Audition de représentants de la firme Goldman Sachs au sénat américain (III)

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

La performance la plus attendue aujourd’hui était bien sûr celle du P-DG de Goldman Sachs, Lloyd Blankfein. Disons tout de suite que la commission n’est pas parvenue à tirer grand-chose de lui : il a fait l’anguille d’une voix geignarde, suggérant simultanément qu’il était trop stupide pour comprendre les questions qui lui étaient posées et que son interlocuteur était trop stupide de son côté pour comprendre les réponses qu’il pouvait apporter.

Comme je le supposais dans mon billet pour BFM lundi, Blankfein a adopté la stratégie d’affirmer que sa firme se contente d’être un « market maker » : vend un produit à qui veut bien l’acheter et l’achète à qui est prêt à le lui vendre, sans avoir d’opinion précise sur la qualité de ces produits financiers, la question de la qualité n’étant pas pertinente.

Chaque fois que son interlocuteur lui rappelait que le problème n’était pas là : qu’il était que Goldman Sachs avait dans certains cas constitué à la demande de l’un de ses partenaires le pire produit possible, pour parier ensuite avec lui sur sa perte, tout en le vendant à ses clients, il répondait inlassablement : « Nous sommes market maker, je sais que c’est un peu compliqué à expliquer et je comprends que vous ayez des difficultés à saisir comment cela fonctionne exactement, mais je vous assure qu’il n’y a rien de plus ». Le président de la sous-commission, Carl Levin, ne se laissa pas démonter et le prit au mot en le traitant comme un arriéré mental à qui il faut tout expliquer en s’y prenant très lentement et en répétant cent fois si nécessaire.

Le seul moment où Blankfein fut en difficulté fut quand on lui demanda pourquoi il avait décidé de faire circuler des mails personnels de Fabrice Tourre et de lui uniquement. Le sentiment que j’ai eu à ce moment-là, et il fut probablement partagé par d’autres, fut celui d’un immense mépris envers les perdants, même et peut-être surtout quand ils firent partie des alliés d’hier.

Merci à Mme le sénateur McCaskill d’avoir rappelé au patron de Goldman Sachs la différence entre une assurance et un pari. Blankfein lui a répondu que pour le market maker il n’y a pas de différence, à quoi elle lui a répondu très justement que pour l’Américain moyen, le problème est probablement là.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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101 réflexions sur « Audition de représentants de la firme Goldman Sachs au sénat américain (III) »

  1. Bonjour,

    Quelqu’un pourrait – il me dire comment le produit ABACUS A … ,qualifie par Goldman Sach de produit de « merde » , etait note par les agences de notations ?

    merci d’avance.

  2. Si l’éthique ne vous intéresse pas, vous ratez tout. C’est comme si l’un parlait en chinois et l’autre en allemand ! C’est votre choix d’éluder les réponses qui pourraient faire avancer la compréhension. Vous êtes donc un site comme un autre, pas plus ! Du vent, voilà ! Vous vendez du vent comme les autres !

  3. M’enfin il y a tout de même un détail qui n’as pas encore été pris en compte.

    Lorsque que l’on vend à son client un conseil de se positionner « long » et que le conseiller se positionne « short » donc a l’inverse de son client.

    Il faut déjà se demander, qui a vendu ses position « long » aux clients. Est ce que c’est le conseiller qui a vendu ces propres positions « long » ou est ce que le conseiller a vendu des position « long » appartenant à un tiers. Dans le premier cas le conseiller se débarrasse de ses positions dans le second il écoule sur le marché des produits. M’enfin dans les deux cas, le fait que le banquier se positionne a l’inverse des conseils qu’il émet implique que soit il se débarrasse de positions qu’il sait inconfortables soit qu’il vend des produits dans lesquels il n’a pas confiance. Dans les deux cas, il transfère aux clients les risques que lui ne veut pas prendre et en plus il parie sur le fait que les positions qu’il conseille sont de mauvaises positions.

    donc comment et pourquoi le conseiller est autorisé à vendre a son client des positions que lui ne veux pas prendre voire au contraire sur lesquelles il parie contre ses propres conseils aux clients.
    [réponse aux auditions : ce sont des départements distincts de GS]

    Le conseiller peut toujours dire qu’il lui reste des positions et qu’il va s’assurer contre un retournement du marché en prenant les positions inverses, dans le cas présent [il va] passer « short ».

    Or comme les conseiller a déjà vendu ses positions ou que ses positions appartiennentàa un tiers, pourquoi le conseiller s’assure-t-il des positions qu’il n’s plus en portefeuilles ou qu’il n’a jamais eu. Pourquoi prendre des positions inverses ou une assurance sur un bien qui ne nous appartient pas. Pourquoi dépenser de l’argent à se protéger d’une position que l’on n’a pas et qui appartient dorénavant aux clients.

    Quel intérêt le conseiller aurait de faire en sorte que le marché se retourne, si il n’avait pas pris d’assurance et pourquoi le marché se retourne-t-il lorsque le conseiller a pris des assurances ?

    Comment se fait il que le conseiller puisse être gagnant alors que son client, lui est perdant.

    M’enfin si un conseil [met en avant?]/et avant ?/ une recommandation, comment se fait-t-il que le conseillé parie à l’inverse de sa recommandation, et en plus parie sur les biens qu’il a recommandé et qui appartiennent à ses clients.

    Si on recommande à quelqu’un d’acheter tel ou tel objet et que celui qui recommande l’achat de cette objet se protège contre les risques de cet objet, il y a tout de même un problème si le conseiller ne cherche pas a protéger son client voire au contraire [cherche] à parier sur le fait que ses propres conseils soit erronés.

    C’est quoi une escroquerie sinon de vendre un produit qui s’avère ne pas être conforme aux recommandations qui ont été données lors de la vente. [?]

    [réponse de GS : we are « market maker » etc.]

  4. Finalement, vous verrez que ces auditions n’auront été qu’un lent, très lent coup d’épée dans l’eau. Elles ne changeront sûrement pas l’attitude obstructionniste des Républicains et de quelques Démocrates lors du prochain passage des propositions de régulation (aussi imparfaites soient-elles) d’Obama devant l’assemblée du Sénat.

  5. J’ai édité ci-dessus le commentaire de « logique ».

    Mon propre avis est que le métier de GS et autres consiste à profiter et faire profiter un nombre adéquat de {clients + pigeons} des minimes asymétries d’informations sur des paris.
    Quand les agences de notations publient leurs algo, la fabrique de CDO synthétique sert à asymétriser l’information « supposée neutre » qui a pour résultat la notation (le « AAA » de Abacus) . On peut d’un côté structurer le CDO (avec ses mezzanines et autres joyeusetés) pour qu’il soit AAA et de l’autre côté, avec des infos différentes (d’où l’asymétrie), s’arranger pour qu’il soit « pourri pourri pourri » .

    ON va alors voir les clients investisseurs moyens petits (clients plutot pigeons) « qui veut ce bel AAA, il est beau il est frais, il rapportera mucho, il est liquide, il est tradé par nous pour un client sympa qui l’a structuré … super bien pour qu’il soit AAA, si si », et d’autre part on s’entend avec le client du Hedge Fund (J Paulson ici), pour que d’autres infos pontent vers « pourri un max ».

    Dans son livre (« comment la vérité etc « ), Paul Jorion pointe l’asymétrie (si occidentale, pour faire court) de la copule « être », qui nous permet de catégoriser (le zèbre est un quadrupède)(mais pas le contraire en général).
    On a là l’autre partie de la chose : « Abacus est AAA » est une info asymétrique sur le plan du sens plutôt que de la logique : AAA veut dire « bon » pour les uns, mais pas pour les autres, qui sont plus préscients par leur pratique.

    Ce qui me hérisse là dedans est que le savoir-faire mis en jeu dans ces affaires est certes une combinatoire subtile, qui aurait sans dout eexcité au moins la curiosité du Keynes probabiliste, mais que ce savoir-faire n’est associé à aucun « soin ». Il ne s’agit que de faire de l’argent avec de l’argent… qu’est-ce qui reste de tout ça ; « zylch » comme dit un personnage de Woody Allen…mais hélas « zylch » aussi pour les humbles qui n’y sont pour rien de rien.

    1. l’art pour l’art (par ex Fragonard, lequel restera dans l’histoire de l’art car il y mêle un tel humour …. – car quoiqu’ils en aient pas l’air les tableaux de Fragonard sont très mine de rien assez décapants …)) est qualifié de « maniériste », ce mot de « maniérisme » -d’en l’ensemble somme toute très péjoratif si l’on en excepte évidemment comme par exemple Fragonard ….- m’apparaïtrat très adéquate pour qualifier l’état de l’art de celui de l’art -de faire de l’argent- pour l’art -de faire de l’argent- de l’art de la finance actuelle , une manière, un style, très superficiel et léger, une mode qui ne durera pas, des tableaux qui ne feront pas long feux (- bien évidemment mise à part ceux de Fragonard, la statue d’Eros, l’arc , la flèche, la jolie femme sur la balançoire, ou ailleurs, le buisson, et avec le buisson, devant, desus, dessous, ou dedans, irrédiémédiablement , si la flèche d’Eros, l’amant )

    2. Chere cecile,

      vous pensez que l monde est conduit par des artiste. Tout cela est faux les artistes ne font qu’ interpreter le monde dans lequel ils vivent. Lorsqu’il ne sont pas des artistes se sont des anti-conformalistes. Certains utiliseront le terme d’anarchist, d’autre de profiteur. Mais dans tous les cas de figure leur objectif ne consistent qu’en une seul maxime  » faire en sore que notr existance ne soit pas amorphorme »

  6. Ces auditions sont un grand moment…
    Analogie entre la crise de 29,
    vue par Galbraith, et la crise actuelle.
    Le sénateur Levin est Pecora.
    Les affreux de GS sont Albert Wiggins, Charles E. Mitchell ou Whitney.
    On retrouve le même système de défense décrit par Galbraith:
    attitude élusive, ennui distancié, incompréhension mutuelle
    et mépris, surtout le mépris, malgré les bonnes manières.
    Et vous, Paul, êtes le Galbraith de notre époque.
    Le style de Galbraith dans la crise de 29
    est remarquable, avec sans doute un excellent
    travail du traducteur. Style à l’appui de la clarté,
    de la maîtrise, et une pédagogie sans faille,
    C’ est vous.
    Et avantage de notre époque: pas d’archives
    lointaines, du travail en quasi-direct.

  7. Goldman Sachs n’a pas tord de dire que ses accusateurs n’y pigent que couic!
    En effet Goldman comme d’autres ont vendu et continuent à vendre des CDOs pourries.
    Pourquoi? Eh bien parceque prendre des risques est profitable. Plus la CDO est pourrie plus elle a un rendement élévé. Ce qui est calculé mathematiquement sois-disant selon l’age du capitaine et la longueur de sa bretelle. La méthode « copula ». Non je rigole pas, j’ai lu ça sur lexinter.net
    Ce que Goldman ne dira jamais c’est qu’aux USA et en Europe pour avoir des CDOs profitables il faut qu’elles soient pourries…C’est ça le resultat de 15 ans de globalisation…Bref la CDO honnete sure et profitable ça n’existe pas, ca n’a jamais existé, et ça n’existera jamais. Et ca Goldman et les autres ne le diront jamais non plus. Pas folle la guepe.Pour attirer le gogo on abuse des organismes de notation qui mettent du AAA sur un CDO parcequ’il est assurée par un CDS vendu par un hedge fund qui malin, le fait a partir d’une société écran. Quand il faut rembourser, il y a plus personne, bien sur et la société est en liquidation! Donc on a des assurances qui assurent avec un capital nul des CDO adossées à des dettes pourries! Génial non? Ca fait dix ans qu’on fait du fric avec du vent de la bulle des subprimes, CDO,CDS, LBO etc…Pourquoi ces banques s’achetent leusr titres pourris? Pour faire comme Madoff: Au début ca profite un max, l’endetté sue et paye…Il faut sortir du jeu juste au moment ou on craint le défaut définitif du sous-jacent: Voila ou se trouve le jeu du casino en fait. Mais dés fois la combine leur explose dans les mains…Comme en 2008.
    Bien sur que la Goldman Sachs savait que le systeme des subprimes allait s’écrouler! Et pas que la Goldman, probablement Lehman Brother aussi! Mais la: Boom! Souvenons nous de Kerviel à la Société Générale: Meme principe, le jeu c’est de se retirer à temps de la position pourrie à gros profit…Comme dirait notre prince président: Plus on prends des risques, plus on gagne. C’est la loi du néolibéralisme. Et quand ça perds? C’est le contribuable qui paye…

    1. Erreur: les pognon-maker n’aiment pas le risque.
      GS fait tout son possible pour l’évacuer.
      GS veut gagner sans risque. Et il le fait par des moyens
      relevant plus de l’influence politique que par la maîtrise
      des probabilités.
      Le gestion du risque est une fable pour les naifs ou
      les entrants en bourse ( pour le bourseux de base, il n’y a pas
      de glorieuse incertitude: la perte est sûre)
      On ne devient pas GS en souscrivant aux légendes
      colportées par des économistes mercenaires.
      Et si jamais GS perd, la FED et le contribuable US sont sollicités
      sans délai, comme vous le notez.

      Tant que des journalistes incompétents continueront
      de qualifier GS de  » banque prestigieuse « , le stock
      de volailles bonnes à plumer ne risque pas de faiblir.
      Je note un black-out presque total sur les auditions US.

    2. Irzam, j’ai vaguement l’impression que vous n’avez plus confiance dans le « système ».

      Ceci est dangereux non pour vous pour mais pour la contagion que vous pourriez développer.

      Veuillez rentrer dans le rang avant d’éventuelles rétorsions.

      Merci.

    3. question : si le CDS assure le CDO, mais alors qui donc assure le CDS ???
      (autrement dit à qui s’adresser pour parier que le CDS est une ….. -soit qu’il conviendrait d’abord d’interdire ….)

    4. oui je partage une grande partie de ces réflexions
      une énorme machine de Ponzi est en place, on sait comment cela se termine !!!!

  8. Les e-mails de Fabrice Tourre .

    Attention âmes sensibles s’abstenir :

    « …Quelques mois plus tard, le 13 juin 2007, il se vante encore d’avoir « réussi à vendre des obligations Abacus à des veuves et orphelins rencontrés dans l’aéroport, décidément ces Belges adorent ces titres synthétiques… »  »

    http://www.lesechos.fr/info/finance/020503797332-fabrice-tourre-c-est-un-peu-comme-frankenstein-qui-se-retourne-contre-son-inventeur-.htm

  9. Bonjour,

    ces messieurs expliquent qu’ils sont tenanciers de Casinos, de Loto ou du PMU. Il y a de ça: ils soutirent de l’argent à leur « clients », qui en moyenne sont perdants, même s’il y a quelques gagnants.
    Mais c’est en fait bien pire:
    – ils attaquent et ruinent des gens qui n’ont pas joué à leur jeu, ou des états selon ce qui est le plus juteux.
    – et dans l’affaire de Goldman, ils ont truqué la roulette. Les dirigeants de Casino vont en prison pour ça. Je ne comprends pas pourquoi les sénateurs américains n’utilisent pas ces arguments. Qu’en pensez-vous?

    Par ailleurs, ils sont venus expliquer au sénat leur vrai rôle de parasites, qui diffère complètement du discours habituel sur l’animation du marché et tutti quanti. Toute société et tout individu (même les plantes, les animauxs et les micro-organismes) se défendent contre leurs parasites, dans une lutte à mort. qu’attend le Sénat américain, qu’attendent les gouvernements ?

    Merci de vos réactions

  10. Je signale tardivement la sortie de Krugman qui rejoint des choses dites sur ce blog, éivdemment:

    Les pires malhonnêtetés sont venues des Agences de Notations, et du fait que c’est les « issuers » qui les payaient pour faire des AAA à la pelle.

    No, the e-mail messages you should be focusing on are the ones from employees at the credit rating agencies, which bestowed AAA ratings on hundreds of billions of dollars’ worth of dubious assets, nearly all of which have since turned out to be toxic waste. And no, that’s not hyperbole: of AAA-rated subprime-mortgage-backed securities issued in 2006, 93 percent – 93 percent! – have now been downgraded to junk status.

    What those e-mails reveal is a deeply corrupt system. …

    http://www.nytimes.com/2010/04/26/opinion/26krugman.html?partner=rssnyt&emc=rss

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