Les politiques à la hauteur des financiers

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Le 16 mars, l’Europe s’apprêtait à voter la réglementation des hedge funds. Mr. Gordon Brown a appelé son homologue espagnol Mr. Zapatero pour lui expliquer qu’il allait devoir affronter des élections parlementaires dans des conditions difficiles (plus de 70 % des hedge funds européens sont domiciliés au Royaume-Uni). Le vote fut remis sine die.

La Grèce est à deux doigts d’un défaut sur sa dette. Elle a demandé vendredi que soit déclenché le plan de soutien qui lui a été promis par les membres de la zone euro et dont l’application peut la sauver. Mme Merkel tergiverse et prétend ajouter de nouvelles conditions. La raison : des élections régionales en Allemagne le 9 mai où sa politique étrangère « trop généreuse » vis-à-vis de la Grèce pourrait être sanctionnée.

Mardi 27, Lloyd Blankfein, P-DG de Goldman Sachs sera sur la sellette devant une sous-commission du Sénat américain. Il se verra reprocher l’irresponsabilité du milieu financier, cause de la crise.

Une question se pose cependant : en matière d’irresponsabilité, les financiers ont-ils quoi que ce soit à envier aux politiques ?

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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69 réflexions sur « Les politiques à la hauteur des financiers »

  1. De nombreux commentaires sur ce blog utilisent le langage métaphorique et symbolique de la « Mort » pour décrire notre société (système à l’agonie, société mortifère, putréfaction, etc …). Paradoxalement, c’est aussi le langage de la « VIE » dont une des Lois Essentielles qui comprend toutes choses, est que tout système quel qu’il soit et qui se développe en son sein est appelé à « naître, croître et mourir ». Si le grain de blé ne meurt, il ne portera pas beaucoup de fruits …

    Selon le docteur et psychiatre Elisabeth Kübler-Ross (en tout état de cause, une personnalité hors du commun) qui a également travaillé avec le Docteur Raymond Moody, le spécialiste des N.D.E. (Near to death experiences), après un diagnostic de maladie terminale, on observe « 5 phases du mourir » au niveau du parcours psychologique des malades en fin de vie :

    1) CHOC A L’ANNONCE DU DIAGNOSTIC ET DENI
    « Ce n’est pas possible, ils ont dû se tromper. »
    2) COLERE
    « Pourquoi-moi et pas un autre ? Ce n’est pas juste ! »
    3) MARCHANDAGE
    « Laissez-moi vivre pour voir mes enfants diplômés ! » « Je ferai ce que vous voudrez,
    faites-moi vivre quelques années de plus. »
    4) DEPRESSION
    « Je suis si triste, pourquoi se préoccuper de quoique ce soit ? » « Je vais mourir … Et, alors ? »
    5) ACCEPTATION
    « Maintenant, je suis prêt. J’attends mon dernier souffle avec sérénité. »

    D’après son expérience clinique, le docteur Kübler-Ross a conclu que toute perte catastrophique (mort d’un être cher, divorce, toxicomanie, … , emploi, revenu, liberté,…) se déroulait conformément aux cinq étapes qu’elle avait mises à jour.

    A quel stade en sommes-nous alors que tout le monde s’accorde à dire que « cela ne peut plus continuer ainsi » ? Que sommes-nous prêts à lâcher individuellement et collectivement pour laisser émerger une « une terre nouvelle, des cieux nouveaux » dont on sent (quoiqu’encore confusément) l’humanité enceinte et prête à accoucher en même tant que certains (conscients de la chose) s’acharnent à provoquer la fausse-couche ?

    Un des problèmes majeurs à venir, à mon sens, est que les membres du corpus social ne seront pas à « égalité de chance » par rapport aux bouleversements qui s’annoncent. Je veux dire par là que nous ne serons pas tous arrivés au même stade d’avancement du processus de deuil enclenché et que cela influencera forcément la tournure que prendront les événements. Il faudra toute notre vigilance, toute notre lucidité, tout notre discernement intelligent, tout notre pouvoir compassionnel et notre ouverture de cœur pour ne pas tomber dans des catégorisations excessives et dangereuses.

    Il faudra être attentifs à ne pas succomber à cette ruse éculée du diable : « Diviser pour mieux régner ». Le processus dans lequel nous sommes engagés, individuellement et collectivement, est UN(ique) alors que ses étapes sont au nombre de cinq (comme les cinq doigts de notre main qui forme un tout). Ne nous laissons pas abuser une fois de plus !

    La VIE est prodigieuse et curieuse d’elle-même, de son extraordinaire talent de multiplication et de son pouvoir de création. Faisons lui confiance ! Faisons confiance au cap qu’elle s’est donné il y a si longtemps de cela, celui d’emmener l’humanité vers la pleine conscience. Faire confiance, c’est comprendre l’impénétrabilité apparente de ses voies car « Qui veut la fin se donne les moyens », même celui d’utiliser l’arme de « l’ennemi », de « l’adversaire » pour nous faire évoluer et nous inviter à utiliser le seul pouvoir auquel nous pouvons prétendre, celui du Libre-Arbitre.

  2. Dans « La République », dialogue sous-titré « De la justice », Platon établit un parallèle entre justice de l’âme et justice politique par lequel le microcosme (l’homme et ses vertus) est en phase avec le macrocosme (le cosmos et la Cité), ordonné et harmonieux. L’idée de justice, qui permet le maintien de l’ordre, procède de ce parallèle. Dans la société, la justice platonicienne repose sur l’équilibre de trois parties sociales décrites dans « La République » : les philosophes qui dirigent la Cité, les guerriers qui la défendent et les artisans qui veillent à sa prospérité. Mais elle est aussi un état de faiblesse lorsqu’on la réclame : dans « Gorgias », il est dit que les esclaves, en réclamant justice, expriment par là même leur condition inférieure. Au final, « Il s’agit pour Platon, dans sa réflexion sur la justice, de sortir d’une simple logique de la rétribution – c’est-à-dire, au fond, de sortir d’une simple logique morale »(Létitia Mouze, « La justice ou la nature des choses selon Platon » (La Justice, p. 26-39))
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Justice

    1. « On a déclaré qu’il fallait d’abord la justice et que, pour la liberté, on verrait après ; comme si des esclaves pouvaient jamais espérer obtenir la justice. Si l’homme échoue à concilier la justice et la liberté, alors il échoue à tout. » [Albert Camus]
      « Il a fallu des siècles pour rendre justice à l’humanité, pour sentir qu’il est horrible que le grand nombre semât et que le petit nombre recueillît. » [Voltaire]
      « Le glaive de la Justice frappe parfois les innocents, mais le glaive de l’Histoire frappe toujours les faibles. » [Mustapha Kemal]

  3. responsables ! vous avez dit responsables !

    tous les politiques ( de droite comme de gauche) qui ont dérégulé le système capitaliste ( car ce que nous vivons , ce n’est pas une loi de la physique ou de la nature mais bien des règles édictés par les élites économico-politiques ) ne sont pas responsables !

    tous les économistes et autres « experts » qui n’ont rien vu et qui ne voient toujours rien sauf les déficits des retraites dans 50 ans !!!, ne sont pas responsables !

    tous les boursicoteurs ( les gros comme les petits ) qui veulent du 15 20 30 % de rendement eux non plus sont pas responsables !

    par contre , les salariés qui sont licenciés par millions en occident , eux sont responsables de vouloir des salaires et des conditions de travail de privilégiés ………

    ce monde est d’autant en plus abject, que les élites nous préparent toutes sortes de bouc-émissaires de dévier la colère des peuples …….. comme dans les années trentes

    vous avez dit 1929 ………

    Socialisme ou barbarie

  4. « On croit mourir pour la patrie et on meurt pour des industriels » (Anatole France)

    On croit voter pour un parti et on vote pour les patrons

    « Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ?
    Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu’on enchaîne ?
    Ohé, partisans, ouvriers et paysans, c’est l’alarme.
    Ce soir l’ennemi connaîtra le prix du sang et les larmes. »

  5. Bonsoir Mr Jorion,

    Vous écrivez :
    « Une question se pose cependant : en matière d’irresponsabilité, les financiers ont-ils quoi que ce soit à envier aux politiques ? »

    Je vais me faire l’avocat du diable.
    A l’extrême limite les financiers sont là pour faire le maximum de fric dans un environnement législatif donné voire en le contournant au besoin…
    Car il ne peut y avoir ni moralisation ni responsabilisation de la finance. C’est faire preuve d’utopie voire de coupable naïveté que de vouloir le croire et nous le savons que trop bien. Contourner les lois est malheureusement humain pour s’empifrer plus encore.

    Quant aux hommes politiques, c’est à eux de définir les barrières légales nécessaires et les moyens utiles pour les faire respecter.
    Ils ne font pas preuve d’irresponsabilité mais de lâcheté. C’est ce que l’histoire récente nous met en évidence.
    Est-il utile de dénoncer une fois de plus la collusion entre la finance, l’industrie et le politique ?
    Prenez par exemple la législation sur les abus de biens sociaux, les modifications récemment introduites ne sont elles pas tout bonnement scandaleuses ?
    Ce petit monde ne ressemble t’il pas de plus en plus à une sorte de  »mafia » ?

    Mais vous verrez, ces mots – responsabilité – courage – seront bientôt repris dans les médias par ces mêmes politiques lorsqu’il conviendra de s’attaquer au problème des retraites.

    Les mêmes  »lâches » diront qu’ils sont courageux d’engager les réformes nécessaires, paupérisant plus encore la population.
    Ils diront qu’il font preuve de responsabilité en ne laissant pas ce lourd fardeau aux générations futures … qui seront condamnées à travailler jusqu’au dernier souffle pour ceux qui auront du travail.

    Alors, responsable, irresponsable ? A qui la faute ? Qui l’est le plus ou le moins ? Le politique ou le financier ?
    N’est-ce pas au final l’électeur qui est irresponsable d’avoir cédé aux sirènes du toujours plus ?

  6. Les politiques à la hauteur des financiers

    En partant de Maastricht où l’article 104 du traité interdit aux états adhérents d’emprunter directement à la BCE,
    pour aboutir à l’article 123-1 du TFUE qui lui, permet à la BCE de financer la dette de la Grande Bretagne mais non celle des pays de la zône euro,
    il y a en effet de quoi se poser des questions …..

  7. @ Tous
    Mon questionnement sur la justice vous laissant tous « sec », je vous propose cette antisèche :

    « Réforme de la justice : rappelons que tout homme est présumé innocent jusqu’à ce qu’il soit déclaré élu ! » [Laurent Ruquier]

    « Lorsque le couperet de la justice se met en travers de son chemin, l’homme du monde se doit de changer de trottoir. » [Benoît Poelvoorde]

    « Il n’y a point de plus cruelle tyrannie que celle que l’on exerce à l’ombre des lois et avec les couleurs de la justice. » [Montesquieu]

    « Les crimes purement moraux et qui ne laissent aucune prise à la justice humaine, sont les plus infâmes, les plus odieux. » [Honoré de Balzac]

    « Un acte de justice et de douceur a souvent plus de pouvoir sur le coeur des hommes que la violence et la barbarie. » [Nicolas Machiavel]

    « La longue revendication de la justice épuise l’amour qui pourtant lui a donné naissance. » [Albert Camus]

    « Gouverner, c’est maintenir les balances de la justice égales pour tous. [Franklin Delano Roosevelt] Extrait de Combats pour demain

    « Ce ne sera pas un des moindres paradoxes de notre époque que d’avoir rêvé le règne de la justice là où régnait déjà l’argent. »

    « La justice est si sacrée, elle semble si nécessaire aux succès des affaires, que ceux-mêmes qui la foulent au pied prétendent n’agir que d’après ses principes. » [François René de Chateaubriand]

    « La vérité et la justice sont souveraines, car elles seules assurent la grandeur des nations. » [Emile Zola]

    « La justice n’est pas une vertu d’état. » [Pierre Corneille]

    « L’utopie est la volonté de modeler l’image de la Société à partir d’un idéal éthique, d’une certaine conception de la justice, du bonheur, de l’efficacité, de la responsabilté. » [Jacques Attali]

    « La justice sociale se fonde sur l’espoir, sur l’exaltation d’un pays, non sur les pantoufles. » [Charles de Gaulle]

    « Les procès finissent toujours par celui de la justice. » [André Frossard]

    « Quand le destin se mêle du sort des hommes, il ne connaît ni pitié, ni justice. » [Charlie Chaplin]

    « La première victime d’une guerre civile, c’est la justice. » [Ken Follett]

  8. Bonjour,

    « Une question se pose cependant : en matière d’irresponsabilité, les financiers ont-ils quoi que ce soit à envier aux politiques ? »

    Encore !?

    Les politiques sont-ils réellement irresponsables ? Deux options…comme d’hab :

    Oui : comparez leur réaction à la crise financière et ce que dicte une bonne intelligence en matière d’économie !

    Non : imaginez le capitalisme mort, pas de solution de rechange, et l’homme face à ses démons.

    1. Une petite pensée pour Siné Hebdo, mort aujourd’hui. On pourra retrouver, un temps, la bonne parole de Siné, 81 ans, la plume toujours bien acérée et la langue chargée à souhait, sur le site http://www.sinehebdo.eu/

      Vive !

      Lui aussi se bat pour un monde meilleur, une meilleure répartition des richesses et pour l’éradication de toutes les injustices et de tous les pouvoirs irresponsables. C’est un combat, il faut le mener. Mais c’est un combat perdu d’avance, sans fin. A suivre l’actualité, économique, politique ou autre, on ne risque pas de la précéder ! Or le monde a besoin de nouveauté, d’un changement radical de direction. Quel politique responsable, quel homme responsable pour ceux qui doutent de l’existence d’un tel animal, pourrait imaginer supprimer le capitalisme sans avoir de système de rechange ? Qui ?

      Or le capitalisme ne fonctionne et ne peut fonctionner que grâce aux inégalités qu’il crée. Pour rappel, ces inégalités créent l’envie, indispensable à la consommation, ainsi que l’asservissement au travail rémunéré, avec des rémunérations inégales… Comment alors imaginer un capitalisme « égal » ? C’est impossible.

      La réflexion doit donc s’orienter vers d’autres horizons. Comment peut-on vivre, s’occuper, autrement ? Comment une spiritualité laïque peut-elle s’insinuer dans nos vies ?

      Ces deux questions sont intimement liées. Ceux qui les ignorent ne font, à leur manière, que servir le système actuel : ils prennent leur place dans le trafic !

    2. « Celui qui ne dispose pas des deux tiers de sa journée pour lui-même est un esclave, qu’il soit d’ailleurs ce qu’il veut : politique, marchand, fonctionnaire, érudit. »
      F. Nietzsche

  9. Paul disait : « Une question se pose cependant : en matière d’irresponsabilité, les financiers ont-ils quoi que ce soit à envier aux politiques ? »
    l’actualité ne cesse pas de ne pas démentir Paul, faut-il considérer ce Blog comme une institution ou bien la personnalité de Paul comme essentiel ?
    Paul et le blog ne font qu’un, à la fois Père et saint d’esprit.
    (un Crapaud ne peut pas être son fils, désolé…)

    1. @ Karluss dit : 22 novembre 2010 à 10:56

      Paul disait : « Une question se pose cependant : en matière d’irresponsabilité, les financiers ont-ils quoi que ce soit à envier aux politiques ? »

      Tout se tient car Paul Jorion a aussi dit « Nous sommes tous responsables » avis que je partage, car c’est nous qui mettons les politiques au pouvoir.
      Là où les irresponsables politiques deviennent responsables c’est quand ils deviennent gouvernants et à ce titre, ont la charge de prévoir, « Gouverner c’est prévoir » dit-on.

      Or, ce qui nous arrive était prévisible pour la bonne raison que c’était prévu depuis les travaux du Club de Rome et de Meadows : http://www.societal.org/docs/cdr1.htm

      Les financiers sont tout autant responsables que nous tous puisqu’ils ont prêté au delà du remboursable et qu’il n’y a plus qu’une solution : faire en sorte que l’argent ne valle plus rien en le créant à tout va.
      Les USA le font sans complexe et on se demande pourquoi les gestionnaires de l’Euro ne font pas de même. Sont-ils à ce point inconscients ?

  10. @ jducac,
    si on se fait blouser c’est qu’on est des bleus, alors on a le blues !
    non, sans rire, le piège s’est refermé depuis belle lurette, c’est le principe de prédation qui mène le bal, entonnons les refrains sans oublier de danser et de profiter de la vie, si l’on peut. Elle est courte.
    l’argent créé à tout va maintient le cours des actifs « inflatés » alors qu’une déflation devrait se produire.

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