Le vent de populisme qui agite l’Amérique

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Le mot qui revient le plus souvent dans les articles consacrés aux États-Unis aux événements de ces derniers jours est celui de « populisme » : un vent de fronde populiste agite désormais le camp démocrate et le Président lui-même semble pris depuis jeudi d’une danse de Saint-Guy populiste.

Jusqu’à la semaine dernière, le populisme était l’apanage de l’opposition au Président et avait pris la forme originale du mouvement « Tea Party », un courant venu de nulle part mais focalisé dans son opposition à « Washington », à la machine d’État et à son ingérence réelle ou simplement imaginaire dans les affaires des familles. On disait alors que ce vent de populisme, apparu essentiellement parmi les « indépendants », s’il était certainement une épine dans le pied des démocrates, n’était pas pour autant l’allié du parti républicain qu’il pouvait tout aussi bien déchirer par le milieu.

Pour être électeur aux États-Unis, il faut prendre l’initiative de s’inscrire sur les registres électoraux et, lorsqu’on entreprend cette démarche, il faut se déclarer « démocrate », « républicain » ou « indépendant ». L’affiliation a priori dans un camp où dans l’autre vous donne le droit de participer aux élections primaires du parti dont vous vous réclamez lors des campagnes présidentielles. Ces primaires opèrent au sein d’un parti le tri parmi ceux qui envisagent une candidature à la présidence. Dans la plupart des États de l’Union, seuls les électeurs du parti en question ont le droit de prendre part aux primaires, dans certains autres, tous sont admis, encourageant les « ennemis » à voter de manière à handicaper le candidat qui leur semble le plus dangereux pour leur propre camp.

Les indépendants constituent à chaque élection une importante masse flottante et ce sont eux avant tout qu’il s’agit de séduire puisqu’on peut se désintéresser de l’électorat convaincu d’avance. Comme ils glissent selon les cas du camp démocrate au camp républicain ou inversement, on considère a priori que les indépendants sont « centristes ». Ce sont bien sûr les électeurs indépendants qui furent les premiers à lâcher un Obama incapable de concrétiser ses promesses électorales mais, phénomène plus intéressant, ils se rallièrent en masse à l’opposition populiste que représente le « Tea Party », ce mouvement informel qui s’est manifesté jusqu’ici essentiellement dans son opposition au projet d’Obama de créer aux États-Unis un régime de sécurité sociale dans le domaine de l’assurance-maladie, comme il en existe en Europe ou au Canada. Le nom « Tea Party », comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire, évoque l’un des premiers épisodes de la guerre d’indépendance américaine.

Depuis deux jours, et dans le sillage de leur ex-candidat devenu Président, ce sont les démocrates qui ont cette fois repris le flambeau du « populisme » – pour reprendre le terme que leur applique la presse américaine – et en ont fait eux aussi leur cause.

Cette variété-ci du populisme, c’est l’opposition militante à une direction du pays par Wall Street et ceci oblige à se demander s’il s’agit bien du même populisme que dans le cas du « Tea Party » qui se caractérise lui avant tout par son « libertarianisme ». Le populisme, aux yeux de la presse, c’est la mise en avant par ceux qui l’incarnent des « gens ordinaires » par opposition aux élites, lesquelles tiennent les leviers du pouvoir et imposent les décisions servant leurs intérêts, tout en ignorant la volonté du « peuple ». Dans cette perspective, est automatiquement populiste celui qui dans sa rhétorique oppose le « pays réel » au monde constitué de la classe politique, dont il considère que quel que soit le segment de la société qui l’a menée au pouvoir, elle aligne ses intérêts avec ceux de l’élite dont elle fait désormais partie. La notion de « pays réel » trouve donc un de ses principes dans le fait que le pouvoir corrompt.

On assiste donc depuis deux jours aux États-Unis au phénomène paradoxal d’un populisme se manifestant à grand bruit et ignorant les clivages que tracent traditionnellement les partis : présent non seulement parmi les électeurs indépendants où il a d’abord émergé mais également au sein des partis républicain et démocrate. Ce qui réunit ceux qui incarnent ce populisme, c’est le sentiment qu’ils partagent de l’existence d’une élite coupée des « gens ordinaires » et dirigeant le pays selon ses propres intérêts, assurée de pouvoir impunément ignorer les choix faits par les électeurs lors des consultations démocratiques. Le dégoût ressenti aujourd’hui par les électeurs américains d’un bout à l’autre de leur éventail politique n’est pas sans rappeler celui qu’a connu l’Europe quand l’impératif de mise en place d’un ordre ultralibéral supranational conduisit la classe politique à ignorer purement et simplement le vote populaire qui pourtant le rejetait, infligeant aux peuples le genre de blessures qui ne se referment bien sûr jamais. Différence importante cependant entre l’Europe et les États-Unis : c’est le chef de l’État américain qui en matière de populisme donne désormais le la.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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54 réflexions sur « Le vent de populisme qui agite l’Amérique »

  1. Paul
    En Belgique, le « pays réel » est de bien triste mémoire puisqu’il fut le fond de commerce du parti d’extrême droite REX, vers 1935, parti qui versa dans la collaboration lors de l’invasion du pays par les nazis.
    Mais le fossé entre les « élites » dirigeantes et leurs peuples est, de fait, de plus en plus profond. Je l’ai vu dans les pays arabes du Moyen-Orient où les peuples méprisent leurs dirigeants pour leur manque de solidarité avec le peuple palestinien et ce contre quelques malheureux millions de dollars. C’est vrai qu’en Europe aussi le fossé s’élargit, même si la démocratie de proximité sauve encore un peu le meubles. Le national est à la limite et l’Europe (ordre ultralibéral supranational comme vous dites) est honnie partout…
    Après un an d’alignement sur les règles de l’élite, Obama va-t-il ruer dans les brancards et surprendre positivement tous les pessimistes (dont j’avoue avoir été). J’espère (donc m’être trompé) et lui souhaite longue vie…

    1. Et oui, « Le Pays réel » était même le titre d’un torchon de Léon Degrelle. Triste époque…

      Voir aussi:
      BFM Radio, le lundi 12 octobre à 10h46

      Publié par Paul Jorion dans Economie, tags: démocratie, reprise – Editer

      Les enfants et les adultes

      Je crois que c’est Charles Maurras, le politicien d’extrême-droite vociférant, qui introduisit dans les années trente, l’expression de « pays réel » pour suggérer qu’il existait, face au pays « légal », celui que les politiciens évoquaient dans leurs discours, mais qui n’était en réalité qu’un « pays d’apparence », une opinion publique véritable mais dont il n’était jamais question, et qui restait du coup cachée. L’expression « majorité silencieuse » utilisée aux États-Unis par Richard Nixon pour se référer à ceux qui approuvaient sa politique au Vietnam, appartient à la même famille.

      C’est un très mauvais signe pour les démocraties quand l’opinion publique se met à prêter attention à des notions comme « pays réel » : cela signifie que le sentiment se répand que dans la communication officielle, la propagande l’emporte sur la diffusion de nouvelles authentiques, et qu’il existe au-delà des annonces, de réelles informations, mais qui demeurent cachées – d’intention délibérée.

    2. Bonjour,

      oui encore une crise de confiance quand le « bon peuple » se populise en politique .

      Cordialement

  2. Très étonnant cette accusation à la mode de « populisme » pour tout ce qui risque d’être populaire.

    Rappelons que le dictionnaire le Robert donne deux définitions du mot « populisme » :

    1. Une école littéraire « qui cherche, dans les romans, à dépeindre avec réalisme la vie des gens du peuple ».
    2. Le discours politique « qui s’adresse aux classes populaires, fondé sur la critique du système et de ses représentants, des élites ».

    On comprend mieux dès lors pourquoi les « élites » finissantes en question se montrent si hostiles au « populisme ».

    Enfonçons le clou en rapprochant notre réflexion d’un autre mot-repoussoir en vogue : « démagogie ».

    Si le petit Robert consent à donner en 1ère définition le sens actuel de ce terme (« Politique par laquelle on flatte, on exploite les sentiments, les réactions des masses »), il corrige en petit « 2 » :

    « état politique dans lequel la multitude commande au pouvoir ».

    Et d’illustrer par cette citation de St Exupéry : « La démagogie s’introduit quand faute de commune mesure, le principe d’égalité s’abâtardit en principe d’identité »

    On ne saurait être plus en prise avec cette réalité sournoise que prétendent nous imposer les imbéciles.

    1. Oui, il faut être prudent avec ses mots…
      En France, quand l’opinion majoritaire ne veut pas
      boire la potion amère que les gens qui s’autorisent ( (c) Coluche)
      veulent lui faire ingurgiter, on l’accuse elle et les mauvais bergers de populisme.
      « On », c’ était à l’occasion du référendum au sujet du TCE ,
      le Monde, France-Inter et Culture, des économistes, et
      surtout des partis politiques etc…
      Je n’ai pas oublié qu’ils pouvaient être violents dans la dénonciation
      et le mépris… Du reste, comme le peuple avait mal voté, on a changé
      les règle d’adoption avec l’aide de tous moyens, dont la corruption…

    1. PAD a dit « La OIL-PARTY ne serait-elle pas loin !? »

      Votre utilisation de la forme interrogative négative aboutit à une ambiguïté sémantique !
      Si je puis me permettre, vous vouliez sans doute dire « La OIL-PARTY ne serait-elle pas proche !? »
      😉

    2. Du grec sémantikos « signifié »
      Je voulais signifié par cette forme qu’elle n’aura pas lieu contrairement à la Tea-Party mais je constate que c’était prétentieux de ma part.
      je vous remercie de votre culture sémantique et de votre remarque.

  3. Très intéressant.
    J’ai lu quelque part que les républicains avaient ces derniers temps réussis le tour de force politique de rendre Obama responsable d’un certain conservatisme quant à une réforme financière, devenant ainsi le fer de lance de la contestation ‘populiste’ contre les banques des américains mais se gardant bien évidemment de tout acte qui auraient pu nuire à leurs relations étroites avec ce même monde financier.
    A partir du moment où Obama, certes sous la pression électorale (‘populiste’), a décidé de donner le ‘la’ en matière de ‘populisme’, les républicains n’apparaitront plus que pour ce qu’ils sont vraiment : des conservateurs, opposés à toute réforme sur le monde financier. Politiquement très dangereux pour ces républicains, juste avant les ‘mid-terms’ de novembre.
    Perso, je pense qu’ils n’avaient même pas envisagés qu’Obama puisse leur ‘chiper’ ce ‘la’ populiste, sûrs qu’ils étaient que le président n’oserait pas s’élever contre ceux qui l’ont financé.
    Du coup, ils redécouvrent le supplice de tantale, version remaniée : s’ils ‘s’approchent’ du vote ‘populiste’, ils s’éloignent du monde de l’argent et inversement. Le rocher au-dessus de la tête : les ‘mid-terms’.
    Obama est-il un bon stratège ? Ou Volcker un bon conseiller ?

  4. En France, « populisme » est péjoratif : le populiste renverrait au peuple ce qu’il a envie d’entendre, sans autre projet que d’accéder au pouvoir ou de s’y maintenir. Le concept contient donc l’idée que le peuple se trompe, idée qui ouvre la voie à toute les dérives que l’on observe aujourd’hui : ploutocratie, indépendance des banquiers centraux pour « protéger » le peuple des errements de ses dirigeants, autonomisation politique de la sphère financière…

    Est-ce le cas dans la culture Nord américaine ?

    1. Le populisme a ete un mouvement social et politique tres influent et tres puissant dans certains etats du midwest comme le Kansas a la fin du 19eme, debut du 20eme. Il y avait une forte composante sociale, voire syndicaliste, afin de lutter contre les trust et les gros exploitants, et je crois meme que au moins un gouverneur a ete elu sous cette etiquette… Et inutile de dire qu’effectivement c’etait tres mal vu par l’establishment… et quand on connait la violence sanglante des « labor wars » aux US a cette periode dans les regions minieres ou industrielles comme Chicago, effectivement certains avaient de quoi se faire peur. Le populisme n’a pas, d’apres mon experience, du tout la meme signification aux USA qu’en France, mais comme d’habitude, ca depend qui utilise le mot. Pour moi le populisme n’a rien de pejoratif, il n’y a que les journalistes francais qui emploient le mot a tort et a travers par inculture et illetrisme (cf. definition ci-dessus)…
      Ne pas confondre avec poujadisme …

    2. Huey Long (suite)

      La notice en anglais est plus complète et plus juste. La soi-disant collusion mafieuse n’est pas rapportée faute de faits réels, par contre les mauvaises manières de Roosevelt y figurent.

      http://en.wikipedia.org/wiki/Huey_Long
      http://www.youtube.com/watch?v=avGl7k4OGJY
      http://www.youtube.com/watch?v=_7IdgoXzi24
      http://www.youtube.com/watch?v=VIMi7fBA6e4

      La propagande contre Huey :

      http://www.youtube.com/watch?v=mdzAbxsjPRA

  5. Enfin un véritable sens et un grand espoir à partir de ce mot trop souvent utilisé à toutes les sauces :
    la cohésion des Citoyens qui se met en place au travers de ce « populisme »…
    Un compte à rebours,inévitable,est enfin né !

  6. Populisme, protectionnisme ces mots dans les articles de la presse le sont le plus souvent employés dans leur sens péjoratif. Pourtant en dehors des discours extrêmes et des blabla présidentiel dont la limite se retrouve dans la logique des propos appliqué à l’action dont le résultat en dehors des mots n’est pas à la hauteur de la réalité, on ne peut nier qu’il y a des champs d’actions.
    1/ le pouvoir en place ne peut ignorer indéfiniment la volonté de la grande majorité : le peuple sinon ce n’est plus de la démocratie mais déjà du totalitarisme.
    2/ Comme l’écrit Maurice Allais, la concurrence n’existe pas avec des pays à bas coûts et à monnaie faible, elle est biaisé d’avance, il faut donc y remédier.

  7. « l’existence d’une élite coupée des « gens ordinaires » et dirigeant le pays selon ses propres intérêts, assurée de pouvoir impunément ignorer les choix faits par les électeurs lors des consultations démocratiques ». (extrait du texte ci dessus donc nécessairement hors contexte)

    Effectivement il devient difficile de légitimer le rôle de gouvernance assuré par cette élite qui, parce qu’elle ne sert que ses propres intérêts, court à sa perte en entrainant l’ensemble de la communauté qu’elle dirige.

    La destruction, (voir le pillage) de l’économie occidentale à laquelle nous assistons depuis une décennie entrainera nécessairement une remise en cause des pouvoirs en place et une redistribution des rôles au profit de quelques uns et au détriment bien sûr de la majorité des « gens ordinaires ».

    Si nous voulons éviter de repasser par des intermèdes despotiques ou tyranniques, il me paraît nécessaire d’engager une refondation de la république française et l’application de ses règles élémentaires.

    L’usage des méthodes de propagande archaïques utilisée par nos élites me laissent pantois.
    – deux drapeaux pour un peuple
    – deux constitutions pour un peuple
    – deux fonctions pour un seul homme (gouvernance des entreprises,réforme judiciaire)
    – revoter systématiquement les lois qui ne sont pas spontanément approuvées dans le sens prévu
    – lorsqu’une décision est à prendre toujours se référer à une autorité supérieure extérieure (OMC,OMS ,OTAN … le droit divin coutait moins cher en frais de bouche)

    Détourner les règles , changer le sens des mots , rien de bien nouveau dans l’administration des peuples.

    Non, bien sûr, la seule chose qui change c’est que individuellement vous êtes le peuple, vous faites partie des gens ordinaires. Contrairement à ce que l’on voudrait vous faire croire, vous ne faites pas partie de l’élite et vous n’en ferez jamais partie.

    Vous devez prendre conscience que qui que vous soyez
    -vos droits sont inaliénables,
    -qu’il n’existera jamais de véritables lois permettant l’asservissement d’un groupe d’individus par un autre,
    -qu’il n’existera jamais de lois vous permettant d’agir en totale irresponsabilité.

    Profitez en donc pour agir concrètement au quotidien avec dignité et responsabilité et en respectant les autres
    – ne dites pas oui quand vous êtes convaincu qu’il faut dire non
    – n’agissez pas dans un sens contraire à vos convictions

    Ne laissez jamais quelqu’un diminuer sa propre responsabilité en invoquant une décision venant d’en haut.

    Une bonne décision est toujours évidente à expliquer et à appliquer à quelque échelon que ce soit.

    Bon dimanche et Bonne ANNEE 2010 à chacun d’entre vous

    2010 une bonne occasion de faire les comptes et de remettre les compteurs à zéro en toute équité bien sûr

    1. On arrive à un point de rupture : depuis plusieurs années on assiste à une crise des élites. On peut l’expliquer par le fait que la reproduction des élites n’est plus satisfaisante et que ces milieux deviennent, excusez-moi le terme, incestueux. Durant la révolution française, on a assisté à une reproduction des élites tout à fait extraordinaire. Quant on pense que les principaux protagonistes avaient entre 25 et 40 ans, c’est tout à fait surprenant. Le renouvellement des élites est une condition nécessaire à une sortie de crise.

  8. La notion de « Populisme » a pris, en France ces dernières années, une connotation péjorative, favorisant la disqualification du « peuple » au profit des »experts ». Dans le passé, cette notion pouvait avoir une connotation positive, par exemple existait un « Grand prix de la littérature populiste » qui a couronné d’excellents écrivains comme Louis Guilloux ou Jean Meckert. Il est donc dangereux de se servir de cette notion sans recul.
    Annie Collovald a mené une réflexion très intéressante sur ce sujet: « Sur le prétendu populisme du FN » (Editions du Croquant), qui contient d’ailleurs un long passage sur l’histoire de cette notion aux USA.

  9. « Et d’illustrer par cette citation de St Exupéry : « La démagogie s’introduit quand faute de commune mesure, le principe d’égalité s’abâtardit en principe d’identité » »

    C’est brillant.

  10. Tout va très bien,Madame la Marquise…
    Tout va très bien…

    Geithner-BB et Summers controlent vos biens…

    Les banques vivent très bien de l’instant trading!
    La bulle gonfle bien!
    La FDIC retrouve de l’argent!
    Le chomage progresse gentiment vers 12 ou 13%
    La dette publique est totalement hors controle

    Tout va très bien!

  11. « quel que soit le segment de la société qui l’a menée au pouvoir, elle aligne ses intérêts avec ceux de l’élite dont elle fait désormais partie ».
    C’est si bien dit..et tellement applicable à nos sociétés ! Le seul bémol que j’émettrai à cette sentence porte sur le mot « élite ». Celle dont on parle est auto-proclamée par le pouvoir de l’argent et imposée à la société, alors qu’en théorie sémantique elle devrait être reconnue et acceptée par cette dernière. On aurait plus affaire ici à une oligarchie autocratique.

  12. Billet très intéressant : d’une part vous décrivez un système politique peu démocratique…je ne savais pas qu’il fallait se déclarer démocrate républicain ou indépendant en s’inscrivant sur les registres. Le pouvoir supposé de Wall Street provient peut-être de la nature oligarchique du système politique américain. D’autre part, vous semblez regretter ces mouvement populistes qui ne sont qu’une conséquence de la crise économique et du fossé qui sépare Wall Street des américains. Si on essaye de positiver, on peut affirmer que ça pourrait être un passage nécessaire vers la fin du système oligarchique américain.
    Pour dresser un parallèle avec la France, celle-ci a connu deux grandes formes de populismes depuis 1870 (on peut s’abstenir de parler des deux Napoléons qui ont été également des populistes dans leur genre), c’est le boulangisme et le poujadisme. Le premier est apparu alors que la classe politique française baignait dans la corruption, que le sentiment anti-germanique était souvent exalté et la république pas encore totalement installée. Le second fut le poujadisme, dans un contexte d’expansion de la société de consommation au détriment des petits commerçants ruraux notamment, de guerre d’Algérie et de l’instabilité de la quatrième république.
    On retrouve un peu tous ces éléments dans les USA d’aujourd’hui.

  13. En France aussi nous connaissons un homme qui s’est fait profession de récupérer à l’extrême droite ses discours populistes.
    Grâce à lui, trois ans plus tard, nous en sommes toujours à des thèmes « populistes » comme « l’identité nationale ».

    La crise économique puis le populisme… puis les boucs émissaires… la suite logique quoi !

    1. Le parti communiste n’est il pas la quintessence du populisme? Et le parti socialiste son essence? La droite n’est pas populiste, elle fait des affaires, la gauche, elle, passe son temps à définir sa relation avec le peuple. Vous ne l’aviez pas remarqué?

  14. Dans quel sens employez-vous le mot populisme Mr Jorion ?

    Populisme: En politique, le populisme désigne l’idéologie ou l’attitude de certains mouvements politiques qui se réfèrent au peuple pour l’opposer à l’élite des gouvernants, au grand capital, aux privilégiés ou à toute minorité ayant « accaparé » le pouvoir… accusés de trahir égoïstement les intérêts du plus grand nombre.

    OU.(bien que les deux ne soient pas nécessairement mutuellement exclusifs)

    Le terme populisme est en général utilisé dans un sens péjoratif par ses opposants, c’est-à-dire les classes dirigeantes ou les politiciens au pouvoir, pour amalgamer et critiquer tous les « archaïsmes » et freins au développement de leur politique qu’ils pensent détecter parmi le peuple.

    Le terme « populisme » sert aussi à dénoncer les démagogues qui mobilisent le peuple par des promesses électoralistes ou qui flattent ses « bas instincts » comme le nationalisme, la xénophobie, voire le racisme ou qui exacerbent les réflexes sécuritaires.

    Le contour du mot « populisme » est relativement flou et varie selon celui qui l’utilise. De nos jours, il est souvent synonyme de démagogie, d’électoralisme, d’opportunisme.

  15. Ce qui m’a le plus interpellé dans l’usage du mot « populisme » employé par la presse américaine pour caractériser la nouvelle position du Président, c’est sa nouveauté relative. A ma connaissance, en effet, la dernière fois qu’on a pu le rencontrer dans des articles d' »analyse » politique prétendant définir les propositions d’un homme politique américain, c’est à l’occasion de la candidature de George Wallace à une présidentielle des années 60; ce gouverneur de l’Alabama étant le dernier avatar du racisme congénital qui affecte la société américaine depuis toujours (mais de façon très atténuée ces dernières années). Wallace était un ségrégationniste du Sud (bien qu’il ne fût nullement raciste en privé, selon les représentants des communautés noires qui le rencontraient régulièrement à Montgomery, capitale de l’Etat d’Alabama). A l’époque, on ne taxait pas un candidat à un poste électif de « raciste »: c’était un « populiste », disait la presse, reflétant un tabou quasi général quant à sa « vraie » nature.

    Or, comme le dit Paul Jorion, le populisme actuel est l’apanage du mouvement Tea Party, dans lequel on rencontre les pires racistes et généralement les personnes les plus réactionnaires et xénophobes. La question qui se pose est donc de savoir pourquoi tout d’un coup Obama se voit qualifié de la sorte. Le Tea Party est très hostile à Obama en général, en effet, plus encore qu’aux banques.

    On assiste ainsi à une sorte de tour de passe-passe au sein de la presse. Du fait qu’Obama reconnaît, mais un peu tard, son hostilité aux menées de Wall Street, il se retrouve au moins partiellement sur les positions de ses pires opposants, de la « rue » en général. En tout cas, c’est ainsi que le voit la presse. A aucun moment il n’est question de faire un parallèle avec Roosevelt et son New Deal: est « populiste » toute personne hostile aux élites de Wall Street et d’ailleurs. Le fait qu’Obama ne fasse que reprendre les suggestions de Paul Volcker et de quelques autres banquiers sains d’esprit est à peine mentionné, et, quand il l’est, cela ne contredit pas le qualificatif dévalorisant. C’est comme s’il se retrouvait à la tête d’un mouvement populaire fondamentalement hostile à la République même.

    On voit bien ainsi tout le chemin qu’il reste à faire aux Etats-Unis pour admettre que la vérité peut venir d’ailleurs que Wall Street ou l’élite universitaire. Obama est un trublion qui va faire obstacle au « business as usual », il est donc a priori coupable, d’autant plus qu’il a pris presque tout le monde par surprise par sa volte-face.

    PS: Durant la dernière campagne, je n’ai pas souvenir qu’on ait parlé de la base « populiste » de McCain. Ce dernier était pourtant pris en étau entre des républicains modérés et les « néo-conservateurs » issus de la mouvance favorable à George W. Bush. Mais ces « néo-cons », justement, sont des populistes de la pire espèce (racistes, xénophobes, etc.), et McCain a dû tout faire pour s’en démarquer, sans réussir puisque cette extrême-droite populiste n’a cessé de critiquer la manière dont il menait sa campagne. A mon sens, l’usage de « populisme » dans la presse américaine a une forte connotation raciale: les noirs et les plus opprimés maintiennent leur confiance en Obama. Ce seraient donc eux qui seraient sur le point de mettre la main sur les institutions, de restreindre les libertés, et ainsi de suite, par l’intermédiaire d’un président discrédité. Décidément, grattez un peut le « liberal », et le raciste atavique qui le sous-tend ne tadrdera pas à apparaître.

    1. Durant la dernière campagne, je n’ai pas souvenir qu’on ait parlé de la base « populiste » de McCain. Ce dernier était pourtant pris en étau entre des républicains modérés et les « néo-conservateurs » issus de la mouvance favorable à George W. Bush.

      Ah si ! Le 23 septembre 2008 : Constance ou changement dans les présidentielles américaines.

      Les républicains qui soutiennent le projet de Paulson – ceux qui sont proches du monde des affaires – poussent des hauts cris : pas de distractions inutiles ! Quant aux autres républicains, adversaires du projet, ils se partagent entre l’extrême-droite libertarienne qui dénonce l’instauration du « socialisme », et la droite populiste, incarnée par McCain, qui scande : « Les financiers à la lanterne ! »

      Je serais étonné d’avoir été le seul.

  16. Ce qui me frappe, à la lecture de la presse anglo-saxonne, c’est la connotation vaguement méprisante avec laquelle le mot populisme est employée. En référence plus ou moins explicite à l’expression dangereuse et incontrôlée d’une mise en cause des élites, socle et garantes d’un réalisme en danger d’être abandonné, pouvant mettre en cause l’assise de la société (telle qu’elle est constitué de manière intangible).

    Le populisme, antichambre de toutes les aventures dérangeantes ! Etiquette infamante réservé à ceux qui cèdent à la tentation démagogique de répondre aux aspirations de la rue, et qui prennent la responsabilité de les flatter et le risque de bouleverser la situation établie des gens de biens.

    Les populistes sont des gens peu fréquentables et qui ne doivent pas rester au pouvoir, s’ils persistent dans leurs tentations.

    1. Spécial @ M.r Leclerc.
      « Les populistes sont des gens peu fréquentables
      et qui ne doivent pas rester au pouvoir, s’ils persistent dans leurs tentations. »

      Je ne comprends pas ou du moins j’ai peur de ce que je comprends de cette
      phrase. Je dirais « pas vous et pas comme cela ».
      Si ce mot redoudable désigne, au hasard, des Larouche de rencontre, c’est
      d’ accord. Il n’y parviendront même pas.
      Mais si populisme désigne un mouvement d’opinion charpenté et consistant
      s’ opposant à l’idéologie au pouvoir, alors votre phrase est méprisante…
      Disant cela, j’ai en tête les péripéties, avant et après, du TCE.
      Je n’ai pas oublié comment les tenants du Oui avaient été violents
      et méprisants dans leur critique du Non majoritaire.
      A mon avis nous pouvons dater cette période comme celle de la cristalisation
      de l’opinion dans sa méfiance envers l’ équilibre des moyens d’information
      et , tout aussi important, envers la représentativité réelle des partis politiques.
      Si nous remettons en cause la légitimité de l’opinion publique
      et si nous n’ admettons pas que l’opinion publique a parfaitement le droit
      de se tromper, alors les règles démocratiques sont en danger…
      Et, nous le peuple, n’avons pas beaucoup d’autres moyens pacifiques
      pour nous faire entendre. Car les gouvernements s’ingénient depuis
      30 ans à faire boire à l’opinion une potion qui est systématiquement dissimulée lors
      des campagnes préparatoires aux votes.
      Le prix à payer, en chômage et pauvreté, commence à devenir pesant.

  17. Le référendum d’initiative populaire relève-t-il dans son principe de base de la démocratie,de la démagogie ou du populisme ?

  18. On peut se demander, au delà de sa ‘résurgence’, s’il n’y pas continuité du populisme aux Etats-Unis, comme le ciment
    d’une société en crise, comme l’avait été l’exploitation par l’administration précédente, élue presque sans légitimité si l’on se souvient des fraudes occurues en Floride lors du dépouillement des bulletins, confrontée à une perte de
    popularité similaire à celle de l’administration actuelle, et qui s’appuie ou ‘provoque’ le 11 Septembre, tragédie symbolique qui marque un revirement presque immédiat de la politique de l’administration, jusqu’à l’invasion de l’Irak , dont on sait maintenant qu’elle était sur l’agenda présidentiel bien avant le 11 Septembre, et la « croisade » subséquente et toutes les dérives du système démocratique et de ses instruments qui ont suivi.

  19. @ Paul Jorion et François Leclerc

    Paul, j’ai déjà noté dans le passé votre tropisme pro-McCain (contre Obama), et vous l’avez présenté comme le porte-parole des Républicains modérés favorables aux entrepreneurs (non financiers) hostiles à Wall Street. Je ne suis pas d’accord avec cette appréciation du personnage, qui reste fondamentalement un militaire, à l’image de son propre passé de pilote jadis prisonnier des Nord-Vietnamiens. Il a toujours voté pour les fonds dévolus aux forces armées, quelles que soient les circonstances. De ce point de vue, c’est un homme du passé, en tout cas d’un passé qui n’a que de lointains rapports avec la présente situation. Il a pu dire qu’il voulait « nettoyer » Wall Street et s’adonner à d’autres rodomontades du même type, mais, sur le fond, il a voté pour TARP et a eu toutes les peines du monde à se démarquer de l’administration Bush sur ce plan (tout comme Obama d’ailleurs). Si une partie de la base de McCain était viscéralement populiste (anti-Washington et hostile au gouvernement fédéral en général), lui-même ne l’a jamais été. C’est ce qui explique son écartèlement entre l’extrême-droite populiste et les couches républicains conservatrices qui entretenaient, et entretiennent encore, le mythe du non-interventionnisme de l’Etat. Sa campagne a reflété cette double identité, dont l’une au moins ne correspond pas à ses options réelles.

    Je cite une source reprise par le Point:

    « Le candidat républicain à la Maison Blanche, John McCain a dénoncé mardi 16 septembre 2008 dans un discours à Tampa, en Floride, « l’imprudence de Wall Street » qui, selon lui, a causé des dommages à l’économie américaine.
    « Les gens ont le droit de savoir quand leurs emplois, leurs retraites, leurs investissements, et notre économie entière sont mises en péril par l’imprudence de Wall Street », a déclaré le sénateur de l’Arizona.
    « Le gouvernement a une responsabilité claire d’agir pour défendre les intérêts publics », a-t-il dit avant de fustiger les « excès des responsables d’entreprises ». « Je peux vous assurer que si je suis élu président, nous ne tolérerons plus cela. Sous mon administration, nous allons tenir pour responsables les gens de Wall Street », a-t-il dit.
    « Trop de gens à Wall Street ont oublié ou méprisé les règles de base d’une finance saine », a-t-il martelé.

    « Je me battrai pour réformer Wall Street »

    « Il a également fustigé les organismes de régulation de la finance tels que le régulateur boursier américain (SEC) ou l’agence fédérale de garantie des dépôts bancaires (FDIC). « Malgré leurs noms impressionnants, le fait est qu’ils n’ont pas fait leur travail », a déclaré John McCain, avant d’ajouter: « Ils ont attendu trop longtemps et maintenant nous avons une crise financière ».
    « Je me battrai pour réformer Wall Street et protéger les économies et les retraites des Américains. Je m’assurerai que Washington travaille pour vos intérêts et non pour les intérêts particuliers. Je me battrai pour que cela soit plus facile pour les patrons de petites entreprises de se développer et d’embaucher », a-t-il conclu. »

    Ce n’était pas un langage de sans-culotte!

    @ François

    Je suis globalement d’accord avec votre commentaire. A noter cependant: si l’on en croit le New York Times, le Washington Post (et peut-être le Wall Street Journal, auquel je n’ai pas accès) et d’autres journaux, la suggestion est claire: Obama a été jusqu’ici un homme raisonnable, et il annonce son intention de changer! C’est inacceptable!

    Et l’usage désormais fait du mot « populiste » est sémantiquement différent de ce qu’il était durant la campagne présidentielle et depuis. La « rue » a changé de caractère. Le nouveau populisme, derrière Obama, serait formé de la gauche démocrate « radicale », des indépendants et des ghettos noirs restés fidèles au Président. Et celui-là est beaucoup plus menaçant pour Wall Street que l’ancien (car il un programme d’action!)… si tant est qu’Obama ait vraiment changé son fusil d’épaule, ce qui reste à démontrer. S’il avait vraiment rompu avec des conseillers d’hier, Obama ne tergiverserait pas sur la question d’un nouveau mandat de Bernanke, j’en suis bien d’accord. Peut-être est-ce un indécis, un irrésolu chronique. Mais une marionnette de Wall Street? Je ne le crois pas. C’est un homme limité dans ses capacités d’appréhension du réel — au fond, c’est un mystique de la politique, qui pense qu’il est possible de marier la carpe et le lapin quand on a, comme lui, le grand souffle de Dieu comme soutien –, lequel vient de se rappeler à son bon souvenir. De toute manière, on verra bien ce que l’avenir nous (et lui) réserve.

    Métaphoriquement, je vois en Obama un nouvel Othello. S’il commet le crime d’assassiner la République (Desdémone), ce sera sous les vives pressions de Iago (Geithner).

    1. « De ce point de vue, c’est un homme du passé, en tout cas d’un passé qui n’a que de lointains rapports avec la présente situation.  »

      On ne devrait pas toujours réduire et étiqueté l’image d’un homme à son passé, car tout homme qu’il soit excessivement militaire ou pacifiste, libéral ou communiste est fondamentalement un homme avant tout. Bien évidemment ce n’est pas toujours évident de mettre cela en pratique, moi le premier envers tout notre personnel politique du plus à l’extrême-gauche comme du plus à l’extrême-droite.

      Si seulement tout homme du futur pouvait nous éviter demain d’entendre les mêmes idées reçues sur les hommes du passé, si ça se trouve tout homme du futur ne deviendra pas forcément meilleur que tout homme du passé, que savons-nous vraiment des hommes du passé nous qui parfois ne voyons plus très bien notre propre présent, comme la propre déchéance actuelle de l’humanité.

      Car il n’est pas non plus certain que cette crise nous montre déjà l’humanité à venir surtout en ce moment.

  20. Les journalistes devraient employer le mot : populaire et non des thèses populistes.
    Dire en fait qu’ Obama désire mettre sur le devant de la scène des réformes populaires, c’est à dire des réformes demandées par le plus grand nombre qui affirme que l’on s’éloigne de l’intérêt général pour l’intérêt d’une minorité et qu’il est temps d’y remédier.

    Ma question est pourquoi populaire est un mot tabou ??? sinon parce que l’on ne concède plus rien à la démocratie que ses apparences ???

    1. « Les journalistes devraient employer le mot : populaire et non des thèses populistes. »: vous croyez pas que c’est mettre la barre un peu haut pour des journalistes ? « Populaire » n’est pas tabou, seulement démodé, alors qu’avec « populiste » on s’imagine d’emblée que « ça va chauffer ».

      Les journalistes choisissent leurs mots comme une cravate. Je me rappelle avoir constaté que, dans Le Monde, « repentance » (vieilli et littéraire selon mon Petit Robert) avait pris le pas sur « repentir » suite à un article qui annonçait que le pape, au nom de son Eglise, faisait « repentance ». (Je ne sais plus de quoi, peut-être rapport à Galilée.) Pour en avoir le cœur net, j’avais utilisé le moteur de recherche dans les archives du Monde pour compter, année après année, les articles employant l’un et l’autre mot, et j’étais arrivé à retrouver l’article en question, tant le changement d’habitude avait été rapide.

    2. @Crapaud Rouge.

      Il s’agissait de la repentance du précédent pape « envers Dieu » (ne me demandez pas de vous expliquer pourquoi Dieu plutôt que les victimes) pour le silence assourdissant de l’Eglise catholique face aux crimes perpétrés par les nazis contre les Juifs.

      « Aujourd’hui, nous confessons que ce silence fut une faute. Nous reconnaissons aussi que l’église en France a alors failli à sa mission d’éducatrice des consciences et qu’ainsi elle porte, avec le peuple chrétien, la responsabilité de n’avoir pas porté secours dès les premiers instants, quand la protestation et la protection étaient possibles et nécessaires, même si, par la suite, il y eut d’innombrables actes de courage. » avait alors déclaré Jean-Paul II.

      L’autoflagellation n’étant plus de mise en chrétienté (mais quelle bonne nouvelle… !), il semble que la page de la repentance ait été rapidement tournée par Benoît XVI.

  21. Définition du mot Populisme (Petit Robert) : École littéraire qui cherche, dans les romans, à dépeindre avec réalisme la vie des gens du peuple.
    Wikipedia : une position politique qui prend le parti du peuple contre les élites, le populisme (politique)
    Le populisme est une accusation dont se servent les politiciens au pouvoir (et ceux qui les soutiennent) contre ceux qui leur reprochent de ne pas se servir de leur pouvoir dans l’intérêt du peuple. http://fr.liberpedia.org/Populisme
    Le populisme représente dans la bouche des journalistes une injure politique visant à discréditer et mettre hors-jeu. Pour certains chercheurs, le populisme serait d’ailleurs à considérer comme un élément consubstantiel à toute pratique démocratique contemporaine. http://www.lalibre.be/debats/opinions/article/552279/de-quel-populisme-parlons-nous.html
    Et si le rejet du populisme n’était qu’une forme de rejet de la politique tout court ? C’est l’hypothèse que défend Ernesto Laclau, dans La raison populiste http://www.laviedesidees.fr/Vous-avez-dit-populisme.html
    Plus anti-establishment que de droite ou de gauche, très influents parmi les indépendants, les Tea Party s’opposent à toute extension du rôle de l’État fédéral et connaissent un succès spectaculaire en usant des méthodes qui firent le triomphe d’Obama en 2008, notamment grâce à Internet. http://blog.lefigaro.fr/geopolitique/2010/01/le-populisme-en-amerique.html

  22. les populistes disent que ce n’est pas la rue qui gouverne, mais ils s’attachent aux problèmes des vrais gens.

    Est ce que les prolétaires ont le droit de s’exprimer dans la démocratie participative ?
    Ou bien s’agit_il juste de « donner un cadre » et de « fixer les idées ».

  23. Je crois que le « populisme » se porte aussi très bien en France. Il suffit de lire les commentaires des lecteurs du Figaro, journal porte-parole officiel du sarkozysme pour comprendre à quel point se développe un sentiment d’exaspération de la part des « braves gens » contre tout ce qui peut ressembler aux initiatives politiques ou économiques « d’en haut » de droite ou de gauche. Il faut lui reconnaître quelques succès mineurs mais symboliques, Jean Sarkozy, Frédéric Mitterrand, l’échec de la campagne de vaccination H1N1 ou Proglio récemment. Ce n’est certes pas de la haute politique, mais cela prouve qu’une certaine forme de démocratie de pression existe encore.

    1. Il faut distinguer deux choses : les paroles et les actes. Sarkozy est un populiste dans les mots et c’est mal en quelque sorte. On peut lister ses tics : langage faussement célinien, clichés à deux francs, comparaisons malhonnêtes, faire pleurer les chaumières, faire des généralités à partir d’exemples simplistes, c’est ça le populisme de Sarkozy. Dans le même temps, il fait de la casse sociale.
      Si le populisme, c’est faire de la politique (donc des lois) pour améliorer la vie des gens, leur rendre leur dignité sociale, transcender les barrières entres les gens malgré les classes sociales, les origines ethniques, les religions, faire en sorte que l’on se reconnaisse au moins quelque peu dans l’autre, aussi différent soit-il, alors je suis prêt à être mille fois populiste.

    2. Il y a l’avant plan et l’arrière plan, le dire et le faire, l’intérêt général au service de la justice sociale pour tous & l’intérêt particulier au service de particuliers privilégiés, le court terme et le long terme, le moi et le nous et aussi toutes les nuances intermédiaires.

      On porte ses espoirs sur le paraître, le discours et on note sur le factuel, les actes réalisés et leurs conséquences.
      L’avis des citoyens est il motivé par leur sens de l’équité ou d’abord leur propre intérêt individuel ?
      Pour pouvoir donner un avis de valeur par rapport à ses propres objectifs il faut disposer d’informations fiables et pertinentes et alors, oui, le terme populiste n’est pas péjoratif.
      A l’extrême, dans un pays émergent, la majorité de la population (populaire) connaît ses besoins qui sont basiques, élémentaires, seul le résultat qui satisfera ces besoins importe.

  24. Pour illustrer ce que le « populisme » veut dire dans son sens américain, il faut lire C.Lash, « La révolte des élites » :

    « Christopher Lash arrive à la conclusion que la démocratie américaine, coupée de son cadre anthropologique initial, aura donc fabriqué des élites radicalement anti-démocratiques. Cependant, comme grille d’analyse permettant d’expliquer ce phénomène, il propose, en bon Américain, non la vision marxiste de la lutte des classes, mais la vision « populiste » (au sens américain du terme) d’une dynamique sociale entretenue fondamentalement par l’émergence d’une division du travail culturel, qu’il situe en amont de la lutte des classes proprement dite. »

    C’est peut-être aussi l’élite américaine qui en se coupant de la réalité sociale engendre d’elle-même cette forme de populisme.

  25. Ce qui est également paradoxal, c’est qu’un certain nombre de Républicains étaient prêts à sacrifier des banques au nom du sacro-saint principe de la loi du marché et de la non-intervention de l’Etat qu’il a fallu une administration démocrate pour sauver les banques au nom d’une certaine conception de la responsabilité de l’Etat (et sous l’amicale pression de la sphère financière).

  26. @ un clin d’oeil
    Comparez ce débat avec ce qu’on trouve ailleurs et vous comprendrez pourquoi le blog de PJ est populaire et non pas populiste !
    amicalement

    1. J’ai pour presque la première fois consulté quelques autres blogs et commentaires sur des sites de médias, c’est divers et varié pour faire simple.

  27. Populisme et Démagogie s’abreuvent souvent, en politique, à la même source: il y a du peuple dans les racines, latine et grecque, mais contrairement à la Démocratie qui donne la parole au peuple pour la canaliser dans une maitrise consensuelle, le populisme flatte les passions et excite les émotions pour déchainer des forces et les manipuler dans des desseins souvent égoistes et dominatoires.
    Mais ce n’est pas, en soi, ce qui suscite passions et émotions qui est nécessairement illigitime mais plutôt l’utilisation manipulatoire qui en est souvent faite; d’où l’ambiguité qui s’attache souvent à ce mot selon que l’on s’attache à la cause des émotions véhiculées par le populisme et l’usage qu’en font parfois les politiques.

    1. Pilotage par interaction immédiate entre les cadrans (thermomètres des sondages continus) et les actions dans ou sur les médias en usant des faits divers et des sujets émotionnels dans le cadre d’un planning ou rétro planning précis.

  28. Parfois dans l’histoire ce que j’appelle bien, raison, vrai, beau, devient peu populaire en raison de mes nouveaux critères de références pour moi même comme pour autrui. Il faut bien que j’existe que je me fasse un nom pour mon époque la meilleure forcément, le vent du populisme mais pas seulement en Amérique mais partout ailleurs, l’homme de notre temps à beau continuellement rechercher à séduire et flatter son monde, à vouloir être bon à l’antenne sous une nouvelle forme ou une autre hélas que voyons-nous à chaque fois, savoir se vendre c’est dans leur nature même au risque même d’entrainer davantage de monde à leur suite dans de fausses valeurs de vie, bien sur tout cela se fait progressivement, oui il faut vraiment aimer monter sur une tribune pour vouloir encore se faire applaudir bêtement.

    C’est important la popularité de nos jours le vent du populisme. Et comme le populisme d’hier ne marche plus il faut bien en inventer alors une nouvelle forme de plus à l’antenne néo-populisme ou pas, après lui les hommes se feront sans doute avoir une nouvelle  » fois « de plus, comme le nouveau rêve de plus le soir à la télévision. Amen

  29. Il y a des gens dans ce monde qui sont vraiment nés pour prétendre paraît-il mieux nous représenter à l’antenne, nos sociétés modernes en sont plein d’ailleurs de ces beaux parleurs de première à la radio comme à la télévision, par contre lorsque vous essayer de les contacter personnellement, de les inviter chez vous afin de pouvoir mieux manger un petit plat de lentilles aux oignons là bizarrement il n’y a plus personne, pire même ces gens là préfèrent avant tout vous regarder de haut pour bien vous faire ressentir qu’ils ne vivent pas du tout votre même quotidien, ne sont jamais non plus les derniers à surfer sur telle ou telle vague de mécontentement populaire pour se faire élire, l’histoire en est pleine de ces gens là, de ces opportunistes, de ces modernes ne se montrant guère plus différents à voir que le reste, aucune réelle différence de conduite souvent la même chose.

    C’est le conformisme du système qui étouffe et censure toute possibilité de pouvoir réellement vivre autrement sa vie d’homme de nos jours. Par leur conduite même je me demande s’ils respectent vraiment bien la dignité humaine …

  30. Excellent ouvrage de Drew Westen « The political brain » , un neuro-scientifique qui affirme qu’il est plus efficace pour un politicien de s’adresser à l’emotion et l’affect de l’electeur qu’à son intelligence et sa raison.D’ou la redoutable efficacité du populisme et de la demagogie. Comme l’affirme cyniquement le controversé George Freche: « Je fais de la politique pour les cons car ils sont majoritaires »

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