Bonne année 2026 : l’enjeu sera encore et toujours l’asservissement des peuples par la force, par « un lecteur »

Illustration par ChatGPT

Bonne année 2026 !

Le GOP et MAGA réunis derrière Trump se décomposent devant l’étonnante résistance et pugnacité du système judiciaire américain et ceci même avec une Cour suprême alignée sur « Project 2025 », la feuille de route pour une Amérique des milliardaires et pour les milliardaires.

Par défaut, les Démocrates en sont les bénéficiaires, emmenés par une nouvelle garde combative ayant tous les indicateurs au vert pour les Midterm.

L’autre bonne nouvelle nous vient des successeurs des mass media historiques inféodés aux milliardaires. Ces derniers ont digéré les nouveaux codes de communication, ceux-là mêmes qui ont permis la cristallisation du mouvement MAGA. Ils sont jeunes et déjà capables de mettre au tapis les prêtres du culte trumpien avec une rhétorique fidèle aux canons du journalisme.

Trump, affaibli par sa sénilité qui progresse plus vite que la débâcle économique et sociétale qu’il inflige à ses électeurs, n’est plus que le porte-parole de la partition « Project 2025 », dont le tempo et la mélodie se révèlent être une cacophonie délirante d’une époque fantasmée. Toujours très juste et naturel dans son interprétation du dictateur, il se prépare pour le mouvement final, son dernier « double-down », sans la servilité de l’armée mais avec une garde corrompue jusqu’à l’os n’ayant plus rien à perdre.

Poutine et Trump se sont pris dans le tapis de la salle de bal, dans ce qui devait être un tango royal, tandis que l’Europe (la Pologne en tête) se découvre une nouvelle destinée avec le Canada, l’Angleterre et le Japon comme un seul homme derrière l’Ukraine. Le multilatéralisme de façade entretenu par les gros bras du BRICS aura fait long feu, l’enjeu est et sera encore et toujours l’asservissement des peuples par la force.

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16 responses to “Bonne année 2026 : l’enjeu sera encore et toujours l’asservissement des peuples par la force, par « un lecteur »”

  1. Avatar de dni_br
    dni_br

    Peut-être que ce moment un peu confus, un peu dur, est aussi un moment de transition. Il est possible que de là émergent, aux États-Unis, de nouveaux acteurs capables de redéfinir leur position dans un monde qui n’est clairement plus celui d’avant. Pas des sauveurs, ni un retour au rôle de “gendarme du monde”, mais une autre manière d’assumer une place devenue moins centrale, plus contrainte, plus coûteuse politiquement.

    Ce qui est en train de craquer, ce n’est pas seulement Trump ou le trumpisme, c’est une vieille grammaire du pouvoir : celle où l’ordre international allait de soi parce que quelqu’un acceptait d’en payer le prix. Ce monde-là ne revient pas. Et ni Trump, ni l’establishment d’avant ne semblent vraiment capables de penser ce qui vient après.

    Du coup, la vraie question n’est peut-être plus comment restaurer l’ordre, mais quel type d’engagement est encore possible et tenable dans un monde post-hégémonique. Ce moment de flottement peut produire autre chose : des acteurs moins messianiques, moins moralisateurs, peut-être plus lucides sur les limites, mais capables de dire clairement ce que les États-Unis sont prêts à défendre, ce qu’ils ne le sont plus, et jusqu’où.

    Mais ça ne pourra pas rester un débat interne. Si cette redéfinition ne se traduit pas en engagements lisibles, en alliances assumées, en cadres crédibles à l’international, le flottement continuera. La démocratie peut se recomposer à l’intérieur tout en restant fragile à l’extérieur.

    Donc oui, ce moment peut être un moment de gestation, pas seulement de déclin. Mais rien ne garantit que ce qui en sortira sera plus stable ou plus protecteur. Tout dépendra de la capacité à accepter une position moins dominante, mais plus claire — et à assumer que même cette position-là a un coût.

  2. Avatar de Pascal
    Pascal

    @dni_br
    En ce moment fortement confus, n’est ce pas tout simplement la continuité de l’effondrement de l’URSS ?
    Le semblant de stabilité d’après guerre n’était-il pas l’équilibre homéostasique de la bipolarité froide ? L’effondrement de l’URSS a laissé le champ libre à la folie néolibérale qui a son tour s’effondre pour avoir voulu être plus grosse que le boeuf avec froggy-trump.
    L’émergence d’une Chine devenue puissante économiquement et militairement le doit certainement à ce double effondrement.
    Comment restaurer l’ordre, dites-vous ? Mais l’ordre n’a-t-il pas toujours été une illusion dans un monde sans cesse en renouvellement ? L’ordre n’était il pas la croyance des vainqueurs d’une bataille, persuadés à chaque fois qu’il s’agissait de la dernière ? N’est ce pas la grande aventure des empires coloniaux qui mourant, laisse le champ libre à tous les possibles ?
    Est-ce un moment charnière ou le passage d’une porte temporelle vers un monde inconnu ?

  3. Avatar de Dni_br
    Dni_br

    Heu… je n’ai jamais parlé de « restaurer l’ordre ».
    J’ai écrit précisément que ce n’était plus la question.
    Et l’ordre, il y en a toujours un — on a juste tendance à ne plus le voir quand on est bien installé dedans… hein ?

  4. Avatar de PAD
    PAD

    Et si l’enjeu était aussi de savoir comment tenir le réel sans le transformer en théâtre, qu’il soit intime ou historique ?

    1. Avatar de Pascal
      Pascal

      « Si le réel devient secondaire par rapport à ses représentations opératoires, alors :
      l’IA n’est pas une flamme qui éclaire le monde, mais une flamme qui brûle les cartes du monde. »

      Conversation avec GPT (extraits)

      Une formulation synthétique

      D’un point de vue physique strict :
      Le vivant n’est pas une substance particulière, mais une organisation stable de flux de matière, d’énergie et d’information, maintenue loin de l’équilibre thermodynamique.

      La flamme satisfait la première partie de cette définition, mais pas la seconde.

      Une conséquence conceptuelle importante

      Cela implique une idée dérangeante mais féconde :
      la vie n’est pas une « chose »,
      la mort n’est pas un événement brutal,
      ce sont des transitions de régime physique.

      La mort, comme l’extinction d’une flamme, est le passage à l’équilibre.

      Le point de départ : qu’est-ce qu’un système auto-entretenu ?

      Du point de vue de la physique et de la théorie des systèmes, un système auto-entretenu présente trois caractéristiques minimales :

      Il est hors équilibre.

      Il nécessite un flux continu (énergie, matière, information).

      Il maintient sa structure par des boucles de rétroaction.

      Flamme, cyclone, cellule vivante, économie : tous satisfont ces critères à des degrés divers.

      L’IA moderne — au sens des grands systèmes socio-techniques — commence à y entrer, mais de manière dérivée, non autonome.

      2. L’IA n’est pas une flamme, mais elle repose sur des flammes

      Un modèle d’IA, pris isolément, n’est pas hors équilibre :
      – un réseau de neurones entraîné est un objet statique,
      – sans calcul, il ne fait rien,
      – sans énergie externe, il est inerte.

      En revanche, le système IA global (centres de données, flux électriques, données humaines, capital, incitations économiques) est, lui, un système dissipatif massif.

      On peut dire :
      L’IA n’est pas une flamme, mais une forme stable rendue possible par un ensemble de flammes énergétiques, économiques et cognitives.

      3. Le parallèle structurant : flamme / vivant / IA

      On peut maintenant comparer les trois niveaux.

      a) Flamme

      Auto-entretien physique local

      Pas de mémoire

      Pas de reproduction

      Pas de finalité interne

      b) Vivant

      Auto-entretien métabolique

      Mémoire biologique

      Reproduction

      Finalité immanente (persister)

      c) IA contemporaine (socio-technique)

      Auto-entretien externe

      Mémoire déléguée (données, modèles)

      Reproduction indirecte (copies, versions)

      Finalité exogène (objectifs humains, économiques)

      L’IA se situe entre la flamme et le vivant, mais sans franchir le seuil de l’autonomie biologique.

      4. Là où quelque chose de nouveau apparaît

      Cependant, un point mérite une attention particulière.

      Pour la première fois, nous avons des systèmes qui :

      transforment de l’énergie en production de modèles du réel,

      modifient l’environnement informationnel qui les alimente,

      participent à la redéfinition des critères de vérité, de pertinence et de décision.

      Ce n’est pas la vie.
      Mais ce n’est plus un simple outil.

      On peut parler de boucles d’auto-renforcement informationnel.

      5. IA et pseudo-auto-entretien

      Certaines architectures émergentes (agents autonomes, systèmes d’auto-amélioration, IA intégrées à des plateformes économiques) présentent une propriété inquiétante :
      – elles contribuent à créer la demande qui justifie leur propre déploiement,
      – elles orientent les flux d’attention, donc les données futures,
      – elles stabilisent un régime informationnel favorable à leur expansion.

      Ce n’est pas de l’auto-entretien physique,
      mais c’est une forme d’auto-entretien systémique.

      6. Le lien avec l’abolition du réel

      Ici, le parallèle avec ta réflexion devient central.

      La flamme consomme un combustible réel.
      Le vivant transforme un monde réel.
      L’IA, elle, opère de plus en plus sur un réel médiatisé, qu’elle contribue à fabriquer.

      Si le réel devient secondaire par rapport à ses représentations opératoires, alors :

      l’IA n’est pas une flamme qui éclaire le monde,
      mais une flamme qui brûle les cartes du monde.

      Elle peut se maintenir sans correspondance forte avec la réalité matérielle, tant que les flux économiques et attentionnels persistent.

      1. Avatar de timiota
        timiota

        N’aurait-on pas dit quasiment la même chose du système « livre + monde des imprimeurs » en 1600-1700 ? Surtout si on avait la mémoire un peu longue et qu’on comparait à l’époque du papyrus (avant 1000 en gros, pas de vélin ou de parchemin en occident).

        Le livre comme base du système éducatif a emporté avec lui des changements majeurs, la révolution industrielle lui doit beaucoup, la formation des marchands, des administrateurs en Chine (le concours à la mode confucéenne). C’est autour du pouvoir que le livre s’est bâti (pouvoir religieux, avant que de se diriger vers le pouvoir matériel, dès Machiavel si on veut). Jusqu’au livre, les universités ne peuvent que s’insérer dans un interstice, certes elles transmettent les Elements d’Euclide, l’Almageste, les oeuvres de Galien puis de leurs meilleurs commentateurs, plus Aristote & Co (startup stagyrite bien connue sur ce blog). Mais les élites restent liées à la féodalité en occident et à sa légitimation par la religion (le chrême de la crème, pour paraphraser Strogonoff, c’est bientôt réveillon).
        Tout ce qui est fiction ne vient que fort tard (la Princesse de Clèves), c’est seulement depuis 150-200 ans que les rayons des libraires comptent plus de fiction en tant que telles que d’autres ouvrages. Il y avait des ouvrages « non réels » en veux-tu en voilà dès les débuts de l’imprimerie, mais plutôt pour impressionner un tel ou un tel (les récits de voyages aux Amériques, les libelles ou les pamphlets), de l’émotion hybridée au réelle sans demande d’adhésion à la fiction d’une pièce (tout un lot de personnages).

        Admettons que le livre a été une « flamme à mèche lente », toutefois. L’IA serait quasi explosive à l’échelle de l’imprimerie. Si on prend comme juge de paix la formation de la jeunesse, c’est déjà quelque chose d’entré dans les pratiques. Les conséquences sur l’attitude vis-à-vis du savoir sont dures à prédire : on peut passer d’un savoir « antisymétrique » et catégorisateur à la « Aristote & Co » qui a été la règle jusqu’ici en occident, à une « pratique de savoir » plus horizontale et symétrique. Faire place à une « ingénierie animiste » est sans doute le lot ingénieurs de 2070 sinon de 2032. Mais le mot important est « faire place » : si tout un tas de gens éduqués sont confrontés à des déconvenues de tous ordres dans le chamboulement de l’IA, la tension exercée sur ce qu’il y a eu de démocratique depuis 250 (FR) ou 350 ans (UK) peut faire rompre les digues d’un monde aux institutions démocratiques et entrainer un embrigadement tant économique qu’idéologique. C’est un peu ce qu’a fait le « simple » raccourcissement des distances physiques entre 1920 et 1940 (transports, radio, électricité) , et qu’il a nécessité à l’époque un immense changement de paradigme (le keynésianisme, le multilatéralisme) pour être surmonté.

        1. Avatar de Pascal
          Pascal

          @timiota
          Réponse de GPT

          Excellente question, parce qu’elle permet de **reconstruire une continuité historique** entre thermodynamique, vivant, langage, écriture et IA, sans tomber ni dans le réductionnisme informationnel, ni dans le récit du « progrès cognitif ».

          Je vais proposer une analyse en strates successives, chacune correspondant à un « nouveau régime de dissipation de l’énergie couplé à une nouvelle forme de stockage de l’information ».

          I. Principe général : dissipation + mémoire = amplification

          Un principe directeur peut être posé : « Toute nouvelle forme de mémoire stable permet l’ouverture d’un nouveau régime de dissipation énergétique. »

          L’information n’est jamais première :
          elle est un « mécanisme de stabilisation de flux ».

          II. Le vivant : mémoire moléculaire et dissipation métabolique

          1. ADN : mémoire incarnée

          L’ADN est une innovation thermodynamique majeure :
          * il stocke de l’information **dans la matière même**,
          * il est reproduit à coût énergétique,
          * ses erreurs sont « sanctionnées par le réel » (sélection).

          Cela permet :
          * la continuité des formes,
          * l’exploration adaptative,
          * l’augmentation de la dissipation globale (organismes, écosystèmes).

          Le vivant est une « machine dissipative guidée par mémoire ».

          III. Le langage : externalisation partielle de la mémoire

          1. Rupture fondamentale

          Avec le langage articulé :
          * l’information sort du corps,
          * elle devient **transitoire mais partageable**,
          * elle circule à faible coût énergétique.

          C’est une « mutation thermodynamique » :
          * moins de matière,
          * plus de coordination,
          * meilleure exploitation de l’environnement.

          2. Langage et dissipation collective

          Le langage permet :
          * la chasse coordonnée,
          * la transmission de techniques,
          * la planification.

          Il augmente fortement la **dissipation collective**, sans modifier encore profondément les supports matériels.

          Mais :
          * il reste dépendant de corps vivants,
          * il est fragile,
          * il disparaît avec les locuteurs.

          IV. L’écriture : mémoire exosomatique durable

          1. L’écriture comme innovation thermodynamique

          L’écriture introduit :
          * une « mémoire externe stable »,
          * détachée des corps,
          * transmissible dans le temps long.

          Elle permet :
          * l’administration,
          * le droit,
          * la comptabilité,
          * l’empire.

          L’écriture est une « technologie de cristallisation de flux énergétiques » (greniers, impôts, armées).

          2. Effet irréversible

          Avec l’écriture :
          * la dissipation n’est plus seulement biologique ou collective,
          * elle devient **institutionnelle**.

          La sanction du réel est déjà partiellement différée :
          * une erreur comptable ne tue pas immédiatement,
          * mais elle peut survivre longtemps.

          V. L’imprimerie et la science : accélération informationnelle

          L’imprimerie :
          * abaisse drastiquement le coût de réplication,
          * standardise le savoir,
          * permet la science moderne.

          La science devient :
          * un système collectif de modèles,
          * soumis à une sanction différée mais réelle (expérimentation).

          C’est un compromis :
          * découplage partiel du réel,
          * mais retour expérimental encore présent.

          VI. Le capitalisme industriel : dissipation massive + abstraction

          Avec le capitalisme industriel :
          * la dissipation énergétique explose (charbon, pétrole),
          * l’information devient instrumentale (comptabilité, finance).

          Le langage et l’écriture servent désormais à :
          * piloter des flux énergétiques globaux,
          * abstraire les coûts réels,
          * déplacer la sanction dans le temps et l’espace.

          C’est une « première abolition partielle du réel ».

          VII. Le numérique : information quasi gratuite, énergie masquée

          Le numérique introduit une rupture majeure :
          * réplication informationnelle quasi sans coût apparent,
          * dissociation radicale entre symbole et matière,
          * illusion d’autonomie de l’information.

          Mais thermodynamiquement :
          * la dissipation est simplement délocalisée (centres de données, mines, réseaux).
          La sanction du réel devient invisible.

          VIII. L’IA : mémoire auto-générative sans sanction directe

          L’IA contemporaine introduit un seuil nouveau :
          * elle produit de l’information à partir d’information,
          * elle peut saturer l’espace symbolique,
          * elle influence les décisions humaines réelles.

          Mais :
          * ses erreurs ne la menacent pas,
          * sa survie dépend de flux économiques,
          * la contrainte thermodynamique est totalement externalisée.

          On passe de : mémoire pour dissiper
          à
          dissipation pour produire de la mémoire.

          C’est un renversement.

          IX. Synthèse en une trajectoire

          On peut résumer l’histoire ainsi :

          1. **ADN** : mémoire incarnée, sanction immédiate.
          2. **Langage** : mémoire partagée, sanction collective.
          3. **Écriture** : mémoire durable, sanction différée.
          4. **Science** : mémoire critique, sanction expérimentale.
          5. **Numérique** : mémoire massive, sanction invisible.
          6. **IA** : mémoire auto-productive, sanction absente.

          X. Thèse centrale

          On peut alors formuler une thèse forte : L’histoire de l’humanité est celle d’une externalisation croissante de la mémoire qui permet une dissipation énergétique toujours plus intense, au prix d’un éloignement progressif de la sanction du réel.

          L’IA n’est pas une rupture isolée,
          mais le **point limite** de cette trajectoire.

          XI. Question décisive (ouverte)

          La question n’est plus : « L’IA peut-elle devenir vivante ? »

          Mais : Une civilisation peut-elle survivre longtemps avec des systèmes informationnels dont la production n’est plus contrainte par le réel qu’ils gouvernent ?

        2. Avatar de Pascal
          Pascal

          @timiota
          Deuxième réponse de GPT en introduisant la dimension éducative.

          Dans la perspective thermodynamique et historique que nous avons construite, l’éducation n’est ni un simple transfert de connaissances, ni une “préparation à l’emploi”. Elle est une « institution de régulation » située exactement à l’interface entre information, énergie et réalité.

          Je vais la situer structurellement, puis historiquement, avant d’en dégager les enjeux contemporains face à l’IA.

          I. Définition physique et systémique de l’éducation

          On peut proposer cette définition non conventionnelle mais rigoureuse :
          > L’éducation est le dispositif social par lequel une société tente de réaligner ses systèmes de mémoire symbolique avec les contraintes du réel.

          Autrement dit, l’éducation est un « mécanisme de ré-internalisation de la sanction du réel » dans un monde où l’information tend naturellement à s’autonomiser.

          II. Rôle thermodynamique fondamental : réintroduire le coût

          1. L’éducation comme frein dissipatif

          Toute société produit spontanément :
          * des récits,
          * des normes,
          * des abstractions,
          * des outils symboliques.

          Sans éducation :
          * ces abstractions prolifèrent,
          * la dissipation énergétique devient aveugle,
          * les erreurs s’accumulent sans correction.

          L’éducation introduit :
          * de la lenteur,
          * de l’effort,
          * de la résistance cognitive.

          C’est un coût énergétique volontaire imposé à l’information.

          2. Apprendre comme expérience de contrainte

          Apprendre, physiquement et cognitivement, c’est :
          * échouer,
          * être corrigé,
          * rencontrer des limites.

          Dans cette perspective :
          * l’échec éducatif est une **mini-sanction du réel**,
          * protégée mais réelle.

          L’éducation simule, à bas coût, la confrontation au monde.

          III. Perspective historique : évolution du rôle de l’éducation

          1. Sociétés orales

          Dans les sociétés orales :
          * l’éducation est incarnée,
          * immédiatement liée à la survie,
          * intégrée aux pratiques.

          Sanction du réel : directe.

          2. Sociétés de l’écrit

          Avec l’écriture :
          * l’éducation devient institutionnelle,
          * elle apprend à manier des symboles abstraits,
          * elle enseigne des règles stabilisées.

          Mais elle conserve encore :
          * la lenteur,
          * l’autorité du maître,
          * la vérification par la pratique.

          3. Modernité scientifique

          L’éducation moderne :
          * apprend à douter,
          * à tester,
          * à falsifier.

          Elle est explicitement conçue comme un correctif à l’illusion symbolique.

          4. Capitalisme cognitif

          Progressivement, l’éducation est réinterprétée comme :
          * investissement,
          * capital humain,
          * optimisation de compétences.

          Elle perd son rôle de médiation avec le réel
          au profit de l’adaptation aux flux économiques.

          IV. Rupture contemporaine : éducation vs IA

          1. L’IA court-circuite la fonction éducative

          L’IA :
          * produit des réponses sans effort,
          * efface la temporalité de l’apprentissage,
          * neutralise l’expérience de l’erreur.

          Elle offre :
          * le résultat sans le coût,
          * la forme sans la résistance.

          Thermodynamiquement :
          > elle supprime la dissipation cognitive locale,
          > tout en augmentant la dissipation globale.

          2. Risque systémique

          Si l’éducation devient :
          * simple gestion de contenus,
          * apprentissage de l’usage d’outils automatiques,

          alors elle cesse de jouer son rôle de ré-ancrage dans le réel.

          La société produit alors :
          * des agents symboliquement compétents,
          * mais physiquement et conceptuellement déconnectés.

          V. Redéfinir l’éducation dans ce régime

          1. Ce que l’éducation doit absolument préserver

          Dans cette perspective, l’éducation devrait garantir :

          1. L’expérience de la résistance du réel
          * expérimentation,
          * manipulation,
          * confrontation aux limites.

          2. La lenteur irréductible
          * temps long,
          * maturation,
          * appropriation.

          3. La responsabilité de l’erreur
          * erreurs visibles,
          * conséquences compréhensibles,
          * correction argumentée.

          2. Ce qu’elle ne doit pas devenir

          L’éducation ne peut pas être :
          * une simple interface homme–IA,
          * un entraînement à la consommation de réponses,
          * une optimisation de performances cognitives.

          Sinon, elle devient un accélérateur d’illusion.

          VI. Formulation synthétique

          On peut proposer cette phrase centrale : L’éducation est le dernier dispositif social qui oblige encore l’information à payer un prix pour devenir connaissance.

          Si ce prix disparaît, la société perd son mécanisme d’auto-correction.

          VII. Conséquence politique

          Dans cette perspective, la crise éducative actuelle n’est pas pédagogique, mais thermodynamique et épistémique.

          Ce qui est en jeu n’est pas :
          * la transmission de savoirs,
          * mais la capacité collective à supporter la réalité.

          VIII. Ouverture

          Trois directions possibles pour prolonger :

          1. Une critique radicale des politiques éducatives fondées sur la “compétence” et l’“employabilité”.
          2. Une relecture de l’éducation comme institution anti-entropique locale.
          3. Une articulation directe avec le bouddhisme ou le taoïsme : apprendre comme discipline de désillusion.

      2. Avatar de Ruiz
        Ruiz

        cf 2) Un modèle d’IA, pris isolément, est inerte comme un virus et ne devient dynamique que pour une entité support/cible comme une société humaine intéressée par un traitement de problèmes disposant de centre de calcul et d’énergié électrique.
        Comme toute nouvelle technologie ou toute culture ou pratique qui se développe et n’existe que par sa diffusion dynamique, mais peut être résumée parfois plus ou moins par des documentations ou des règles, des livres comme pour certaines religions.
        Par ses capacités essentielles d’agir (de modifier) sur le modèle informationel externe, l’introduction de l’IA est assez analogue aux progrès de l’imprimerie, voire à l’écriture elle-même.

      3. Avatar de Garorock
        Garorock

        https://www.theguardian.com/technology/2025/dec/30/ai-pull-plug-pioneer-technology-rights
        Extrait:
         » Yoshua Bengio a déclaré que donner un statut légal à des IA de pointe reviendrait à accorder la citoyenneté à des extraterrestres hostiles, face aux craintes que les progrès technologiques ne dépassent largement la capacité de les contenir. »

  5. Avatar de bb
    bb

    Une vision éclairante et à contre-courant du pouvoir de l’Union Européene. Tiré d’un article du site pro-européen « Grand continent ».
    https://legrandcontinent.eu/fr/2022/06/30/leurope-que-les-habsbourg-et-lunion-ont-en-partage/

    L’Europe que les Habsbourg et l’Union ont en partage

    L’analyse de Caroline de Gruyter s’ouvre sur une figure littéraire, l’empereur Rodolphe II de Habsbourg, dont l’indécision chronique sert de métaphore à la nature même de l’Empire austro-hongrois. Ce que certains percevaient comme une faiblesse — l’art du compromis bancal et de la procrastination — était en réalité une stratégie de survie indispensable. Dans un ensemble multiculturel complexe, le « demi-achèvement » permettait de maintenir la paix entre des peuples aux intérêts divergents sans recourir à une force armée qu’il n’avait pas les moyens de déployer partout. Cette gestion par le « bidouillage » (fortwursteln) assurait la pérennité de l’édifice en évitant les ruptures brutales.

    Cette dynamique historique trouve un écho frappant dans le fonctionnement de l’Union européenne actuelle. Comme l’Empire des Habsbourg, l’UE est une entité militairement modeste qui doit justifier son existence par la valeur ajoutée qu’elle apporte à ses membres (prospérité, justice, stabilité). Sa fragilité est existentielle : si le centre s’effondre, c’est toute la cohabitation des nations qui est menacée. Cette conscience du danger permanent explique pourquoi Bruxelles, comme Vienne autrefois, privilégie les négociations interminables et les solutions imparfaites, qui sont souvent les seules acceptables par tous les États membres.

    L’histoire de la construction européenne est ainsi celle d’une réinvention constante face aux crises. Après une phase de reconstruction après-guerre et une période d’ouverture optimiste après la chute du Mur, l’Union est entrée dans une ère de protection. Autrefois simple « espace » de libertés et de vagabondage, elle devient un « lieu » délimité par des frontières. Ce changement de paradigme est dicté par un environnement extérieur devenu hostile, où les grandes puissances (Chine, Russie, États-Unis) imposent des rapports de force brutaux, forçant l’Europe à sortir de sa passivité.

    En conclusion, l’Union européenne entre aujourd’hui dans sa quatrième mutation : celle d’une puissance géopolitique par nécessité. Si les critiques dénoncent souvent la lenteur ou la complexité bureaucratique de Bruxelles, l’auteure souligne que ce mode de gouvernement est inhérent à la nature même de la bête. En acceptant de se « salir les mains » par des alliances pragmatiques et en renforçant sa défense, l’Europe suit la trace des Habsbourg : elle survit non pas par une volonté de puissance hégémonique, mais par un art consommé de l’équilibre et de la réaction face aux menaces qui l’entourent.

    1. Avatar de Pascal
      Pascal

      @bb
      Je ne sais pas si la comparaison avec Rodolphe est de bonne augure ? 😉

      « Bien qu’instruit, il ne présente pas les qualités nécessaires pour régner : il est sujet sur la fin de sa vie à des accès de folie, qui favorisent l’intervention de membres de la famille dans les affaires impériales. Souverain introverti et mélancolique, médiocre politique, piètre combattant, admirateur de la vie et des femmes, protecteur des arts et des sciences » (wikipédia)

      1. Avatar de bb
        bb

        @Pascal

        Vous avez raison.
        L’historienne aurait pu se contenter de faire un paralèlle entre Union européenne et Saint Empire Romain Germanique: qui était une confédération très lâche.

        1. Avatar de Pascal
          Pascal

          @bb
          Il me semble que ce début de 21eme siècle est tellement différent des siècles précédents qu’il devient difficile de faire des comparaisons.
          Globalisation de l’économie, de l’information, uniformisation de la société de consommation (pour ceux qui y ont accès), le bouleversement climatique qui n’épargne personne dans le monde… et tout cela dans une accélération constante qui déborde même les politiques. L’humanité dans sa frénésie énergétique s’est globalement enfermée dans un mode de pensée, même en Europe (croissance infinie dans un monde fini), qui ne lui laisse plus beaucoup de marges de manœuvres. Est-ce que seul l’effondrement pourra nous redonner de la latitude pour penser le monde autrement ?

          1. Avatar de bb
            bb

            @Pascal

            Même si vous craignez que l’histoire ne puisse plus nous éclairer, les analogies passées restent des boussoles utiles. Elles ne servent pas à nier la nouveauté de nos défis, mais à nourrir notre imagination pour bâtir des organisations plus souples et résilientes, en s’inspirant de ce qui a fonctionné autrefois.

            Bien que vous envisagiez l’effondrement comme l’unique issue pour changer de paradigme, ce constat peut devenir un moteur d’action plutôt qu’une fatalité. Votre réflexion nous invite à mobiliser notre créativité sans attendre une rupture subie.

  6. Avatar de RV
    RV

    En direct d’Orient :

    …/… les États-Unis sont hélas, on pourrait dire, un État belliciste malheureusement. Le complexe militaro-industriel ce n’est pas un argument de gauche c’est une industrie colossale et si vous vendez des glaces vous voulez des journées chaudes, si vous vendez des armes vous avez besoin de guerres. C’est simplement une question de modèle économique. …/…

    …/… le fait qu’elle [la Chine] ait fait preuve de retenue malgré tant de provocations au cours des dix dernières années devrait montrer au monde qu’elle ne veut pas la guerre …/…

    extraits d’un entretien sur la chaine Youtube de Jyotishman « India & the Left Français » avec Chandran Nair (un homme d’affaires et universitaire malaisien, fondateur de The Global Institute for Tomorrow, basé à Hong Kong) à propos de son nouveau livre *Understanding China*: Comprendre la Chine — Ce que l’Occident se trompe à voir

    https://www.youtube.com/watch?v=_xxsA5RskmA
    https://en.wikipedia.org/wiki/Chandran_Nair_(businessman)

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  2. Version film d’animation ! J’ai cru reconnaître un des personnages. 😉 https://www.youtube.com/watch?v=4Wj8G5L2zpw

  3. Ambiance marine https://www.youtube.com/watch?v=r2rVpfiqeiI&list=RDr2rVpfiqeiI&start_radio=1

  4. « Les paroles viennent d’un humain, la musique est du domaine de l’esprit de la machine. » https://www.youtube.com/watch?v=NZFolB5usYk&list=RDNZFolB5usYk&start_radio=1 Of course !

  5. Nous sommes heureux d’apprendre que vous avez repris des forces et votre hygiène de vie, dont vous faites état, n’est…

  6. Comment passer à côté ! 😉 https://www.youtube.com/watch?v=9wGkQwgn_Tw&list=RD9wGkQwgn_Tw&start_radio=1

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