LE BRÉSIL PLONGE DANS L’INCONNU, par François Leclerc

Billet invité.

Le jeu de massacre continue au Brésil avec l’ouverture par la Cour suprême d’une enquête pour « obstruction à la justice » visant le président par intérim Michel Temer. Celui-ci s’est faute de mieux déclaré « victime d’un complot », tandis que les rues des grandes villes du pays retentissaient du slogan « Fora Temer ! » (Dehors Temer).

La décapitation du monde politique pour fait de corruption se poursuit de manière hallucinante, n’épargnant personne en son sein. L’arrestation du sénateur Aécio Neves, candidat potentiel du PSDB à la présidence après avoir été battu lors des précédentes élections par Dilma Rousseff, a été demandée par le procureur général et des perquisitions ont été opérées dans ses propriétés. Son mandat a été suspendu par la Cour Suprême.

Il avait été secrètement enregistré par Joesley Batista, dirigeant du groupe JBS-Friboi, géant de l’agroalimentaire qui contrôle le marché de la viande, l’une des principales exportations du pays, en train de lui demander deux millions de réals (570.000 euros). Michel Temer l’avait également rencontré, et avait été pareillement enregistré, pour l’inciter à poursuivre le versement de pots de vin à Eduardo Cunha, le tombeur de Dilma Rousseff et ancien président de la Chambre des députés actuellement en prison pour corruption, afin d’acheter son silence. La chaîne de télévision O Globo en a fait ses choux gras en diffusant l’enregistrement et tout le pays en a profité.

Michel Temer va-t-il pouvoir longtemps résister ? Il ne bénéficie d’aucun soutien populaire et pourrait vite perdre celui des milieux d’affaires qu’il a courtisés avec des réformes libérales dans un pays durement touché par une crise économique et sociale, la bourse ayant très mal réagi. Une procédure d’impeachment n’est pas la plus probable, car le pays ne supportera pas la longueur de la procédure dans l’état où il est, et Michel Temer a proclamé qu’il ne renoncera pas. Mais il est dans l’attente d’un jugement du Tribunal supérieur électoral, qui doit décider si Dilma Rousseff et lui-même ont abusé de leurs pouvoirs pendant la campagne présidentielle de 2014. S’il est reconnu coupable, il sera déchu de ses fonctions et deviendra inéligible. Ce pourrait être une issue.

Les présidents de la Chambre des députés et du Sénat, successeurs constitutionnels de Michel Temer faute de vice-président, sont tous deux cités dans le scandale Petrobras et pourraient être écartés par la Cour suprême. Une élection par un Congrès discrédité sera alors nécessaire, à moins que la campagne en faveur d’élections directes, à l’avantage d’un Lula toujours aussi populaire, finisse par imposer cette issue. La bataille politique que ce dernier a engagé pour revenir au pouvoir donne lieu à une véritable course contre la montre : il pourrait être empêché de se présenter, si son audition pour faits de corruption par le juge Sergio Moro a entre-temps des suites.

Quoi qu’il en soit, le nouveau président que le Brésil finira par se donner aura à définir d’urgence une politique économique et sociale novatrice. Le Brésil subit frontalement le choc de la décélération de l’économie chinoise et ses exportations ont sévèrement chuté. C’est la fin d’un dangereux modèle de développement du temps de la mondialisation flamboyante dont Lula a profité sans le changer lorsqu’il était au pouvoir.

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