans les Andes” de Vargas LLosa, plutôt que de se plonger dans le mystificateur Castanedas.

      Heureusement très peu de scientifiques parmi les signataires.

  4. Au moins un fois par an, je m’installe une journée entière sur un glacier, entre deux crevasses; en particulier sur la langue du glacier d’Argentière. C’est relativement facile d’atteindre cet endroit et prendre pied sur le glacier avec une certaine appréhension et émotion, une sensation inédite . Une journée d’écoute, d’observation, d’éveil de vos sens, un essai de compréhension…..vrai, personnel et unique.

  5. Cela fait des années qu’on en parle de cette extension du téléphérique, techniquement elle existe déjà avec un téléski sur le haut du glacier de la Girose, la liaison avec les Deux-Alpes aussi pour les randonneurs à ski.
    Mais il y a un moyen ‘très simple’ de planter le projet; la limite actuelle du Parc des Écrins évite soigneusement le glacier de la Girose, en passant par les crêtes du Râteau au Pic de la Grave; bouger la limite sur cette petite distance d’environ 1km ou 2 maxi vers l’ouest, bon, faudrait faire vite… 🙂

  6. Changer de paradigme sans jeter le bébé avec l’eau du bain, c’est du réglage fin, mine de rien…

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  7. Il m’arrive de par mon travail ( précaire ) de fréquenter la belle région des Grisons ( Chantun Grischun en romanche , Kanton Graubünden en Allemand , Cantone dei Grigioni en Italien ) . Notamment la région de Sankt Moritz ou si vous préférez , la région de Sils Maria pour les amateurs de philosophie . Bref , de nombreux amoureux de glaciers fréquentent ceux-ci pour y pratiquer leurs glissades après que leurs hélicoptères les y ont déposés . Le plus triste est que ce sont ces gens-là qui s’alarment le plus de la disparition des glaciers . Croyez moi , c’est du vécu .

    1. Bien sûr qu’ils s’alarment ! Où vont ils devoir aller ensuite pour dépenser leurs dividendes ?😁

      1. Mais il suffirait d’installer des pompes à chaleur (PAC) en nombre suffisant pour régénérer ces glaciers ET produire de l’eau chaude pour les communes en contrebas, vont-ils nous dire, ces milliardaires (avec un peu de nuke pour faire tourner ces “PACs”).

        La vogue des PACs est sans doute une bénédiction pour les producteurs d’élec, elle sauve tout un tas de modalités de chauffage électrique (le péché mignon de la France nucléarisée de 1985 à 2000) au motif de son “rendement” (x3 voire x4).

        Mais ça ne fait que déplacer un peu le problème : c’est comme les voitures à 2 litres au 100 au lieu de 6 ou 7 litres, ça ne fait que retarder de 10 ou 15 ans la même difficulté écologique.

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        1. “La vogue des PACs est sans doute une bénédiction pour les producteurs d’élec,”
          Tout comme les SUV avec la bénédiction de Total,
          Tout comme l’absence des récupérateurs d’eau de pluie en France (obligatoire en Belgique) avec la bénédiction de Vivendi,
          … la liste est longue mais facile à trouver : CAC 40 !

  8. J’aurais adoré étudier la théorie d’Auguste Comte, et plus généralement l’anthropologie, dès le collège. Dire que la philosophie n’est (que) caressée qu’au lycée. J’aurais peut-être été un citoyen éclairé. Peut-être aurais-je osé “dire” et pas seulement “commenter”. Voire “faire” (Seigneur prends pitié Seigneur). Je file regarder la suite de TPMP, Cyril va nous faire une révélation OMG (Seigneur prends Pitiééeee).

  9. Certains se demandent comment pensent les forêts.
    http://www.zones-sensibles.org/eduardo-kohn-comment-pensent-les-forets/
    Ou un arbre.
    https://www.odilejacob.fr/catalogue/sciences/environnement-developpement-durable/penser-comme-un-arbre_9782738144362.php
    D’autres essaient d’imaginer ce qu’est être un chêne.
    https://www.actes-sud.fr/catalogue/etre-un-chene
    Mais savoir “ce que pensent les glaciers”…
    J’en ai bien peu côtoyés, ou à peine tutoyés, comme aurait dit Léon (Zitrone). Le Blanc dans l’Oisans, voilà presque un demi-siècle déjà. Le Brikdalsbreen, qui se déverse (ou déversait…) quasiment dans l’océan, en Norvège, il y a quarante ans. Ceux de l’Otztal dans le Tyrol, voici une trentaine d’années, tout comme le Similaun, à la frontière italienne, peu après la découverte d’Otzi. A chaque fois un souvenir ébloui, indélébile. Je n’ose imaginer ce qu’ils sont devenus, en si peu de temps pourtant. De là une certaine tristesse, à présent, à l’idée de les savoir condamnés, quoi que nous fassions. Et pensions…
    https://www.letemps.ch/sciences/glaciers-suisses-continuent-fondre-un-rythme-inquietant
    Sur la route des glaciers, je préfère encore suivre la voie du poète. Encore plus belle, si c’est possible, que les glaciers.
    http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Hoebeke/Montagne-en-poche-Hoebeke/La-Haute-Route-suivi-de-Journal-des-4-000

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  10. Il est temps de rentrer joyeusement dans la barbarie éclairée!

    Penser comme un glacier… On dirait du Zarathoustra conçu par une intelligence artificielle!…

  11. https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Anthropomorphisme
    L’humain aime bien façonner le monde à son image. Cela pose la question de la relation de l’homme à la nature. Dans des tribus d’Amazonie, l’humain ne se distingue pas aussi clairement et des animaux, des végétaux peuvent avoir un lien de “parenté ” avec les humains quand ils lui sont utiles.
    Nous nous sommes séparés conceptuellement de la nature et toujours dans notre besoin de dominer nous cherchons à la façonner à notre image sans nous rendre compte qu’il n’y a là que vanité.

    1. Ça n’a rien à voir avec le fait d’être utile ou non : c’est une conception du monde. Relisez ma série récente sur le totémisme.

      Prenons un exemple fictif de société totémique. Les êtres humains membres de la sous-section N°7 seront conçus comme de la même essence que les cacatoès noirs, appartenant eux aussi à cette sous-section, alors que les hommes et les femmes N°4 seront eux de la même essence que les cacatoès blancs. Le monde tout entier, dans une totale ignorance des ressemblances physiques qui encourageraient, comme chez nous, à regrouper tous les êtres humains ensemble, tous les oiseaux ensemble, etc. sera partagé de cette manière. Mais pas uniquement les personnes, les animaux et les végétaux : le seront aussi les points cardinaux, les sécrétions du corps humain, les endroits remarquables, certains objets manufacturés, comme l’arc ou le boomerang, le temps qu’il fait : le beau temps, la brume, l’averse ou le crachin, etc. Il y aura des êtres humains qui seront des gens du sang, des gens du lait, et d’autres du glaire, des gens de la bile, et d’autres enfin, du sperme, etc. On dira que les personnes de la section N°7 sont comme le kangourou, le cacatoès noir, le glaire et comme l’Est, et celles de la section N°4, comme le koala, le cacatoès blanc, le sperme et le Sud, etc.

      Dans une société à 8 sous-sections, l’ensemble de ses membres y sont redistribués par huitième, et entre ces femmes et ces hommes, des règles de mariage prescriptif et de filiation très précises y sont d’application. Cette fois encore sur un exemple fictif : les hommes N°1 devront épouser des femmes N°5 tandis que leurs soeurs, également N°1 épouseront des hommes N°3. Les enfants d’hommes N°1 et de femmes N°5 seront automatiquement membres de la sous-section N°2 dont les garçons devront épouser des femmes N°6 et les filles des hommes N°4, etc. Le monde tout entier fonctionnera selon un principe identique : si sur le même exemple fictif le totem de la sous-section N°1 est le cacatoès blanc, celui de la sous-section N°2, le cacatoès à huppe jaune, celui de la sous-section N°3, le cacatoès noir, et celui de la sous-section N°4, le cacatoès à huppe rouge, les cacatoès à huppe jaune seront considérés comme les « fils » des cacatoès blancs, et les cacatoès noirs, les « maris » des mêmes cacatoès blancs, etc.

      1. Soit, c’est une conception du monde mais pourquoi avons-nous besoin de construire une conception (une représentation) du monde dans lequel on évolue ?

          1. J’ai effectivement souvent pensé que c’est ma langue maternelle qui m’a en grande partie vacciné contre le ” pragmatisme ” anglo-saxon .

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    2. @ Pascal : L’humain voit un glacier “à son image” comme un être pensant. Je trouve urgent que les humains se pensent comme des mammifères, avec pleins de sensations et de sentiments… perceptibles à qui sait voir ou sentir, mais peu verbalisés. Et avec peu de raisonnements ? Si, on les voit très bien calculer pour résoudre des problèmes, inventer des outils (DeWaal pour tout cela). Au lieu de se penser différent, à la recherche de ce qui fait l’homme, nous ferions mieux de nous ressentir comme des choses et des vivants, et d’abord de ne pas penser ! Et de perdre tant d’autres artifices qui nous encombrent… l’esprit et l’espace vital c-a-d notre environnement (pas l’espace vital au sens national !).
      Un glacier fond, disparaît (en eau) et ne meurt pas. Un humain fond en “poussière” (ou autre), Seule sa conscience de soi s’interrompt en “mort”. Bien sûr des fonctions du glacier et des fonctions corporelles s’interrompent aussi. MAis on peut la voir comme de la “vie” autant que de la “mort”.

  12. Et ils en pensent quoi ces intellectuels de la réforme de l’assurance chômage, avec comme grave conséquence de voir le peu de sous qu’on a, fondre comme neige au soleil, ou plutôt à la vitesse de la lumière, oui mon bon monsieur Klein ?

    1. Cher octobre
      Quand vous n’aurez plus de sous, vous serez toujours vivant et nombre de sociétés ont vécu ou vivent encore sans sous.
      Avec les glaciers qui fondent, ce sont les réserves d’eau douce qui disparaissent. Vivre sans eau douce est encore plus compliqué que sans le sous. Mais pour autant les responsables des deux évaporations sont bien les mêmes.

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    1. Autre commentaire sur le site du Monde à cet article :

      munstead
      07/05/2021 – 17H57

      La montagne se fiche bien des humains et le montre sans cesse.

      Cela fait bizarre de trouver en 2021 dans un pays laïc et rationnel ces références émues à des religions animistes présentées comme des exemples et de trouver au bas de ce texte la signature de Bruno Latour… Pierre Rhabi était en vacances ?

      En dehors de la nécessité de cet équipement, sans doute discutable, ces références religieuses marquent un dévoiement, qui n’est pas récent, du discours écologiste.

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      1. On peut s’amuser effectivement de cette représentation qui s’apparente effectivement à l’animisme ou encore à un certain romantisme mais à bien y regarder, qui est le plus à l’origine de l’antropocène, l’animisme ou le rationalisme ? Peut-être qu’avec notre rationalisme extrème, nous avons perdu le sens de notre parenté avec la nature.

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        1. Pascal

          Animisme ou rationalisme responsable de l’antropocene ?

          Ni l’un ni l’autre, mon capitaine, c’est le capitalisme !

          Et le capitalisme saura exploiter ce filon de nostalgie.

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        2. Parenté entre la nature et nous ? Si je dis “X est un produit de l’usine Y”, est-ce que je parle de “la parenté entre X et Y” ? Alors si je dis : “L’homme est un produit de la nature”, pourquoi serait-ce différent ?

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          1. “L’homme est un produit de la nature”, oui, cela me va aussi. J’utilisais le mot parenté dans son sens figuré, en terme de proximité. Mais n’est-ce pas avec la pensée rationnelle que nous nous donnons une place à part dans la nature, voire extra-naturelle ?

            1. “Mais n’est-ce pas avec la pensée rationnelle que nous nous donnons une place à part dans la nature, voire extra-naturelle ?”

              C’est avec la pensée tout court 🙂

              Il est non pas rationaliste, mais rationnel de considérer l’être humain comme spécifique parmi les êtres vivants connus (même si bien évidemment nous ne sommes pas extra-naturels)

              A l’échelle des âges géologiques, la biosphère a connu plusieurs “révolutions” aux conséquences très étendues, même si elles ne sont pas nécessairement toutes apparues immédiatement. Ainsi l’apparition d’êtres vivants capables d’utiliser l’oxygène, l’apparition d’êtres pluricellulaires, l’adaptation à la terre sèche, et quelques autres.

              Nous sommes la dernière de ces révolutions : des êtres vivants qui n’évoluent que peu voire pas du tout par mécanisme de sélection darwinienne, mais évoluent par sélection culturelle. Ceci, à une vitesse fulgurante comparée aux mécanismes darwiniens qui sont extrêmement lents pour les mammifères supérieurs (ils ne sont rapides pour les microbes que parce que leur cycle de reproduction est extrêmement court)

              Les conséquences de cette dernière en date des révolutions biologiques majeures sur la planète Terre ne sont encore qu’imparfaitement aperçues, c’est le moins qu’on puisse dire.

              Et l’homme est en effet tout à fait spécifique parmi les autres êtres vivants, au minimum du fait de cette capacité d’évolution par sélection culturelle ultra-rapide.

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              1. L’homme tout à fait spécifique, je veux bien. Ce qui me gène c’est sa prétention à une forme supériorité.
                Oui, nous sommes bien des super-super prédateurs.
                Si l’on prend un peu de distance, que dire d’un être vivant dont la population s’est accrue à une vitesse exponentielle et dont l’activité est une menace pour le reste du vivant ?
                Finalement, nous avons beaucoup plus de proximité avec les virus qu’on ne l’imagine 😉.
                Notre sentiment de supériorité n’est il pas ce qui menace le plus notre espèce ?

  13. Une pointe d’agacement !! ???
    C’est ce que je ressens en lisant ce post et les commentaires.
    Sauf que lorsque vous faites certaines expériences méditatives, de flow ou sous produits psychotrope ce sentiment vous gagne, d’être en unité avec une forme ou une force dans laquelle bous baignez.
    Ok états modifiés de conscience est-ce invalide ?
    Actuellement une chaman Corinne Sombrun évoque les recherches en neuroscience qu’elle fait avec des scientifiques, vous pouvez aller voir sur le net les recherches qu’ils poursuivent.
    Il y a Étienne Klein philosophe peut être plus connu comme physicien, mais pas que, il fait aussi de l’alpinisme de l’ultra trail et un amoureux de anagrammes.
    Alpinistes ils sont un certain nombre et l’ultra trail j’ai repéré Killian Jornet une sommité dans cette discipline. Vois pourrez lire ses exploits sur Wikipédia.
    Celui qui peut parler le plus pour ceux qui connaissent le mont Blanc : « il bat le record de l’aller-retour au mont Blanc depuis l’église de Chamonix 4 h 57min 34s,, soit une vitesse moyenne de 5,7 km/h sur une distance « courte » de 28,4 km mais avec 3800 m de dénivelé positif puis négatif
    Il semble que le monde de ces sports extrême entre autres soit au rendez-vous.
    Ce sont des mondes où, la transcendance, touche beaucoup de personnes, question de dépassement de la douleur et de se retrouver justement dans ce qu’ils évoquent comme le flow
    Et maintenant une autre idée vous avez tous entendu parlé ou lu ce qui concerne la théorie cerveau droit cerveau gauche
    Je vos accorde que cela peut être juste qu’une très belle métaphore pour faire entre autres des profils de personnalité
    Cependant je vous enjoins a aller regarder la vidéo de Gill Bolte Taylor lors d’une conférence TED (https://www.youtube.com/watch?v=ZsYzAJh08iI)
    Elle évoque son AVC cerveau gauche qui a mis ce dernier sur la touche pendant 4 h et elle à mis 8 ans pour s’en remettre.
    Elle évoque très bien ces 2 mondes qui peuvent cohabiter en nous et peut-être que tous les signataires ont une propension à accéder plus facilement à ce « type de vision ».
    Sachant que nous serions plutôt dans un monde cerveau gauche que cerveau droit.
    Pour terminer et pour en revenir à Etienne Klein (qui est je le sais un physicien mainstream, il y a aucune honte ni déshonneur à l’être) il n’est pas loin de défendre la théorie en physique de la retro-causalité de Philippe Guillemant.
    A voir et à suivre si cela vous intéresse, surtout les propos qu’il évoque sur la situation du Covid aujourd’hui 2 mondes qui s’affrontent.
    Qu’elle rapport me demande le psychanalyste (juste pour rire) aucun ou pleinspuisque je suis le fil de ma pensée.
    Amitiés à tous

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    1. “Sauf que lorsque vous faites certaines expériences méditatives, de flow ou sous produits psychotrope ce sentiment vous gagne, d’être en unité avec une forme ou une force dans laquelle bous baignez.”

      Salut Denis, je témoigne que ce genre d’expérience de réalité distendue qui même si elle est le fait de perturbations cognitives momentanées (moi je suis perché quoique très matérialiste) est très agréable à vivre et ressentir.

      La dépression psychique provoque aussi parfois ce genre de “communion” avec l’environnement, et on se retrouve à pleurer chaudement toutes les larmes de son corps, ou on éprouve un sentiment très puissant de bien être devant un champ d’arbres en fleurs, une butte couverte de fleur, un rivage plein de vie aquatique, un sentier sous les branches transpercées de rayons de soleil, etc etc.

      Bonne après midi sous le ciel bleu du sud.

      1
    2. @ Robin Denis

      “Ainsi, Steve Huffman, le PDG de Reddit, s’est décidé à se faire opérer des yeux au laser pour ne pas avoir à s’embêter à chercher des lunettes ou des lentilles une fois que la société occidentale se sera écroulée “:

      Slate.fr – ” Les milliardaires de la Silicon Valley se préparent à la fin de notre civilisation ” :
      http://www.slate.fr/story/135356/riches-fin-du-monde

      1
  14. Faisant référence à Latour, un article sur Cairn.info : “Un monde à (re)trouver ? Essai en faveur d’une cité verte” par Héloïse Rougemont, 2017. https://www.cairn.info/revue-pensee-plurielle-2017-2-page-31.htm

    Je ne suis pas sociologue, mais pour moi c’est du bon sens de voir une 7e cité “par projets” accaparée par “ceux qui réussissent”, en opposition d’une 8e “de la terreur” reléguée à “ceux qui ne sont rien”. (Peut-on critiquer le capitalisme sinon? Et l’écologie serait à rapprocher de la néguentropie à la Stiegler?)

    Pour ce qui est de Klein, il a sorti un nouveau livre “Psychisme ascensionnel” https://www.arthaud.fr/psychisme-ascensionnel/9782081389700

    voir “carte blanche à Etienne Klein” à partir de 23:12 https://youtu.be/h6lQUUb4uyc?t=1392

    1. “Bernard Stiegler, Economie, écologie, anthropie et néguanthropie” https://www.youtube.com/watch?v=soQSFDlsiOM

      20:23 “Ce que nous appelons une économie de la néguanthropie, c’est une économie qui va mettre en oeuvre de l’exosomatisation, mais qui va la mettre en oeuvre d’abord d’une manière économique, c’est-à-dire pas pour la mettre en oeuvre comme ça, parce qu’aujourd’hui elle se met en oeuvre pourquoi? Pour l’obsolescence programmée, c’est-à-dire pour l’augmentation de l’anthropie, parce que l’augmentationn de l’anthropie s’appelle produire du capital. C’est-à-dire ça permet de faire du profit à très courte échéance. Là l’idée c’est de dire, développons une économie -qui peut être capitaliste d’ailleurs […]- notre problème c’est de faire une économie qui fasse que les valeurs soient néguanthropologiques.”

    2. Ibid. 26:40 “En fait la planète va avoir besoin d’être soignée à très haute dose, il faut embaucher des infirmiers, des médecins des nurses etc. dans le monde entier et ces gens là c’est tout le monde, c’est-à-dire il faut rendre à tout le monde accès à du savoir. Nous nous appuyons beaucoup sur Amartya Sen … [cf. capabilités]”

    3. Hexagramme 2 trait 1, traduction et présentation Javary & Faure 2012 : “MARCHE sur du givre; La glace solide arrive” [unique apparition de “glace” et de “givre” dans tout le livre du Yi Jing]
      “Givre et glace recouvrent la terre comme un manteau: c’est la saison froide, celle où, enveloppée dans la terre, tout se retire et se repose. Le givre est eau, c’est-à-dire don du ciel: Yin est d’emblée positionné par rapport à Yang. A la fécondité printanière et la floraison estivale succède le long temps de la germination dans les frimas de l’automne et les rudesses de l’hiver. La marche sur le givre est délicate, elle exige une DEMARCHE souple. Sur la glace aussi, raideur et impétuosité peuvent occasionner certaines déconvenues. Mais la glace, qui deviendra par la suite un attribut du trigramme Ciel, suggère par sa solidité le comportement à adopter à ce niveau d’entrée. Dans l’abandon total du Yin s’opère une cristallisation où la forme prend consistance: plutôt que de se précipiter, on devra attendre une certaine fermeté avant qu’une avancée puisse avoir lieu et une direction s’établir.”

      1. C’est vrai qu’il n’y a que 6 traits (donc 6 cités?) (*) alors qu’il y a 8 trigrammes, avec réflexivité: 8 trigrammes en bas et 8 en haut = 64 hexagrammes possibles.

        modalités (modes?) : trait 1 : cité marchande; 2 : domestique; 3 : civique; 4 : industrielle; 5 : inspiration; 6 : opinion

        exemple hexagramme 2 : (terre en bas et terre en haut = terreur en moi vs terreur en celui ou celle en face de moi?)

        1 Marche sur du givre, la glace solide arrive
        2 Rectitude dans les quatre directions, grandeur sans entrainement, rien qui ne soit profitable
        3 Distinction contenue présage des possibilités, que d’aventure on soit au service d’un roi, sans mener à terme il y a aboutissement
        4 Sac ficelé, absence de faute, absence d’éloge
        5 Robe jaune, fondamentalement ouvert
        6 Dragons corps à corps aux confins, sang noir et jaune

        * sauf hexagramme 1 et 2, qui ont un 7ème trait, respectivement “Apparition d’un vol de dragons, pas un n’est en tête ouverture” et “Profitable de durablement tenir bon”

        1. C’est un fait que , côté givré , c’est un peu glaçant …

          ( “glaçant ” étant un mot adopté par les média , il y a relativement peu de temps, qui revient dans des billets sur n’importe quel sujet pourvu que ça fasse peur et vendre )

          1. J’aurais plutôt dit “C Chô!”
            “Jancovici : Peut-on encore sauver le climat ? avec Pascal Boniface – 24/03/2021”
            https://www.youtube.com/watch?v=3Pr577eUfTc
            7:58 “quelque chose qu’il faut avoir en tête, c’est que la dérive climatique est quelque chose qui est aujourd’hui inscrite dans la physique, c’est-à-dire qu’on ne peut plus l’arrêter, il faut attendre plus de 10’000 ans pour épurer un surplus de CO2 une fois qu’on l’a mis dans l’atmosphère, il faut attendre plusieurs milliers d’années avant que la cryosphère, c’est-à-dire les calottes glacières, aient finit de réagir à un surplus de CO2 qu’on met dans l’atmosphère … et donc que l’océan ait finit de réagir … donc en fait, la dérive climatique qu’on a mise en route, ça y est, elle va durer jusqu’à les fins des temps historiques, le climat de l’an 2020 on sait qu’il est déjà perdu … il va partir et il ne reviendra jamais […]”

            1
        2. “On fait remonter à Aristote la doctrine des figures de rhétorique et la distinction, consacrée depuis deux millénaires, entre la comparaison et la métaphore. Cette dernière serait le transport, du sens propre au sens figuré, d’un mot isolé; il en serait ainsi quand Homère dit d’Achille : “ce lion bondit”. En revanche, “Achille bondit comme un lion” serait une comparaison, qui ne diffèrerait de la métaphore que par l'”adjonction d’un mot” (celle du mot “comme”, apparemment, puisque tel sera le critère de la comparaison aux yeux des rhéteurs); à moins qu’il ne faille dire plutôt que la comparaison diffère de la métaphore par “le mode de présentation” (ce qui revient au même pour le sens). […] ”

          Tout début de l’article “Metaphora et Comparaison selon Aristote” 1979 https://www.persee.fr/doc/reg_0035-2039_1979_num_92_436_4218

  15. Un contributeur au débat sur le site du Monde ne s’en est pas pris à moi, mais à deux personnes ayant exprimé un avis proche du mien. Je viens de lui répondre ceci :

    @munstead, @孫悟空, moi-même, ne sommes pas “au ras des pâquerettes”, nous soulignons que la défense de la planète, du vivant et de l’humain, méritent mieux que le “degré zéro” de la réflexion humaine : le fétichisme, soit selon Auguste Comte, la première phase, la plus basse parmi trois, du plus bas de trois états.

    Edward B. Tylor (1832-1917), l’un des pères fondateurs de l’anthropologie, avait un nom un peu brutal peut-être pour des conceptions telle l’attribution de pensée à un glacier : “superstition”, et il faisait de l’éradication de la superstition, la mission de l’anthropologue. Or la promotion est l’exact inverse de l’éradication.

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    1. Je suis aussi d’avis que les envolées lyriques et fétichistes ne sont que des formes de procrastination , mais , par mauvais esprit , ” je ne suis pas sur de savoir ce que c’est que penser comme un anthropologue” , missionné ( missionnaire ?) ou pas .

      PS 1 : je connais assez bien un des signataires (Luc Moreau , glaciologue ) spécialiste du glacier de ” la mer de glace” près de Chamonix .
      PS 2 : Les ” décollages enthousiastes ” des pratiquants de la haute montagne ne concernent pas que les glaciers , et , en arrivant dans la région , j’avais inventé un néologisme pour caractériser les …”excès” qui s’attachent à pas mal de domaines ( fric , immobilier , sportifs, bringueurs , chauvinisme …) dans le secteur de Chamonix : ” le coefficient Mont Blanc” . Je pense que le même “trip” atteint les amoureux ( nombreux ) de la mer et de l’océan . C’est pas toujours négatif , ça permet souvent de motiver les troupes ( j’ai honte ) .

  16. Bonjour,

    Les montagnes sont blanches, mais plus pour très longtemps,

    c’est une question, puisque nous, les peuples de l’Europe, nous les avons toujours connu blanches.

    Cordialement,
    personne

    1. A suivre sérieusement . Comme dit dans le titre , les divergences de fonds sur le nucléaire et la taxe carbone ( qui sont aussi des divergences fondamentales et graves dans le champs strictement politique) ont là un laboratoire fécond pour résoudre dans la durée et pièce par pièce , les contradictions au moins entre le monde du travail et les tenants du sans nucléaire immédiat : confrontation des souhaits et du réel .

      Si la course à l’énergie sans carbone et le réchauffement inéluctable ne rend pas l’exercice vain .

  17. Et si le retour à une certaine pensée fétichiste était efficace pour la protection de l’environnement et ne pas être contraint un jour d'”éteindre la lumière” ?
    A rapprocher des réflexions et actions autour de la « personnalité juridique » des ensembles naturels, voir ici l’audition de Valérie Cabanes et l’institution du Parlement de Loire :

    https://vimeo.com/484474722

    http://polau.org/actualites/auditions-parlement-loire-1/?utm_source=mailpoet&utm_medium=email&utm_campaign=communique-or-les-auditions-du-parlement-de-loire-2-sam-1412-blois_103

    1. Qui parlera au nom de la Loire, une fois qu’elle pourra penser tout haut ?

      On a attribué la personnalité juridique aux entreprises, on n’a pas fini d’en payer les conséquences.

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      1. « On a attribué la personnalité juridique aux entreprises, on n’a pas fini d’en payer les conséquences. »
        Précisément : la Loire polluée sera à égalité avec l’entreprise polluante.
        « Qui parlera au nom de la Loire, une fois qu’elle pourra penser tout haut ? »
        Qui parle au nom de l’enfant mineur, de l’entreprise même, de la personne âgée sous tutelle ? Un avocat, un tuteur, une personne de confiance… La Loire de même aura un avocat, une association de protection de la nature, et pourquoi pas un « parlement »…
        Etonnant sur ce blog « le plus optimiste », d’emblée cette suspicion ou ce défaitisme concernant des initiatives juridiques innovantes. Bien sûr c’est à discuter, des dérives sont possibles mais ça existe déjà par le monde.
        Dans la vidéo ci-dessus, Valérie Cabanes présente des exemples concrets avec des formes très variées : l’Equateur (le droit de la nature dans la constitution depuis 2008), les Etats-Unis (les communes peuvent légiférer depuis 2006, des nations indiennes ont suivi et utilisent cette possibilité), la Nouvelle-Zélande (protection d’écosystème ancestraux, la nature et les hommes ensemble…), la Colombie…

      2. @Paul Jorion
        Lisez articles 1346 et suivants du Code civil :
        https://www.legifrance.gouv.fr/codes/section_lc/LEGITEXT000006070721/LEGISCTA000032021486/#LEGISCTA000032021486
        … et revenez-moi pour débattre du sujet de votre billet. Je saurai peut-être vous convaincre que nous avez tort de vous payer la tête des signataires de La Tribune publiée dans Le Monde, et de vous “alarmer” (” On a attribué la personnalité juridique aux entreprises, on n’a pas fini d’en payer les conséquences.”).

        Bien à vous !

    2. Pour les Kalam de Nouvelle-Guinée, certains oiseaux nous transmettent par leurs cris des messages venus des morts, d’autres sont la forme sous laquelle les femmes nous apparaissent dans nos rêves, le casoar à casque est un oiseau qui cherche à nous tuer, etc. Si penser comme cela était bon pour l’environnement, faudrait-il adopter ce genre d’opinions ?

      1
    3. @ Bernard Aghina

      Merci pour vos commentaires ! Vous êtes le premier à traiter du sujet par le droit !

      Comme mes propres commentaires seront long, je vais les diviser en plusieurs parties :

      1) D’abord, quelques mots sur le fétichisme à la sauce comtienne.

      Auguste Compte propose une loi d’enchaînement des formes de religion (cf. ce qu’en dit Paul Jorion dans son billet). Le fétichisme, à savoir le culte de divinités matérielles, animées ou inanimées, est, pour A.C., un culte puéril ; il y voit le premier âge (brut, sauvage) de l’humanité.

      Quand on passe du théologique (en trois phases : le fétichisme, le polythéisme et le monothéisme) ; puis, au métaphysique et, enfin, au positif, se vérifie, toujours pour A.C., la solidarité du progrès religieux et du progrès des sociétés elles-mêmes.

      Ainsi, une société première (les Jivaros, par ex.) est à une société occidentale industrielle, ce qu’est l’enfance à l’âge adulte, et, du coup, ce qu’est le fétichisme aux monothéisme-métaphysique-positivisme (?). Comme ça fleure bon le « temps béni » des colonies.

      Je trouve ahurissant qu’un anthropologue contemporain (Paul Jorion) puisse se servir de l’anthropologie religieuse d’Auguste Comte, très « datée », comme « grille de lecture » de la Tribune publiée dans le Monde.

      Aussi, je le soupçonne, dans le style provocateur qui est le sien, d’avoir lancé un « brulot polémique » à la tête de certains de ses signataires qu’il n’apprécie guère (Bruno Latour et Philippe Descola certainement ; Baptiste Morizot et Sarah Vanuxem, peut-être). Et ce, en les traitant de « fétichistes ».

      Dans mon prochain commentaire, je parlerai de Philippe Descola. Quand Paul Jorion écrit « Le fétichisme « consiste surtout à attribuer aux êtres extérieurs une vie essentiellement analogue à la nôtre », il sait très bien qu’il s’agit, en réalité, d’animisme et de totémisme (deux des quatre ontologies dégagées par P.D.) et non pas du fétichisme puéril, à la sauce comtienne.

      (A SUIVRE)

  18. AVONS-NOUS BESOIN D’UNE CERTAINE FORME DE SACRÉ ?

    Etre rationnel aujourd’hui nécessite-t-il de balayer d’un revers de main la pensée animiste ?

    Nous vivons actuellement l’apogée de la pensée rationnelle qui nous a amené à l’anthropocène. Quand certains veulent encore donner une certaine valeur à une forme de pensée animiste, ils sont vite rabroués sous couvert de régression, d’infantilité, voire de déficience. L’argument majeur s’inscrit semble-t-il dans l’héritage de la loi des trois états du positivisme d’Auguste Comte qui dans la droite ligne de la pensée évolutionniste et de la notion de progrès désigne la pensée contemporaine comme « supérieure » aux anciennes considérées de fait comme erronées.
    Pourtant, le rationalisme qui domine aujourd’hui dans les pays industrialisés ne parvient pas même à freiner la course technologique et l’exploitation des ressources naturelles qui nous mène droit dans le mur. Pourtant, il y a plus de cent ans, des hommes baignés de la pensée animiste ont pu dire ceci : « Quand le dernier arbre aura été abattu, quand la dernière rivière aura été empoisonnée, quand le dernier poisson aura été péché, alors enfin nous saurons que l’argent ne se mange pas. »
    Comment pouvons-nous dire encore aujourd’hui, avec la réalité climatique que nous connaissons, qu’une approche animiste du réel est infantile et erronée ?

    L’évolutionnisme pyramidal

    La loi des trois états ne distribue-t-elle pas la sructuration de nos connaissances sous une forme pyramidale qui instituerait une hiérarchie dans les différents modes de pensée, désignant ainsi la pensée scienctifique comme « supérieure » aux autres ? Pourtant, à considérer la structuration du cerveau au travers de son évolution, comme nous la connaissons aujourd’hui, s’il est bien défini 3 étapes de développement (reptilien, limbique, cortex), peut-on pour autant considérer que l’activité du cortex désigne des fonctions « supérieures » aux deux autres ?
    Des expériences récentes ont montré sous IRM (Read Montague, 2004) que notre cerveau limbique préfère le Pepsi au Coca en raison du goût mais que notre cortex lui préfère le Coca au Pepsi en raison de « l’image » que véhicule Coca Cola. Ce sont deux perceptions différentes du monde. Je laisse à votre appréciation de savoir si le cortex serait en quoi que ce soit « supérieur » au cerveau limbique concernant notre rationalité dans nos comportements d’achat.
    Nous savons que nos « trois » cerveaux nous sont utiles et que c’est leur fonctionnement en interaction qui fait du cerveau humain l’un des plus complexes et qui nous dote d’une très grande efficience. Pourquoi ne pas envisager que nos différentes approches du réel (animiste, rationnelle…) puissent s’enrichir l’une l’autre et enrichir notre capacité cognitive pour, qui sait, peut-être même nous aider à sortir de notre impasse actuelle ?

    Qu’est-ce que la pensée rationnelle à fait du Sacré ?

    Je pose en priorité la question à Paul Jorion dont les connaissances anthropologiques et psychanalitiques sont les mieux à même d’y répondre.
    Si la pensée rationnelle préfère disqualifier la notion de Sacré comme archaïque et dénuée d’intéret, pourquoi ne pas envisager que les excès du rationalisme viendrait de son absence de considération pour le Sacré ? On a souvent envisagé que l’éthique pourrait nous protéger des excès de l’exploration rationnelle et sans limite du réel. Mais des Menguélé, Monsanto… et autres, nous donnent à penser qu’elle en est incapable. Je n’ignore pas qu’il y a eu aussi des monstres organisant des massacres au nom de la religion mais ceux qui l’ont fait agissait dans leur intérêt personnel ou celui de leur institution. La dimension du Sacré s’inscrit dans notre rapport au monde, elle ne peut être enfermée dans une doctrine sans en dévoyer le sens.
    Qu’est-ce qui pourrait nous protèger d’un usage monstrueux de notre capacité de penser ? Ne serait-il pas judicieux d’établir un dialogue entre nos différents mode de pensée ? N’était-ce pas ce que faisait A. Einstein quand il disait : “Je crois au Dieu de Spinoza, qui se révèle dans l’harmonie de tout ce qui existe mais non en un Dieu qui se préoccuperait du destin et des actes des êtres humains.” ?

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    1. “Qu’est-ce que la pensée rationnelle à fait du Sacré ?”

      Quelques pensées en vrac :

      – Je ne pense pas que vous soyez animiste. Il me semble que vous voulez croire que l’animisme a une valeur en lui-même, et une valeur qui perdurerait aujourd’hui, mais que c’est seulement ce que vous voulez croire.

      Vous ne croyez pas littéralement qu’un arbre pense comme vous et moi, ni qu’une montagne est consciente de l’être. Mais peut-être est-ce que vous aimeriez bien le croire. Au moins, vous semblez soutenir l’idée que croire qu’une montagne est consciente de l’être, ou croire qu’un être humain peut penser, ne sont après tout que des idées qu’on aurait bien tort de ne pas proclamer équivalentes et également vraies.

      Naturellement, il ne s’agit que d’une impression à la lecture de ce que vous écrivez, et peut-être est-ce que je me trompe. Mais est-ce que je me trompe ?

      – Qu’est-ce que la pensée rationnelle a fait du Sacré ? Eh bien… elle ne lui a pas fait grand chose. A moins de penser que le Japonais qui fait zazen, l’Indien qui participe à une fête religieuse hindouiste ou le Français qui communie à la messe seraient des êtres non rationnels 🙂 … alors qu’ils peuvent par ailleurs user de rationalité pas moins que d’autres êtres humains, voire être eux-mêmes des chercheurs scientifiques ?

      Ou du moins, à moins de penser qu’il y aurait en chacun d’eux en quelque sorte contradiction et combat entre deux hommes, l’un rationnel et scientifique, l’autre croyant et irrationnel ? Mais… rien n’oblige à le penser. Et la foi et la science ensemble, ça fait des étincelles certes, mais ce n’est pas contradictoire.

      – Il y a bien un certain type de Sacré qui, si ce n’est a disparu, du moins a connu en Occident un effondrement aussi total qu’il se puisse imaginer : le sacré polythéiste. Mais le coupable n’est pas la “rationalité”, ou du moins pas la rationalité seule, mais d’abord le message biblique – sous les formes de l’enseignement de Jésus. En Occident, c’est lorsque Jésus a établi son empire, à la fin de l’antiquité, que “Apollon s’est tu”.

      On peut discuter la disparition complète du sacré païen, une thèse voudrait en voir des survivances dans certaines superstitions. Mais disons que s’il n’a pas totalement disparu, il n’en reste quand même pas grand chose. Et le facteur primordial, c’est le cœur du message biblique, c’est-à-dire : “Si tu peux désigner une chose, que tu la voies, la touches ou même la conçoives… alors cette chose n’est pas Dieu. Dieu est toujours au-delà”. Si l’on prend ce message au sérieux, alors c’est l’ensemble du sacré du monde qui se retrouve concentré dans ce seul Dieu qui est “au-delà” – ainsi que, précise Jésus, dans le prochain, dont il affirme que l’aimer est un commandement “semblable” au commandement d’aimer Dieu.

      L’une des conséquences de tout cela, c’est bien sûr que si l’on en vient à ne pas croire à ce “sacré concentré” qu’est Dieu, alors… le sacré disparaît entièrement.

      Et il est d’ailleurs assez facile aujourd’hui de le faire disparaître ! Une fois que la science a fait émerger des explications mécanistes, totales et convaincantes – enfin, plus ou moins… – de la manière dont le monde fonctionne et dont il est venu à être agencé ainsi, l’ “hypothèse Dieu” pouvant paraître moins nécessaire du point de vue philosophique, il est devenu beaucoup plus facile et beaucoup plus courant de la rejeter entièrement. D’ailleurs, inutile de rejeter explicitement : l’indifférence suffit. Mais puisque l’idée de Dieu concentrait l’ensemble du Sacré… eh bien le Sacré disparaît alors complètement, oui. Du moins son idée, et tout Sacré “conscient” et explicite.

      Pour résumer, je dirais que :
      – Ce n’est pas la pensée rationnelle qui a fait disparaître le Sacré. Elle est tout à fait compatible, au minimum, avec certaines formes de Sacré
      – En revanche, c’est le message biblique qui a concentré l’ensemble du Sacré en Dieu seul, qui a pratiquement rendu impensable à un Occidental de considérer aucune autre forme de sacré – je pense, encore une fois au risque de me tromper, que vous regrettez cet ancien sacré, mais sans y croire
      – Et beaucoup de gens ont cessé de croire en Dieu lorsque la science a commencé à proposer des explications totales de la réalité qui pouvaient paraître convaincantes. D’où, pour la première fois peut-être dans l’histoire de l’humanité, un athéisme de masse, alors que Lucrèce tout comme les libres penseurs de l’époque classique professaient un athéisme élitiste

      Bon, tout cela nous amène bien loin du souci de la biodiversité et de la menace du changement climatique. Mais on n’a pas besoin de redevenir païen pour y travailler 😀 !

      1. Merci Alexis pour se développement constructif.
        Oui, vous avez raison je ne suis pas animiste et votre interprétation est juste.
        Par contre quand je pose la question qu’est ce que la pensée rationnelle à fait DU sacré, je ne demande pas ce qu’elle a fait AU sacré.
        Dans l’évolution culturelle humaine, il y a bien une chronologie animisme, monothéisme, science (scientisme ?). Et chacun fut une idée neuve qui bouleversa la (les) société(s) humaine(s) avant de devenir le persécuteur du precèdent.
        Mais n’y a -t-il pas toujours en chacun de nous une part, un héritage, un morceau d’ADN, une mémoire animiste ? Quand j’étais enfant, lorsque mon père arrivait à un feu tricolore et que celui ci était rouge, je m’amusais à souffler (dessus) pour qu’il passe au vert. J’y croyais sans y croire mais j’éprouvais de la satisfaction à voir côïncider mon souffle et le changement de couleur. Notre droit républicain foisonne de références catholiques. Je veux dire par là, qu’il y a certainement en chacun de nous une part d animisme, une part de monothéisme et une part de rationalisme.
        Quand vous dites “la foi et la science. …Ce n’est pas contradictoire. ” je ne suis pas sur que tout le monde sur ce blog partage cette ouverture. De mon côté j’ose même imaginer qu’il puisse y avoir une fécondation réciproque, y compris avec l’animisme.
        Dans cette réflexion, je pense bien au contraire que nous sommes au plus près des problématiques de la biodiversité et du climat. Notre pensée rationnelle nous fait voir que nous allons dans le mur mais pourtant nous sommes globalement incapables de réagir. Pourquoi ?
        Ne serait ce pas parce que notre ego refuse l’idée qu’il puisse y avoir une dimension inaccessible à notre rationalité ? Une forme de “tout” (d’absolu, d’infini. …) auquel nous pourrions conférer le respect du au sacré et nous décentrer ainsi de nos petits désirs vénaux.

  19. Du coup j’en ai parlé à mon glacier habituel.
    Il m’a dit qu’il avait les boules et on a finit par s’en mettre plein le cornet.
    (Raymond Devos sort de mon corps! )

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