Thomas Piketty, présentez-vous aux présidentielles de 2017 !

La pétition sur Change.org : Thomas Piketty, présentez-vous aux présidentielles de 2017 !

Les versions de l’appel

Paul Jorion

La politique est bloquée parce que seuls des gens avides de pouvoir se lancent en politique. Le bien, l’intérêt général, n’ont pour eux aucune importance : leur seul souci une fois élus ou nommés est de se maintenir au pouvoir.

Seuls agiront pour le bien de tous, ceux que le pouvoir n’intéresse pas. Thomas Piketty – connu internationalement pour son livre Le capital au XXIe siècle, décrivant l’incroyable concentration des richesses qui bloque nos sociétés aujourd’hui, dit : « Je n’ai pas vocation à être candidat à la présidentielle ! » Il dit vrai. Et c’est pour cela précisément qu’il fera un excellent candidat et un excellent président des Français !

Convainquons-le de poser sa candidature aux présidentielles de 2017 !

Michel Leis

L’exercice de l’élection présidentielle relève de deux logiques successives. Dans une première étape, la logique à l’œuvre est celle de la sélection, entre désignation des candidats par les partis ou les citoyens et un premier tour par élimination. Dans une deuxième phase, on est dans une logique plébiscitaire (ou censitaire, comme en 2002) pour un candidat et un programme.

La date des élections présidentielles 2017 n’est pas encore fixée, mais une chose est certaine, il faudra être en ordre de bataille début 2017 pour entamer une campagne qui s’annonce difficile.

À l’extrême-droite, les choses sont claires, le fonctionnement dynastique rend inutile un processus de sélection. Marine le Pen est déjà en campagne pour les présidentielles, ce qui lui donne une longueur d’avance. Son discours d’exclusion et de retour aux valeurs les plus traditionnelles apparaît comme une rupture. Sauf dérapage, qu’il est vain d’espérer à ce stade, Marine le Pen devrait passer la sélection du premier tour. Dans une telle configuration, la logique à l’œuvre pour le second tour pourrait devenir censitaire, ce qui a le don d’aiguiser les appétits.

Pour les partis de pouvoir, les choses sont claires aussi. Les Républicains ont des primaires et des candidats. À l’issue d’un combat qui s’annonce fratricide, l’un des candidats sera le vainqueur et sera en partie lié par les surenchères libérales et sécuritaires auxquelles ne manqueront pas de se livrer les frères ennemis. On ne peut douter que l’actuel Parti Socialise aura aussi un candidat pour le représenter. Tout l’enjeu pour le Président au pouvoir est d’éliminer ses rivaux, voire d’éviter les primaires, en s’appuyant sur la pseudo-légitimité que lui confère la fonction. Ne pouvant s’appuyer sur un bilan, l’exercice risque d’être difficile. Quant aux programmes pour les partis de pouvoir, ils ne sont là qu’à titre décoratif, cela fait longtemps que la gestion des circonstances a remplacé la vision.

Telle que les choses se présentent, on s’oriente donc vers une configuration où deux candidats vont s’étriper dans une bataille sanglante pour être le finaliste face à Marine le Pen. Cette configuration a un avantage pour les partis au pouvoir : elle crée l’illusion d’une opposition frontale là où les différences de fond sont aujourd’hui minimes.

L’affrontement qui s’annonce ne représente pas une partie des Français. Seule, la présence d’un candidat portant les valeurs de la gauche et ayant des chances pour le second tour respecterait vraiment la démocratie. C’est dans ce sens que j’interprète le succès des différentes initiatives en vue d’organiser une primaire à gauche : 67% des sympathisants de la gauche sont favorables à une telle initiative.

Sauf que… un tel processus de primaire sans candidat déclaré est une pure vue de l’esprit. D’aucuns se sentent légitimes à se présenter, hors processus de sélection préalable, au prétexte qu’ils ont un parti derrière. D’autres hésitent à y aller, entre la tentation de s’affranchir des partis qu’ils représentent pour une désignation directe, et l’envie d’asseoir leur légitimité sur une sélection interne aux partis. Tout cela sent le calcul politicien, où l’affirmation du pouvoir au sein du parti compte autant, sinon plus que la perspective d’une gauche ressuscitée présente au second tour. Les partisans des différentes initiatives se jettent des anathèmes. Comme souvent à gauche, le débat sur la méthode prime le débat sur les objectifs.

Il faut donc un ou des candidats. Ceux-ci doivent remplir un certain nombre de conditions pour être crédibles et visibles dans la vraie bataille, celle pour les présidentielles de 2017.

C’est une tautologie de dire qu’Ils doivent porter des valeurs de gauche en toute circonstance, reste qu’à la marge de certains discours, l’ambiguïté subsiste.

* Ils doivent avoir une grande notoriété, garantissant leur visibilité sur la scène médiatique. Il n’est plus temps de faire émerger un candidat à partir de rien.

* Ils doivent avoir un ou deux domaines d’expertise dans lesquels ce sera à leurs concurrents de remonter le handicap, c’est l’une des meilleures armes que nous ayons face à un discours gestionnaire.

* Dans le même temps, leur ouverture d’esprit doit permettre d’élargir le débat au-delà de leur spécialité et de tenir un discours global, qui sera déterminant s’ils parviennent au second tour.

* La gauche ne peut faire l’économie d’un programme, Paul Jorion a écrit : « un programme est quelque chose qu’une personne est capable ou non d’appliquer, autrement dit de s’y tenir (…) Ce qui veut dire que je mets ma confiance davantage en des personnes que dans des programmes », il nous faut avoir la conviction profonde que le candidat retenu soit cette personne. Quelle que soit la sympathie que nous pouvons éprouver pour telle ou telle figure emblématique de la gauche, cela discrédite tous ceux qui ont fait des passages dans les gouvernements successifs et qui ont tenu leur place à coup de renoncements, leur départ ne leur donne pas pour autant une virginité en la matière.

* De la même manière, les candidats ne peuvent avoir des objectifs de pouvoir propre aux organisations dont ils se réclament. Le seul enjeu doit être de faire campagne pour atteindre le second tour, même si l’on part avec un lourd handicap.

De toutes les personnalités ayant signé l’appel à une primaire à gauche, Thomas Piketty nous semble être le seul à même de remplir toutes ces conditions. Son expertise est reconnue, sa visibilité médiatique certaine, son discours sur les inégalités et ses travaux sur les réformes fiscales le rattachent indubitablement à la gauche. Enfin, aucun enjeu de pouvoir extérieur ne viendrait polluer son engagement dans cette bataille. Nous avons la conviction qu’il est à même de mettre en œuvre un programme conforme à sa campagne.

Si d’autres personnalités pensent remplir ces conditions et veulent y aller qu’ils se manifestent, mais vite. Il sera alors temps de réanimer un processus de primaire, qui gagnera en qualité et en crédibilité une fois que des candidats se seront manifestés.

Pierre Sarton du Jonchay

Neuf ans après l’effondrement des subprimes, les institutions et le système politiques sont visiblement anéantis par la spéculation financière et l’inflation incontrôlables des dettes. Le pouvoir politique est liquéfié. Le discours politique ne renvoie plus à des réalités intelligibles aux citoyens. Le personnel politique professionnalisé gesticule dans l’espace médiatique pour masquer le chaos de son impuissance systémique.

La responsabilité politique est réduite à des variables aléatoires dans les algorithmes financiers générateurs de la liquidité monétaire. Les prix en monnaie ne signifient plus les besoins humains. Contre le délire totalitaire de l’idéologie du capital libre, Thomas Piketty rappelle aux politiques hallucinés que la comptabilité du capital ne renvoie à aucune réalité humainement mesurable si le prix de la loi, du droit et de la justice n’est pas systématisé dans une fiscalité publique du capital et de la valeur ajoutée.

Dix ans après le début de l’auto-anéantissement de l’humanité par la mondialisation libérale du capital anarchique, l’élection présidentielle française offre une option de retournement historique. Cette élection est l’équivalent des États Généraux de 1789 qui auraient pu éviter à la fin de l’ancien régime la terreur de 93 et les guerres impériales. La prochaine présidentielle française est une fenêtre de retournement systémique : la restauration de l’État de droit en France et en Europe pour remettre la liberté du capital au service de l’économie réelle des vraies gens, des sociétés et des nations fédérées.

Force est de constater à quatorze mois de l’élection et malgré la profondeur abyssale de la déflation mondiale, que l’encéphalogramme des professionnels de la politique est parfaitement plat sur le sujet de la régulation du capital et du crédit par la monnaie et la fiscalité. Si les citoyens de chair et d’os ne reprennent pas la main sur leurs réalités politiques, les institutions politiques actuellement en place n’ont aucune faculté de résistance à la féodalisation financière et au servage consumériste. De surcroit, le consumérisme libéral se révèle désormais absolument incompatible avec la préservation du milieu naturel et du genre humain.

La promotion d’une possibilité de candidature de Thomas Piketty à l’élection présidentielle est l’un des rares leviers dont les citoyens français disposent pour ramener la logique politique à ses finalités réelles, pour organiser à leur bénéfice possible le nouveau monde en gestation. Le défi absolument inédit des électeurs du prochain Président de la République Française est de remettre le système économique au service de leur propre vie dans la démocratie.