TRANSFORMER LE CAPITALISME AVEC L’ACCORD DE TOUS

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

On a financé le spéculateur plutôt que l’entrepreneur. On a laissé sans aucun contrôle les agences de notation et les fonds spéculatifs. On a obligé les entreprises, les banques, les compagnies d’assurance à inscrire leurs actifs dans leurs comptes aux prix du marché qui montent et qui descendent au gré de la spéculation. On a soumis les banques à des règles comptables qui ne fournissent aucune garantie sur la bonne gestion des risques mais qui, en cas de crise, contribuent à aggraver la situation au lieu d’amortir le choc. C’était une folie dont le prix se paie aujourd’hui ! […]

L’idée de la toute-puissance du marché qui ne devait être contrarié par aucune règle, par aucune intervention politique, cette idée de la toute-puissance du marché était une idée folle. L’idée que les marchés ont toujours raison est une idée folle. […]

Et qui pourrait admettre que tant d’opérateurs financiers s’en tirent à bon compte alors que pendant des années ils se sont enrichis en menant tout le système financier dans la situation dont il se trouve aujourd’hui ? Les responsabilités doivent être recherchées et les responsables de ce naufrage doivent être sanctionnés au moins financièrement. L’impunité serait immorale. […]

… ne rien faire, ne rien changer, se contenter de mettre toutes les pertes à la charge du contribuable et faire comme s’il ne s’était rien passé serait également une erreur historique. […]

En ces circonstances exceptionnelles où la nécessité d’agir s’impose à tous, j’appelle l’Europe à réfléchir sur sa capacité à faire face à l’urgence, à repenser ses règles, ses principes, en tirant les leçons de ce qui se passe dans le monde. L’Europe doit se donner les moyens d’agir quand la situation l’exige et non se condamner à subir. […]

Nicolas Sarkozy, Président de la République française, Discours de Toulon, le 25 septembre 2008.

Ce qui m’a rappelé le Discours de Toulon, c’est l’information hier dans un sondage d’opinion de l’agence de presse américaine Bloomberg, que 71 % des répondants pensent que les bonus importants devraient être interdits dans les entreprises qui ont bénéficié de l’aide publique durant la crise, et 17 % pensent que les bonus d’un montant supérieur à 400 000 $ devraient être imposés à 50 %.

Quelles sont les mesures qui ont été prises dans ce domaine-là aux États-Unis ? Le Président Obama a nommé M. Feinberg pour qu’il examine la paie des dirigeants des cent compagnies les plus importantes ayant reçu une aide de l’État. Les bonus ont été réduits à Bank of America, Citigroup, AIG, General Motors et Chrysler ; les trois dernières étaient en faillite et continuaient d’attribuer des bonus avec l’aide généreuse du contribuable américain. L’imposition à 50 % des bonus élevés avait été proposée par deux sénateurs américains, la proposition fut rejetée sans même avoir été soumise à un vote.

Il existe donc aux États-Unis comme en Europe (en France en tout cas), des mesures proposées par des personnalités politiques (parfois dans une position suprême d’autorité dans leur pays) et soutenues par une vaste majorité de la population, qui ne reçoivent même pas un début d’application.

Je me propose de faire la chose suivante dans les jours qui viennent : extraire des différents discours de Mr. Sarkozy (en sus du Discours de Toulon, il y a aussi Colloque « Nouveau monde, nouveau capitalisme » 2009 et Colloque « Nouveau monde, nouveau capitalisme » 2010) appartenant tous à ce que Le Figaro a appelé « une croisade pour en finir avec les ‘spéculateurs’ et tourner la page des ‘dérives du capitalisme financier’ », les propositions radicales qui, si l’on en croit les sondages, bénéficient aujourd’hui d’une approbation d’au moins 80 % de la population française.

Je soumettrai cela à votre lecture dans un prochain billet. Nous en discuterons alors et tenterons de mettre au point à partir de là, un texte court mais percutant. Une possibilité alors, sachant que l’UMP souscrira pour des raisons évidentes à ces mesures, serait de proposer à l’ensemble des autres partis de les mettre également à leur programme (si j’en crois leurs déclarations respectives, il semblerait bien que tous en réalité puissent le faire). D’autres types d’actions sont également envisageables.

(… à suivre)

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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368 réflexions sur « TRANSFORMER LE CAPITALISME AVEC L’ACCORD DE TOUS »

  1. Ce matin, cherchant un livre, je tombe sur l’édition de poche du livre de Guy Sorman « Les vrais penseurs de notre temps » (1989), livre d’interviews intéressantes (avec Karl Popper, Ernst Gombrich, René Girard, James Lovelock, Ilya Prigogine, René Thom, Stephen J. Gould, Lévi-Strauss ou Noam Chomsky entre autres) où je me rappelle d’avoir lu une interview avec Hayek dans laquelle il disait qu’il faudrait privatiser les rues. En réalité ce n’est pas lui, mais un autre économiste bien plus fou que lui qui s’appelle Murray Rothbard, dont l’interview s’intitule carrément: « L’État c’est le vol » et qui explique le plus sérieusement du monde que non seulement il faudrait privatiser les rues mais aussi… l’air !! : « C’est parce que l’air ou l’eau n’appartiennent à personne que chacun peut polluer sans conséquence. Si l’atmosphère était privatisée, ses propriétaires en préserveraient la propreté » (sic).

    En relisant l’interview avec Hayek je vois des propos qu’on a du mal à croire sortis du cerveau d’un Prix Nobel, tellement la crise actuelle les a rendu délirants. Quelques extraits:

    « Le libéralisme, me dit Hayek, est la seule philosophie politique véritablement moderne, et c’est la seule compatible avec les sciences exactes. Elle converge avec les théories physiques, chimiques et biologiques les plus récentes, en particulier la science du chaos formalisée par Ilya Prigogine. Dans l’économie de marché comme dans la Nature, l’ordre naît du chaos : l’agencement spontané de millions de décisions et d’informations conduit non au désordre, mais à un ordre supérieur. Le premier Adam Smith, avait su pressentir cela dans « La richesse des nations », il y a deux siècles.

    Nul ne peut savoir, précise Hayek, comment planifier la croissance économique parce que nous n’en connaissons pas véritablement les mécanismes; le marché met en jeu des décisions si nombreuses qu’aucun ordinateur, aussi puissant soit-il, ne pourrait les enregistrer. Par conséquent, croire que le pouvoir politique est capable de se substituer au marché est une absurdité. […] le dirigisme ne peut fonctionner que sans une société minuscule où toutes les informations sont directement contrôlables. Le socialisme, me dit Hayek, est avant tout une nostalgie de la société archaïque, de la solidarité tribale. […] Là où l’initiative est libre, le progrès économique, social, culturel, politique est toujours supérieur aux résultats obtenus par les sociétés planifiées et centralisées. Dans la société libérale, les individus sont plus libres, plus égaux, plus prospères que dans la société planifiée.

    Mais n’existe-t-il pas une solution moyenne, de type social-démocrate? « Entre la vérité et l’erreur, réplique Hayek, il n’y a pas de voie moyenne ! »
    Le libéralisme est donc scientifiquement supérieur au socialisme, et surtout au marxisme que Hayek qualifie de superstition. […] La supériorité historique et scientifique du libéralisme, cela s’appelle, dans une formule typiquement « hayekienne » « la supériorité de l’ordre spontané sur l’ordre décrété ». Exemples concrets de cette supériorité: les grandes institutions qui marchent bien, explique-t-il, n’ont été invenées par personne. La famille ou l’économie de marché sont des produits de l’ordre spontané.[…] Hayek ajoute que ces grandes institutions de la société moderne sont fondées sur une morale. Cette morale, me dit Hayek, n’est pas naturelle, parce que spontanément – par exemple – l’homme n’est pas tenté de respecter la propriété privée ou les contrats. C’est la sélection qui, en agissant sur le comportement moral, a fait apparaître, au cours des âges, que les peuples qui respectent la propriété et les contrats devenaient plus prospères! Voilà pourquoi, selon Hayek, la société occidentale est devenue morale, et sans cette moralité fondamentale, le capitalisme ne pourrait exister. […]

    « On ne m’a jamais lu qu’aux deux tiers, le derniers tiers est trop embarrassant. » Il s’agit d’un livre intitulé « L’Ordre politique d’un peuple libre », qu’il a publié à 80 ans. De quoi est-il question? D’une critique sévère de la démocratie ! »

    Suivent trois pages et demie d’une critique extravagante de la démocratie qui débouchent sur une proposition très claire: « C’est pour retrouver l’idéal démocratique qu’il faut désormais imaginer – selon Hayek – une organisation nouvelle qui limitera le pouvoir du gouvernement. C’est ce que Hayek appelle la Démarchie: du grec « demos », le peuple, et « archein », l’autorité. »

    Vers la fin de l’interview on lit des mots qui montrent le génie prophétique de notre « économiste et philosophe célèbre dans le monde entier » selon Sorman: « D’une manière générale, Hayek estime indispensable que les « libéraux cohérents » préparent des utopies de rechange: « En cas de catastrophe, celles-ci apparaîtront comme les seules solutions réalistes et raisonnables. »

    Les dernières lignes, lues aujourd’hui, sont tout simplement grandioses: « Ce que j’ai à vous dire est très important. Les intellectuels libéraux doivent être des agitateurs, pour renverser les courants d’opinion hostiles à l’économie capitaliste. La population mondiale est si nombreuse que seule l’économie capitaliste parviendra à la nourrir. Si le capitalisme s’effondre, le Tiers-Monde mourra de faim; c’est ce qui se passe déjà en Ethiopie ».

    Conclusion: Hayek prix Nobel d’économie c’est aussi délirant que Staline prix Nobel de la paix (et je ne dis pas Hitler pour éviter le point Godwin).

    1. Merci de nous ressortir ça!
      Il faudrait le mettre sous le nez de Guy Sorman un de ces jours. Dans un « Ce soir ou jamais », avec Paul Jorion, ce serait excitant! Frédéric Taddeï, si vous nous lisez….

  2. Quand on parle d’éducation et que ça dérive sur l’éducation parentale (économie, compétitivité, surpassement (surtout des autres, pas de soi), je décline toutes les offres.
    Pou moi, l’éducation c’est autre chose que le formatage aux fantasmes individualistes (même étendus à la famille).

  3. A Pablo, je re-cite la réponse du Chef Seattle en 1854 au gouvernement américain qui lui proposait d’abandonner sa terre aux blancs et promettait une  » réserve  » pour le peuple indien.

    Comment pouvez-vous acheter ou vendre le ciel, la chaleur de la terre ?
    L’idée nous paraît étrange.
    Si nous ne possédons pas la fraîcheur de l’air et le miroitement de l’eau, comment est-ce que vous pouvez les acheter ?
    Chaque parcelle de cette terre est sacrée pour mon peuple. Chaque aiguille de pin luisante, chaque rive sableuse, chaque lambeau de brume dans les bois sombres, chaque clairière et chaque bourdonnement d’insecte est sacré dans le souvenir et l’expérience de mon peuple.
    La sève qui coule dans les arbres transporte les souvenirs de l’homme rouge.
    Les morts des hommes blancs oublient le pays de leur naissance lorsqu’ils vont se promener parmi les étoiles. Nos morts n’oublient jamais cette terre magnifique, car elle est la mère de l’homme rouge.
    Nous sommes une partie de la terre, et elle fait partie de nous.
    Les fleurs parfumées sont nos soeurs; le cerf, le cheval, le grand aigle, ce sont nos frères.
    Les crêtes rocheuses, les sucs dans les prés, la chaleur du poney, et l’homme – tous appartiennent à la même famille.
    Aussi lorsque le Grand Chef à Washington envoie dire qu’il veut acheter notre terre, demande-t-il beaucoup de nous. Le Grand Chef envoie dire qu’il nous réservera un endroit de façon que nous puissions vivre confortablement entre nous. Il sera notre père et nous serons ses enfants. Nous considérons, donc, votre offre d’acheter notre terre. Mais ce ne sera pas facile. Car cette terre nous est sacrée.
    Cette eau scintillante qui coule dans les ruisseaux et les rivières n’est pas seulement de l’eau mais le sang de nos ancêtres.
    Si nous vous vendons de la terre, vous devez vous rappeler qu’elle est sacrée et que chaque reflet spectral dans l’eau claire des lacs parle d’événements et de souvenirs de la vie de mon peuple. Le murmure de l’eau est la voix du père de mon père.
    Les rivières sont nos frères, elles étanchent notre soif. Les rivières portent nos canoés, et nourrissent nos enfants. Si nous vous vendons notre terre, vous devez désormais vous rappeler, et l’enseigner à vos enfants, que les rivières sont nos frères et les vôtres, et vous devez désormais montrer pour les rivières la tendresse que vous montreriez pour un frère.
    Nous savons que l’homme blanc ne comprend pas nos moeurs. Une parcelle de terre ressemble pour lui à la suivante, car c’est un étranger qui arrive dans la nuit et prend à la terre ce dont il a besoin. La terre n’est pas son frère, mais son ennemi, et lorsqu’il l’a conquise, il va plus loin. Il abandonne la tombe de ses aïeux et cela ne le tracasse pas. Il enlève la terre à ses enfants et cela ne le tracasse pas. La tombe de ses aïeux et le patrimoine de ses enfants tombent dans l’oubli. Il traite sa mère, la terre, et son frère, le ciel, comme des choses à acheter, piller, vendre comme les moutons ou les perles brillantes. Son appétit dévorera la terre et ne laissera derrière lui qu’un désert.

    1. Un petit exercice pratique : d’où vient ce texte – souvent cité ici – qui, si j’en crois une recherche rapide sur l’internet, date en réalité de 1973. Un exemplaire dédicacé d’un de mes livres (au choix) au vainqueur (il y aura un vainqueur même si la question s’avère en fait insoluble).

    2. Lettre du Chef Seattle

      1854

      Seattle (1786 ?-1866) est avant tout le nom d’un grand chef indien des tribus Dumawish et Suquamish. Il est connu en particulier pour son discours de 1854 lors de négociations avec le gouvernement des États-Unis, dans lequel il exprimait son refus de vendre les territoires indiens. L’authenticité des mots est contestée, et il existe au moins trois versions du texte. Grâce aux notes prises par le docteur Henry Smith, négociateur du gouvernement, une première version fût publiée dans le Seattle Sunday Star en octobre 1887. Celle qui fait aujourd’hui figure de référence date des années 70.

    3. La version ci dessus du faux Chief Seattle Speech est la version abrégée, parue lors d’une exhibition a Spokane en 1974, d’un script écrit par le scénariste Ted Perry en 1971 pour un documentaire appelé « Home » produit pour la Southern Baptist Convention.

      C’est la version4 dans ce lien :
      http://www.synaptic.bc.ca/ejournal/wslibrry.htm

    4. Effectivement les arbres se parlent chimiquement pour échapper à leurs prédateurs.
      Dans l’un de ses bouquins, Jean Marie Pelt dit la même chose:

      Les acacias stressés émettent une forte quantité de ces gaz; ceux-ci, poussés par les vents, entrent en contact avec d’autres arbres à proximité, qui modifient alors également la teneur en tanin de leurs feuilles.

    5. @Paul

      Si c’est l’auteur de la version de 73 que vous cherchez, il faut peut être regarder par là mais je suppose que c’est ce que vous avez déjà fait.

      Si c’est la version originale qui vous intéresse, je vous renvoie aux premières lignes de la page sus-mentionnée:

      The most important fact to note is that there is NO VERBATIM TRANSCRIPT IN EXISTENCE. All known texts are second-hand.

    6. Ouais, ben la version « number one » du grand chef Seattle parue dans le « Seattle Sunday Star » on Oct. 29, 1887, œuvre apocryphe du bon Dr. Henry A. Smith et visible , elle est intéressante mais bien différente de la version de 73 qu’on a là, bien affadie à mon gout.

      Detailed research calling into question the very existence of the speech, based on the Bureau of Indian Affairs records at the National Archives, by Jerry L. Clark
      http://www.archives.gov/publications/prologue/1985/spring/chief-seattle.html

    7. Un extrait du rapport écrit par Jerry L. Clark, du bureau des affaires indiennes des archives nationales US, sur ce texte légendaire. Les seuls mots du chef Seattle noté sur le rapport officiel sont à mille lieues du texte pouplarisé par ce mystérieux docteur Henry Smith, qui n’est jamais cité parmi les personnes témoins de la scène, dont aucun n’a souvenir du discours du grand chef…

      The « Record of Proceedings » of this council is among the records of the Bureau of Indian Affairs in the National Archives. It contains the following statements by Chief Seattle:

      I look upon you as my father, I and the rest regard you as such. All of the Indians have the same good feeling toward you and will send it on paper to the Great Father. All of the men, old men, women and children rejoice that he has sent you to take care of them. My mind is like yours, I don’t want to say more. My heart is very good towards Dr. Maynard [a physician who was present]. I want always to get medicine from him.

      Now by this we make friends and put away all bad feelings if we ever had any. We are the friends of the Americans. All the Indians are of the same mind. We look upon you as our Father. We will never change our minds, but since you have been to see us we will be always the same. Now! Now, do you send this paper.

      These are the only words of Chief Seattle recorded in the official record.

      The name of Dr. Smith does not appear among those listed as witnessing the Point Elliott discussions. The widow of Dr. David S. Maynard [the doctor mentioned by Seattle] did not recall anything like Smith’s version when interviewed by a biographer of Chief Seattle in 1903.17 The official interpreter, Col. B. F. Shaw, also survived into the twentieth century and failed to mention the remarkable oration.18 Another witness was Hazard Stevens, son of the governor, but he was only twelve years old in 1855. In addition, an old Indian later recalled that during the preceding treaty council at Medicine Creek, he and Hazard Stevens « were having a good time eating black strap and playing Jews-harps while the men were talking. We didn’t know what they were talking about. »

    8. Comme quoi les enfumages à la mauvaise graine spiritualo-new-age ou à la mords-moi-l’nœud tout court, ça date pas d’hier… 1854 et ça fonctionne toujours, et en pire encore ! en 2011.

    9. La « première version » de 1887 (d’un discours prononcé en 1854 par le Chef Seattle), est évidemment peu fiable. Ceci dit, elle paraît plausible à l’anthropologue que je suis. C’est un très beau texte, axé sur le deuil (je le reproduis ci-dessous). Quel que soit le lien entre ce texte rédigé par Henry A. Smith et les paroles réellement prononcées par le Chef Seattle, vous noterez quand vous l’aurez lu qu’il n’y a rien de commun entre ce texte et celui que cite Martine et auquel j’ai réagi et qui est donc une œuvre de fiction datant de 1971, rédigée par Ted Perry comme un élément dans un scénario de film.

      Ce qui m’avait fait tiquer, c’est que si le texte qui circule aujourd’hui (celui de 1971) exprime à la perfection la pensée hippie de la fin des années 1960, il ne présente aucun des traits typiques de la pensée amérindienne.

      Version 1 (below) appeared in the Seattle Sunday Star on Oct. 29, 1887, in a column by Dr. Henry A. Smith.

      « CHIEF SEATTLE’S 1854 ORATION » – ver . 1
      AUTHENTIC TEXT OF CHIEF SEATTLE’S TREATY ORATION 1854

      Yonder sky that has wept tears of compassion upon my people for centuries untold, and which to us appears changeless and eternal, may change. Today is fair. Tomorrow it may be overcast with clouds. My words are like the stars that never change. Whatever Seattle says, the great chief at Washington can rely upon with as much certainty as he can upon the return of the sun or the seasons. The white chief says that Big Chief at Washington sends us greetings of friendship and goodwill. This is kind of him for we know he has little need of our friendship in return. His people are many. They are like the grass that covers vast prairies. My people are few. They resemble the scattering trees of a storm-swept plain. The great, and I presume — good, White Chief sends us word that he wishes to buy our land but is willing to allow us enough to live comfortably. This indeed appears just, even generous, for the Red Man no longer has rights that he need respect, and the offer may be wise, also, as we are no longer in need of an extensive country.

      There was a time when our people covered the land as the waves of a wind-ruffled sea cover its shell-paved floor, but that time long since passed away with the greatness of tribes that are now but a mournful memory. I will not dwell on, nor mourn over, our untimely decay, nor reproach my paleface brothers with hastening it, as we too may have been somewhat to blame.

      Youth is impulsive. When our young men grow angry at some real or imaginary wrong, and disfigure their faces with black paint, it denotes that their hearts are black, and that they are often cruel and relentless, and our old men and old women are unable to restrain them. Thus it has ever been. Thus it was when the white man began to push our forefathers ever westward. But let us hope that the hostilities between us may never return. We would have everything to lose and nothing to gain. Revenge by young men is considered gain, even at the cost of their own lives, but old men who stay at home in times of war, and mothers who have sons to lose, know better.

      Our good father in Washington–for I presume he is now our father as well as yours, since King George has moved his boundaries further north–our great and good father, I say, sends us word that if we do as he desires he will protect us. His brave warriors will be to us a bristling wall of strength, and his wonderful ships of war will fill our harbors, so that our ancient enemies far to the northward — the Haidas and Tsimshians — will cease to frighten our women, children, and old men. Then in reality he will be our father and we his children. But can that ever be? Your God is not our God! Your God loves your people and hates mine! He folds his strong protecting arms lovingly about the paleface and leads him by the hand as a father leads an infant son. But, He has forsaken His Red children, if they really are His. Our God, the Great Spirit, seems also to have forsaken us. Your God makes your people wax stronger every day. Soon they will fill all the land. Our people are ebbing away like a rapidly receding tide that will never return. The white man’s God cannot love our people or He would protect them. They seem to be orphans who can look nowhere for help. How then can we be brothers? How can your God become our God and renew our prosperity and awaken in us dreams of returning greatness? If we have a common Heavenly Father He must be partial, for He came to His paleface children. We never saw Him. He gave you laws but had no word for His red children whose teeming multitudes once filled this vast continent as stars fill the firmament. No; we are two distinct races with separate origins and separate destinies. There is little in common between us.

      To us the ashes of our ancestors are sacred and their resting place is hallowed ground. You wander far from the graves of your ancestors and seemingly without regret. Your religion was written upon tablets of stone by the iron finger of your God so that you could not forget. The Red Man could never comprehend or remember it. Our religion is the traditions of our ancestors — the dreams of our old men, given them in solemn hours of the night by the Great Spirit; and the visions of our sachems, and is written in the hearts of our people.

      Your dead cease to love you and the land of their nativity as soon as they pass the portals of the tomb and wander away beyond the stars. They are soon forgotten and never return. Our dead never forget this beautiful world that gave them being. They still love its verdant valleys, its murmuring rivers, its magnificent mountains, sequestered vales and verdant lined lakes and bays, and ever yearn in tender fond affection over the lonely hearted living, and often return from the happy hunting ground to visit, guide, console, and comfort them.

      Day and night cannot dwell together. The Red Man has ever fled the approach of the White Man, as the morning mist flees before the morning sun. However, your proposition seems fair and I think that my people will accept it and will retire to the reservation you offer them. Then we will dwell apart in peace, for the words of the Great White Chief seem to be the words of nature speaking to my people out of dense darkness.

      It matters little where we pass the remnant of our days. They will not be many. The Indian’s night promises to be dark. Not a single star of hope hovers above his horizon. Sad-voiced winds moan in the distance. Grim fate seems to be on the Red Man’s trail, and wherever he will hear the approaching footsteps of his fell destroyer and prepare stolidly to meet his doom, as does the wounded doe that hears the approaching footsteps of the hunter.

      A few more moons, a few more winters, and not one of the descendants of the mighty hosts that once moved over this broad land or lived in happy homes, protected by the Great Spirit, will remain to mourn over the graves of a people once more powerful and hopeful than yours. But why should I mourn at the untimely fate of my people? Tribe follows tribe, and nation follows nation, like the waves of the sea. It is the order of nature, and regret is useless. Your time of decay may be distant, but it will surely come, for even the White Man whose God walked and talked with him as friend to friend, cannot be exempt from the common destiny. We may be brothers after all. We will see.

      We will ponder your proposition and when we decide we will let you know. But should we accept it, I here and now make this condition that we will not be denied the privilege without molestation of visiting at any time the tombs of our ancestors, friends, and children. Every part of this soil is sacred in the estimation of my people. Every hillside, every valley, every plain and grove, has been hallowed by some sad or happy event in days long vanished. Even the rocks, which seem to be dumb and dead as the swelter in the sun along the silent shore, thrill with memories of stirring events connected with the lives of my people, and the very dust upon which you now stand responds more lovingly to their footsteps than yours, because it is rich with the blood of our ancestors, and our bare feet are conscious of the sympathetic touch. Our departed braves, fond mothers, glad, happy hearted maidens, and even the little children who lived here and rejoiced here for a brief season, will love these somber solitudes and at eventide they greet shadowy returning spirits. And when the last Red Man shall have perished, and the memory of my tribe shall have become a myth among the White Men, these shores will swarm with the invisible dead of my tribe, and when your children’s children think themselves alone in the field, the store, the shop, upon the highway, or in the silence of the pathless woods, they will not be alone. In all the earth there is no place dedicated to solitude. At night when the streets of your cities and villages are silent and you think them deserted, they will throng with the returning hosts that once filled them and still love this beautiful land. The White Man will never be alone.

      Let him be just and deal kindly with my people, for the dead are not powerless. Dead, did I say? There is no death, only a change of worlds.

    10. chris06, vigneron et Jean-Luc ont donc résolu ensemble le mystère du Chef Seattle prononçant en 1854 et en 1971 deux discours sans rapport aucun l’un avec l’autre… le Chef Seattle dans sa récente incarnation étant le scénariste Ted Perry.

      Il me reste des exemplaires de L’implosion (2008), La crise (2008), L’argent, mode d’emploi (2009) et Le prix (2010). Dites-moi lequel vous convient et communiquez-moi votre adresse.

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