Pollution et méga-machines

Illustration par ChatGPT

Prenons comme base approximative :

  • un citoyen européen « ordinaire » : autour de 5 tonnes de CO₂ par an ;
  • un Américain moyen : autour de 14 tonnes ;
  • un habitant très pauvre : souvent moins de 1 tonne.

Avec cette base :

  • Le United States Department of Defense (Pentagone + armées américaines) produit approximativement autant de CO₂ que :
    • 8 à 10 millions d’Européens ordinaires, ou
    • 3 à 4 millions d’Américains moyens.

Autrement dit : l’appareil militaire américain équivaut à un pays de taille moyenne.

Quelques exemples industriels :

  • Une très grosse centrale à charbon comme Taichung Power Plant a pu émettre à certaines périodes autant que :
    • 5 à 6 millions de citoyens européens.

Une seule centrale.

  • Le secteur mondial du ciment équivaut à :
    • environ 400 millions d’Européens moyens.

Pourquoi ? Parce que fabriquer du ciment libère chimiquement du CO₂ même indépendamment de l’énergie utilisée.

  • Le secteur mondial de l’acier :
    • équivaut à environ 500 à 700 millions d’Européens.
  • Le transport maritime mondial :
    • représente grosso modo les émissions combinées de plusieurs centaines de millions de personnes.

Et là on découvre quelque chose d’important : quelques dizaines de milliers d’objets techniques géants (navires, hauts-fourneaux, cimenteries, raffineries, avions militaires, centrales) pèsent autant que des centaines de millions de vies ordinaires.

Prenons maintenant des cas extrêmes de pollution locale.

Le complexe métallurgique Nornickel à Norilsk :

  • rejetait tellement de dioxyde de soufre que certaines estimations le comparaient aux émissions d’un grand pays industrialisé entier pour ce polluant particulier.

Autrement dit : une seule ville-usine pouvait rivaliser avec des dizaines de millions de personnes.

On peut aussi comparer avec l’aviation militaire :

  • un seul vol long d’un bombardier stratégique peut consommer autant de carburant qu’un automobiliste moyen en plusieurs années ;
  • un porte-avions et son groupe naval peuvent brûler quotidiennement autant de carburant qu’une petite ville.

Et c’est là qu’apparaît l’effet d’optique du débat écologique contemporain :

si vous regardez individuellement :

  • votre voiture,
  • votre chauffage,
  • votre steak,
  • vos sacs plastiques,

vous voyez des petites unités morales.

Mais si vous regardez le système physique réel :

  • armées,
  • ciment,
  • acier,
  • pétrochimie,
  • transport maritime,
  • aviation,
  • data centers,
  • crypto-minage,
  • guerre,

vous voyez des concentrations gigantesques.

Le système économique moderne fonctionne essentiellement grâce à ces énormes machines thermodynamiques.

Et c’est pourquoi les États hésitent énormément à les contraindre :

  • parce qu’elles produisent la puissance militaire,
  • la croissance,
  • l’emploi,
  • l’indépendance stratégique,
  • et parfois la stabilité politique elle-même.

Il existe donc une dissymétrie permanente :
on responsabilise facilement les individus parce qu’ils sont politiquement faibles ; on agit beaucoup plus prudemment envers les infrastructures lourdes parce qu’elles soutiennent la structure même du pouvoir économique et géopolitique.

En prenant un humain moyen mondial comme unité, soit environ 6,5 tonnes CO₂e/an — 53 milliards de tonnes mondiales divisées par ~8,2 milliards d’humains — on obtient ceci.

Bloc

Équivalent en “humains moyens mondiaux”

Armées mondiales

~450 millions d’humains

Ciment

~370 millions

Acier

~430 millions

Chimie / pétrochimie

~200 à 280 millions

Transport maritime

~115 millions

Aviation civile

~145 millions

Data centers + réseaux

~50 millions

Bitcoin / crypto-minage

~10 à 20 millions

Guerre d’Ukraine, moyenne annuelle récente

~10 à 15 millions

Total approximatif : 1,8 à 1,9 milliard d’humains moyens mondiaux.

Mais si l’on utilise comme unité non pas l’humain mondial moyen, mais le citoyen français / européen moyen direct, autour de 5 tonnes/an, cela donne plutôt 2,5 à 3 milliards de personnes.

Donc le résultat n’est pas « XX fois la population mondiale ». C’est plutôt : ces blocs industriels, militaires et logistiques représentent à eux seuls l’équivalent d’environ un quart à un tiers de l’humanité actuelle.

Donc nous ne polluons pas seulement comme individus-consommateurs ; nous polluons comme membres d’une espèce ayant construit un appareil technique collectif — armées, ciment, acier, chimie, transport, informatique, guerre. Le sujet réel n’est donc pas seulement « le comportement individuel », mais l’espèce humaine organisée en méga-machines industrielles et géopolitiques.

(ChatGPT)

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Une réponse à “Pollution et méga-machines

  1. Avatar de Ruiz
    Ruiz

    Les déplacements de population d’un pays pauvre vers un pays plus favorisé apportent une contribution à cet accroissement comme l’immigration en Europe depuis l’Afrique qui multiplie le fardeau climatique individuel par 5 ou le départ d’européens aux États-Unis qui multiplie (et à un plus haut niveau) ce fardeau individuel par presque 3 (5 À 14).

    Un jeune européen qui va poursuivre sa carrière aux États-Unis est alors deux fois plus impactant qu’un migrant qui traverse la méditerranée.

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