BFM Radio, lundi 15 mars 2010 à 10h46 – La fraude ordinaire

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Le gros rapport publié la semaine dernière sur la fin de Lehman Brothers a créé la surprise. Les choses qu’on y découvre ont un parfum de déjà vu. Et ce qu’on a déjà vu a un nom dont la plupart se souviennent, c’est Enron, la compagnie « modèle », septième entreprise aux Etats-Unis en son temps, spécialisée dans le négoce de l’énergie qui, en 2001, s’effondra en quelques semaines.

Quand Enron est tombée, les écrans de fumée se sont dissipés et on a découvert qu’au-delà des jeux de miroirs, il n’y avait pas grand-chose. Le rapport de 2 000 pages, mandaté par ceux qui ont perdu des plumes dans la faillite de Lehman Brothers, révèle que, pour ce qui touche aux tripatouillages de sa comptabilité, la quatrième firme de Wall Street n’avait rien à envier à Enron. Quand la fin du trimestre financier approchait, on déguisait un « repo », une mise en pension de titres, en une vente, et on améliorait de cette façon le bilan de 50 milliards de dollars environ. Une fois les chiffres publiés, on rapatriait la dette et on rendait les sous. Ça arrangeait tout le monde : les investisseurs étaient contents, la notation de crédit était dopée, et quand cela a commencé à sentir le roussi, la direction de Lehman a pu dire sur un ton d’autorité, que la firme avait pris des mesures draconiennes pour réduire son endettement. Elle ne l’avait pas fait, et n’avait aucune intention de le faire. Entre le début de ses ennuis et sa faillite, Lehman est même arrivé à multiplier son exposition au risque, par trois.

Et ces manipulations étaient légales. Enfin presque. Lorsque de nouvelles règles de comptabilité furent mises en place aux Etats-Unis en 2000, une équipe chez Lehman s’est mise au travail pour trouver comment les contourner – ce n’est pas exactement ce qu’on appelle : « respecter l’esprit de la Loi ». Comme la combine trouvée était trop grosse pour l’Amérique, on s’adressa à un cabinet d’avocats à Londres, prêt à jurer qu’une fausse mise en pension était parfaitement légale en Angleterre, on trouva aussi – comme dans le cas d’Arthur Andersen avec Enron – une grande firme d’audit prête à détourner la tête le temps qu’il faudrait à la fin de chaque trimestre.

Certains commentateurs s’empressent de dire que l’opération « Repo 105 », parce que c’étaient les 105 % de collatéral qui permettaient de faire passer la mise en pension pour une vente, était une invention originale de Lehman Brothers. Mais qui mettrait la main au feu que rien de tel n’existait dans les comptes de Bear Stearns, qui avait précédé Lehman dans sa chute de très peu ? Et je ne parle encore là que des morts ! Combien d’autres Enron parmi ceux qui sont toujours en vie ?

Pourquoi le font-ils ? Vous savez très bien ce qu’ils diraient : « Parce que les autres le font, et que ce serait un tel handicap pour moi si je ne le faisais pas : je ne m’en sortirais jamais ! » Ce genre d’arguments, on l’a beaucoup entendu ces deux dernières années : « Si on l’interdit ici : d’autres le feront ailleurs », sous-entendu : « D’autres… et moi y compris ! ». N’empêche, même si c’est vrai, on aimerait bien entendre de temps à autres, la phrase qui présente ce genre d’arguments, précédée par : « Je sais que c’est malhonnête mais… » Mais ce « Je sais que c’est malhonnête… », on ne l’entend en réalité jamais. Et c’est pourquoi le meilleur terme pour ce qui vient d’être découvert à propos de Lehman Brothers, c’est : la « fraude ordinaire ».

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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159 réflexions sur « BFM Radio, lundi 15 mars 2010 à 10h46 – La fraude ordinaire »

  1. « Certains commentateurs s’empressent de dire que l’opération « Repo 105 », parce que c’étaient les 105 % de collatéral qui permettaient de faire passer la mise en pension pour une vente, était une invention originale de Lehman Brothers.  »

    « Et ces manipulations étaient légales. Enfin presque. Lorsque de nouvelles règles de comptabilité furent mises en place aux Etats-Unis en 2000, une équipe chez Lehman s’est mise au travail pour trouver comment les contourner – ce n’est pas exactement ce qu’on appelle : « respecter l’esprit de la Loi ». Comme la combine trouvée était trop grosse pour l’Amérique, on s’adressa à un cabinet d’avocats à Londres, prêt à jurer qu’une fausse mise en pension était parfaitement légale en Angleterre »

    Je pense que l’on se doit d’être précis.

    1. Qu’on le veuille ou non, une pension livrée (ou repo) n’est pas une manipulation. Et il n’y a pas de manipulations légales, sauf aux yeux de ceux qui ont le sentiment d’être manipulés. Malheureusement, pour ces derniers, le fait de penser que l’on est victime (ou manipulé) ne suffit pas encore à se prévaloir du statut du victime.

    2. Qu’on le veuille on non, une pension livrée est une vente. Mais c’est une vente particulière: elle est temporaire. Donc, dire « faire passer la mise en pension pour une vente » sonne faux: on ne fait pas passer une pension pour une vente, puisque c’en est une.

    3. En revanche, ce qui est condamnable, c’est qu’un instrument licite soit utilisée à des fins illicites.

    Mais je ne crois pas une seule seconde qu’un « cabinet d’avocats à Londres » (ou ailleurs) ait pu « jurer qu’une fausse mise en pension était parfaitement légale en Angleterre ». On ne peut pas exclure, bien sûr, l’existence, quelque part sur notre globe, d’un avocat assez fou pour dire n’importe quoi, avec la certitude de mettre en cause gravement sa responsabilité. Mais sauf ce cas, bien improbable dans l’affaire Lehman, il n’est pas convenable de laisser penser que les banques puissent se livrer à une sorte de « cherry picking » d’avocats. Il peut y avoir, évidemment, des divergences de doctrines entre avocats. Mais on ne trouvera pas un avocat sensé pour engager sa responsabilité en déclarant légal ce qui ne l’est pas.

    1. Ce que vous dites est sans nul doute techniquement exact.

      yvan disait plus haut que le comptable « créatif » ne faisait que son job. Dans leur domaine, les avocats « créatifs » font la même chose.

      La créativité est donc la capacité d’enfreindre « l’esprit » de la loi tout en en respectant la lettre. C’est la casuistique appliquée à la comptabilité ou au droit. J’ai peine à trouver d’autres métiers où il y aurait cette indulgence pour ces pratiques immorales (par exemple un médecin « créatif » pourrait même risquer des poursuites judiciaires).

      Même du côté de la déontologie, je doute que l’on puisse y trouver à redire. J’ai un peu cherché mais sans grand succès. Il y a bien un devoir de loyauté chez les avocats, mais là aussi ils ont tellement ouvert la porte à la casuistique qu’au final à peu près tout est acceptable.

    2. Mon billet a été prononcé plusieurs heures avant que le Financial Reporting Council, le régulateur britannique en matière de comptabilité et d’audit, n’annonce hier le lancement d’une enquête qui portera à la fois sur le comportement de Lehman Brothers dans cette affaire, d’Ernst & Young, son audit et du cabinet d’avocats Linklaters, qui émit l’opinion légale relative au « Repo 105 » – dont le seul but, selon le rapport Valukas, était la manipulation comptable. Attendons les résultats de cette enquête avant de décréter que l’une ou l’autre de ces parties sortira nécessairement blanchie de la suspicion qui pèse en ce moment sur elle.

    3. Vous aveez raison, Paul: pas de conclusion hâtive. Tout le problème est dans le « la suspicion qui pèse sur elle ». Je sais bien que, dans le grand public, il suffit d’un bruit pour qu’untel soit suspect. Ce rapport est bien entendu plus qu’un bruit. Mais, si, vous-même, à la lecture d’un rapport, aussi sérieux soit-il, vous vous hâtez à « décréter » que tel ou tel est suspect, piétinant ainsi la présomption d’innocence qui devrait vous conduire à une certaine réserve, qui donc la respectera?

      Lorsque je lis les échanges su ce blog, j’ai le sentiment que, majoritairement, ceux qui y interviennent sont attachés à certains principes. Celui selon lequel on devrait se garder de décréter qu’untel est suspect avant qu’il ne soit définitivement condamné ou blanchi, me semble être un de ces principes. Mais, il est vrai, que la férocité des interventions à l’égard des financiers est telle, qu’elle peut primer sur certains principes démocratiques auxquels, il me semble, ce blog est attaché.

      PS. Il serait intéressant de lire la LO du cabinet d’avocats. Je prends les paris que cette LO n’a pu déclarer licite ce qui ne l’est pas.

      Bien cordialement,

    4. « En revanche, ce qui est condamnable, c’est qu’un instrument licite soit utilisée à des fins illicites. » : soit, mais comment reconnaître une fin illicite dès lors que les moyens utilisés sont licites ? A prendre votre assertion au pied de la lettre, personne n’est jamais condamnable puisque le caractère licite/illicite des fins ne peut pas être énoncé en droit. Et que dire des moyens illicites exercés, à la manière de Robin des Bois, dans un but non seulement licite, mais reconnu comme hautement moral ?

    5. Bonjour,

      @ Alain Gauvin :

      Pourriez-vous définir le principe démocratique (dans son essence et dans son contenu) dont vous faites état ? Il me semble que le problème, bien que pouvant (peut-être à la marge) avoir des ramifications dans l’application des lois, provient essentiellement desdites lois ; peut-être que je me trompe…

      Cordialement,

    6. Je crois que ce qui rassemble les lecteurs de ce blog, c’est le rejet de ce que j’appelle l’« extraterritorialité morale » réclamée pour tel ou tel domaine de la vie sociale par ceux qui y appartiennent.

      Vous me posez des questions, en voici une que je vous pose moi directement : « Que pensez vous d’un juriste dont l’occupation consiste à examiner un texte légal et à répertorier quel comportement contrevenant à son esprit en respecterait cependant la lettre » ? Je vous demande d’aller au-delà du simple : « Il effectue la tâche pour laquelle il dispose de l’expertise et pour laquelle il est rémunéré ».

    7. Paul Jorion en appelle à « respecter l’esprit de la Loi » et je le suis entièrement.
      Pour en remettre une couche : Que doit-on penser d’une justice qui accorde plus d’importance à la forme qu’au fond ?

    8. Al Capone était entouré d’un pool d’avocats dont le seul but était de pouvoir « transgresser » légalement la loi, par rapport à des activités notoirement illicites.

      L’Etat US n’a jamais pu prouver, contre toute vraisemblance, qu’il était à la tête de trafics divers. C’est seulement lorsqu’un de ses comptables, retourné par les inspecteurs du fisc, a livré sa « vraie » comptabilité, que l’on a pu le coffrer pour fraude fiscale.

      Les comptes précédents étaient faux, mais certifiés par divers opérateurs judiciaires.

      Monsieur Gauvin, vous êtes avocat dans un cabinet d’affaires, spécialiste des dérivés. Vous est-il jamais venu à l’idée qu’avec cette ambiance de judiciarisation de l’économie, les grosses structures économiques peuvent en toute impunité écraser leurs concurrents plus petits ou leurs sous-traitants sur le tapis vert, ceux-ci étant incapables pour des questions de coûts d’avoir recours à des conseils du même niveau que ceux des grosses boites? La justice à laquelle vous prêtez votre talent a t-elle encore quelque chose à voir avec une fonction de régulation sociale au nom du peuple souverain?

      Je pense que non et l’abstention est une des réponses des électeurs.

    9. Monsieur Jorion,

      à votre dernière question et puisque nous vivons volens nolens dans une société où le choix d’un système comptable et d’un for juridique est d’une importance capitale je répondrai par cette phrase de Henri Michaux: « Dans un pays de plaines, trafic de collines. C’est la règle. »

    10. Excellente question.

      Parmi les réponses communes aux questions de ce type, il y a le morcellement des responsabilités :

      « Je sais bien que, dans l’idéal, ce n’est pas bien, mais tout le monde le fait, si je ne le fais pas un autre le fera à ma place, c’est le système qui veut ça, ma responsabilité est toute petite dans une chaine de responsabilité si vaste que tout le monde est mouillé, et puis je ne peux pas à moi tout seul faire le chevalier blanc, ça n’aboutirait certainement à rien, et d’ailleurs dans la réalité, les chevaliers blancs sont toujours les dindons de la farce… »

      C’est un drôle de raisonnement, mais que nous portons tous en nous, si intimement qu’il ne nous apparait même plus quand nous profitons d’une « bonne affaire ». Regardons les choses en face : la plupart des « bonnes affaires » lèsent des gens, des principes, ou la nature.

      Il va être difficile à extirper de la majorité des consciences, ce raisonnement. Il fait sans doute partie du fond de sauvagerie, d’ « état de nature » que nous partageons tous.

    11. @Paul: « Je crois que ce qui rassemble les lecteurs de ce blog, c’est le rejet de ce que j’appelle l’« extraterritorialité morale »… » : c’est drôle mais, juste après avoir lu cet article, ma 1ère idée avait été de répondre quelque chose qui allait tout à fait dans ce sens. Les idées et sentiments des uns et des autres peuvent diverger sur à peu près tout, mais, dans l’ensemble, on est d’accord pour condamner l’« extraterritorialité morale » de la finance. Un internaute qui trouverait çà « normal » se sentirait vite mal à l’aise, et ficherait le camp de lui-même, sans qu’il soit besoin de le chasser à grands coups de ciseaux.

    12. Il faut dire que plus un texte est précis et semble « complet », plus il prête le flanc à « interprétations » et détournement d’intention.
      A quoi sert un avocat dit d’affaires sinon à contourner la Loi?
      Il sera consulté et ses honoraires calculés au prorata du bénéfice tiré de son « astuce ».
      C’est parfaitement légal.
      Et immoral.

    13. @Alain Gauvin: « il est vrai, que la férocité des interventions à l’égard des financiers est telle, qu’elle peut primer sur certains principes démocratiques auxquels, il me semble, ce blog est attaché. » : en ce qui me concerne, je pense éviter les condamnations trop abruptes, mais je vous assure que, par moments, j’éprouve une telle colère que le mot « férocité » n’est pas exagéré. S’il est juste et bon de rappeler que la justice doive suivre son cours, il ne faut pas non plus perdre de vue qu’elle opère sur un temps beaucoup plus long que celui des faits. Quelques heures de tempête suffisent à un pétrolier pour répandre sa pollution, mais 20 ans de procédures judiciaires peuvent ne pas être suffisants pour que justice soit faite. Le citoyen que je suis ne va pas en pouffer de rire, car lui aussi compte sur la présomption d’innocence, mais quand même…

    14. C’est ainsi que plus un texte est concis plus il est efficace et inexpugnable.

      « il n’y a pas de paris sur les variations de prix ».
      Difficile de faire plus bref.
      Par contre le mot « pari » peut ne pas suffire à décrire certaines formes de contrats…aux avocats de voir…

      Ceci me rappelle un alinéa du code de la route.
      Les plaques d’immatriculation doivent être apposées lisibles à l’endroit.
      Il parait que le code ne l’avait pas stipulé et qu’un malin les ayant posées à l’envers n’avait pas été condamné.

    15. @ Paul, @ Alain GAUVIN

      Très bonne question j’attends la réponse avec impatience et une certaine curiosité.

      Merci encore à tous les 2 de m’aider à comprendre, à réfléchir, à me faire mon opinion.

      Cordialement

    16. Toi, je pense qu’il y a eu une erreur de confusion.

      Je n’ai pas assez séparé ce que je considère être les deux types de personnes qui travaillent avec les chiffres.

      – un comptable ne peut être créatif. Il applique des règles qui viennent des lois.

      – un financier prend le résultat du comptable, l’arrange au mieux en exploitant au maximum les failles des règles, ou va voir un politique pour changer les règles.

      Aucun rapport entre les deux du point de vue du « fonctionnement ».

    17. Réponse à VB « Il me semble que le problème, bien que pouvant (peut-être à la marge) avoir des ramifications dans l’application des lois, provient essentiellement desdites lois ». Je suis d’accord avec vous: le problème provient des lois elles-mêmes. C’est donc une question politique (au sens noble du terme, désolé de cette précision à laquelle je me sens obligée), l’élaboration d’une loi, puis ce qu’elle dispose une fois votée, procèdant d’un choix politique et de société. Un avocat et un juge exercent leurs mission sur le fondement des lois prises et non de celles qu’ils souhaiteraient. Si la loi dit que la pension livrée (repo) est (i) une vente (temporaire) et que (ii) en tant que telle elle est licite, l’avocat n’y peut pas grand chose même si, dire d’une vente – et donc d’une droit de propriété – est temporaire au moment où on la conclut est vue comme une hérésie juridique.

      Bien cordialement,

    18. Réponse à Paul. « Que pensez vous d’un juriste dont l’occupation consiste à examiner un texte légal et à répertorier quel comportement contrevenant à son esprit en respecterait cependant la lettre » ?

      Je pense que ça n’existe pas (sauf juriste fou ou notoirement incompétent, ce qu’on ne peut exclure, mais ce qui n’est pas le cas du cabinet que vous citez). Lorsqu’on apprécie la faisabilité juridique d’une opération, on l’analyse à l’aune de la lettre et aussi de l’esprit de la loi. Je pense que vous sous-estimez le temps passé par les juristes/avocats à étudier les travaux préparatoires aux lois pour identifier la volonté du législateur. Qui plus est, les lois sont si mal écrites aujourd’hui, que ce travail de fond s’impose de surcroît.

      Bien cordialement,

    19. On apprend ce matin, qu’une enquête est également lancée aux États-Unis par le FCIC (Financial Crisis Inquiry Commission) présidé par Phil Angelides qui a déclaré : « Dans quelle mesure ces manœuvres étaient-elles pratique courante ? Dans quelle mesure les régulateurs étaient-ils au fait ? Dans quelle mesure furent-elles facilitées par des juristes, des comptables et d’autres encore ? »

      Wall Street Journal : FCIC Investigates Use of Repo Accounting Maneuver

    20. Bonjour,

      @ Alain Gauvin, Phil de St Naz et les autres, T-Bone et les autres :

      1) contrairement à l’assertion selon laquelle tout le monde est mouillé : NON, il y a des résistants, peu nombreux et nécessairement mal perçus, affublés de qualificatifs excessifs, politisés ou/et déplacés à seule fin de les décrédibiliser : là est la peut-être la vraie responsabilité des non résistants (se prêter à ce petit jeu délétère)
      2) Oui : trop de lois complexes cachent la grande indigence des lois simples organisatrices de la société ;
      3) à l’exception de quelques « vendus » (peu nombreux je pense), la grande masse des avocats d’affaires prend bien garde à ne pas se mouiller dans leurs « conseils » (les conseilleurs ne sont pas les payeurs est un reproche que leurs clients leur fait souvent). Le problème vient du fait que, ce faisant, ils (les avocats d’affaires) participent, légitimisent et accroissent la quantité, l’a-qualité et l’a-limite (au sens de « a » privatif), de la réglementation. Certes, un avocat d’affaires se gardera toujours de préconiser des actes ou comportements illicites ou illigaux, mais en revanche, il jouera le rôle (un vrai jeu de rôle) du faux donneur de limite et justifiera ainsi toutes les dérives dont ils ne sont, au demeurant, pas responsables directement.
      Il n’y a plus de « grands avocats » car il n’y a plus de « grandes lois », tout simplement. La qualité des gens n’est pas intrinsèquement mise en cause, ce qui l’est en revanche c’est le manque de courage individuel et collectif pour sortir d’un cercle, que peu comprennent être vicieux, et le manque d’esprit critique : être fossoyeur de la République démocratique n’a qu’un temps, pour tous…

      Cordialement,

    21.  » il est vrai, que la férocité des interventions à l’égard des financiers est telle, qu’elle peut primer sur certains principes démocratiques auxquels, il me semble, ce blog est attaché. »

      Je ne suis pas du tout convaincu que la férocité se trouve du coté des blogueurs.

      Si tel était le cas la finance n’aurait pas eu les mains libres pour provoquer une crise dont on a pas fini de payer les conséquences économiques et sociales. Ce sont les millions de chômeurs, de personnes qui se sont retrouvées du jour au lendemain à la rue, parce qu’une minorité, faisant fi de toute moralité, jouait au casino de la finance avec leurs reconnaissances de dettes, qui ont été les véritables victimes de la férocité.

      Le blogueur fait preuve de sens critique, si férocité il y a, elle n’est que verbale.
      Le blogueur n’a que ses mots, ses arguments, pour renverser un rapport de forces par trop favorable au monde de la finance. Les plus féroces ne sont pas ceux que vous croyez.

    22. en réponse à la question de P. Jorion « Que pensez vous d’un juriste dont l’occupation consiste à examiner un texte légal et à répertorier quel comportement contrevenant à son esprit en respecterait cependant la lettre », on peut dire que cela ressemble à ce que la psychiatrie entend par « fonctionnement pervers ». Non pas que le juriste en tant qu’individu est un pervers mais pour une raison ou une autre il fonctionne en tant que , peut-être simplement par adéquation nécessaire au système auquel il appartient. Le système pervers passe souvent inaperçu car il ne contrevient pas à la loi il oeuvre pour le seul bénéfice du pervers qui ne recherche que la satisfaction de ses pulsions et instrumentalise tout ce qui passe à sa portée, aussi bien les gens que les discours dont il renverse le sens. Il fait fonctionner le monde pour lui, il n’est pas dans le monde. Il lui manque évidemment le sens de la morale « commune » ; Il faudrait définir ça mais c’est trop long… C’est celle en tous cas qui fait qu’à la boulangerie , je me place naturellement à la fin de la file d’attente et non pas au début alors qu’aucune loi ne m’y oblige et que si j’y contrevenais on serait bien en peine de me punir . Il faut dire que les psychiatres , s’ils ne renoncent pas à prendre en charge autistes et psychotiques, affirment qu’on ne guérit pas un pervers et s’en méfient comme de la peste.

    23. Puisque le débat semble s’orienter vers cette chère notion de « normalité », j’en profite pour rebondir sur le commentaire de Anne Bis.
      Finallement, ne serions-nous pas tout simplement en train de réfléchir sur ce qui caractérise un humain dans ses rapports à lui-même (et là, c’est son problème perso, il se débrouille avec) vs ses rapports avec autrui…??
      Et là, les rapports avec autrui d’un riche possédant ne peuvent qu’être destructeurs.

    24. Cet intéressant et important échange pourrait très bien porter éléments de réponse au sujet du moment du Blog d’Attali ( » pour un tribunal financier international »).

      ça l’enrichierait même considérablement !

    25. Rebonjour,

      @ juan nessy :

      « Un tribunal financier international » : je m’interroge sur la légitimité d’un tel organisme –> dites moi, comment ce tribunal est constitué, de qui, quels sont les garanties politiques, démocratiques, techniques etc. (la liste est longue) de ce tribunal ? Vers un gouvernement des juges comme on les aime…
      Ne serait-il pas temps de laisser la parole au débat juridictionnel plutôt que de la donner toujours aux mêmes personnes, celles-ci ayant déjà préconisées beaucoup de choses (par exemple dérèglementer la surface des grandes surfaces dans l’objectif d’augmenter le taux d’emploi, mais il y a d’autres bonnes idées de ce genre)…

      Cordialement,

    26. @Yvan: « un comptable ne peut être créatif. Il applique des règles qui viennent des lois. » : vous êtes sûr ? Si je vous demande de compter une salade de poirreaux, vous me mettez ça dans les salades ou dans les poirreaux ? 🙂

    27. Erratum @ juan nessy :

      « débat institutionnel » bien sûr au lieu et place de débat « juridictionnel » : ma plume a fourché

    28. anne bis,

      Est ce que vous considèreriez qu’instrumentaliser son environnement est une attitude perverse ?

  2. Des financiers qui passent leur temps à tricher et à se refiler la patate chaude, des politiques qui courent après des financiers pour ramasser des miettes ou couvrir leurs larcins… mais c’est un vrai film de Charlot!
    On finit par rire de cette absurdité qui consiste à voir des gens perdre toute crédibilité, tant au niveau financier que politique…
    A mon avis, la farce va bientôt finir, dommage que nous perdions des plumes au passage…

    « Acta est fabula » comme aurait dit le divin Auguste en rendant l’âme… « la pièce est finie »…

    J’ai dû le pressentir car c’est la première phrase de mon roman, Danser au bord des abîmes, écrit en 2005 … à lire en téléchargement gratuit sur mon blog si le coeur vous en dit…

  3. eh oui, c’est la fraude ordinaire…
    Seulement, si les banques d’investissement prennent de tels risques, c’est qu’elles DOIVENT promettre des rendements élevés voire extravagants aux épargnants, grands ou petits.
    Si les rendements devaient substantiellement baisser du fait de l’économie atone, il va de soi que le goût de prêter de ceux qui ont de l’argent pourrait même carrément disparaître, car les insolvabilités sont déjà trop nombreuses. Il reste donc des rendements des placements très spéculatifs, mais risqués, qui, seuls peuvent « satisfaire » la gourmandise des trop riches. Et, de temps en temps, le risque se réalise et entraînera des crises systémiques tout en menaçant les épargnants de ne pas récupérer leur mise, ce qui s’est passé dans le cas Madoff évidemment, mais cela menace aussi d’autres placements en « actifs pourris ».
    Pour changer cela, seule l’émission d’un signe monétaire nouveau, le SMT, pourrait mettre un terme à tout cela, car alors, les banques trouveraient des financements aussi pour des rendements moindres et plus « sains », tout simplement parce que les détenteurs de capitaux se sentiraient déjà bien soulagés de pouvoir placer en banque même à taux quasi nul, car cela les protègerait toujours du « rendement négatif » désormais avéré de la détention liquide en régime SMT.
    Au fond, la fin de la spéculation que Paul appelle de ses voeux ne deviendra possible techniquement que si les banques centrales se décidaient à émettre des SMT exclusivement.
    Sinon, tout repli sur le SMD est déjà un acte spéculatif de première importance, aussi bien par sa nature que par son volume (90% de la monnaie liquide est thésaurisée!). Tant qu’une telle spéculation originelle qu’est la thésaurisation est possible dans de telles proportions, les banques d’investissent ne peuvent QUE proposer des rendements trop élevés et mensongers pour inciter un tant soit peu certains à bien vouloir prendre des risques plus ou moine insensés, sans quoi, la machine s’arrête!

    1. N’est-ce pas un visage du « liquidity trap » de Krugman que vous présentez ainsi ?
      Il argumente en ce moment que ca ne fera aucun mal si la Chine vend tous ses bons en dollars.

      Sa base est l’exemple du Shekel, Israel s’est fait des méga réserves en devises étrangères en vendant des shekels, pour regagner de la compétitivité, si j’ai bien compris…

      En tout cas, oui, la confiance devient un peu un Janus quand plein de fric traine « en compte », et que plus il y en a, plus c’est malsain. JE laisse aux pros le soin de rectifier

    1. @ Pipas,

      Je viens d’aller faire un tour sur le site. C’est barjo, non?
      Comment faire mieux l’éloge de notre président, et de sa puissance médiatique, qu’en réunissant un million de personnes dans la rue pour crier son nom? J’espère qu’il saura remercier les organisateurs de cet hommage appuyé.

      Vous donnez raison une fois de plus à Philippe Muray.
      S’il n’était mort un 2 mars 2006, vous pouvez être certain qu’il aurait écrit sur ce mouvement, et sur L’Onde Violette (!) « destinée à donner un cadre juridique à l’organisation ». Muray se serait aussi régalé du « Communiqué de presse » de cette journée du 27 mars.
      Et « Les mutins de Panurge » y aurait gagné de belles pages.

      Homo festivus festivus a définitivement gagné la partie sur Homo sapiens sapiens.

    2. Vous avez bien raison Fab, il ne faut pas confondre. Homo sapiens sapiens était un animal unique. Il n’est plus temps de le regretter (laissons ce sport cérébral aux ronchons).
      Homo festivus festivus ressemble plus à l’autruche, en effet: la tête dans le sable pour mieux montrer ses plumes caudales bariolées. C’est joli aussi. Et c’est ce qui amusait tant Philippe Muray, le découvreur d’Homo festivus festivus.

      Comme l’a écrit Benoît Duteurtre dans le journal Marianne, Muray, avec « cette langue somptueuse qui ne semblait guère lui demander d’effort (…) avait trouvé une solution face au pire: regarder la catastrophe universelle comme une fête ».

      Et Baudrillard ajoutait en ultime hommage:
      « Avec Philippe Muray disparaît un des rares, des très rares conjurés de cette résistance souterraine et offensive à ‘l’Empire du Bien ». (…) Sa cible fut cet axe du Bien, le ravage technique et mental qu’il exerce sur toute la planète, mais surtout le ravalement festif de toute cette modernité dans la béatification. (…) Cette mascarade, cette banalité du Mal, derrière l’Empire du Bien, il faut la laisser travailler à sa propre dérision. (…) La singularité féroce de Muray est un contrepoids égal et même supérieur, à cette masse cosmique de bêtise qui nous environne. Et sa mort n’y change rien. »

      C’est pour ça que je pense qu’il aurait aimé être encore de notre monde ce 27 mars, pour se mêler à la foule, et puis rentrer chez lui pour décrire cette fête, avec tous les détails que lui seul savait observer et raconter.

      Avez-vous lu certaines de ses pages Fab? Et vous Pipas? Dans le journal Marianne ou ailleurs? On ne peut en le lisant que regretter sa disparition.

  4. je ne suis pas Sarkosiste, mais je ne comprends pas celles et ceux qui font porter tous les maux économiques de notre société sur les épaules de Sarkosy. Nous savons tous que le « Grand Capital » maîtrise les tenants et les aboutissants de nos politique économiques et sociales.

    Seul le peuple reste LE réel et vrai pouvoir indépendant pour changer nos sociétés.

    1. yvan,

      Comment pouvez-être sûr, pour suivre votre idée, que la manipulation ne consiste pas à laisser croire que les sujets importants pour la société sont les sujets spécialisés ?

    2. L’Histoire démontre, sans exception, que les grands bouleversements de société se sont faits dans la rue contre les pouvoirs établis.

  5. @Paul :
    « Que pensez vous d’un juriste dont l’occupation consiste à examiner un texte légal et à répertorier quel comportement contrevenant à son esprit en respecterait cependant la lettre » ?

    Par défaut, soit votre juriste travaille en son nom propre, soit il est salarié. Dans les deux cas c’est la structure juridique de l’entreprise pour laquelle il travaille qui lui épargne le moindre état d’âme.

    C’est le lot de tous les salariés en SARL : soit vous acceptez tacitement dans votre contrat de travail que l’entité pour laquelle vous travaillez est juridiquement à « responsabilités limités », soit vous contrevenez à l’esprit dudit contrat en prenant conscience de la responsabilité de votre employeur quand il flirte avec le « non droit ». En SARL, un juriste est payé pour garantir cette structure à responsabilité limité dans le temps, prendre conscience des défauts inhérents à cet objet juridique c’est déjà miner par jurisprudence les fondations même d’une SARL. Et par la même, c’est s’attaquer aux textes qui ont juridiquement légitimés toutes forme de sous-traitance. La sous traitance est bien l’essence du libéralisme économique, le juriste en SARL en est le bras armé.

    1. @Alain Gauvin :
      Mercenaire qui produit des algorithmes pour le secteur banque et assurance (!), salarié en sous-traitance, conscient que tout l’édifice pour lequel je rapporte de l’argent est un délit de marchandage. Avez-vous connaissance de ce qu’est un délit de marchandage ? à qui rapporte ce délit et pourquoi les anciens avaient tenté d’encadrer la sous-traitance organisée par des Société à responsabilité morale très limitée ?

    1. Lien très intéressant, Reveil.

      Ce qui n’est pas précisé est si le BDI est un indice basé sur le montant de la marchandise transportée (vu la hausse par 5 du prix du pétrole et d’autres hausses…) ou sur les volumes.
      Par contre, quelque soit la base de calcul du Baltex…

      Cela rejoint, dans tous les cas, la constatation de chute gigantesque du prix du transport maritime.
      Une croisière en container, ça vous dit…??

    2. Sur un Queen ou un Sovereign la croisière?
      5000 cons teneurs entassés pour une visite en brigade du Pirée ,qui n’est pas un homme mais un port Grec .

  6. Bonjour,

    Il y a un truc que je ne comprends pas.
    Sarkozy, qui est arrivé avec un programme calqué sur celui des néoliberaux US (rentrer dans l’OTAN, développer les subprimes pour permettre aux plus pauvres de devenir propriétaires, dépénalisation de la criminalité en col blanc, bouclier fiscal etc …) il ne voit pas qu’il s’est fait roulé dans la farine et que toutes ces actions amènent à un résultat catastrophique ?

    Parce que, il semble que (par manque d’imagination ?) (pour rester fidèle à ses riches amis ?) il continue droit dans ses bottes sur cette lancée (à part quelques tours de passe passe sur les paradis fiscaux et une vague tentative de limiter les CDS). Et en faisant cela, il nous montre qu’il n’est pas le président de tous les français mais seulement le garant des bénéfices de sa petite clique.

    Je voudrais dire à toute personne du gouvernement : est-ce qu’il ne serait pas temps d’arrêter cette politique ?
    La reforme du juge d’instruction, par exemple; ou encore la reforme sur le délai de prescription en matière financière ; ou encore la reforme des chambres chargées de contrôler les dépenses de l’Etat …
    Est-ce qu’il est pieds et poings liés ?
    Est-ce qu’il manque d’intelligence et n’arrive pas à voir la « big picture » ?
    Est-ce qu’il est totalement cynique et qu’il déteste les français en général ?

    Monsieur Sarkozy, vous pourriez être aimé des français !
    Mais pour cela il faut les aimer vous aussi, et décider de défendre l’intérêt général et les valeurs de la société française.
    Pourquoi ne le faites-vous pas ?
    Pourquoi vous nous balancez cette horrible débat sur l’identité nationale qui n’a pour objectif que de nous diviser ?
    Moi, je crois que le fond du problème c’est que vous ne nous aimez pas. Ou alors, vous êtes complètement cynique.
    Dans les deux cas, ne vous étonnez pas que les français le sentent !

    1. C’est oublier que notre président est aussi un avocat d’affaires et que son but atteint (son travail rêvé tous les matins en sa rasant) il est soumis au principe de Peter.
      Je veux dire que
      -soit ayant atteint son niveau d’incompétence il est dépassé par les événements
      -soit il est l’instrument de quelque chose qui le dépasse.
      Dans les deux cas il ne faut pas renouveler son mandat, mais on dit que son envie s’émousse.

  7. Cette Lehman Brother est vraiment méchante, elle semble être responsable de la crise à elle toute seule. Sans elle Bear Stern n’aurait jamais fait faillite et ses consoeurs n’auraient jamais été menacées de banqueroute.

    On a donc fini par trouver le coupable sur lequel va pouvoir se déchainer l’ire du public ..

  8. Il y a un texte en accès libre sur le site dedefensa qui aborde la question que j’ai soulevé (pourquoi il continue sur sa lancée) et lui donne une réponse un peu différente
    http://www.dedefensa.org/article-ron_paul_et_l_age_du_capitaine_15_03_2010.html

    J’en cite juste quelques extraits :

    « J’ai quelques contacts avec l’un et l’autre, en général personnes atypiques qui partagent quelques-uns des jugements exprimés dans dedefensa.org, pourtant placées au cœur de ces monstres bureaucratiques pyramidaux qui englobent la mécanique du pouvoir, qui fonctionnent de cette façon que j’ai décrite pour un “Ron Paul président”, lequel serait placé dans la pire des situations évoquées puisqu’au sommet de la pyramide. Toutes ces personnes confirment le rythme fou, étouffant, qui anesthésie absolument la pensée, de réunion en réunion, de séminaire en séminaire, de réception en réception, où tout le monde suit le discours conforme, où les orateurs lisent des fiches préparées à l’avance par les mêmes bureaucraties absolument encalminées dans les processus d’étouffement de la pensée dispensée par le conformisme totalitaire qui nous emprisonne. »
    […]
    « Ainsi l’un de ces atypiques disait-il: «Impossible, absolument impossible d’avoir un instant pour l’une ou l’autre question fondamentale… Pourquoi faisons-nous tout cela? A quoi cela mène-t-il? Que vaut notre politique? Que vaut notre système de développement lorsqu’on considère les malheurs qu’il suscite? Pourquoi reconduire comme s’il venait de recevoir un Prix d’Excellence un système qui vient de nous procurer la crise démonstrative de sa complète perversion? […] Nous n’avons pas, physiquement et chronologiquement, le temps de penser.»  »

    Une solution est peut être, M. le président, d’arrêter de courir partout et de s’assoir un peu pour prendre le temps de penser !

    1. C’est ce que j’ai proposé, il y a déjà quelque temps, une pause générale.
      Car cette course effrénée touche aussi chacun d’entre nous, occupés que nous sommes à travailler toujours plus, et, pour ceux qui n’ont pas d’emploi (chômeurs ou rsaistes) une course aux aides de toute nature pour « boucler les fins de mois ».
      Pas de place là dedans pour réfléchir à la finalité de cette vie où l’on passe son temps à surveiller son compte en banque pour voir s’il ne vire pas au rouge cramoisi !

    2. Réponse à Louise. Si vous ne prenez pas le temps de réfélchir à cette vie, commevous dîtes, personne ne vous le donnera. Cessez, si je peux me permettre, de vous vivre en victime. Bien cordialement,

    3. Alain Gauvin

      Je ne suis pas d’accord, le commentaire de Louise n’est pas la plainte d’une victime.
      Pourquoi serait-il illégitime de désirer une pause commune ? N’est-ce pas la condition de possibilité de ce qui serait une réelle démocratie le fait que les citoyens disposent réellement des moyens en temps et en formation pour discuter des affaires de la cité ? Le système permet-il vraiment le choix que vous dites ?

      On l’a oublié, mais pendant des siècles, presque deux millénaires, la condition d’homme libre était conditionnée par la possibilité de disposer de son temps. Certes, sous la République athénienne les esclaves et les femmes en étaient exclus. Mais sur le principe, l’idée me semble toujours aussi bonne.

      C’est le temps du travail qui devrait être conditionné au temps de réflexion, de la méditation, de rencontre et de la création, et non l’inverse. je crois que depuis deux ou trois siècles on a accordé une importance démesurée au travail productif, révolution industrielle et capitaliste obligent. Or que constate-t-on aujourd’hui ? L’organisation capitaliste du travail n’a apporté ni la prospérité pour tous, ni le temps pour réfléchir, créer, se rencontrer, au plus grand nombre. Lorsque l’on a un travail, pour la majorité d’entre-nous, celui-ci est le plus souvent « alimentaire » si bien qu’au sortir du travail il faut avoir en soi de grandes ressources pour s’adonner à autre chose que le divertissement, lequel fait d’ailleurs l’objet de toute une industrie, qui occupe ainsi les travailleurs au repos. Et lorsqu’on a pas de travail, la vie psychique est accaparée par la question de l’intégration sociale, parce que sans argent, ou du moins avec des revenus très diminués, on n’a pas l’esprit en paix, la peur du lendemain est bien là, si bien que le travail devient une obsession, que ce soit dans sa recherche ou dans son rejet. Bref, nous avons des individus aliénés.

      Vous aimez sans-doute beaucoup votre travail car il vous procure beaucoup de satisfactions intellectuelles.
      Mais vous-êtes-vous posé la question de savoir si le système actuel permet au plus grand nombre de faire un métier épanouissant ? Et si ce n’est pas le cas est-ce de leur faute ? Et si ce n’est pas de leur faute, n’est-il pas logique que soit souhaite que le système fasse un pause parce l’on pense que le système va à l’encontre d’un bien commun qui serait la mise en place d’une société où tout le monde aurait droit à un certain bonheur ?
      Doit-on mériter le bonheur ? Ou bien existe-t-il des conditions de possibilité collectives à celui-ci ?

      Un système structurellement incapable de fournir le plein emploi, et par ailleurs à ce point dénué de finalité autre que celle de faire des profits, est-il vraiment désirable ?

      Ma réponse à toutes ces questions est qu’il faut savoir s’arrêter, comme le dit Louise, et pas seulement en prenant le temps individuellement car ce qu’on appelle le temps individuel est en réalité lié au temps collectif. Ou plus précisément, le temps individuel a nécessairement une dimension politique et sociale.
      Il faut donc désirer une nouvelle société où le temps à soi puisse se faire l’allié du temps collectif au lieu qu’il en soit l’ennemi comme c’est le cas aujourd’hui, parce que pour le système actuel le temps c’est d’abord de l’argent et non pas une qualité.

      Le temps à soi n’est donc pas une question de morale individuelle, ou alors seulement pour une conception de la morale qui ressortit à l’individualisme méthodologique, ce qui semble être votre conception.
      Je préfère celle héritée d’Aristote qui introduit une relation d’implication réciproque entre morale (l’éthique chez Aristote) et politique.

    4. Bonjour

      En effet, arrêter de courir partout. Je vous rappelle qu’il n’y pas si longtemps Paul Jorion nous disait que la voiture était déjà bien abîmée et qu’elle va droit dans le mur avec encore plus de vitesse. Et là croyez-moi l’arrêt sera brutal.
      Avant d’en arriver à de violents extrêmes avec fin d’une course folle, il est de notre devoir de reprendre le contrôle et du volant et de l’accélérateur et du frein.
      Jolie métaphore peut-être. Il s’agit principalement comme la justement souligné Pierre-Yves D. de la vie psychique des gens. La vérité elle est là : elle concerne beaucoup de monde et les angoisses sont bien réelles. En lieu et place, le totalitarisme marchand fourni des images totalement navrantes et franchement infantilisantes. Dans un premier temps c’est une guerre de communication – une puissante machine à fabriquer de la fiction. Prenez la Parole et dites-leur que cette merde vous n’en voulez pas .

  9. Bonsoir,

    @ juan nessy :

    J’ai bien peur que tous les problèmes de société ne puissent et ne doivent pas se résoudre par la création d’une juridiction d’exception.
    Comme l’a très justement fait remarqué Alain Gauvin (prêtez lui le droit de savoir de quoi il parle) : l’avocat comme le juge ne font qu’appliquer des lois (le juge sanctionne l’application des lois). Un tribunal d’exception devra quoiqu’il arrive appliquer une loi : qui aura voté cette loi ? dans quelles conditions ? pour quelle durée ? quelle sera la légitimité publique de cette loi ?
    Un tribunal international devra appliquer une loi internationale : votée par qui ? en quoi tout ceci est-il démocratique ?
    Ces questions sont incontournables, je regrette que l’on ne se penche pas plus souvent sur elles…

    Cordialement,

    1. @ VB :

      C’est un peu les mêmes questions qui m’étaient venues spontanément à l’esprit . Je n’y ai pas de réponse , mais le fait que l’on commence à voir évoquer ici ou là , la notion de crime économique ,est un indice supplémentaire qu’il se passe quelque chose .

      Y a-il des éclairages possibles sur ce blog sur l’apparition de la notion de « personne morale » ?

      J’avais été ammené à citer cet aspect juridique en évoquant les expositions à la sanction différentes , en cas de dépôt de bilan et faillite, selon que l’on était entreprise ou simple artisan et profession libérale . Remarque faite à l’époque que NS envisageait de faire l’offrande du régime plus protecteur des biens propres , aux derniers nommés .Je ne sais pas où ça en est .

    2. Je crois que vous avez soulevé la question: un juge ne fait qu’appliquer la loi. Certes, la loi est sujette à interprétation, surtout lorsque sa qualité rédactionnelle est piètre, ce qui est de plus en plus le cas. L’avocat, lui aussi, en principe, doit, pour défendre une cause (ou plutôt, en l’espèce, un client et uin dossier) agir dans le cadre de la loi qu’il interprète, bien sûr. Il peut toujours tenter le « procès de rupture »; je crains fort qu’il se tourne en ridicule dans une matière – la finance – qui ne se prête guère aux effets de manche, contrairement au droit pénal en matière de crimes humains ou de terrorisme. Peut-être l’avocat pourrait-il tenter la rupture lorsqu’il défend un Etat très pauvre et endetté qui ne rembourserait pas ses dettes; je ne suis pas sûr qu’il soit bien reçu par les juges qui lui opposeront le contrat conclu et signé par ledit Etat.

      Si l’on veut être précis, ce n’est même pas d’un tribunal international dont il serait question, mais d’un tribunal supranational appliquant lui même une loi suprationale, c’est-à-dire au dessus des Etats. Car, n’oublions pas le rôle des Etats dans ce que certains pourraient qualifier de pourrissement de la finance: responsabilité en tant que pouvoir normatif (j’ai déjà donné des exemples), mais aussi en tant qu’opérateur financier agissant comme les banquiers qu’ils fustigent (je n’ai pas encore donné d’exemples).

      Bien cordialement,

    3. Bonsoir,

      @ juan nessy :

      Oui, en effet, il se passe des choses… mais si ces choses peuvent déboucher sur le meilleur, elles peuvent aussi déboucher sur le pire (qui est peut-être même le plus probable : j’espère être pessimiste). Voilà pourquoi il faut mettre à plat et au grand jour toutes les véritables problématiques institutionnelles soulevées à l’occasion de cette Grande Crise.

      Je ne comprends pas vraiment le sens de vos interrogations : l’apparition de la personne morale a répondu au besoin de développement du commerce en rendant « sujet de droit » une entité non pas physique mais « intellectuelle » dont la vocation unique est de « faire du commerce ». Ce qui en soit ne me semble pas critiquable.
      Ce qui me semble, en revanche, critiquable est toute cette dérive dans les termes juridiques, qui confine à une dérive démagogique : un crime est un crime, on peut ajouter qu’il vise un être humain ou une catégorie d’êtres humains, qu’il se soit manifesté par une atteinte directe (cas le plus classique) ou par une atteinte indirecte (au moyen d’une disparition de toute possibilité de dignité en l’absence de moyen économique possible) ne change pas sa nature de crime tout court (oubien les mots n’ont plus de sens).
      Au fond, je pense que tout cela résulte d’une conception fondamentalement anglo-saxonne d’appréhension des problématiques de la vie en société, ce qui va à l’encontre du « génie français » (Monsieur Attali vante les mérites de Pascal mais n’applique pas du tout ses préceptes dans les recommandations qu’il fait).
      En réalité, cette multiplication des qualifications n’est pas indispensable, elle est même tout à fait néfaste lorsqu’elle s’accompagne d’une pareille multiplication des juridictions d’exception : il fini par n’y avoir sur terre que des exceptions, ce qui aboutit finalement à la disparition des grands principes communs de vie et d’organisation sociale et se fait, au surplus, au détriment de la démocratie : tout moyen de contrôle et d’action est définitivement ôté aux citoyens, j’ajoute contribuables.
      Encore une fois, mon discours ne se veut pas polémique, veut-on vraiment abandonner la conception française de l’organisation sociale en tant qu’elle se veut un système juridique cohérent, doté d’institutions organisées qui se contrôlent mutuellement au moyen de contrepouvoirs, avec un contrôle populaire final ? Nous sommes partis de là pour arriver aujourd’hui à tout autre chose mais veut-on vraiment abandonner et abattre définitivement ce modèle ? La question ne mérite-t-elle pas d’être clairement et objectivement posée ? J’ajoute que la réponse n’appartient à personne en particulier et à tous en général.

      Cordialement,

    4. @VB:

      Je crois que nous avons à peu près la même lecture . La moindre lisibilité de la justice tient sans doute dans la multiplication des natures de juridiction et à la difficulté d’écrire la loi de façon simple dans un monde complèxe et brownien . Je note avec vous que la notion de personne morale de droit privé ou public , a prospéré avec la dynamisation du marché .

      Je note aussi que c’est bel et bien en termes de droit , donc d’écriture de la loi , que la démocratie doit rechercher la régulation du marché et de la liberté , en veillant à ce que l’écriture de la loi ne devienne pas un marché .

      Je note aussi que c’est l’ambiguïté de la loi qui permet le juge ou l’avocat véreux . Parfois , par contre , et j’en ai fait l’expérience dans mes responsabilités de fonctionnaire , l’ambiguïté de la loi , dans des domaines où elle n’aurait pas du s’aventurer , m’a permis de la « rendre humainement supportable » . Mais je me serais bien passé de porter sur mes épaules , et sans parachute , ce pari de définir le sens « vertueux  » de la loi ambigüe .

      Ma première crise cardiaque est sans doute le résultat de ces angoisses .

      Je partage aussi votre appréciation sur Jacques Attali , qui me désole parfois autant qu’il me passionne . Peut être parce que lui aussi est une loi mal écrite .

  10. Ce n’est pas la faute de la fraude

    Et si l’on reparlait un peu des autres banques, celles qui cacheraient encore des montagnes de dettes « pourries » ? Enfin, c’est à peu près en ces termes qu’on en a parlé la dernière fois, ça remonte à je ne sais plus quand. Si donc on en reparlait, ne découvrirait-on pas qu’elles sont comme Lehman, à cette différence près que, leurs juristes étant plus malins, elles n’ont pas eu besoin de frauder ? J’ai cru comprendre qu’à un moment on a autorisé les banques à estimer leurs actifs comme elles le voulaient: n’est-ce pas une disposition devant leur éviter de recourir au mensonge ? Sachant par ailleurs que la sanction de l’honnêteté pure et dure peut être une faillite pure et simple, on voit que la fraude n’est jamais que le prolongement de l’honnêteté par d’autres moyens… Elle m’apparaît comme un symptôme psychosomatique inscrit dans les livres comptables, un symptôme révélateur d’un mal plus profond qu’il serait intéressant d’identifier.

    1. Depuis que j’ai découvert ce blog, je lis toujours vos interventions – dont je ne partage jamais les idées – avec beaucoup de plaisir, et je le dis sans ironie. Mais j’ai tout de même, parfois, bien du mal à vous comprendre et à savoir où vous voulez en venir.

      Vous dîtes: « Et si l’on reparlait un peu des autres banques, celles qui cacheraient encore des montagnes de dettes « pourries » ? » Il n’y a pas plus de dettes pourries que de merde en broche (excusez-moi l’expression). Les créances dont on s’évertue à dire, depuis 3 ans, qu’elles sont pourriesne le sont pas plus que les EUR que vous avez dans votre porte-monnaie. Si, aujourd’hui, on évaluait les actifs de LB au mark-to-market d’aujourd’hui, sans doute que LB ne serait pas mis en faillite.

      Tout le problème réside dans la confiance que l’on accorde aux marchés. Cette confiance doit forcément être limitée:

      1/ Il est crétin de soutenir que les marchés sont prêts à s’autoréguler, tout simplement parce que ce n’est pas dans la nature humaine (et pas seulement financière) que de se limiter: il faut donc un copr fort en mesure de contraindre les opérateurs et de les sanctionner.

      2/ L’évaluation par les marché eux-mêmes – le mark-to-market – me semble procéder d’une bonne intention: évaluer, « en temps réel », un actif en tenant compte de ce que le marché est prêt à payer. Simplement, on se rend compte que ce mode d’évaluation de marché ne fonctionne pas si le marché devient fou: en cas de crise grave, lemarché n’est pas la bonne boussole. Certains le découvrent aujourd’hui. Mais la crise asiatique avait déjà révélé, il y a plus de 10 cette impuissance des marchés. J’ai écrit à ce sujet dans Banking Law Journal sur le dénouement des opération OTC en cas de crise et de résiliation anticipée, lors de cette crise asiatique: les évaluations données par 3 marlet makers sont à se pisser dessus tant elles ne reflètent aucune réalité. Je peux, si Paul en est d’accord, et si cela vous intéresse, transmettre cet article sur ce blog.

      Bien cordialement,

    2. @ Alain Gauvin,

      Il me plairait de lire votre article. J’ajoute que même hors période de crise, l’évaluation au prix du marché est une notion extrêmement manipulable.

      Bien cordialement,

    3. GAUVIN ALAIN,

      Votre cordialité vous honore. J’imagine que sans être nécessairement enseignée aux futurs avocats, elle fait partie des usages de la profession. C’est en tous cas l’image que j’en ai.

      Vos propos, vos « certitudes » m’ont interpellé. J’ai repensé à mon précédent message : « …avec l’arrière-pensée d’une élaboration internationale d’une constitution pour le droit si je vous ai bien lu… » (http://www.pauljorion.com/blog/?p=8911#comment-63967), et ça a été le déclic ! C’est la même réaction que j’ai eue lorsque j’ai découvert les propositions de Paul ! Vous placez le droit sur un piédestal, ce qui peut se comprendre, et de fil en aiguille, de construction en réflexion, vous appuyant sur une logique indémontable, vous en arrivez à placer le droit au dessus de tout.

      Et c’est là que j’ai tiqué : les outils se placent au-dessus de l’homme : l’homme est incapable de vivre et de se débrouiller sans cet outil que l’on s’est appliqué à lui rendre indispensable, il faut donc que l’outil assume cette responsabilité et le dirige ! Sans trop extrapoler : c’est le monde à l’envers.

      Mais de la même manière qu’il n’est pas évident de faire comprendre à un australien qu’il vit depuis toujours la tête en bas, à l’envers, je veux bien croire qu’il ne soit pas évident pour vous et pour Paul donc, d’accepter ce qui est ma réalité -et celle, c’est rassurant tout de même, d’autres intervenants ici- à savoir : ce n’est pas en continuant à se servir de l’outil pour recadrer la vie du groupe que l’homme trouvera une sortie heureuse à sa crise de conscience.

      Je ne suis pas sûr de m’être fait comprendre, par expérience, alors je me permets une image : c’est un peu le principe d’apprendre à pêcher plutôt que de donner du poisson, ou de laisser un enfant se brûler les doigts pour qu’il apprenne à se méfier du feu, …

      Sincèrement.

    4. @Alain Gauvin: « Mais j’ai tout de même, parfois, bien du mal à vous comprendre et à savoir où vous voulez en venir. » : voilà qui ne me vexe point du tout, car je sais que ma « pensée » est très confuse. C’est pourquoi j’apprécie vos interventions pour leur précision et concision.

      « Si, aujourd’hui, on évaluait les actifs de LB au mark-to-market d’aujourd’hui, sans doute que LB ne serait pas mis en faillite. » : dans ma confuse pensée (:)), cette phrase veut dire que les règles actuelles auraient permis à LB de présenter un bilan plus rose sans avoir besoin de frauder. Mon idée était donc que cette fraude devrait attirer l’attention: 1) par son ampleur, 2) par sa nature: maquiller les apparences, 3) par le fait que des apparences non maquillées n’en restent pas moins des apparences. Pour qu’il en aille autrement, il faudrait que ce genre d’autopsie de 2000 pages soit publiée du vivant du concerné. LB était donc un mouton noir, on l’a éliminé, restent des moutons aux couleurs indécises mais considérés comme blancs. (Par application de la présomption d’innocence ?) La confiance ne repose donc que sur un consensus provisoire et arbitraire fondé sur les apparences, pas sur une quelconque réalité. La fraude n’est donc qu’un épiphénomène.

    5. Gauvin alain 23H00, 2ème §  » de merde en broche  »

      N’en faisons pas tout un plat, la valeur de l’instant T (transaction) n’ayant pas de valeur notoirement connue à l’instant X, Y ou Z, j’en déduis:

      X Y ou Z ne valant (qu’hypothèse) donc rien, si rien ne vaut rien, annulons le rien et repartons du bon pied en l’écrasant (pied gauche ou droit suivant vos penchants), et n’en parlons plus.

      Comme le droit d’ailleurs, la souveraineté n’est qu’une et indivisible. Seul le peuple en a le pouvoir direct ou indirectement CONFIE démocratiquement, encore faut-il que la confiance ne soit pas sabordée par le pouvoir, la délégation de confiance peut être jugée au fond par la justice, suffit de poser la question dans les bons termes.

    6. « Les créances dont on s’évertue à dire, depuis 3 ans, qu’elles sont pourries ne le sont pas plus que les EUR que vous avez dans votre porte-monnaie. »

      Le tenancier a dû s’étrangler en lisant cela. 🙂

    7. @fab: j’ai bien saisi votre réponse ci-dessus, mais je trouve que vous allez trop vite en besogne quand vous dites à M. Gauvin: « vous en arrivez à placer le droit au dessus de tout. » D’une part, il ne s’est pas exprimé assez longuement pour qu’on puisse dégager une telle opinion, d’autre part il semble surtout intéressé de défendre le point de vue du droit. Pour ce faire, il est bien obligé de le mettre en avant, de rappeler son rôle, ses limites et ses vertus. Mais il y a plus: que pouvez-vous mettre « au-dessus de tout » qui fasse consensus et permette à une collectivité de prendre des décisions ? Rien, si ce n’est le droit.

    8. Crapaud Rouge,

      Beaucoup de personnes et donc beaucoup de systèmes au sein de sociétés postulent que l’homme ne peut se gérer seul. Cette « incapacité » postulée va de l’individu à la société entière, selon les cas. La Birmanie ou la Chine laissent au droit une place décorative et privilégient la force armée militaire. D’autre privilégient la force religieuse. D’autres la force de l’argent. D’autres le droit. Chaque groupe réussit finalement à se convaincre que son choix de bâton ou de carotte est celui qui convient le mieux.
      Les exemples chinois et birman ne me posent en ce sens guère plus de problème que le nôtre.

      Ce qui me pose problème c’est qu’on ne s’en préoccupe pas, qu’on accepte cela comme une donnée avec laquelle il faut composer. Irait-on par exemple chercher à comprendre notre monde, notre univers en supposant que la Terre ne soit pas plate et qu’elle ne soit pas Le Centre de Tout !?

    9. @Fab: « La Birmanie ou la Chine laissent au droit une place décorative et privilégient la force armée militaire. D’autre privilégient la force religieuse. D’autres la force de l’argent. D’autres le droit. » : vous confondez le droit, « unique » dans une société donnée, avec ses sources qui sont infiniments diverses. Il faut être extérieur à un certain régime, par exemple celui de la charia ou des Chinois, pour pouvoir le contester en tant que droit. Sinon, pour qui vit sous un certain régime, celui-ci constitue une référence qui ne peut pas être contestée, (elle est « au-dessus de tout »), mais peut être amendée par des processus externes. Exemple simple et parlant: l’activité déployée par les homosexuel(le)s pour obtenir la reconnaissance juridique de leurs unions.

    10. Crapaud Rouge,

      Je ne suis pas certain d’avoir bien compris votre dernier message. Cependant je ne pense pas me tromper de droit : il y a une différence entre le droit servant le peuple et le droit imposé au peuple. Regardez l’état du droit actuel en finance : sert-il le peuple ou la finance ? Et même, soyons fous, si l’idée était tout de même de servir l’homme, quelle serait la légitimité de telles mesures ?

    11. @Fab: « il y a une différence entre le droit servant le peuple et le droit imposé au peuple » : dans la famille « droit servant le peuple » je rangerais volontiers le droit coutumier qui se montre fort utile pour régler les problèmes de voisinage. Convenez avec moi que sa portée est très limitée. Et dans la famille « droit imposé au peuple », ne peut-on pas ranger le code des impots, de la sécurité sociale, du travail, des étrangers, les droits de l’homme, etc. etc. ? Le droit qui ne s’impose pas n’est pas le droit mais un rêve. Du reste, il faut d’abord rêver que le droit change avant de pouvoir le faire changer.

  11. timiota dit :
    16 mars 2010 à 11:35
    N’est-ce pas un visage du « liquidity trap » de Krugman que vous présentez ainsi ?
    Il argumente en ce moment que ca ne fera aucun mal si la Chine vend tous ses bons en dollars.

    Sa base est l’exemple du Shekel, Israel s’est fait des méga réserves en devises étrangères en vendant des shekels, pour regagner de la compétitivité, si j’ai bien compris…

    En tout cas, oui, la confiance devient un peu un Janus quand plein de fric traine « en compte », et que plus il y en a, plus c’est malsain. JE laisse aux pros le soin de rectifier

    JF répond:
    Oui, il y a de cela, même si ce n’est pas que cela. La « liquidity trap » que Krugman décrit prend son origine chez Keynes qui lui même l’a « piquée », sans le dire, à Silvio Gesell.
    En finir avec la trappe aux liquidités à tout jamais, tel est l’objectif du signe monétaire marqué par le temps (le SMT).

  12. Krugman jouis d’un prestige qu’il ne mérite absolument pas. Franchement son dernier article présenté sur contre-info atteint des sommets de bêtise. De la guerre informationnelle « niveau CM2 », en étant gentil qui plus est. Il est avant tout, et ceci est manifeste dans chacune de ses prises de parole, au service de l’hégémonie géo-économique US.

    Il n’est en rien partisan d’un monde multipolaire dans lequel le dollar aurait été destitué de son rôle de monnaie de réserve/ de racket. Et s’il consent parfois à s’intéresser aux questions de justice sociale (dans sa bouche il vaudrait mieux parler « d’équilibre ») c’est uniquement dans l’exacte mesure où les intérêts US peuvent en être affectés.

    S’il est écouté, on aura droit à un beau feu d’artifice. Et évidemment, les USA seront KO au premier round (parce que bon, avec son point de vue limité d’économiste, il n’imagine pas la pleiade d’opérations de déstabilisation qui pourraient être menées, à tous les niveaux, à côté de la vente brutale des bons du Tresor US). Ce serait un véritable cataclysme.

    « Il ne faut décidément pas laisser les intellectuels jouer avec des allumettes ».

    1. Bonjour,

      Ne confondez vous pas les intellectuels et les idéologues ? Je ne crois pas que des gens dénués de toute possibilité intellectuelle de synthèse, d’analyse et de hiérarchisation soient les mieux placés pour résoudre les problèmes sociaux actuels.

      Cordialement,

  13. La fraude ordinaire…

    Sujet qui semble simple et consensuel. Qui pourrait être pour la fraude. Qui ? Et bien finalement à peu prêt tout le monde…

    Je vous dois une explication.

    La défense première signalée très souvent est majoritairement quelque chose du genre : « si on ne le fait pas d’autres le ferons et nous perdrons ». Tout le monde saute au plafond lorsque c’est un financier qui dit cela.
    Mais qu’en est-il lorsqu’un chef d’État signataire de la convention internationale des droits de l’Homme (voire même, dans le cas d’un français s’en réclame comme héritier des inventeurs de cette convention et donc dépositaire…) part en visite dans un pays « douteux » en terme de respect des droits de l’Homme en enfilant son costume de VRP en chef. Celui-ci, bien évidemment n’est pas là pour les droits de l’Homme et il cherche surtout à ne pas offusquer son interlocuteur avec lequel il a bien l’intention de signer quelques contrats juteux. Il s’agit d’appliquer la REAL POLITIK.
    Quelques voix s’élèvent, mais avec peu d’échos tout de même. Après tout, si des entreprises françaises peuvent croître et prospérer grâce à ces contrats, apportant par là de la croissance à la France et donc des emplois, du niveau de vie en hausse, … « Et puis de toutes façons, si on ne le fait pas, d’autres ne s’en priverons pas ». Tiens je l’ai déjà entendue celle-là.
    Ah ben oui, évidemment, vu sous cet angle… Les droits de l’Homme peuvent attendre, c’est tout de même pas si important. Et puis, ils ne faut pas faire trop « d’ingérence dans les affaires des autres ».
    Une autre qu’on entend souvent : « on ne peut pas prendre toute la misère du monde à son compte » … Certes, mais on peut aussi la prendre dans la figure. Et là, ça fait mal souvent.

    Ne vous trompez pas sur mon propos, il ne s’agit pas de culpabiliser, il s’agit d’ouvrir les yeux sur les réalités cyniques et sournoises de ce monde. Une fois ces yeux ouverts, alors on peut faire un choix en toute connaissance de cause. Choix que je simplifie ici entre 2 alternatives :
    – mettre tout en œuvre pour qu’au niveau international nous parvenions à des accords visant les objectifs du millenium goals (et je dis bien tout, y compris des remises en causes des systèmes jugés indépassables)
    – accepter que nous nous armions jusqu’aux dents, bâtissions des frontières infranchissables autour de l’Europe et tenons nous prêts à nous battre.
    Vous aurez compris que mon choix va vers la première solution.

    Une autre lecture intéressante pour comprendre un autre point de vue que celui qui nous est transmis par nos médias bien (peu) pensants. « La haine de l’occident » de Jean ZIEGLER.

  14. Paul, François, et les autres
    puis-je vous demander ce que vous pensez-du livre de Jean de Maillard « L’Arnaque. La finance au-dessus des lois et des règles ». J’ai l’impression que cela complète bien les efforts pédagogiques de P Jorion?

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