Pouvoir et corruption, par Tchita

Billet invité.

Nos démocraties modernes sont filles des Lumières, dit-on souvent avec raison. La raison, justement, était invoquée avec ferveur par les penseurs de l’époque comme la panacée face à l’obscurantisme. Nos structures sociales modernes sont toutes peu ou prou subordonnées à cette idée simple : les individus et les peuples, à condition d’être convenablement éduqués, sont tous accessibles à la raison, sensibles à ses arguments, susceptibles d’en tirer l’amour pour ce système qui les élève et les responsabilise, finalement à même d’en devenir les plus ardents défenseurs.

Naturellement, nos Diderot, Montesquieu et autres grands penseurs n’étaient pas naïfs. Ils savaient que l’homme étant ce qu’il est, certaines conditions étaient nécessaires pour maintenir un système démocratique. Montesquieu érigeait la vertu en véritable socle de la république. Elle était pour lui synonyme d’amour de la république, de l’égalité, de la frugalité enfin. Développant son propos, il arrive au principe fondateur de la séparation des pouvoirs, aujourd’hui si mis à mal. Le subtil équilibre nécessaire à la prospérité de la démocratie est ainsi tissé, décrit, analysé. Nos institutions actuelles en sont la traduction plus ou moins fidèle.

Pourtant, quelque chose a mal tourné. L’équilibre aujourd’hui est rompu, l’égalité foulée aux pieds, la frugalité ignorée, l’amour de la république ânonnée ad nauseam pour mieux être vidée de son sens. Nous assistons sur ce blog à une chronique de ce délitement, jour après jour. Paul Jorion et François Leclerc en décortiquent les différentes phases. On peut cependant se demander ce qui a rendu les mécanismes de défense de nos sociétés inopérants, la cause première qui fit dérailler la belle mécanique de nos ancêtres. Où l’appel à la raison a-t-il failli ?

Dans un billet récent, Paul Jorion nous a régalés d’un panorama non exhaustif de sa carrière, expliquant comment on devient « l’anthropologue de la crise ». L’un des passages les plus commentés concernait ses expériences à la lisière du club très fermé des « décideurs » dans les différentes entreprises où il a pu travailler :

Les décideurs aiment caractériser le critère d’appartenance à leur club en termes de compétence, mon expérience de dix-huit ans m’a cependant convaincu que ce critère était en réalité d’un autre ordre : la tolérance personnelle à la fraude.

S’ensuit une description saisissante de diverses fraudes et malversations découvertes par Paul et qui toutes entraînèrent son licenciement. Les gens au pouvoir n’aiment pas les empêcheurs de trafiquer en rond et ont les moyens de les écarter… Au-delà du simple constat de la corruption généralisée qui règne chez les « décideurs », il pose de façon intéressante la question de l’accession à cette nomenklatura. D’après son expérience les impétrants sont ainsi « testés », leur capacité à supporter, puis à participer à la fraude devenant condition sine qua non à leur ascension.

Ce renversement de perspective m’a particulièrement frappé. Au lieu de considérer la capacité de corruption du pouvoir, il indique plutôt qu’il faut pour y accéder déjà présenter une prédisposition à la corruption, voire aux comportements sociopathes.

En effet, posé en termes d’avantage compétitif, le comportement sociopathe est incontestablement un atout majeur. L’indifférence (mais pas l’incompréhension) vis-à-vis des émotions et des droits des autres, l’absence de culpabilité, sont de puissants moteurs pour s’imposer ! Lorsqu’elles se trouvent mêlées à une certaine intelligence, ces caractéristiques font d’un tel individu quelqu’un de redoutablement bien armé pour grimper dans la hiérarchie.

Il est donc logique de trouver en haut de la pyramide sociale une proportion non négligeable d’individus présentant ces travers. Nul besoin de faire appel à quelque délirante théorie du complot pour cela. Il suffit d’observer que ces individus sont les mieux adaptés à la conquête du pouvoir ! Ils ne forment pas pour autant un ensemble cohérent, une société poursuivant un but commun, mais présentent une homogénéité de caractère, individualistes forcenés, prêts à tout pour accroître leur domination.

Que se passe-t-il lorsqu’une concentration suffisante de tels déviants accède aux commandes ? C’est là qu’intervient le mécanisme décrit par Paul. Etant en position de choisir leurs pairs, les déviants vont naturellement incliner soit vers des individus « normaux » mais qu’ils pourront contrôler ou corrompre, soit à défaut vers des individus de leur espèce. Dans ce dernier cas, ils introduisent certes un concurrent, mais au moins jouent-ils au même jeu : s’accaparer les ressources, les honneurs et le pouvoir. Un individu conscient de leur nature et qui chercherait le bien commun serait autrement plus dangereux pour eux ! La disparition des profils « normaux »des postes de pouvoir consistera donc un objectif commun naturel, sans même qu’il existe une concertation de leur part.

Quid de l’exercice du pouvoir à proprement parler ? Les qualités nécessaires au bon exercice du pouvoir étant distinctes et même radicalement opposées à celles leur ayant permis d’y parvenir, ils détournent à leur profit les outils dévolus normalement au bien commun. La recherche du bien commun est une notion sans intérêt pour eux et ne servira que de couverture à l’accaparement des richesses de ce monde. On observe donc un transfert de plus en plus rapide des biens sociaux vers une minorité d’individus.

C’est une constante dans toutes les sociétés (et pas uniquement les démocraties) car liée à la nature de l’homme plus qu’à celle des sociétés en question. Elles courent ainsi quasi-inéluctablement vers leur effondrement. Après la catastrophe on incrimine telle ou telle idéologie, telle ou telle tendance politique, mais au final, n’est-ce pas un comportement humain qui est à la base de tout ? Par exemple, l’incapacité des systèmes communistes à empêcher la formation de telles « élites » perverties n’a-t-elle pas joué un rôle dans leur chute ? Le gâchis des luttes intestines, le détournement à des fins personnelles des instruments de l’État n’y sont ils pour rien ? Certes, on peut trouver de nombreuses autres failles dans les sociétés basées sur le communisme, mais oublier l’existence de la perversion de certains humains ne représente-t-il pas une erreur fondamentale ?

L’effondrement d’un système est un phénomène complexe, qu’on ne peut faire remonter à une seule cause initiale. Toutefois, ne tenons-nous pas là une paille dans la belle construction de nos ancêtres ? La raison et l’humanisme n’ayant pas prise sur les individus qui forment nos élites, un système qui prend ces valeurs pour fondements ne peut perdurer. Il me semble donc qu’il nous faut nous prémunir contre ce risque, sans quoi toute construction sociale que nous pourrions inventer connaîtra le même funeste sort.

Ne devrions-nous pas travailler là dessus en préalable à tout projet de société ?

Comment éviter que les sociopathes soient les mieux adaptés aux postes de pouvoir?

Comment immuniser nos systèmes politiques, économiques et sociaux à ce cancer redoutable ?

Envisager le problème sous cet angle a une conséquence des plus heureuses : si le pouvoir corrompt tout le monde, il n’y a pas de solution, aucun système n’est à l’épreuve de ce vice de fabrication. Si en revanche il attire de façon privilégiée les individus corrompus, mais qu’un individu normal peut conserver le sens du bien commun en exerçant ce pouvoir, alors il nous sera peut-être possible de séparer le bon grain de l’ivraie en amont et garder un espoir pour l’avenir !

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144 réflexions sur « Pouvoir et corruption, par Tchita »

  1. « Nos structures sociales modernes sont toutes peu ou prou subordonnées à cette idée simple : les individus et les peuples, à condition d’être convenablement éduqués, sont tous accessibles à la raison, sensibles à ses arguments, susceptibles d’en tirer l’amour pour ce système qui les élève et les responsabilise, finalement à même d’en devenir les plus ardents défenseurs. »

    Une partie de la clef se trouve là aussi, dans la condition « d’être convenablement éduqués ».
    Eduqué à quoi ?
    Aujourd’hui le champ de l’instruction est si vaste que le découpage en « catégories » de savoir se fait tôt, dès 15-16 ans dans ce qui est appelé souvent « la filière normale » (comprendre collège et lycée, et pas lycée professionnel). Deux grandes catégories se découpent très tôt : littéraire et scientifique, à l’échelon du lycée, la technique est en générale méprisée, elle ne retrouve de la valeur socialement que si les personnes deviennent ingénieures.
    Ceux qui choisissent une filière scientifique (ou technique) approfondissent les math, la physique et la biologie, ils délaissent le français, la philo et l’histoire géographie, ils n’entendront jamais parlé de sciences humaines autre que la géographie présentée comme indispensable et suffisante pour comprendre le monde. Au niveau litéraire, ils n’approfondiront que les langues dans un but utilitaire.
    Ceux qui choisissent une filière litéraire approfondiront à l’inverse le français, la philo, les langues, l’histoire géographie et, peut être, pour certaines filières, un peu de sciences humaines. Les maths ont un horaire léger, voir très léger, la physique ou la technique sont inexistantes.
    Une partie de ce monde là ira à l’université et sortira avec des diplômes. Dans notre société technologique et promouvant l’entreprise avec le travail rentable, vous le savez, ceux qui ont fait un cursus « scientifique » ou « technique » sont les grands gagnant avec les meilleurs salaires et l’accès à une forme de pouvoir, les autres sont en grande partie exclue de ces cercles là.
    Donc, les personnes qui ont accès aux cercles de pouvoir ont passés des années à brasser des chiffres ou des abstractions et elles n’ont reçu aucune éducation en sciences humaines ou en philosophie, matières où se pose la question de la place de l’autre et de sa propre place.
    Force est de constaté que les entreprises souffrent aussi de ce déficit d’éducation, cela transparait à travers de longue liste des offres de formation à l’animation de groupe (présenté sous une forme ou sous une autre) et également à travers l’offre de formation en management qui donne un vernis de sciences humaines (économie surtout) dispensés de manière tronqués selon ce qui est jugé nécessaire pour évoluer dans le monde des grandes entreprises.

    Plus globalement par rapport à l’ensemble du message, j’ajouterai que l’éducation participe aussi à la dynamique des « sociopathes au pouvoir », par choix de notre société aussi.

  2. Tchita pour quelles raisons proposer vous de jeter les fondements ( Raison et Humanisme ) de nos démocraties ce que le cerveau collectif de notre Histoire a pensé de plus beau pour le bien commun y compris pour les sociétés non démocratiques ?
    L’humanisme c’est la reconnaissance de droits fondamentaux universels de l’espèce humaine nue débarrassée de ses attributs cela vaut tant pour les libertés individuelles que pour la Nation en tant qu’individu collectif, fondement de l’ONU.
    La raison c’est le pragmatisme de la géographie de chaque personne et de celle de chaque Nation qui s’oppose à un modèle uniforme de développement socio-économique.
    Ne souffrez vous pas des mêmes maux que les élites que vous dénoncez, la fuite en avant à tout prix sans rétroviseur sans point mort sans jamais reconnaître ses erreurs et avant même de penser l’avenir au moins à l’échelle N+2 ?
    Leur outrecuidance les pousse même à utiliser le terme de développement durable, des élites qui pensent le bien commun, pensent développement vital à N+2.
    Du capital pour créer du capital sans créer de travail donc de survie et de vie est du capital tueur et à ce jeu de tueurs, le capitalisme d’Etat est en train de l’emporter sur nos élites qui ont développé un modèle contraire aux fondamentaux de leurs propres sociétés à savoir croire à un modèle socio économique global alors qu’il n’y a pas de géographie globale et déréguler
    à l’extrême. Or c’est le Droit des démocraties qui préserve les libertés.
    Le modèle néolibéral poussé à l’extrême est un modèle égalitariste par le bas du point de vue économique et finalement liberticide. Il est donc normal qu’il prospère désormais dans les sociétés les moins flamboyantes en termes de démocratie.
    Les gueux ne sont pas tous des innocents mais ils ne portent jamais la responsabilité de la disparition de leur civilisation.
    Quant aux questions démographiques, il est évident qu’il faudrait combattre l’obscurantisme des trois monothéismes concernant le mythe d’Eve instigatrice du pêché de procréation. Ce sont principalement les hommes qui ont eu intérêt à souhaiter une descendance pour transmettre leur territoire et leurs biens. Dans une grande partie de l’histoire pour les femmes la procréation est une affaire subie et quand elle n’est plus subie, il faut tout de même que le désir d’enfant transcende la peur d’y laisser sa propre vie car le risque zéro n’existe pas.

    1. « Quant aux questions démographiques, il est évident qu’il faudrait combattre l’obscurantisme des trois monothéismes concernant le mythe d’Eve instigatrice du pêché de procréation.  »

      Beaucoup de femmes dans l’histoire ont également souhaitées donner un enfant à leur mari et non de manière subite mais avec amour et concertation. Pardonnez nos veilles outres religieuses elles ont encore beaucoup de blocage à l’égard des femmes, pourquoi n’y voir dans l’acte de procréation le pêché de concupiscence comme le pape, tout cela n’est due qu’à l’esprit mal tourné des chefs religieux qui ne peuvent s’empêcher encore aujourd’hui de reléguer la femme au second plan, responsable de tout à cause d’Eve qui fut séduite par le serpent, la bible n’est pas toujours à lire au sens littéral comme nos vieilles outres religieuses, n’y voir que des miracles pour épater les foules. Redoutant encore aujourd’hui de se souiller avec des femmes, il n’y a rien au contraire de plus beau que l’union et l’amour entre deux êtres, pourquoi vous sentir encore coupable d’une faute, celle d’être née femme. Je vous le dis connaissant leur affaire, ils n’enseignent pas toujours correctement les écritures à leurs ouailles, la preuve ils ont bien réussis à en écarter un très grand nombre des choses de la foi depuis des siècles c’est pour vous dire, semblant même davantage se soucier de commerce et d’économie au Vatican que du salut des Âmes, par exemple dans la religion orthodoxe la femme n’est pas du tout traité de la même manière bien au contraire, ce n’est évidemment pas toujours la femme le grand piège de l’homme, mais parfois l’excès de zèle religieux et de pouvoir des grands prêtres de notre histoire.

      Le modèle néosocialiste poussé à l’extrême contraire du néolibéralisme ne serait pas mieux non plus à voir les excès n’entrainent que les excès, tout n’est pas bon à jeter dans le libéralisme comme tout n’est pas bon à garder dans le socialisme, en espérant qu’un jour davantage de gens puissent le comprendre avant que les mêmes choses se reproduisent de nouveau par antagonisme.

    2. Surtout qu’en plus, si on lit bien le texte avec le serpent qui donne la pomme à Eve, il est évident qu’Adam est là, juste derrière Eve, et qu’il est tout à fait consentant quant à prendre cette satanée pomme ou pas.
      En tout cas, c’est ce que j’ai vu quand j’ai lu ce passage de la Bible.

      Sinon, Jeremie, vous avez l’air de vous y connaitre en religion.
      Pourriez-vous me dire pourquoi la bible punit ainsi Eve pour avoir voulu goûter à la connaissance (via la pomme) ?
      N’est-ce pas bizarre une religion / un dieu qui demande à ses adeptes de rester ignorants et les punit pour avoir voulu exercer leur esprit ?

      J’avoue que plus le temps passe et plus cette question me taraude (et comme je n’ai jamais fait ma première communion, je suis plutôt ignorante sur les justifications de l’église catholique à ce sujet).
      Merci pour le cas où vous prendriez le temps de me répondre.

    3. @ Flo

      Vous savez je n’ai pas une très bonne mémoire, comme une très bonne culture religieuse à vrai dire je ne sais pas grand chose.

      « Pourriez-vous me dire pourquoi la bible punit ainsi Eve pour avoir voulu goûter à la connaissance (via la pomme) ? N’est-ce pas bizarre une religion / un dieu qui demande à ses adeptes de rester ignorants et les punit pour avoir voulu exercer leur esprit ?  »

      Excellente question Flo, à méditer. Vous savez il existe parfois des domaines, des centres d’intérêts qui nous passionnent et nous occupent tellement l’esprit dans la vie et au quotidien, quand bien même ce serait la pomme, la poire ou le citron que nous en perdons parfois le temps et le premier devoir dans notre vie de mieux nous connaître sur le fond. Dieu ne cherche pas du tout à nous punir, à nous tromper, ou encore à nous obliger, ils recherchent continuellement au contraire à nous aimer, à nous prévenir, à nous mettre en garde des choses de l’existence, hélas les hommes veulent souvent n’en faire qu’à leur tête aussi bien à l’égard de Dieu, que des bons conseils venant des sages, d’hier comme d’aujourd’hui. Je suis sur que plus le temps passera et moins cette question vous taraudera l’esprit, à vrai dire je préfère voir plus d’églises qui se vident, que de voir davantage de gens soupirer et dormir après un autre prèche de plus sur Adam et Eve amen.

      Les cathos d’aujourd’hui ne sont bien sur aucunement semblables aux premiers chrétiens. En vous remerciant de vous intéresser aux choses de la foi sans vous en moquer ou prendre cela au ridicule denrée rare de nos jours, mais bon ça m’est bien égal maintenant et si demain le monde préfère davantage se détourner des choses de la foi, d’ailleurs personne ne pourra l’empêcher pas même le Pape surtout si c’est dans le cours des choses, et des événements qui doivent se produire. Bien à vous Flo

    4. Merci d’avoir pris le temps de me répondre.
      Même si vous n’avez pas vraiment répondu à ma question … En fait, vous me plongez encore plus dans le doute.
      Ce que j’en retiens, mais je pensais déjà cela auparavant, c’est qu’il faut faire la différence entre Dieu et la religion et les écrits des hommes d’église (qui ont peut-être inventé cette histoire pour s’assurer un pouvoir plus fort sur les hommes).

      Personnellement, je serais incapable d’imaginer, comme vous le faites, ce que Dieu cherche à nous faire: nous aimer, nous guider …
      Ce que je pressens, c’est plutôt ce que nous lui demandons 🙂
      Ce que je sais, c’est qu’en ces temps troublés, je m’adresse parfois à Déesse (je sens plus de profondeur dans une communication avec une essence féminine que ce dieu barbu dont on nous rebat les oreilles et qui a été trop utilisé par les églises) et que je me sens si petite.

      PS : j’ai bien aimé le texte que vous avez partiellement cité, en commentaire d’un post précédent.
      Au début de l’an mille après l’an mille … je ne sais pas s’il est vrai, mais c’est un texte qui m’a donné de l’espoir.

      Bien à vous.

    5. @ Flo

      Vous savez il est souvent très difficile de satisfaire et d’étancher la soif de connaissance de l’autre que ce soit au sujet d’Adam et Eve au paradis ou alors au coin du bar avec Dédé au sujet de la crise.

      Si ça se trouve ce n’est pas seulement un manque de connaissance sur le libéralisme et le socialisme qui nous y a conduit tout droit, mais peut-être bien notre continuelle soif de connaissance et de pouvoir devenir l’égal des dieux à tous prix.

      Hélas la tête des gens à beau être pleine de savoir de nos jours, nous voyons bien après avoir ouvert les yeux que nous n’arrivons guère mieux à changer les choses, à éviter le pire.

      J’appelle  » bien  » tout ce qui me plait de voir et  » mal  » tout le reste, il est bien évidemment normal pour l’homme de vouloir ouvrir les yeux mais ne pas oublier de se dire que la lettre tue continuellement l’esprit,
      quand bien même l’arbre de connaissance du monde moderne serait de plus en plus bon et séduisant à manger, la tradition des hommes.

      Malheureusement lorsque l’heure de la grande épreuve climatique surviendra sur le monde nous nous apercevrons alors que nous en sommes toujours au même stade, le monde connaitra alors que nous sommes toujours aussi nus comme auparavant avec Adam et Eve dans le jardin d’Eden.

      « Ce que j’en retiens, mais je pensais déjà cela auparavant, c’est qu’il faut faire la différence entre Dieu et la religion et les écrits des hommes d’église (qui ont peut-être inventé cette histoire pour s’assurer un pouvoir plus fort sur les hommes). »

      Vous savez un homme ayant réellement la foi ou un rapport à la vie moins religieux qu’un autre comme par exemple le bouddha, ne recherche aucunement le pouvoir sur autrui.

      « Ce que je sais, c’est qu’en ces temps troublés, je m’adresse parfois à Déesse (je sens plus de profondeur dans une communication avec une essence féminine que ce dieu barbu dont on nous rebat les oreilles et qui a été trop utilisé par les églises)

      J’espère au moins que ce n’est pas avec la déesse Europe sur son taureau 🙂

    1. Un parcours en survol des commentaires précédents montre un peu la même façon d’aborder les choses et d’en débattre.

      Pour reprendre un terme utilisé ci-dessus, ça manque de contour ! Mais simultanément ça manque aussi d’articulation !

      Avez-vous déjà réfléchi au rapport dialectique de la modulation et de l’articulation ? En art par exemple ?
      Est modulation toute variation continue d’une forme qui se dissout par variation de couleur, ou toute variation de forme qui dissout la variation de couleur (voir Soulages et son travail sur le noir).
      Est articulation en revanche tout ce qui sépare, segmente mais aussi qui lie : les membres au corps…
      Tout artiste se trouve confronté dans la représentation (mais c’est pareil dans l’abstraction !) aux rapports de la modulation et de l’articulation, l’artiste qui a certainement le plus travaillé sur cette contradiction insoluble est Picasso, pas un de ses tableaux qui échappe à ce conflit et qui ne le pousse au bout ! Soit en désarticulant son modèle, soit en le fusionnant, le modulant, jusqu’à le dissoudre.

      Quel rapport avec le thème du jour ? Eh bien qu’il en est de même dans les rapports contradictoires entre les humains et les institutions, leurs institutions ! Tout un pan de la psychologie dite institutionnelle, bien oublié depuis l’émergence des neurosciences, s’est intéressé à ce rapport et en a dit des choses utiles.
      Par exemple que toute institution s’inscrivait dans les rapports sociaux de production d’une époque donnée et pouvait entrer en contradiction avec eux… Que toute institution sélectionne les membres dirigeants les plus à même de la perpétuer dans ses buts réels (qui ne sont pas forcément les buts énoncés !).
      Que tout humain a une ascension dans la hiérarchie de l’institution à condition d’en garantir la pérennité par son comportement… Que tout opposant dans l’institution vient soit la conforter en rappelant ses buts réels, soit la contrebattre en montrant qu’elle est en contradiction avec ses buts énoncés… etc.

      La question est donc bien double, direz-vous : il faut avoir des humains bien éduqués et des institutions qui respectent leurs buts énoncés ! Voilà comment une entourloupe théorique permet de résoudre tous les problèmes avec des mots, car nous nous trouvons dans une variante du problème de la poule et de l’œuf ! Les bonnes institutions doivent bien éduquer les humains, les humains bien éduqués doivent faire vivre les bonnes institutions…

      Et les rapports sociaux de production ne devraient pas changer ? Il sera toujours légal et légitime de pouvoir exploiter les salariés ? Ceux qui auront le pouvoir seront toujours ceux qui ont le droit d’exploiter les salariés ? Alors que ces dirigeants soient tirés au sort ou désignés par des élections pipées par une presse aux mains de ces mêmes dirigeants importe peu : préférez-vous être pendu ou fusillé ? Du moment que leur droit d’exploitation est toujours défendu, qu’ils soient dirigeants héréditaires, cooptés ou « élus » peu importe, ils pérennisent les institutions par lesquelles leur droit d’exploiter perdurera.

      Voilà l’essentiel dont il faudra bien qu’un jour, il soit sérieusement question sur ce blog et surtout ailleurs !

  3. Dans son dernier ouvrage, « La cité perverse », le philosophe Robert-Dany Dufour affirme que le concept de corruption (pas seulement les faits de corruption) est constitutif du libéralisme dès l’origine. Il considère que la formule célèbre de Mandeville, « Les vices privés font les vertus publiques » constitue le sésame ou la boîte de Pandore du libéralisme.

    Cette formule, concoctée par le médecin et libertin Mandeville faisait trop directement allusion aux passions humaines (et à la corruption), aussi le théologien Adam Smith a substitué à la notion de « vice » , celle plus convenable et policée « d’intérêt » tout en gardant le principe de contribution harmonieuse des vices (ou des intérêts), déjà présente chez Mandeville (et même chez Pascal et Nicole). Il n’en reste pas moins, que « vice » est l’autre face, obscure et non avouée, de la notion d’intérêt.

    1. « Les vices privés font les vertus publiques »

      Si seulement c’était partout le cas, hélas j’en vois guère peu la vertu multiplié dans le privé. Surtout qu’un vice est un vice et non une vertu quand bien même je la présenterais sous une telle maxime dans le privé.

      Si je suis d’accord pour admettre ce genre de maxime, je puis être aussi d’accord pour admettre que les vices publiques font les vertus du privés,

      Tout libéral comme tout socialiste, n’est bien évidemment pas exempts de vertus comme de vices en lui arrêtons de raconter plus longtemps des histoires aux hommes surtout en ce moment.

  4. Comme le suggère Bertrand Donnot le tirage au sort devrait permettre de corriger bien des défauts de la démocratie représentative.

    L’article d’Etienne Chouard Tirage au sort ou élection – Démocratie ou aristocratie mérite d’être relu.

    « 1. D’un côté, chacun constate que le suffrage universel ne tient pas ses promesses d’émancipation : l’élection induit mécaniquement une aristocratie élective, avec son cortège de malhonnêtetés et d’abus de pouvoir.
    ….
    2. D’un autre côté, chacun devrait apprendre (à l’école ?) que le tirage au sort a longtemps été reconnu, d’Athènes à Montesquieu, d’Aristote à Rousseau, comme la modalité principale, incontournable, des valeurs d’égalité et de liberté. Il a sombré dans l’oubli sous d’injustes critiques : il ne pose aucun problème insurmontable.
    ….
    3. Concrètement, on pourrait imaginer des systèmes mixtes, prenant le meilleur des deux idées en les combinant astucieusement. « 

  5. @ Ton vieux copain Michel :

     » Il n’en reste pas moins, que « vice » est l’autre face, obscure et non avouée, de la notion d’intérêt. »

    Ce que raconte Robert-Dany Dufour est d’autant plus vrai lorsqu’on pense au personnel politique qui aura accompagné et légalisé la civilisation libérale. Comme cité plus haut par un intervenant, il suffit d’un Robert Macaire dans les équipes en place pour passer outre la fraude caractérisée, surtout quand le politique laisse libre court au tout économique. Il suffit d’un couard, d’un pleutre, et le bien commun est sacrifié par l’individualiste. S’il nous reste encore des institutions, c’est parce que leur promoteurs ont été élevés et éduqués dans un autre temps. Un temps pas si ancien où le corollaire à notre civilisation ne disposait pas encore des médias pour populariser un certains style de vie : la société du spectacle. Tant que les projecteurs sont allumés tout va bien, le personnel politique exulte, il est réélu, ensuite la crise survient pour les spectateurs assis sur les strapontins, on ne leur avait pas lu le scénario.

  6. Ce post me rappelle une interview des éditeurs de Lobaczewski à propos de son livre « Ponérologie Politique ». C’est clair, limpide, ça coule comme de l’eau de roche, genre Bigard et le 9/11 non? Je trolle un peu mais ça parait tellement gros…
    Dans tous les cas, si c’est vrai, si nos politiques/oligarques sont tous des psychopathes, innés ou acquis, ben c’est pas la peine de trop réfléchir à une constitution pour l’économie, il y a quand même peu de chances de la faire passer… Déjà qu’en supposant qu’ils sont « normaux »…

    1. On ne comptait pas tellement sur les politiques pour faire passer une constitution pour l’économie, à vrai dire… Autant compter sur un roi absolu pour promulguer le suffrage universel. Pourtant, on y est bien arrivé au suffrage universel, non? 🙂

  7. Ce qui m’étonne beaucoup à la lecture de ces commentaires, c’est que personne ne vienne contester le fait que nous soyons dirigés par des sociopathes . C’est incroyable quand on y pense ! Quelle est l’avis des sociopathes en question ?

    1. « Quelle est l’avis des sociopathes en question ? »

      Ils viendront nier l’existence d’un tel concept (la sociopathie), et ramèneront la discussion sur le fait que la domination existe et a toujours existé.

      De même, ils viendront louer le fait que l’avidité de chacun est bonne pour le tout, en occultant complètement l’empathie qui existe en chacun de nous (mais pas chez eux) et qui est une limite naturelle à cette avidité.

    2. En fait on le savait depuis longtemps.
      Mais même en le disant on n’osait pas se l’avouer.
      Ce sont des expressions : « tous des vendus », « tous pourris », tous des voleurs » etc,etc
      On a tous dit çà un jour ou l’autre, sans nous rendre compte que c’est vrai !
      On le disait sans vouloir le croire vraiment.

  8. Henri Laborit:
    « Nous avons écrit qu’il nous semblait que la finalité de l’individu était aussi celle de l’espèce, survivre, mais qu’entre les deux s’interposait celle des groupes, ayant comme seule finalité la survie du groupe, que celui-ci croyait ne pouvoir réaliser que par l’établissement de sa dominance sur les autres groupes. Or un groupe est constitué d’individus, mais ce qui en établit la cohésion, à ce nouveau niveau d’organisation, c’est un ensemble de relations entre les individus et nous avons montré comment et pourquoi ces relations s’étaient toujours établies, depuis le début du néolithique en particulier, sur une échelle hiérarchique de dominance. C’est ainsi que l’individu ne réalisa sa survie qu’en se soumettant à cette échelle hiérarchique, en d’autres termes, en défendant la cohésion du groupe par soumission à ses échelles hiérarchiques de dominance, permettant l’établissement de la dominance du groupe sur les autres groupes humains.
    Or ces échelles hiérarchiques de dominance ente les individus, entre les groupes d’individus, les Etats résultent elles-mêmes de comportements, émanant d’un niveau d’organisation biologique terriblement simpliste et mécaniste. Mais malheureusement, chez l’homme, on fait appel à la « pensée » pour s’affubler d’une défroque langagière prétendument logique, sûre de son bon droit, de ses jugements de valeur, sûre de l’exactitude de ses préjugés. Il s’agit d’une bouillie de pensées dites élaborées, ne traitant que d’un aspect, intéressé toujours, d’un sous-ensemble de sous-ensembles, et l’élevant au rang de vérité première. L’inconscience des discours politiques et de ceux qui les prononcent mène à cet égard à des réalisations parfaitement réussies. Il n’y a pas que les discours politiques dans ce cas sans doute, ceux concernant l’éthique, la morale (comme s’il n’existait que celle de qui en parle), la santé, la génétique, l’amour des autres… et de la patrie, qui ne comprend pas celle d’à côté, sont évidemment du même acabit. »
    Nous comprenons alors que si nous sommes distincts c’est que nous nous attachons à un seul niveau d‘organisation, celui qui nous « intéresse » le plus du fait de notre histoire personnelle, inscrite dans celle de notre culture. Je me méfie aussi de certains langages qui à partir de la notion de niveaux d’organisation admettent que le niveau « supérieur » commande à l’ « inférieur » et assurent que l’individu ne fait qu’exprimer la conscience de l’humanité. Pauvre conscience de l’humanité qui s’exprime alors par la peur, la jalousie, la haine, par le génocide et le meurtre d’une partie d’elle-même. Je pense au contraire que c’est la conscience parcellisée, en petits morceaux, de l’individu, qui aboutit à la conscience elle-même parcellisée de l’espèce et interdit à celle-ci de se totaliser. » in « Dieu ne joue pas aux dés » (Dieu ne joue pas au dés: éditions Grasset & Fasquelle).

    Laborit et Resnais:
    http://www.dailymotion.com/video/x3emds_leloge-de-la-fuite-1_shortfilms
    http://www.dailymotion.com/video/x3em3l_leloge-de-la-fuite-2_shortfilms

  9. Les démocraties sont filles des lumières
    Mais, de quelles lumières parle t on ?
    Celles de LUCIFER ( traduction : porteur de lumière ) alias satan ?
    L’ange déchu , ennemi du genre humain de part son «  » non serviam «  »
    Les hommes peuvent ils faire confiance à leur ennemi ?
    Ne croyez vous pas que ce «  »porteur de lumière «  » nous entraine plutôt vers les ténèbres ?
    Dans sa dernière intervention vidéo, Paul Jorion est extrèmement pessimiste sur nos chances à sortir de la crise
    Les amis du porteur de lumière sont à l’oeuvre : ils mentent , ils volent ,ils pillent ,détruisent la création et trucident les créatures pour s’approprier leurs dépouilles
    Chaque fois qu’ils proposent un progrès, c’est pour mieux nous asservir et nous entrainer vers l’abîme
    Regardez bien , ce sont ceux qui nous ont mis dans la «  »purée «  » qui se proposeront de nous en sortir avec de nouvelles solutions encore plus infâmes
    Pour comprendre tout cela , il faudra que le genre humain subisse un exode dramatique suivi d’une traversée sans fin du désert

    1.  » Mais, de quelles lumières parle t on ? »

      Les lumières du libéralisme ou du socialisme qui préfèrent d’abord me parler des défauts chez les autres, n’amènent peut-être pas toujours mieux une meilleure conscience de vie et de changement en société.

      Le mal change souvent de forme dans l’histoire lorsque ce n’est plus possible de faire autant de mal sous
      sa première forme, le faux porteur de lumière n’apporte jamais une meilleure conscience à l’homme.

      Un mal peut très bien cacher un autre mal,

  10. Vous touchez là le coeur du problème des sociétés humaines. Que l’accession au pouvoir se fasse par la violence – complots – assassinats – coups d’état – ou par un processus électif – universel ou censitaire – le résultat est finalement le même : Le pouvoir est conquis par ceux qui le désire le plus, et ceux là sont souvent atteint de mégalomanie et autres maladies psychiques pathogènes. Ces hommes (et femmes bien sûr) sont capables de tout ou presque pour satisfaire leurs ambitions démesurées et leur marche vers les sommets aggrave encore leur maladie : clientélisme – chantage – menace – corruption – mensonge – populisme – démagogie – crimes etc..

    La conclusion logique est que la désignation des représentants du peuple devrait être laissée au hasard. Il existe déjà des listes sur lesquelles sont désignés les jurés des cours d’assise a qui la société demande de juger en leur âme et conscience. Tirons au sort dans ces listes nos représentants locaux, régionaux et nationaux pour un seul et unique mandat. L’exécutif ne serait que l’exécutif, c’est à dire l’exécution de ce que décideraient les assemblées législatives. La justice retrouverait toute sa place et toute son indépendance.

  11. «Il n’est pas une réforme religieuse, politique ou sociale, que nos pères n’aient été forcés de conquérir de siècle en siècle, au prix de leur sang, par l’insurrection.»

    Eugène Sue. (texte de 1830 environ)

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