BFM Radio, lundi 15 mars 2010 à 10h46 – La fraude ordinaire

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Le gros rapport publié la semaine dernière sur la fin de Lehman Brothers a créé la surprise. Les choses qu’on y découvre ont un parfum de déjà vu. Et ce qu’on a déjà vu a un nom dont la plupart se souviennent, c’est Enron, la compagnie « modèle », septième entreprise aux Etats-Unis en son temps, spécialisée dans le négoce de l’énergie qui, en 2001, s’effondra en quelques semaines.

Quand Enron est tombée, les écrans de fumée se sont dissipés et on a découvert qu’au-delà des jeux de miroirs, il n’y avait pas grand-chose. Le rapport de 2 000 pages, mandaté par ceux qui ont perdu des plumes dans la faillite de Lehman Brothers, révèle que, pour ce qui touche aux tripatouillages de sa comptabilité, la quatrième firme de Wall Street n’avait rien à envier à Enron. Quand la fin du trimestre financier approchait, on déguisait un « repo », une mise en pension de titres, en une vente, et on améliorait de cette façon le bilan de 50 milliards de dollars environ. Une fois les chiffres publiés, on rapatriait la dette et on rendait les sous. Ça arrangeait tout le monde : les investisseurs étaient contents, la notation de crédit était dopée, et quand cela a commencé à sentir le roussi, la direction de Lehman a pu dire sur un ton d’autorité, que la firme avait pris des mesures draconiennes pour réduire son endettement. Elle ne l’avait pas fait, et n’avait aucune intention de le faire. Entre le début de ses ennuis et sa faillite, Lehman est même arrivé à multiplier son exposition au risque, par trois.

Et ces manipulations étaient légales. Enfin presque. Lorsque de nouvelles règles de comptabilité furent mises en place aux Etats-Unis en 2000, une équipe chez Lehman s’est mise au travail pour trouver comment les contourner – ce n’est pas exactement ce qu’on appelle : « respecter l’esprit de la Loi ». Comme la combine trouvée était trop grosse pour l’Amérique, on s’adressa à un cabinet d’avocats à Londres, prêt à jurer qu’une fausse mise en pension était parfaitement légale en Angleterre, on trouva aussi – comme dans le cas d’Arthur Andersen avec Enron – une grande firme d’audit prête à détourner la tête le temps qu’il faudrait à la fin de chaque trimestre.

Certains commentateurs s’empressent de dire que l’opération « Repo 105 », parce que c’étaient les 105 % de collatéral qui permettaient de faire passer la mise en pension pour une vente, était une invention originale de Lehman Brothers. Mais qui mettrait la main au feu que rien de tel n’existait dans les comptes de Bear Stearns, qui avait précédé Lehman dans sa chute de très peu ? Et je ne parle encore là que des morts ! Combien d’autres Enron parmi ceux qui sont toujours en vie ?

Pourquoi le font-ils ? Vous savez très bien ce qu’ils diraient : « Parce que les autres le font, et que ce serait un tel handicap pour moi si je ne le faisais pas : je ne m’en sortirais jamais ! » Ce genre d’arguments, on l’a beaucoup entendu ces deux dernières années : « Si on l’interdit ici : d’autres le feront ailleurs », sous-entendu : « D’autres… et moi y compris ! ». N’empêche, même si c’est vrai, on aimerait bien entendre de temps à autres, la phrase qui présente ce genre d’arguments, précédée par : « Je sais que c’est malhonnête mais… » Mais ce « Je sais que c’est malhonnête… », on ne l’entend en réalité jamais. Et c’est pourquoi le meilleur terme pour ce qui vient d’être découvert à propos de Lehman Brothers, c’est : la « fraude ordinaire ».

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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159 réflexions sur « BFM Radio, lundi 15 mars 2010 à 10h46 – La fraude ordinaire »

  1. Notre société est tombé bien bas: j’ai l’impression que la doxa actuelle est: ce qui est légal est OK. Dans les conversations qu’on peut avoir avec des amis autour d’un verre, quand on dénonce un comportement sur base morale, on entend répondre « Mais c’est légal. Ou est le problème? ». L’interlocuteur ne perçoit bien souvent même pas que l’argument est moral, donc sur un autre plan. Et quand il s’en rend compte intuitivement, la réaction est bien souvent de rejet: ce n’est pas un plan sur lequel il est accepté de discourir/argumenter.

    Comment notre société a-t-elle pu rejeter l’idée morale à ce point? Je vais peut-être aller relire de Tocqueville…

    1. Que nous soyons bien bas, c’est incontestable. Mais tombés? Quand avons nous été plus haut? Les années 50? L’entre deux guerres? Ce qui nous apparait actuellement comme une absence de morale n’était que parfaitement légitime il y a cinquante ans et plus. Je serai plus positif: la circulation de l’information et l’élévation du niveau d’éducation moyen (il y a maintenant plus de gens n’appartenant pas à la classe manipulante qui sont en mesure de comprendre ce qui se passe) mettent en évidence cette « faiblesse » morale.

    2. Mmmmmh…J’ai parfois l’impression que le monde n’était pas plus moral avant qu’aujourd’hui, mais qu’au moins une plus grande proportion de personnes en avait conscience. On peut être fataliste parce que conscient du rapport de force mais néanmoins lucide sur la situation. Cela me semble en tous cas plus encourageant que la situation actuelle où une grande partie de la population en parvient pas à clairement exprimer: ceci ou cela est immoral.

  2. Mr Jorion, permettez-moi d’ajouter un mot à votre: « la fraude ordinaire »

    Rajout: la fraude C’EST l’ordinaire!!!!!!!!!!!du:

    Citoyen citoyennant lambda jusqu’aux Zélites élus démocratiquement à la majorité non qualifièe.

    Tant que le Si ce n’est pas moi çe serait un autre, dérivé du, si ce n’est pas toi c’est donc ton frère, la référence fratrie ayant disparue, du clan restreint l’ouvertutre au monde puis retour sur le sectaire des marchés financiers, la boucle est bouclée.

    Bon courage à tous, citoyenne salutations.

  3. Le droit !

    la justice, des moyens, et la fin de la dépénalisation du droit des affaires !

    Voilà une bonne raison de voter

  4. Cher Paul Jorion,

    ALors que l’on apprend ce matin la confirmation par la presse néerlandaise de la participation dans la combine d la banque néerlandaise ABN-AMRO dans la fraude de Lehman, avec Barclays, Mizuho, UBS, Mitsubishi, Deutsche Bank, et KBC, je pense que sur ce commentaire, il n’y a pas lieu de prendre des ‘précautions oratoires’ et de bien souligner que la firme d’ audit impliquée est Ernst et Young

  5. « fraude ordinaire »… Juste constat et au combien écoeurant.

    Une chose me gène, néanmoins. Et j’espère que vous me rectifierez si je sors une bêtise.
    J’ai en effet lu, sur un blog d’économiste, et je ne veux, par là, pas entrer dans les fumeuses théories du complot, que Lehman avait été poussée à la chute à grands coups de spéculation à la baisse sur 15 jours…
    Les crabes se mangeant entre eux, ce n’est pas sentimental, c’est pour affaire.
    Et, rappelez-vous, le système a failli s’arrêter complètement car tout le monde savait que personne n’était à l’abri d’une attaque… autant que de chuter par la faute de la faillite d’un « partenaire »…

    Le fameux « rapport » ne serait-il pas une vaste propagande destinée à détourner l’attention sur les causes réelles de cette magnifique faillite…???

    1. Yvan,

      J’ai lu l’histoire de la spéculation à la baisse sur Lehman bien avant aujourd’hui. Je confirme ce bruit. Pour la manipulation de l’opinion, je réserve mon opinion personnelle.

  6. Oui on connait la réponse toute faite : « ce n’est qu’une pomme pourrie » … le reste du panier va bien, dormez tranquille braves gens, on s’occupe de tout.

    Mais c’est le système de libre concurrence qui veut ca !
    Pour faire de l’argent, c’est facile : tricher avec les lois, s’évader fiscalement, obtenir du cash de la FED et prendre un gros pourboire, et maquiller tout ça pour que l’ignorant n’y voit que du feu.
    Ensuite, histoire de boucler la boucle, avec l’argent gagné : financer les politiques, les lois, et les surveillants pour avoir les bon tuyaux et s’assurer de ne pas être inquiété.

    Et ils estiment avoir les esprits les plus brillants de la planète a leur service ! quelle blague …

    1. @ mais pourquoi Diable voyez vous des complots partout ?
      Et si ce rapport n’était que le produit normal d’un comportement normal des institutions américaines ?
      Notez bien d’ailleurs que rien de tout cela n’est encore public, et le doute doit toujours bénéficier à l’accusé, même s’il est financier
      amicalement

  7. le débat se situe entre le LEGAL et IMMORAL :

    ce que font des sociétés comme enron ( ou carrefour ) ,à savoir une intégration verticale de la finance est tout à fait légal :

    on peut empiler assurance qui couvrent les suivantes: banque commerciale où les salariés mettent leur salaires ,banque d’entreprise où les filiales empruntent ,consulting où états et entreprises concurrentes montent leur projet financier sans personne n’y retrouve à redire même en cas de faillite !

    mais enron etait un petit joueur en étant intégré quand ça krach ça krah ! ,les systemes distribués tel kpmg/morgan chase,goldman sachs/deloitte et leurs agences de notation affiliées fonctionnent plus comme des famiglia de mafia et réagissent mieux aux tentatives d’immunisation citoyenne .

    il est absolument IMMORAL que des agences de notation ,des cabinets d’audit et des banques fonctionnent en vase clos et controlent le monde mais c’est pourtant encore LEGAL

    1. Non. Les combines d’ENRON étaient (en plus) illégales. D’où le procès. Si la tricherie de Lehman est avérée (et il semble bien qu’elle le soit), elle est illégale. Il ne faut pas confondre respecter la loi et ne pas se faire prendre.

  8. La chute d’ENRON m’avait impressionné, à une époque où ma petite boite travaillait pour un grand groupe auquel il fallait « reporter » chaque trimestre (quarter) : Q1, Q2, Q3 et Q4. Je pressentais que cette fraude gangrenait probablement des pans entiers de l’économie, comme le dopage dans le monde sportif : même les golfeurs prennent des beta-bloquant pour rester zen !

  9. Doit-on encore s’étonner de cette réalité alors que nous savons depuis longtemps que « Tout ce qui n’est jamais sanctionné est véritablement permis. Il est donc archaïque de parler de scandale. » Guy Debord, Commentaires sur la société du Spectacle. 1988 !

    1. Je ne sais pas si c’est le terme archaïque, mais…

      Ne serait-ce pas le début de l’anarchie, à ce moment-là…???
      Plus de Justice ni de lois pour le financier…

      En fait, on arrive à un ordo-libéralisme parfait : les seigneurs règnent tels des dictateurs.

    2. Une illustration de cette réalité : en matière de prévention routière , le nombre de morts et de blessés sur les routes de France n’a commencé à baisser que lorsque les sanctions sont devenues effectives et significatives.

      La règle du pas vu-pas pris n’a commencé à perdre des adeptes qu’avec l’arrivée des radars automatiques qui voient , qui verbalisent et qui envoient le courrier .

      Il faut donc une sanction ( la force dirait Montesquieu ) avec la loi .

      D’où l’immense responsabilité de celui qui édicte et pèse la loi .

      Et l’importance de la démocratie pour ce faire .

    3. @ yvan
      Etes vous sûr de ce que vous avancez ? Historiquement parlant en tout cas, le libéralisme a toujours été du côté de la loi. C’est bien ce que lui reprochaient les 68 ards . Il lui opposaient l’anarchie
      On aurait alors un retournement des choses assez bizarre , vous ne trouvez pas ?.

    4. @ Claude Roche
      Le libéralisme, historiquement, oui.
      Mais le néo-libéralisme, non. Dérégulation et retrait de l’Etat, auto-régulation et contrôleurs contrôlés par les contrôlés, depuis Reagan et Thatcher, les gangsters en col blanc ont pu mener leurs affaires comme bon leur semblait. On voit le résultat.

    5. Non non, Monsieur Roche.
      Nous ne parlons pas de Justice s’appliquant aux mêmes sortes de délinquants.

      Ainsi, on peut très bien renforcer les sanctions pour un voleur de pomme, et dans le même temps, permettre à un financier de présenter un bilan de société complètement faux.

      Et j’insiste pour bien dire que ce n’est pas un comptable qui fait preuve de créativité car son job consiste à suivre le mode d’emploi.
      C’est par contre le financier qui decidera qu’un actif devenu subitement pourri aura une certaine valeur n’ayant pas de valeur certaine.

    6. Et, dans mes nombreux souvenirs professionnels, me revient à l’esprit ce patron qui a essayé pendant 2 jours de me convaincre de faire en sorte que l’ordinateur sorte les chiffres qu’IL voulait…
      Extraordinaire commercial, par ailleurs, qui a fini de m’achever au bout des deux jours en me disant dans les yeux : « Mais je voulais voir si ça marchait… »
      Il m’a tuer sur place, le gars.

    7. @ amsterdamois et les autres
      Attention aux poncifs ! Cela évitera de faire comme le blogueur qui s’écriait « qui donc aurait prévu que l’europe cherche à interdire la spéculation sur les CDS! Je suis d’accord avec votre distinction entre libéralisme et néolibéralisme , d’accord pour en noter la tendance anarchisante du néloibéralisme. Mais c’est d’abord ‘anarchisme qu’il faut condamner.
      Car dire que le déni de la LOI a commencé avec Reagan et Teatcher cela peut faire plaisir ici, mais c’ est une plaisanterie . ( j’ai été longtemps été examinateur à Science Po, et croyez moi vous n’auriez pas tenu longtemps sur un tel terrain). L’anarchisme historiquement a toujours été porté par la gauche des syndicats ouvriers. Et croyez moi il y en avait plus « d’un sur cent » comme disait L Ferre . Dans la période moderne c’est l’univers 68, et l’univers hippie qui lui ont redonné des ailes : le néolibéralisme est d’abord un produit de cette tendance lourde

      Maintenant, je crois que le mieux est de faire l’expérienxce vous même : pernez des gens au hasard et parlez leur de la nécessité de rétablir la force de la LOI .. vous verrez bien qui vous comprend et qui ne vous comprend pas. Pour Yvan : vous entendrez d’ailleurs souvent parler de cette histoire de voleurs de pomme.. et vous verrez bien qui l’emploie
      amicalement

    8. @ Etienne, la lecture de debord est un instrument très intéressant pour comprendre notre société aujourd’hui.
      @Yvan, anarchisme n’est pas le désordre, mais bien au contraire une société avec des règles, ne reproduisez pas comme beaucoup cette fausse idée sur l’anarchisme de chaos. 🙂

    9. @Claude Roche, Anarchisme ne veut pas dire chaos et les libertaires ne refusent pas les lois. La doctrine de Bakounine et de Proudhon entre autres n’est pas fondée sur l’inexistance de règles de vie ensemble, bien au contraire. 🙂

  10. Et dire qu’il y a parmi ces braves gens les mêmes qui critiquent la Grèce !!!
    Vous parliez de mondes parallèles Monsieur Jorion, nous sommes bien dans des mondes parallèles les mêmes attitudes dans un monde c’est légal dans l’autre pas et pour le citoyen ordinaire comme vous et moi il reste le système D.

  11. Au juste s’il y a quelqu’un parmi vous qui peut m’expliquer à quoi sert le Repo en général, qui est la même fonction que le vieux Réméré de notre droit ?
    Et si ces pratiques sont légales ne pas les déclarer comme dans le cas de Lehman et autres, je ne crois pas que cela soit légal.

    Loin s’en faut.

    C’est un peu comme Altran à la grande époque avec ses acquisitions en earn out, dont les profits faisaient monter l’action mais dont la dette se cachait en hors bilan…

    Et quid des pratiques de Parmalat, et pourtant on va encore taper sur le chômeur, celui qui touche le RSA mais pas sur ces gens là, Monsieur,
    Pour plagier Brel,
    Il faut dire Monsieur que chez ces gens là, on ne triche pas Monsieur, on fait de la finance…

    1. @liervol

      Comme je ne vois pas de réponse à votre demande d’explications concernant les repos, je vais tenter de m’y lancer.

      Tout d’abord, il s’agit d’un diminutif d’origine anglo-saxone (américain pour être précis) mais qui est couramment employé dans le monde entier qui signifie « repurchase agreement ». En français, on parle de pension livrée (voir plus loin pourquoi livrée). Il s’agit d’un exemple typique d’instrument du marché de gré à gré (OTC pour Over The Counter comme disent les anglo saxons).

      En quoi cela consiste? C’est tout simple. Comme pour de nombreux instruments financiers, vous avez deux parties qui s’engagent à respecter un contrat non révocable (au sens juridique) de vente temporaire de valeurs, titres (en finance on parle d’effets) généralement à finalité de financement de celui qui met en pension ses effets. Cela lui permet de se financer sans perdre à terme la propriété de ses effets. Bien entendu, tout cela n’est pas gratuit: le prêteur d’effets devra reverser des intérêts au prêteur de numéraire (en finance on dit à la contrepartie) à une date prévue dans le contrat (le terme) et en principe non renégociable. Les effets en question servant de garantie (en finance on dit collateral).

      Dans la pratique, il y a deux transactions:
      1°) La cession des titres avec transfert de compte suivie du versement du numéraire,
      2°) Le remboursement du collatéral intérêt compris à la date convenue suivie de la restitution des titres.

      On constate donc que les titres changent de comptes lors de la cession et la rétrocession. C’est pour cela que l’on parle de pensions livrées car il existe également des pensions non livrées.

      Donc comme l’indique M. rien de mal là dedans.

      Où est donc le problème? Eh bien, dit comme cela il n’y en a pas. Il faut bien entendu avoir un regard critique pour voir l’usage que l’on peut faire de ces instruments financiers:

      1°) Avant la crise financière dite des subprimes, l’évaluation du risque sur ce type d’opérations était principalement centrée sur le risque de contrepartie (les rôles changent par rapport à ce que j’ai exposé olus haut. Ici on prend alors le point de vue du prêteur de numéraire). Donc si la contrepartie s’appelait Lehman Brothers, Bear Stearns, City Group, Goldman Sachs ou autre grand nom de la finance autant dire que le risque était évalué à quasi nul. Bref, le rôle de la valeur des effets était non pas occulté mais énormément minoré car de toute façon une telle banque ne pouvait manquer d’honorer son contrat. Dans l’affaire Lehman, je ne sais pas d’où venait le problème. L’enquête le dira peut être et encore cela n’est pas sûre. Mais je ne serais pas surpris que la valeur du collateral était le problème. Mais il faut être deux dans la combine pour faire ce genre de magouille car après Juillet Août 2007, toutes les banques se méfiait de toutes les banques et craignait ce type de problème en toute bonne foi. Elles avaient donc toutes passé des consignes très fermes pour que les collaterals soient passées à la loupe et pour que les contrats soient signés au plus haut niveau. Non, vraiment si le problème vient de là il y a forcément une contrepartie qui moyennant une forte rémunération (probablement pour se refaire après de lourdes pertes) à accepter de fermer les yeux.

      2°) Le Diable est dans les détails. Quand on creuse la question, on se rend compte vite que tout tourne finalement sur la nature des effets que l’on accepte comme collateral. Et là, de grandes divergences apparaissent entre l’Europe continentale et le monde anglo-saxon (principalement États-Unis et Royaume Uni). En France, je parle sous le couvert de M° Gauvin Alain, les pensions (livrées ou non) sont régies par l’article L.432-12 du Code monétaire et financier qui donne un cadre juridique assez précis. Le législateur anglo-saxon est beaucoup plus flou et laisse finalement les contractants libres de négocier, libres de prendre des risques que eux seuls sont aptes à évaluer, vis-vis de partenaires que eux seuls choisissent. Bref pas de régulateur et pas de législateur ou si peu.

      3°) De telles opérations financières ont bien entendu un impact sur les bilans des entreprises cotées qu’elles sont toutes. De là a penser qu’elles puissent être utilisées pour maquiller des pertes qu’il faut bien honorer en numéraire, il n’y a qu’un pas. On nous dira mais où est le problème lors de la restitution des titres, les problèmes réapparaitront donc les comptes retrouveront leur valeur et même en dessous car des intérêts ont été versées. Oui, si vous êtes un péquin de la finance mais pas lorsque l’on s’appelle Lehman Brothers (mais ils n’étaient pas les seuls à demander cela en menaçant d’une catastrophe internationale qui s’est tout de même produite) car vous disposez d’appuis politiques et du brouhaha médiatique pour faire passer une idée crapuleuse comme une nécessité nationale devant faire loi, à savoir évaluer les titres et donc les répercuter dans les comptes, non pas à leur meilleure valeur du marché pour le trimestre en cours (strictement nulle puisque personne n’en voulait. Marché devenu totalement non liquide comme ont dit dans la finance), ce qui est tout de même un comble pour des banques qui constituent lme coeur du capitalisme, mais à leur meilleure valeur pour l’année en cours. En clair on évalue les titres à leur valeur en début d’année. Là encore les règles sont beaucoup plus strictes en Europe continentale et les règles comptables françaises n’autorisent pas ce type de manœuvre. Malgré tout, cela n’a pas suffit. Il a fallu que la Fed intervienne. Paul Jorion en a déjà parlé. Mais malgré cela Lehman y est passé. Là encore, les liens entre politiques et milieu des affaires qui ne font qu’un aux Etats-Unis ont permis cela. Pour vous en concvaincre, regardez le nom des administrateurs du NYSE, du NASDAQ ou encore de certains fonds d’investissement comme Carlyle. Vous y trouverez tout le Gotha du parti Républicain et du parti Démocrate.

      Cordialement.

  12. Bjr Paul,

    vous concluez ainsi votre intervention :
    N’empêche, même si c’est vrai, on aimerait bien entendre de temps à autres, la phrase qui présente ce genre d’arguments, précédée par : « Je sais que c’est malhonnête mais… » Mais ce « Je sais que c’est malhonnête… », on ne l’entend en réalité jamais. Et c’est pourquoi le meilleur terme pour ce qui vient d’être découvert à propos de Lehman Brothers, c’est : la « fraude ordinaire ».

    Ceci fait pleinement écho au commentaire que j’ai posté hier en réaction à votre billet
    « Le duc d’Aiguillon, le vicomte de Noailles, le vicomte de Beauharnais et le duc du Châtelet »

    J’ai écrit notamment :
    « Que valent les arguments face à des personnes coupables de malhonnêteté et de mauvaise foi ?
    Pensez-vous réellement que vos propositions de solutions « techniques », aussi pertinentes soient-elles, les amènent à des réflexions nouvelles sur ce qu’est l’intérêt général ?
    A ce titre, je rentre dans la catégorie de vos amis « ennemis centrés » mais avec ce distinguo fondamental :
    Mon objectif n’est pas celui que vous m’attribuez : « me débarrasser de mon ennemi »
    Mon objectif est identique au votre : « rallier le plus grand nombre à mes idées ».
    Et mes idées sont que nous avons affaire à une caste dominatrice malhonnête et de mauvaise foi. Ces gens-là fonctionnent en cercles fermés et qui n’ont que faire des arguments que nous opposons à leur action.
    Et mon objectif est que « le plus grand nombre » les reconnaissent pour ce qu’ils sont, que « le plus grand nombre » leur retire leur « supposée » légitimité, que « le plus grand nombre » fasse entrer la contradiction au sein des « cénacles », en portant à la direction des affaires de nouvelles personnalités issues de courant « non alignés ».
    Parce qu’aussi longtemps qu’on laissera les manettes économiques, politiques et médiatiques entre les seules mains de ceux qui ont franchis « le plafond de verre », nos idées seront regardées avec condescendance et mépris ».

    A la dénonciation des « coupables » et au rapport de force pouvant déboucher sur des violences « émeutières »,
    vous opposez une approche se voulant plus constructive, plus subtile, plus diplomate, plus stratégique : rallier des « responsables » à vos idées, leur faire admettre qu’ils sont entrés dans une impasse et finalement…leur proposer une porte sortie honorable.
    Ce que je résumerais ainsi : « Faites un effort et on tâchera de passer l’éponge ».

    Cette approche sous l’angle du compromis, équivaut simplement à une « négociation » non ouvertement présentée comme telle. Vous souhaitez visiblement vous inscrire dans une démarche gagnant-gagnant et cela ne fait certainement pas de vous un « vendu », comme certains l’ont apparamment suggéré.
    Recherche de compromis n’est pas compromission.

    Simplement, êtes-vous sûrs que ces « responsables », ces « ennemis » (aux yeux de certains de vos contradicteurs), sont réellement intéressés par « une porte de sortie honorable ?
    Sont-ils concernés par l’honneur ?

    De combien de responsables (financiers, politiques) les « malversations » comptables d’Enron étaient-elles connues avant qu’elles n’éclatent au grand jour ?
    La justice est-elle passée ?
    Le citoyen a-t-il pu apprécier l’équité de traitement entre fraudeur « oligarque » et fraudeur simple particulier ?
    Non.
    Le dossier Enron a été enseveli sous les décombres du WTC7 (bâtiment 7 du World Trade Center, qui s’est effondré, comme les Tours jumelles, le 11 septembre 2001)

    De combien de responsables (financiers, politiques) les « malversations » comptables de Lehman Brothers, Bear Stearns, etc, etc… sont elles connues ?
    La question n’est pas bonne.
    En voici une plus pertinente :
    Pensez-vous qu’il existe des responsables (financiers, politiques) qui ignoraient les « malversations » comptables dont se rendaient coupables Lehman Brothers, Bear Stearns, etc, etc… ?

    Vous apportez vous même l’illustration de ce que j’ai écrit hier :
    « nous avons affaire à une caste dominatrice malhonnête et de mauvaise foi. »
    …qui tient les commandes d’un système basé sur de gigantesques « fraudes ordinaires ».
    et qui se soucie de l’honneur et de l’intérêt général comme de leur dernière déclaration fiscale honnête.

    Et c’est là où intervient finalement la symbiose entre votre position (ralliez à vos idées) et celle que vous prêtez à vos contradicteurs sur votre blog (« me débarrasser de mon ennemi »).
    Le seul véritable argument qui peut amener les « oligarchies dominantes » à entrer dans le jeu d’une négociation gagnant-gagnant, ce n’est pas l’argument moral ou rationnel (« Parce qu’aussi longtemps qu’on laissera les manettes économiques, politiques et médiatiques entre les seules mains de ceux qui ont franchis « le plafond de verre », nos idées seront regardées avec condescendance et mépris »).

    Le seul véritable argument qui peut amener les « oligarchies dominantes » à entrer dans le jeu d’une négociation, c’est au contraire le sous-entendu qui diffuse cet avertissement :
    « faites vite, ils sont furieux et je ne sais pas combien de temps on va pouvoir contenir leur soif de vengeance ».

    1. Globalement assez d’accord avec votre position. Si bien entendu « la raison devrait l’emporter », c’est rarement le cas sans rapport de force important (politique, j’insiste).

      Il faut revenir en peu en amont, comment a était « négocié » le passage du GATT a l’OMC (élaboré dans le secret le plus total. Interdiction aux élus et tout autres de divulguer le contenu ne pouvant être lu que dans un local étroitement gardé, interdiction de copie, etc..) Même démarche pour le célèbre AMI, c’est reparti de plus belle actuellement avec l’ACTA ….. Quand aux DROIT et au LEGAL, c’est quoi ? Le vote par le dominant du moment de lois et règlement a son avantage, donc depuis…… pas mal de temps, de l’« oligarchie dominante ».

      Et que les dénonciateurs de « la théorie du complot ou contre les complotistes, ouvrent un peu les yeux et les oreilles (ça évitera de perdre du temps à dire des âneries) Il n’y a pas de complot (quoique que ? Quand ils font dans le secret, en privé, sans débat, ça y ressemble fortement) mais un faisceau d’intérêt convergent qui unifie l’alliance de la dite oligarchie contre les peuple (vulgairement nommée ‘’lutte des classes’’.. Warren Buffet)

      C’est la Démocratie qui doit reprendre ses droits (Un peuple éduqué et informé) et le contrôle des institutions qu’il se donne (mais le souhaite il vraiment ?) car, c’est fatiguant, la démocratie, compliqué, pas simplement je vote et débrouille toi ! (c’est même je vote pas et j’accuse)

      L’ensemble du système financier en place n’est qu’une arnaque, il faudra faire un virage a 180° et ce n’est pas avec les actuels ‘’zélites’’ que ça va et peu changer. Alors, voui il faut des argument pour convaincre (c’est plus civilisé), mais, c’est contraint et forcé que le virage pourra se prendre. Et quant on voit le résultat des élections françaises, c’est pas gagné ! Cordialement

  13. Et oui, lorsqu’il s’agit de faire du fric tout peut se justifier, c’est la valeur suprême, le « veau d’or » contemporain. Faire de l’argent c’est malin, s’en détourner est vu comme ringard ou stupide. Et les Etats-Unis donne le ton. Le pire c’est que cette sorte de religion a contaminé toute la Terre, transcendant les civilisations et les individus. Partout le fric, le fric, le fric c’est chic…

  14. De telles magouilles existent depuis longtemps. Les produits dérivés sont continuellement utilisés à ces fins. Et généralement sur l’initiative des banques.

    Dès le début des années 90, les banques anglaises et les filiales américaines sises à Londres (les institutions de la City), approchaient les sociétés et entreprises disposant d’une trésorerie importante. Elles leur proposaient d’acheter des actifs financiers détenus par les banques, au cours du jour. Simultanément, elles conviaient ces sociétés à leur émettre une option d’achat (call) d’une durée dépassant rarement les six mois. Le prix d’exercice de ces options était d’une unité (un dollar, un livre, un franc,…) mais leur prime (leur valeur marchande) équivalait à la valeur totale des actifs achetés.

    Le but était simple : officiellement les actifs disparaissaient des comptes de la banque, puisque devenus propriété des acheteurs étrangers. De cette façon la banque esquivait ses obligations en matières de ratios, camouflait des profits imposables. L’achat de l’option, lui, ne figurait pas sur les comptes ou, à tout le moins, était difficilement perceptible. L’acheteur, lui, profitait aussi de l’affaire, réalisant une plus-value sur son achat, sans débourser un centime. Il rendait finalement service. Les titres en question ne quittaient jamais la banque et si officiellement ils n’étaient plus sa propriété, la banque en conservait l’usufruit.

    Au bout des six mois, la banque exerçait son option, payait le dollar, la livre ou le franc, et récupérait la propriété officielle des titres.

    Alors, les affaires Enron, Lehman et bien d’autres, il en existe à la pelle. Les experts comptables le savent pertinemment mais n’osent pas le divulguer de peur de perdre un bon client.

    1. @Jean-Pierre,
      Limpide ! Donc grâce à cette astuce comptable, les établissements financiers « offshorisent » leurs gains/Pertes pour ne pas que « cela se voit ». A mon petit niveau, cela ressemble à un tripatouillage dans une grosse arnaque à la Ponzi : Seuls les premiers de la liste seront servis, diluons les noms des ayants droits et leurs responsabilités des livres comptables, formalisons de nouvelles règles pour reculer l’échéance inéluctable parce qu’un jour l’investisseur qui aura déposé son argent à la banque Lehman découvrira qu’il n’a rien investit, sinon que son capital a servi à payer les intérêts des ayants-droits présents avant lui ou les pertes au nom de la banque. Si c’est ça à cette échelle, c’est du grand art (j’espère me tromper).

  15. « Je sais que c’est malhonnête mais… »

    Je rêve d’entendre un politicien dire : « Je me suis trompé mais… » ou « Pardonnez-moi mais… »

    Reconnaître ses torts, un défi insurmontable dans les hautes sphères…

    1. Homard :
      Nicolas Machiavel : « Lorsque l’on est puissant, on a pas besoin d’être transparent »

    2. Comme vous Homard

      Je rêve d’entendre un jour un politicien nous dire : « Tout ma vie je me suis trompé, toute ma vie
      j’ai cru faire le bien de mon pays comme de mon parti, hélas plus les jours passent et plus je m’approche de l’heure fatidique, et plus je me rends compte que je n’ai guère mieux contribué à changer le cœur et l’esprit des gens en société, oui toute ma vie je me suis trompé, oui toute ma vie j’ai cru bien faire le bien du monde c’était surtout le seul objectif de ma vie sur une tribune comme de mon parti. »

    3. Hhmm… impossible.

      La politique est devenue aussi une affaire commerciale juteuse.
      Dans ces cas-là, on ne « fait » pas d’erreur. On est juste responsable mais pas coupable.

  16. How doth the little crocodile…

    HOW doth the little crocodile
    Improve his shining tail,
    And pour the waters of the Nile
    On every golden scale!

    How cheerfully he seems to grin
    How neatly spreads his claws,
    And welcomes little fishes in,
    With gently smiling jaws!

    Lewis Carroll

  17. Il est clair que l’on peut envoyer la firme en question (Ernst & Young) se faire appemer « Arthur ».

  18. @Freedem
    Je vous rejoins dans votre approche des oligarchies dominantes qui ont réussi à rassembler quasiment tous les pouvoirs. Il y a du mépris, de la condescendance, de l’indifférence mais
    la conviction ancrée au plus profond de leur être que s’ils sont là où ils sont c’est qu’ils sont
    suprêmement « intelligents » et que vous si vous êtes là où vous êtes c’est que vous ne méritez pas mieux. Il y a aussi cette supériorité qui arrive à nier les besoins de l’autre parce qu’il n’est pas comme moi et donc je ne vais pas l’autoriser à faire comme moi. Rappel : les vacances étaient
    pour les riches qui avaient la Côte d’Azur. Il a fallu que les générations précédentes luttent pour avoir des congés payés pour aller sur le côte d’azur.

    « faites vite, ils sont furieux et je ne sais pas combien de temps on va pouvoir contenir leur soif
    de vengeance ». Je pense que le décompte a déjà commencé. Quand le bateau coule ne dit-on pas que les rats se sauvent.
    Je signale un article de l’expansion de mars 2010 Le réseau politique de Bernard Arnault.
    Son bateau pourrait être celui de l’arche de noé.

  19. Bonjour à tou-tes- et Merci,

    « Anti-dédicace à l’ordinaire »

    Le temps de « la fraude ordinaire »
    N’est pas fini et loin s’en faut
    Tellement il gangrène notre Terre
    Mettant les gens en porte-à-faux !

    L’Etat facteur de transparence
    Au lieu de remplir sa mission
    Est complice de cette décadence
    Tellement est forte la tentation !

    Il perd sa légitimité
    Au fil de pâles élections
    Qui n’attirent plus dans la cité
    Que des visages sans vocation !

    « Il y a feu en la demeure »
    Disait Paul Jorion ici-même
    A la recherche d’un monde meilleur
    Où les gens rediraient : « je t’aime ! »

    luami
    Bon voyage dans la Vie !
    http://luami.viabloga.com

  20. Il faut de temps en temps parler de moralité. Car les banquiers, firmes d’audit et expert-comptables ne savent pas ce que c’est. Non pas qu’ils soient « mauvais » ou foncièrement malhonnêtes. Ils font ce qui est permis de faire, et même plus. Pour ces catégories professionnelles, le résultat de leurs actions n’est ni bonne ni mauvaise, elle est chiffrée. Ces gens sont en guerre, en guerre économique, mais il n’y a pas de morts en face, pas de blessés, il y a des perdants, des moins malins, des moins rapides, des moins intelligents. Au niveau spirituel, ces gens sont au niveau du gamin de 12 ans, de bonne famille, brillant, parfaitement égocentrique, bourré d’ambitions. La vie est un jeu. Le monde de la finance leur offre un terrain de manoeuvres, de combat virtuel, il s’agit de se comporter en parfait pirate, en prédateur, en fauve ( une variété d’animal qu’on adore dans les bureaux des Executives), faire preuve de ruse, jouer et ne pas se faire prendre. Cette attitude est non seulement admise elle est encouragée. Le monde de la finance recrée une sorte de jeu tribal, de guerre virtuelle, non pollués par le sang, les tripes, la boue, la souffrance, la mort. Il n’y a qu’un seul moyen de moraliser cette industrie, c’est de lui taper sur les doigts, encore et encore.

    1. Pas de morts…??? Un doute m’habite.

      Si l’on met à part les millions de morts de faim ou d’absence de soins, les chômeurs de tous les pays qui ne peuvent plus avoir de projets de vie, les patrons de PME qui se suicident, les guerres par procuration dans quelques coins de la planète,…

      Alors, oui, si on ne considère pas les dégâts de la finance, elle ne fait presque pas de mal.

      Cette « industrie » ne doit pas se faire taper sur les doigts. Mais se faire strictement encadrer et encore…
      Il y aurait toujours un zouave pour contourner les règles.
      Par contre, bloquer strictement un enrichissement à un maximum mondial semble la seule solution.

  21. Une petite remarque sur ce rapport et ses conséquences,

    le temps passé à légiférer sur Sarbanes Oxley semble donc du temps perdu puisqu’il n’a rien empêché. Il est couteux et très compliqué pour tout le monde. Donc est-il aussi judicieux que celà de se lancer dans un resserement à grande échelle des contraintes législatives concernant des oéprations financières comme les CDS (dont le régulateur allemand affirme qu’ils n’ont pas de responsablité dans les problèmes de la Grèce), l’encadreement à venir des ventes à terme ou l’augmentation de l’equity des banques en fonction des risques? Avons-nous bien engagé le débat? Avons-nous raison de laisser croîre que plus de régulation évitera la prochaine crise financière? ce genre de métiers est par nature basé sur la confiance? Se décrete-t-elle par la puissance publique ?

    1. Vous n’êtes pas des masses explicites, Messieurs, mais le fait que la dette de la Grèce ne puisse plus être achetée par certains « opérateurs » n’est-elle pas un protectionnisme plus efficace que toute loi facilement contournable…???

      Hé hé… cher protectionnisme. Lorsque tu crées des débats à rallonge sur le blog 😉
      Et fort intéressants, d’ailleurs.

  22. Mr Jorion,
    Il est drôle que vous fassiez le rapprochement avec Enron.
    Que je sache, Enron avait à l’époque obtenu les faveurs des politiques, en finançant les campagnes électorales des deux partis.
    Vous pensiez vraiment que les organes de surveillance internes n’avaient pas vu venir le problème ?
    Ah mais non ! Il a fallu l’intervention des politiques pour les tenir sagement en laisse. Les lois en vigueur engendrèrent des incitations perverses : les cabinets comptables ont fait ce qu’ils avaient à faire. Et arriva ce qui devait arriver…

    Rappelez-vous aussi l’affaire des « Savings and Loan » dans les années 80-90.
    Ce fut la même chanson : c’est l’accord passé avec les politiques qui rend les entrepreneurs aussi irresponsables.
    Après tout, c’est nos dirigeants qui décident ce qui est légal et ce qui ne l’est pas. Légitimez la fraude et vous verrez débarquez les plus grands brigands.

    1. @ Winsor,

      Entièrement d’accord :
      « Après tout, c’est nos dirigeants qui décident ce qui est légal et ce qui ne l’est pas. Légitimez la fraude et vous verrez débarquez les plus grands brigands ».

      Je suis allé chercher un message qui m’avais marqué et que j’avais lu sur le forum
      LE SILENCE DES LOUPS (Décryptage d’un monde interdit aux moins de 16 dents
      http://www.pro-at.com/forums-bourse/bourse-17-30072.html (dernier message de la page 17)

      Voici un extrait de ce message, qui résumait une interview de Frédécric Lordon dans l’émission ARRET SUR IMAGE du 31/07/08 :

       » Frédéric Lordon, directeur de recherche au CNRS, économiste critique, auteur notamment de « Jusqu’à Quand ? Pour en finir avec les crises financières », invité de -et interviewé par- Maja Neskovic et Daniel Schneidermann)

      L’introduction de Maja donne le ton :
      « Avec la crise, j’ai cru qu’à la télé, dans les journaux, ça allait changer. Qu’on allait tous les virer, ceux qui étaient censés nous informer mais qui n’avaient rien vu venir, les experts qui se succédaient sur les plateaux pour nous dire que le marché ça s’autorégulait et qu’il ne fallait pas s’inquiéter. J’ai attendu l’émission spéciale en direct présentée par Marie Drucker, Arlette Chabot et Laurence Ferrari, où ils seraient tous tout nus et où on leur repasserait leurs déclarations de l’époque. J’ai attendu, attendu, et rien n’est venu. »

      Frédéric Lordon nous invite à nous poser la question de la responsabilité
      Les traders sont simplement des agents qui jouent dans le terrain de jeu de la finance
      Il faut se poser la question de ceux qui ont constitué le terrain de jeu de la finance
      Qui a fait quoi, quand et comment ?
      Il y a 2 catégories d’agents, dont il faut incriminer pour de bon la responsabilité :
      Ceux qui ont été les ingénieurs de la déréglementation financière et ceux qui en ont été les conservateurs symboliques.
      C’est-à-dire, d’un côté les politiques et de l’autre la galaxie des faiseurs d’opinions, des prescripteurs, éditorialistes, experts, etc…
      Que ce soit par omission ou par célébration, tous ceux qui étaient en position de poser des questions et qui, soit ne les ont pas poser, soit ont substitué leur propres apologies aux questions qu’ils auraient dus poser font partie de cette catégorie des responsables véritables.

      A propos d’une entente entre politiques et faiseurs d’opinions, qui aurait notamment empêché que le type de raisonnement qu’il a développé soit exposé au grand public, il dit :
      « …moi j’ai pas de réticences de principes avec les hypothèses de complot,…simplement pour les rendre passables dans le débat public, il faut leur trouver un autre nom.
      (…) qu’il y ait des actions concertées entre des fractions de ce qu’on appelle les Dominants, la chose me semble aller de soi. On pourrait nommer ces lieux ou ces catégories a priori différentes de personnes qui viennent d’univers distincts…les financiers, les politiques, les hauts fonctionnaires, les éditorialistes, etc…se retrouvent, se brassent (…) et qui là, pour le coup, font partie du même monde (…) il y a une sociabilité de ces élites là qui les a rendu quasiment indistincts d’un point de vue intellectuel ; donc des lieux de cette nature on peut en citer
      Et là, Daniel Schneidermann lui coupe la parole pour lui poser une question qui l’emmène ailleurs.
      Dommage !

      Ensuite F.L. revient sur les agents responsables de la crise avec une approche expliquant que s’il a sorti les financiers du diagnostic dans un 1er temps (cf. plus haut, son raisonnement sur le terrain de jeu), c’est pour les y faire revenir d’une toute autre manière que ce qu’on envisageait au départ.
      « Oui la finance à une responsabilité extraordinairement lourde à la fin des fins (…) dans la conformation du jeu (…) il y a une action concertée, une convergence vraiment parfaite qui a vu les pouvoirs publics (…) et les dominants du capital financier oeuvrer de concert à l’émergence d’une certaine configuration du capitalisme financier (…) »

      En fait, au cours de l’interview, il nous explique indirectement que les politiques, de tous bords confondus, ont appliqué ce que leur demandaient les Banksters, sous le regard approbateur ou silencieux des faiseurs d’opinions, tous ces gens se retrouvant par ailleurs dans des lieux et des circonstances qui leur confèrent un pseudo-statut d’élite.
      _____________________

      @ Paul,

      cela appuie ce que j’ai déjà exprimé :
      je comprend parfaitement votre tactique consistant à ne pas aborder trop frontalement ces aspects qui…disons, placeraient en porte à faux nos responsables, et provoqueraient rejet et rupture du dialogue.

      Mais parallèlement, la prise de conscience que le « décryptage » progresse dans la société civile contribue à créer un état d’urgence chez les « initiés » et donc un contexte qui vous est propice, Paul = cela les rend d’avantage ouverts aux propositions de solutions nouvelles, susceptibles de leur permettre de « sauver la face ».

    2. @ Freedom
      Il se trouve que je fais partie de ceux qui se sont mis en travers de la tendance dominante , et bien avant M Lordon . Je l’ai payé au prix fort. Je peux vous dire que ce que dit Lordon est largement insuffisant et assez peu digne du titre qu’il met en avant.
      amicalement

    3. Bonjour à tous,

      C’est la première fois que je prend la peine d’écrire sur ce blog – même si je le suis depuis 2007 -, donc tout d’abord: bravo! Vraiment bravo car ce blog est de haute tenue! L’attitude de Paul Jorion y est sûrement pour beaucoup.

      Maintenant, j’aimerai répondre à quelques billets que je viens de lire.

      @ tous
      Personnellement, je ne crois pas que notre époque soit plus immorale qu’une autre. Pour ceux qui en douteraient, rien que pour le XIXème siècle, je vous invite à relire Victor Hugo ou Honoré de Balzac. Le milieu des affaires de l’époque n’a rien à envier au milieu d’aujourd’hui… Les scandales financiers y étaient tout aussi nombreux. Il y a tout de même une différence… Aujourd’hui les conséquences de ces derniers sont planétaires et cela n’est pas rien.

      De mon point de vue notre époque se caractérise par une interpénétration forte entre le milieu des affaires, le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif. Ces deux derniers ne formant qu’un, à savoir le milieu politique (on est loin de la séparation des pouvoirs si cher à Montesquieu). De ce point de vue, on peut dire: retour à la case départ.

      Les plus pessimistes chercheront à forcer le trait (mais ont-ils vraiment tord?), en disant que cela nous ramène ni plus ni moins à l’Empire et à la République romaine qui soufraient tous deux des mêmes maux. La source du problème de l’Empire romain n’étant pas son statut comme le croyaient Tite-Live et Claude qui militaient pour le retour de la République mais bel et bien que les patriciens étaient en permanence en conflit d’intérêt entre leur position de parlementaire, leur position de propriétaires terriens, leur position d’affréteur et leur position d’officiers généraux. Le comportement de Rome ne trouve pas d’autres explications. Les plus cyniques diront que c’est justement ce rapprochement qui est la cause du succès de Rome. Peut-être bien… Mais ils oublient de dire que ce même rapprochement a été la cause de l’effondrement de Rome.

      Les plus optimistes remonteront uniquement au XIX siècle qui justement se caractérise en France, en Allemagne, au Royaume Uni et en Russie par cette interpénétration.

      Aujourd’hui, ce constat est vrai pour la France où les anciens directeurs de cabinet – tout parti politique de pouvoir sans exception – sont souvent présents dans les conseils d’administration des grands groupe du CAC40 quand cela n’est pas directement à l’executive board ce qui rapporte beaucoup plus (Capgemini, Société Générale, EDF, Veolia, …). Dans certains cas, plus rares, ce sont carrément d’anciens ministres qui n’hésitent pas à passer alternativement du public au privé: par exemple le cas de Thierry Breton PdG de France Télécom puis en qualité de ministre de l’Économie, des Finances et de l’Industrie puis enseignant à Harvard puis DG d’ATOS Origin.
      Dans l’autre sens, le milieu des affaires est plus que bien représenté dans le milieu politique. Pour être honnête, cette fois la parité entre partis politiques n’est pas respectée: l’UMP est très majoritairement le parti qui trouve grâce à leurs yeux. La liste est longues mais à titre d’exemple: la famille Dassault, ou encore la très puissante et prolifique famille des héritiers Wendel (Alain Missoffe qui a épousé la fille d’Ernest Antoine Seillière comme ça on reste en famille, Jean-François Poncet, Josselin de Rohan, Yves Guéna, Françoise de Panafieu née Missoffe, Yves Guéna, etc) dont la gestion a été confiée au célèbre Baron Ernest Antoine Seillière. On remarquera au passage que le capitalisme français a une singularité: il s’agit d’un capitalisme largement familial et fortement aristocratique. De ce point de vue, le capitalisme français en est resté au XIX siècle comme aiment à le dire le milieu de la finance anglo-saxon (mais ont-ils vraiment tort?).

      Mais ce constat d’interpénétration, l’est encore plus dans d’autres pays comme les États-Unis, le Royaume Uni, la Chine ou la Fédération de Russie. Le cas des États-Unis et du Royaume Uni sont intéressants car le milieu des affaires à juger préférables que ces intérêts soient défendus par tous les partis de pouvoir (il n’y en a jamais eu que deux pour ces pays mais pas toujours les mêmes au Royaume Uni contrairement aux États-Unis). Aux États-Unis, cette interpénétration remonte à la révolution même. Cela fait dire à certain que le vers était dans le fruit dès le début… Attention aux amalgames, cela n’enlève rien aux autres vertus de ce pays. Pour le Royaume Uni, c’est beaucoup plus récent. L’abandon du Labor Party au profit du New Labor marque symboliquement ce point.

      Dans le passé, le plus souvent mais cela n’a pas été toujours le cas comme on l’a vu, ces forces se côtoyaient, se fréquentaient et avaient besoin mutuellement l’une de l’autre mais restaient séparées. Le politique se méfiait du monde des affaires, l’argent étant un puissant outil de contrôle. Et la méfiance du monde des affaires vis-à-vis des politiques (et on peut même remonter au moyen-age) était une condition sine qua non à sa survie (Les Rois Maudits de Maurice Druon illustre clairement ce point – même si l’auteur a pris quelques libertés historiques – les rapports entre la noblesse française et les banquiers lombards sont très bien décrits).

      Bref, tous les problèmes qui ont été évoqués plus haut (scandales financiers, absence de morale, vote de lois de connivence avec le monde de la finance, assimilation d’une somme d’intérêts privés à l’intérêt publique, …) par Paul Jorion et d’autres auteurs n’auraient ils pas une seule et même cause? A savoir l’interpénétration de ces deux milieux.

      Mais que faire pour empêcher cela? Par quel bout commencer? Pas facile à dire…

      La tâche est d’autant plus difficile que d’un côté les intéressés au maintien du système actuel – on pourrait même parler de régime – ne se laisseront pas faire. Il ne suffira pas de demander ou d’argumenter. De l’autre côté, tout mouvement révolutionnaire visant renverser le régime actuel ouvre la porte aux expériences les plus dangereuses. L’histoire abonde de ces révolutions qui tournent mal. La route est donc bien étroite…

      Le chemin de la vertu ne semble donc pas atteignable à court terme (ici la vie d’un homme). Peut-être faut-il se contenter de demi mesures visant à limiter la casse. Par exemple, ne serait il pas temps de mettre en œuvre pour la première fois une séparation des pouvoirs, principes de ce bon vieux Baron de La Brède et de Montesquieu? Cela pourrait rendre le contrôle des forces politiques plus difficile. Ce principe est suffisamment politiquement correct pour que personne ne cherche à le dénoncer. Mais quel serait le parti politique qui oserait le mettre en œuvre? Comment s’assurer que cette indépendance retrouvée des intérêts de l’État ne se traduise pas par un contrôle asservissant du monde de la finance (les États étant à court terme dans l’incapacité d’assurer leur finance dépendent de la finance. Difficile d’être vraiment indépendant dans de telles conditions)?

      Je n’ai pas les réponses. Les français jugent que les partis politiques actuels non plus. Je ne dis pas cela uniquement à cause du faible taux de participation aux dernières élections régionales. Le problème date et est plus profond.

      @ Winsor

      Une bonne partie de mon commentaire à votre propre commentaire (sic) est en fait déjà indiqué plus haut.

      On ne peut rejeter la faute sur les politiques et dédouaner le monde de la finance de toute responsabilité. Aujourd’hui ces deux mondes sont liés et fortement. Le monde de la finance y veille et réserve régulièrement des parts de gâteau pour les politiques. On ne leur offre pas les places en or qu’on leur offre pour leur bonne gestion des deniers publiques. Les politiques font ce que la finance leur demande de faire. Certains le font sous la contrainte, d’autres le font par intérêts personnels et d’autres encore car ils croient à la convergence des intérêts privés avec les intérêts publiques. Quoi qu’il en soit, ils ne sortent pas de l’orthodoxie financière et cela ne leur est pas autorisé.

      Ensuite, je ne mêlerais pas le monde des entrepreneurs et le monde de la finance car si il y a vraiment deux mondes clairement distincts c’est bien ceux-là. Ce qui ne veut nullement dire qu’il y aurait un monde des « gentils entrepreneurs » face à un monde des « méchants financiers ». C’est un autre débat, mais le monde des entrepreneurs montre bien actuellement qu’il peut également mal se conduire. Notamment, vis-à-vis de ses salariés. Mais on pourrait dire aussi vis-à-vis de ses actionnaires (eh oui la finance est de retour). Quoi de plus logique puisque tout est permis et que les sanctions ne sont qu’en mots jamais suivis d’actes.

  23. Les questions morales sont pulvérisées;
    la haute finance ne mérite qu’ un cageot de tomates pourries.
    (On pourrait aussi bien préférer des oeufs punais).
    Chaque faillite montre son lot d’ irrégularités; il est
    tentant de croire que les banques/ hedge-fund encore
    vivant ne sont chacun qu’ une faillite frauduleuse en puissance
    et conclure:  » tous pourris! ». Et que les experts-comptables
    certificateurs des bilans ne sont que des mercenaires
    incompétents au même titre que les sociétés
    à bénéfices dites agence de notation.

    Est-il vraiment impossible d’ exercer des activités
    bancaires sans contourner des réglementations
    ou enfreindre des textes, dèja bien laxistes?
    Comment les gens qui participe de ce monde failli
    peuvent-ils dicter leur loi à la Grèce par exemple?
    Pourquoi nos gouvernants sont-ils aux ordres de ces
    incompétents ?

    En référence à http://www.pauljorion.com/blog/?p=9094,
    je pense que ces gens-là ne sont pas accessibles
    à notre raison- Ils ont, collectivement, une inaptitude
    à l’ intelligence rationnelle. Il ne sont pas « convaincables ».
    Un « amélioration » même la plus modeste passe
    par leur disparition. « ils » encombrent, comme des parasites.

    Rien n’est possible avec eux, y compris gagner de l’ argent;
    ne parlons même pas d ‘ « un monde meilleur ».
    L ‘angélisme est hors de propos quand on atteint ce nadir.

  24. @ tout à fait d’accord pour ce rappel à l’exigence morale.. c’est nécessaire et à terme beaucoup moins inefficace que l’on croît
    Maintenant je voudrais attirer l’attention sur un point important et assez souvent masqué dans ces affaires Enron et L Brothers ( si tant est qu’ils soient coupables)
    Ce qu’il faut noter dans cette affaire ce n’est pas tant qu’il y ait des escrocs ( c’est une constante de la vie humaine). C’est que l’escroquerie ait été si difficile à identifier : une difficulté qui tient avant tout à la complexité croissante de la comptabilité et son écart croissant avec l’économie intuitive
    De ce point de vue on se fourvoit totalement en imaginant que dans cette affaire il y ait eu une immense collusion des autorités politiques et économiques. Pour avoir vécu de près des phénomènes similaires, il n’y a dans cette affaire que quelques personnes qui sont au courant , et qui se servent de l’opacité nouvelle de la comptabilité ( qui en temps « ordinaire » permettait de mettre ces manipulations au grand jour) . J’ai même vu un grand patron se faire rouler par son directeur financier …
    J’en profite pour répondre à FreeDem lorsqu’il pose la question : et la justice dans tout cela ?
    Freedom vous devriez connaître la réponse , elle est connue de tous .: la justice américaine a été exemplaire et même féroce, on aimerait qu’elle soit aussi inflexible en France
    amicalement

    1. @ Claude,

      je suis navré mais les réserves de pétrole sont aujourd’hui insuffisantes pour me fournir assez de carburant pour allez vous rejoindre sur la lointaine planète où vous vivez.

      Je vais vous dire :
      Il n’y a eu escroquerie de la part de personne (ni Enron, ni L Brothers, ni Goldman Sachs, ni Madoff,…)
      Seulement de malheureuses erreurs dues à la complexité croissante de la comptabilité.
      Et la justice a bien été exemplaire = elle a su ne pas toucher aux malheureuses super-élites qui n’étaient ni responsables, ni coupables.
      Sauf pour le pauvre Madoff, mais que voulez-vous, il fallait bien faire un exemple pour calmer ce bon peuple avide de sang.
      Madoff n’est donc qu’un regrettable exemple d’inexemplarité qui ne remet pas en cause, j’en conviens, l’excellent diagnostic que vous nous avez exposé.

      Mais j’arrête là mes flatteries avant que des lecteurs ne se fourvoient en imaginant je ne sais quelle collusion entre nous.

    2. Bienheureuse ‘complexité’, qui permet d’ ‘expliquer’ .
      Corruption ? c’est la complexité.
      Obscénité financière ? c’est la complexité!
      Complicité des certificateurs ? c’est la complexité!
      Aveuglement des (soit-disant) agence de notation, c’est la complexité!
      Incompétence professionnelle, c’est la complexité!
      Il est de toute importance d’invoquer la complexité
      pour l’ incompétence professionnelle.

      En imitant Coluche:  » c’est d’un complexe, j’te dis pas!
      Allez mon gars circule; y’a rien à voir. c’est complexe ».
      Moi, qui n’est AUCUNE expérience de la chose, je trouve
      que la complexité a bon dos. L ‘explication est un peu courte.
      En revanche, avec l’ opacité- c’est à dire la dissimilation,
      non certes la dissimilation involontaire, mais
      la tentative constante, réitérée et contraire
      aux obligations de sincérité et de loyauté, c’est à dire
      la tromperie – le début d’explication devient admissible.
      Nous avons bien à faire avec des personnages
      – et un système- professionnellement incompétent
      et failli.
      Je laisse de côté l’aspect si important
      d ‘impératif morale. L ‘affaire est trop basse,
      trop vulgaire, pour que cet aspect soit pertinent.

      Conclusion invariante: les banquiers et leurs associés sont indéfendables.
      La complexité ne passera pas.

    3. @ merci à Freedom , et à Daniel .. d’illustrer les risques d’une situation comme la nôtres.
      Votre vision du Monde est simple et très optimiste : Ill y a d’un côté des « salauds  » comme disait Sartre et de l’autre côté les gens bien ( nous bien sûr). C’est un air très connu, et je me demande pourquoi nous aurions à nous secouer les méninges comme nous le faisons : il suffit de liquider les salauds et le tour sera joué .
      Qu’attendez vous donc ?
      Malheureusement je vais vous décevoir, mais la réalité est beaucoup plus complexe que ce que vous croyez. Ainsi dans l’affaire ENRON , puisque c’est d’elle qu’il s’agit, il y a eu une enquête et condamnations radicales : l’entreprise d’Audit ( Arthur Andersen) qui a été déclarée fautive , a du fermer ses portes ( pour la faute de quelques consultants). Il s’agissait du leader mondial avec 100 000 personnes et une valeur boursière de dizaines de milliards de dollars partis en fumée
      Cela ne vous suffit il pas. ? Il fallait fusiller les 100000 consultants ?
      amicalement

    4. Bonjour,

      @ Claude Roche :

      Oui, je crois bien que le problème (un des problème) est précisément là : la complexité de la réglementation ne sert que la cupidité et la médiocrité au détriment de la bonne foi et « du sens de la vie » : les gens qui veulent avancer ne le peuvent plus, toute vision stratégique est nécessairement limitée (ab initio) par l’innombrable quantité de réglementation immédiate à ne pas enfreindre, alors que cela même devient parfois impossible avec des lois ou des principes légaux contradictoires.
      Qu’un patron se fasse « gruger » par son directeur financier n’a de quoi étonner personne, cela doit arriver de manière relativement fréquente.

      Cordialement,

    5. Cher Claude Roche,

      D’accord avec vous, mais je ne résiste pas à la malice de relever que, chaque fois qu’il existe un mécanisme capable de faire « partir en fumée » une valeur boursière, c’est qu’il existait préalablement un mécanisme capable de transformer de la fumée en valeur boursière…

      Conservation des quantités, dirait Paul Jorion.
      😉

    6. @ claude,

      Votre message d’hier à 18h23 m’a paru tellement « décalé », à la limite du surréalisme, que j’y ai répondu par l’humour.
      Votre message suivant, de ce matin, apporte la confirmation que vous n’êtes pas un pince-sans-rire et qu’il faut vous lire au 1er degré.

      Me prêter (et prêter aux opposants à vos idées) des raisonnements binaires et des sentiments émotifs primaires, n’est pas très constructif.
      Vous vous permettez cette assertion parfaitement subjective, dans laquelle je ne me reconnais absolument pas :
      « Votre vision du Monde est simple et très optimiste : Il y a d’un côté des « salauds » comme disait Sartre et de l’autre côté les gens bien »

      Ce à quoi je pourrais vous répondre, si j’étais dans l’optique de vous faire la leçon :
      « Si votre vision du monde est aussi déformée que la vision que vous nous exposez quant aux raisonnements que vous m’attribuez, alors vous êtes le phoenix des hôtes de ce blog ».
      Cette leçon vaut bien un fromage sans doute…
      Oui, je sais, ma formulation est d’une coupable complexité, mais j’ai cru noter que la complexité (de la comptabilité notamment) appelait chez vous des élans d’indulgence.

      Permettez-moi à mon tour une assertion :
      « Vous usez de procédés rhétoriques pour masquer l’inconsistance de vos arguments et la subjectivité de vos propos. A défaut d’être en mesure de présenter de solides arguments pour soutenir votre thèse, vous manipulez le lecteur en détournant les arguments adverses et en faisant passer vos contradicteurs pour ce qu’ils ne sont pas ».

      Illustration :
      « Malheureusement je vais vous décevoir, mais la réalité est beaucoup plus complexe que ce que vous croyez. Ainsi dans l’affaire ENRON, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, il y a eu une enquête et condamnations radicales : l’entreprise d’Audit ( Arthur Andersen) qui a été déclarée fautive, a du fermer ses portes ( pour la faute de quelques consultants). Il s’agissait du leader mondial avec 100 000 personnes et une valeur boursière de dizaines de milliards de dollars partis en fumée
      Cela ne vous suffit il pas. ? Il fallait fusiller les 100000 consultants ?”

      Comment en arrivez-vous à écrire pareille ineptie ?
      Mes propos pointent une caste d’élites quasiment intouchables, jonglant avec l’illégalité et l’immoralité. Ceci n’a pas pu vous échapper !
      L’affaire Enron est un énorme scandale d’Etat avec des ramifications au plus haut niveau.
      Pourtant, seuls quelques individus ont été inquiétés et condamnés…et la mise en faillite d’Arthur Andersen a eu pour principales conséquences d’obstruer l’accès à l’ensemble des dossiers que gérait la firme.
      On éteint les lumières, on sort en fermant la porte à clé et on pose des scellés avec l’inscription « en faillite, ne pas entrer ! »
      On peut même, alors, se demander si cette mise en faillite et le démantèlement qui a suivi n’a pas été « commanditée » par les hauts responsables mafieux.

      Vous vouliez démontrer, par cette fermeture, que la justice est bien passée, sévère et radicale ?
      = c’est une contre-vérité.
      Vous vouliez suggérer que ceux qui, comme moi, espèrent plus de justice, se seraient réjouis si les lampistes et l’ensemble des salariés avaient trinqués plus durement ?
      = c’est un étrange procédé.

      Et, en plus, avant cela, vous osez glisser dans votre texte, une formule qui sous-tend que les fautifs sont des consultants « …a du fermer ses portes ( pour la faute de quelques consultants)»

      Grossir le trait d’un côté, le minorer de l’autre, viser l’adversaire et non ses arguments…pas joli, joli.

      Que reste-t-il de votre argumentation une fois qu’on en a dévoilé l’artifice et remis les choses à leur place ?

      Il ne reste en fait que des relents de subjectivité sans rien de consistant derrière.

      Pardon si cela paraît dur mais quand je perçois ce type de manipulations, en plus chez une personne qui cherche à se poser en « sage »
      (« votre vision est simple », « la réalité est plus complexe », …) …

      Vive le débat sincèrement argumenté et à bas les mystificateurs.

      🙂

    1. Effectivement, ce n’est pas un accident. C’est un château de cartes.

      Publier les mails d’AIG… quelle drôle d’idée?
      Pourquoi pas libellule ou papillon..??

      (je sens gros comme le château qu’il va y avoir des pertes « accidentelles » de sauvegardes de mails… Mouarffff !!!! )

    2. Je n’ai jamais vu ce style d’intervention à la télévision française et c’est bien malheureux.
      D’ailleurs ça devrait passer au 20 heures mais chut ici on ne veut pas que le peuple en sache trop.
      Heureusement qu’il reste internet…

  25. A l’opposé de la fraude et pourtant…: la science ! Celle qui nous amène à connaître la réalité (je n’ai pas lu le livre de M. Jorion !). La science pourrait nous ouvrir de nouvelles voies, faire naître de nouveaux espoirs. En particulier la physique et la recherche sur les particules : les fameux neutrinos (90 % de la matière de l’univers) : à ce sujet la redécouverte des travaux De Nikola Tesla et la remise en cause par le professeur Meyl (entre autres) de la limite de la vitesse de la lumière et des conceptions actuelles de la physique : voir cette video, première partie d’une série (les applications commencent à arriver pour le grand public : rechargement des appareils électriques à distance par exemple). Si nous pouvions exploiter cette énergie, nous aurions du « carburant » pour aller où nous voudrions dans l’univers ! Ca change un peu des salades de la mondialisation…

    http://www.youtube.com/watch?v=8EXHLsRgdI0

  26. Dans un tel cas de figure, (50 milliards planqués sous le tapis, triplement des risques malgré les « ennuis » avérés,…), la malhonnêteté, l’esprit de lucre ou « le système » ne font pas une explication. Me souvenant que, selon Maître Eolas en personne, la certitude de ne pas se faire prendre est une condition nécessaire du passage à l’acte, je suis tenté d’en conclure que les marchés devraient être sillonnés de gendarmes à col blanc.

    En attendant de trouver le moyen de financer ces anges gardiens du futur, la possible généralisation du cas Lehman Brothers à bien d’autres institutions financières pose la question du fonctionnement des marchés. Je trouve franchement rigolo de voir, d’un côté, les moyens ultra-sophistiqués qui sont mis en œuvre pour estimer l’évolution des valeurs, – des moyens théoriques et pratiques dont la rationalité ne feraient aucun doute -, et, de l’autre, des bilans, la majorité peut-être, complètement truqués, comme un combat de catch dans une foire de province. Nous voilà donc face à un système qui raisonne « juste », mais qui se montre incapable d’obtenir des données fiables. Croyez-moi, ils sont aussi ridicules que des spécialistes de l’évolution qui feraient confiance aux créationnistes…

    1. Qui raisonne juste et c’est là justement que le bas blesse, car si on s’en tient à un raisonnement juste les profits ne sont pas ce qu’ils en espèrent d’où la fraude « pour gagner plus ».
      Il ne faut pas oublié que l’ensemble du système n’est ni plus ni moins que du Madoff, le risque systémique est à chaque coin des bilans…

  27. Que va-t-il se passer dans un monde où le somment de la hiérarchie des valeurs et ceux qui sont censés les incarnés apparaissent comme foncièrement corrompus … ? Un monde où plus rien ne fonctionne, le regard se portant sur tout objet possible ne fait qu’enregistrer un dysfonctionnement, une matière à s’insurger … ? Il n’y a pratiquement que des problèmes partout… Donc la tentation est grande, pour solde de tout compte, de tout abolir. Je suppose que des militaires y songent… Il ne manque que l’occasion pour tout abolir, pour déclarer la fin de partie. Une occasion qui se fait attendre, un mal moins discernable que par le passé…

    Comment d’un monde corrompu peut naitre un système politique… ? d’une absence de croyance, une croyance … ?

  28. « Certains commentateurs s’empressent de dire que l’opération « Repo 105 », parce que c’étaient les 105 % de collatéral qui permettaient de faire passer la mise en pension pour une vente, était une invention originale de Lehman Brothers.  »

    « Et ces manipulations étaient légales. Enfin presque. Lorsque de nouvelles règles de comptabilité furent mises en place aux Etats-Unis en 2000, une équipe chez Lehman s’est mise au travail pour trouver comment les contourner – ce n’est pas exactement ce qu’on appelle : « respecter l’esprit de la Loi ». Comme la combine trouvée était trop grosse pour l’Amérique, on s’adressa à un cabinet d’avocats à Londres, prêt à jurer qu’une fausse mise en pension était parfaitement légale en Angleterre »

    Je pense que l’on se doit d’être précis.

    1. Qu’on le veuille ou non, une pension livrée (ou repo) n’est pas une manipulation. Et il n’y a pas de manipulations légales, sauf aux yeux de ceux qui ont le sentiment d’être manipulés. Malheureusement, pour ces derniers, le fait de penser que l’on est victime (ou manipulé) ne suffit pas encore à se prévaloir du statut du victime.

    2. Qu’on le veuille on non, une pension livrée est une vente. Mais c’est une vente particulière: elle est temporaire. Donc, dire « faire passer la mise en pension pour une vente » sonne faux: on ne fait pas passer une pension pour une vente, puisque c’en est une.

    3. En revanche, ce qui est condamnable, c’est qu’un instrument licite soit utilisée à des fins illicites.

    Mais je ne crois pas une seule seconde qu’un « cabinet d’avocats à Londres » (ou ailleurs) ait pu « jurer qu’une fausse mise en pension était parfaitement légale en Angleterre ». On ne peut pas exclure, bien sûr, l’existence, quelque part sur notre globe, d’un avocat assez fou pour dire n’importe quoi, avec la certitude de mettre en cause gravement sa responsabilité. Mais sauf ce cas, bien improbable dans l’affaire Lehman, il n’est pas convenable de laisser penser que les banques puissent se livrer à une sorte de « cherry picking » d’avocats. Il peut y avoir, évidemment, des divergences de doctrines entre avocats. Mais on ne trouvera pas un avocat sensé pour engager sa responsabilité en déclarant légal ce qui ne l’est pas.

    1. Ce que vous dites est sans nul doute techniquement exact.

      yvan disait plus haut que le comptable « créatif » ne faisait que son job. Dans leur domaine, les avocats « créatifs » font la même chose.

      La créativité est donc la capacité d’enfreindre « l’esprit » de la loi tout en en respectant la lettre. C’est la casuistique appliquée à la comptabilité ou au droit. J’ai peine à trouver d’autres métiers où il y aurait cette indulgence pour ces pratiques immorales (par exemple un médecin « créatif » pourrait même risquer des poursuites judiciaires).

      Même du côté de la déontologie, je doute que l’on puisse y trouver à redire. J’ai un peu cherché mais sans grand succès. Il y a bien un devoir de loyauté chez les avocats, mais là aussi ils ont tellement ouvert la porte à la casuistique qu’au final à peu près tout est acceptable.

    2. Mon billet a été prononcé plusieurs heures avant que le Financial Reporting Council, le régulateur britannique en matière de comptabilité et d’audit, n’annonce hier le lancement d’une enquête qui portera à la fois sur le comportement de Lehman Brothers dans cette affaire, d’Ernst & Young, son audit et du cabinet d’avocats Linklaters, qui émit l’opinion légale relative au « Repo 105 » – dont le seul but, selon le rapport Valukas, était la manipulation comptable. Attendons les résultats de cette enquête avant de décréter que l’une ou l’autre de ces parties sortira nécessairement blanchie de la suspicion qui pèse en ce moment sur elle.

    3. Vous aveez raison, Paul: pas de conclusion hâtive. Tout le problème est dans le « la suspicion qui pèse sur elle ». Je sais bien que, dans le grand public, il suffit d’un bruit pour qu’untel soit suspect. Ce rapport est bien entendu plus qu’un bruit. Mais, si, vous-même, à la lecture d’un rapport, aussi sérieux soit-il, vous vous hâtez à « décréter » que tel ou tel est suspect, piétinant ainsi la présomption d’innocence qui devrait vous conduire à une certaine réserve, qui donc la respectera?

      Lorsque je lis les échanges su ce blog, j’ai le sentiment que, majoritairement, ceux qui y interviennent sont attachés à certains principes. Celui selon lequel on devrait se garder de décréter qu’untel est suspect avant qu’il ne soit définitivement condamné ou blanchi, me semble être un de ces principes. Mais, il est vrai, que la férocité des interventions à l’égard des financiers est telle, qu’elle peut primer sur certains principes démocratiques auxquels, il me semble, ce blog est attaché.

      PS. Il serait intéressant de lire la LO du cabinet d’avocats. Je prends les paris que cette LO n’a pu déclarer licite ce qui ne l’est pas.

      Bien cordialement,

    4. « En revanche, ce qui est condamnable, c’est qu’un instrument licite soit utilisée à des fins illicites. » : soit, mais comment reconnaître une fin illicite dès lors que les moyens utilisés sont licites ? A prendre votre assertion au pied de la lettre, personne n’est jamais condamnable puisque le caractère licite/illicite des fins ne peut pas être énoncé en droit. Et que dire des moyens illicites exercés, à la manière de Robin des Bois, dans un but non seulement licite, mais reconnu comme hautement moral ?

    5. Bonjour,

      @ Alain Gauvin :

      Pourriez-vous définir le principe démocratique (dans son essence et dans son contenu) dont vous faites état ? Il me semble que le problème, bien que pouvant (peut-être à la marge) avoir des ramifications dans l’application des lois, provient essentiellement desdites lois ; peut-être que je me trompe…

      Cordialement,

    6. Je crois que ce qui rassemble les lecteurs de ce blog, c’est le rejet de ce que j’appelle l’« extraterritorialité morale » réclamée pour tel ou tel domaine de la vie sociale par ceux qui y appartiennent.

      Vous me posez des questions, en voici une que je vous pose moi directement : « Que pensez vous d’un juriste dont l’occupation consiste à examiner un texte légal et à répertorier quel comportement contrevenant à son esprit en respecterait cependant la lettre » ? Je vous demande d’aller au-delà du simple : « Il effectue la tâche pour laquelle il dispose de l’expertise et pour laquelle il est rémunéré ».

    7. Paul Jorion en appelle à « respecter l’esprit de la Loi » et je le suis entièrement.
      Pour en remettre une couche : Que doit-on penser d’une justice qui accorde plus d’importance à la forme qu’au fond ?

    8. Al Capone était entouré d’un pool d’avocats dont le seul but était de pouvoir « transgresser » légalement la loi, par rapport à des activités notoirement illicites.

      L’Etat US n’a jamais pu prouver, contre toute vraisemblance, qu’il était à la tête de trafics divers. C’est seulement lorsqu’un de ses comptables, retourné par les inspecteurs du fisc, a livré sa « vraie » comptabilité, que l’on a pu le coffrer pour fraude fiscale.

      Les comptes précédents étaient faux, mais certifiés par divers opérateurs judiciaires.

      Monsieur Gauvin, vous êtes avocat dans un cabinet d’affaires, spécialiste des dérivés. Vous est-il jamais venu à l’idée qu’avec cette ambiance de judiciarisation de l’économie, les grosses structures économiques peuvent en toute impunité écraser leurs concurrents plus petits ou leurs sous-traitants sur le tapis vert, ceux-ci étant incapables pour des questions de coûts d’avoir recours à des conseils du même niveau que ceux des grosses boites? La justice à laquelle vous prêtez votre talent a t-elle encore quelque chose à voir avec une fonction de régulation sociale au nom du peuple souverain?

      Je pense que non et l’abstention est une des réponses des électeurs.

    9. Monsieur Jorion,

      à votre dernière question et puisque nous vivons volens nolens dans une société où le choix d’un système comptable et d’un for juridique est d’une importance capitale je répondrai par cette phrase de Henri Michaux: « Dans un pays de plaines, trafic de collines. C’est la règle. »

    10. Excellente question.

      Parmi les réponses communes aux questions de ce type, il y a le morcellement des responsabilités :

      « Je sais bien que, dans l’idéal, ce n’est pas bien, mais tout le monde le fait, si je ne le fais pas un autre le fera à ma place, c’est le système qui veut ça, ma responsabilité est toute petite dans une chaine de responsabilité si vaste que tout le monde est mouillé, et puis je ne peux pas à moi tout seul faire le chevalier blanc, ça n’aboutirait certainement à rien, et d’ailleurs dans la réalité, les chevaliers blancs sont toujours les dindons de la farce… »

      C’est un drôle de raisonnement, mais que nous portons tous en nous, si intimement qu’il ne nous apparait même plus quand nous profitons d’une « bonne affaire ». Regardons les choses en face : la plupart des « bonnes affaires » lèsent des gens, des principes, ou la nature.

      Il va être difficile à extirper de la majorité des consciences, ce raisonnement. Il fait sans doute partie du fond de sauvagerie, d’ « état de nature » que nous partageons tous.

    11. @Paul: « Je crois que ce qui rassemble les lecteurs de ce blog, c’est le rejet de ce que j’appelle l’« extraterritorialité morale »… » : c’est drôle mais, juste après avoir lu cet article, ma 1ère idée avait été de répondre quelque chose qui allait tout à fait dans ce sens. Les idées et sentiments des uns et des autres peuvent diverger sur à peu près tout, mais, dans l’ensemble, on est d’accord pour condamner l’« extraterritorialité morale » de la finance. Un internaute qui trouverait çà « normal » se sentirait vite mal à l’aise, et ficherait le camp de lui-même, sans qu’il soit besoin de le chasser à grands coups de ciseaux.

    12. Il faut dire que plus un texte est précis et semble « complet », plus il prête le flanc à « interprétations » et détournement d’intention.
      A quoi sert un avocat dit d’affaires sinon à contourner la Loi?
      Il sera consulté et ses honoraires calculés au prorata du bénéfice tiré de son « astuce ».
      C’est parfaitement légal.
      Et immoral.

    13. @Alain Gauvin: « il est vrai, que la férocité des interventions à l’égard des financiers est telle, qu’elle peut primer sur certains principes démocratiques auxquels, il me semble, ce blog est attaché. » : en ce qui me concerne, je pense éviter les condamnations trop abruptes, mais je vous assure que, par moments, j’éprouve une telle colère que le mot « férocité » n’est pas exagéré. S’il est juste et bon de rappeler que la justice doive suivre son cours, il ne faut pas non plus perdre de vue qu’elle opère sur un temps beaucoup plus long que celui des faits. Quelques heures de tempête suffisent à un pétrolier pour répandre sa pollution, mais 20 ans de procédures judiciaires peuvent ne pas être suffisants pour que justice soit faite. Le citoyen que je suis ne va pas en pouffer de rire, car lui aussi compte sur la présomption d’innocence, mais quand même…

    14. C’est ainsi que plus un texte est concis plus il est efficace et inexpugnable.

      « il n’y a pas de paris sur les variations de prix ».
      Difficile de faire plus bref.
      Par contre le mot « pari » peut ne pas suffire à décrire certaines formes de contrats…aux avocats de voir…

      Ceci me rappelle un alinéa du code de la route.
      Les plaques d’immatriculation doivent être apposées lisibles à l’endroit.
      Il parait que le code ne l’avait pas stipulé et qu’un malin les ayant posées à l’envers n’avait pas été condamné.

    15. @ Paul, @ Alain GAUVIN

      Très bonne question j’attends la réponse avec impatience et une certaine curiosité.

      Merci encore à tous les 2 de m’aider à comprendre, à réfléchir, à me faire mon opinion.

      Cordialement

    16. Toi, je pense qu’il y a eu une erreur de confusion.

      Je n’ai pas assez séparé ce que je considère être les deux types de personnes qui travaillent avec les chiffres.

      – un comptable ne peut être créatif. Il applique des règles qui viennent des lois.

      – un financier prend le résultat du comptable, l’arrange au mieux en exploitant au maximum les failles des règles, ou va voir un politique pour changer les règles.

      Aucun rapport entre les deux du point de vue du « fonctionnement ».

    17. Réponse à VB « Il me semble que le problème, bien que pouvant (peut-être à la marge) avoir des ramifications dans l’application des lois, provient essentiellement desdites lois ». Je suis d’accord avec vous: le problème provient des lois elles-mêmes. C’est donc une question politique (au sens noble du terme, désolé de cette précision à laquelle je me sens obligée), l’élaboration d’une loi, puis ce qu’elle dispose une fois votée, procèdant d’un choix politique et de société. Un avocat et un juge exercent leurs mission sur le fondement des lois prises et non de celles qu’ils souhaiteraient. Si la loi dit que la pension livrée (repo) est (i) une vente (temporaire) et que (ii) en tant que telle elle est licite, l’avocat n’y peut pas grand chose même si, dire d’une vente – et donc d’une droit de propriété – est temporaire au moment où on la conclut est vue comme une hérésie juridique.

      Bien cordialement,

    18. Réponse à Paul. « Que pensez vous d’un juriste dont l’occupation consiste à examiner un texte légal et à répertorier quel comportement contrevenant à son esprit en respecterait cependant la lettre » ?

      Je pense que ça n’existe pas (sauf juriste fou ou notoirement incompétent, ce qu’on ne peut exclure, mais ce qui n’est pas le cas du cabinet que vous citez). Lorsqu’on apprécie la faisabilité juridique d’une opération, on l’analyse à l’aune de la lettre et aussi de l’esprit de la loi. Je pense que vous sous-estimez le temps passé par les juristes/avocats à étudier les travaux préparatoires aux lois pour identifier la volonté du législateur. Qui plus est, les lois sont si mal écrites aujourd’hui, que ce travail de fond s’impose de surcroît.

      Bien cordialement,

    19. On apprend ce matin, qu’une enquête est également lancée aux États-Unis par le FCIC (Financial Crisis Inquiry Commission) présidé par Phil Angelides qui a déclaré : « Dans quelle mesure ces manœuvres étaient-elles pratique courante ? Dans quelle mesure les régulateurs étaient-ils au fait ? Dans quelle mesure furent-elles facilitées par des juristes, des comptables et d’autres encore ? »

      Wall Street Journal : FCIC Investigates Use of Repo Accounting Maneuver

    20. Bonjour,

      @ Alain Gauvin, Phil de St Naz et les autres, T-Bone et les autres :

      1) contrairement à l’assertion selon laquelle tout le monde est mouillé : NON, il y a des résistants, peu nombreux et nécessairement mal perçus, affublés de qualificatifs excessifs, politisés ou/et déplacés à seule fin de les décrédibiliser : là est la peut-être la vraie responsabilité des non résistants (se prêter à ce petit jeu délétère)
      2) Oui : trop de lois complexes cachent la grande indigence des lois simples organisatrices de la société ;
      3) à l’exception de quelques « vendus » (peu nombreux je pense), la grande masse des avocats d’affaires prend bien garde à ne pas se mouiller dans leurs « conseils » (les conseilleurs ne sont pas les payeurs est un reproche que leurs clients leur fait souvent). Le problème vient du fait que, ce faisant, ils (les avocats d’affaires) participent, légitimisent et accroissent la quantité, l’a-qualité et l’a-limite (au sens de « a » privatif), de la réglementation. Certes, un avocat d’affaires se gardera toujours de préconiser des actes ou comportements illicites ou illigaux, mais en revanche, il jouera le rôle (un vrai jeu de rôle) du faux donneur de limite et justifiera ainsi toutes les dérives dont ils ne sont, au demeurant, pas responsables directement.
      Il n’y a plus de « grands avocats » car il n’y a plus de « grandes lois », tout simplement. La qualité des gens n’est pas intrinsèquement mise en cause, ce qui l’est en revanche c’est le manque de courage individuel et collectif pour sortir d’un cercle, que peu comprennent être vicieux, et le manque d’esprit critique : être fossoyeur de la République démocratique n’a qu’un temps, pour tous…

      Cordialement,

    21.  » il est vrai, que la férocité des interventions à l’égard des financiers est telle, qu’elle peut primer sur certains principes démocratiques auxquels, il me semble, ce blog est attaché. »

      Je ne suis pas du tout convaincu que la férocité se trouve du coté des blogueurs.

      Si tel était le cas la finance n’aurait pas eu les mains libres pour provoquer une crise dont on a pas fini de payer les conséquences économiques et sociales. Ce sont les millions de chômeurs, de personnes qui se sont retrouvées du jour au lendemain à la rue, parce qu’une minorité, faisant fi de toute moralité, jouait au casino de la finance avec leurs reconnaissances de dettes, qui ont été les véritables victimes de la férocité.

      Le blogueur fait preuve de sens critique, si férocité il y a, elle n’est que verbale.
      Le blogueur n’a que ses mots, ses arguments, pour renverser un rapport de forces par trop favorable au monde de la finance. Les plus féroces ne sont pas ceux que vous croyez.

    22. en réponse à la question de P. Jorion « Que pensez vous d’un juriste dont l’occupation consiste à examiner un texte légal et à répertorier quel comportement contrevenant à son esprit en respecterait cependant la lettre », on peut dire que cela ressemble à ce que la psychiatrie entend par « fonctionnement pervers ». Non pas que le juriste en tant qu’individu est un pervers mais pour une raison ou une autre il fonctionne en tant que , peut-être simplement par adéquation nécessaire au système auquel il appartient. Le système pervers passe souvent inaperçu car il ne contrevient pas à la loi il oeuvre pour le seul bénéfice du pervers qui ne recherche que la satisfaction de ses pulsions et instrumentalise tout ce qui passe à sa portée, aussi bien les gens que les discours dont il renverse le sens. Il fait fonctionner le monde pour lui, il n’est pas dans le monde. Il lui manque évidemment le sens de la morale « commune » ; Il faudrait définir ça mais c’est trop long… C’est celle en tous cas qui fait qu’à la boulangerie , je me place naturellement à la fin de la file d’attente et non pas au début alors qu’aucune loi ne m’y oblige et que si j’y contrevenais on serait bien en peine de me punir . Il faut dire que les psychiatres , s’ils ne renoncent pas à prendre en charge autistes et psychotiques, affirment qu’on ne guérit pas un pervers et s’en méfient comme de la peste.

    23. Puisque le débat semble s’orienter vers cette chère notion de « normalité », j’en profite pour rebondir sur le commentaire de Anne Bis.
      Finallement, ne serions-nous pas tout simplement en train de réfléchir sur ce qui caractérise un humain dans ses rapports à lui-même (et là, c’est son problème perso, il se débrouille avec) vs ses rapports avec autrui…??
      Et là, les rapports avec autrui d’un riche possédant ne peuvent qu’être destructeurs.

    24. Cet intéressant et important échange pourrait très bien porter éléments de réponse au sujet du moment du Blog d’Attali ( » pour un tribunal financier international »).

      ça l’enrichierait même considérablement !

    25. Rebonjour,

      @ juan nessy :

      « Un tribunal financier international » : je m’interroge sur la légitimité d’un tel organisme –> dites moi, comment ce tribunal est constitué, de qui, quels sont les garanties politiques, démocratiques, techniques etc. (la liste est longue) de ce tribunal ? Vers un gouvernement des juges comme on les aime…
      Ne serait-il pas temps de laisser la parole au débat juridictionnel plutôt que de la donner toujours aux mêmes personnes, celles-ci ayant déjà préconisées beaucoup de choses (par exemple dérèglementer la surface des grandes surfaces dans l’objectif d’augmenter le taux d’emploi, mais il y a d’autres bonnes idées de ce genre)…

      Cordialement,

    26. @Yvan: « un comptable ne peut être créatif. Il applique des règles qui viennent des lois. » : vous êtes sûr ? Si je vous demande de compter une salade de poirreaux, vous me mettez ça dans les salades ou dans les poirreaux ? 🙂

    27. Erratum @ juan nessy :

      « débat institutionnel » bien sûr au lieu et place de débat « juridictionnel » : ma plume a fourché

    28. anne bis,

      Est ce que vous considèreriez qu’instrumentaliser son environnement est une attitude perverse ?

  29. Des financiers qui passent leur temps à tricher et à se refiler la patate chaude, des politiques qui courent après des financiers pour ramasser des miettes ou couvrir leurs larcins… mais c’est un vrai film de Charlot!
    On finit par rire de cette absurdité qui consiste à voir des gens perdre toute crédibilité, tant au niveau financier que politique…
    A mon avis, la farce va bientôt finir, dommage que nous perdions des plumes au passage…

    « Acta est fabula » comme aurait dit le divin Auguste en rendant l’âme… « la pièce est finie »…

    J’ai dû le pressentir car c’est la première phrase de mon roman, Danser au bord des abîmes, écrit en 2005 … à lire en téléchargement gratuit sur mon blog si le coeur vous en dit…

  30. eh oui, c’est la fraude ordinaire…
    Seulement, si les banques d’investissement prennent de tels risques, c’est qu’elles DOIVENT promettre des rendements élevés voire extravagants aux épargnants, grands ou petits.
    Si les rendements devaient substantiellement baisser du fait de l’économie atone, il va de soi que le goût de prêter de ceux qui ont de l’argent pourrait même carrément disparaître, car les insolvabilités sont déjà trop nombreuses. Il reste donc des rendements des placements très spéculatifs, mais risqués, qui, seuls peuvent « satisfaire » la gourmandise des trop riches. Et, de temps en temps, le risque se réalise et entraînera des crises systémiques tout en menaçant les épargnants de ne pas récupérer leur mise, ce qui s’est passé dans le cas Madoff évidemment, mais cela menace aussi d’autres placements en « actifs pourris ».
    Pour changer cela, seule l’émission d’un signe monétaire nouveau, le SMT, pourrait mettre un terme à tout cela, car alors, les banques trouveraient des financements aussi pour des rendements moindres et plus « sains », tout simplement parce que les détenteurs de capitaux se sentiraient déjà bien soulagés de pouvoir placer en banque même à taux quasi nul, car cela les protègerait toujours du « rendement négatif » désormais avéré de la détention liquide en régime SMT.
    Au fond, la fin de la spéculation que Paul appelle de ses voeux ne deviendra possible techniquement que si les banques centrales se décidaient à émettre des SMT exclusivement.
    Sinon, tout repli sur le SMD est déjà un acte spéculatif de première importance, aussi bien par sa nature que par son volume (90% de la monnaie liquide est thésaurisée!). Tant qu’une telle spéculation originelle qu’est la thésaurisation est possible dans de telles proportions, les banques d’investissent ne peuvent QUE proposer des rendements trop élevés et mensongers pour inciter un tant soit peu certains à bien vouloir prendre des risques plus ou moine insensés, sans quoi, la machine s’arrête!

    1. N’est-ce pas un visage du « liquidity trap » de Krugman que vous présentez ainsi ?
      Il argumente en ce moment que ca ne fera aucun mal si la Chine vend tous ses bons en dollars.

      Sa base est l’exemple du Shekel, Israel s’est fait des méga réserves en devises étrangères en vendant des shekels, pour regagner de la compétitivité, si j’ai bien compris…

      En tout cas, oui, la confiance devient un peu un Janus quand plein de fric traine « en compte », et que plus il y en a, plus c’est malsain. JE laisse aux pros le soin de rectifier

    1. @ Pipas,

      Je viens d’aller faire un tour sur le site. C’est barjo, non?
      Comment faire mieux l’éloge de notre président, et de sa puissance médiatique, qu’en réunissant un million de personnes dans la rue pour crier son nom? J’espère qu’il saura remercier les organisateurs de cet hommage appuyé.

      Vous donnez raison une fois de plus à Philippe Muray.
      S’il n’était mort un 2 mars 2006, vous pouvez être certain qu’il aurait écrit sur ce mouvement, et sur L’Onde Violette (!) « destinée à donner un cadre juridique à l’organisation ». Muray se serait aussi régalé du « Communiqué de presse » de cette journée du 27 mars.
      Et « Les mutins de Panurge » y aurait gagné de belles pages.

      Homo festivus festivus a définitivement gagné la partie sur Homo sapiens sapiens.

    2. Vous avez bien raison Fab, il ne faut pas confondre. Homo sapiens sapiens était un animal unique. Il n’est plus temps de le regretter (laissons ce sport cérébral aux ronchons).
      Homo festivus festivus ressemble plus à l’autruche, en effet: la tête dans le sable pour mieux montrer ses plumes caudales bariolées. C’est joli aussi. Et c’est ce qui amusait tant Philippe Muray, le découvreur d’Homo festivus festivus.

      Comme l’a écrit Benoît Duteurtre dans le journal Marianne, Muray, avec « cette langue somptueuse qui ne semblait guère lui demander d’effort (…) avait trouvé une solution face au pire: regarder la catastrophe universelle comme une fête ».

      Et Baudrillard ajoutait en ultime hommage:
      « Avec Philippe Muray disparaît un des rares, des très rares conjurés de cette résistance souterraine et offensive à ‘l’Empire du Bien ». (…) Sa cible fut cet axe du Bien, le ravage technique et mental qu’il exerce sur toute la planète, mais surtout le ravalement festif de toute cette modernité dans la béatification. (…) Cette mascarade, cette banalité du Mal, derrière l’Empire du Bien, il faut la laisser travailler à sa propre dérision. (…) La singularité féroce de Muray est un contrepoids égal et même supérieur, à cette masse cosmique de bêtise qui nous environne. Et sa mort n’y change rien. »

      C’est pour ça que je pense qu’il aurait aimé être encore de notre monde ce 27 mars, pour se mêler à la foule, et puis rentrer chez lui pour décrire cette fête, avec tous les détails que lui seul savait observer et raconter.

      Avez-vous lu certaines de ses pages Fab? Et vous Pipas? Dans le journal Marianne ou ailleurs? On ne peut en le lisant que regretter sa disparition.

  31. je ne suis pas Sarkosiste, mais je ne comprends pas celles et ceux qui font porter tous les maux économiques de notre société sur les épaules de Sarkosy. Nous savons tous que le « Grand Capital » maîtrise les tenants et les aboutissants de nos politique économiques et sociales.

    Seul le peuple reste LE réel et vrai pouvoir indépendant pour changer nos sociétés.

    1. yvan,

      Comment pouvez-être sûr, pour suivre votre idée, que la manipulation ne consiste pas à laisser croire que les sujets importants pour la société sont les sujets spécialisés ?

    2. L’Histoire démontre, sans exception, que les grands bouleversements de société se sont faits dans la rue contre les pouvoirs établis.

  32. @Paul :
    « Que pensez vous d’un juriste dont l’occupation consiste à examiner un texte légal et à répertorier quel comportement contrevenant à son esprit en respecterait cependant la lettre » ?

    Par défaut, soit votre juriste travaille en son nom propre, soit il est salarié. Dans les deux cas c’est la structure juridique de l’entreprise pour laquelle il travaille qui lui épargne le moindre état d’âme.

    C’est le lot de tous les salariés en SARL : soit vous acceptez tacitement dans votre contrat de travail que l’entité pour laquelle vous travaillez est juridiquement à « responsabilités limités », soit vous contrevenez à l’esprit dudit contrat en prenant conscience de la responsabilité de votre employeur quand il flirte avec le « non droit ». En SARL, un juriste est payé pour garantir cette structure à responsabilité limité dans le temps, prendre conscience des défauts inhérents à cet objet juridique c’est déjà miner par jurisprudence les fondations même d’une SARL. Et par la même, c’est s’attaquer aux textes qui ont juridiquement légitimés toutes forme de sous-traitance. La sous traitance est bien l’essence du libéralisme économique, le juriste en SARL en est le bras armé.

    1. @Alain Gauvin :
      Mercenaire qui produit des algorithmes pour le secteur banque et assurance (!), salarié en sous-traitance, conscient que tout l’édifice pour lequel je rapporte de l’argent est un délit de marchandage. Avez-vous connaissance de ce qu’est un délit de marchandage ? à qui rapporte ce délit et pourquoi les anciens avaient tenté d’encadrer la sous-traitance organisée par des Société à responsabilité morale très limitée ?

    1. Lien très intéressant, Reveil.

      Ce qui n’est pas précisé est si le BDI est un indice basé sur le montant de la marchandise transportée (vu la hausse par 5 du prix du pétrole et d’autres hausses…) ou sur les volumes.
      Par contre, quelque soit la base de calcul du Baltex…

      Cela rejoint, dans tous les cas, la constatation de chute gigantesque du prix du transport maritime.
      Une croisière en container, ça vous dit…??

    2. Sur un Queen ou un Sovereign la croisière?
      5000 cons teneurs entassés pour une visite en brigade du Pirée ,qui n’est pas un homme mais un port Grec .

  33. Bonjour,

    Il y a un truc que je ne comprends pas.
    Sarkozy, qui est arrivé avec un programme calqué sur celui des néoliberaux US (rentrer dans l’OTAN, développer les subprimes pour permettre aux plus pauvres de devenir propriétaires, dépénalisation de la criminalité en col blanc, bouclier fiscal etc …) il ne voit pas qu’il s’est fait roulé dans la farine et que toutes ces actions amènent à un résultat catastrophique ?

    Parce que, il semble que (par manque d’imagination ?) (pour rester fidèle à ses riches amis ?) il continue droit dans ses bottes sur cette lancée (à part quelques tours de passe passe sur les paradis fiscaux et une vague tentative de limiter les CDS). Et en faisant cela, il nous montre qu’il n’est pas le président de tous les français mais seulement le garant des bénéfices de sa petite clique.

    Je voudrais dire à toute personne du gouvernement : est-ce qu’il ne serait pas temps d’arrêter cette politique ?
    La reforme du juge d’instruction, par exemple; ou encore la reforme sur le délai de prescription en matière financière ; ou encore la reforme des chambres chargées de contrôler les dépenses de l’Etat …
    Est-ce qu’il est pieds et poings liés ?
    Est-ce qu’il manque d’intelligence et n’arrive pas à voir la « big picture » ?
    Est-ce qu’il est totalement cynique et qu’il déteste les français en général ?

    Monsieur Sarkozy, vous pourriez être aimé des français !
    Mais pour cela il faut les aimer vous aussi, et décider de défendre l’intérêt général et les valeurs de la société française.
    Pourquoi ne le faites-vous pas ?
    Pourquoi vous nous balancez cette horrible débat sur l’identité nationale qui n’a pour objectif que de nous diviser ?
    Moi, je crois que le fond du problème c’est que vous ne nous aimez pas. Ou alors, vous êtes complètement cynique.
    Dans les deux cas, ne vous étonnez pas que les français le sentent !

    1. C’est oublier que notre président est aussi un avocat d’affaires et que son but atteint (son travail rêvé tous les matins en sa rasant) il est soumis au principe de Peter.
      Je veux dire que
      -soit ayant atteint son niveau d’incompétence il est dépassé par les événements
      -soit il est l’instrument de quelque chose qui le dépasse.
      Dans les deux cas il ne faut pas renouveler son mandat, mais on dit que son envie s’émousse.

  34. Cette Lehman Brother est vraiment méchante, elle semble être responsable de la crise à elle toute seule. Sans elle Bear Stern n’aurait jamais fait faillite et ses consoeurs n’auraient jamais été menacées de banqueroute.

    On a donc fini par trouver le coupable sur lequel va pouvoir se déchainer l’ire du public ..

  35. Il y a un texte en accès libre sur le site dedefensa qui aborde la question que j’ai soulevé (pourquoi il continue sur sa lancée) et lui donne une réponse un peu différente
    http://www.dedefensa.org/article-ron_paul_et_l_age_du_capitaine_15_03_2010.html

    J’en cite juste quelques extraits :

    « J’ai quelques contacts avec l’un et l’autre, en général personnes atypiques qui partagent quelques-uns des jugements exprimés dans dedefensa.org, pourtant placées au cœur de ces monstres bureaucratiques pyramidaux qui englobent la mécanique du pouvoir, qui fonctionnent de cette façon que j’ai décrite pour un “Ron Paul président”, lequel serait placé dans la pire des situations évoquées puisqu’au sommet de la pyramide. Toutes ces personnes confirment le rythme fou, étouffant, qui anesthésie absolument la pensée, de réunion en réunion, de séminaire en séminaire, de réception en réception, où tout le monde suit le discours conforme, où les orateurs lisent des fiches préparées à l’avance par les mêmes bureaucraties absolument encalminées dans les processus d’étouffement de la pensée dispensée par le conformisme totalitaire qui nous emprisonne. »
    […]
    « Ainsi l’un de ces atypiques disait-il: «Impossible, absolument impossible d’avoir un instant pour l’une ou l’autre question fondamentale… Pourquoi faisons-nous tout cela? A quoi cela mène-t-il? Que vaut notre politique? Que vaut notre système de développement lorsqu’on considère les malheurs qu’il suscite? Pourquoi reconduire comme s’il venait de recevoir un Prix d’Excellence un système qui vient de nous procurer la crise démonstrative de sa complète perversion? […] Nous n’avons pas, physiquement et chronologiquement, le temps de penser.»  »

    Une solution est peut être, M. le président, d’arrêter de courir partout et de s’assoir un peu pour prendre le temps de penser !

    1. C’est ce que j’ai proposé, il y a déjà quelque temps, une pause générale.
      Car cette course effrénée touche aussi chacun d’entre nous, occupés que nous sommes à travailler toujours plus, et, pour ceux qui n’ont pas d’emploi (chômeurs ou rsaistes) une course aux aides de toute nature pour « boucler les fins de mois ».
      Pas de place là dedans pour réfléchir à la finalité de cette vie où l’on passe son temps à surveiller son compte en banque pour voir s’il ne vire pas au rouge cramoisi !

    2. Réponse à Louise. Si vous ne prenez pas le temps de réfélchir à cette vie, commevous dîtes, personne ne vous le donnera. Cessez, si je peux me permettre, de vous vivre en victime. Bien cordialement,

    3. Alain Gauvin

      Je ne suis pas d’accord, le commentaire de Louise n’est pas la plainte d’une victime.
      Pourquoi serait-il illégitime de désirer une pause commune ? N’est-ce pas la condition de possibilité de ce qui serait une réelle démocratie le fait que les citoyens disposent réellement des moyens en temps et en formation pour discuter des affaires de la cité ? Le système permet-il vraiment le choix que vous dites ?

      On l’a oublié, mais pendant des siècles, presque deux millénaires, la condition d’homme libre était conditionnée par la possibilité de disposer de son temps. Certes, sous la République athénienne les esclaves et les femmes en étaient exclus. Mais sur le principe, l’idée me semble toujours aussi bonne.

      C’est le temps du travail qui devrait être conditionné au temps de réflexion, de la méditation, de rencontre et de la création, et non l’inverse. je crois que depuis deux ou trois siècles on a accordé une importance démesurée au travail productif, révolution industrielle et capitaliste obligent. Or que constate-t-on aujourd’hui ? L’organisation capitaliste du travail n’a apporté ni la prospérité pour tous, ni le temps pour réfléchir, créer, se rencontrer, au plus grand nombre. Lorsque l’on a un travail, pour la majorité d’entre-nous, celui-ci est le plus souvent « alimentaire » si bien qu’au sortir du travail il faut avoir en soi de grandes ressources pour s’adonner à autre chose que le divertissement, lequel fait d’ailleurs l’objet de toute une industrie, qui occupe ainsi les travailleurs au repos. Et lorsqu’on a pas de travail, la vie psychique est accaparée par la question de l’intégration sociale, parce que sans argent, ou du moins avec des revenus très diminués, on n’a pas l’esprit en paix, la peur du lendemain est bien là, si bien que le travail devient une obsession, que ce soit dans sa recherche ou dans son rejet. Bref, nous avons des individus aliénés.

      Vous aimez sans-doute beaucoup votre travail car il vous procure beaucoup de satisfactions intellectuelles.
      Mais vous-êtes-vous posé la question de savoir si le système actuel permet au plus grand nombre de faire un métier épanouissant ? Et si ce n’est pas le cas est-ce de leur faute ? Et si ce n’est pas de leur faute, n’est-il pas logique que soit souhaite que le système fasse un pause parce l’on pense que le système va à l’encontre d’un bien commun qui serait la mise en place d’une société où tout le monde aurait droit à un certain bonheur ?
      Doit-on mériter le bonheur ? Ou bien existe-t-il des conditions de possibilité collectives à celui-ci ?

      Un système structurellement incapable de fournir le plein emploi, et par ailleurs à ce point dénué de finalité autre que celle de faire des profits, est-il vraiment désirable ?

      Ma réponse à toutes ces questions est qu’il faut savoir s’arrêter, comme le dit Louise, et pas seulement en prenant le temps individuellement car ce qu’on appelle le temps individuel est en réalité lié au temps collectif. Ou plus précisément, le temps individuel a nécessairement une dimension politique et sociale.
      Il faut donc désirer une nouvelle société où le temps à soi puisse se faire l’allié du temps collectif au lieu qu’il en soit l’ennemi comme c’est le cas aujourd’hui, parce que pour le système actuel le temps c’est d’abord de l’argent et non pas une qualité.

      Le temps à soi n’est donc pas une question de morale individuelle, ou alors seulement pour une conception de la morale qui ressortit à l’individualisme méthodologique, ce qui semble être votre conception.
      Je préfère celle héritée d’Aristote qui introduit une relation d’implication réciproque entre morale (l’éthique chez Aristote) et politique.

    4. Bonjour

      En effet, arrêter de courir partout. Je vous rappelle qu’il n’y pas si longtemps Paul Jorion nous disait que la voiture était déjà bien abîmée et qu’elle va droit dans le mur avec encore plus de vitesse. Et là croyez-moi l’arrêt sera brutal.
      Avant d’en arriver à de violents extrêmes avec fin d’une course folle, il est de notre devoir de reprendre le contrôle et du volant et de l’accélérateur et du frein.
      Jolie métaphore peut-être. Il s’agit principalement comme la justement souligné Pierre-Yves D. de la vie psychique des gens. La vérité elle est là : elle concerne beaucoup de monde et les angoisses sont bien réelles. En lieu et place, le totalitarisme marchand fourni des images totalement navrantes et franchement infantilisantes. Dans un premier temps c’est une guerre de communication – une puissante machine à fabriquer de la fiction. Prenez la Parole et dites-leur que cette merde vous n’en voulez pas .

  36. Bonsoir,

    @ juan nessy :

    J’ai bien peur que tous les problèmes de société ne puissent et ne doivent pas se résoudre par la création d’une juridiction d’exception.
    Comme l’a très justement fait remarqué Alain Gauvin (prêtez lui le droit de savoir de quoi il parle) : l’avocat comme le juge ne font qu’appliquer des lois (le juge sanctionne l’application des lois). Un tribunal d’exception devra quoiqu’il arrive appliquer une loi : qui aura voté cette loi ? dans quelles conditions ? pour quelle durée ? quelle sera la légitimité publique de cette loi ?
    Un tribunal international devra appliquer une loi internationale : votée par qui ? en quoi tout ceci est-il démocratique ?
    Ces questions sont incontournables, je regrette que l’on ne se penche pas plus souvent sur elles…

    Cordialement,

    1. @ VB :

      C’est un peu les mêmes questions qui m’étaient venues spontanément à l’esprit . Je n’y ai pas de réponse , mais le fait que l’on commence à voir évoquer ici ou là , la notion de crime économique ,est un indice supplémentaire qu’il se passe quelque chose .

      Y a-il des éclairages possibles sur ce blog sur l’apparition de la notion de « personne morale » ?

      J’avais été ammené à citer cet aspect juridique en évoquant les expositions à la sanction différentes , en cas de dépôt de bilan et faillite, selon que l’on était entreprise ou simple artisan et profession libérale . Remarque faite à l’époque que NS envisageait de faire l’offrande du régime plus protecteur des biens propres , aux derniers nommés .Je ne sais pas où ça en est .

    2. Je crois que vous avez soulevé la question: un juge ne fait qu’appliquer la loi. Certes, la loi est sujette à interprétation, surtout lorsque sa qualité rédactionnelle est piètre, ce qui est de plus en plus le cas. L’avocat, lui aussi, en principe, doit, pour défendre une cause (ou plutôt, en l’espèce, un client et uin dossier) agir dans le cadre de la loi qu’il interprète, bien sûr. Il peut toujours tenter le « procès de rupture »; je crains fort qu’il se tourne en ridicule dans une matière – la finance – qui ne se prête guère aux effets de manche, contrairement au droit pénal en matière de crimes humains ou de terrorisme. Peut-être l’avocat pourrait-il tenter la rupture lorsqu’il défend un Etat très pauvre et endetté qui ne rembourserait pas ses dettes; je ne suis pas sûr qu’il soit bien reçu par les juges qui lui opposeront le contrat conclu et signé par ledit Etat.

      Si l’on veut être précis, ce n’est même pas d’un tribunal international dont il serait question, mais d’un tribunal supranational appliquant lui même une loi suprationale, c’est-à-dire au dessus des Etats. Car, n’oublions pas le rôle des Etats dans ce que certains pourraient qualifier de pourrissement de la finance: responsabilité en tant que pouvoir normatif (j’ai déjà donné des exemples), mais aussi en tant qu’opérateur financier agissant comme les banquiers qu’ils fustigent (je n’ai pas encore donné d’exemples).

      Bien cordialement,

    3. Bonsoir,

      @ juan nessy :

      Oui, en effet, il se passe des choses… mais si ces choses peuvent déboucher sur le meilleur, elles peuvent aussi déboucher sur le pire (qui est peut-être même le plus probable : j’espère être pessimiste). Voilà pourquoi il faut mettre à plat et au grand jour toutes les véritables problématiques institutionnelles soulevées à l’occasion de cette Grande Crise.

      Je ne comprends pas vraiment le sens de vos interrogations : l’apparition de la personne morale a répondu au besoin de développement du commerce en rendant « sujet de droit » une entité non pas physique mais « intellectuelle » dont la vocation unique est de « faire du commerce ». Ce qui en soit ne me semble pas critiquable.
      Ce qui me semble, en revanche, critiquable est toute cette dérive dans les termes juridiques, qui confine à une dérive démagogique : un crime est un crime, on peut ajouter qu’il vise un être humain ou une catégorie d’êtres humains, qu’il se soit manifesté par une atteinte directe (cas le plus classique) ou par une atteinte indirecte (au moyen d’une disparition de toute possibilité de dignité en l’absence de moyen économique possible) ne change pas sa nature de crime tout court (oubien les mots n’ont plus de sens).
      Au fond, je pense que tout cela résulte d’une conception fondamentalement anglo-saxonne d’appréhension des problématiques de la vie en société, ce qui va à l’encontre du « génie français » (Monsieur Attali vante les mérites de Pascal mais n’applique pas du tout ses préceptes dans les recommandations qu’il fait).
      En réalité, cette multiplication des qualifications n’est pas indispensable, elle est même tout à fait néfaste lorsqu’elle s’accompagne d’une pareille multiplication des juridictions d’exception : il fini par n’y avoir sur terre que des exceptions, ce qui aboutit finalement à la disparition des grands principes communs de vie et d’organisation sociale et se fait, au surplus, au détriment de la démocratie : tout moyen de contrôle et d’action est définitivement ôté aux citoyens, j’ajoute contribuables.
      Encore une fois, mon discours ne se veut pas polémique, veut-on vraiment abandonner la conception française de l’organisation sociale en tant qu’elle se veut un système juridique cohérent, doté d’institutions organisées qui se contrôlent mutuellement au moyen de contrepouvoirs, avec un contrôle populaire final ? Nous sommes partis de là pour arriver aujourd’hui à tout autre chose mais veut-on vraiment abandonner et abattre définitivement ce modèle ? La question ne mérite-t-elle pas d’être clairement et objectivement posée ? J’ajoute que la réponse n’appartient à personne en particulier et à tous en général.

      Cordialement,

    4. @VB:

      Je crois que nous avons à peu près la même lecture . La moindre lisibilité de la justice tient sans doute dans la multiplication des natures de juridiction et à la difficulté d’écrire la loi de façon simple dans un monde complèxe et brownien . Je note avec vous que la notion de personne morale de droit privé ou public , a prospéré avec la dynamisation du marché .

      Je note aussi que c’est bel et bien en termes de droit , donc d’écriture de la loi , que la démocratie doit rechercher la régulation du marché et de la liberté , en veillant à ce que l’écriture de la loi ne devienne pas un marché .

      Je note aussi que c’est l’ambiguïté de la loi qui permet le juge ou l’avocat véreux . Parfois , par contre , et j’en ai fait l’expérience dans mes responsabilités de fonctionnaire , l’ambiguïté de la loi , dans des domaines où elle n’aurait pas du s’aventurer , m’a permis de la « rendre humainement supportable » . Mais je me serais bien passé de porter sur mes épaules , et sans parachute , ce pari de définir le sens « vertueux  » de la loi ambigüe .

      Ma première crise cardiaque est sans doute le résultat de ces angoisses .

      Je partage aussi votre appréciation sur Jacques Attali , qui me désole parfois autant qu’il me passionne . Peut être parce que lui aussi est une loi mal écrite .

  37. Ce n’est pas la faute de la fraude

    Et si l’on reparlait un peu des autres banques, celles qui cacheraient encore des montagnes de dettes « pourries » ? Enfin, c’est à peu près en ces termes qu’on en a parlé la dernière fois, ça remonte à je ne sais plus quand. Si donc on en reparlait, ne découvrirait-on pas qu’elles sont comme Lehman, à cette différence près que, leurs juristes étant plus malins, elles n’ont pas eu besoin de frauder ? J’ai cru comprendre qu’à un moment on a autorisé les banques à estimer leurs actifs comme elles le voulaient: n’est-ce pas une disposition devant leur éviter de recourir au mensonge ? Sachant par ailleurs que la sanction de l’honnêteté pure et dure peut être une faillite pure et simple, on voit que la fraude n’est jamais que le prolongement de l’honnêteté par d’autres moyens… Elle m’apparaît comme un symptôme psychosomatique inscrit dans les livres comptables, un symptôme révélateur d’un mal plus profond qu’il serait intéressant d’identifier.

    1. Depuis que j’ai découvert ce blog, je lis toujours vos interventions – dont je ne partage jamais les idées – avec beaucoup de plaisir, et je le dis sans ironie. Mais j’ai tout de même, parfois, bien du mal à vous comprendre et à savoir où vous voulez en venir.

      Vous dîtes: « Et si l’on reparlait un peu des autres banques, celles qui cacheraient encore des montagnes de dettes « pourries » ? » Il n’y a pas plus de dettes pourries que de merde en broche (excusez-moi l’expression). Les créances dont on s’évertue à dire, depuis 3 ans, qu’elles sont pourriesne le sont pas plus que les EUR que vous avez dans votre porte-monnaie. Si, aujourd’hui, on évaluait les actifs de LB au mark-to-market d’aujourd’hui, sans doute que LB ne serait pas mis en faillite.

      Tout le problème réside dans la confiance que l’on accorde aux marchés. Cette confiance doit forcément être limitée:

      1/ Il est crétin de soutenir que les marchés sont prêts à s’autoréguler, tout simplement parce que ce n’est pas dans la nature humaine (et pas seulement financière) que de se limiter: il faut donc un copr fort en mesure de contraindre les opérateurs et de les sanctionner.

      2/ L’évaluation par les marché eux-mêmes – le mark-to-market – me semble procéder d’une bonne intention: évaluer, « en temps réel », un actif en tenant compte de ce que le marché est prêt à payer. Simplement, on se rend compte que ce mode d’évaluation de marché ne fonctionne pas si le marché devient fou: en cas de crise grave, lemarché n’est pas la bonne boussole. Certains le découvrent aujourd’hui. Mais la crise asiatique avait déjà révélé, il y a plus de 10 cette impuissance des marchés. J’ai écrit à ce sujet dans Banking Law Journal sur le dénouement des opération OTC en cas de crise et de résiliation anticipée, lors de cette crise asiatique: les évaluations données par 3 marlet makers sont à se pisser dessus tant elles ne reflètent aucune réalité. Je peux, si Paul en est d’accord, et si cela vous intéresse, transmettre cet article sur ce blog.

      Bien cordialement,

    2. @ Alain Gauvin,

      Il me plairait de lire votre article. J’ajoute que même hors période de crise, l’évaluation au prix du marché est une notion extrêmement manipulable.

      Bien cordialement,

    3. GAUVIN ALAIN,

      Votre cordialité vous honore. J’imagine que sans être nécessairement enseignée aux futurs avocats, elle fait partie des usages de la profession. C’est en tous cas l’image que j’en ai.

      Vos propos, vos « certitudes » m’ont interpellé. J’ai repensé à mon précédent message : « …avec l’arrière-pensée d’une élaboration internationale d’une constitution pour le droit si je vous ai bien lu… » (http://www.pauljorion.com/blog/?p=8911#comment-63967), et ça a été le déclic ! C’est la même réaction que j’ai eue lorsque j’ai découvert les propositions de Paul ! Vous placez le droit sur un piédestal, ce qui peut se comprendre, et de fil en aiguille, de construction en réflexion, vous appuyant sur une logique indémontable, vous en arrivez à placer le droit au dessus de tout.

      Et c’est là que j’ai tiqué : les outils se placent au-dessus de l’homme : l’homme est incapable de vivre et de se débrouiller sans cet outil que l’on s’est appliqué à lui rendre indispensable, il faut donc que l’outil assume cette responsabilité et le dirige ! Sans trop extrapoler : c’est le monde à l’envers.

      Mais de la même manière qu’il n’est pas évident de faire comprendre à un australien qu’il vit depuis toujours la tête en bas, à l’envers, je veux bien croire qu’il ne soit pas évident pour vous et pour Paul donc, d’accepter ce qui est ma réalité -et celle, c’est rassurant tout de même, d’autres intervenants ici- à savoir : ce n’est pas en continuant à se servir de l’outil pour recadrer la vie du groupe que l’homme trouvera une sortie heureuse à sa crise de conscience.

      Je ne suis pas sûr de m’être fait comprendre, par expérience, alors je me permets une image : c’est un peu le principe d’apprendre à pêcher plutôt que de donner du poisson, ou de laisser un enfant se brûler les doigts pour qu’il apprenne à se méfier du feu, …

      Sincèrement.

    4. @Alain Gauvin: « Mais j’ai tout de même, parfois, bien du mal à vous comprendre et à savoir où vous voulez en venir. » : voilà qui ne me vexe point du tout, car je sais que ma « pensée » est très confuse. C’est pourquoi j’apprécie vos interventions pour leur précision et concision.

      « Si, aujourd’hui, on évaluait les actifs de LB au mark-to-market d’aujourd’hui, sans doute que LB ne serait pas mis en faillite. » : dans ma confuse pensée (:)), cette phrase veut dire que les règles actuelles auraient permis à LB de présenter un bilan plus rose sans avoir besoin de frauder. Mon idée était donc que cette fraude devrait attirer l’attention: 1) par son ampleur, 2) par sa nature: maquiller les apparences, 3) par le fait que des apparences non maquillées n’en restent pas moins des apparences. Pour qu’il en aille autrement, il faudrait que ce genre d’autopsie de 2000 pages soit publiée du vivant du concerné. LB était donc un mouton noir, on l’a éliminé, restent des moutons aux couleurs indécises mais considérés comme blancs. (Par application de la présomption d’innocence ?) La confiance ne repose donc que sur un consensus provisoire et arbitraire fondé sur les apparences, pas sur une quelconque réalité. La fraude n’est donc qu’un épiphénomène.

    5. Gauvin alain 23H00, 2ème §  » de merde en broche  »

      N’en faisons pas tout un plat, la valeur de l’instant T (transaction) n’ayant pas de valeur notoirement connue à l’instant X, Y ou Z, j’en déduis:

      X Y ou Z ne valant (qu’hypothèse) donc rien, si rien ne vaut rien, annulons le rien et repartons du bon pied en l’écrasant (pied gauche ou droit suivant vos penchants), et n’en parlons plus.

      Comme le droit d’ailleurs, la souveraineté n’est qu’une et indivisible. Seul le peuple en a le pouvoir direct ou indirectement CONFIE démocratiquement, encore faut-il que la confiance ne soit pas sabordée par le pouvoir, la délégation de confiance peut être jugée au fond par la justice, suffit de poser la question dans les bons termes.

    6. « Les créances dont on s’évertue à dire, depuis 3 ans, qu’elles sont pourries ne le sont pas plus que les EUR que vous avez dans votre porte-monnaie. »

      Le tenancier a dû s’étrangler en lisant cela. 🙂

    7. @fab: j’ai bien saisi votre réponse ci-dessus, mais je trouve que vous allez trop vite en besogne quand vous dites à M. Gauvin: « vous en arrivez à placer le droit au dessus de tout. » D’une part, il ne s’est pas exprimé assez longuement pour qu’on puisse dégager une telle opinion, d’autre part il semble surtout intéressé de défendre le point de vue du droit. Pour ce faire, il est bien obligé de le mettre en avant, de rappeler son rôle, ses limites et ses vertus. Mais il y a plus: que pouvez-vous mettre « au-dessus de tout » qui fasse consensus et permette à une collectivité de prendre des décisions ? Rien, si ce n’est le droit.

    8. Crapaud Rouge,

      Beaucoup de personnes et donc beaucoup de systèmes au sein de sociétés postulent que l’homme ne peut se gérer seul. Cette « incapacité » postulée va de l’individu à la société entière, selon les cas. La Birmanie ou la Chine laissent au droit une place décorative et privilégient la force armée militaire. D’autre privilégient la force religieuse. D’autres la force de l’argent. D’autres le droit. Chaque groupe réussit finalement à se convaincre que son choix de bâton ou de carotte est celui qui convient le mieux.
      Les exemples chinois et birman ne me posent en ce sens guère plus de problème que le nôtre.

      Ce qui me pose problème c’est qu’on ne s’en préoccupe pas, qu’on accepte cela comme une donnée avec laquelle il faut composer. Irait-on par exemple chercher à comprendre notre monde, notre univers en supposant que la Terre ne soit pas plate et qu’elle ne soit pas Le Centre de Tout !?

    9. @Fab: « La Birmanie ou la Chine laissent au droit une place décorative et privilégient la force armée militaire. D’autre privilégient la force religieuse. D’autres la force de l’argent. D’autres le droit. » : vous confondez le droit, « unique » dans une société donnée, avec ses sources qui sont infiniments diverses. Il faut être extérieur à un certain régime, par exemple celui de la charia ou des Chinois, pour pouvoir le contester en tant que droit. Sinon, pour qui vit sous un certain régime, celui-ci constitue une référence qui ne peut pas être contestée, (elle est « au-dessus de tout »), mais peut être amendée par des processus externes. Exemple simple et parlant: l’activité déployée par les homosexuel(le)s pour obtenir la reconnaissance juridique de leurs unions.

    10. Crapaud Rouge,

      Je ne suis pas certain d’avoir bien compris votre dernier message. Cependant je ne pense pas me tromper de droit : il y a une différence entre le droit servant le peuple et le droit imposé au peuple. Regardez l’état du droit actuel en finance : sert-il le peuple ou la finance ? Et même, soyons fous, si l’idée était tout de même de servir l’homme, quelle serait la légitimité de telles mesures ?

    11. @Fab: « il y a une différence entre le droit servant le peuple et le droit imposé au peuple » : dans la famille « droit servant le peuple » je rangerais volontiers le droit coutumier qui se montre fort utile pour régler les problèmes de voisinage. Convenez avec moi que sa portée est très limitée. Et dans la famille « droit imposé au peuple », ne peut-on pas ranger le code des impots, de la sécurité sociale, du travail, des étrangers, les droits de l’homme, etc. etc. ? Le droit qui ne s’impose pas n’est pas le droit mais un rêve. Du reste, il faut d’abord rêver que le droit change avant de pouvoir le faire changer.

  38. timiota dit :
    16 mars 2010 à 11:35
    N’est-ce pas un visage du « liquidity trap » de Krugman que vous présentez ainsi ?
    Il argumente en ce moment que ca ne fera aucun mal si la Chine vend tous ses bons en dollars.

    Sa base est l’exemple du Shekel, Israel s’est fait des méga réserves en devises étrangères en vendant des shekels, pour regagner de la compétitivité, si j’ai bien compris…

    En tout cas, oui, la confiance devient un peu un Janus quand plein de fric traine « en compte », et que plus il y en a, plus c’est malsain. JE laisse aux pros le soin de rectifier

    JF répond:
    Oui, il y a de cela, même si ce n’est pas que cela. La « liquidity trap » que Krugman décrit prend son origine chez Keynes qui lui même l’a « piquée », sans le dire, à Silvio Gesell.
    En finir avec la trappe aux liquidités à tout jamais, tel est l’objectif du signe monétaire marqué par le temps (le SMT).

  39. Krugman jouis d’un prestige qu’il ne mérite absolument pas. Franchement son dernier article présenté sur contre-info atteint des sommets de bêtise. De la guerre informationnelle « niveau CM2 », en étant gentil qui plus est. Il est avant tout, et ceci est manifeste dans chacune de ses prises de parole, au service de l’hégémonie géo-économique US.

    Il n’est en rien partisan d’un monde multipolaire dans lequel le dollar aurait été destitué de son rôle de monnaie de réserve/ de racket. Et s’il consent parfois à s’intéresser aux questions de justice sociale (dans sa bouche il vaudrait mieux parler « d’équilibre ») c’est uniquement dans l’exacte mesure où les intérêts US peuvent en être affectés.

    S’il est écouté, on aura droit à un beau feu d’artifice. Et évidemment, les USA seront KO au premier round (parce que bon, avec son point de vue limité d’économiste, il n’imagine pas la pleiade d’opérations de déstabilisation qui pourraient être menées, à tous les niveaux, à côté de la vente brutale des bons du Tresor US). Ce serait un véritable cataclysme.

    « Il ne faut décidément pas laisser les intellectuels jouer avec des allumettes ».

    1. Bonjour,

      Ne confondez vous pas les intellectuels et les idéologues ? Je ne crois pas que des gens dénués de toute possibilité intellectuelle de synthèse, d’analyse et de hiérarchisation soient les mieux placés pour résoudre les problèmes sociaux actuels.

      Cordialement,

  40. La fraude ordinaire…

    Sujet qui semble simple et consensuel. Qui pourrait être pour la fraude. Qui ? Et bien finalement à peu prêt tout le monde…

    Je vous dois une explication.

    La défense première signalée très souvent est majoritairement quelque chose du genre : « si on ne le fait pas d’autres le ferons et nous perdrons ». Tout le monde saute au plafond lorsque c’est un financier qui dit cela.
    Mais qu’en est-il lorsqu’un chef d’État signataire de la convention internationale des droits de l’Homme (voire même, dans le cas d’un français s’en réclame comme héritier des inventeurs de cette convention et donc dépositaire…) part en visite dans un pays « douteux » en terme de respect des droits de l’Homme en enfilant son costume de VRP en chef. Celui-ci, bien évidemment n’est pas là pour les droits de l’Homme et il cherche surtout à ne pas offusquer son interlocuteur avec lequel il a bien l’intention de signer quelques contrats juteux. Il s’agit d’appliquer la REAL POLITIK.
    Quelques voix s’élèvent, mais avec peu d’échos tout de même. Après tout, si des entreprises françaises peuvent croître et prospérer grâce à ces contrats, apportant par là de la croissance à la France et donc des emplois, du niveau de vie en hausse, … « Et puis de toutes façons, si on ne le fait pas, d’autres ne s’en priverons pas ». Tiens je l’ai déjà entendue celle-là.
    Ah ben oui, évidemment, vu sous cet angle… Les droits de l’Homme peuvent attendre, c’est tout de même pas si important. Et puis, ils ne faut pas faire trop « d’ingérence dans les affaires des autres ».
    Une autre qu’on entend souvent : « on ne peut pas prendre toute la misère du monde à son compte » … Certes, mais on peut aussi la prendre dans la figure. Et là, ça fait mal souvent.

    Ne vous trompez pas sur mon propos, il ne s’agit pas de culpabiliser, il s’agit d’ouvrir les yeux sur les réalités cyniques et sournoises de ce monde. Une fois ces yeux ouverts, alors on peut faire un choix en toute connaissance de cause. Choix que je simplifie ici entre 2 alternatives :
    – mettre tout en œuvre pour qu’au niveau international nous parvenions à des accords visant les objectifs du millenium goals (et je dis bien tout, y compris des remises en causes des systèmes jugés indépassables)
    – accepter que nous nous armions jusqu’aux dents, bâtissions des frontières infranchissables autour de l’Europe et tenons nous prêts à nous battre.
    Vous aurez compris que mon choix va vers la première solution.

    Une autre lecture intéressante pour comprendre un autre point de vue que celui qui nous est transmis par nos médias bien (peu) pensants. « La haine de l’occident » de Jean ZIEGLER.

  41. Paul, François, et les autres
    puis-je vous demander ce que vous pensez-du livre de Jean de Maillard « L’Arnaque. La finance au-dessus des lois et des règles ». J’ai l’impression que cela complète bien les efforts pédagogiques de P Jorion?

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