BFM Radio, lundi 10 mai à 10h46 – La Grosse Bertha

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Alors, est-ce vraiment depuis hier « Un pour tous, tous pour un » ? On a en tout cas rassemblé 750 milliards d’euros. Autrement dit, on a sorti la Grosse Bertha.

Qu’est-ce qui s’est passé ces jours derniers ? Eh bien, tout ce à quoi on aurait dû penser à froid, au moment où l’on mettait en place la zone euro, on a été obligé de le résoudre à chaud, dans la précipitation et en courant dans tous les sens. Le texte du Traité de Lisbonne, tel qu’il a été rédigé, étant inutilisable, on a été obligé de le contourner par des astuces comme un SPV (Special Purpose Vehicle), une structure ad hoc à qui on prête de l’argent et qui elle, l’utilisera ni vu ni connu, sa spécificité étant qu’elle a le droit de faire toutes les choses qu’on s’était interdit de faire à soi-même. Et tout particulièrement que les nations dans la zone euro manifestent les unes envers les autres une réelle solidarité. Eh ! que voulez-vous, c’est une Europe « libérale » que Maastricht avait mis en place, pas l’Europe solidaire dont on s’est rendu compte sur le tard qu’on avait réellement besoin !

Il reste un peu de naïveté cependant dans la démarche : défier la spéculation en se tambourinant la poitrine et en criant : « Je suis plus fort que toi ! », ça ne suffira pas. La spéculation est comme l’hydre de Lerne : on lui coupe l’une de ses sept têtes, ou même les sept à la fois, et elles repoussent aussitôt. Ce qu’il faut mettre en place, pour mettre la spéculation hors d’état de nuire, c’est une interdiction des paris sur les fluctuations de prix. On ne pourra pas en faire l’économie.

Est-ce que tous les problèmes sont résolus ? Non bien sûr puisque le cadre conceptuel erroné est intact. Tant que la dette publique et le déficit d’une nation seront calculés par rapport à leur PIB, ils sembleront augmenter de manière mécanique en période de récession, par une illusion d’optique : simplement parce que les chiffres absolus sont divisés par un coefficient qui se réduit pendant ce temps-là comme peau de chagrin. Alors que c’est précisément dans ces périodes que les États devraient pouvoir mobiliser l’outil de l’endettement plus librement. Pour que l’Europe de la zone euro cesse de s’en prendre à ses citoyens chaque fois que ses banquiers perdent certains de leurs paris, il faudra que dettes et déficits cessent d’être calculés en pourcentage du PIB. Si l’on ne résout pas cette erreur conceptuelle, toute crise aura toujours le même effet : elle débouchera sur des programmes d’austérité qui s’en prennent par priorité aux avantages sociaux. Le Pacte de Stabilité de la zone euro doit être réécrit en des termes qui aient un sens du point de vue économique. Quand il aura un sens économique il aura automatiquement aussi un sens social.

Dans l’euphorie ambiante de ce matin, il ne faudrait pas perdre de vue que quelle que soit la radicalité apparente des mesures prises hier, le système qui siphonne l’argent du contribuable vers les plus grosses fortunes est toujours en place, et plus que jamais en excellente santé.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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134 réflexions sur « BFM Radio, lundi 10 mai à 10h46 – La Grosse Bertha »

  1. PJ « le système qui siphonne l’argent du contribuable vers les plus grosses fortunes est toujours en place, et plus que jamais en excellente santé »

    Cameron : « si on pense que si l’avenir c’est de dépenser plus d’argent public, alors on se trompe lourdement »

    on doit se tromper lourdement sur ce site !

    1. Encore plus en place, planche à billet à une différence près intérêts et commissions pour la finance et les méga riches à travers eux.
      Et rigueur pour les peuples.

    2. Bientôt Mr Cameron pourrait bien rejoindre la cohorte des « liberaux » dans le concert des « sauvez nous à coup de subvention et de dette publique européenne. bien sur, il ne le dira pas avec ces mots là..

    3. « Si on pense que si l’avenir etc. ».
      Avec ce « si » de trop, on pourrait mettre l’avenir de l’Europe en bouteille.
      Perfide Albion!

      Si la mer bouillait, on pécherait des poissons cuits (Proverbe haïtien)
      Si les souhaits étaient des chevaux, les mendiants les monteraient (Proverbe anglais)
      Si tous ceux qui n’ont rien n’en demandaient pas plus, il serait bien facile de contenter tout le monde. (Coluche)
      Si tout n’était qu’illusion et que rien n’existait? Dans ce cas, j’aurais vraiment payé mon tapis beaucoup trop cher. (Woody Allen)
      Si ceux qui croient avoir raison n’avaient pas tord, la vérité ne serait pas loin. ( Pierre Dac)
      Si les singes savaient s’ennuyer, ils pourraient devenir des hommes. (Goethe)
      Si j’étais Dieu, je m’y prendrais tout autrement, j’abolirais la mort et Tino Rossi. (Pierre Desproges)

      « Et puis si j’étais le bon Dieu
      Je crois que je serais pas fier
      Je sais on fait ce qu’on peut
      Mais il y a la manière. »
      (Jacques Brel)

    4. C’est donc si rassurant la baisse des salaires, la baisse de la consommation privée (sauf en empruntant à intérêts composés), la baisse de la consommation sociale ?
      Que Dieu vous bénisse et que Diable vous emporte !

  2. excellent billet. Juste à tous les niveaux. Un complément sur le 3e paragraphe, celui relatif à la spéculation.

    J’ai été frappé par la communication des leaders européens. Ils sont ravis d’avoir fait un croche-pied à la spéculation. J’ai l’impression de lire, à la vue de certains commentaires des ministres des finances : « tiens le marché, prends ça dans les dents, nananère prout ! ».

    Sauf que ce n’est pas la spéculation effrénée qui a provoqué la baisse du marché la semaine dernière. Le but d’une opération spéculative est de faire un bénéfice. Or, c’est la panique qui a mené les débats la semaine dernière. Les ventes d’actifs avaient pour but, non pas de gagner de l’argent mais d’éviter d’en perdre en le mettant à l’abri. Le marché réclamait une décision claire de l’Europe car il avait compris que la situation était devenu hors de contrôle. Quand le marché force les politiciens à agir, c’est parfois une bonne chose. Ce n’est pas toujours le cas, (très) loin de là. Dans ce cas précis, c’était nécessaire.

    Tout le monde ne s’en rend pas compte, mais quelle révolution ! Surtout pour la BCE : elle s’éloigne des dogmes allemands et comprend donc que la situation actuelle mérite d’être étudiée sous un angle nouveau. Et à l’instant même (11h21), je vois sur mes écrans que la Bundesbank annonce qu’elle va acheter des obligations d’Etat dès aujourd’hui. Incroyable. La BUBA, si intransigeante dès qu’une mesure susceptible de provoquer un peu d’inflation est mise en place, est la première à annoncer des rachats de dettes souveraines !

    Pour en revenir à la communication des leaders européens, j’ose espérer qu’ils ont bien compris que le but premier de ce plan n’est pas de casser cette fameuse « spéculation » mais bien d’entamer le renouveau du fonctionnement de notre zone monétaire.

    1. « tiens le marché, prends ça dans les dents, nananère prout ! ».

      C’est bien plutôt l’inverse qui a eu lieu. Ils ont fait ce que le marché attendait d’eux: sauver les banques en difficultés (qui avaient des dettes souveraines en caisse). D’où l’euphorie boursière.

    2. non, ce n’est pas l’inverse puisque le but de l’opération est de « casser la spéculation », c’est à dire les opérations vendeuses dans ce précis. Tous les « shorts » d’actions » et les « longs » d’actions, CDS, etc.

    3. en version corrigé (pas compréhensible au-dessus) :

      non, ce n’est pas l’inverse puisque le but de l’opération est de « casser la spéculation », c’est à dire les opérations vendeuses dans ce cas précis. Tous les « shorts » d’actions » et les « longs » de taux, CDS, etc.

    4. Homard, la spéculation ne se résume pas aux positions vendeuses. Le spéculateur joue la baisse puis la hausse et inversément. Par exemple, il jouait que la Grèce se cassait la gueule et les banques européennes de même. Vendredi soir, il s’étaient positionnés long en prévision que le conseil européen donne une réponse forte (du genre « rassurez-vous, il n’y a aucun risque pour vous, l’Etat payera, vous ne perdrez rien »). D’où le gros rebond technique d’aujourd’hui. Bientôt, ils vont reprendre leurs positions baissières quand ils jugeront que le sommet du rebond est atteint (cela peut durer si la BCE paye). Autrement dit, ils sont comme ces enfants gâtés (ou des jeunes camés) qui sont contents quand on leur donne des sucreries et commencent à crier quand on leur dit « c’est la dernière ». Sauf que la sucrerie c’est ici du fric et qu’ils vont prendre aux Etats tout ce qu’ils peuvent lui prendre, jusqu’à ce qu’ils s’écroulent sous leurs dettes.

      On peut lire dans nos grands journaux les titres suivants, côte à côte:
      – Le plan de sauvetage européen euphorise les Bourses
      – L’Europe répond aux marchés par une riposte massive

      Une riposte massive contre les marchés qui euphorise les marchés? Faut pas prendre les gens pour des cons tout de même.

    5. @ Reveil

      « je ne voudrais pas que nous tombions tous dans ce travers si français qui est le pessimisme et le catastrophisme ambiant et auto-entretenus qui nous portent au ridicule hors de nos frontières »

      Le genre de propos typiquement français, qu’on chercherait en vain ailleurs, qui consiste pour un français à dénigrer les membres de sa propre communauté « pour faire bien », en prenant à témoin les jugements prétendument émis par une autre communauté.
      Ça se fait beaucoup dans le monde des affaires… enfin je veux dire chez ceux qui veulent se donner l’impression d’en faire partie…

      Pour le sauvetage de la Grèce: ce qui est agaçant c’est qu’on ne sauve absolument pas la Grèce, mais les banques, ce qui explique en partie la raison pour laquelle elle a été sauvée « si tard ». Résumons: les peuples viennent d’être rackettés une deuxième fois. Et en plus dans des conditions qui laissent à penser qu’aucun des mécanismes qui posent problème ne sera remis en question, ni aucun des dogmes actuels de la BCE. C’est la raison pour laquelle on a tout fait pour ne pas avoir à retoucher le Traité.

      Bref… un gros chèque, qui n’est rien d’autre qu’un nouveau viol des foules, vient faire office de politique. Alors oui… les grecs sont sûrement content pour eux, les banques sont contentes pour elles, mais ne demandez pas aux citoyens offerts en sacrifice d’être contents d’avoir été mené à l’abattoir.

    6. @moi

      bien dit, langage cru mais simple, donc proche des réalités. ‘moi aussi j’veux des bonbons! et toi t’en auras pas!’ –> notre économie c’est celle de la rareté fabriquée.

      curieux tout de même monsieur jorion, votre article est écrit à l’envers: vos dernières remarques sont de loin les plus importantes, finalement.

  3. Les deux phases ne sont pas antinomiques bien que vraies toutes les deux.

    Cameron veut dire : »si on pense que si l’avenir c’est de dépenser plus d’argent public pour alimenter le système qui siphonne l’argent du contribuable vers les plus grosses fortunes, alors on se trompe lourdement  »

    Par contre il est surement d’accord avec ça : « si on pense que si l’avenir c’est de dépenser MIEUX L’argent public, alors on NE se trompe PAS lourdement. »

  4. Il me vient une idée « connexe » à la proposition de P.Jorion : Obliger TOUS les investisseurs-spéculateurs à conserver leurs positions pendant un délai minimum (ex: 30jours).
    Fini le trading à la milliseconde, etc.. etc…

    1. Même pas necessaire d’ammer jusque là.

      Une taxe (même microscopique) sur les transactions suffirait à réduire de fait ce travers.

      C’est un angle d’attaque comme un autre…

    2. Bouboune, déjà décortiqué ici sans avoir besoin même de considérer les théories de Keynes :

      TOUTE variation est un bénéfice pour un spéculateur. (voir CDS). Il va donc craindre, par dessus tout, la stabilité en quoique ce soit.
      (et même la stabilité géographique car il ne va pas hésiter à changer de pays)(voir certains politiques qui mettent leur fils à l’école aux US)(c’est ce qu’on appelle faire confiance dans le système éducatif de son pays)(dont on est le « président »)

      L’instabilité ainsi que le cours terme sont à la poule ce qu’est l’oeuf. Ou le contraire, ça marche aussi.

    3. @ Yvan

       » TOUTE variation est un bénéfice pour un spéculateur. (voir CDS). Il va donc craindre, par dessus tout, la stabilité en quoique ce soit. »

      Cela pourrait expliquer bien des choses et des comportements compulsifs, d’auto-défense.

       » (et même la stabilité géographique car il ne va pas hésiter à changer de pays)(voir certains politiques qui mettent leur fils à l’école aux US)(c’est ce qu’on appelle faire confiance dans le système éducatif de son pays)(dont on est le « président ») »

      Bien vu, ils ne disent pas en effet pas toute la vérité aux gens des élites faussement droites.

  5. Reprendre de la plume du volatil ou du poil de la bête ? A l’arrivée, les pigeons bien plumés deviendront-ils des poilus bien tondus ? Ce qui est sûr, c’est que ce jeu d’enfant n’exclut pas la crise de puberté. Gentille alouette…

  6. je ne comprends toujours pas très bien ce qui s’est passé…
    on a crée une structure et on y a injecté 750 milliards d’euros ; très bien…

    mais d’où vient cet argent ? sera t’il crée par la bce (auquel cas quid de l’inflation ?) ?
    viendra t’il des états membres qui l’auront emprunté auprès des marchés (auquel cas quid de l’explosion de l’endettement ?) ?

    en fait je ne vois pas très bien comment c’est sensé régler quoi que ce soit…
    il y aurait il quelqu’un ici pour m’éclairer ?

    1. Mis à part le fonds de garantie, la BCE va racheter aux banques du papier qui commençait à sentir le roussi (autrement dit: monétisation de la dette, planche à billets).
      Il n’y aura pas d’inflation si les gouvernements contiennent les salaires.
      Après 2008, re-cadeau aux capitalistes.

    2. Même en contenant les salaires, les matières premières augmentent inexorablement…
      Tout comme les impôts, taxes, redevances, services et … SURTOUT : la taxe de wall street.

    3. non mais monétiser la dette ça veut dire que de fait la monnaie vaut moins, non ?

      on ne peut pas submerger les marchés sous les euros et s’attendre à ce que ça n’ait aucune répercussion….

      et ce d’autant plus que contrairement au dollar on a pas le statut de monnaie de réserve…

    4. @von der blob : tout l’art est de ne pas monétiser trop vite par rapport aux autres. Si tout le monde monétise, les monnaies resteront stables entre elles. Idéalement, je crois qu’ils aimeraient bien monétiser tous ensemble (USD, GBP, EUR, JPY) de telle façon à faire monter le yuan.

    5. @von der blob: votre article ne dit pas tout, il ne dit pas le principal, autrement dit il désinforme. Le but n’était pas de sauver la Grèce, qui ne serait pas morte d’un défaut de paiement. Le danger immédiat tel qu’on a pû le constater avec le krach du dow jones de la semaine dernière, c’était la faillite des banques européennes en cascade suite à leur détention d’obligations de dette souveraine (grecques et autres). Ces obligations commençaient à se dégrader car ce sont des reconnaissances de dettes et valent ce que vaut la confiance dans le remboursement. Et donc la BCE arrive maintenant à leur secours pour racheter ces dettes et leur fournir ainsi de la liquidité.

      Cela se fait en deux temps:
      1) la BCE rachète aux banques les obligations pourries grâce à des billets frais.
      2) les Etats s’endettent auprès des banques (qui viennent de recevoir des billets tout neufs) pour permettre ainsi de continuer à payer ces mêmes banques.

      C’est évidemment absurde si l’objectif est de sauver les Etats puisque tôt ou tard il y aura soit de l’hyperinflation, soit un défaut de paiement. L’objectif réel est bien entendu l’inverse: prendre un max de pognon aux Etats avant qu’il ne soit trop tard. A la fin, les banques seront nationalisées, pour que le pékin puisse payer le trou à la sueur de son front. Mais des fortunes colossales seront faites.
      Ils ont fait la même chose à la chute de l’URSS (à la cosaque, en revendant tout ce qui appartenait à l’Etat et qui leur tombait sous la main). Ils font la même chose en Afrique (en revendant les matières premières en échange de corruption). Et on va y goûter nous aussi (mais ils ont dû trouver un truc plus subtil). Préparez-vous, dans moins de 5 ans vous allez connaître les joies de la tiers-mondisation.

    6. @ Moi
      oui je sais tout ça, je veux juste comprendre les détails de ce montage pour savoir ce qui va se passer dans l’immédiat entre le choix de rembourser les dettes en monnaie de singe ou continuer à rigoler encore un peu…

      concernant la tiers-mondialisation, ne vous inquiétez pas pour moi, j’ai grandi dans un pays communiste, ce qui finalement m’a appris qu’on peut avoir accès à une éducation gratuite, des soins et un petit chez soi avec eau courante et électricité le tout avec des salaires de moins d’un dollar/jour. si le gens sont capables de s’organiser autour d’un truc qui va un peu au delà du « chacun pour soi », on peut s’en sortir. ca va être forcement beaucoup moins bling-bling, mais ça peut rester largement vivable… en comparaison, par bien des côtés la vie parait plus dure en vivant dans une banlieue pourrie d’un pays riche…

      ma seule vraie crainte c’est le comportement des gens quand tout ça s’écroulera. après 40 ans de tout à l’égo est ce qu’ils seront capables de rebâtir quelque chose ensemble ou est ce qu’ils préfèreront se courir les uns derrière les autres avec des machettes…

  7. Pour l’instant c’est le grand rebond boursier, les investisseurs sont euphoriques et les populations ???
    Apparement elles commencent à en avoir un peu marre de tout ce cirque, les grecs c’est certain. Mais les anglais et les allemands aussi: il n’y a qu’à voir le résultat des élections dans ces deux pays.

  8. Maintenant que ce fond européen est constitué sur le dos des peuples comment les USA vont-ils capter cet argent ?

  9. Ma compréhension de la « science » économique étant ce qu’elle est, je suis peut-être complètement hors sujet mais voici ce que je comprends des évènements de hier et d’aujourd’hui:

    Hier, les dirigeants européens ont mis en place une « promesse de rente » de 750 milliards d’euros à la faveur des marchés. Ce matin, ces derniers se frottent les mains et rallument la « machine à bulles » de plus belle. Ils auraient bien tort de s’en priver.

    La question qui reste en suspend à mon sens demeure la même que par le passé: D’où sortent ces 750 milliards, et comment les politiques peuvent-ils encore se permettre d’affirmer ne pas avoir les moyens d’assumer tel ou tel financement de service public, telle ou telle mesure sociale, dans ce contexte proprement délirant?

  10. « il faudra que dettes et déficits cessent d’être calculés en pourcentage du PIB. Si l’on ne résout pas cette erreur conceptuelle, » : ce serait intéressant de justifier qu’il s’agit d’une erreur, car les conséquences en seraient très importantes pour notre compréhension des phénomènes.

    1. @Crapaud Rouge :
      Peut-être faut-il partir de la répartition du PIB aux salariés :

      « En moyenne, depuis 1990, le surplus de productivité distribuable aux salariés a été de 0,7 point de PIB par an, alors qu’au cours des années 80 il atteignait plus de 2 points de PIB l’an » (INSEE Mai 2009)

      Sachant que l’intérêt de la dette augmentera, le surplus de productivité distribuable aux salariés sera quasi nul pour les années à venir. Ce qui est un comble puisque nous continuerons de produire et d’accumuler quantités de biens et de services à l’existant. Le PIB ne tient pas compte de l’historique des patrimoines et de l’accumulation du capital.

    2. Que le calcul avec le PIB soit une erreur conceptuelle, c’est possible, mais s’agissant d’un pourcentage, on parle d’erreur d’erreur, donc de petite quantité.

      Exemple: si 10 milliards de deficit sur PIB De 100 milliards, ça fait 10%, mais à cause de la crise le PIB de l’année de calcul tombe à 90 000 milliards. Alors ca fait 11,1%.

      Ce seul écart ne nécessite pas qu’on parle d’erreur conceptuelle, pas plus que les taux de TVA « en dehors » (19,6%) ou « en dedans » (17,4% j’imagine) que tout un chacun est amené à calculer dans la doulce France.

      Ce qui se passe est que l’engrenage s’enclenche à ce moment là : on va dégrader une note parce que « le déficit est plus fort que prévu ». Et le ‘plus que prévu’, c’est ce pourcent de différence au changement d’année fiscale ou calendaire, qui est en réalité ‘acceptable’ si on lisse l’histoire sur quelques années, mais sert d’amorce au doute. Ensuite, ‘les marchés’ amplifient le tout.
      Certains confondent une dette d’état avec un viager à l’envers, une sorte de ‘Vae victis’, s’il est faible c’est qu’il mourra. Les peuples meurent peu.

  11. Nous ne sommes pas les seuls à penser la même chose, à priori.
    http://www.marianne2.fr/Crise-Monsieur-Marche-est-content-Il-a-encore-gagne!_a192570.html

    Et, là, d’après des réactions glanées au hasard du net, l’homme de la rue finit par se rendre compte que ce sont 750 milliards de sa poche qui passe dans celles des banques.

    Sachant que le PIB mondial est de 60 000 milliards (moins 10% d’évasion fiscale) et que l’Europe représente 30%… la socialisation des pertes commence à inquièter beaucoup de monde.
    Et à raison, quand on connait à peu près le total du trou…

    D’ailleurs, le mouvement devrait s’accélérer, car ces milliards n’ont pas le temps de toucher la terre ferme qu’ils sont déjà « aspirés »… Encore plus pratique pour les banques.

    1. Je parie une choucroute que voyant que ça marche aussi bien, ils vont en vouloir encore plus. Ils tueront les bisons tant qu’il en restera.

    2. Rien entendu de PJ à France Culture au journal ?
      Seulement Frémeaux (pas inintéressant, mais …)

      J’ai raté quelque chose ?

      1. Monsieur Jorion, malgré votre analyse fort juste sur France Culture, je vous ai senti un soupçon agacé que la Grèce puisse avoir été sauvée, contrairement à ce que prévoyiez …

      2. Il m’a semblé au contraire que c’est la perspective d’une fuite en avant – l’accalmie n’étant que l’oeil du cyclone – qui est agaçante.

      3. Julien Alexandre :

        Oubliez la bourse et ses excités. Faite un tour en forêt, vous verrez comme la vie peut être si belle et délicieuse

      4. « This is a provocation » 😉
        Il est vrai que le journaliste a pris un malin plaisir à souligner la prévision émise quelques semaines plus tôt sur cette même station.

      5. Réveil-Coucou, vous êtes égal à vous-même. Mais ne vous inquiétez pas : on aime bien le poil à gratter, c’est pour cela que vous êtes là, prévisible et toujours fidèle au poste !

      6. Il est toujours bon de réveiller ceux qui s »endorment au fond de la classe …. Mais plus sérieusement, je ne voudrais pas que nous tombions tous dans ce travers si français qui est le pessimisme et le catastrophisme ambiant et auto-entretenus qui nous portent au ridicule hors de nos frontières. Nous avons au contraire besoin de regonfler nos batteries, c’est d’ailleurs, ce que j’admire chez les anglo-saxons, toujours prêts à rebondir, même la tête sur le billot … Mais cette remarque ne vous ai pas adressée, puisque je vous crois d’une autre nationalité et surtout trop fin et enfin malin pour en être

      7. @ réveil-coucou

        Rebondir, toujours rebondir, ça n’en finira donc qu’à l’épuisement de tous les terriens et de leur biosphère ?

        Ne pensez-vous pas qu’il est temps de s’arrêter et de réfléchir, avant de reprendre la marche bien entendu, mais vers d’autres horizons moins pavés?

      8.  » ce que j’admire chez les anglo-saxons, toujours prêts à rebondir, même la tête sur le billot  »

        Il est tellement plus facile de rebondir sur la sueur de l’autre que sur sa propre sueur alors toujours prêt à rebondir sur la tête d’un autre pays de plus ? Mais jusqu’où s’arrêtera la béate admiration de certains envers les anglo-saxons, ha oui j’allais oublié on est tellement mieux considéré dans les pays anglo-saxons surtout si en terme de notion de liberté et de travail vous pensez et fonctionnez davantage comme eux, dans la précipitaiton comme dans l’empressement de plus pour faire du chiffre mais quel monde formidable !

        Réveil, réveil mon Cher Monsieur il n’est pas non plus certain que le monde puisse toujours bien fonctionner de la sorte et sans autres acros de plus, peut-être bien encore un peu difficile à comprendre pour vous, mais c’est normal le conditionnement mental est si grand de nos jours.

      9. c’est de l’hypocrisie.

        ça n’a rien à voir avec le fait d’être malin. c’est un choix face à l’ineluctabilité de nos vies de mortels! le votre est présentement assez clair, et il est vaniteux. prévisible dit monsieur jorion, je comprends pourquoi.

        de vos oeillades anglo-saxones à votre admiration pour leur conceptions en prêt-à-penser, vous devriez songer à la naturalisation. la flotte, quand à elle, s’est sabordée à toulon, vos amis d’albion s’en souviennent très bien.

        vive la France. et sa civilisation.

      10. Le plus amusant sera lorsqu’il devra assumer les conséquences de sa crise : plus de sous.

        « ma cassette !!! »

    3. @Moi

      surtout qu’après avoir tué les bisons gratuits, ils pourront vendre la terre et y mettre du bétail privé.
      En route vers l’antiquité.

    4. Choucroute tenue, Moi.
      Ca me fait penser d’ailleurs que BA m’en doit une…

      J’en avais pas parié une autre…??? Soyez bons joueurs, les potes 😉

  12. On dit jamais deux sans trois !

    Cette crise des obligations d’Etat a été bien plus dangereuse que la crise financière de 2008. Si, comme vous le dites, Monsieur Jorion, l’hydre n’est pas mort, je gage que la prochaine crise, qu’importe par où elle surgira, sera encore plus terrible et signera peut être la mise à mort du système économique mondial.

    2008,
    2010,
    2012 ?

  13. Juste une question. Maintenant que l’Europe semble avoir érigé une ligne maginot*, les spéculations ne vont-elles pas s’orienter maintenant vers l’Angleterre, très endetté, et… les USA?

    *on se croit peut-être fauussement à l’abri.

  14. La Grosse Bertha, petit rappel historique.
    C’est ainsi que fut nommé par les Français le canon allemand à très longue portée conçu par les ingénieurs de la firme Krupp à Essen, faisant ainsi référence à madame Bertha Krupp Von Bohlen.
    Les Allemands l’appelait le « Pariser Kanonen » puisqu’il a permis de tirer des obus sur Paris à plus de 120 kilomètres de distance (un record à l’époque). Toujours pour les Allemands « Dicke Bertha » était le surnom d’une autre pièce d’artillerie, le canon court de 420, spécialement conçu pour détruire les fortifications.
    A chaque tir de la « Grosse Bertha », l’érosion était si forte dans le canon qu’il fallait augmenter le diamètre des obus (de 210 à 235 mm) puis changer le fût après 65 coups.
    Au total, 367 obus furent tiré sur Paris et sa banlieue au cours du printemps 1918, faisant 256 morts et 620 blessés. Repéré par l’aviation, la « Grosse Bertha » a fini par être endommagée par l’artillerie française.

  15. C’est devenu une marque de fabrique de l’interminable crise actuelle (celle qui est née dans les années 90 et qui a pris de l’ampleur en 2008). Puisque l’une des conséquences de cette crise c’est l’explosion de l’endettement privé et public (avec des ordres d’apparition différents selon les zones), la réponse que vient brillamment de trouver la technocratie européenne c’est… encore davantage d’endettement ! Il y a bien un sorte d’enfermement dans un schéma de pensée, enfermement qui n’indique qu’une seule direction: toujours plus en avant !, labourant de plus en plus profondément la même ornière. 750 milliards d’euros, cela fait tout de même un peu cher le « prix » du temps ainsi gagné. Mais gagné pour faire quoi ?

  16. croisons liens et pensées : http://queau.eu/?p=1074

    « (…) N’étant pas prophète, je ne peux prédire le sort de Ninive. Mais il est fort probable que les politiques ne soient en fait pas capables de l’emporter sur les marchés. La raison? Ils n’ont guère de crédibilité. Et dans « crédibilité » il faut lire « crédit », ce qui est essentiel en matière de spéculation. (…) »

  17. Le CAC monte encore, plus ou moins vite.
    Si j’étais trader ayant acheté un max ces dernières heures je commencerais à penser à vendre.

    1. Pour racheter dans la seconde qui suit et ainsi de suite.
      Mais attention au moment où tout le monde vendra et où personne ne voudra acheter !

    2. Oui, quand est-ce qu’ils vont arrêter de jouer avec leur petit joujou: achat-vente, achat-vente, achat-vente.. qui leur fait de l’effet comme une drogue ou une bonne masturbation, entre mecs… c’est bizarre…
      Z’ont des façons bizarres les hommes de la finances, entre eux, comme des ados mal finis… il paraît que même leurs femmes ne les voient jamais… Ah! elles portent des bijoux, mais c’est tout ce qu’elles reçoivent d’eux… ils sont vissés à leurs ordis… comme des ados pré-pubères.

      Voilà, c’est sorti, j’avais une belle envie de me moquer… et d’en rire de leurs tartufferie ridicule. « Même pas mal! »
      Mais, après 29, il y a eu 36 … et cette fois, il n’y aura pas 39…
      On l’empêchera, ou toute tentative qui pourrait y ressembler. Na!
      C’est peut-être les femmes qui vont sortir en furie les premières, comme en 89, « du pain! du pain! du pain! »
      Et là! ça va faire mal!

      Allez rions pendant qu’il est encore temps…

      Une pétroleuse

  18. En quoi l’apport de la garantie diminue ou améliore la solvabilité des pays en difficultés ?
    Sur le fond, nous augmentons nos engagements donc nous dégradons (au niveau national e tmême européen) notre solidité financiére. Le fonds du probléme ne change pas.
    Plus les appels au fonds seront importants plus l’angoisse spéculatrice reprendra et contaminera les autres pays (car cette fois on a un gros juke bonds européen dont tout le monde s’est porté garant).

    Reste plus qu’à le tester …

    Le marché ne va pas tarder à tester.

  19. Y-a-t-il une solution non-violente pour contraindre les politiques et les financiers à ne plus compter sur nous pour réparer leurs erreurs ?

    1. C’est comme pour les pompes à phynance que sont les grands magasins : on n’arrête leur activité que par une guerre.

    2. Et, de toute façon, vu que l’Europe, première puissance économique mondiale, vient de se mettre à genoux devant les banques, il faudra un 1789 mondial.

    3. Intéressant ce texte yvan. Cette forme de résistance est-elle réellement efficace? J’ai un doute. En tous cas, pour le moment, ils continuent à se goinfrer.

    1. Je lis beaucoup de classiques mais je n’en suis pas moins pour l’éclectisme. Aussi, ma première réaction aura été : pourquoi pas un peu de bande dessinée pour changer…

      Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle nous les brise!

      Gotlib

      Puis je me suis ravisé. Non après tout, chacun est libre de s’exprimer y compris si c’est pour ressasser une phrase péremptoire dépourvue de tout argument et volontairement provocatrice. J’ai donc préféré vous faire une citation, comment dire,… plus subtile.

      Oui tous les matins n’importe quel homme reconstruit le monde; tel est le réveil…

    2. Réveil, au cours de ces derniers mois, vous l’avez pas déjà dit quelques fois que la crise était finie?

  20. Je ne comprends pas tellement… un coup de baguette magique et la crise est finie ? Que ne l’ont-ils fait avant ? On était au bord de l’explosion à tous les niveaux, sociaux et économiques.

    Si la BCE rachette les dettes des Etats, n’est ce pas inflationniste ? Il m’étonnerais que les détenteurs de capitaux s’en réjouissent …

    Si c’était si facile de créer l’euphorie, pourquoi s’en être abstenu si longtemps ? bon, je jette l’éponge et je renonce à comprendre.

    1. @Lisztfr

      C’est normal, vous vivez dans le monde du réel tandis que nos élites vivent dans l’ère du semblant 2.0.

      Dans l’ère du semblant tout est un peu différent, un peu étrange. Surtout le mouvement. C’est… comment vous dire, légèrement ouaté. Le temps n’est pas le même. Le futur, par exemple, existe le moins possible. Tandis que vous vous cherchez à analyser, à comprendre, à prévoir, les « semblantistes 2.0 » cherchent à temporiser – ce qui constitue une activité à temps plein, notez bien. Vous avertissez, ils relativisent. Vous trépignez, ils croisent les doigts de la main droite pour que les ennuis s’éclipsent et ceux de la main gauche derrière leurs dos quand ils mentent sur les chiffres, les graphiques, les bilans : des détails après tout !.
      Bref, dans l’ère du semblant, on retarde au maximum d’avoir à prendre des décisions. L’euphorie, vous pensez, c’est très mauvais pour les articulations. C’est facile, en résumé, dans l’ère du semblant, tout ce qui bouge est mauvais. On attend donc que les ennuis s’éclipsent. Et puis un jour, pas de bol, ça coince : la pellicule au ralenti depuis des mois surchauffe à nouveau. Vent de panique. Sommet. Nuit. Tard. Il faut bien tenter quelque chose.

      Alors voilà on tente.

  21. Le plan d’aide décidé ce week end a t’il significativement diminué les taux grecs, portugais , espagnols…? Quelqu’un pourrait il mettre ça sur le blog pour préssentir la durée du répit chèrement obtenu?

    1. Alors…
      taux grec 2 ans (21h) : 7.53% (ouverture : 18.12% – Plus bas : 4.98%) – 10 ans : 7.77% (ouverture : 12.38% – Plus bas : 6.30%)
      taux portugais 2 ans : 2.95% (ouverture : 5.44% – Plus bas : 2.62%) – 10 ans : 4.65% (plus bas du jour – ouverture : 6.13%)
      taux espagnol 2 ans : 1.94% (ouverture : 2.88% – Plus bas : 1.78%) – 10 ans : 3.93% (ouverture : 4.53% – Plus bas : 3.91%)

      ça s’est un peu retendu, surtout pour la Grèce.

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