Une crise mondiale de la dette est inévitable à terme. Que faire ?, par Alexis Toulet

P.J. Ne dites pas « phénix », dites « étalon-or », car plus sûrement encore que l’oiseau mythique, il ressuscite de ses cendres – même apparemment dissimulé dans une note sur le Blog de PJ (mais vous voyez, j’ai l’œil 😀 ).

Ce n’est pas seulement de dette publique qu’il faudrait parler, mais de l’ensemble des dettes y compris privées. Le total de l’endettement mondial était estimé en septembre dernier à 296 trillions de dollars, à comparer avec un PIB mondial 2020 de 84,5 trillions soit un rapport Dette / PIB de 350%. Même si l’économie mondiale devrait rebondir cette année, cela ne devrait pas beaucoup changer ce chiffre.

Mais à qui est due cette dette pourrait-on demander ? N’est-ce pas à nous-mêmes, puisqu’après tout aux dernières nouvelles nous ne nous sommes pas endettés auprès des Martiens ? Oui, c’est bien à nous-mêmes.

Plus précisément, il me semble que l’on pourrait dire que cet endettement correspond à des « traites sur l’avenir », il s’agit de la valeur d’une production de biens et de services qui n’a pas encore lieu, mais qui est escomptée à l’avenir. Pour chaque élément de cette dette, il y a un créancier en face qui pense de son côté avoir « de l’argent en banque », ou le droit à une rente quelconque, ou telle assurance sur l’avenir : ce créancier pense que contre son avoir (sa créance) il pourra le moment venu obtenir des biens et services tangibles.

Il faut noter que ce rapport Dette / PIB de 350% est historiquement élevé et continue à s’accroître. Pas plus tard qu’en 2013, l’endettement mondial était à 210 trillions et le PIB à 77 trillions, soit un rapport de 270%, à l’époque déjà élevé d’ailleurs. Autrement dit, nous faisons collectivement de plus en plus de traites sur l’avenir, nous escomptons de plus en plus la production de biens et services futurs.

Ce qui ne serait pas nécessairement un problème si nous étions dans un monde non seulement prospère, mais surtout promis à une prospérité de plus en plus grande, indéfiniment augmentée même, sans limite aucune et sans nuage aucun. Alors, puisque l’avenir économique serait radieux, il n’y aurait guère de problème à compter qu’il sera rempli de richesses foisonnantes, et d’escompter ces richesses.

C’est en fait « un peu » en décalage avec la réalité, évidemment, pour ne pas dire que ça jure violemment avec la réalité, étant donné que certaines des ressources physiques indispensables à nos activités économiques sont en quantité finie sur cette Terre (non renouvelables), notamment les carburants liquides pour lesquels nous sommes vraiment en train de tirer sur la corde : le pic du pétrole conventionnel était en 2008, le pic du pétrole toutes sources confondues est annoncé vers 2025 par l’Agence Internationale de l’Energie. Ceci sans parler de la nécessité de remplacer rapidement nos sources carbonées d’énergie si nous voulons limiter les dégâts à venir du réchauffement climatique, nécessité certes criante mais notre choix collectif jusqu’ici est de ne pas faire grand-chose donc il faut plutôt parler des limites physiques que d’une quelconque autolimitation que nous ne pratiquons pas.

Or nous approchons rapidement de ces limites physiques. Donc les biens et services escomptés dans cet endettement mondial de 350% du PIB ne se matérialiseront jamais – pas dans cette quantité, il s’en faut de beaucoup. C’est-à-dire que tôt ou tard, et d’une manière ou d’une autre, le stock mondial de dettes sera réduit, peut-être assez brutalement, et certainement pas par le remboursement.

Cela s’appelle une crise de la dette. La plus grande de l’Histoire, peut-être, ne serait-ce que parce qu’elle risque fort d’être véritablement mondiale.

Qu’est-ce qui fait « tenir » cet endettement, alors ? La crise mondiale de la dette à venir n’est peut-être pas encore à la première page des journaux, mais enfin elle semble déjà inévitable, et le raisonnement qui conduit à la prévoir est à la portée de beaucoup d’analystes financiers ou économiques de banques, Etats ou grandes entreprises. Alors, pourquoi est-ce que tout le monde – enfin tous ceux qui pèsent – ne se précipite pas pour retirer son pèse et ses ronds et acheter à la place des biens qui traversent les crises d’endettement – terres à blé, or, forêts, parts d’entreprises solides, etc. ?

De ce que j’en comprends, il y a plusieurs facteurs :

– Il faut d’abord remarquer que certains agissent bien dans ce sens. Le cours de l’or a été multiplié par 3 depuis la crise de 2007-2008, c’est que la demande est plus grande, de même le prix des parts d’entreprises a beaucoup augmenté. La Bourse s’est rarement aussi bien portée, et c’est sans doute en partie parce que certains se rappellent que les entreprises ne disparaissent pas, du moins pas toutes, même dans les pires crises d’endettement. Acheter des parts d’entreprises, ce n’est donc pas seulement parier sur des profits futurs, c’est aussi tout simplement se laisser une chance de plus de conserver une partie de sa richesse même en cas de « restructuration » de l’endettement mondial (1)

– Ensuite, pour qui dépend du résultat financier souvent du trimestre, parfois de l’année, ou au mieux du mieux des quelques toutes prochaines années, par exemple la plupart de ceux qui contrôlent une grande entreprise, ou une grande banque, ou qui gèrent des fortunes privées pour le compte de leurs détenteurs, le plus important n’est pas ce qui va se passer dans dix ans, et il n’y aurait aucun avantage et beaucoup d’inconvénients à agir avant les autres. Tant que le manège continue à tourner, pas question d’en descendre

– Et enfin, sans doute le plus important, les « politiques non-conventionnelles » des banques centrales, adoptées au moment de la crise financière de 2008 pour éviter que l’édifice de l’endettement ne s’écroule à ce moment-là, et qu’il n’est peut-être plus temps d’appeler non-conventionnelles puisqu’elles n’ont jamais été rapportées et sont en voie de devenir traditionnelles, même si elles sont extraordinaires ô combien ! Non seulement l’ « assouplissement quantitatif » c’est-à-dire la planche à billets, mais encore et surtout le ZIRP acronyme anglais de « politique de taux d’intérêt zéro » c’est-à-dire le maintien à très très peu du taux d’intérêt « de base » d’une banque centrale, qui par ricochet tire vers le bas tous les autres taux d’intérêt. Et ce sont bien ces taux très bas qui ont permis au service de la dette – c’est-à-dire le coût pour la faire rouler d’une année sur l’autre – de rester limité, évitant qu’un service de la dette trop lourd n’écrase les débiteurs, éveillant du coup la méfiance des créanciers quant à leur capacité à le payer, d’où augmentation du taux demandé par ces créanciers, nouvel alourdissement du service de la dette etc. en un cercle vicieux menant à faillite et « restructuration » de l’endettement

Alors, que faudrait-il faire ?

Franchement, la situation est inextricable, et j’ai plus de questions que de réponses. Quelques remarques quand même :

– S’épuiser à tenter de rembourser les dettes, serrer la ceinture en mode marche ou crève, n’aurait guère de sens. L’austérité peut avoir du sens si c’est un effort qui a une chance d’être fructueux, de résoudre vraiment la difficulté – à condition bien sûr qu’elle soit partagée équitablement ce qui serait un autre débat. Mais là où nous en sommes arrivés, c’est fichu pour s’en sortir de manière vertueuse à la Caton l’Ancien ou à la De Gaulle, qu’il s’agisse d’ailleurs de l’endettement privé comme public. Autant regarder cette réalité en face

– Une option serait de plus ou moins négliger l’endettement, et de s’occuper plutôt de comment utiliser les avantages de la situation transitoire que nous vivons – le tas mondial de dettes ne s’est pas encore écroulé – pour préparer l’avenir. C’est-à-dire la transition vers des activités économiques respectant le vivant, en premier lieu même si pas seulement basées sur des énergies non carbonées. Donc réorienter l’investissement public comme privé (par des incitations) en ce sens. L’idée étant d’utiliser les avantages de la situation – on peut s’endetter comme on veut dites donc ! – pour faire des choses utiles. Inconvénient : il faudra sans doute continuer à répéter « Pourvou qué ça doure ! » comme Letizia Bonaparte tant que tout marchait bien pour son empereur de fils, car Bérézina, Leipzig et Waterloo arriveront, même si à échéance indéterminée. Et alors, on fera quoi ? D’ailleurs, les troubles persistants des chaînes logistiques mondiales et l’inflation qui redémarre assez fort notamment aux Etats-Unis… est-ce que ça ne pourrait pas ressembler un peu à l’incendie de Moscou ?

– Une option serait l’ « opération vérité ». Je ne sais comment pratiquement ce serait possible (2) ni si ça le serait vraiment, mais l’objectif serait de dissiper l’illusion qu’est du point de vue des créanciers cette richesse massive mais en grande partie factice. Il y aurait au moins deux grands avantages. D’une part les ressources réellement utilisables seraient moins gaspillées si l’on se rendait compte qu’elles sont beaucoup plus limitées qu’on ne le dit. D’autre part un écroulement volontaire du tas de dettes serait une action politique, donc une question politique, ce qui laisserait au moins une chance que les dégâts soient un peu mieux répartis que si la chose arrive par la nature des choses. En clair, une chance de protéger un peu les plus faibles, au prix d’un peu plus d’inconvénients pour les plus aisés mais eux peuvent le supporter, plutôt que des foules entières se retrouvent coincées sous les décombres. Les inconvénients seraient grands aussi : notamment, de même que le porteur de mauvaises nouvelles en est souvent désigné comme le coupable, celui qui met fin à une situation même très malsaine et condamnée en sera désigné comme coupable. Et aussi, l’écroulement volontaire et contrôlé est une discipline difficile et il n’y a guère de recul, il y aurait un grand risque qu’il se transforme en effondrement incontrôlé. Rappelons que l’objectif de Gorbatchev était de réformer et d’assurer la pérennité de l’Union soviétique

Si je devais vraiment choisir à froid, je suppose que je tenterais de combiner ces deux options, en tirant sur la corde de l’endettement tant que ce sera possible pour investir dans la transition énergétique et écologique, mode Letizia Bonaparte « Pourvou qué ça doure », mais en préparant – évidemment discrètement – l’opération vérité et « démolition contrôlée ». Cette dernière option étant destinée sinon à précipiter les événements, du moins à les prendre de vitesse, lorsqu’ils auront commencé, en somme à se donner les moyens lorsque l’écroulement commencera de ne pas être coincé dessous, de ne pas laisser la plupart rester coincés dessous.

Tout cela restant quoi qu’il en soit plus facile à écrire qu’à faire, il faut le reconnaître ! Ce pourquoi j’en reste à une certaine perplexité…

(1) L’un a une créance pour « cent barils d’huile ». On écrira sur son reçu « cinquante ». L’autre a un avoir pour « cent sacs de blé ». On écrira sur son reçu « quatre-vingts.” Ce sont là les chanceux. D’autres auront leurs reçus invalidés, ils ne vaudront plus rien du tout.

(2) Enfin j’ai une petite idée quand même. Passer à l’étalon or pour l’euro, en posant la parité « 1 € = tant de milligrammes d’or », ce qui aurait sans doute le même effet sur le tas de dettes qu’un dynamitage pur et simple. Inconvénient évident : des faillites en série, et pas mal de gens sous les décombres. S’il existe des méthodes plus modérées que « On fait tout sauter » et autre « Tout cramer pour repartir sur des bases saines » à la Léodagan je ne les connais pas

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53 réflexions sur « Une crise mondiale de la dette est inévitable à terme. Que faire ?, par Alexis Toulet »

  1. Quant à votre petite idée: le retour à l’or est impossible depuis le decret de Nixon (1971 il me semble). Depuis l’or est une marchandise et le restera. Mais l’auggmentation fulgurente du prix de l’or (un peu plus d’un dollar par gramme d’or fin en 1965) mérite un petit commentaire: il témoigne d`une perte de confiance en les monnaies. L’argent selon la définition tradionnelle, ancienne n’existe plus. Ce ne sont que des chiffres alignés, tout repose sur la confiance. Les marchés financiers, le personnel politique, tous savent que les dettes ne seront jamais rembourcées. Ce qu’ils veulent: que l’on paye les intérêts pour qu’ils puissent maintenir leurs systèmes (payer les retraites, le social…….). Il y a un autre plateau qui est beau plus nocif pour la société: la BCE avec sa politique, qui enrichit ceux qui ont déjà assez ou beaucoup, et soutient un appovrissement de ceux qui possèdent peu. Exemple: l’immobiler. Il ne faut oublier que nous vivons dans un système ploutocratique.

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  2. Appréciable contribution , d’une grande clarté. Sans doute pas limitative…En tout cas , une suggestion (peut-être pas si idiote que ça..?..) :

    … » Si je devais vraiment choisir à froid, je suppose que  » …

    …je choisirais la « fuite en avant » …pas au galop , mais au trot…
    Suffit en effet , quand on se réfère à la tendance majoritaire du blog , de « tenir » ainsi une bonne vingtaine d’années… puisque , de toute façon , « on collapse » un peu avant la ligne d’arrivée..
    Une sorte de « BOUM » totalement convergent en quelque sorte!

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    1. Dans votre lien « métahodos » :

      …  » Je suis favorable à l’abandon de la croissance du PIB comme mantra économique et politique, sans être forcément favorable à la décroissance.

      Les travaux de recherche autour de la croissance du PIB révèlent qu’ en réalité il y a au moins 50% de cette croissance dont on ignore l’origine . C’est un peu comme la matière noire en astrophysique…

      Il faut abandonner ce hochet pour se donner de vrais indicateurs de politique macroéconomique existants, mais inutilisés, que sont la santé des personnes, le niveau d’éducation, la qualité de la vie sociale dans les villes et les campagnes. Nous avons des indicateurs de cette nature à notre disposition. De même que nous disposons aussi d’indicateurs écologiques.  » …

      Disons que A.Toulet est plus concrètement « descriptif » à sa façon avec ce qui précède..

  3. « Mais à qui est due cette dette pourrait-on demander ? »

    La Nature étant consommée gratuitement, les 296 trillions de dollars sont une dette que nous devons à la Nature, et que nous demandons à nos descendants de payer (ce qu’Alexis appelle les « traites sur l’avenir »). 296 trillions de dégâts au climat, à l’environnement, aux ressources non renouvelables non consommées. Alors on peut remettre le compteur à zéro sur le papier, cette dette réelle existera toujours, et il faudra la payer « en nature », c’est-à-dire en réparant les dégâts qui sont réparables, et en compensant ceux qui ne le sont pas.

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      1. Bien sûr que si il pousse seul. Essayez, vous verrez. Par contre, il consommera des ressources naturelles qu’il ira piocher dans la terre. Et qu’il rendra lorsqu’il se décomposera. Sauf si on l’exporte pour notre profit. Exportation gratuite. Sans rien rendre à la nature. Là est notre dette.

        De plus, si vous souhaitez du rendement, il faudra des intrants, des machines, des pesticides, bref des actions qui désorganisent, voire qui détruisent un écosystème. Notre dette est là bien plus grande.

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        1. @ François M
          Nous rendons à la Nature par nos déjections après avoir mangé le pain, et les animaux d’élevage après avoir mangé la paille.
          C’est comme cela que ça fonctionne à peu près bien depuis 8000 ans. Ne pas faire de confusions avec les errements de l’agriculture industrielle de ces 50/100 dernières années.

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    1. Pas très scientifique peut-être, mais le grand Robert Hainard résumait assez bien la chose: « La Nature fait toujours crédit, mais à la fin elle n’oublie jamais d’envoyer la facture ».

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  4. Bien, je n’ai pas tout saisi.
    Par contre un peu comme Bernadette Soubirous dans sa grotte je viens d’avoir une révélation :Nicholas Georgescus Roegen. Sur ma table de chevet il y avait Descartes, il y aura désormais Roegen et peut être Jorion quand je l’aurais lu 😉
    Ce que j’ai compris de Roegen c’est qu’on est passé à côté de notre avenir.
    À LIRE IMPÉRATIVEMENT si on veut savoir pourquoi c’est fini.

    1. Nicolae GR ! Le Saint Père de la Décroissance ! Priez pour nous pauvres consommateurs.

      Converti à la Décroissance par Sa Sainte Parole (démonstrative) . Amen.

        1. Non non, c’était hyperbolique, j’ai lu tout Nicolae GR, c’est l’auteur/penseur qui m’a entraîné fermement et avec joie du côté de la décroissance, avec un zeste de Schopenhauer (https://fr.wikipedia.org/wiki/Aphorismes_sur_la_sagesse_dans_la_vie) par dessus pour tenter d’envisager une vie plus paisible et d’acceptation, le tout saupoudré du message christique de l’Amour fraternel (même si je ne suis pas croyant), et autre petit jaune car si l’alcool ne résout pas les problèmes de l’Homme, l’eau et le lait non plus !…

          J’aime les personnes qui rient et qui pleurent et qui s’émerveillent de rien ou de tout.

          1. Bienvenu au club alors. je suis littéralement subjugué par cet économiste. Certains aspects de ses considérations sont un peu hasardeuses (nucléaires, solaire ) mais au vu des connaissances ayant court à son époque je pense que c’est normal.
            Ayant été biberonné à la thermodynamique pendant 3 ans pour mon diplôme d’université j’avoue qu’il y a chez Roegen un raisonnement visionnaire .

  5. Coucou,

    Je me souviens d’oncle bernard qui expliquait que les etats-unis et la chine ne formaient en fait qu’un ensemble monétaire.
    Cet equilibre paradoxal a il été cassé ? Qui décide de la valeur des choses ? Jusqu’à présent ce sont les américains.
    Comment ils disait l’autre maboule de chicago déja ? Si on vous doit des dollars , alors on ne vous doit rien. Le dollar, c’est notre monnaie et votre problème.
    Tant qu’il y aura une pax américana et un dollar indéxé de fait sur le pétrole le systeme va continuer cahin caha avec des théories plus ou moins fumeuse pour justifier à,postériori un helicopter ben, ou une inflation à 2 chiffres ou un taux négatif.
    Depuis 20 ans les américains semblent plus être un facteur de désordre que d’ordre. Mais c’est peut-être aussi parce qu’on leur demande d’être les pompiers un peu partout !

    En demandant plus de protectionnisme et que l’amérique s’occupe d’elle même, le peuple américain va peut-être déclencher rapidement ce moment que vous redoutez de remise à zéro des compteurs . Avec trump ou un trumpiste aux commandes, çà va être chaud !
    Par ma chandelle verte, Il pourrait bien envahir la saintonge !

    Bonne soirée

    Stéphane

  6. Une question Alexis, est-ce que les 296 trillions de dollars de dette tiennent compte des dépôts bancaires ?

    Si je me souviens bien, d’un point de vue strictement légal, l’argent déposé dans un établissement bancaire appartient à la banque qui remet en contrepartie du dépôt une reconnaissance de dette à son client.

    La masse monétaire française est de 3 300 milliards en juillet 2021, ce qui représente 1,5 fois la valeur de son PIB de l’année 2020 (2 130 milliards d’euros). Si l’on distingue les trois agrégats monétaires, on s’aperçoit qu’elle est constituée, au deuxième trimestre 2021 :

    – Pour 50 % d’argent très liquide — pièces, billets, et comptes courants (M1) ;

    – Pour 30 % d’épargne des ménages et de dépôts à court terme (M2-M1) ;

    – Pour 20 % de placements monétaires à moyen et long terme (Obligations, M3-M2)

    Est-ce qu’il ne faudrait pas augmenter la dette privée française d’au moins 1650 Mds plus la somme des comptes courants ?

  7. « Qu’est-ce qui fait « tenir » cet endettement, alors ? »
    La question devrait plutôt être : « qu’est ce qui fait ENtretenir cet endettement ? »

    dans les années 60 : chaque année l’économie fait 100 de bénef, et j’ai besoin de 16 pour les dépenses publiques : les gens trouvent du boulot, dans beaucoup de secteurs on est seuls sur le marché, tout le monde paie ce qu’il faut, il y a de l’inflation mais le budget est à l’équilibre, pas de dette.

    en 1990 : pour que l’économie fasse 100 de bénef, je dois maintenant reverser 4 de ces 16, mais j’ai toujours absolument besoin de ces 16 : les prélèvements augmentent, la compétitivité diminue, c’est embêtant car la concurrence internationale est devenue plus dure, et il y a 2 millions de gens à soutenir. La dette est maintenant à 50, et je paie 1 d’intérêt/an, mais tant pis c’est pour la bonne cause : ces 100 ne doivent pas se réduire, et puis on ne peut pas laisser tomber les gens qui souffrent.

    en 2018 : pour que l’économie fasse 100 de bénef, je dois verser 8 de ces 16, et j’ai maintenant 110 de dette + 2 d’intérêts/an sur elle, et j’ai toujours absolument besoin de ces 16. De moins en moins de gens cotisent et ils sont maintenant 3 millions à soutenir…heureusement beaucoup sont sortis du système et se débrouillent en faisant des trucs plus ou moins légaux, mais tant pis. Plutôt qu’augmenter les prélèvements sur les entreprises, je tente de réorganiser ces 16 pour préserver la compétitivité, mais voila que des gens protestent et que certaines banlieues s’effondrent, on met de l’ordre dans tout ça quitte à amocher quelques gueulards…ces 100 ne doivent pas diminuer sinon on est foutus.

    2020, virus par la-dessus ! si on soutient pas à bout de bras tout le bazar, il s’effondre : allez hop + 30 de dette avec la planche à billet. On verra bien, demain ça ira mieux…

    mais demain ça ne peut pas aller mieux…chômage accru, catastrophes climatiques, peak oil…le baril de pétrole va bientôt s’échanger au prix du vin, puis du bon vin, puis du cru bourgeois…seuls les pays riches pourront se le payer, et des migrants viendront par milliers…comment va-t-on pouvoir continuer à soutenir tous ces gens….

    heureusement il y a Netflix et Facebook, les gens pourront s’évader et penser à autre chose… (pendant qu’on extermine les autres ?)

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      1. Les observateurs minutieux auront observé que j’embellis encore les choses, puisque ces 16 que j’évoque sont inclus dans les 100 dans le PIB ! Si bien qu’à terme, la valeur ajoutée de l’économie marchande peut échapper complètement aux gens sans que ces 100 ne diminuent.

  8. Pourquoi l’euthanasie des rentiers ne marcherait-elle pas à nouveau ?
    (l’inflation)
    Un peu provoc’ mais on ne peut pas écarter que une partie de la course à la destruction de la dette (en regardant qui est-ce qui y a intérêt)
    soit retardée par un mécanisme inflationniste.

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    1. Oui et , dans le regain d’inflation actuelle , il y a certes les impacts covid et secousses du commerce international , mais aussi les effets en principe plus structurels et d’ondes longues de la création monétaire par les banques centrales .

      On notera aussi que si l’inflation est l’euthanasie des rentiers « ventrus » , elle est aussi l’euthanasie de tous ceux dont les revenus ne sont plus assurés par l’activité réelle dont ….tous les retraités .

      La course à l’échalote inflation / augmentation des salaires va reprendre . D’ailleurs le Medef s’y attend qui laisse miroiter des augmentations sectorielles ( faudrait pas exagérer ) pour janvier 2022 .Sans en préciser le taux .

  9. Bel article, qui mérite bien 200 commentaires !

    Il me semble que nous ne sommes plus en présence d’une bulle financière, mais d’une mousse composée de multiples bulles.

    Tant que les banques centrales ajouteront de l’argent dans le système, ça pourra tenir… jusqu’à la perte de confiance dans les grandes devises. Je pense qu’il faut surveiller ces horreurs énergétiques que sont les cryptomonnaies, qui sont en train de se transformer en valeurs-refuge. Le jour où des entreprises commenceront à exiger d’être payées en bitcoins, nous auront atteint la rive est de la Bérézina.

  10. A la question que faire, je ne vois pas ce qu’on peut y faire.
    Si la dette enfle en permanence sans possibilité de revenir à l’équilibre c’est que l’on vient d’atteindre un point de non retour et que le mot FIN existe pour ce système que l’on disait toujours renaitre de ses cendres.
    La monnaie, cet apport sanguin qui irriguait le système de la tête aux pieds ne transporte plus les nutriments nécessaires.
    Cet argent ne vaut plus rien puisque le système ne fonctionne plus, grippé surtout par l’absence de ressources, des pénuries en tout genre qui s’annoncent par enchainements de causes multiples mais qui alimentaient la machine au coeur du réacteur.
    C’est le système glouton qui s’effondre sous son propre poids.
    Personne ne peut le sauver, personne, quoi qu’on en pense !

    Certains tablent sur le temps, espérant pouvoir trouver la solution miracle issue des entrailles de la technologie …
    Mais le temps est compté.
    Son décompte chaque année se rétrécit comme peau de chagrin sans que pour autant on en corrige les effets par des mesures adéquates …
    Alors …
    Comment raisonner autrement ?

  11. « 296 trillions de dollars », vu du côté des prêteurs.

    D’où vient cette somme? Comment les prêteurs ont-ils pu l’accumuler, avant de la prêter? Qui, ou quoi, a permis cet accaparement?

    Parmi cette somme de 296 milliard de milliard, une certaine proportion relève des banques centrales, donc du pognon créé à partir de rien. (Proportion baptisée X avec X<1) La somme X*296 pourrait être annulée sans léser quiconque, d'autant plus que certains taux de remboursement des prêts sont négatifs. Taux négatifs ou nuls, pour les happy fews, pas pour le particulier…

    Supposons que la dette restante (296* (1-X) ) soit entièrement remboursée, du moins son principal, pour éviter la question de la dette perpétuelle, la vraie question serait alors de savoir comment éviter un renouvellement, non de la dette, mais de l'accumulation.

    Passeque, le problème est politique: un Etat endetté au-delà du raisonnable est dépendant. Le peuple perd sa souveraineté, du genre "Il n'y a pas de démocratie contre les traités".
    On en vient à penser (attention: complotisme) que le but de l'accumulation permise est précisément de rendre l'Etat et le peuple dépendants.

    "Ils" ont fait ceci ou cela, sans trop prévoir. Après quelques années, "ils" se sont aperçu que ceci ou cela était très agréable. Et ils ont continués. Comprendre: "ils" ont lancé les grandes orgues pour faire savoir au politique et au peuple que la baisse des impôts et l'organisation de paradis fiscaux sûrs étaient des réformes de progrès.
    No sweat, ça marche à tous les coups. Quelques miettes adroitement distribuées suffisent pour que l'espérance batte l'expérience.

    1. Il faudrait sans doute être certain de la valeur attribuée à « trillions » en français ou en américain . En français c’est un milliard de milliards , mais je pense qu’il faut lire 297 trillions de dollars comme 297 000 milliards de dollars (la dette USA étant de l’ordre de 22000 milliards de dollars et la dette française de l’ordre de 2 760 milliards d’euros ) .

      Ça ne change pas fondamentalement la question qui vous agite , à savoir qui est vraiment créancier de cette dette ?

      Pour notre dette française on sait qu’elle est détenue :

      – à 56 % par des non résidents que je ne connais pas ( des intérêts français sont détenteurs aussi de dettes étrangères )
      -à 18 % par des compagnies d’assurances
      – à 7 % par des banques
      – à 1 % par des fonds d’investissements
      – à 18 % par la BCE ( ouf !) .

      Il se peut très bien ( c’est même sur ) que via votre épargne , votre assurance vie ou pas mal de fonds de placements divers et variés , vous soyez personnellement détenteur de cette dette publique .

  12. Oui mais !!!!!

    296.000 Mds$ globalisent dette publique mondiale + dette privée mondiale.

    La dette publique mondiale : 62.500 Mds$ soit 21%
    https://www.next-finance.net/En-2020-la-dette-publique-mondiale

    Plusieurs éléments majeurs ne sont pas pris en compte :
    *le patrimoine ( immobilier, bancaire ,autres,…)
    *la capacité d’un état de prélever l’impôt
    * la capacité de négociation des débiteurs face aux créanciers et réciproquement.
    je te tiens , tu me tiens , par la barbichette,…..

    Dans tout système il y a le passif (les dettes) et l’actif (les biens)

    La dette publique
    Elle correspond à l’ensemble des engagements financiers pris sous forme d’emprunts par l’État, les collectivités publiques et les organismes qui en dépendent directement.

    En France au troisième trimestre 2020:
    2674 Mds€ ( 116% du PIB)se répartissant en :
    Etat : 2107 Mds
    Administration Sécurité Sociale :287 Mds
    Collectivités territoriales : 216 Mds
    Organisme divers : 64 Mds

    En France on roule la dette et actuellement à taux négatif selon l’échéance.

    C’est l’Agence France Trésor qui gère la dette de l’Etat par l’émission de titres de créances négociables à différentes échéances ( OAT, BTAN,BTF) sur les marchés financiers.
    La dette évolue avec les emprunts réalisés et les remboursements effectués
    Les ressources du budget de l’Etat sont constituées par :
    *les impôts
    * les taxes
    * autres recettes non fiscales (par les dividendes des entreprises dont l’État est actionnaire).
    * les emprunts gérés par l’AFT qui alimentent le déficit

    Un Etat peut éventuellement se financer indirectement par sa banque centrale (QE de la BCE)
    et exceptionnellement ,faire défaut sur sa dette.

    L’Etat dispose d’un patrimoine ( immobiliers, participations, biens publics,…)
    La capacité de l’Etat à lever l’impôt peut être aussi considéré comme un patrimoine qui peut être très évolutif.

    La détention de la dette publique est très variable selon les pays:
    – non-résidents ( France 50%)
    – fonds de pensions
    – système assurantiels( assurance vie en €,…)
    – OPCVM
    – système bancaire
    – autres ……

    Après il y a aussi le hors-bilan , mais c’est un autre sujet.

    La dette privée
    C’est la plus importante: 79% de l’endettement mondial ( public et privé confondus)

    C’est les ménages et les entreprises
    La dette privée est constituée des
    * emprunts bancaires ( ménages et entreprises)
    * des obligations ( entreprises)

    Un emprunt bancaire est remboursé mensuellement à partir d’un échéancier de remboursement défini au moment du contrat.
    Une obligation ( indexée ou non) est remboursée à l’échéance du contrat et fait l’objet du versement semestriel/annuel d’un coupon défini par le taux d’intérêt.

    En cas de défaut de paiement il y a liquidation et saisie du patrimoine( actif) pour couvrir , dans l’ordre des priorités, et ,si possible , le reste à rembourser.
    Par ordre de priorité ,au passif : on part du bas du bilan(salaires ,taxes,…) et on remonte jusqu’à l’actionnaire(parts+ réserves) qui généralement perd sa mise ,
    Les emprunts et obligations étant intermédiaires.
    Pour les ménages insolvables il peut y avoir traitement par commission de surendettement.

    Et mes sous dans tout ça !!!
    Des biens réels et pas trop de financiers.

    et surtout une meilleure répartition à changer et dont il faudra bien un jour définir l’échelle, et suppression de la spéculation.
    on peut rêver !!!!!!!!!!!
    A ce propos, dans le monde du travail il y a ce qu’on appelle des grilles salariales par métiers et qualifications et les DRH s’y tiennent.
    Sauf quand on monte dans les très hauts salaires et surtout des dirigeants dont les salaires ,et autres, sont négociés en CA.

    ………….

    Quant à l’or , un artifice/refuge qui permet de garder de la valeur mais dont la valorisation peut fortement évoluer à la hausse ou à la baisse, au gré des marchés , qui peut aussi être réquisitionné quand ça va mal (Roosevelt), et éventuellement se rattacher à une monnaie.

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  13. Il se peut très bien […que…] vous soyez personnellement détenteur de cette dette publique.

    Si le « vous » désigne les lecteurs « classe moyenne supérieure CSP+ » du blog, vous avez raison. On « vous » demande de rembourser la dette publique par l’impôt, mais « vous » êtes aussi bénéficiaire d’une petite partie du coupon, quand il existe, et surtout, ces titres de dettes que « vous » possédez plus ou moins directement sont transmissibles à vos héritiers : ils constituent une partie de votre patrimoine.

    Si le « vous » désigne les gilets jaunes qui lisent le blog, tout est différent : « vous » ne possédez rien, ne transmettez rien, mais rassurez-vous, « vous » la payez aussi, la dette publique ! Par la diminution des services publics, par la réduction de la redistribution, par la fiscalité indirecte, et par mille autres mécanismes bien subtils et bien efficaces. Les bébés gilets jaunes itou, ils paieront ! Ils naissent endettés (aucun citoyen ne peut récuser la dette publique de son pays), et sont en contrepartie bénéficiaires de pas grand chose : au mieux, les restes de la fête.

    Il est dit quelque part : « Les hommes naissent libres, et égaux en droits ». Voire!…

    P.S. J’allais oublier : si « vous » êtes parmi les 0.01%, « vous » ne lisez pas ce blog, « vous » ne payez rien (ou alors, vraiment pas grand chose), « vous » bénéficiez des remboursements de tout le monde, « vous » transmettez ce privilège, et « vous » pouvez faire rendre gorge à n’importe quel Etat en spéculant sur sa monnaie.

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    1. Toute la problématique des inégalités , de l’injustice fiscale ( évasion, progressivité, ..) , de l’injustice de répartition et de concentration des richesses,… du système capitalistique.

      Etat Providence et la vision du 0,01%
      Denis Kesller N°2 du Medef 2007
      DG Axa et PDG Scor
      https://blogs.mediapart.fr/republicain/blog/191211/denis-kessler-il-sagit-de-defaire-methodiquement-le-programme-du-cnr

      Adieu 1945, raccrochons notre pays au monde !
      Le modèle social français est le pur produit du Conseil national de la Résistance. Un compromis entre gaullistes et communistes. Il est grand temps de le réformer, et le gouvernement s’y emploie.
      Les annonces successives des différentes réformes par le gouvernement peuvent donner une impression de patchwork, tant elles paraissent variées, d’importance inégale, et de portées diverses : statut de la fonction publique, régimes spéciaux de retraite, refonte de la Sécurité sociale, paritarisme..
      A y regarder de plus près, on constate qu’il y a une profonde unité à ce programme ambitieux. La liste des réformes ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance !
      D. (Kessler)

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    2. Dès que vous avez un livret A , vous avez de fortes chances d’être ( très indirectement ) sans le savoir détenteur d’une dette publique , quelle que soit la somme qui y est déposée , gilet jaune ou pas .

      Par contre , si de « dettes  » , on vient assez naturellement au sujet  » épargne » , on peut noter que ce qu’on appelle le « revenu disponible brut des ménages  » c’est :

      revenu primaire + prestations sociales – impôts directs .

      Avec ce qui reste on consomme ( et alors impôts et taxes indirectes ), et s’il reste quelque chose on épargne .

      Quand on est dans les 20 à 30 % des revenus les plus hauts , on consomme à son gré et on épargne , et en période covid on consomme moins et on sur-épargne ( 150 à 200 milliards selon les sources ).

      Ceux qui ont des revenus faibles ( et ce ne sont pas tous et forcément des gilets jaunes dont je n’ai pas la liste et la déclaration de revenus ) , n’ont par contre pas l’occasion d’épargner , et pour certains , en dépit des réels efforts faits dans la périodes pour conserver la plus grande part de leurs revenus , ils n’ont bien surs pas l’occasion d’épargner et pour certains même il a fallu réduire leur consommation ( et ce doit être en gros les 5 % de revenus les plus faibles dont une étude récente , contredisant macron , nous dit que leur sort ne s’est pas amélioré depuis 5 à 10 ans , au contraire ).

      On notera au passage que la sur épargne sur cette période correspond grosso modo au « surendettement  » de l’Etat ( 170 à 200 milliards d’euros en très gros ) et que , si la période préélectorale met un bémol là dessus , ça risque de saigner pour les épargnants après les élections pour réinjecter tout ce pognon dans l’entreprise , indépendamment des idées françaises pour  » cantonner » la dette Covid façon CRDS .

      1. Je suis d’accord, Juannessy, les « gilets jaunes » sont divers. Je voulais dire « pauvres », tout simplement. Mais quand ils s’habillent en jaune, on les voit mieux, et on les désigne mieux…

        1. Et a contrario , il ne suffit pas de s’habiller en jaune pour être pauvre .

          Et je préfère soulager les pauvres avérés qui ont encore de la peine à se faire repérer par le reste de la population , que tout ce qui s’habille en jaune .

          Et les services fiscaux et/ou sociaux , ont largement de quoi viser les bonnes cibles .

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        2. Coucou,

          quand un « gilet jaune se plaint de ne plus pouvoir faire le plein de sa voiture à 40000 €, pour moi, c’est pas un pauvre !

          Désolé.

          C’est toute la difficulté de la compréhension de ce mouvement.

          Bonne soirée

          Stéphane

      2. « Quand on est dans les 20 à 30 % des revenus les plus hauts , on consomme à son gré et on épargne »

        Logique descriptive imparable: vous avez l’art d’enfoncer les portes ouvertes.

  14. daniel:  » 296 trillions de dollars », vu du côté des prêteurs. D’où vient cette somme? Comment les prêteurs ont-ils pu l’accumuler, avant de la prêter?

    Il y a prêteurs et prêteurs! Les banques prêtent un argent qu’elles créent, et non un argent qu’elles ont accumulé. C’est la fausse pensée spontanée qui suppose une équivalence, sous l’étiquette « dette », entre prêteur institutionnel (banque privée, banque centrale, État) et prêteur particulier (ménage), lequel ne peut prêter que des sommes dont il dispose en effet.

    La pensée spontanée amalgame en effet en miroir, la dette d’un ménage, qui est une pure anticipation de revenus ultérieurs, une ponction en tout cas sur des revenus ultérieurs, car le ménage s’endette pour consommer, pas pour produire, ET la dette d’une entreprise, qu’elle consacre a priori pour produire (avec inévitablement des situations inverses, dans des conditions particulières), OU celle d’un État, qui répond encore à d’autres modalités. Dans une perspective keynésienne par exemple, l’État s’endette en périodes difficiles pour soulager la société, et se désendette en périodes de prospérité, exerçant ainsi une fonction de lissage des supposés cycles économiques; mais les Etats ne sont pas toujours très keynésiens.

    Il doit y avoir encore, aujourd’hui dans cette période d’emballement de la finance, une forme de « carrousel de la dette » qui n’engage que des acteurs financiers entre eux, autrement dit: du vent, et dont l’écroulement n’atteindrait l’économie productive que pour une petite part, un retour inversé du multiplicateur.
    Carrousel ou pas, les dettes inter-finance sont aujourd’hui historiquement hors normes, mais la finance bénéficie d’un véritable protectionnisme globalisé, à l’abri de tous les plans, et même plutôt, profitant de tous les plans, du FMI, de la Banque Mondiale et des gouvernements du monde.

    En bref, pour réfléchir à la dette mondiale il faut d’abord distinguer
    – les dettes privées des ménages (non productifs comptablement) y compris par exemple la dette étudiante principalement US,
    – les dettes privées des entreprises productives,
    – les dettes privées des entreprises financières,
    – les dettes publiques,
    comme n’étant pas de même nature, ni sujettes aux mêmes conditions d’exercice.
    Et dans ce barnum, il ne faut jamais oublier que les États-Unis d’Amérique bénéficient d’un effet d’empire : les règles qui s’imposent à tous ne s’imposent pas à eux…

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    1.  » les banques prêtent un argent qu’elles créent… »….

      Paul Jorion va se retirer dans un monastère !….

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        1. J’en ai déjà discuté avec lui. La responsabilité d’une mécompréhension de ce type revient au fossé existant entre le savoir – correct – qui circule au sein des banques sur la manière dont fonctionne la finance, et la représentation – fantasmagorique – de leur fonctionnement que véhicule la « science économique » universitaire avec la bénédiction des milieux bancaires et de leur haut-clergé surnommé « Jury du prix Nobel d’économie ».

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          1. Bon…
            Giraud a beau être jésuite, il n’est pas réellement un curé de la science économique universitaire. :))
            Il a fait exploser définitivement le modèle standard du PIB s’agissant des intrants énergétiques, représentés à l’université en termes monétaires et tautologiques. Et autres détails.
            Son plaidoyer en faveur de la simple annulation des bons d’Etat des pays membres de l’UE détenues par la BCE dérange même à gauche.

            Un entretien récent: https://www.ladn.eu/nouveaux-usages/gael-giraud-interview-penseur-gauche/ .

    2. @ Guy Leboutte
      Si « le ménage s’endette », alors il y a un prêteur qui dispose par devers lui de la somme nécessaire . Et il consent à la prêter, contre revenu naturellement.

      Vous pouvez remplacer « ménage » par toute autre entité, cette nécessité d’avoir une correspondance demeure. Ici, le découpage privé ou public n’est pas pertinent.

      Ma question reste donc entière: comment est-ce possible? En particulier avec une proportion si extravagante? Plusieurs années de PIB mondial devraient nous interpeller. Comment avons-nous pu laisser rassembler une telle masse d’argent ? En un faible nombre de mains, question connexe essentielle.

      Bien entendu, il faudrait exclure les pratiques délictueuses, telle la cavalerie ou le marché normand.
      La spéculation et les marchés à terme spéculatifs sont aussi une question pas claire: à un instant donné, il y a illusion d’une création monétaire, fictive. Le spéculateur sera le propriétaire temporaire d’une richesse qu’il a payé une fraction de sa valeur. Mais, tôt ou tard, un règlement du marché interviendra. Voir « la crise de ’29 » , Galbraith Père.

      Exclure aussi l’argent créé par les banques centrales et elle seules. La planche à billets baptisée quantitative easing marche à fond. Une banque commerciale n’a pas ce pouvoir. Paul l’a montré depuis longtemps. Il faut citer, avec Paul, les interventions
      de Jean Pierre Voyer, très pédagogiques.

      1. daniel
        Si certains opérateurs ont un pouvoir de création monétaire, par définition ils ne doivent pas disposer préalablement des sommes prêtées. On peut controverser sur la question de savoir qui a ce pouvoir de création.
        Par ailleurs, la distinction dette des ménages- dette des entreprises ou de l’Etat, effectivement ne touche pas à cette problématique. Simplement, elle est essentielle pour distinguer les natures, les tenants et aboutissants, de ces dettes, mettant à mal un discours généraliste sur « la » dette, tous secteurs confondus.
        Pour revenir à la finance, « casino géant dont l’économie est une petite filiale » selon les mots d’un économiste US mainstream, elle abrite incontestablement des dettes gonflées à l’hélium de l' »exubérance irrationnelle » des marchés boursiers, c’est à dire une bulle.

  15. @Alexis
    Très bon billet
    En complément je résume , avec mes mots, le raisonnement implicite des investisseurs
    1- La création de richesse nécessite des investissements qui doivent être financés par une rentabilité suffisante
    2 – La création de richesse se mesure par le PIB
    3- La somme actualisée des PIBS futurs est égale à la valeur des actifs mondiaux ( le portefeuille)
    4- Les actifs sont composés d’actions d’entreprises , de dette publique , de dette privée , d’immobilier et de cash ( le portefeuille)
    5- Le PIB est aujourd’hui inférieur au PIB pré-covid
    6- La valeur des actifs aujourd’hui ( le portefeuille) est supérieure à celle de la valeur pré-covid
    7-La valeur du portefeuille est donc décorrélée de celle du PIB
    8- Le PIB déflaté ne peut pas monter ( votre démonstration sur les ressources)
    9- L’équilibre de l’équation passe par le rééquilibrage de la valeur des actifs du portefeuille
    Pour rééquilibrer le portefeuille deux options : la valeur du cash baisse ( fuite devant la monnaie ) , ou la valeur des actifs ( actions, dette, immobilier) baisse ( crise de la dette )
    On y arrive : les deux vont baisser

  16. A tout hasard , je rappelle que VAROUFAKIS avait projeté (secrètement , aujourd’hui éventé) de « créer » un système de « payements » intra-comptes informatisés ( à créer de toute pièce..) dont les « valeurs » d’échange seraient formées à partir des dettes futures (sur deux ans mobiles) des acteurs (particuliers et entreprises) envers l’État !
    Pas de « versement » (nécessitant contrepartie/intervention des banques ennemies) MAIS COMPENSATIONS enregistrées comptablement entre les « comptes » des divers débiteurs/créditeurs )

    Il l’a payé cher..

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