Six propositions pour réorienter l’Europe, par Jean-Luc Gréau

Billet invité

Quelque dix-huit mois après le séisme bancaire occidental de l’automne 2008, les dirigeants politiques européens restent sur l’Aventin. Alors que la déflation salariale est à l’origine première du surendettement privé et de la crise qui s’en est suivie, ils se refusent à émettre publiquement ce diagnostic. Alors que l’explosion de l’effet de levier, de la titrisation et des produits dérivés dans la dernière décennie a fragilisé et déstabilisé le système bancaire et financier dans son ensemble, ils n’osent pas poser le principe d’un retour à la responsabilité des prêteurs. Alors que les banques centrales, jouant le rôle de prêteurs en premier ressort, continuent d’alimenter les banques en liquidités gratuites, leur procurant une véritable rente de situation, ils campent sur les positions anciennes d’un financement non monétaire des dettes publiques. Pourtant, et tandis que le surendettement des ménages, voire des entreprises, n’est pas encore résorbé, nul ne sait comment les Etats occidentaux, y compris les plus puissants, pourront rembourser des dettes publiques rendues disproportionnées, après l’ouverture des vannes pour sauver les banques, par la gravité de l’affaissement économique. Tout se passe comme si la corporation bancaire occidentale, cause du sinistre, exerçait un magistère renforcé sur nos élites politiques.

L’Europe ne sortira de cette situation navrante que si, au lieu de se réfugier dans une incantation  aveugle sur le thème de la rigueur,  sans vouloir en voir les effets déflationnistes, elle a le courage d’entreprendre six réformes fondamentales de son mode de fonctionnement : la réforme des banques, le recentrage des missions des banques centrales, la fidélisation et responsabilisation des actionnaires des entreprises, la remise en ordre de la fiscalité, le rééquilibrage des relations commerciales de l’Europe avec l’Asie émergente et la stabilisation des grandes monnaies occidentales.

L’indispensable réforme des banques

Observons d’abord comment les politiques et les médias sont parvenus à réanimer le débat sur la réforme de l’Etat et la réforme des retraites, en jouant cyniquement de l’état d’accablement où la crise des banques en Occident nous a projetés, pour mieux enterrer toute interrogation majeure sur la réforme du système bancaire et financier dans son ensemble. Pourtant, l’étendue et la profondeur du séisme survenu à partir de l’été 2007 interdisent de penser que nous pourrions faire l’économie d’une réforme globale d’un appareil bancaire aujourd’hui totalement dévoyé. De surcroît, nous avons entièrement la possibilité de mettre en œuvre une telle réforme sans entrer en divergence grave avec les Etats-Unis.

La première des mesures  à prendre consiste à revenir sur le développement des salles de marché au sein des banques commerciales. Sous le prétexte de faire émerger un modèle de banque universelle, les banques commerciales ont pu superposer à leurs activités de dépôt et de crédit, déjà disparates par leur nature, une troisième activité de paris sur les actifs financiers représentés par les actions cotées, les titres d’emprunt hybrides (CDO), les monnaies, les matières premières, voire les primes d’assurance des crédits (CDS), ou encore les permis d’émettre du dioxyde de carbone. En bifurquant de leurs activités traditionnelles, elles ont gonflé leurs activités et leurs profits. C’est ainsi que la part des services financiers dans les profits des sociétés cotées aux Etats-Unis a pu doubler en l’espace de quinze années, évolution facilitée par la déréglementation dont la suppression en 1999 par Lawrence Summers de la loi Glass Steagall séparant les banques de dépôt et les banques d’affaires. Or, cette activité longtemps profitable s’est révélée être à double tranchant au moment de l’implosion de 2007, entraînant de nombreux établissements dans la faillite.

Le pouvoir normatif des Etats rassemblés dans l’Union Européenne ou au sein de la zone euro pourrait s’exercer dans deux autres directions : l’encadrement de la titrisation et le plafonnement des engagements des banques les unes par rapport aux autres.

La responsabilité des prêteurs peut être considérée comme un principe central d’une organisation économique saine. Elle implique une limitation de la faculté de titriser qui pourrait prendre deux formes : premièrement, l’obligation de conserver une proportion substantielle déterminée de chaque catégorie de prêts dans les comptes du prêteur ; deuxièmement, une réduction de quelques pour cent du montant du prêt transféré, de manière à en freiner le rythme. Ces mesures simples ne soulèvent pas de difficulté particulière d’application : la banque centrale européenne pratique déjà la deuxième mesure en réduisant de 12% la valeur des titres qu’elle reprend à son compte dans le cadre de sa politique monétaire. C’est affaire là de volonté politique.

Quant au plafonnement des engagements des banques les unes par rapport aux autres, sa nécessité découle d’un enseignement de la crise. Si tant d’acteurs ont pu être projetés vers la faillite, c’est en raison des mauvaises créances qu’ils détenaient sur d’autres.

Recentrer les missions des banques centrales.

Observons tout d’abord que la crise économique a rendu obsolète la controverse portant sur le point de savoir si la mission prioritaire des banques centrales consistait à assurer la stabilité interne de la monnaie, par une lutte préventive contre l’inflation, où si elle devait poursuivre des objectifs moins restrictifs, en prenant en considération l’activité et l’emploi. Il apparaît aujourd’hui qu’elles mènent, en fait, depuis près de trente ans, une politique délibérée de soutien de la valeur des actifs des marchés financiers et immobiliers et luttent contre l’inflation dans la mesure exacte où elles entendent soutenir les prix de ces actifs. S’agissant de la BCE, un enseignement particulier est à retenir. Elle s’est montrée doublement incapable de stimuler l’activité dans les pays asthéniques, comme l’Allemagne, la France ou l’Italie, et de contrarier la formation de bulles immobilières en Irlande et en Espagne. Le procès que nous faisons ici est moins celui de ses responsables que celui du système de crédit et des méthodes de la banque.

Nous proposons donc deux modifications majeures de l’organisation, de l’orientation et de l’action de la BCE et de son rôle dans la politique monétaire.

La question de l’indépendance des banques centrales vis-à-vis des gouvernements reste posée. SI  elle n’a pas fait obstacle à une prise de risque disproportionnée par les grands acteurs des marchés du crédit aux Etats-Unis, au Royaume-Uni et dans la zone euro, elle a interdit à ces banques de venir prêter au plus bas coût au secteur public, même pour des actions dont la nécessité est reconnue,  ceci aboutissant au fait déconcertant et immoral que l’argent gratuit octroyé généreusement à leurs guichets permet ensuite aux banques privées de s’octroyer ipso facto une rente de situation quand, avec cet argent, elles achètent ou rachètent des titres publics ! Nous proposons donc un retour de la banque centrale européenne sous le contrôle effectif du Conseil des ministres compétents et la faculté pour les Etats d’accéder à un crédit peu cher auprès de ses guichets, dans certaines limites fixées au préalable.

La politique monétaire ferait l’objet du deuxième changement. Dès l’origine du projet de monnaie unique, il a été affirmé que la nouvelle banque centrale pratiquerait une politique uniforme dans un esprit de neutralité. Or, non seulement les économies ont divergé au lieu de converger, mais la politique monétaire unifiée a, semble-t-il, favorisé cette divergence. La question se pose : était-il possible de contrarier ces orientations dangereuses en bridant la politique de crédit des banques concernées ? Oui, à condition d’utiliser un instrument aujourd’hui inutilisé alors qu’il est activé normalement dans différents pays, à commencer par la Chine : il s’agit du coefficient de réserves obligatoires que les  banques commerciales doivent conserver auprès de la banque centrale, grâce auquel on peut  ralentir ou accélérer le rythme du crédit accordé, soit en jouant sur les quantités et le prix du refinancement auprès de la banque centrale, soit en accroissant ou en diminuant le montant des réserves obligatoires non rémunérées.

Fidéliser et responsabiliser les actionnaires des entreprises

Faut-il rappeler que les entreprises ont besoin, pour accomplir correctement leur métier, de disposer d’actionnaires dignes de ce nom capables de soutenir durablement leurs efforts dans un contexte de concurrence aigue ?

S’agissant des sociétés cotées, force est de constater que l’expérience de la «shareholder value » s’est soldée par une accentuation des délocalisations, un pressurage de leurs fournisseurs en amont et une pression interne sur le personnel dont on connaît de mieux en mieux les effets nuisibles. Conjuguée avec la pratique des OPA hostiles, elle a mis les managers de ces sociétés sous une menace de désaveu permanent, même lorsque les résultats plaidaient en leur faveur. Depuis les années quatre-vingt-dix, ils sont devenus des employés d’un capital qui n’a pas de nom, pas de devoir, mais possède un droit indéfini de réclamer sa rentabilisation quel qu’en soit le prix économique ou social. L’octroi des stock-options n’a fait que renforcer cette dérive.

Pour sortir les entreprises, leurs partenaires extérieurs et leurs personnels, de cette situation stressante et périlleuse à la fois, nous proposons un ensemble de dispositions marquées par un double souci de cohérence et d’efficacité.

Il s’agit de différencier les actionnaires. Les actionnaires d’un premier type, souvent organisés dans un noyau familial, parfois représentés par des investisseurs réellement engagés dans la marche des affaires, dont la figure emblématique reste Warren Buffet, sont attachés à l’entreprise, à sa pérennité, à son succès, à son renom. Ils entendent servir l’entreprise et non s’en servir. Les autres, incarnés par les innombrables actionnaires des marchés boursiers, fonds de placement ou simples boursicoteurs, mais aussi par les fonds dits de « private equity » cherchant des rendements élevés dans des entreprises non cotées qu’ils pressurent, restent profondément indifférents au devenir durable des entreprises et de tous ceux avec qui ils travaillent ou qu’ils font travailler. Cette distinction de fait n’a toujours pas reçu de sanction juridique sous la forme d’une différence de traitement par le Code du commerce. Notre législation commerciale reste amarrée à la société de capitaux de l’avant-dernier siècle, telle qu’elle apparaissait sous les yeux des économistes classiques et de Karl Marx. Cela, qui peut sembler étrange, est surtout dommageable. Nous sommes convaincus que les pays qui rompront avec cette conception archaïque pour inaugurer un nouveau régime de l’entreprise, reconnue comme une personne morale de plein droit ou une institution économique, soudée à un actionnariat responsable, se doteront d’un véritable avantage comparatif dans l’arène internationale.

Notre proposition revient donc à distinguer nettement les actionnaires « capitalistes » détenteurs durables d’une fraction déterminante du capital de l’entreprise des actionnaires « rentiers » qui entendent rester libres de se dessaisir de leurs titres à tout moment. Cette distinction pourrait entrer dans le droit par le biais de plusieurs novations essentielles.

Première novation : organiser l’amarrage de véritables actionnaires à l’entreprise, sous deux formes possibles : soit les droits de vote seraient réservés  aux actionnaires engagés dans le cadre d’un pacte avec l’entreprise, d’une durée déterminée de cinq ans ou plus et devant inclure des clauses de rendez-vous périodiques ou de sortie du capital sous certaines conditions ; soit, dans une version plus modérée comme c’est le cas aux Pays Bas, il serait prévu que la représentation dans les conseils de gestion soit réservée aux personnes désignées par les actionnaires engagés contractuellement avec l’entreprise.  Ce qui apparaît déjà spontanément dans les grandes entreprises à capital familial comme Peugeot, Michelin, Ford ou BMW, serait ainsi étendu à la majeure partie des sociétés. Cet amarrage juridique pourrait être assorti d’une mesure fiscale de discrimination positive entre les bénéfices distribués en dividendes ou par rachats d’actions,  taxés à un taux majoré, et les  bénéfices réinvestis, taxés à taux normal.

Deuxième novation : rendre obligatoire, pour toutes les entreprises d’une certaine dimension, en termes d’effectifs ou de montant de leur valeur ajoutée, quelles soient cotées ou non cotées, l’adoption du dispositif dualiste à directoire et conseil de surveillance, afin de réaliser  une séparation et une clarification des rôles du management et du capital, permettant d’éviter le mélange des genres dans les conseils d’administration. Selon cette formule, le conseil de surveillance désigne les dirigeants, il examine et approuve leur stratégie, il demande tous les comptes nécessaires, il peut démettre et remplacer les dirigeants en tant que de besoin, alors que  le directoire, noyau de l’équipe managériale, reste maître de la gestion.

Ces deux novations pourraient être complétées par trois dispositions : donner au conseil de surveillance le pouvoir de désigner et rémunérer les commissaires aux comptes, sans interférence du directoire ; s’agissant de l’intervention de fonds de « private equity », poser l’exigence que le capital de l’entreprise est acheté pour sa plus grande part par du « capital », c’est-à-dire avec les ressources propres des investisseurs qui achètent l’entreprise, en limitant le recours à l’effet de levier du crédit ; s’agissant des OPA hostiles, suivre la recommandation de Michel Rocard d’interdire toutes celles qui viseraient des entreprises dont le siège social est situé sur le territoire de l’Union.

Remettre en ordre la fiscalité.

Les difficultés que l’Europe rencontre aujourd’hui dans son ensemble montrent qu’en laissant jouer le jeu du moins-disant social et du moins-disant fiscal, les autorités européennes ont, non seulement fait preuve d’une coupable négligence, mais aussi se sont trompées de stratégie. En effet, cette pratique, sous couvert de permettre à ses membres d’améliorer leur compétitivité, a faussé gravement la concurrence et, incitant toutes les parties à diminuer leurs prélèvements, a privé les pays concernés des recettes nécessaires pour assurer les missions régaliennes et sociales de leurs Etats. Il s’agit donc, davantage encore que d’harmoniser les fiscalités et parafiscalités, de les rapprocher pour les établir à des niveaux convenables permettant d’accomplir ces missions. Il s’agit, principalement, de l’impôt sur les bénéfices des sociétés qui est devenu l’instrument par excellence de la concurrence fiscale, quoique non le seul. Et pourtant, les bas taux appliqués en Irlande et en Hongrie, qui ont facilité les localisations industrielles dans ces pays, n’ont pas empêché la crise qui les a atteints de plein fouet. Le moment est donc venu d’harmoniser, par étapes, à un niveau approprié, les taux d’imposition des bénéfices, après avoir réalisé l’effort préalable d’unification de l’assiette. Prenant cette orientation simple et décisive, l’Union ferait enfin le choix de la solidarité en lieu et place d’une concurrence malsaine dans un domaine où elle n’a pas lieu d’être.

Cette remise en ordre de la fiscalité ne devrait pas épargner le serpent de mer de la lutte contre les paradis fiscaux. Là encore, plus que de l’impôt sur le revenu qui est commodément le plus souvent sur la sellette, il s’agit de l’impôt sur les bénéfices des sociétés. Contrairement aux petites et moyennes entreprises qui n’en ont pas la possibilité, force est de constater que les grandes entreprises multinationales ont acquis le savoir faire leur permettant par la délocalisation de leurs sièges sociaux et la multiplication des sociétés-relais plus ou moins fictives d’y faire échapper la plus grande partie de leurs bénéfices au point de ne plus restituer aux Etats qu’une fraction ridicule de ceux-ci.

Rééquilibrer les relations commerciales avec l’Asie émergente….

Le déséquilibre des relations économiques internationales est tel que l’Europe ne pourra se sortir de l’impasse actuelle que par des aménagements d’une autre nature. Le premier de ces aménagements a trait à ses relations commerciales avec la nouvelle puissance montante dans le monde que constitue l’Asie émergente. En effet,  force est de constater que le choix délibéré et irréfléchi des élites politiques, économiques et financières de se rallier à une ouverture inconditionnelle des frontières économiques de l’Europe, sans tenir compte des inégalités de situation de concurrence avec certaines zones du monde, a entraîné des conséquences dont on peut mesurer la gravité aujourd’hui. Le libre échange avec les pays à bas salaires de l’Asie émergente imposant leur « dumping social » a profondément déséquilibré nos systèmes socio-économiques en pesant sur les salaires et en contractant le volume de l’emploi. En outre, inégalement placés pour soutenir la terrible concurrence de cette zone, à la fois efficace et moins chère, les pays de la zone euro ont divergé, ce qui met en question l’avenir de la monnaie unique.

Il ne s’agit pas, ici, de préconiser le protectionnisme, mais de mettre en œuvre une politique classique de protection commerciale aux frontières de l’Europe. Pour cela, il suffirait d’utiliser les armes éprouvées des droits de douane et des contingents, en évitant de frapper de façon indiscriminée les pays concurrents et les marchandises dont nous pourrions avoir besoin pour la simple raison que nous ne les faisons pas ou que nous ne savons pas les faire. Bien entendu, cette utilisation ne saurait concerner deux catégories de pays, d’une part, ceux qui connaissent des conditions de production comparables aux nôtres, d’autre part,  ceux qui, encore très pauvres,  doivent pouvoir accéder à nos marchés pour leur survie économique, à savoir : d’un côté, l’Amérique du Nord ou des pays comme la Norvège ou la Suisse, peut-être les pays anciennement industrialisés d’Asie, tels que le Japon ou la Corée, mais à condition qu’ils ouvrent leurs marchés à nos produits ou à nos investissements directs plus franchement qu’ils ne l’ont fait jusqu’ici ; de l’autre, les Pays les Moins Avancés, et un certain nombre de pays pauvres désireux d’échanger loyalement avec nous, tout spécialement en évitant de recourir au piratage et en améliorant graduellement leurs pratiques sociales et environnementales.  Une règle simple pourrait consister à frapper de droits importants tout bien ou service dont la production est exécutée avec un coût unitaire du travail inférieur d’un pourcentage déterminé. Ce faisant, nous échapperions à l’accusation de discrimination et nous pourrions, le cas échéant, renoncer à la protection douanière vis-à-vis de tous les pays qui s’engagent résolument dans la voie du progrès social par une revalorisation du travail et une protection sociale digne de ce nom. De  ce point de vue, on peut plaider que la protection commerciale européenne est une arme procurée aux travailleurs des pays à bas coût pour réclamer une amélioration substantielle de leur condition sociale, au moins dans tous les secteurs travaillant pour l’exportation. Bien entendu, protection commerciale, au sens moderne où nous l’entendons, signifie, paradoxe qui n’en est pas un, ouverture maintenue des marchés, ne serait-ce qu’en raison de l’application du principe de liberté des investissements directs productifs.

…..et stabiliser les relations entre les grandes monnaies occidentales

Le recours à un régime de protection commerciale de l’Europe ne suffira pas à résoudre l’ensemble des questions posées par les échanges  européens. Nous subissons l’effet nuisible de l’instabilité chronique des grandes monnaies occidentales. Les devises concernées suivent des mouvements pendulaires de grande ampleur qui les placent des années durant dans des situations anormales de sous-évaluation ou de surévaluation réciproques. L’effet nuisible engendré par le mauvais ajustement des parités est  aggravé par l’instabilité qui rend problématiques les calculs économiques des exportateurs comme des importateurs. Face à ce désordre installé des monnaies, les grandes entreprises ont recours à des solutions palliatives telles que la coûteuse couverture de change, mais aussi la délocalisation partielle dans la zone où se situent leurs marchés principaux, comme la zone dollar pour l’aéronautique ou les semi-conducteurs par exemple.

Une démarche pragmatique, dans un premier temps pourrait consister à faire couvrir l’ensemble du « marché unique » par un Système Monétaire Européen, incluant l’euro ainsi que les monnaies des pays non membres de l’euro. Le nouveau contexte, ainsi créé, rendrait le dialogue économique entre Européens plus transparent et plus franc, dans toute la mesure où les pays non membres ne pourraient tabler sur des dévaluations pour renforcer leur compétitivité au détriment des autres.

Par ailleurs, la question de la parité entre l’euro et le dollar peut être, aujourd’hui, portée sans crainte dans le débat public et le dialogue entre l’administration américaine et les pays européens concernés. Elle s’avère d’autant plus légitime que l’administration Obama, soutenue par le Congrès et l’ensemble des médias représentatifs, a posé une question analogue pour la parité de la monnaie américaine et de la monnaie chinoise. » Si le gouvernement américain acceptait d’entrer sur ce terrain, en rompant avec la négligence affichée durant près de quatre décennies, nous pourrions ouvrir une nouvelle ère des relations  entre les deux Continents, l’amarrage monétaire renforçant ipso facto la solidarité économique. Europe et Etats-Unis pourraient se retrouver ensemble pour relever le défi crucial lancé par l’Asie émergente.

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Ce texte a été établi sur la base d’un travail dirigé par Jean-Luc Gréau dans le cadre d’une commission du Cercle Condorcet de Paris. Le lecteur pourra trouver l’intégralité de ce travail dans le texte original de Jean-Luc Gréau, « Comment reconfigurer l’économie et la finance en Europe », en utilisant le lien : « http://www.cercle-condorcet-de-paris.org/spip.php?article206« . 

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135 réflexions sur « Six propositions pour réorienter l’Europe, par Jean-Luc Gréau »

  1. « L’Europe ne sortira de cette situation navrante que si […] elle a le courage d’entreprendre six réformes fondamentales de son mode de fonctionnement »

    Le problème, hélas, n’est plus de savoir quelles « réformes fondamentales » l’Europe doit mettre en place (là-dessus, tout le monde ici, je crois, est à peu près d’accord).

    Mais COMMENT CONTRAINDRE la Commission européenne de mettre de telles mesures en œuvre. Sachant que ladite Commission, barricadée derrière des traités ficelés sur-mesure, est beaucoup plus sensible aux sirènes des lobbies néolibéraux qu’aux exigences des citoyens.

    1. Oh ! Yéti ! Comment peux-tu mettre une note aussi pessimiste ? La réalité se chargera peut-être d’exercer les contraintes nécessaires.

      Au fait, il me semble que tu as fait disparaître le dernier billet de ton blog, il était pourtant aussi bon que les autres.

  2. Bonjour,

    Je me retrouve dans toutes vos propositions.

    La question que je me pose est la suivante : comment les rendre audibles par les dirigeants politiques ?

    Une messe ? Peut-être ? Pour libérer les politiques emprisonnés dans leur croyance en l’homo economicus.

  3. Remarquable travail qui ira vraissemblablement dans les oubliettes de l’histoire.
    Pensez-vous que la finance internationale et ses valets accepteront une seule de ces propositions?
    Ne révons pas, comme dans les années 30 nous irons jusqu’au bout de ce système.

    1. Je ne pense pas, l’humanité n’a pas les moyens de se payer d’une guerre, elle sait qu’elle n’y survivrait pas,
      il faudra donc bien qu’elle s’engage de réfléchir, elle n’en n’a pas le choix,
      en sorte que ses règlements de compte, ses règlements de dettes, de toutes ces histoires de frics, qui depuis des lustres, cycliquement, la mette en crise, et la remette en crise,
      il faille nécessairement qu’ il en soit légiférer d’ autrement
      (« quand on n’a pas d’ontologie, il faut une déontologie »)

  4. Ces propositions, comme bien d’autres, ne seront pas acceptées par ceux qui défendent la compétitivité des capitaux européens face au reste du monde.

    C’est tout l’intérêt des réformes agitées sans cesse depuis deux ans: démontrer que la réforme du capitalisme est devenue impossible.

    Pour mettre au pas la finance désormais mortifère, il faut, là aussi, boucher la source de la marée noire qui contamine consciences, partis et institutions: le profit issu d’un ordre économique insoutenable, le capitalisme.

    Quand à la dette, il suffit d’en répudier la part odieuse, versée aux richissimes qui ne travaillent pas ni plus et ont gagné toujours plus. Voir à ce propos l’article du Monde qui rappelle la restructuration argentine et la bonne leçon russe. Non pas celle des emprunts dénoncés en 1917, mais celle de 1996, avec la réduction à 10% des obligations russes à court terme …
    La-tornade-securitaire-mondiale
    Sa conclusion:
    « Certes, mais ces déficits publics qui affolent tant les marchés sont en grande partie dus à la transformation en dette publique d’une dette privée devenue insupportable aux établissements financiers. Est-il si absurde de leur demander de participer à la résorption des déficits, quitte à abandonner une partie de leurs créances ? »

    1. Combien
      de toutes les économies de bouts de chandelles, arrachées des lobies à grand coups de dollars ce que de pour ma part j’appellerais corruption,
      dont s’est nourri le fait de cette catastrophique marée noire de BP,
      de Britaniques,
      du fait des fonds de pension dont ils ont investis
      de cette si grande, si belle, si merveilleuse, si miraculeuse retraite par capitalisation,
      vont-ils se retrouver dépouillés de tout espoir de retraite,
      et encore,
      combien à nouveau de Britaniques de manifester pour le dire,
      et de ceux-là, combien encore, de se voir aussi simplement dépouillés de leur retraite
      en sorte qu’ il soit en parler dans nos médias, pas seulement d’Angleterre, mais d’Allemagne, d’Autriche, de France, d’Espagne, d’Italie, de tout pays d’Europe, et peut-être même au-delà
      s’oseront une nouvelle fois de manifester tout nus

  5. Oh que c’est du lourd et du solide, un vrai roc.
    Il me faudra la matinée pour digérer ça et comprendre quelque peu.
    J’ai laissé le bouquin de Jean-Luc Gréau « La trahison des économistes », un must, annoté au chapitre 4 « La France est elle ruinée ? » et aussi au dernier chapitre, le 7 « En finir avec l’expérience néo-libérale » où que j’avais résumé « benchmarking, modèle anglo-américain 000, autre chose : le modèle suédois
    On était fin 2008, décapant.
    En introduction Monsieur Gréau nous offre dans ce bouquin une citation de Jonathan Littell :
    « Les seules choses indispensables à la vie humaine sont l’air, le boire, le manger et l’excrétion, et la recherche de la vérité » C’est pas beau ça, essentiel, lumineux et simple aussi.

    Youpi, je boucle ainsi avec mon dernier post où j’évoquais le modèle scandinave pour contredire un journaliste quelque peu orateur du Figaro.

    1. Papimam @
      « et la recherche de la vérité  »

      Absolument pas d’accord. Rien n’est plus faux que la vérité des uns et rien n’est plus vrai que le mensonge des autres. Bien fou celui qui clame avoir trouvé la vérité.
      La recherche de la relativité est bien plus enrichissante.

    2. @albin
      C’est pour ça que c’était un ajout.
      Je vais travailler le sujet et relire la vulgarisation d’un de mes mentors : Hubert Reeves

    3. J’aimais bien,
      d’accord je ne connais pas le modèle scandinave, …
      et de nos besoins, évidemment il en manque, comme celui de pouvoir un tant soit dormir, de ne pas trop se geler…
      mais l’esprit était très humain, sympa …

    4. Le modèle suédois ?

      Les inégalités de revenus en Europe

      La Suède est le membre de l’Union Européenne le moins inégalitaire, accompagné de la Slovénie, avec un coefficient de Gini* de 0,23. Globalement, le groupe des pays les plus proches de l’égalité est constitué des pays du Nord de l’Europe, d’anciens pays de l’Est, de la Belgique, de l’Autriche et de la France.

      Remarquez aussi que les pays les plus inégalitaires sont maintenant sommés de faire des «sacrifices» afin d’apaiser la colère du dieu «marchés» : Portugal, Grèce…

  6. Je voudrais revenir sur plusieurs points de votre excellent « billet ».
    D’abord, une expérience presque personnelle: le démantèlement de Rhône-Poulenc par monsieur Fourtoux. J’étais alors chercheur dans un laboratoire CNRS hébergé par RP Agrochimie. A ma question: « Que voulez-vous faire de RP, Monsieur Fourtoux ? » : Je dois satisfaire les actionnaires…
    Ainsi le groupe RP, pourtant un fleuron de l’industrie française a presque disparu : dans le domaine de la chimie, RP était le leader mondial des terres rares, maintenant cette activité est entre les mains des chinois. L’agrochimie, à l’époque leader et concurrent direct de Monsanto, appartient aujourd’hui à Bayer, Aventis est la propriété de fonds américains et le reste de l’activité « chimie », Rhodia, est devenu un pâle sous-traitant sans programme de recherche. Tout cela pour satisfaire les actionnaires.
    Cet exemple est très significatif. En effet, si à l’époque, RP avait inclus dans sa capitalisation la force productive, c’est-à-dire les employés, tous les employés, les ouvriers des ateliers de production comme les chercheurs de haut niveau, il aurait été impossible de démanteler cette entité industrielle. Pour que la spéculation sur les titres des entreprises (cotées ou non) cesse, il faudrait réformer la structure de leur capitalisation et inclure la force de travail, les employés, qui sont en définitive la source de richesse primaire et primordiale, non pas en les considérant comme de simples équipements, mais en incluant dans le calcul de leur intervention en tant que « capital » leur potentiel producteur de richesse. Une entreprise, quelle qu’elle soit, ne peut créer de richesse sans employés, manoeuvres, ouvriers qualifiés, techniciens, ingénieurs, développeurs et scientifiques internes, sans oublier les commerciaux avec qui il est impossible à une entreprise de vendre, donc de survivre. Tout cet « équipement » a un prix au même titre que n’importe quelle machine présente dans les ateliers de production ou de transformation.
    Une telle nouvelle approche de l’introduction dans le capital des entreprises de la réelle force vive du travail, le capital humain, permettrait de modifier les rapports sociaux, de responsabiliser les employés, les syndicats et les dirigeants et, à un degré ultime, les actionnaires qui ne pourraient plus se permettre de jouer avec une réalité humaine. Cette idée utopique est à méditer.

    1. Idée utopique que de considérer un capital humain ?

      Un capital humain formé, avec du savoir-faire…

      Pour continuez sur la lancée philosophique, voyez la notion de « trans-individuation »
      ou « d’individuation psychologique et collective » (oui oui c’est un peu indigeste dit comme ça, help)

      C’est chez Stiegler (cité par « Plouf! » à l’occasion)/ ou Simondon etc.

    2. Je ne connait pas bien RP mais l’histoire de Pechiney/Alcan/RioTinto me semble assez proche (un démantèlement industriel total et une perte de leadership mondial).

    3. L’idée de « capital humain » n’est a priori pas mauvaise, vous venez d’en faire une belle démonstration, mais ces deux mots ne vont pas ensemble, car le capital se mesure en unités monétaires.

      De manière générale, le capitalisme prospère sur la destruction du « capital humain » : il le remplace par des machines et des usines. La production de la qualité, qui dépendait historiquement des qualités des personnes, est désormais dévolue à l’organisation du travail, une organisation où les individus sont calibrés et interchangeables, comme des pièces de mécanique. Ce que vous appelez « capital humain » relève désormais du consommable, genre toner pour photocopieuses.

    4. Excellent, pratico-pratique, absolument pas utopique sauf pour certains possédants dont l’objectif est de tirer le maximum de jus des fruits de nos innovations et de notre labeur.
      Hélas les manières de RP sans être une généralité ne sont pas une exception.
      Je me souviens d’une époque où les prix des matériels et fournitures du leader de l’info étaient 2 à 3 X ceux de l’outsider et pour une qualité parfois moindre. On n’était pas encore à l’ère des PC où le leader a failli être pris de vitesse d’innovation, il restait sans doute encore du jus dans le fruit.
      Dans l’industrie pharmaceutique doivent exister les mêmes travers, entre marques et génériques par exemple, au grand dam de la sécu et des pauvres de cette planète.
      Un meilleur équilibre s’impose pour le moins et en tous cas plus de solidarité.

      A encadrer.

    5. Henry38 @
      Votre analyse du pdg de ce groupe RP vaut également pour Thomson et autres grands groupes. Les patrons salariés, élite proclamée de la nation, vendent par appartement pour payer les domestiques et autres charges….
      Ces patrons ne sont pas visionnaires, n’ont pas de programme, n’ont aucun sens des affaires, aucune intuition…..
      Ce sont les nobles d’une classe décadente.

    6. L’idée est peut-être utopique, mais elle me semble investir dans le bon sens …
      une critique, s’il s’agit de responsabiliser, (dans le sens de responsabiliser les patients, responsabiliser les parents …)
      il me dirait surtout qu’il faille d’abord et même d’urgence responsabiliser la finance ou le capital
      (de quel verbe employer pour dire, de cette intrusion nécessaire des travailleurs, et même des citoyens en sorte de réussir qu’il soit enfin de leur pouvoir d’expression, celui de responsabilser la finance … )

      sinon, Rhône Poulenc, 38, le département de l’Isère, Grenoble …?

  7. Ce que l’auteur de cet article demande suppose un état fort et autonome, alors que les gouvernements européens ont cédé une large partie de leur pouvoir aux marchés financiers qui sont devenus plus puissants que les états nationaux. On peut même parler, dans ce contexte, d’une gouvernance mondiale. Le gouvernement francais ne peut qu’assurer la sécurité militaire et économique (matières primaires) du pays, le représenter à l’étranger et l’administer. Mais la vraie politique est faite ailleurs. Les autres pays européens sont dans le même cas. Leur marge de manouevre est trés réduite. Et faire cavalier seul entrainerait, selon les mesures prises, des répercussions et réactions sur l’échelle mondiale. Mais je pense que la mondialisation a atteint ses limites, il y a risque de que les nationalismes se reveillent; on va probablement vers des temps plus « plats » en terme de mondialisation économique.

    1. C’est de fait qu’il est très difficile, de suivre, ce que les peuples européens manifestent, pourtant ça manifeste, en Grèce, en Italie, en Roumanie, en France , en Espagne et j’en passe ….
      (il est bien évident que les lobbies, massmédias et tout ça, ne vont sûrement pas nous arranger de cela ……

    1. En attendant le retour du refroidissement protectionniste rêvé par certains, et auquel on échappera pas pour le plus grand bonheur des seigneurs locaux, l’Allemagne et la GB se lancent à corps perdus dans la guerre à l’immigration…

      Cameron, avec un Clegg qui commence à bouffer son chapeau, vient d’annoncer qu’il allait limiter le nombre des entrées autorisées d’immigrés pour passer de quelques centaines de milliers à quelques dizaines de milliers en solde positif. Certains à la CDU en Allemagne ( avec la CSU bavaroise.. ) préconisent de faire passer des tests de QI aux candidats à l’immigration, eu sus des tests linguistiques et d’éducation civique déjà obligatoires…

      Bon vous me direz, c’est bon pour la France. On aura bientôt un joli jardin public à la place de la « jungle » de Calais et des turcs au QI de 150 qui auront pris la place des abrutis de la CDU teutonne!

      Mais tout ça sent très mauvais…

    2. et de cela, alors là, les lobbies, les massmédias et tout ça … pas de problème pour eux de communication, mise en information, réseau …car qu’est-ce que ça nous en bavasse sur les ondes

  8. La crise a commencé quand des théories bancales
    ont permis de pulvériser les barrières morales
    et matérielles de bon sens.
    il y a un lien direct entre la crise et la corruption.
    Or vos propositions évitent la question morale.

    Je n’ai pas l’outillage nécessaire pour argumenter et
    je manque d’informations précises pour le prouver.
    Il me semble cependant évident que l’oligarchie au pouvoir
    ( gouvernement, assemblées etc..) et l’ oligarchie
    financière ne cherchent même plus à « habiller »
    leur refus absolu de toutes réformes en vue du bien
    public. Ce « systéme » ne mérite plus d’être amélioré.
    Il devient dangereux pour le plus grand nombre,
    pour l’environnement, et pour pérennité d’une Terre
    aux ressources finies.

    Qu’ il s’écroule est peut-être un moindre mal. Du fait d’une
    paupérisation rampante, les perdants à une crise ouverte
    deviennent de moins en moins nombreux.
    Il vaudrait mieux penser à l’étape suivante: par
    quoi remplacer ce « sytème » et comment désarmer ses
    irréductibles tenants.

    A part un déchainement de violence, improbable
    mais non impossible, le déroulement pourrait
    s’ apparenter à une lente euthanasie des gens de finance
    et à un mouvement vers une simplicité acceptée.

    Il vaudrait mieux, en paralléle, chercher comment
    éviter la violence et faire en sorte que l’écroulement
    fasse le moins de victimes.
    Ou que la douleur et la peine ne retombent pas
    sur les éternels perdants.

    1. Je ne vois pas trop ….
      si tout s’écroule, et l’entretien des centrales nucléaires, et la marée noire de BP , et tout ça …
      Essayer de peser pour tenter d’évoluer un peu ce monde, tâcher, tous et chacun, de « travailler » d’essayer de le changer….
      je le sentirais mieux ….
      (donc si d’entre les deux, ni trop tôt, mais pas non plus trop tard…
      ce serait parfait, c’est l’option dont je vote pour …

    2. Bien sûr, vous avez raison;
      il faut vouloir le raisonable et le prêcher
      sans cesse.
      L’ « écroulement » que je crois bon de tenter
      n’est pas un abandon total, et surtout pas
      des moyens de subsistance du plus grand nombre,
      ou des cathédrales technologiques. Les services
      garant de la sécurité sont indispensables.

      Je pense qu’il serait bon d’explorer un autre « système »;
      celui s’inspirant du CNR par exemple me semble possible.
      Il avait des défauts mais ils restaient à la hauteur d’une Société
      dynamique et collectivement créatrice.
      Tout « système » ouvert, prenant en compte les nécessités
      sociales me semblent désirables.

      Et il serait bon de penser à la transition entre
      l ‘actuel, définitivement non-réformable,
      et le suivant.

  9. Germanicus: « les gouvernements européens ont cédé une large partie de leur pouvoir aux marchés financiers qui sont devenus plus puissants que les états nationaux ».
    Comme exprimé plus haut, d’accord, en précisant
    – ce n’est pas nouveau, mais
    – effectivement la marge de manoeuvre des gouvernants , dans la compétition exacerbée voulue par les secteurs dominants du capital, se rétrécit au rythme de la crise.

    S’en prendre à Sarko aujourd’hui, DSK ou autre relève « socialiste » demain, c’est rater la racine du problème: l’accumulation privée du capital est devenue incompatible avec la satisfaction des besoins et la protection de la planète. Mais pour que la majorité comprenne l’impasse, il faut encore quelques années , et toucher le fond , pour que l’impasse de la réforme du capitalisme, et la nécessité d’une révolution de civilisation s’impose , et oblige le nombre a agir par la force.

    1. l’affaire Béttencourt en cours qui sape le moral de notre ministre de la réforme de la retraite est intéressante en cela,
      car elle est édifiante, André Béttancourt, ministre de Pétain,…
      et de ce même ministre qui de la simple terreur de la gauche au pouvoir, s’ouvre un compte en Suisse pour échapper …
      qui sait ….

  10. Ou l’on voit clairement, d’après la tonalité des réponses, qu’il est maintenant intégré que la boite à idées ne sert à rien. Les pensées de messieurs Lordon, Jorion, Généreux, Gréau etc ne servent plus qu’a faire prendre conscience des réalités a Mr tout le monde, les autres étant au courant de l’état des choses et des solutions qu’il conviendrait d’apporter.

    Or Mr Toulemond ne vient pas ici, ni ailleurs ou on cause.

    Pour ceux qui savaient déjà ce qui est développé plus haut, je rappelle que seul le combat frontal, partout ou il est possible est salutaire, avec le gros bâton dont parle Mr Mélenchon.

    Il n’y a que ca qu’ils comprendront.

    1. Oui, nous débarrasser des banquiers pour avoir la paix pendant au moins un siècle, pour persiffler les Goncourts … ! Je suis désolé mais c’est la phrase qui me hante, depuis hier.

    2. La boite à idée, autrement dit les propositions de réforme sont excellentes, car la majorité des français, comme des européens, croient encore que l’on peut éviter le désastre économique et écologique en réformant le capitalisme.
      C’est donc sur ces revendications de réforme qu’ils peuvent se mobiliser massivement et faire l’expérience qu’il faut affronter le capital et mettre un terme à son accumulation.

    3. Je ne vois pas de problème avec Mélanchon, lui aussi il cherche ..
      s’il propose de dire, stop, non,…
      on arrête de jouer le grand jeu , on se pose la pause …
      si ce n’est pas pour obliger de donner du temps au temps et celui des hommes de réfléchir …

  11. Désolé pour le message précédent envoyé incomplet malencontreusement.
    Je continue donc :
    Le capitalisme est irréformable. Les décideurs politiques en sont de simples valets.

    C’est comme cela , point barre …
    Il n’y a rien à négocier, point barre …
    Nous avons tout essayé …

    Ce n’est que lorsque nous serons dans le mur que peut-être certaines mesures de bon sens seront tentées mais, la force d’inertie du système est telle que je crains que la déflagration soit innévitable.

    De plus, comment réformer un système alors que, jusqu’à maintenant, la majorité de nos concitoyens s’en accommode ?

  12. Et pendant ce temps, les patrons de CAC 40 se gavent de pognon.
    La question principale que pose cette crise est: y aura-t’il assez d’arbres sur la planète pour imprimer tous les billets ?
    Allez, vive l’UE et la reine de Suède.

    1. En écho à Salva, une citation gravée dans ma mémoire:
      « Un jour, l’homme blanc s’apercevra qu’on ne mange pas des billets mais entretemps il aura ruiné nore terre »
      Chef sioux Sitting Bull, au début du siècle dernier

    2. La citation exacte de ce sage chef sioux :
      « Quand le dernier arbre aura été abattu, quand la dernière rivière aura été empoisonnée , quand le dernier poisson aura été péché, alors on saura que l’argent ne se mange pas. »

      Personnellement j’avais plutôt en tête la défunte civilisation de l’ile de Pâques, mais la leçon à tirer est similaire…
      On sait bien que l’homme s’il veut s’offrir un avenir viable se doit d’être raisonnable et censé, seulement chacune des entités qui le compose (comprendre les individus) ont une temporalité finie qui l’aveugle et rend toute réaction fort tardive.

      Bien que partisan de la mimique « L’important n’est pas la chute, mais l’atterrissage », j’admets qu’il y a matière à être préoccupé concernant l’avenir, mais comme on dit l’espoir fais vivre (et donne même tout son sens à « l’énergie du désespoir ») !

  13. Merci Mr Gréau pour ces belles propositions.

    Cependant une chose m’etonne en lisant le fil des commentaires. En fait elle ne m’etonne qu’a moitie car on la retrouve dans les commentaires de presque tous les articles publies sur ce blog: si tout le monde semble d’accord avec les propositions de changement annoncees, tout le monde s’accorde egalement sur le fait que ces changements n’auront jamais lieux pour cause de gouvernement francais, union europeenne, …

    Bon et bien si toutes ces belles propositions ne servent a rien en l’etat, il serait peut etre temps de se bouger avant qu’il ne soit trop tard. Quelle est la frequentation de ce site ? Combien de personne adhere a « nos idees » ? Je ne suis pas un revolutionnaire dans l’ame, loin de la, mais une bonne petite manifestation, ensembles, pourrait etre utile.

    1. Nous sommes déjà assez nombreux, valeureux Romain! Beaucoup plus que les honnêtes hommes qui fréquentent ce grand blog des blog (débloque, diront une poignée de grincheux conservateurs…).
      Et les occasions de protestation, sous toutes les formes, ne vont pas manquer, en France et ailleurs.
      Voici la conclusion d’un tract reçu aujourd’hui et récupéré sur Internet, traçant des perspective au lendemain des manifs du 24:

      « Pour faire échouer ce gouvernement, il faut taper encore plus fort. Pendant l’été, les
      initiatives doivent se poursuivre dans tout le pays comme le proposent les collectifs unitaires
      Attac-Copernic avec les rassemblements des “ lundis au Soleil ”. Mais aussi autour du
      13 juillet, lors de la présentation en conseil des ministres du projet de loi.
      Les manifestants du 24 juin n’étaient pas dans la rue pour un baroud d’honneur, un petit
      tour et puis s’en vont. Cette journée n’est qu’un début. Une idée gagne du terrain : il est
      possible de se battre et, pourquoi pas, de faire reculer ce gouvernement, imposer le retrait
      du projet de loi ! Mais, pour cela, il faut préparer un mouvement d’ensemble, une grève
      générale, un affrontement avec ce gouvernement. C’est le rapport de forces qui obligera
      le gouvernement à céder. Dans ce sens, c’est lors du démarrage du débat parlementaire en septembre que nous devons construire une mobilisation encore plus forte pour faire échouer ce gouvernement qui, à l’inverse de Robin des Bois, vole les pauvres pour donner aux riches. »

    2. Je pense que les manifestations sont complètement dépassées, il faudrait agir sur un plan plus subtil et utiliser les mêmes armes que l’adversaire comme le mensonge et la duplicité . La grande passivité de la majorité qui n’est peut être qu’une apparence, irait assez bien dans ce sens, on peut rêver ! Il serait aussi très utile pour nous tous de nous initier au langage des symboles dont usent et abusent nos adversaires, ne serait-ce que pour savoir à qui et à quoi nous sommes réellement confrontés .

    3. Romain, entièrement d’accord avec vous, et nous les gaulois et plus particulièrement ceux du fin de la terre, ont les attend les Romains.
      Bretons, Normands et vous Romain de quelle contrèe? Si les territoires se donnent la main.

    4. Ce n’est pas le nombre qui est indispensable au début d’une prise de conscience :
      Nous sommes trop habitué à la vision linéaire des choses quand les lois (au sens mathématique) de « l’univers » sont géométriques, quadratiques,.. La notion de dilution est trop souvent utilisée par des opposants pour éviter une évolution.
      L’exemple typique c’est l’actionnariat, décrit dans l’article de M. Gréau. L’effet de masse (de quantité) implique souvent la perte de qualité : pour détruire le savoir faire d’un groupe, il suffit de diluer le capital et de là le pouvoir. Donc, la solution de séparer les différents types d’actionnaires et donc de pouvoirs est une solution de bon sens.

      En quoi le protectionnisme (protection économique) décrit dans le billet de M. Gréau serait dangereux ? Comme si le protectionnisme n’était pas la règle mondiale de ce système économique.

      La dilution des rôles des banques me semble aussi un bon exemple de comment faire du profit par confusion (déréglementation).
      De là, à penser que les dominants économiques veulent (dans le sens de nuire à autrui) de la confusion par dilution pour continuer, accroitre leurs profits, il n’y a qu’un pas.

      Si beaucoup (sur ce blog ou ailleurs) sont d’avis qu’un changement radical (à la racine) est indispensable et urgent, ce ne sera pas par le consensus international de nos actuels représentants politiques. Et je suis sûr que par la violence des rues, .. cela n’amènera que le pire (souvent les anciens dominés deviennent des tyrans).
      Mais il reste encore des solutions entre ces extrêmes.

      Faire une manif de plus ? Pour se compter (cela risque d’être décevant) ; pour interpeller les politiques (ils écouteront poliment et feront au mieux une commission). Mieux faudrait participer aux actions prévus par d’autres groupes comme l’écrit Charles A. et garder chacun son libre arbitre (autonomie).

      Faire des contre propositions concrètes (comme sur ce blog) me semble aussi plus utile : elles ressortiront au moment opportun. Et elles participent à la prise de conscience.

      Je n’ai, à peu près, aucune notion en économie, mais cela ne doit pas me fermer ce domaine (quiconque devrait savoir : c’est une des conditions nécessaire de la démocratie que d’être abordable à quiconque). Ceci pour dire qu’en évacuant la technicité de la langue économique (un charabia aussi pour maintenir trop souvent le rapport dominants-dominés), beaucoup pourrait re-comprendre ce domaine. Cela n’enlève en rien que toute recherche (scientifique, ..) demande un labeur et que là, il n’y a pas égalité.

    5. « Mainifestations, ensemble… » ~ Vous rêvez? Confisquez aux gens leur télé, et vous aurez des manifestations.

  14. Les « évolutions » souhaitées de la gouvernance des entreprises (actionnariat et structure juridique) que nous propose Mr Gréau sont pour le moins surprenante venant d’un ex-expert économique du Medef ! N’y aurait-il pas là une vengeance tardive ? Les entreprises à conseil de surveillance type allemandes existent en france. Ce qu’on peut leur reprocher est la lenteur des décisions, voire des indécisions, la multiplication des aller-retour qui ne correspondent pas à la mentalité latine.
    On peut « benchmarker » l’allemagne sur ses résultats, pas sur la manière d’y parvenir, nous ne fonctionnons pas de la même manière ni avec le même background capitaliste…

    1. Perso, je serais plus tendance Lordon, le SLAM, -l’usure actionnariale regardé quelque part à la manière d’ un délit, au dessus de tant de % on racle tout, castration de la bourse et tout …
      mais c’est pas, de seulement ce versant la non plus, dont je penserais qu’il faudrait pour me suffire d’imaginer que ça marche …
      Du grand article posé là, je n’ai pas tout compris, le feeling est très doux, len style claire, beaucoup d’application d’essayer de se faire comprendre, …
      Mais bon …
      et puis aussi je ne comprends pas du tout tout à fait rien non plus …..
      mais pas assez pour commenter …

      Est-ce que notre François Leclerc … ???

  15. les gouvernements européens n’ont pas cédé leur pouvoir aux financiers, en fait ils en sont les COMPLICES, de sorte que des suggestions et propositions comme celles de ce billet ne seront hélas jamais mises en oeuvre, car elles ne peuvent être retenues les financiers qui feront tout pour éviter leurs application aidés en cela par nos leaders politiques.
    http://millesime.over-blog.com

  16. « Les seules choses indispensables à la vie humaine sont l’air, le boire, le manger et l’excrétion, et la recherche de la vérité »
    Jonathan Littell

    Pour le comprendre pleinement :
    seule l’expérience vécue vaut, et comme l’homme en général n’est guère plus brillant qu’un animal domestiqué, qu’il soit riche ou pauvre matériellement, je crains fort que nous soyons obligé d’attente la fin de ce mauvais film que nous vivons actuellement.

    Je suis en accord avec le commentaire qui laissait entendre que tout venait d’un manque cruel de spiritualité et de conscience corrompue.

    Pour celui ou celle qui pense que seul les économistes brillants lisent ce bolg, sachez que vous vous trompez.

    La preuve, moi qui ne suis rien ou peu de chose dans l’univers des grands et brillants professeurs de ce monde inutile, je vous lis chaque jour. J’imagine que je ne suis pas la seule, il existe dans le petit peuple une multitude d’âmes conscientes et prêtes à se tenir debout face à l’adversité. La fin est proche et c’est bien ainsi.

    1. « Pour celui ou celle qui pense que seul les économistes brillants lisent ce bolg, sachez que vous vous trompez ».
      Je confirme et en sus nous pouvons disséminer à tous vents les meilleures graines à notre entourage mais de manière progressive, nombreux sont les citoyens qui s’interrogent et risquent d’être grugés par des sirènes ou pire. Il faut éclairer les vérités premières et proposer des alternatives à opposer aux médias trop conservatrices, et je pèse mes mots, qui sont trop souvent la seule source d’information de nombre de français.

  17. « Alors que la déflation salariale est à l’origine première du surendettement privé et de la crise qui s’en est suivie, ils se refusent à émettre publiquement ce diagnostic ».
    Je ne comprends pas pourquoi, alors que le diagnostic est établi que la cause de la crise est la baisse des salaires, Jean-Luc Grau ne pas fait la proposition d’augmenter les salaires?
    Quelqu’un peut-il m’expliquer?
    Cela signifie-t-il que la confiance, ou tout espoir de retour à des conditions de vie meilleure notamment pour les plus modestes, doit être banni?
    Pour mémoire, quelqu’un évoquait, sur ce blog et dans un autre fil de discussion, le nombre de coupures de gaz en France passant de 10 000 en 2009 à 300 000 en 2010.
    Ces solutions macro économiques laissent toujours les mêmes dans la M…..

    1. Allons donc, mauvais esprit! Ne voyez vous pas que la part des salaires augmentera « tout naturellement » avec la mise en place de ces propositions « progressistes »?

    2. Tous ceux qui sont en charge des affaires ou qui commentent la crise savent bien que l’origine de la crise est le développement insensé du crédit immobilier et du crédit à la consommation (et dans ce monde le crédit immobilier est un crédit à la consommation) et que ce développement insensé a pour origine la baisse des revenus et la rapacité des actionnaires, des banquiers et des dirigeants.
      Certains croient, ou font semblant de croire, que le système qui fonctionne sur l’extension démentielle du crédit (le « crédit à mort ») doit être sauvé et que pour le sauver il faut l’améliorer.
      L’impasse réside dans le fait que le système capitaliste industriel sous sa dernière forme historique financière ne peut être corrigé que par la refondation de ses bases.
      La base de notre monde se trouve dans ce qui est devenu la seule valeur, la valeur d’échange, et ce qui l’accompagne : le travail aliéné.
      Le capitalisme ne veut pas renoncer à ce qu’il vient de reconquérir : la baisse généralisée des salaires et la disparition des services publics.
      Demander à l’état de faire le contraire de ce qu’il est en train d’achever : la paupérisation absolue et la dépendance totale de tous les citoyens qui s’accompagne de la guerre de tous contre tous, c’est comme demander au loup de devenir mouton.
      Pour augmenter les salaires, mais aussi modifier les conditions de vie décider collectivement de ce qui est important ou non dans la production, et de quelle manière la production doit être faite, il faut sortir du cadre originel du capitalisme : la propriété privée des moyens de production.

      Pour plus de renseignements sur la critique de la valeur et le « crédit à mort » il est possible de lire des articles de Gérard Briche, d’Anselm Jappe et d’autres.

      marlowe@orange.fr

  18. Il faut saluer la publication de ce texte. Il y a en effet – ici – trop d’analyses (parfois de lamentations) indiquant à quel point le monde tourne mal et trop peu de propositions concrètes soumises à discussion (ce qui était dans les bonnes résolutions de Paul en début d’année).

    1. « Il y a en effet – ici – trop d’analyses (parfois de lamentations) » : et hors d’ici, que trouve-t-on si ce n’est trop d’actions et trop de triomphes ? En ce moment, tenez, les machins législatifs destinés à fliquer la toile vont entrer en « vigueur » : dois-je vous dire qu’à la place de leur « vigueur » j’eusse préféré voir analyses et lamentations ?

      Trop de réalité, dit Annie Lebrun, plus le temps ni la tête à rien d’autre, (y compris dans les loisirs) , comme dans ces couples où ce n’est jamais ni le lieu ni le moment d’aborder les vrais problèmes.

  19. Pauvre pèlerin :
    « Je suis en accord avec le commentaire qui laissait entendre que tout venait d’un manque cruel de spiritualité et de conscience corrompue.
    Pour celui ou celle qui pense que seuls les économistes brillants lisent ce blog, sachez que vous vous trompez. »
    C’est exact et tout vient de là. Mais, le dire ne suffit pas à donner envie aux décideurs de remonter la pente à l’envers. Tout ce qui n’est pas dans l’intérêt des décideurs est voué à l’échec. On ne peut pas compter sur la seule bonne volonté. C’est clair !

    1. Senec, relisez bien, du début jusqu’à la fin, ce que dit cette dame. Il n’y a rien à retrancher, rien à ajouter.

  20. Je cite l’article :
    « Il ne s’agit pas, ici, de préconiser le protectionnisme, mais de mettre en œuvre une politique classique de protection commerciale aux frontières de l’Europe. ».

    Cette phrase semble contradictoire.

    Car une politique classique de protection commerciale aux frontières de l’Europe c’est bien du protectionnisme, un protectionnisme paneuropéen. Les mesures détaillées dans la suite de l’article sont des mesures de protectionnisme paneuropéen.

    Et je suis d’accord qu’il faut instaurer le protectionnisme paneuropéen.

    Vouloir protéger les intérêts des Européens signifie instaurer le protectionnisme. Mais le protectionnisme est présenté par les cercles gouvernants européens – au niveau des instances européennes comme au niveau des partis politiques qui dominent sur les scènes politiques nationales – comme le mal qu’il faut éliminer à jamais.

    En effet, lorsque les citoyens européens demandent que la protection de leurs intérêts devienne la règle dans les orientations politiques européennes, les groupes en position dominante – les politiques de « gauche « et de « droite » qui alternent au pouvoir, les milieux économiques, les médias – cherchent à réprimer ces aspirations protectionnistes et prétendent que le protectionnisme conduit à des conflits armés tels que les a connus l’Europe au milieu du XXème siècle. De façon imagée on peut observer qu’instaurer le protectionnisme européen cela est équivalent à transformer l’Europe en une forteresse défensive, dans le but de défendre tout ce qui caractérise les Européens. Chacun a le droit de se défendre lorsqu’il est agressé. C’est l’agresseur qui est à l’origine de la guerre et non le défenseur. Le protectionnisme et même le nationalisme ne sont pas à l’origine des guerres. La vérité est qu’à l’origine des guerres se trouvent l’expansionnisme ou l’impérialisme. Le mondialisme est un impérialisme qui détruit les souverainetés des peuples européens. La guerre est déjà en cours car cet impérialisme mondialiste est en train de détruire massivement les Européens et leur société.

    L’Union européenne aurait pu susciter cette adhésion « pro-européenne », s’est à dire ce nationalisme européen, mais ses institutions, telles qu’elles ont été mises en place, ont visé à favoriser le mondialisme. Par ailleurs l’antipathie que suscitent ces institutions vient aussi du fait qu’elles fonctionnent en dehors des principes de la démocratie véritable : les technocrates de la Commission décident des « lois européennes » (directives etc.) qui sont toujours pro-mondialistes, pro-libre-échangistes, et le Parlement ne peut en définitives qu’approuver avec au plus quelques amendements secondaires. Le Parlement n’a pas l’initiative des « lois européennes ». Et de façon générale la démocratie véritable – c’est à dire pour chaque décision politique (les lois et les traités) la mise en application de la volonté de la majorité des citoyens qui se sentent concerné par la question – n’est pas respectée.

    Donc pour moi il y a un lien entre ces deux aspects qui ensemble poussent à la décadence de la civilisation européenne : d’un coté LE MONDIALISME qui découle du fait que de l’autre coté les décisions sont prises qui ne répondent pas à la volonté démocratique des citoyens européens, car nous sommes gouvernés par la technocratie qui pense avoir raison contre la volonté des citoyens et qui paradoxalement s’autoproclame « DÉMOCRATIE » alors qu’en vérité elle est une DICTATURE TECHNOCRATIQUE MONDIALISTE.

    Je vais donc développer ces deux aspects :
    1 – La technocratie oligarchique contre la démocratie véritable
    2 – Le mondialisme contre le protectionnisme

    1 – LA TECHNOCRATIE OLIGARCHIQUE CONTRE LA DÉMOCRATIE VÉRITABLE

    Le mandat électif consenti par le peuple n’est pas un chèque en blanc – en vérité la démocratie véritable, si elle était mise en place, exigerait que les deux conditions qui définissent la démocratie véritable soient respectées :

    * La liberté d’opinion doit être garantie : cela signifie que les citoyens sont libres d’exprimer et de propager toutes les opinions quelles qu’elles soient.

    * Chaque décision politique doit être conforme aux désirs de la majorité des citoyens qui désirent prendre part à la décision.

    Il est certain qu’aucune des deux conditions n’est respectée ni en France ni dans l’Union européenne.

    Cette première condition de la démocratie – la liberté d’expression – n’est pas respectée en France et n’est pas non plus respectée dans l’Union européenne : les lois existent qui limitent les sujets sur lesquels les citoyens peuvent publiquement s’exprimer, et même les lois existent qui interdisent totalement d’exprimer certaines opinions.

    Les parlementaires des pays de l’Union européenne ont par exemple voté des lois qui figent une interprétation officielle de certains faits historiques et qui prévoient des peines sévères à l’encontre de ceux qui voudraient nuancer ces interprétations. En démocratie on peut décider quelle est l’interprétation officielle de certains faits, mais on ne doit pas interdire la propagation d’autres interprétations de ces faits.

    En France et dans l’Union européenne nous vivons dans un système oligarchique qui est au mieux une « pseudo-démocratie » de façade, qui utilise le vocabulaire de démocratie mais qui dans les faits est une oligarchie technocratique.

    En démocratie véritable chaque décision politique doit être conforme aux souhaits de la majorité des citoyens qui désirent exprimer leur volonté sur la décision.

    Cette deuxième condition de la démocratie n’est pas respectée en France et n’est pas non plus respectée dans l’Union européenne.

    Dans le système politique actuel les politiques sont élus, ensuite ils prennent des décisions, écrivent des lois, signent les traités internationaux, engagent des dépenses que des générations futures devront rembourser etc., sans vérifier si la majorité de la population est d’accord avec chacun de leurs actes, et même souvent en sachant que la majorité de la population n’est certainement pas d’accord avec certains de leurs actes.

    Si vous souhaitez savoir plus sur la démocratie véritable vous pouvez lire l’article « Où est la démocratie ? ».
    http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/ou-est-la-democratie-53001

    2 – LE MONDIALISME CONTRE LE PROTECTIONNISME

    Il ne faut pas oublier que « la crise » n’est pas seulement « financière ». On peut même observer que l’aspect « la finance » est la conséquence de l’aspect « le mondialisme ».

    La crise que subissent les Européens ne fait que commencer. Le mondialisme, qui crée des conditions de concurrence ouverte avec les continents où les salaires sont 10 fois plus faibles qu’en Europe, fait de plus en plus reposer les budgets des États occidentaux et la consommation occidentale sur le crédit et la précarité des Européens devient endémique. Si on observe comment se propage la déflagration de « la crise » on constate que cette dégradation de la situation économique à cause du mondialisme est l’explosif et les montages financiers plus que hasardeux sont le détonateur. Le détonateur a été activé à partir de 2007 avec l’effondrement des produits financiers reposants sur les crédits immobiliers américains. La crise a démarré dans le domaine financier américain mais elle n’aurait pas eu d’impact en Europe s’il n’y avait eu le contexte mondialiste, si les États étaient souverains, s’ils étaient maîtres chez-eux.

    La méga-bombe est remplie par l’explosif qu’est le mondialisme à cause du quel les occidentaux ne peuvent aller que vers l’accroissement fulgurant des endettements ou aller vers la baisse abrupte des revenus et en général des conditions de vie.

    Le mondialisme qui nous est imposé, à nous les Européens, contre notre volonté, est la cause principale de notre déclin. La finance immorale a provoqué l’étincelle à partir de laquelle la catastrophe s’accélère.

    Et donc en effet, en ce qui concerne la finance – et cela a été abondamment expliqué sur ce blog – il aurait fallu notamment revoir ce principe, qui est immoral et qui a des effets négatifs sur l’économie en général, qui veut que la création monétaire passe obligatoirement par des intermédiaires que sont les banques privées.

    Le crédit alloué aux particuliers, aux entreprises et aux États est une activité créatrice de la masse monétaire. C’est un service de même nature que celui de la garantie de l’ordre et de la sécurité (police et justice) et devrait être assuré par des États souverains. Cette activité de crédit ne devrait donc pas être confiée aux structures dont l’objectif est de réaliser des bénéfices financiers. L’octroi du crédit non adossé entièrement aux dépôts des épargnants ne devrait pas être permis aux banques privées.

    Ceci en ce qui concerne les aspects financiers de la crise économique.

    Car j’insiste qu’il y a deux aspect : les activités de la finance et les activités de l’économie réelle.

    L’économie réelle en Europe a été placée dans un contexte mondialiste (le contraire de protectionniste) qui automatiquement conduit vers le déclin sévère de l’Europe.

    En ce qui concerne l’aspect de l’économie réelle nous – les Européens – sommes les spectateurs horrifiés de la destruction du tissus économique européen que l’on constate par les délocalisations des emplois vers les autres continents, par le chômage qui augmente, par les conditions de travail qui se dégradent (salaires, sécurité sociale, retraite, temps de travail…). La cause est dans la concurrence des pays émergents qui s’épanouit dans le contexte du mondialisme imposé par les « élites » politiques et intellectuelles.

    Le mondialisme est une idéologie et la mondialisation est le processus de la mise en place du système voulu par cette idéologie. Le mondialisme est une idéologie qui veut que les frontières de l’Europe soient ouvertes (pas de droits de douane, import des salariés prêts à accepter des conditions de plus en plus dégradées…) et tant qu’on accepte les règles imposées par le mondialisme on ne pourra être concurrentiel avec les Chinois ou les Indiens ou les Marocains etc. qu’en acceptant de s’aligner avec leurs salaires (très bas), leurs sécurités sociales (très faibles), leurs retraites (très basses) …

    Donc en ce qui concerne l’activité de l’économie réelle, il faut instaurer le protectionnisme européen, cohérent, englobant toutes les branches de l’économie, unissant sous les mêmes règles toutes les régions d’Europe. Pour protéger les salariés Européens, il faut déjà commencer par taxer les importation en Europe de tous les produits qu’on est capable de produire en Europe.

    Le protectionnisme avec « les mêmes règles dans toutes les régions d’Europe » ça signifie instaurer par exemple un SMIG européen, la même TVA, les mêmes règles d’imposition des entreprises. C’est tout à fait réaliste, ce serait une opération équivalente à la réunification des deux Allemagnes.

    La France seule dans un protectionnisme national ne pourrait pas survivre face aux pressions de toutes sortes des « grands » ensembles mondiaux. Il faut une masse, un poids économique, industriel, civilisationnel, pour continuer à exister face aux grandes forces mondiales. L’Europe constitue ce poids et possède un fort potentiel en infrastructures, en structures industrielles, en savoir faire.

    La mise en place des accords de coopération étroite avec la Fédération de Russie, qui partage les mêmes valeurs civilisationnelles, et qui dispose d’immenses réserves de matières premières permettrait à cet ensemble européen de vivre en autarcie sans avoir à subir les dictats des autres régions du monde.

    Et en attendant la mise en place du protectionnisme européen, tant que les frontières de l’Europe restent ouvertes, les Européens (les États et les particuliers) ne peuvent que s’enfoncer de plus en plus dans l’endettement…

    Supposons que l’on trouve une formule magique qui efface du jour au lendemain les dettes des États européens et des particuliers mais que les règles du mondialisme soient maintenues (pas de protectionnisme pan-européen) : quel que soit le système financier mis en place, il suffirait de quelques petites années pour que le mondialisme, qui crée des conditions de concurrence ouverte avec les continents où les salaires sont 10 fois plus faibles qu’en Europe, n’oblige les Européens à choisir entre :
    1 – aller vers l’accroissement fulgurant des endettements
    ou
    2 – aller vers la baisse abrupte des revenus et en général des conditions de vie.

    Le premier choix (la vie à crédit pour tenter de se maintenir au même niveau) revient à décaler pour quelques instants l’aboutissement à la deuxième situation (baisse sévère de niveau de vie), à cette différence près qu’en plus les Européens resteront endettés de telle sorte que les générations futures recevront cet endettement en héritage.

    Le mondialisme est notre ennemi.

    Si vous souhaitez savoir plus sur la nécessaire lutte contre le mondialisme vous pouvez lire l’article « Les Européens doivent instaurer le protectionnisme ».

    1. @jonathan.j
      « les européens doivent instaurer le protectionisme »

      Tout à fait d’accord avec vous : dans l’intérêt des populations européennes, il faut instaurer le protectionnisme. Seul problème : le protectionnisme va à l’encontre d’une minorité politico-financière richissime, et comme ce sont eux qui ont le pouvoir décisionnaire, la mondialisation et le système néolibéral continueront…

    2. Même déjà en Europe , si j’ai bien compris, le salaire des roumains, est sensiblement du même « cout », que celui correspondant à l’emploi d’un travailleur chinois,
      et je ne sais pas la cote exposée des salaires, des charges à l’employeur de tous les pays membres de l’Europe …

      La protection contre l’exploitation, la précarisation, la paupérisation, la flexibilité des hommes par quelques autres, ne serait pas génante d’être mondiale,
      d’ailleurs ce protectionnisme-mondialiste-là est abjectement réprimé ,
      par exemple, le coup d’état au Honduras, et l’adoubation pseudo démocratique qui s’en est suivi, ou la Colombie, avec en cours 7 bases militaires US, l’intronisé successeur d’Uribe, aujiurd’hui est élu, d’une mascarade démocratique, contre son pseudo opposant fantoche , le peuple ne s’est pas déplacé, de ce montage pseudo démocratique qui ne lui laisse aucun chance d’être représenté, et il n’y a pas que l’arrière cour des USA, que l’amérique latine …

  21. @ mes chers amis co-lecteurs eurosceptiques et europessimistes,

    Il nous est facile de jouer les cassandres ou les pythies.

    Je crois qu’il est temps de passer à un autre mode de pensée et de comportement. Regarder de haut et de loin d’un oeil critique est certainement une bonne attitude de départ. Vient ensuite un moment où il importe de se forger une opinion et ensuite d’entrer dans l’arène du monde pour agir.

    Voilà, ce me semble, des propositions concrètes, intelligibles sinon intelligentes, applicables et répondant aux défis internes qui se posent à nos pays. En tous cas, ces propositions permettraient à la fois une meilleure coopération et une meilleure protection pour les européens que nous sommes.

    Je vous invite donc, comme moi, dans la mesure de vos possibilités économiques et sociétales, à les soutenir.

    1. Vous précipitez pas mon cher! Les enchères sont loin d’avoir fini de monter. Pour moi, avec Gréau, on en est juste à la mise à prix.
      A ce prix nos rêves sont encore bradés!

  22. @ Jean-Luc Gréau

    Pouvez-vous vous mettre d’accord sur une appellation brève et percutante qui permette de véhiculer simplement cette proposition et nous permettre de la soutenir?

    1. Je propose: « Remettre l’Europe à l’endroit »

      ou

      « Une nouvelle Europe pour la prospérité et l’emploi »

  23. « Notre proposition revient donc à distinguer nettement les actionnaires « capitalistes » détenteurs durables d’une fraction déterminante du capital de l’entreprise des actionnaires « rentiers » »

    Quand j’étais jeune, on appelait ces actionnaires les « zinzins » (investisseurs institutionnels). La gauche friquée mitterrandienne les a démantelés: bien trop ringards et empêcheurs de friquer en rond.

    1. La gauche…
      Vous voulez parler sous Mitterand..?? Lorsque Monsieur Balladur était premier ministre..?

    2. les grecs sont priés de se serrer la ceinture, mais le budget de la défence grec reste sain et sauf, le marché de l’armement est r-assuré …
      les français sont responsabilisés de la retraite, mais les 29 milliards de la France du terrible H1N1, ne sont pas touchés, les mutuelles sont sommées d’honorer le règlement de cette belle facture, le marché des laboratoires pharmaceutiques est r-assuré …

  24. Des propositions très convaincantes. Un document court, musclé, une belle foulée. Techniquement riche au-delà de mon savoir économique.
    Une parole et un raisonnement qui s’engagent et qui vous engage.
    Comment pouvez-vous ne pas être entendu, immédiatement ?! C’est surtout cette question qui me désole… si ce n’est à penser que nous sommes dirigés par des idiots lobotomisés ou des marionnettes animées par « la grande billetterie ». Un constat qui se généralise chaque jour un peu plus. Le temps démocratique est long… surtout en ce moment.

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