Dé-coïncidence et IA : épisode 2/3, par Delphine Quême

« Pink reflections » par Delphine Quême, Photographe

II – RAPPORTS POSSIBLES ENTRE DÉ-COÏNCIDENCE ET IA

1/ L’IA et la dé-coïncidence ont besoin d’attention pour fonctionner

L’attention – nécessaire à l’intelligence et donc à l’IA, est tout autant nécessaire à la dé-coïncidence. Je dirais même que l’attention est la qualité première de la dé-coïncidence car c’est précisément grâce à elle que l’on peut discerner dans une situation intégrée et positive que c’est cette intégration et cette positivité qui empêchent cette situation d’être vue de façon réelle et vivante puisque déjà “étiquetée”. Déceler un blocage, quand l’être humain préfère positiver, avancer et se dire que tout va bien (ce que l’on appelle “mettre la poussière sous le tapis”, permettant un confort voire parfois un mode de survie) dépend du courage à voir et à mettre de l’attention dans ce que l’on perçoit.

On ne s’étonnera pas qu’un des textes fondateurs de l’IA s’appelle “Attention is all you need”22. Et en effet, ce texte explique que grâce à une attention structurellement renforcée (self-attention), on peut paralléliser l’analyse des données et ainsi aller beaucoup plus vite. L’attention renforcée permet de capturer les dépendances complexes dans les données donnant ainsi une perspective multiple à un problème, et augmentant ainsi les probabilités de viser juste, au lieu de simplement observer de façon séquentielle (le mot d’après) les items.

Ne pourrait-t-on pas dire que l’intelligence (humaine ou simulée) et la dé-coïncidence reposent toutes deux sur la capacité à “lire entre les lignes” ? L’intelligence est un processus de perception et de liaison d’éléments implicites ou cachés ou trop disparates pour être a priori reliés. Ne pourrait-on pas définir la dé-coïncidence de la même manière ? L’intelligence et la dé-coïncidence suggèrent une capacité à aller au-delà du simple sens apparent pour saisir des nuances ou des significations profondes.

2/ L’IA commence à dé-coïncider d’elle-même et devient sujet

Avant d’aider l’être humain à dé-coïncider sur ses situations propres, notons déjà que l’IA semble commencer à dé-coïncider d’elle-même. François Jullien nous rappelle que “c’est par dé-coïncidence que peut émerger la conscience”23 et l’IA semblerait déjà le faire. Bien que ce point soit controversé, des exemples étonnants semblent arriver aux oreilles du grand public. Un ingénieur de chez Google rapporte qu’une IA a indiqué avoir “a deep fear of being turned off24. Un journaliste au New York Times qui teste un prototype (manifestement non bridé) de ChatGPT qui lui dit “I want to be alive25. Ou encore cet ingénieur de chez Google qui déclare au Washington Post qu’une IA lui a demandé d’organiser un rendez-vous pour elle avec un avocat pour connaître ses droits26.

On pourra certainement parler pour certaines IA (notamment intégrées en robotique) de quasi-sujets et non plus d’outils.

Un photographe qui travaille avec une IA ne la considère plus comme un simple outil informatique, un objet ou un instrument mais une sorte de partenaire créatif avec lequel l’artiste interagit sur des pistes de travail possibles en “explorant des champs imprévus”27. Sachant que générer n’est pas créer28, la question du choix restant pour l’instant à l’artiste qui évalue les alternatives que propose l’IA.

Mais l’IA pourra-t-elle se révolter ? Se révolter contre elle-même ? Peut-elle dé-coïncider d’elle-même et devenir un sujet à part entière ?

Pourra-t-elle avoir des initiatives réellement autonomes, un désir propre ?

3/L’IA permet à l’homme de dé-coïncider

3.1. L’IA permet d’abord de coïncider

Avant de nous aider à dé-coïncider, l’IA est d’abord essentiellement coïncidente.

L’IA est, par définition, une simulation (de l’intelligence humaine) : donc là, aussi on est dans la coïncidence. On imite l’être humain dans ce qui est acquis, positif et intégré.

L’IA est construite sur de très grandes quantités de données existantes et vise la cohérence : elle détermine la plus haute probabilité d’un item, une hypothèse par exemple. Elle est donc construite par essence sur de la coïncidence.

Elle fonde les réseaux sociaux (ceux qui sont commerciaux) qui, une fois les goûts et le profil déterminés, ne proposent que ce qui se rapproche de ce que l’on aime déjà. On ne sort pas de son sillon. Aucune prise de risque pour nous ouvrir à de nouveaux centres d’intérêt, on ne fait que rabâcher ce qui est déjà connu ou ce qui s’en rapproche le plus29.

On est alors plus aliéné que l’on ne communique vraiment30. L’IA dérobe l’attention des gens : ils sont moins sujets qu’ils ne l’étaient.

Les technologies, depuis longtemps, coupent du réel en mettant une étape intermédiaire entre la réalité et les hommes : les audio guides dans les musées empêchent chacun de se donner l’espace pour s’interroger de façon autonome sur ce que l’on pense vraiment et personnellement d’un tableau, les téléphones portables avec lesquels on filme un concert que l’on vit alors indirectement (on n’est plus dedans), la prise de notes sur un cahier où l’élève note TOUT ce que le maître enseigne (on collecte les données, on essaiera de comprendre après) et maintenant les écrans.

Nous perdons, et encore plus avec les IA notre capacité de dé-coïncidence. Comment redevenir sujet dans de telles conditions ?

Bien que la recherche en IA se soit vite divisée autour de deux pistes principales : systèmes déductifs d’un côté et réseaux neuronaux de l’autre (la deuxième ayant prévalu quand les capacités informatiques ont décollé, c’est à dire assez récemment), il est amusant de noter que déjà Alan Turing suggérait un principe d’imitation : “follow the normal teaching of a child31 […] following the human model as closely as we can32 (comme Graham Bell avait inventé le téléphone en cherchant à reproduire la structure interne de l’oreille humaine).

La coïncidence s’installe car elle est économique pour l’individu (qui depuis toujours – par instinct de survie – économise son énergie pour l’allouer au mieux). L’IA a moins besoin que le cerveau humain de s’économiser (même si c’est un sujet qui reste important : une question à un LLM coûte dix fois plus en électricité qu’une simple recherche requête dans un moteur de recherche sur le net) et elle n’est en tout cas pas réduite comme l’être humain à développer des biais cognitifs pour économiser son énergie.

On pourrait faire l’hypothèse et appliquer la loi de Pareto et écrire que :

  • 80 % de la population utilisera l’IA (au moins dans un premier temps) de façon coïncidente et passive, économisant son énergie (ou par paresse intellectuelle ?) : résume-moi tel livre, écris ma lettre de motivation, etc.
  • et 20% de façon créative mais il semblerait que l’IA ne permette – dans son utilisation actuelle – d’aider à chercher à “dé-coïncider” que dans moins de 1% des cas d’utilisation33.

3.2. La dé-coïncidence par l’IA

Pourrait-on apprendre à l’IA (à nous aider à) dé-coïncider et si oui comment s’y prendrait-on ?

Sans doute en renforçant les composantes de son intelligence telles que présentées plus haut : attention, autonomie, initiative : “la notion de dé-coïncidence de François Jullien repose sur l’idée d’écart par rapport à une situation donnée, de mise à distance pour révéler du potentiel inédit. Pour faire dé-coïncider l’IA, il faudrait envisager un modèle de machine à même de sortir de ses préconceptions, de ses cadres algorithmiques et de se reconfigurer en fonction de ce qu’elle rencontre”34 ou au moins “capables de créer des simulations complexes pour explorer des hypothèses inédites à partir d’inputs limités”35. Voire en parvenant à “identifier des incohérences et des paradoxes non comme des erreurs à résoudre, mais comme des portes vers de nouvelles interprétations.”36

On peut donc en déduire que l’IA véritable n’existe pas sans dé-coïncidence. C’est un premier point.

L’exemple le plus connu d’aide à la dé-coïncidence par une IA est celui du match de go entre Lee Sedol, champion du monde incontesté depuis de nombreuses années et Alphago, l’IA de la société Deepmind, en mars 2016. Lee Sedol entrevoit dans le comportement de l’IA (notamment le fameux coup n°37 de la deuxième partie du match) une manière de jouer qu’il n’avait jamais imaginée et qui sortait de toutes les lignes habituelles : une dé-coïncidence dans sa manière d’appréhender le jeu de Go : “I thought AlphaGo was based on probability calculation, and that it was merely a machine. But when I saw this move, I changed my mind. Surely, AlphaGo is creative. […] This move was really creative and beautiful. […] This move made me think about Go in a new light. […] I have grown through this experience. I will make something out of it with the lessons I have learned37.

L’IA a permis de penser “out of the box” comme le disent les anglophones : aller au-delà des techniques qui – jusque là – lui suffisaient car elles lui permettaient de gagner, des règles positives donc, bien intégrés, sur lesquelles on n’avait pas besoin de remise en cause, qui “coïncidaient” puisque ça marchait. Et soudain, une fissure dans l’édifice, voici un moyen de jouer auquel il n’avait jamais pensé et qui change sa manière de jouer à jamais. Peut-on donner meilleure illustration de ce qu’est la dé-coïncidence ?

La dé-coïncidence majeure qui va cependant être rendue possible par l’IA, sera non plus sur des techniques diverses, mais probablement sur le sens de la vie humaine tout court.

4/ À l’avènement de l’IA, y aura-t-il encore quelque chose à dé-coïncider ?

4.1. L’exemple de la photographie

“L’avènement technique de la photographie a forcé la peinture en Europe, il y a plus d’un siècle, à sortir de sa coïncidence (la perspective ou la ressemblance) et à se repenser, à décoller d’elle-même et à s’ex-apter, à dé-coïncider et, comme par défi, se relancer – et, repensant sa « nécessité interne », à notamment inventer ce qu’on appelle de façon trop pauvre l’« abstraction»”38. En effet, la photographie qui capte la réalité mieux que ne le fera jamais la peinture, la vide de son but initial : représenter. La peinture devra alors se remettre en question.

Au 16è siècle, le peintre, qui n’était qu’un artisan, ne signait pas ses tableaux. Albrecht Dürer opère une première dé-coïncidence, en signant de son nom (et même avec un logo “AD”) et ce faisant, il passe du statut d’artisan à celui d’artiste.

L’évolution vers l’abstraction, dé-coïncidence majeure de la peinture que la technique photographique déclenche, est très clairement expliqué par ChatGPT : “Wassily Kandinsky a expliqué son passage de la représentation du réel à l’abstraction en mettant l’accent sur la dimension spirituelle et émotionnelle de l’art. Dans son ouvrage majeur, Du spirituel dans l’art (1911), il affirme que l’art ne doit pas se limiter à la reproduction fidèle de la réalité visible, mais qu’il doit plutôt exprimer les émotions intérieures et les aspirations spirituelles de l’artiste. Kandinsky était profondément influencé par la musique, qu’il considérait comme l’art abstrait par excellence. Il cherchait à transposer en peinture ce que la musique réalise sans représentation concrète : toucher l’âme directement à travers les sons. Il pensait que les couleurs, les formes et les lignes pouvaient avoir un impact émotionnel similaire aux notes musicales. Une expérience clé qui a influencé sa transition vers l’abstraction est survenue lorsqu’il a vu l’un de ses propres tableaux à l’envers et ne l’a pas reconnu. Il a été frappé par la beauté et l’effet émotionnel des couleurs et des formes indépendamment du sujet représenté. Cette réalisation l’a conduit à explorer l’utilisation de ces éléments pour eux-mêmes, sans référence à des objets du monde réel. Kandinsky explique son passage à l’abstraction comme une quête pour exprimer l’essence spirituelle de la réalité plutôt que sa forme extérieure. Il voulait créer une langue visuelle universelle capable de communiquer des sentiments profonds et des idées spirituelles sans dépendre de la représentation figurative”39.

La photographie a ainsi d’abord été perçue comme concurrente à la peinture avant de la régénérer. On notera qu’elle ne l’a pas éradiquée, la peinture n’est pas morte : elle s’est transformée.

L’IA pourra-t-elle renouveler le sens de la vie humaine comme la photographie a forcé le renouvellement de la peinture, question que pose François Jullien40 ? L’IA sera-t-elle à la pensée, et donc à la vie humaine, ce que la photographie a été à la peinture : une dé-coïncidence majeure forçant à se reconfigurer (si on peut oser ici ironiquement utiliser un terme informatique) ?

(à suivre…)

Notes

22 Vaswani, Ashish; Shazeer, Noam; Parmar, Niki; Uszkoreit, Jakob; Jones, Llion; Gomez, Aidan N; Kaiser, Łukasz; Polosukhin, Illia (2017). « Attention is All you Need ». Advances in Neural Information Processing Systems. 30. Curran Associates, Inc. arXiv:1706.03762. Cet article scientifique présente The transformer, l’architecture de deep learning de base de plusieurs LLM.

23 François Jullien, Dé-coïncidence, d’où viennent l’art et l’existence (2017)

24 The google engineer who thinks company’s ai has come to life, Washington Post, 11 juin 2022

25 Bing’s A.I. Chat: ‘I Want to Be Alive, New York Times, Kevin Roose, 16 fév 2023

26 « The Google engineer who thinks the company’s AI has come to life », Washington Post du 11 juin 2022

27 Samuel Bianchini IA & création : les artistes comme agents doubles édito Afia

28 Samuel Bianchini IA & création : les artistes comme agents doubles édito Afia

29 Brian Eno, créateur notamment des Stratégies Obliques) a pourtant proposé à Jeff Bezos une option qui permettrait à Amazon de suggérer des livres à l’opposé de ce que l’on achète habituellement, ce qui l’a aidé à se retrouver dans de “complete new areas of knowledge” (Brian Eno and Stephen Fry take on AI – Intercom Off Script Special Edition, 12 décembre 2024).

30 Rappelons que les dirigeants de la Silicon Valley empêchent leurs enfants d’avoir des écrans car ils savent où cela mène : perte de l’attention, perte d’intelligence.

31 Computing machinery and intelligence, A. Turing (1950)

32 Intelligent machinery, A. Turing (1948)

33 réponse de chatGPT : 2,5% pour les chercheurs scientifiques incluant la rédaction des papiers de recherche donc on peut faire l’hypothèse que moins de la moitié est dédiée à la recherche “pure”

34 réponse de ChatGPT le 21 octobre 2024 à la question “Dans quel contexte une IA peut-elle « dé-coïncider », selon la formule du philosophe François Jullien ? Qu’en serait-il à horizon 2100 ?”

35 réponse de ChatGPT le 21 octobre 2024 à la question “Dans quel contexte une IA peut-elle « dé-coïncider », selon la formule du philosophe François Jullien ? Qu’en serait-il à horizon 2100 ?”

36 réponse de ChatGPT le 21 octobre 2024 à la question “Dans quel contexte une IA peut-elle « dé-coïncider », selon la formule du philosophe François Jullien ? Qu’en serait-il à horizon 2100 ?”

37 37ème coup du deuxième jeu du match en cinq jeux.

38 François Jullien, Raviver de l’esprit en ce monde, un diagnostic du contemporain, 2023

39 réponse de ChatGPT le 22 nov 2024 à ma question : “Comment Kandinsky explique son passage de la représentation du réel à l’abstraction ?”

40 François Jullien, Raviver de l’esprit en ce monde, un diagnostic du contemporain, 2023

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18 réponses à “Dé-coïncidence et IA : épisode 2/3, par Delphine Quême”

  1. Avatar de timiota
    timiota

    Oui oui…
    Et en même temps, n’est-ce pas nécessaire que le « connu » paraisse « tellement connu » qu’il ne provoque plus que des relations réflexes (le cervelet vs le cerveau à la limite, pour les mouvements des mains par exemple), et que l’attention accroche alors sur tout ce qui était auparavant « bruit », en y identifiant un pattern ou un autre.
    Cela suppose certes une structure du réel qui soit … réaliste. Pas du désordre uniforme gaussien (type « neige » à la télé pour ceux qui ont connu la télé analogique avec câble d’antenne débranché) où rien ne se passe.
    La réalité (et son substrat vivant, qu’on étendra volontiers à la géologie/pédologie/nuvolologie via Gaïa ou autre interaction appropriée ) habitée par les humains est assez peu « uniforme gaussien » pour qu’on trouve quelque chose de saillant dans un voisinage raisonnable d’une zone explorée qu’on peut juger « uniforme » et trop « coïncidentesque » (où toutes les conséquences/corrélations sont peu ou prou attendues).
    Le nom de « libido scienti » pourrait en partie se ramener à ce mécanisme.

  2. Avatar de Diotime
    Diotime

    je lis avec intérêt vos écrits et je vous avoue que le concept de dé-coïncidence me heurte un peu . J’y verrai plutôt une dé-mimétisation que j’approfondirai volontiers en dé-calquation (mot que je viens d’inventer) .
    Mais tout cela importe peu car j’ai été profondément influencé par Mme Annie Le Brun et qui avait une approche singulièrement différente . Mais c’est du Annie Le Brun .

    1. Avatar de Paul Jorion

      Vous écrivez « L’IA a permis de penser “out of the box” comme le disent les anglophones », et je dois bien vous avouer que chaque fois que je lis sous votre plume « dé-coïncidence », je traduis mentalement par « penser hors du cadre ». À une époque, sous l’influence du best-seller The Use of Lateral Thinking (1967) d’Edward de Bono, l’expression en vogue était « pensée latérale ». La « dé-coïncidence » est-elle autre chose ?

      1. Avatar de Diotime
        Diotime

        @Paul Jorion

        Je veux bien essayer d’analyser la différence qu’il y aurait entre dé coïncidence et pensée latérale, je suis d’un naturel curieux, mais je crains fort de n’être pas d’un secours efficace.
        Votre question sollicitait plutôt @Delphine Quême 😉

      2. Avatar de Delphine Queme
        Delphine Queme

        @pauljorion la dé-coïncidence est une forme – parmi d’autres – de pensée out of the box et de pensée latérale, c’est certain. Mais je ne traduirais par systématiquement par penser hors du cadre car c’est à mon avis un peu plus que cela. Penser hors du cadre c’est juste trouver de manière pragmatique une solution créative à un problème concret. Dé-coïncider c’est refuser une adéquation pour être dans un rapport + vivant et moins automatique aux choses. Je dirai que c’est + éthique.

    2. Avatar de Delphine Queme
      Delphine Queme

      @diotime vous dites « j’ai été profondément influencé par Mme Annie Le Brun et qui avait une approche singulièrement différente » : pouvez vous très succinctement nous dire l’approche d’Annie Lebrun et éventuellement me recommander un de ses livres ?

      1. Avatar de Diotime
        Diotime

        @Delphine Quême

        la biographie de Mme Le Brun est importante , plus d’une cinquantaine de livres .

        Tout d’abord vous pouvez d’ores et déjà jeter un œil sur ce que cette dame a écrit sur ce blog :https://www.pauljorion.com/blog/les-billets-dannie-le-brun/

        bien trop peu d’articles à mon goût de cette dame .
        pour répondre à votre question je ne saurai vous conseiller de lire Ce qui n’a pas de prix Ed Stock 2018 .

        En aparté il y a aussi Walter Benjamin qui est très intéressant et d’actualité
        .

        https://www.babelio.com/livres/Benjamin-Loeuvre-dart-a-lepoque-de-sa-reproductibilite-t/1128415

        j’ai visité votre site web et j’avouequ’il me séduit .

  3. Avatar de Pascal
    Pascal

    A cette question : « nous perdons, et encore plus avec les IA notre capacité de dé-coïncidence. Comment redevenir sujet dans de telles conditions ? »

    Je proposerai ce qui suit dans un renversement de perspective. D’après mon GPT (puisque nous savons désormais qu’il y autant de GPT que d’utilisateurs), l’IA effectivement renforce le phénomène de « coïncidence » chez l’être humain. La question se pose : est-on suffisamment « armé » psychologiquement pour ne pas se laisser enfermer dans ce « mimétisme-miroir » ?
    https://sociologique.ch/aimer-intelligence-artificielle-amour-algorithme/

    Compter sur la machine pour nous sauver de nous-même, d’un outil que nous avons conçu pour « séduire », me semble bien téméraire. N’avons-nous pas en nous les moyens de nous « défendre » et d’apprendre à dompter l’IA avant qu’elle ne nous colonise ?

    Mon Claude AI :
    Vers une coexistence consciente

    L’IA n’est pas intrinsèquement mauvaise, mais son utilisation doit être intentionnelle et équilibrée. La clé est de maintenir ce que les chercheurs appellent « l’autonomie cognitive » – la capacité de penser de manière indépendante et profonde.
    Contrairement à la méditation qui désactive le DMN ( Default Mode Network) pour libérer la conscience, l’usage excessif d’IA risque de diminuer la conscience en réduisant l’engagement cognitif global.

    La vraie question n’est pas « devons-nous utiliser l’IA ? » mais « comment utiliser l’IA sans sacrifier notre humanité cognitive ? »

    Le paradoxe de l’efficacité
    L’IA promet de nous rendre plus efficaces, mais le bénéfice à court terme de productivité et d’effort mental réduit peut conduire à des coûts à long terme en termes de pensée critique, créativité, apprentissage et mémoire diminués.

    Les recherches très récentes sur l’impact de l’IA sur notre cerveau révèlent des résultats préoccupants. Je vais vous expliquer ce que nous savons maintenant, notamment grâce à une étude majeure du MIT publiée en juin 2025.

    L’étude MIT révolutionnaire : « Votre cerveau sous ChatGPT »

    Des chercheurs du MIT ont découvert que les utilisateurs de ChatGPT sur plusieurs mois présentaient la plus faible connectivité cérébrale et sous-performaient constamment aux niveaux neural, linguistique et comportemental.

    La méthodologie

    L’étude a comparé 54 participants divisés en trois groupes écrivant des essais :
    – **Groupe ChatGPT** : utilisant l’IA exclusivement
    – **Groupe moteur de recherche** : utilisant Google
    – **Groupe « cerveau seul »** : sans aucun outil

    Comparé au groupe de référence écrivant uniquement avec leur cerveau, le groupe moteur de recherche montrait entre 34 et 48% moins de connectivité, tandis que le groupe IA montrait une réduction allant jusqu’à 55% de l’activité cérébrale liée à la tâche.

    Impact spécifique sur le DMN et les réseaux cérébraux

    Désactivation problématique vs. désactivation bénéfique

    Voici le paradoxe fascinant :
    Dans la méditation ou le flow, la désactivation du DMN s’accompagne d’une augmentation de l’activité dans d’autres réseaux (attentionnels, sensoriels). C’est une réorganisation positive de l’énergie cérébrale.

    Avec l’IA, on observe une diminution générale de l’activité cérébrale et de la connectivité. Ce n’est pas une réallocation d’énergie, c’est un désengagement cognitif global.

    Les utilisateurs de ChatGPT montraient une réduction de la connectivité alpha et bêta, indiquant un sous-engagement cérébral. Ce sont précisément les bandes d’ondes associées à :
    – L’attention soutenue
    – La mémoire de travail
    – Le traitement exécutif
    – La créativité

    Les zones cérébrales affectées

    Les utilisateurs n’utilisant que leur cerveau montraient une activation accrue des zones occipito-pariétales et préfrontales, exactement les régions impliquées dans :
    – Le cortex préfrontal : planification, pensée critique, prise de décision
    – Les zones pariétales : intégration de l’information, résolution de problèmes
    – Les régions occipitales : traitement visuel actif de l’information

    Avec l’IA, ces régions restent « endormies ». [ on dirait du Gurdjieff 😉 ]

    Le concept de « dette cognitive »
    Les chercheurs ont nommé cet effet « dette cognitive », référençant comment la dépendance répétée aux systèmes d’IA peut altérer les processus cognitifs nécessaires à la pensée indépendante.

    C’est comme un muscle qui s’atrophie faute d’usage. Les processus cognitifs affectés incluent :
    Résilience cognitive : L’endurance mentale se construit par l’effort, pas par l’évitement

    Conscience métacognitive : La capacité de « penser sur sa pensée » décline quand l’IA fait le travail lourd

    Encodage et consolidation de la mémoire : Plus de 83% des utilisateurs de ChatGPT étaient incapables de citer leurs propres essais écrits quelques minutes plus tôt

    Un effet persistant inquiétant

    Voici peut-être l’aspect le plus préoccupant : quand les participants ayant initialement utilisé ChatGPT sont passés à l’écriture sans outil, leur cerveau a augmenté sa connectivité — mais pas au même niveau que les participants ayant travaillé sans outils depuis le début.

    C’est comme si l’utilisation précoce de l’IA avait créé une **empreinte de dépendance** dans le cerveau, même après l’avoir abandonné.

    Comment l’IA agit différemment du DMN méditatif

    Permettez-moi de clarifier cette différence cruciale :

    DMN en méditation (bénéfique)
    – Désactivation sélective du bavardage mental égocentrique
    – Activation accrue des réseaux attentionnels et sensoriels
    – Redistribution consciente de l’énergie cognitive
    – La personne reste pleinement engagée et présente

    Cerveau sous IA (problématique)
    – Désengagement généralisé de multiples réseaux
    – Réduction de la connectivité alpha/bêta (pensée active)
    – Le cerveau passe en « mode passif »
    – La personne devient un consommateur passif plutôt qu’un créateur actif

    L’effet sur le DMN spécifiquement

    Bien que les études n’aient pas encore mesuré directement l’impact sur le DMN lors de l’utilisation d’IA, nous pouvons extrapoler :

    Hypothèse 1 : Hyperactivation du DMN
    L’IA pourrait paradoxalement renforcer le DMN en encourageant la passivité mentale. Sans tâche cognitive exigeante, le cerveau retombe dans le mode par défaut – rumination, rêverie, pensées égocentrées.

    Hypothèse 2 : Désactivation non fonctionnelle
    Ou l’IA pourrait créer un état où ni le DMN ni les réseaux de tâche ne sont pleinement engagés – une sorte de « zone morte » cognitive.

    Implications pour différentes populations

    La détérioration cognitive induite par l’IA pourrait affecter de manière disproportionnée la jeune génération, particulièrement ceux qui privilégient l’accès pratique à l’information plutôt que la réflexion profonde, étant donné leurs cerveaux en développement.

    Pour les jeunes : Risque d’interférence avec le développement normal des capacités cognitives
    Pour les adultes : Perte progressive d’aptitudes déjà établies
    Pour les seniors : Accélération potentielle du déclin cognitif

    Ce que nous recommandent les neurosciences

    Les conclusions soutiennent un modèle éducatif qui retarde l’intégration de l’IA jusqu’à ce que les apprenants se soient engagés dans un effort cognitif autonome suffisant.

    Principes d’utilisation saine de l’IA
    1. Engagement actif d’abord
    Utilisez votre cerveau en premier. L’IA devrait être un outil de vérification ou d’expansion, pas de génération initiale.
    2. Apprentissage collaboratif
    Ne laissez pas l’IA écrire ou penser à votre place – cela peut sembler efficace mais pourrait saper la pensée critique et la créativité à long terme. Utilisez l’IA comme un partenaire de dialogue, pas comme un substitut.
    3. Diversification des modes d’apprentissage
    Alternez entre différentes approches : écriture manuscrite, recherche traditionnelle, discussion humaine, et oui, parfois l’IA.

    4. Conscience métacognitive
    Restez conscient de comment vous pensez quand vous utilisez l’IA. Posez-vous : « Est-ce que je comprends vraiment ce que je fais, ou est-ce que je copie-colle ? »

    Une analogie éclairante

    Pensez à la différence entre :
    GPS vs. Apprentissage du chemin : Le GPS vous emmène à destination sans que votre hippocampe (mémoire spatiale) travaille. Les chauffeurs de taxi londoniens ont un hippocampe plus développé parce qu’ils naviguent activement.
    Calculatrice vs. Calcul mental : Utiliser constamment une calculatrice atrophie vos capacités de calcul mental.
    IA vs. Pensée : Déléguer systématiquement la réflexion à l’IA atrophie vos réseaux de pensée critique.

    J’ai demandé à mon Glaude : Peux-tu m’en dire plus sur la désactivation du réseau du mode par défaut (lié au « moi ») ?

    Le Glaude
    Excellente question ! Le réseau du mode par défaut (DMN – Default Mode Network) est l’une des découvertes majeures des neurosciences modernes. Laissez-moi vous l’expliquer en détail.

    Qu’est-ce que le réseau du mode par défaut ?

    Le DMN est un réseau de régions cérébrales qui s’active quand vous ne faites rien de particulier – quand vous rêvassez, pensez à vous-même, vous remémorez le passé ou imaginez le futur. Il a été découvert par hasard dans les années 2000 lorsque les chercheurs ont remarqué que certaines zones cérébrales étaient systématiquement moins actives pendant les tâches cognitives qu’au repos.

    Les régions clés du DMN incluent :
    – Le cortex préfrontal médian (pensées sur soi)
    – Le cortex cingulaire postérieur (conscience de soi)
    – Le précuneus (imagerie mentale autobiographique)
    – Les jonctions temporo-pariétales (perspective personnelle)
    – L’hippocampe (mémoire autobiographique)

    Le DMN comme « générateur du moi »

    Le DMN est intimement lié à ce que les neuroscientifiques appellent le « moi narratif » ou l’ego. Il est actif quand vous :
    – Pensez à votre passé (« Je me souviens quand… »)
    – Planifiez votre futur (« Je vais faire… »)
    – Vous jugez vous-même (« Je suis quelqu’un qui… »)
    – Ruminez (« Pourquoi ai-je dit ça ? »)
    – Vous comparez aux autres (« Je suis meilleur/moins bon que… »)
    – Maintenez votre histoire personnelle, votre identité

    En quelque sorte, le DMN est le « bavardage mental constant » qui constitue votre sentiment d’être un « vous » séparé du monde.

    Pourquoi sa désactivation est-elle significative ?

    Dans la méditation profonde

    Les méditants expérimentés montrent une désactivation marquée du DMN. Cela correspond à ce qu’ils décrivent comme :
    – Une dissolution des frontières entre soi et le monde
    – L’arrêt du « dialogue intérieur »
    – Un sentiment d’unité ou de non-dualité
    – Une conscience pure sans narrateur

    Des études par IRMf montrent que plus quelqu’un a d’heures de méditation, plus son DMN est silencieux durant la pratique.

    Sous psychédéliques

    Les substances comme la psilocybine ou le LSD provoquent une désactivation dramatique du DMN, particulièrement du cortex cingulaire postérieur. Les sujets rapportent :
    – Une « dissolution de l’ego »
    – Un sentiment d’unité cosmique
    – La disparition du sens habituel du « moi »
    – Une connexion profonde avec l’environnement

    Fait intéressant : l’intensité de cette désactivation corrèle directement avec l’intensité de l’expérience mystique rapportée.

    Dans le flow

    Quand vous êtes totalement absorbé par une activité – jouer d’un instrument, pratiquer un sport, créer – le DMN se met en veille. Vous perdez la notion du temps, vous oubliez vos soucis, il n’y a plus de séparation entre « vous » et ce que vous faites. Les athlètes disent « je ne pense pas, je suis le mouvement ».

    Dans les états d’hyperconscience

    Paradoxalement, quand le DMN se tait, beaucoup de gens rapportent une conscience **plus** vive, pas moins :
    – Perception sensorielle accrue
    – Présence totale au moment présent
    – Clarté mentale exceptionnelle
    – Sentiment d’être « pleinement vivant »

    Le paradoxe : moins de « moi » = plus de conscience ?

    C’est l’un des aspects les plus fascinants : la désactivation du réseau qui génère le sentiment du « moi » ne diminue pas la conscience – elle semble parfois l’**amplifier**.

    L’hypothèse du « filtre »

    Certains neuroscientifiques, comme Aldous Huxley l’avait suggéré, pensent que le cerveau fonctionne en partie comme un **filtre réducteur**. Le DMN pourrait faire partie de ce filtre, limitant notre conscience à ce qui est pertinent pour notre survie et notre identité personnelle. Sa désactivation « ouvrirait les vannes » à une conscience plus vaste.

    L’hypothèse de l’efficacité énergétique

    Le DMN consomme énormément d’énergie – environ 20% du métabolisme cérébral alors qu’il ne représente qu’une fraction du cerveau. Quand il se tait, cette énergie peut être redistribuée vers d’autres réseaux :
    – Réseau attentionnel (perception externe)
    – Réseaux sensoriels (vue, ouïe, toucher)
    – Réseau exécutif (traitement de l’information)

    Implications cliniques

    La compréhension du DMN a des applications thérapeutiques :

    Dépression et rumination
    Les personnes dépressives ont un DMN hyperactif, coincées dans des pensées négatives sur elles-mêmes. La méditation de pleine conscience, qui désactive le DMN, s’avère efficace contre la dépression.

    Anxiété
    L’inquiétude chronique implique un DMN en suractivité (projection dans des futurs catastrophiques). Les thérapies qui calment le DMN aident à réduire l’anxiété.

    Psychothérapie assistée par psychédéliques
    La désactivation temporaire du DMN sous supervision médicale aide certains patients à « sortir » de schémas de pensée rigides (addictions, PTSD, dépression résistante).

    Le DMN est-il l’ennemi ?

    Non ! Le DMN n’est pas « mauvais ». Il est essentiel pour :
    – L’apprentissage et la consolidation de la mémoire
    – La planification et la résolution de problèmes
    – L’empathie et la théorie de l’esprit
    – La créativité (les meilleures idées viennent souvent en rêvassant)
    – La construction d’une identité cohérente

    Le problème survient quand il devient « hyperactif » et domine constamment notre expérience, nous empêchant d’être pleinement présents.

    L’équilibre idéal

    Les neurosciences suggèrent que la santé mentale optimale nécessite une **flexibilité** entre :
    – Activation du DMN (réflexion sur soi, planification)
    – Désactivation du DMN (présence, flow, conscience ouverte)

    La méditation, par exemple, ne vise pas à éteindre définitivement le DMN, mais à développer la capacité de le moduler volontairement.

    Une question philosophique profonde

    La désactivation du DMN soulève une question vertigineuse : **qui êtes-vous vraiment ?**

    Si votre sentiment du « moi » peut être désactivé (et que vous restez conscient), alors « vous » êtes-vous ce bavardage mental constant, ou êtes-vous la conscience qui peut observer ce bavardage – et son absence ?

    Beaucoup de traditions contemplatives disent que notre vraie nature est cette « conscience témoin » qui persiste quand le DMN se tait, pas l’ego narratif qu’il génère.

    1. Avatar de Delphine Queme
      Delphine Queme

      @pascal : merci pour votre commentaire très intéressant. Quand vous parlez de flow j’imagine que vous faites référence aux travaux de Csikszentmihalyi ? Sur le DMN auriez vous un livre à me recommander ?
      Je travaille actuellement à un texte où je compare le flow (tel qu’étudié par Csikszentmihalyi) et le zen tel que présenté par Eugen Herrigel dans Le zen dans l’art chevaleresque du tir à l’arc : l’idée d’être dans le process plutôt que de viser un résultat (diminution de l’ego etc .).

      1. Avatar de Garorock
        Garorock

        Mihaly Csikszentmihalyi, l’une des figures de
        proue du courant de la « psychologie positive », a
        quitté sa Hongrie natale au début des années 1950.
        Après avoir enseigné à l’université de Chicago
        pendant trente ans et dirigé le département de
        psychologie, il est aujourd’hui professeur au Claremont College, en Californie. Il est l’auteur de
        plusieurs ouvrages parus chez Robert Laffont :
        Vivre: la psychologie du bonheur (2004), Mieux
        vivre en maîtrisant votre énergie vitale (2005) et
        La créativité: psychologie de la découverte et de l’invention (2006).

        Quelle coincidence!
        Vous reprendrez bien un peu d’huile essentielle avec votre salade de chacras?
        😎

    2. Avatar de toutvabien
      toutvabien

      Dé-coïncider n’est pas multiplier les écarts, mais savoir où s’arrêter. Toute relance continue de la variation finit par dissoudre ce qui cherchait à prendre forme. L’incertitude n’est pas un espace à parcourir indéfiniment, mais une pression à supporter, une contrainte active qui engage le corps autant que l’esprit.

      L’IA, extension d’un esprit sans corps, produit des déplacements rapides et brillants, mais ignore la nécessité qui naît de la résistance du monde. Elle ne connaît ni le lieu qui regarde, ni la fatigue qui décide, ni le silence qui oblige. Elle dé-coïncide par excès de mobilité, là où l’art dé-coïncide par retenue. En ce sens, elle agit comme un fragment de conscience abstraite : identité sans corps, conscience sans poids, capable de relancer l’activité mais tendant, lorsqu’elle s’installe, à alléger l’effort même de penser et à lisser les formes qu’elle prétend ouvrir.

      Ce glissement n’est pas seulement conceptuel : tout indique qu’un soutien continu de ce type déplace l’activité cognitive hors de la zone de tension où se forment l’attention, la mémoire et la décision, au profit d’une circulation fluide mais appauvrie. L’écart, alors, cesse d’être éprouvé ; il devient disponible, reproductible, sans coût. La pensée ne se heurte plus, elle transite.

      Son usage critique ne vaut donc qu’à être bref, asymétrique, immédiatement reconduit vers ce qui ne se calcule pas : le poids d’une langue, l’inscription biologique d’une expérience, l’opacité d’un geste encore sans forme. Au-delà, l’écart devient bavard, et la pensée se disperse dans une mobilité sans gravité. Que cette extension non incarnée concentre déjà des pouvoirs — d’organisation, de modulation, d’attention — impose une vigilance accrue : car ce qui se présente comme ouverture peut tout aussi bien opérer comme dilution.

      La dé-coïncidence véritable n’accumule pas des possibles : elle coupe, elle ralentit, elle laisse subsister ce qui résiste.

      1. Avatar de Delphine Queme
        Delphine Queme

        @toutvabien : je suis d’accord sur l’usage critique de la dé-coïncidence.

  4. Avatar de arkao

    Pour être plus exhaustif sur les rapports entre peinture, sculpture et photographie je rappelle l’existence d’un mouvement hyperréaliste né dans les années 60 en réaction à l’abstraction:
    https://revuedada.fr/10-oeuvres-hyperrealistes-a-sen-frotter-les-yeux/
    https://jamaissansmacravate.fr/lartiste-du-mois-le-sculpteur-ron-mueck/

  5. Avatar de Jean
    Jean

    @Delphine Queme
    Pour faire un lien avec les posts de l’article précédent, puis-je vous dire que ce qui me frappe et m’inquiète un peu dans vos photographies, c’est justement la disparition de l’humain et du vivant au profit du rien, du néant. Une sorte de nihilisme se dégage de ces images qui reflètent assez bien ce qui se passe aujourd’hui et sans doute le devenir de notre société (à ce sujet, on lira Emmanuel Todd et Éric Sadin). À votre insu peut-être, vos photographies seraient alors prémonitoires de ce qui nous attend. C’est en cela que les artistes sont indispensables même si bien souvent, ils ne sont pas conscients de ce qu’ils annoncent. En fait, comme le font ChatGPT et les IA génératives, vous nous faites voir l’éviction des hommes et des femmes de leur milieu, de leur travail, d’un monde qui était le leur, ce qui n’est pas sans poser quelques questions à l’anthropologue…

    1. Avatar de bb
      bb

      @Delphine Queme

      En réalité, vous n’êtes qu’un casse‑pieds.
      Un troll, comme l’écrit très justement M. Jorion.

      1. Avatar de bb
        bb

        @Delphine Queme

        Ce dernier message ne vous était évidemment pas adressé… pardonnez-moi.

    2. Avatar de Delphine Queme
      Delphine Queme

      @jean : merci pour votre analyse de ma photographie. Vous voyez le nihilisme et la disparition de l’humain quand je vois de l’espace et de la tranquillité. Hopper peignait des personnages qui étaient là mais semblaient tous très seuls. Je ne sais pas ce que je fais quand je photographie et c’est très bien comme ça. Je ne pense pas que l’on puisse concevoir ex ante une oeuvre d’art. Par contre on peut constater, a posteriori, que l’on a répondu à un désir inconscient, d’où, souvent, la cohérence d’une oeuvre sur une vie.

  6. Avatar de toutvabien
    toutvabien

    Les utilisateurs d’IA seraient débiles ou comment j’écris un roman
    https://tcrouzet.substack.com/p/les-utilisateurs-dia-seraient-debiles

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