« STALKER »

Vous êtes nombreux à commenter la vidéo que j’ai mise en ligne hier : celle des journalistes japonais se rendant dans la zone évacuée autour de la centrale de Fukushima.

Vous associez, vous évoquez différents souvenirs. Je suppose ne pas être le seul à penser au sublime Stalker d’Andreï Tarkovski, tourné par lui en 1979.

Tarkovski est enterré à Sainte-Geneviève-des-Bois. Si vous habitez par là…

Pour ceux qui n’auraient pas vu Stalker, un extrait

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28 réflexions sur « « STALKER » »

  1. Vous avez raison, c’est exactement à ce film que fait penser la video que vous avez mise en lien hier. Et cependant Stalker est un film codé et d’espoir ( en tout cas un film de croyance) et la zone est un espace symbolique organisé spatialement en spirale pour aller vers la chambre des vœux (au plus profond de soi en quelque sorte) y dénicher quelque chose de supérieur en quoi croire. Et le stalker en est le guide dont la croyance et le déplacement sont emplis de doutes. Il n’y a donc pas de croyance sans doute. Mais les images vue hier dans leur crudité n’ont pas le même sens, ce n’est pas de chemin d’accès vers un dieu possible qu’il s’agit mais d’une angoisse véritable et d’une apocalypse devinable. Ces animaux errants, ces camions en convoi, ces bip-bip, ces écroulements, c’est la Zone effectivement mais sans espoir. On pouvait déjà remarquer cela dans la vidéo d’arrosage avec camions blindés oranges. Il y fait un temps magnifique avec un soleil que l’on devine irradiant. Terrible.

    1. « et la zone est un espace symbolique organisé spatialement en spirale pour aller vers la chambre des vœux (au plus profond de soi en quelque sorte) y dénicher quelque chose de supérieur en quoi croire. »

      Pas mal. Ça nous change du biftek or not biftek dans sa gamelle de L-F Céline.

      1. A. T. : Nous sommes très fautifs envers le verbe. Le verbe n’a de force magique que lorsqu’il est vrai. Aujourd’hui le verbe est utilisé pour cacher les pensées. En Afrique, on a découvert une tribu qui ne connaît pas le mensonge. L’homme blanc a essayé de leur expliquer et ils n’ont pas compris. Essaye de comprendre la mystique de ces âmes-là, et tu sauras pourquoi au début il y avait le verbe. L’état du verbe démontre l’état spirituel du monde. Actuellement l’écart entre le verbe et ce qu’il signifie ne fait que s’amplifier. C’est très étrange. C’est une énigme !

        Merci pour cet espace de générosité –
        Singulier et pluriel
        Ben voilà c’est tout.
        je suis : écholière.
        Lise

    2. Vous avez raison de mentionner le contraste entre la réalité japonaise sans espoir et le message d’espérance contenu dans le film de Tarkovski. Je crois pourtant que le contraste n’oppose pas la réalité au film mais nous invite à transcender la réalité au nom de l’espérance. Ce n’est évidemment pas un hasard si la Zone décrit un monde post-nucléaire. Déjà, dans le film, la réalité nous plonge dans le désespoir absolu et il revient à chacun des personnages de surmonter son pessimisme qui n’est plus alors que l’expression d’une compromission acceptée au monde « tel qu’il est ». Le Stalker, qui espère, qui doute, qui est aussi l’innocent, le simple, est le guide non pas vers un au delà mais vers un en-deça de nous même, fondamentalement espérant, doutant, innocent et simple. De la même manière, on peut regarder les images de la réalité du Japon avec le désespoir qui est à mesure. On peut aussi y voir une expression de cette démence, pour une fois généreuse et prometteuse, à coup sûr sacrée (si proche du sacrifice), en tout cas irrémédiablement tragique, qui fait qu’il y ait des hommes qui y vont « quand même ». Cela s’était déjà passé à Tchernobyl (ces liquidateurs qui ont sauvé l’Europe et qui n’ont gagné que l’oubli).
      Et puis on peut même tenter de fondre la réalité et le film et faire de cette zone (tantôt fiction, tantôt située à Fukushima, tantôt dans la zone rouge en Irak, tantôt à l’ombre nanométrique des électrons qui enregistrent les dettes de populations entières) le symbole de notre temps et, de là, en déduire un message pour nous. Nous sommes tous à proximité d’une Zone dont le centre invisible est mobile. Notre destin est d’une certaine façon beaucoup plus proche de celui des liquidateurs, qu’ils soient soviétiques ou japonais, que de ceux qui les envoient en mission. Selon le point de vue qu’on adopte, la réalité est soit désespérée (c’est le point de vue du maître, de celui qui envoie à la mort, de celui qui a peur et qui commande parce qu’il a tout à perdre), soit espérance, doute, innocence et simplicité (c’est le point de vue aveugle des sociétés humaines).
      Ah, l’intranquillité !

  2. Tout d’ abord, Je suis bouleversé par ce qui se passe à Fukushima – une tragédie absolue qui va pourrir la vie aux Japonais pour très longtemps et dont il est beaucoup trop tôt pour même entrevoir un bilan ( alors aller au Japon faire la leçon aux Japonais comme notre nabot Sarko et réaffirmer le choix du Nucléaire, c’ est pour moi d’ une bêtise et d’ une irresponsabilité sans noms….)
    mais beaucoup se sont déjà exprimés sur le sujet.
    merci de passer un extrait de cet immense réalisateur que fut Tarkovsky :
    Tous ses films furent prodigieux ( avec pour moi une préférence pour Le miroir (zerkalo) et Solaris).
    L’objet de mon post est une mise en garde : Comme l’ indique le comment sur you-tube laissé ci-dessous, la bande son de certaines rééditions de DVD de Tarkovsky n’ a plus grand-chose à voir avec les originales.
    Tarkovsky était un maitre de la suggestion par la puissance de l’ image… Les sons et la musique n’ étaient pas ajoutés à la légère…. Dans l’ extrait ci-dessus, la bande son a été manifestement « enrichie », on a ajouté des synthés new-age stupides et amplifiés certains bruits, dès fois que le spectateur ne soit pas assez fin pour associer les bonnes émotions à l’ image, là, on lui bourre les oreilles avec de la camelote style Jean Michel Jarre….
    je souscris au comment ci-dessous extrait de you-tube….
    It’s horrible to see this version. The stupid keyboard music isn’t in the original sound track of the film. It was later added by the dvd makers Ruscico. The original soundtrack is available as mono, but Ruscico made a stereo track in which they added this incredible stupid new age music. It certainly isn’t Eduard Aremievs music as mentioned by KippenhanFilms. Not only did they add this music, but also gunshots in a previous scenes and other sounds. Tarkovsky is turning in is grave.
    michielrummens il y a 2 mois 7

    Et si jamais même les roses deviennent radioactives, on pourra toujours essayer d’ actualiser Ronsard : Mignonne, allons voir Solaris….

  3. Nous avons peut-être un inconscient collectif en fonctionnement…A moins que la récurrence de Fukushima dans les medias n’en fasse déjà une sorte d’abstraitre représentations de la divergence mondiale, comme l’est la tour du WTC explosant sous le coup de boutoir aérien de vaisseaux anti-capitalistes, pour certains, sous la bannière du Mal, pour d’autres.

    Je vois dans la lande de Stalker un endroit où tout peut arriver; les repères y sont improbables, incertains et mouvants. La réalié évolue du morne au possiblement éruptif. Consécutivement, il n’y aucun possible, là, au bord du monde que nous connaissons et qui ouvre sur l’ailleurs, l’extra-terrestre qui est quand même sur notre Terre et pourtant n’y appartient nullement.

    Cette utopie (lieu de nulle part) est surveillée par une sorte de check-point, et des trains qui s’y rendent comme ils peuvent aller à la Garenne-Colombes ou Perpignan.
    Cette bulle de normalité maintenue, comment ne pas reconnaitre son sombre reflet dans les propos vains, les mensonges, la posture, désespérée dans son ridicule, de nos représentants du peuple, qu’ils soient français, japonais, états-uniens ou autres, et des leaders de TEPCO, de BP, Arveva, Union Carbide, Servier, American Steel et autres AZF ?…

  4. On dit que s’expliquent ainsi les cancers de l’équipe technique dont la cause serait déchets toxiques de la zone industrielle qui a servi de décor.

  5. L’Homme doit semble t-‘il détruire tout ce qu’il ne peut pas être, pour redécouvrir sa véritable puissance d’être.

  6. Ô mais quelle bonne surprise! J’ai découvert le livre ado ainsi que solaris de Satislnas LEM, puis j’ai vu les films. Le thème de ces vadrouilleurs de l’espace qui laissent leurs déchets sur place (qui n’a pas fait ça) était un axe novateur à l’époque. Depuis nous avons eu District 9, le thème étant, non pas un méchant envahisseur de l’espace, mais, simplement , une panne qui les oblige à rester sur terre; d’abord bien acceuilli, ça tourne vite au guetto (en plus ça se passe en Afrique du sud) à voir absolument pour les amateurs.
    Pour rebondir sur la catastrophe japonaise, à l’évidence on a plus à craindre durablement une fin de monde « civilisé » de la part des humains que de la nature elle-même.
    La Nature n’a pas le culte de la performance, nous si. Elle est radioactive, un peu, nous la concentrons et en mourrons, l’opium et la feuille de coca poussent sans concéquence, nous créons l’héroïne et la cocaïne, toujours dans cet esprit de distillation maximum. C’est ça qui nous perd, la recherche de l’effet maximum, du profit maximum. Quand je regarde mon âne et mes poules, et tous les animaux qui m’entourent, j’essaye de les imiter pour percer le secret de leur paix intérieur. Et j’y arrve un peu. Amitiés

  7. Il ne s’agit pas d’un extrait du film mais d’un montage, une sorte de bande annonce mais qui en dit un peu trop long sur le film selon moi.
    Gare au spoiler.

    Le film est cependant un incontournable, comme tous ceux du réalisateur (à voir dans l’ordre pour finir par le Sacrifice, qui va laisser des traces au spectateur), a aller voir d’urgence si vous ne connaissez pas.
    Stalker est peut être mon film favori, mais c’est très particulier.
    Le livre a été réédité, mais étonnamment les films de Tarkovski ne sont pas remastérisés (pour une sortie blu ray).

  8. Je n’ai jamais aimé ce film et ces commentaires « Tarovskiens » me confortent.
    Les notions d’espoir qu’il véhicule me semblaient et me semblent toujours complètement obsolètes et dépassés, comme si la catastrophe était terminée, alors qu’elle perdure.

    Les projections auxquelles j’ai assisté étaient déjà insuffisante à assurer l’intégrité intellectuelle des profs qui présentaient le film, avec une une pseudo forme d’abstraction obsolète et complaisante.

    Cette espèce de quête du graal est tout juste bonne pour une intelligenstia européènne vielllissante qui va se glorifier elle même une fois par an au festival de Bayreuth-Beyrouth.
    Ca pue et c’est mort, comme beaucoup de croyances.

    Cette vidéo et la dose de racoactivité dont elle est le véhicule me semblent plus à rapprocher d’une forme de paranoïa active décriée, et pourtant bien réèlle, que l’on retrouve dans les bouquins de Thomas Pynchon et de K Dick.
    Pour ces images bien réèlles du net, un grand merci à M. Jorion à l’équipe du blog et aux courageux journalistes japonais !

    1. Bonsoir
      Dans ce film, vous y avez vu surtout de l’espoir « ridicule »(un autre très bon film)…!!!, Moi, comme Wikipedia, j’y vois plutôt, l’oeuvre en action « de tout simplement un truqueur, un superbe sophiste qui arrive à faire vivre, à faire ressentir dans le monde réel nos émotions, nos intentions les plus cachées… » Paul – que je défends absolument, lui et son site – reste un ethnologue, ne jamais oublier la formation de base qui vous marque comme l’empreinte des poussins à la naissance!!!… Gratuite, cette vidéo… ??? !!!! Peut-être, mais pas sûr!!!
      Chris

    2. L’espoir de Andreï Tarkovski n’est pas humain, pas social non plus. Il s’agit juste de la vision chrétienne du monde qu’il avait. Espérer ne veut pas dire entrevoir une fin positive, mais trouver en soi une force ou une faiblesse capable d’imaginer qu’il puisse y avoir autre chose ensuite. Sans doute croire aujourd’hui est obsolète et dépassé mais on peut s’accorder sur le fait que tout cela est histoire de choix individuel. C’est ce chemin qu’avait trouvé Tarkovski, c’est tout. On peut ne pas croire et essayer de comprendre cela, en tout cas on perd énormément à ses films si on n’en tient pas compte. Si des personnes vous ont certifié que cela avait un rapport avec Bayreuth, il ne faut pas les croire, elles étaient vraissemblablement mal informées. Pour ce qui est de la paranoïa dans la vidéo filmée au Japon, on peut en douter, il s’agit tout juste un bloc de réel bien affuté même si le net n’est pas forcément le garant de la conservation du réel.

  9. De Tarkovsky, je n’avais vu que « le miroir » qui m’avait fascinée . Je l’ai revu une seconde fois et, apprenant qu’il faisait l’objet d’un cours spécifique à l’université ( Arts du Spectacle, option cinéma) , j’ai assisté à ce cours hebdomadaire pendant tout son trimestre l’an dernier. Ce cours portait en particulier sur le son . Tarkovsky refusait que la bande son soit une redondance de l’image mais il voulait qu’elle ait sa propre signification, modifiant l’impression, le sentiment, procurés par l’image. Très très fort .
    Si ces films de Tarkovsky que vous mentionnez ne passent pas au ciné-club provincial, il faudra que je trouve le moyen de les voir quand même . Vous me donnez envie de voir aussi ce film de Lopouchansky .

  10. Sans doute plus qu’un film tant la création dépasse, déborde littéralement, le cadre habituel d’un film. Il est difficile de parler de ce film au sens ou l’on risquerait d’en faire une relation un peu neutre, ou l’objet d’une aimable conversation de salon. Difficile car cette oeuvre décrit un univers (comme Le Miroir auparavant et plus tard Nostalghia) et non pas seulement une histoire (on ne peut parler d’un univers en trois mots et quelques sentences bien frappées). C’est la création d’un homme libre et qui semble avoir vécu dans sa chair l’univers qu’il montre. C’est encore plus difficile d’en parler si l’on ressent que son oeuvre traite de la puissance de l’esprit c’est-à-dire en définitive de la liberté, la vraie, et de l’amour, le vrai. La « Mère Russie » a enfanté quelque fois de biens beaux enfants.

  11. Ca doit être la différence de génération, moi j’ai plutôt pensé au jeu S.T.A.L.K.E.R.: Shadow of Chernobyl

    La où c’est plus interpellant, c’est que certains les enfants des liquidateurs ont appréhendé le travail de leur père après avoir joué au jeu vidéo (en mettant à part l’aspect fps bien sûr). Les parents ne parlaient pas de ce qu’ils faisaient à Chernobil. C’est au travers de l’ambiance du jeu vidéo qu’ils ont commencé à parler de leur travail et du danger des radiations.

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