SAUVER LA DÉMOCRATIE PAR L’ARTICLE 16 DE LA CONSTITUTION FRANÇAISE, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité.

Relier le droit à la réalité par la faillite

Il est une loi essentielle du régime politique de la liberté d’entreprendre : la possibilité et l’occurrence de la faillite. Si l’entrepreneur est infaillible, il est impossible de poser des limites concrètes de la liberté de chaque citoyen à entreprendre sans léser autrui. Avant d’être un fait matériel, la faillite doit être concevable par la Loi. La faillite doit être une conséquence raisonnable de la définition de l’entreprise et de la liberté. Tout entrepreneur potentiel doit avoir la notion de ce qu’est son entreprise dans sa liberté limitée par celle des autres. La loi sur les faillites délimite  la transformation du réel par la liberté d’entreprendre. La limitation de la faillite par la loi  provoque l’entreprise.

Les démocraties occidentales ont une expérience substantielle d’application du droit des faillites. Les créanciers d’entreprise, les entrepreneurs et gens de droit connaissent la complexité des entrelacs d’intérêts à la veille, pendant ou après une faillite. Ils découvrent tous les écarts possibles entre la réalité visible et invisible des actifs saisissables ; tous les écarts possibles entre la réalité dicible dans des comptes et la réalité secrète des intérêts en jeu. Dans la complication des intérêts concurrents, le point crucial est l’instant légal de la cessation de paiement. Avant la cessation de paiement, tous les engagements négociés sont réputés fondés sur une réalité légalement possible. Après la cessation de paiement, tous les engagements négociés hors l’arbitrage du juge sont réputés improbables et illégaux. Après la cessation judiciaire des paiements, il est impossible de supputer l’équité des contrats sans l’arbitrage neutre du juge ; du représentant de la loi qui décide entre les parties.

Le droit de la liberté d’entreprendre dans la démocratie implique d’admettre, de définir et de juger la faillite. Ainsi la notion de capital s’est-elle imposée comme critère juridique de la faillibilité de l’entreprise. Plus le capital est important face aux dettes moins l’entreprise est faillible. Si le capital comptable devient négatif, l’entreprise est en faillite. Tout le droit de la faillite se construit sur la comptabilité du capital en valeur active de l’entreprise réduite par la comptabilité des dettes. La faillibilité de l’entrepreneur et du propriétaire du capital délimite la définition de la valeur d’entreprise. Elle contient les droits que le crédit passif accorde aux créanciers de l’entreprise. La comptabilité en crédit est ce qui fait reposer l’entreprise sur l’État de droit de la démocratie.

La démocratie détruite par l’infaillibilité juridique du capital

Si le droit du crédit est mal posé ou inefficient, le droit du capital qui délimite la faillibilité de l’entreprise devient caduc du point de vue de la liberté. Or depuis la deuxième moitié du XIXème siècle, le droit du crédit est défaillant en Occident. Il admet le pari sur les fluctuations de prix et la responsabilité limitée du capital sur le crédit. Le pari sur le prix consiste à contractualiser un engagement de prix sans obligation de faire vérifier la possibilité de livrer effectivement un objet réel. Le prix à terme peut flotter détaché de toute réalité objective vérifiable. La responsabilité limitée du capital sur le crédit consiste à pouvoir emprunter en laissant les impayés à la charge des créanciers. S’ils ne sont pas assez astucieux ou habiles pour identifier et mobiliser le capital qui garantit leurs prêts, les créanciers assument les pertes de crédit des débiteurs dispensés de capital.

Le libéralisme financier inventé au XIXème siècle consiste donc premièrement à ne plus limiter la mesure du crédit par la réalité possible et vérifiable et deuxièmement à ne plus définir systématiquement le capital comme représentation de la réalité future possible en garantie du crédit. Le privilège d’emprunter sans capital n’avait appartenu qu’au pouvoir régalien ; il est désormais accordé à des intérêts à finalité privée : les banques et les propriétaires de titres de sociétés à responsabilité limitée. Le privilège exorbitant d’emprunter hors de la réalité et hors de la surveillance du bien commun est progressivement compensé pendant le XXème siècle. Le prélèvement fiscal et les assurances publiques restituent aux citoyens une partie de la valeur prélevée sur le bien commun par le crédit sans limite juridique universelle.

En 1971, l’inconvertibilité du dollar en or à un prix défini par la loi supprime toute règle internationale objective de limitation des crédits en dollar. A partir de cette date, tous les États deviennent comme les États-Unis, des entreprises de droit commun public à responsabilité financière limitée. Tous les États de droit peuvent emprunter sans limite objective de réalité. La seule limite existante est subjective : le rapport de force des systèmes de droit nationaux à imposer ses propres critères abstraits du crédit. Dans un premier temps, les démocraties occidentales négocient d’État à État des limites raisonnables d’endettement international. Mais les banques découvrent qu’en s’installant dans plusieurs États, elles peuvent s’approprier totalement les règles du crédit en jouant les États les uns contre les autres.

La valeur de la démocratie piégée dans l’irresponsabilité du capital

Ainsi la monnaie détachée de toute réalité tangible et l’absence de réglementation du crédit entre les États de droit livrent-elles toute la représentation du crédit engendrée par la démocratie à des intérêts privés hors la loi. Non seulement la loi de la démocratie accorde des privilèges d’infaillibilité aux banques et aux États, mais les lois sont mises en concurrence pour soustraire les infaillibles à toute délibération de justice. La crise des subprimes est le coup de grâce de la finance à une démocratie en contradiction avec elle-même. Les États de droit ont été mis en surendettement pour ne pas avoir construit une loi commune de crédit par l’égalité des droits à la valeur. Le concept-même de démocratie est en faillite tant que les démocrates font l’économie d’une règle de limitation de tout crédit par un capital mesurable en réalité vérifiable.

Le crédit est la relation de valeur entre le capital et la réalité comme le capital est la relation de crédit entre la valeur et la réalité. Le libéralisme financier détermine la réalité par la négation : il nie la source du capital dans le travail humain rémunéré par le crédit. Un crédit destructible par l’inégalité réelle des droits et par le prélèvement sur le travail de la valeur du capital. L’inégalité réelle des droits repose sur l’hypothèse d’infaillibilité des actionnaires, des entrepreneurs et des gouvernants politiques. Le détournement en capital de la valeur du travail s’opère par la négociation des salaires sans équilibre des forces entre employeur et salarié. La responsabilité limitée du capital sur les crédits passifs verrouille l’asymétrie de droit. Le libéralisme financier théorisé dans les lois de déréglementation financière ignore la relation humaine de crédit qui justifie le capital par la réalité. Toute différence entre le capital juste et le capital injuste est abolie.

La démocratie formelle est en faillite du point de vue de la démocratie réelle. Les constitutions des démocraties prévoient des pouvoirs d’exception extra-ordinaires (article 16 de la constitution française) pour provoquer le ré-alignement des équilibres juridiques sur la démocratie réelle. Mais la mise en faillite du droit financier libéral n’a pas de sens si elle rompt les relations de crédit entre les démocraties ; si elle rompt la relation des citoyens avec la valeur de la démocratie. La rationalité humaine du crédit implique de garantir la faillibilité de l’État de droit par du capital qui ne soit pas saisissable. Le capital des entreprises nationales de bien commun en faillite potentielle doit être déposé hors de leur souveraineté. Or le capital du bien commun de la démocratie, c’est l’indépendance de la justice à juger de l’accomplissement réel de n’importe quel engagement de droit mesuré par du crédit. Le capital réel de la démocratie est l’intangibilité de la provision judiciaire du crédit. La restauration autoritaire de la démocratie implique la capitalisation du pouvoir judiciaire.

L’État de droit restauré par la monnaie commune des démocraties

Pour soustraire la démocratie au capital virtuel qui l’a achetée, les gouvernements démocrates doivent commettre un coup d’État. Ils doivent remettre rétroactivement la Loi sous la garantie d’un capital réel. Ce capital réel ne peut être que la garantie financière réciproque des démocraties par l’indépendance de leur justice. Ce capital réel ne peut être matérialisé sans une monnaie commune qui soit créée à proportion des garanties versées sur les crédits limités par le contrat et détruite à proportion des crédits non remboursables. Un capital qui soit constitué en monnaie commune à proportion des crédits accordés selon la règle de la monnaie garantie par la communauté des citoyens au-dessus de leurs États nationaux. L’allocation du capital en monnaie commune doit se faire dans un marché commun où tout emprunteur se soumet à la même loi de garantie de son crédit par le capital d’un autre qu’il ne peut contrôler.

Ce marché commun relie le crédit à la réalité par le prix commun de tous les objets réels qui ont une valeur internationale. De tout objet réellement adossé à un capital, un crédit et une monnaie nationale ou internationale. Le marché commun du capital garantissant le crédit sous-jacent à la monnaie s’organise sous la surveillance du juge indépendant dans les démocraties qui abritent les transactions financières. Si le juge d’un régime de démocratie abritant des transactions en monnaie commune n’est pas assez indépendant ou tenu par une loi nationale inique, il peut être jugé par les autres démocraties à travers la dévaluation de la monnaie nationale qui le finance. Le capital commun de la démocratie insaisissable par les États a pour conséquence de permettre la mise en faillite des banques qui ne peuvent pas ou ne veulent pas émettre du capital en monnaie commune qui garantisse leur crédit.

Les Etats nationaux assurent leur dette publique en bancor en vendant leur CDS sur le marché commun. Les parités de change des monnaies nationales se dévaluent en bancor pour établir l’équilibre entre la prime de CDS, la prime de change et la parité à terme aux échéances de la dette publique. Les Etats ne sont plus dépendants des systèmes financiers en monnaie nationale pour garantir leur solvabilité. Du coup, ils peuvent imposer aux banques de dépôt qui sont sous leur souveraineté de couvrir leurs dettes par des primes de change en bancor et des primes de leur CDS en bancor. Si les banques n’ont pas suffisamment de capital pour se couvrir de l’intégralité de leurs dépôts et dettes interbancaires, elles sont obligées de vendre leurs actifs sur le marché du bancor. Si leurs actifs ne sont pas suffisants pour financer la couverture de leur passif alors les banques sont mises en faillite et les passifs non couverts rachetés par les Etats au prix de marché en bancor. Les monnaies nationales sont dévaluées autant que nécessaire en bancor pour que la prime de change reste positive ainsi que la prime de CDS en garantie des dettes publiques en monnaie nationale. Les pays en excédent de réserve de change et en excédent de balance des paiements se portent acquéreurs des primes de change, des primes de CDS et des primes de capital pour optimiser la valeur à terme réelle de leurs avoirs et investissements extérieurs. Marché équilibré par le droit, la logique et la réalité !

La démocratie est la liberté d’entreprendre tout ce qui ne nuit pas à la liberté d’autrui. Ce régime politique est impossible sans un droit du crédit limité par la réalité tangible ; sans un marché régulé par la loi commune d’égalité en droit de réalité de toutes les entreprises humaines. La démocratie, c’est l’intérêt général à articuler et lier les intérêts privés par la transparence et la publicité du droit à la valeur réelle ; à la valeur qui soit humaine, donc justifiée par le droit du plus faible. L’infaillibilité nominale du capital conduit au suicide de la démocratie ; la destruction de l’humain se joue actuellement en toute transparence par le démantèlement financier des États démocratiques. Ce système peut être mis immédiatement en faillite par la reconstitution d’un capital des démocraties en monnaie commune. Alors la monnaie matérialise le droit qui matérialise le capital qui matérialise le crédit qui matérialise la monnaie.

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33 réflexions sur « SAUVER LA DÉMOCRATIE PAR L’ARTICLE 16 DE LA CONSTITUTION FRANÇAISE, par Pierre Sarton du Jonchay »

  1. La légende voudrait qu’à l’instant de mettre sa tête sous le tranchant de la guillotine, elle ait supplié le bourreau : «Encore un moment, monsieur le bourreau» ! Jeanne du Barry (1743 – 1793)

    (Ils en sont là, non, à grappiller quelques instants de plus….)

    Et pourtant, en décembre 1770, elle convainc le roi de se séparer de son Premier ministre le duc de Choiseul, favori de la Pompadour, très complaisant envers les «philosophes» et les parlementaires, chefs de file des classes privilégiées. À sa place accèdent à la tête du gouvernement le duc d’Aiguillon et le chancelier Maupeou qui vont avoir raison des parlementaires et ouvrir la voie à des réformes vigoureuses et pleines de bon sens…

    1. Un peu d’histoire… ce n’est pas la première fois qu’une oligarchie s’inscrit dans un appareil parlementaire (non élu en ce temps là)

      http://www.herodote.net/histoire/evenement.php?jour=17710120

      Louis XV envoie ses mousquetaires au domicile des récalcitrants et les fait exiler en province, sans tenir compte des protestations de l’opinion éclairée, des bourgeois et même des princes du sang (sa propre famille)

      1. Bonsoir
        Après avoir répondu à votre texte du 10/05 17H20 sur un autre fil… je vous retrouve ici…les pieds dans l’histoire!!! Mais donc, si cela était ainsi sous Louis le quinzième ou à l’époque impériale romaine (Auguste puis Tibère), c’est que la cause est ancienne et ailleurs non???!!
        Puisque là où Pierrot (s’il continue sur ce ton « magnifique » à mes yeux, clair, limpide, dans la dénonciation, le sosie de l’Archange, il va devenir!!!) risque de finir embastillé, vous faites appel à l’histoire (et le message est très clair, no problem!!!)
        Aux USA, si vous avez le Britton assez « fluent »… voilà ce qui nous attend en … 2012 et après!!!
        http://www.commondreams.org/view/2011/05/10-2
        ou
        http://www.commondreams.org/headline/2011/05/10-3
        Et là, c’est pas l’histoire, mais bien la réalité de la ploutocratie au pouvoir de nos jours!!!
        Chris

  2. Le Président Sarkosy a sous son nez l’article 16 qui lui permettrait de se faire réélire en apportant à l’Europe les réformes financières, dont il n’a pas été insensible en 2008 !
    En lieu et place de plonger dans une campagne nauséabonde, il pourrait en sortir gagnant !

  3. Pour les marxistes, la démocratie (pouvoir du peuple) présuppose l’existence de classes sociales antagonistes allant de pair avec les catégories marchandes qui les présupposes (salariat, capital, plus value, rente foncière, profit, etc… A contrario, le communisme (communauté humaine) comme la démontre Bordiga sur la question soviétique présuppose l’abolition du salariat, des catégories marchandes et l’extinction de tout État politique et par conséquent de la démocratie (conciliation des classes) pour que puisse hemerger l' » Etre humain (qui) est la Geimaweisen de l’homme »
    « «La sphère de la circulation des marchandises, où s’accomplissent la vente et l’achat de la force de travail, est en réalité un véritable Éden des droits de l’homme et du citoyen. Ce qui y règne seul, c’est Liberté, Égalité et Bentham. Liberté, car ni l’acheteur ni le vendeur d’une marchandise (la force de travail par exemple) n’agissent par contrainte, au contraire, ils ne sont déterminés que par leur libre-arbitre. Ils passent contrat ensemble en qualité de personnes libres et possèdent les mêmes droits. Le contrat est le libre produit dans lequel leurs volontés se donnent une expression juridique commune. Égalίté, car ils n’entrent en rapport l’un avec l’autre qu’à titre de possesseurs de marchandises, et ils n’échangent qu’équivalent contre équivalent. Propriété, car chacun ne dispose que de ce qui lui appartient. Bentham, car pour chacun d’eux il ne s’agit que de lui-même. La seule force qui les mette en présence et en rapport est celle de leur égoïsme, de leur profit particulier, de leurs intérêts privés. Chacun ne pense qu’à lui, personne ne s’inquiète de l’autre, et c’est précisément pour cela qu’en vertu d’une harmonie préétablie des choses, ou sous les hospices d’une providence toute ingénieuse, travaillant chacun pour soi, ils travail lent du même coup à l’utilité générale, à l’intérêt commun. » (L. Ι, t. 1, pp. ]78-179). » INVARIANCE , Première série, numéro 2

    1. Et aussi:

      A Vienne, le porte parole de la communauté Rom s’appelle … Rudolf Sarközy

      source: Rue 89

  4. « Ils doivent remettre rétroactivement la Loi sous la garantie d’un capital réel. »

    Le terme « rétroactif » m’a toujours paru pour le moins aventureux (pour ne pas dire: casse-gueule).

    De plus, la « réalité » d’un capital me paraît bien relative…

  5. SAUVER LA DEMOCRATIE / QUELLLE DEMOCRATIE / JE NE VOIS AUCUNE DEMOCRATIE SUR LA PLANETE / DES SOIT DISANT DEMOCRATIES / J ESPERE VOIR AVANT DE MOURIR L EMERGENCE D UNE VERITABLE DEMOCRATIE JE PENSE QUE C EST INCONTOURNABLE ET LE PREANBULE A LA RESOLUTION DES PROBLEMES IL NI A PA

  6. ARTICLE 16! On revient au point de départ quand la construction initiale (produite par un cycle technologique) a failli: du religieux au militaire au commercant puis au religieux, etc… les grands cycles d’équilibre des sociétés nous voient passer en ce moment de la suprématie du producteur-commerçant (épisode d’Hermès) à celle du guerrier (bientôt), puis au religieux…selon la tri-fonctionnalité de sociétés chère à G. Dumézil:
    la fonction de production et de reproduction: suprématie de la monnaie: le riche,
    la fonction guerrière : suprématie de la force: le courageux,
    la fonction du sacré et de la souveraineté : suprématie de la règle de droit: le concepteur-intelligent,
    Changement de cycle tehcnologique, accélération du temps, déstabilisation de l’ordre ancien, résistance au changement, rupture, force, courage (nous y serons bientôt), monde nouveau:
    « C’étaient de très grands vents sur la terre des hommes, de très grands vents à l’œuvre parmi nous, qui nous chantaient l’horreur de vivre, et nous chantaient l’honneur de vivre, ah! nous chantaient et nous chantaient au plus haut faît du péril, et sur les flûtes sauvages du malheur nous conduisaient, hommes nouveaux à nos façons nouvelles. C’étaient de très grandes forces au travail, sur la chaussée des hommes – de très grandes forces à la peine, qui nous tenaient hors de coutume et nous tenaient hors de saison, parmi les hommes saisonniers, et sur la pierre sauvage du malheur nous restituaient la terre vendangée pour de nouvelles épousailles  » Saint John Perse.

  7. Heu…Recours à l’article 16…Rien que ça…
    Compte tenu de la nature, de l’étendue, des pouvoirs que confère l’article 16, je préfèrerais que ce ne soit sous l’égide d’aucun de nos gouvernants actuels…

    1. @pierrot123,
      L’article 16 exprime constitutionnellement la faillite possible de l’Etat de droit sous-jacent à la constitution. Il organise le rétablissement de l’Etat de droit malgré la compromission des autorités en place dans la faillite en cours. Le principe mis en œuvre par l’article 16 est la négociation libre, permanente et la plus large possible des actions à conduire entre le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif pour restaurer un fonctionnement régulier des institutions. C’est un état d’urgence constitutionnelle construit au-dessus des divergences partisanes. Pour le moment, le parti pris est de dissoudre la responsabilité politique par la suppression de la discussion budgétaire permettant de mesurer la réalité des déficits et des excédents des finances publiques. La Loi cesse d’être la cause du financement de l’économie. L’économie s’affranchit de la démocratie.

    2. « François Mitterrand avait vivement critiqué dans son ouvrage Le Coup d’État permanent les tribunaux d’exception nés de l’application de l’article 16. Il avait avancé un temps l’idée de remettre en cause l’article 16 dans le début des années 1990, avant de se rétracter[réf. nécessaire]. Plus récemment, lors de la campagne présidentielle de l’élection présidentielle française de 2007, Ségolène Royal et François Bayrou ont fait figurer la suppression de l’article 16 dans leurs projets de modifications constitutionnelles. »
      Source Wikipedia;l’encyclopédie du pauvre.

      1. Mitterrand sur de Gôôôlle en 66 dans Le coup d’État permanent :

        Je veux bien que cette dictature s’instaure en dépit de De Gaulle. Je veux bien, par complaisance, appeler ce dictateur d’un nom plus aimable : consul, podestat, roi sans couronne, sans chrême et sans ancêtres. Alors, elle m’apparaît plus redoutable encore. Peut-être, en effet, de Gaulle se croit-il assez fort pour échapper au processus qu’il a de son propre mouvement engagé. Peut-être pense-t-il qu’il n’aura pas de dictature sans dictateur, puisqu’il se refuse à remplir cet office. Cette conception romantique d’une société politique à la merci de l’humeur d’un seul homme n’étonnera que ceux qui oublient que de Gaulle appartient plus au XIXe siècle qu’au XXe, qu’il s’inspire davantage des prestiges du passé que des promesses de l’avenir. Ses hymnes à la jeunesse, ses élégies planificatrices, ont le relent ranci des compliments de circonstance. Sa diplomatie se délecte à recomposer l’Europe de Westphalie. Ses audaces sociales ne vont pas au-delà de l’Essai sur l’extinction du paupérisme. Au rebours de ses homélies « sur le progrès », les hiérarchies traditionnelles, à commencer par celle de l’argent, jouissent sous son règne d’aises que la marche accélérée du siècle leur interdisait normalement d’escompter.

        Le Coup d’État permanent, François Mitterrand, éd. 10/18, 1965, p. 74-75

        Ni Cr. Rien à ajouter.

      2. Hhmm…
        Piotr.

        La prochaine fois que tu qualifies Wikipédia d’encyclopie « du pauvre », je t’oblige à me montrer qu’une encyclopédie payante est de meilleure qualité.

        N’oublie JAMAIS que le travail collaboratif sans fric détruit le capitalisme.

  8. Pierrot.
    T’es sympa, mais à l’ouest.

    Si tu ne t’es pas rendu compte que la faillite et l’impayé étaient devenus des modes de gestion, je ne sais pas ce que l’on peut encore faire pour toi.

    La preuve (que ça se généralise) : les banques en limite-faillite quasi permanente.

    Alors, comme cela demande un mini d’expli., demandes-toi entre autre pourquoi l’écroulement de la valeur de la « titrisation » n’a pas fait couler le bordel et pourquoi les « bourses » sont maintenant limitées à 5 % de chute maxi…

    Tu te rends compte de ce qu’on nous fait avaler ou non..???

    1. En complément, pour te consoler, on est toujours à l’ouest de quelqu’un…
      Et c’est un Breton qui te le dit.
      Te dire à quel point je me rends compte aussi de mon propre malaise…

      Sans rancune.

      1. Yvan ne se mouille pas, c’est l’eau qui s’Yvanise.

        Quand Google ne trouve pas quelque chose, il demande à Yvan.

        Yvan est persuadé qu’en réalité les Suisses ne sont pas neutres : ils attendent simplement de savoir de quel coté se situe Yvan.

        L’alcoolisme des Bretons n’est pas une légende : ils boivent pour oublier qu’Yvan est l’un des leurs.

        Sans rancune !

      1. Vu ceux qui exploitent la mise en faillite organisée et le racket des états : se faire volontairement exploser la panse.

        Mieux vaut faire envie que pitié.

        Julien, vu la situation actuelle, je n’ai même pas envie de te démontrer que ma petite personne a une quelconque importance.
        Croies-le, c’est le princi.. dérisoire.

      2. Alors là. C’est la question.
        Que dis-je, LA question.

        Je cache tellement de choses que j’espère que cela ne fera pas une encyclopédie, tu en as déjà une avec mes blagues vaseuses.

        Je pense que c’est là que nous nous faisons rouler toi et moi.
        La montée de l’individualisme implique plus de choses à cacher, justement.
        Hors, les moyens permettent d’exposer les « péchés » de n’importe qui sur terre…

        Soit, et comme toujours, ceux qui ont les moyens sont gagnants.

  9. Monsieur Sarton du Jonchay,

    Vous raisonnez toujours comme si le capitalisme était le seul mode de pensée qui convient aux hommes. Mais la faillite n’existe que dans le cadre du capitalisme, il faut en être conscient. La liberté d’entreprendre n’est en dehors de ce cadre pas conditionnée à la faillite, mais bien plutôt à l’échec. Et quand on échoue, on recommence. Pour s’améliorer, et réussir. Dans le cadre du capitalisme, la faillite est bien prévue par la Loi, et tout est -presque- comme vous dites. A part qu’Elle permet également les excès que vous dénoncez par ailleurs, et qui entrent en contradiction totale avec la démocratie. http://calebirri.unblog.fr/2011/01/19/leconomie-contre-le-social-leurope-joue-un-jeu-dangereux/

    Car qui possède les juges possède la Loi, et le plus riche les achètera. qu’y changerait le bancor ?

    Le bancor est une illusion de plus. Une monnaie unique contrôlée par un petit groupe ne peut être considéré comme l’avenir de la démocratie, à moins que de considérer que les hommes ne valent que des chiffres indifférents ( http://calebirri.unblog.fr/2011/03/27/la-valeur-de-lhomme-une-erreur-de-calcul-capitaliste/ ). Tant que les hommes qui nous gouvernent seront portés à satisfaire leurs propres intérêts plutôt que celui de leurs peuples, alors la démocratie sera impossible.Et tant que le capitalisme gouvernera la volonté des gouvernants, ils ne seront pas portés à satisfaire aux volontés du peuple.

    Le véritable coup d’Etat est bien celui du bancor ( http://calebirri.unblog.fr/2010/10/30/tentative-de-coup-detat-contre-leurope/ ) , qu’on aura fait miroiter comme solution ultime d’un nouvel ordre économique mondial, avec à la tête de cet immense pouvoir ceux là mêmes qui sont en train de le perdre pour les raisons logiques du capitalisme, qui montre ses incompatibilités avec la démocratie : si nous assistons à un retournement de ce dernier ( http://calebirri.unblog.fr/2010/06/27/le-retournement-du-capitalisme/ ), c’est justement parce que la Chine et tous ceux qui ne respectent ni les droits de l’homme ni du travail sont attractifs, incitant les pays « démocratiques » à rogner sur les avantages sociaux pour rester compétitifs.

    C’est que l’origine de tous nos problèmes EST l’argent, comment les régler avec son concours ?

    L’utilisation de l’article 16 ne servirait, une fois de plus, qu’à maquiller une arnaque par une plus grosse encore, et à imposer aux peuples l’inverse de ce qu’ils désirent, c’est à dire de les sacrifier pour conserver les pouvoirs qu’ils leurs ont usurpé.

    Tant que nous ne nous résoudrons pas à admettre notre erreur historique et collective, nous ne pourrons pas avancer. L’argent nous a été utile, mais le système trouve ses limites : les hommes sont trop faibles pour lui résister, il lui faudra donc apprendre à s’en passer. Pour ne pas tout détruire ( http://calebirri.unblog.fr/2011/03/13/entre-decadence-et-destruction-notre-civilisation-va-devoir-choisir/ ).

    1. Cher Caleb Irri,

      Je vous comprends et vous approuve sauf pour le bancor. Comme nous sommes libres l’un et l’autre, nous faisons la même analyse à partir des mêmes constats mais optons pour des primes distinctes. Vous pour la prime non monétisée et moi pour la prime du bancor. Vous constatez l’échec ou la faillite du capitalisme et proposez un retour à l’économie primitive sans argent puisque l’argent corrompt. Du même constat, j’opte pour l’hypothèse que l’argent corrompt parce qu’adopté comme bien absolu, parce que simulant l’infaillibilité de celui qui le possède. Je propose donc de ne pas chercher à supprimer l’argent mais de l’enfermer dans une boite de faillibilité humaine.

      Cette boite, c’est le marché d’option en bancor ou tout prix nominal en monnaie est assorti d’une prime. La prime d’option montre et matérialise le choix d’un nominal ainsi que la relativité de son prix. La prime est le prix de l’erreur possible sur la valeur réelle du nominal. Et la prime doit être portée, payée en monnaie à l’annonce du prix nominal pour que la non-valeur possible du nominal soit imputable à celui qui dit que le nominal a de la valeur. La boite d’optionalité en bancor de la monnaie n’enferme pas seulement les objets réels négociables et leur nominal mais les acheteurs et vendeurs de toute valeur appréciée en bancor. Celui qui entre dans le marché du bancor s’enferme dans l’équilibre opté de la réalité nommée par un prix de faillibilité personnelle.

      Le principe de l’option du bancor est de n’engager aucun prix sans racheter sa faillibilité par un prix qu’on n’évalue pas soi-même. Le marché est obligé de porter la faillibilité dans les primes de crédit qu’il vend à ses membres. Le principe est que personne n’échappe au prix de sa faillibilité : spécialement pas les gouvernants politiques et spécialement pas les actionnaires financiers et spécialement pas les banques centrales. Tout pouvoir présente sa faillibilité sur le marché des primes en bancor. Tout pouvoir négligeant de se faire coter en bancor avoue son infaillibilité et par là-même la tyrannie qu’il exerce sur ses ressortissants. Tout crédit public ou financier dont la prime n’est pas achetée sur le marché du bancor est une tentative au minimum passive de corruption par l’argent.

      Le coup d’Etat du bancor est paradoxal : il restaure l’État par la mesure internationale de sa faillibilité. Il s’agit bien d’un coup d’Etat qui vise à briser l’absolutisme financier et l’absolutisme juridique qui sont deux attributs de l’État. Le bancor réduit l’absolutisme juridico-financier par la démocratie ; par l’égalité réelle des droits humains à ne pas subir l’infaillibilité nominale des autres fussent-ils représentants du pouvoir politique, financier ou économique. Pour que le juge ne soit pas acheté, il est sanctuarisé sur le marché du bancor par trois réalités. Il est directement financé par la fiscalité sur les transactions. Les États sont mis en concurrence sur leur seule capacité à rendre la justice. La communauté multinationale des juges de la démocratie forme cour d’appel pour un juge corrompu par son système juridique national.

      La seule préfiguration de la démocratie multinationale dont nous disposions à l’instant présent, est l’Union Européenne.

      1. Décidément, monsieur Sarton du Jonchay, vous êtes un optimiste ! moi qui me targue souvent d’avoir confiance en l’être humain, je dois admettre que vous m’étonnez ! Mais je crois avoir trouvé ce qui nous fait diverger : vous semblez comme moi croire à la bonne volonté des humains, mais vous les imaginez forts, tandis que je les crois faibles… Et cela change tout..

        Car si l’homme est assez faible pour avoir accepter l’argent comme bien absolu, s’il est assez faible pour croire en cette illusion que vous appelez « simulation » tout en l’acceptant, alors l’argent corrompra toujours, bancor ou pas bancor.

        D’ailleurs, si l’on jugeait de la faillibilité non plus selon une illusion basée sur la confiance (ou non) mais sur la réalité « objective » de la valeur, la notion de prix perdrait d’elle même sa valeur, car un prix ne peut pas avoir qu’une valeur « subjective ». En d’autres termes et pour aller plus vite, si les hommes n’étaient pas si faibles et donc si corruptibles, alors le monde n’aurait besoin d’aucune monnaie d’aucune sorte.

        Mais puisqu’à mon avis ils le sont, alors il vaudrait mieux supprimer l’argent, la corruption disparaîtrait d’elle-même… http://calebirri.unblog.fr/2011/04/29/lextra-terrestre-le-capitalisme-et-moi/

      2. @Caleb Irri,
        Oui je suis optimiste en voyant que Staline, Mao et Pol Pot ont échoué à supprimer l’argent pour le bien de l’humanité. Cela nous laisse l’option d’utiliser l’argent pour faire le bien. Oui, bancor ou pas bancor, l’argent corrompra toujours : il y aura toujours des sujets d’argent pour utiliser cet objet à corrompre leur prochain. Choisissons-donc de définir le bancor comme nominal non corrompu de l’argent corrupteur évalué dans la prime. N’avons-nous pas la faculté de nommer le bien commun à l’intérieur de notre corruption ?

  10. Ce matin crachouille et gris-houille, ici, la-bas, partout, et les printemps sont morts, et l’automne et l’été. Ce Monde désespère, appelle à la folie, cette europe au suicide.
    Et Sartron en appelle à notre article 16…
    Donne moi pharmacien mon Prozac quotidien. La mort sûre des fruits trop mûrs partout me sourit. Qu’on me laisse déjeuner en paix… Bordel de Dieu !

    1. pour ne pas détremper sa madeleine

      Oneohtrix point never – returnal
      http://www.youtube.com/watch?v=jxiWjl9GPhM&playnext=1&list=PL8C12658679C9407A

      Ennuagé, texte d’Armand Robin
      http://vimeo.com/17926590

      Charles Bukowski – Le coeur riant (The Laughing Heart, 1996)

      Ta vie est ta vie
      Ne te laisses pas abattre par une soumission moite
      Sois à l’affût
      Il y a des issues
      Il y a de la lumière quelque part
      Il y en a peut-être peu
      Mais elle bat les ténèbres
      Sois à l’affût
      Les dieux t’offriront des chances
      Reconnais-les
      Saisis-les
      Tu ne peux battre la mort
      Mais tu peux l’abattre dans la vie
      Et le plus souvent tu sauras le faire
      Le plus il y aura de lumière.
      Ta vie, c’est ta vie.
      Sache-le tant qu’il est temps
      Tu es merveilleux
      Les dieux attendent cette lumière en toi.

  11. bonjour!

    deux questions qt au bancor :

    par ex : admettons le bancor à la place de l’euro. Il autorise des monnaies nationales.
    De même à l’échelon régional par rapport au national (là, le bancor est national, les monnaies régionales), et de même mondial/national.
    Mais une articulation entre plusde deux niveaux : par ex bancor international, monnaie nationale, « sous monnaie régionale »…, c’est possible, compliqué, impossible?

    qd il y a rattachement d’une zone économique, ou son détachement, quel impact pour ce qui est de la valeur du bancor et de celle des monnaies qu’il circonscrit?

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