L’actualité de la crise: une addition dans les moyens, ni des uns ni des autres, par François Leclerc

Billet invité.

UNE ADDITION DANS LES MOYENS, NI DES UNS NI DES AUTRES

La nouvelle est tombée, non pas à l’heure du laitier, mais en pleine nuit de Noël. Le gouvernement américain a accordé une garantie financière illimitées pour leurs pertes actuelles et futures à ses deux Governement-sponsored entreprises (GSE), Fannie Mae et Freddie Mac, déjà nationalisées de fait. Cette garantie est valable pour les trois prochaines années, alors que celle qui était en vigueur venait à échéance le 31 décembre et était plafonnée à 200 milliards de dollars pour chacune des deux GSE. A ce jour, 111 milliards de dollars ont été utilisés, à elles deux. Mais il fallait visiblement prévoir beaucoup plus large.

Le marché immobilier américain reste en effet un grand malade. Les saisies se poursuivent à un rythme très soutenu, le volume des transactions y est très faible, la construction est très ralentie. Les programmes de soutien gouvernementaux aux emprunteurs fonctionnent fort mal, les banques tirant la patte. Or, les deux GSE garantissent plus de 40% des encours de prêts immobiliers du marché américain et, à ce titre, portent à bout de bras celui-ci. Leur rôle est central, il vient d’être réaffirmé, faisant d’elles un élèment essentiel d’un dispositif dont la philosophie est simple : cela va empirer et il faut gagner du temps en jouant au mieux sur les leviers dont on dispose !

Cette nouvelle décision de l’administration Obama pourrait cependant se révéler extrêmement onéreuse pour les finances publiques américaines, car nul ne connaît les proportions que pourrait prendre l’hémorragie, qui n’est pas arrêtée. Elle remet à leur juste place, c’est à dire dans le tiroir du bas, les recommandations du FMI et de l’OCDE, qui ont toutes les deux dernièrement encore beaucoup insisté sur la nécessité de préparer, mais pour plus tard, de solides plans de … résorption des déficits ! Les Américains n’en montrent pas vraiment la voie.

Nous reviendrons très prochainement sur cette question du déficit public dans les pays occidentaux, et sur la manière dont il va falloir se résoudre à l’aborder, en jetant au passage aux orties l’orthodoxie. Les Etats-Unis, avec cette annonce, s’y engagent. Car il est clair que les gouvernements vont devoir encore se faire violence, à nouveau amenés à aller plus loin qu’ils ne souhaiteraient le faire en terme de remises en question. Le débat qui pourrait être mené sur la dose d’optimisme ou de pessimisme qu’il est nécessaire d’avoir, pour comprendre au mieux ce qui nous attend, et ce que nous pouvons faire, se posera alors différemment d’aujourd’hui. De nouvelles ouvertures, voire des brisures, pourraient resurgir dans l’establishment – ou être même suscitées – après celles qu’ont déjà représentés les débats sur les établissements financiers Too big to fail ainsi que sur la taxation des transactions financières.

Dans l’immédiat, il est un autre aspect du nouveau plan de sauvetage des deux GSE qui doit être souligné, et qui l’éclaire plus particulièrement. Le Trésor a en effet également décidé de modifier les restrictions auxquels les deux organismes de refinancement hypothécaire étaient jusqu’alors assujettis en matière de détention de prêts hypothécaires. Sans entrer dans les détails, cela signifie, de fait, qu’ils vont pouvoir augmenter leur portefeuille au lieu d’être dans l’obligation de le réduire. On croit donc comprendre, par voie de conséquence, que les banques vont bénéficier d’une nouvelle vague d’achats de leurs prêts hypothécaires calamiteux, et que c’est le Trésor qui prendra le relais de la Fed pour financer en dernier recours l’opération. Car cette dernière a annoncé clore au 31 mars prochain son programme dédié à ces achats, après avoir procédé à des acquisitions pour un montant s’élevant à la modique somme de 1.425 milliards de dollars de titres de dette. L’administration Obama, placée devant la perspective d’une année 2010 très difficile pour le marché de la dette hypothécaire, avait besoin d’un relais de financement, que le Trésor lui fournit. Une garantie publique succède aux achats, la Fed pouvant ainsi mieux contrôler l’irrésistible et inquiétante croissance de son bilan résultant de sa création monétaire soutenue. On continue à jouer au jeu du mistigri.

On en vient à la logique profonde de ce nouveau plan : il a pour effet d’octroyer une garantie publique à de nouvelles acquisitions, par les deux GSE, de titres de dettes aux banques, afin d’en délester ces dernières. Fannie Mae et Freddie Mac deviennent ainsi, mais sans le dire et sans leur en donner le nom, deux énormes bad banks… Cette issue dont on parle depuis le début de la crise, à laquelle il apparaît de plus en plus difficile de se dérober, mais qui n’offre qu’un nouveau répit.

Le gouvernement américain continue plus que jamais à financer sur fonds publics le système financier, sans contreparties immédiates, sans garanties véritables pour l’avenir. Les mégabanques paradent en remboursant les fonds du TARP mais elles continuent de bénéficier de soutiens décisifs. Ceux-ci empruntent des voies plus tortueuses, afin d’éluder la réponse à une simple question : qui va payer cette addition, qui se présente comme étant si lourde qu’elle n’est dans les moyens ni des uns, ni des autres ?

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26 réflexions sur « L’actualité de la crise: une addition dans les moyens, ni des uns ni des autres, par François Leclerc »

  1. Comment le Trésor peut-il s’engager sur des montants de cette hauteur sans autorisation de la Chambre des Représentants et du Congrès ?

    1. La loi initiale, adoptée en septembre 2008, accordait jusqu’à la fin de l’année le droit pour le Trésor de relever les plafonds en question sans avoir à demander l’approbation du Congrès !

  2. Le pire (peut-être…) est que Geithner est arrivé à convaincre Obama de soustraire la décision de soutien illimité des GSE à l’aval du Congrès! Geithner est un serpent, et je suis poli.

    1. Si je comprend bien, Obama est un simple pantin . . . . . car pas assez intelligent pour voir les choses qui s’en viennent, ou il fait parti de la GAMICK et la . . . . .

  3. C’était, hélàs, prévisible!
    Je vous repose la question, comment en sortir san changer le fonctionnement même de la monnaie qui décidément, sous sa forme actuelle, ne remplit presque plus sa fonction, à savoir l’allocation de crédits nouveaux auprès d’emprunteurs redevenus solvables?

  4. De gré ou de force, ce soutien est inéluctable, sauf à provoquer immédiatement le plus total credit crunch, en tout cas, tant que l’on ne change pas de système!
    Le capitalisme est ainsi fait: après une période faste depuis 1945, nous allons prendre maintenant pour trente ans de marasme, tout simplement parce qu’il n’y a pas dans le capitalisme, d’autre issue possible: trop de richesses sont concentrées en trop peu de mains!
    Toutes les reprises annoncées, ce n’est que foutaise!
    Prochaine étape: le basculement prochain de la Chine en récession!
    Ceci me semble absolument inéluctable bientôt, hélàs.
    La « sortie » de la crise, si on conserve le capitalisme tel quel, ce seront des troubles sociaux très sévères dans un proche avenir un eu partout!

  5. Quand la Fed agrandit son bilan en rachetant des actifs, est-ce une opération neutre pour le trésor américain ?

    Si c’est le cas, personne ne paiera la facture (si ce n’est les détenteurs de dollars puisque celu-ci perdra un peu plus de sa valeur mais on n’en est visiblement plus à ça près).

  6. Je suppose que les Républicains qui ont provoqué cet imbroglio financier et immobilier ne peuvent qu’apporter leur soutien à ce Plan « Démocrate ».?

  7. Pour ceux que les fêtes indisposent, au choix :

    – passage sous silence
    – trou normand

    Tout d’un coup =>

    Bernard Madoff hospitalisé pour de multiples fractures

    L’escroc américain Bernard Madoff a été hospitalisé en fin de semaine dernière pour des fractures faciales, des côtes cassées et un collapsus pulmonaire, rapporte, jeudi 24 décembre, une chaîne de télévision locale de Caroline du Nord, où l’ancienne coqueluche de Wall Street purge une peine de cent cinquante ans de prison.

    D’après des sources anonymes citées par la station, ces blessures sont fréquemment le résultat d’une agression. Une information démentie par l’administration pénitentiaire

    source : lemonde.fr

    Joyeux noël Bernard !

  8. la question de la dette est un faux probleme ,prenons l’exemple de la sncf à ses débuts :

    c’était en fait une multitude de petites sociétés implantées régionalement à intégration verticale (en gros il y avait une synergie entre les entreprises sidérurgiques ,le btp ,la distribution etc ) .ces entreprises ont levé des fonds par émission d’actions mais ces parts etaient sensées etre rentables en fait elles n’ont jamais créé de dividendes : les ptites entreprises se faisant racheter ou déposant le bilan .au fure et à mesure de la sédimentation ,c’est devenu national ,et la sncf trimballe encore maintenant des dettes datant de 1880 …

    par un tour de passe-passe la sncf a découpé ses activités en filiales (un chiffre d’affaires consolidé paraissant toujours meilleur) et reporté la dette sur RFdF (réseau ferré de france) qui traite principalement avec les regions ,donc l’état :

    on dilue la dette en la reportant de proche en proche ,ça ressemblerait à une tva « négative qui est encapsulée dans chaque transaction et qui se répercute sur le consommateur final .

    la dette financiere infinie dévalue indéfiniment l’individu : la réalité n’étant pas asymptotique ,les individus ne tendent pas vers zéro ,ils meurent :cette guerre économique auto-immune ne pouvant s’arreter .

    l’annulation des dettes est la seule solution .

    1. « l’annulation des dettes est la seule solution . »

      Sans etre un genie de l’economie, je ne vois plus que cette solution.

      J’ai la conviction que nous sommes allé trop loin, le pointdenon retour etant franchis dans la maitrise de la machine infernale de la dette publique.

    2. « Annulation de la dette est la seule solution »

      Les banques ont des dettes vis à vis des épargnants-clients.

      Cela implique la disparition de votre épargne et même de votre salaire qui vient d’être versé sur votre compte de dépôt.

      Il faut donc d’abord dissocier les banques de détail (dépôt) et les banques d’investissement. Les banques de détail verront leurs actionnaires solidairements responsables des dépôts.
      Les banques d’investissement, peuvent elles se planter, cela ne concernera que les actionnaires.

  9. les républicains sont encore plus aveugles que les démocrates dans cette affaire, sans dout!
    Mais on constate surtout un désarroi général!
    Rassurez-vous, le mistigri est au Trésor, il repassera en plus à nouveau par la case Fed, simplement parce que le Trésor seul n’aura pas les moyens d’agir.
    La capacité fiscale, le PIB américain même n’y suffit plus!
    Aussi, l Fed devra agir, sinon, ce sera la faillite générale … qui viendra sans doute quand même!
    Qui est déjà là d’une certaine façon

  10. Comme le dit François
    « çà va empirer et il faut gagner du temps »
    Le mistigri sera repassé aux génération suivantes.
    Et naturellement afin de s’assurer de l’efficacité des cadres:
    Plus tôt dans la journée, l’agence fédérale du financement du logement (FHFA) avait autorisé le relèvement des plafonds de salaires fixés pour les cinq plus hauts dirigeants des deux organismes de refinancement. Ces dirigeants pourront toucher pour l’exercice 2009 plusieurs millions de dollars par an en salaire de base, primes et salaires différés. La FHFA explique que ces niveaux de salaires ont été fixés pour que ces entreprises soient « en mesure d’attirer et de conserver des employés talentueux ». Elle ajoute toutefois que ces rémunérations représentent « une baisse de 40 % par rapport à leur niveau d’avant la mise sous tutelle par le gouvernement ».
    Le Monde
    http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2009/12/24/le-tresor-americain-comblera-toutes-les-pertes-de-freddie-mac-et-fannie-mae-jusqu-en-2012_1284792_3222.html

  11. N’y avait-il pas eu aussi en catimini, lors du G20, une réforme des règles comptables ? Je n’avais pas trop suivi à cette époque. Monsieur Leclerc, pouvez vous nous rappeler ce qui s’était passé. Merci

  12. La dévaluation rampante du dollar n’est-elle pas tentante pour amortir la dette et mettre a mal un concurrent chinois?

    1. Les Chinois accrochant leur monnaie au dollar, ils bénéficieront d’un avantage accru pour leurs exportations. Les dindons de la farce seraient alors « les autres » (Japon, Europe, BRIC…) qui devraient pour leur propre bien mettre à bas l’étalon dollar, si je puis dire.

  13. oui, à votre avis, qui va payer cette addition, cette addiction aux fonds publics ?
    peut-être Dieu, ou le diable…
    (content de voir François Leclerc sur les rails de l’éclaircissement altruiste)

  14. 26.12.2009
    Je trouve la presse financière étrangement silencieuse au sujet de l’affaire du plafond illimité d’endettement de Fannie Mae et Freddie Mac si généreusement accordé par l’administration Obama. Les rondeurs du bienveillant père Noël ont-elles servi à masquer les Scrooges rapaces? Ou la tempête de neige? Ou encore la découverte d’un terroriste nigérian à bord d’un avion d’American Airlines? Noël: un espace de modélisation servant à faire oublier la réalité empirique, pourtant si prégnante?

  15. Je ne sais pas si vous connaissez l’histoire de l’éruption de la Montagne Pelée en 1902, d’après l’excellente émission « Cendres Fertiles », Fr C ? Tout le monde savait qu’il allait y avoir une éruption, les signes étaient inquiétants, et pourtant on n’a pas évacué parce qu’il y avait des élections, le 11 mai. Résultat, une ville de 40000 habitants rayée de la carte.

    Je ne retrouve pas le texte de cette émission, pourtant excellent. Se terminant par : car elle est épaisse, l’herbe qui pousse sur le passé.

    Si l’on gère aussi bien les problèmes qu’il y a 100 ans… Non, je crois que ce sera pire.

  16. En réalité, il y a en France 4 686 900 demandeurs d’emploi.

    Demandeurs d’emploi inscrits en fin de mois à Pôle emploi :

    Catégorie A (actes positifs de recherche d’emploi, sans emploi)
    Catégorie B (actes positifs de recherche d’emploi, en activité réduite courte)
    Catégorie C (actes positifs de recherche d’emploi, en activité réduite longue)
    Catégorie D (sans actes positifs de recherche d’emploi, sans emploi)
    Catégorie E (sans actes positifs de recherche d’emploi, en emploi. Exemple : bénéficiaires de contrats aidés)

    Total A+B+C+D+E = 4 686 900 demandeurs d’emploi.

    Ce chiffre total de 4 686 900 demandeurs d’emploi est caché dans le tableau page 15 :

    http://www.travail-solidarite.gouv.fr/IMG/pdf/PI-Mensuelle-9NzR7V.pdf

    1. « Ce chiffre total de 4 686 900 demandeurs d’emploi est caché dans le tableau page 15 : »

      Si seulement il n’y avait que cela de caché pour ne pas trop déranger ceux qui mangent encore de la Dinde à Noël.
      Le régime alimentaire d’un chômeur n’est bien sur plus du tout le même que celui de nos vaines élites politiques.

      Tiens c’est bizarre les autres catégories : F – G – H – I – J – K – L – M – N – O – P – Q – R – S – U – V – W – X – Y – Z ne sont pas non plus mentionnés et comptabilisés sur ce tableau, quel grand oubli quand même, pourvu que ça dure indéfiniment à l’antenne.

      Si seulement cela concernait uniquement la France hélas cela touche de plus en plus le monde …

  17. Bien vu : tous les moyens sont bons pour soutenir les banques US. Les médias devraient titrer ainsi: « Nouveau sauvetage des banques :l’état rachète les produits toxiques avec l’argent des contribuables »

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