Veille effondrement #87 – Le peuple de l’herbe, par Arkao

Les insectes sont en voie de raréfaction selon certaines études. Sans remettre en cause les résultats globaux, de fortes disparités régionales sont remarquables et sources d’optimisme. Si les grandes plaines vouées à l’agro-industrie tiennent le palmarès de l’effondrement de la biodiversité, il reste dans ce pays des espaces où l’équilibre entre les champs, les herbages, les forêts et les zones humides reste préservé. Les insectes « disparaissent », soit, mais encore faudrait-il s’y intéresser. Quand prend-on la peine d’y prêter attention ? Quand d’agaçants moustiques nous empêchent de dormir, quand des mouches viennent nous chatouiller la peau alors qu’on voudrait lire un livre tranquille à l’ombre d’un arbre, quand des guêpes s’invitent à table, allant du verre de bière à la tranche de melon, quand le vrombissement sourd d’un imposant frelon vient semer la panique chez les convives. Finalement, qui s’intéresse aux milliers d’autres espèces qui nous entourent ?

 

Moi ça m’est venu par trois voies convergentes, un fils, un ami et un appareil photographique. 

Un de mes garçons était, durant son enfance, peu enclin aux relations sociales avec ses congénères. Aux beaux jours, il passait des heures dans le jardin à contempler le manège des petites bêtes rampantes et volantes. Cette inclinaison particulière a d’ailleurs été renforcée lors de ses séjours chez la nourrice. Ayant eu pour recommandation de ne pas le laisser toute la journée devant la télé comme les autres enfants dont elle avait la charge, le petit gars restait le plus souvent dehors sous la surveillance amicale des deux chiens du foyer pendant que madame vaquait à ses occupations domestiques (ce qui lui a été profitable par la suite, mais c’est une autre histoire). 

Un ami passant là, voyant l’intérêt du fiston pour les petites bêtes, m’a alors vivement conseillé la lecture des Souvenirs entomologiques de Jean-Henri Fabre (1823-1915) récemment réédités (quatre mille pages, quand même). Tâtant de plusieurs disciplines au cours de sa longue existence, c’est sur les insectes qu’il a consacré le plus de temps de recherche et d’écriture. Bien sûr aujourd’hui des esprits grincheux, des sectaires de diverses chapelles, viennent remettre en cause l’ensemble de ses travaux. Peu importe, la lecture des Souvenirs de Fabre est un régal et suscite l’intérêt pour cet univers si proche et pourtant si peu visible pour nous les géants. 

La photographie enfin. La macrophotographie d’insectes en pleine nature n’est pas chose facile. À ce degré de proximité, le moindre souffle d’air sur le sujet vient perturber la mise au point. Les stars à six pattes ont par ailleurs autre chose à faire que de prendre la pose sans bouger et préfèrent se gorger de nectar en volant de fleurs en fleurs, copuler frénétiquement et bien entendu s’enfuir à tire d’ailes à l’approche du gros œil de verre géant. Avec les prouesses de la technologie numérique, les objectifs performants, la mise au point automatique, la prise de vue en rafales, la chose est devenue plus accessible à l’amateur. Sans investir dans du matériel professionnel onéreux, les résultats sont acceptables quand on n’a pas d’autres prétentions que de se faire plaisir.

Les insectes disparaissent-ils ou ne prenons-nous pas le temps de les observer ? Asseyez-vous dans une prairie fleurie avant la fenaison. Laissez votre regard aller d’une fleur à l’autre. Tendez l’oreille, soyez attentif aux moindres petits mouvements dans votre champ de vision. Si votre vue est défaillante, armez-vous d’une loupe. Le peuple de l’herbe va alors s’offrir à vous. Le grouillement de la vie va éclater sous votre regard ébahi.  

Le diaporama, c’est ici

Partager :

26 réflexions sur « Veille effondrement #87 – Le peuple de l’herbe, par Arkao »

  1. merci Arkao pour cet article. Comme je le disais hier , dans mon jardin existe une faune assez diversifiée , et le titre de votre billet m’a fait penser à ce que je pratique depuis plusieurs années. L’idée m’est venue d’un panneau que j’avais croisé sur une petite route départementale : » fauchage tardif des bas côtés pour favoriser la biodiversité » . Tiens tiens et si je laissais ma prairie (pelouse fait trop « english » et bourgeois style parcours de golf 😉😉) pousser au lieu de la tondre régulièrement ? Dont acte . Résultat ? un parterre de fleurs qui a attiré abeilles , papillons, frelons, guêpes , des tas d’insectes dont je ne connais pas le nom ! Quel spectacle ! (et en plus je peux consacrer plus de temps à la lecture du blog du regretté Francis Leclerc)
    J’ai même eu une chauve souris qui est venu nicher sous un toit, et plus surprenant le retour d’hirondelles , oh pas nombreuses, 3 ou 4 sujets mais c’est déjà ça !
    Je ne connais pas Jean Henri Fabre . Dommage.

  2. Merci pour ces superbes images.
    Je constate par mes enfants l’importance accordée en école primaire aux « bestioles « (re vegetalisation des cours d’école et potagers). Mon grand commence le collège et il y a un club nature où il s’est INSCRIT donc ça devrait continuer.
    Ce week end j’ai surpris une mante (mâle) en plein vol.
    J’avais également eu la chance de travailler avec Yves Lanceau un documentariste animalier pour analyser un procédé industriel avec une caméra 10000 images par secondes.
    Et il m’avait montré quelques pépites sur le vol des papillons sa spécialité, ou de la sitelle torchepot…
    Et je partage volontiers mon melon avec les guêpes.
    Mais les moustiques quelle saloperie !

  3. « Mais les moustiques quelle saloperie ! »
    Même si j’en conviens, l’homme fait ses choix et a du mal à aimer la nature dans sa globalité. Mieux encore, il définit parfois la « belle nature » en désignant celle qui n’a plus rien de « naturel » mais façonnée par l’homme. Nous avons un vieux conteniteux avec la nature dont nous savons si bien nous extraire.
    Un très bon libre de François Terrasson : La peur de la nature, raconte ça très bien. La nature sauvage nous fait peur depuis la nuit des temps et sans doute encore plus aujourd’hui comme les citadins que nous sommes devenus.
    Notre grand projet a été de domestiquer, de dominer la nature sans même songer un instant à nous domestiquer nous même, pourtant fruits de la nature. C’est sans doute dans ce quiproquo schizofrénique que la belle machine évolutive du vivant a dérappé en développant ce cerveau si complèxe que nous maîtrisons si peu.

  4. Merci Arkao

    Et c’est pareil avec les mammifères, les oiseaux…dès qu’on prends le temps de se poser un peu, beaucoup d’être vivants redeviennent visibles.

    Je vous suis complètement sur l’importance d’éveiller cette curiosité le plus tôt possible.

    En France tout le monde connaît la différence en un tigre et un lion, mais pas une personne sur dix entre une grive et un merle.

    C’est quand même un comble !

    Du coup, dans ce vide culturel sur le sujet, quand un politique parle d’environnement, je serai curieux de connaître la représentation qu’il en a.

    Ici, la plus belle découverte a été la grande noctule, une chauve-souris de plus de 40 cm d’envergure !!

    1. Effectivement on en voit de moins en moins. Quelques survivants l’été dernier sur le sentier des douaniers à Ploumanach.
      Espace protégé, ceci expliquant cela probablement.

    2. Ils sont dans mon jardin: pas de tondeuse qui réduit en bouillie tout ce qui passe en dessous, herbe laissée mi-haute avec un coup de faux tous les un à deux mois (mais jamais tout d’un coup afin qu’il reste toujours, pour les bestioles, où s’enfuir et se réfugier), pas de piétinements inutiles, et miracle: des grillons, des sauterelles, des criquets, des vers luisants…

      Et en plus, l’herbe haute, ça fait du foin pour pailler le potager.

      Et cet été, pour la première fois, sur quelques mètres carrés que j’avais laissé pousser franchement pour récupérer des graines d’herbacées à semer dans les coins un peu pelés, des mantes religieuses, des araignées tigres, etc…

      Un petit complément: les larves de vers luisants sont des prédatrices d’escargots et de limaces. Pas d’escargots ni de limaces, pas de vers luisants.

  5. @Hervey
    J’ai une préférence pour « La conférence des oiseaux » du poête soufi persan Farid al-Din Attar du 12eme siècle.

    Joliment actualisé ici
    https://www.youtube.com/watch?v=c9g56yl_3_o
    « … pourquoi ils sont là tous ensemble pour la première fois, le peuple des oiseaux. C’est que le temps est d’importance. Il y a de moins en moins d’oiseau sur la Terre. Le peuple des oiseaux est menacé d’extinction. Les températudes s’affolent. Les oiseaux ne savent quand ils doivent partir. S’ils partent trop tôt, la terre est gelée, s’ils partent trop tard, il n’y a pas assez de vermiceaux pour qu’ils puissent nourrir leurs petits. La cocquille de leurs oeufs devient de plus en plus fine. Les eaux montent, les forêts brûlent, les déserts s’agrandissent. La Terre est en danger.
    Il faut que quelque chose change. Il faut aller vers plus d’essenciel… »

    Quand l’Orient médiéval donne à réfléchir pour aujourd’hui, sur le chemin d’une spiritualité qui n’est pas religion.
    Leili Anvar présente le livre Le Cantique des oiseaux sur Public Sénat
    https://www.youtube.com/watch?v=vZOUFvwIBpM

  6. Voici quelques années, j’avais posé sur une barrière qui longe la rue devant notre maison, la pancarte suivante bricolée par certains de nos petits enfants :  » ICI PETIT CONSERVATOIRE DE LA BIODIVERSITÉ « .
    Mon idée était que les passants auraient l’idée de m’imiter et ce faisant, se sentant obligés d’assumer leur engagement jusqu’au bout, laisseraient éclore en eux mille prises de conscience indispensables.
    Hélas en vain…
    Sombre et désabusé, un beau matin, j’ai retiré ma pancarte.

  7. J’ai pas vu la Vidéo/Viméo > je déteste tous ces sites qui grâce à tous leurs cookies si mignons/sucrés (souriez, vous êtes filmés) veulent savoir ce que tu lis, ce que tu manges, bref qu’est-ce qu’ils peuvent bien te vendre encore : c’est même pas mon côté « colibri », c’est juste épidermique !

    Et puis des « macros » d’insectes, de fleurs et tout, j’en fais quand j’ai l’occasion > j’ai eu quelques jolis « coups de bol », mais je ne sais pas comment vous en faire profiter à travers cet espace de « commentaires »… (ça ne passionnerait peut-être pas tout le monde, d’ailleurs).

    Pour ceux qui ne connaîtraient pas : il faut absolument voir le film « Microcosmos, le peuple de l’herbe » (1996 > pas tout jeune quand même) Fantastique !
    Et le montrer à… tout le monde !

    Vous citiez les insectes qu’on supporte difficilement (moustiques, guêpes, et cætera…)
    Là où j’habite il y a pas mal de fourmis dans la maison : des toutes petites —ici on les appelle les « argentines »— qui habitent dans les murs de terre battue ! Certaines années c’est vraiment dur !
    Et puis un jour j’ai lu « La vie des fourmis » de Maeterlinck…
    A partir de là ça n’a plus jamais été « ces p… de fourmis qui squattent la maison », mais au contraire : c’est moi qui habite chez elles (elles étaient là bien avant moi), il faut simplement trouver un modus-vivendi pour cohabiter…

    Bonne soirée
    GM

    1
  8. Merci beaucoup Arkao pour ce partage bienvenu de « beauté donnée » par le Vivant, et si bien captée. Et le clin d’oeil à ce merveilleux documentaire que nous avions eu la chance de découvrir en avant-première sous les étoiles.
    N’ayant pas vos dons de photographe, je me permets d’y ajouter un lien avec le site d’un jeune professionnel d’une grande sensibilité. Où il est également question d’un certain Jean de La Fontaine, jeune gaillard lui aussi, 400 ans cette année.
    https://simonbugnon.com/insectes/

  9. Et pendant ce temps-là, au Kansas :

    The Guardian :

    L’insecte présenté par un garçon du Kansas à la foire d’État remporte un prix et déclenche une enquête fédérale.

    La créature était une mouche de la lanterne (Lycorma delicatula) morte, un insecte envahissant ressemblant à un papillon de nuit qui a causé des dommages massifs aux plantes dans les États de l’Est.

    Alexandra Villarreal à Austin
    Wed 15 Sep 2021 19.15 BST
    La fière participation d’un jeune concurrent à la foire de l’État du Kansas a provoqué un tollé lorsqu’un juge a vu le spécimen soumis dans la boîte d’exposition du garçon – et cela a déclenché une enquête fédérale.

    L’objet de l’exposition était une lanterne morte que le garçon avait découverte chez lui. Il s’agit d’un insecte envahissant, semblable à un papillon de nuit, qui cause des dommages considérables aux plantes dans les États de l’est des États-Unis, mais dont on ne pensait pas qu’il avait atteint le Kansas.

    Le garçon a gagné un prix à la foire et a correctement identifié l’insecte, mais la créature elle-même a été signalée à l’attention du service d’inspection sanitaire des animaux et des plantes du ministère américain de l’agriculture. L’agence va maintenant enquêter sur la façon dont l’espèce invasive est arrivée au Kansas, selon le Hutchinson News.

    Depuis leur arrivée en Pennsylvanie, probablement via un conteneur d’expédition en provenance d’Asie, les mouches de la lanterne tachetées ont ravagé le nord-est des États-Unis ces dernières années.

    Les ravageurs se nourrissent d’arbres et de fruits et excrètent des déchets appelés « miellat » qui favorisent la croissance des champignons – un comportement qui menace de causer des dommages dévastateurs aux plantes, aux vignobles et aux produits agricoles car il empêche la photosynthèse.

    L’apparition soudaine de l’insecte si loin à l’ouest a immédiatement déclenché l’alarme – et sa nouveauté a permis au concurrent du Kansas de remporter un ruban bleu. Il a correctement identifié son spécimen comme étant une lanterne tachetée, mais il ne savait pas qu’elle était envahissante ou rare dans l’État.

    Le garçon, qui vit dans le comté de Thomas, au nord-ouest du Kansas, a découvert la mouche de la lanterne sur son patio en mai.

    Mais elle était « usée et desséchée », ce qui pourrait signifier qu’elle est morte l’année dernière, a déclaré Erin Otto, du service d’inspection, au Washington Post.

    Les mouches de la lanterne ne volent pas très loin mais peuvent être transportées sur de longues distances par des véhicules peu méfiants.

    « Elles sont de très bons auto-stoppeurs », a déclaré George Hamilton, directeur du département d’entomologie de l’université Rutgers, à USA Today. « La plupart des gens ne savent même pas qu’ils en ont jusqu’à ce que la forme adulte apparaisse ».

    Outre le signalement de toute observation, les responsables n’ont pas mâché leurs mots sur ce que les Américains doivent faire en cas d’invasion de la lanterne tachetée.

    « Tuez-la ! », dit le département de l’agriculture de Pennsylvanie sur son site Web. « Écrasez-la, écrasez-la… Débarrassez-vous-en. »
    Traduit avec http://www.DeepL.com/Translator (version gratuite)

Répondre à Michel Annuler la réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.