Bourse en berne : plus un problème de finance comportementale que de valorisation des flux financiers, par Philippe Fraipont

Selon le discours actuel de bons nombre d’analystes, la hausse des taux a un impact sur les flux de trésorerie futurs actualisés , ce qui expliquerait la baisse de la valorisation des entreprises surtout celles avec des horizons de profit lointain.

Mais, à l’heure actuelle, la hausse de l’inflation est au dessus de celles des taux directeurs. Donc les taux réels sont plus négatifs qu’ils ne l’étaient il y a un an. D’un certain point de vue l’argent, par rapport à autre chose, est de moins en moins cher ou autrement dit vaut de moins en moins puisqu’il faut payer plus pour s’en priver, pour ne pas le transformer en consommation de biens et services et parallèlement il coûte de moins en moins cher à emprunter (toujours en taux réels).

Bien sûr, pour un ménage, le fait que son taux hypothécaire en taux réels lui coûte moins cher à 3% nominal qu’à 1% ne lui permet pas de s’enrichir si dans le même temps ses autres dépenses incompressibles augmentent et son revenu réel (salaire…) n’augmente pas du même niveau. C’est toute la question de la liaison des revenus surtout ceux « modestes » à ces augmentations, difficile à quantifier de manière équitable.

Cependant, selon ma modeste et certainement incomplète analyse, les marchés se retournent peut être aussi parce qu’ils n’ont plus confiance, même dans les sociétés avec des pouvoirs de fixation de prix. C’est donc plus un problème de finance comportementale que de valorisation des flux financiers. C’est un problème de pouvoir, ou de perte de pouvoir.

C’est encore plus révélateur pour les cryptos ou contrairement aux actions il n’ y a aucun collatéral (le produit, la position dominante de l’entreprise, le know how…) sauf la confiance, ou plutôt la croyance. La croyance, c’est quand même le contraire du savoir, c’est de l’ordre du religieux.

Cette confiance, ou croyance absolue jusqu’ici dans la toute puissance des banques centrales est en train de changer et les mantras tels que « never fight the Fed », ou « whatever it takes » commencent à avoir du plomb dans l’aile.

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7 réflexions sur « Bourse en berne : plus un problème de finance comportementale que de valorisation des flux financiers, par Philippe Fraipont »

  1. Dans la rubrique fait divers :
    Cherche théologien assermenté pouvant traduire et expliquer de façon imagée le sabir des boys de Wall Street (know how, never fight the Fed, whatever it takes).
    Signé : un mécréant.
    Merci.

    1. Voici mes explications propres et non théologiques, par rapport au sabir WS. Je tiens à également mentionner que l’usage d’acronymes en tout genre et de concepts (même boire du Coca cola est conceptuel à l’heure actuel, c’est une expérience!) est bien ancré partout et pas seulement dans le monde Anglo Saxon de la Finance.

      La finance, se base (ou est supposée se baser) sur des principes comptables (de plus en plus frelatés, j’en convient puisque maitrisés et cadenassés par les 4 obèses ou « fat four » que sont KPMG/E&Y/Deloitte/PWC) . SI on part du principe que la comptabilité, comme tout autre moyen d’expression conceptualisé, est un language,il a bien sur son propre language. Son influence actuel est ses normes venant du monde anglo Saxon Americain principalement, il est pollué de ces acronymes ou citations « globish » (ou global english).

      Je me lance:

      Know how: concept intangible sensé figuré le savoir faire, également utilisé, parfois à tort, pour donner une définition plus grand public au goodwill (aussi appelé de manière trop simpliste en Français « fonds de commerce ») qui est en fait l’écart entre la valeur « comptable » et la valeur payée lors de la consolidation, de la fusion, du rachat. Enregistrer cet écart de consolidation comme un actif non amortissable permet de continuer à créer de la « valeur » (qui n’est pas de la richesse) sans prendre en compte son amortissement étalé dans le temps puisqu’il est censé apporté un surcroit de valeur à un moment donné. Lors de la constation finale que ce surcroit de valeur n’arrive pas et n’arrivera pas, cet écart de consolidation est passé totalement en perte et profit avec des conséquences souvent désastreuses.

      Ce concept de juste valeur (fair value) inventé par les 4 obèses et appliqué par tous les groupes quotés et autres évite d’appliquer une approche prudentielle (on paie, on met en charge…) et de rémunérer plus longtemps ce qui ne devrait pas l’être, lorsqu’il est mis en place dès le départ avec une approche fallacieuse.

      Never fight the fed: On ne joue jamais contre les banques centrales (surtout la réserve fédérale américaine). Ce qui de facto entraine un mouvement moutonnier. Mouvement moutonnier entretenu par l’excès de valorisation continu des actifs suite au whatever it takes (voir ci dessous).

      Whatever it takes: Phrase célèbre prononcée par Mario Draghi pendant la crise de l’EURO en 2012. Traduit par le quoi qu’il en coûte, a méné a l’accélération de l’assouplissement quantitatif ou plus simplement dit le recours accru à la planche à billets ou la monétarisation de l’économie, ce qui a permet d’éviter d’allourdir les taxes et de financer les déficits, de garder les écarts de taux entre pays de la zone € minimaux par l’impression monétaire (La banque centrale rachète la dette des pays et l’inscrit à son bilan, le collatéral de son bilan étant la valeur de sa monnaie) et in fine a mené à la dépréciation à terme de l’Euro.

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      1. Sur la fair value, dans mon billet du 6 novembre 2007, La politique de l’autruche

        « Les firmes comptables dont la réputation avait pris un mauvais coup lors de l’affaire Enron avaient décidé de se poser en parangons de vertu et avaient admonesté leurs clients de coter, quoi qu’il en coûte, leurs avoirs adossés à des prêts au logement (MBS pour prime ; ABS pour subprime) au prix du marché.

        Dans le rapport qu’elles publièrent (*), ils insistèrent sur un certain nombre de points. J’en mentionne ici les principaux :

        1. Qu’un marché où il existe une disparité notable entre le nombre d’acheteurs et de vendeurs potentiels (en l’occurrence bien sûr, que le nombre d’acheteurs serait très restreint), ne peut être qualifié de marché « en détresse » ou de « vente à la casse » et ses prix disqualifiés à ce titre.

        2. « La commission objecte à la pratique consistant à ignorer les cotes provenant de sources extérieures pour adopter une ‘vue à long terme’ du marché (c’est–à–dire adopter la conception selon laquelle un point d’équilibre sera retrouvé et facilitera les transactions à des prix plus ‘rationnels’) ».

        3. Même si un marché est considéré « inactif » du fait que seul un petit nombre de transactions s’y observe, les prix qui s’y pratiquent demeurent un meilleur indicateur que ceux qui seraient simplement calculés par un modèle à partir des « fondamentaux » (ses composantes – sur la base d’une méthode « additive » du prix).

        4. Les modèles utilisés pour la valorisation doivent refléter les conditions du marché. Si un ajustement est nécessaire pour refléter correctement un élément de risque, cet ajustement doit être reflété par le prix.

        5. Un ajustement reflétant la liquidité du marché peut être indispensable pour représenter correctement ses conditions.

        (*) Measurements of Fair Value in Illiquid (or Less Liquid) Markets, 3 octobre 2007

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        1. Merci Paul. Vous aviez déjà tout disséqué, compris et reflèté. Je n’ai fait que répèter avec mes mots de comptable les errements connus depuis fort longtemps mais de nouveau à la une de l’actualité pour des encore plus mauvaises raisons qu’alors. Les grosses firmes d’audit ne font pas leur travail. J’en ai été moi même le témoin (et peut être meme la victime) de nombreuses fois.

      2. Ainsi guidé dans « la forêt obscure »… merci Philippe Fraipont et Paul Jorion (alias « les deux Virgile » ):-))

        Cela dit, j’ai pas tout saisi … mais je retiendrai que c’est fait pour et que … pareil à l’Enfer, ce n’est que le chant 1.

    2. « on ne peut lutter contre les choix politiques des banques centrales, notamment la Fed » et « le quoi qu’il en coûte », et le « savoir faire »… ensuite, si vous remontez dans les archives du blog de Paul, c’est une mine d’infos précieuses que vous récolterez 🙂

  2. C’est amusant de voir a quel point les économistes et les astrologues ont beaucoup de points communs . On me rétorquera que les économistes se basent sur des calculs mathématiques . Comme les astrologues . Tout n’ est qu’une question d’interprétation .

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