NOTRE CERVEAU : CONSCIENCE ET VOLONTÉ

Le biologiste François Jacob a utilisé à propos de notre cerveau, une image admirable : le cerveau humain est conçu, dit-il, comme une brouette sur laquelle aurait été greffé un moteur à réaction. Par cette image frappante, il attirait notre attention sur le fait que notre cerveau n’est pas constitué comme une machine d’une seule pièce. Il y a en son centre, le cerveau reptilien, appelé ainsi parce qu’il possède déjà la même structure chez le reptile, et le cerveau des mammifères s’est construit comme une couche additionnelle, absolument distincte : le cortex est d’une autre nature que le cerveau reptilien. Lequel est celui de la réaction immédiate, celui du réflexe, de l’affect, comme s’expriment les psychologues.

Le cortex s’est spécialisé dans le raisonnement, dans la réflexion rationnelle, l’enchaînement des arguments, le calcul mathématique, et il est greffé sur ce cerveau reptilien qui est lui d’une nature purement instinctive, ce qui fait que nous réagirons par l’enthousiasme ou par la peur devant ce que notre cerveau-cortex aura déterminé de faire. Les plus beaux exemples dans ce domaine, ce sont bien sûrs les traders qui nous les proposent. Ceux d’entre mes lecteurs qui connaissent des traders savent que le jour où ils ont gagné beaucoup d’argent ils sont dans les restaurants et les bars des beaux quartiers, ils fument de gros cigares et boivent beaucoup, alors que les jours où ils ont perdu des sommes impressionnantes, on les voit beaucoup moins : ils sont à la maison, ils essaient de dormir et ont pris des cachets pour tenter d’y parvenir.

Une autre caractéristique de notre cerveau, c’est que la conscience que nous avons de ce que nous faisons, cette conscience n’a pas véritablement été conçue comme un instrument qui nous permette de prendre des décisions. Quand les psychologues sont allés expérimenter, dans les années 1960, autour de la question de la volonté, ils ont fait la découverte sidérante que la volonté apparaît dans le cerveau après qu’a été réalisé l’acte qu’elle est censée avoir déterminé. La représentation de la volonté que nous allons poser un acte, n’intervient en fait qu’une demi-seconde après que l’acte a été posé, alors que l’acte lui-même a pu être réalisé un dixième de seconde seulement après l’événement qui en a été le véritable déclencheur.

Le psychologue qui a découvert cela est Américain et son nom est Benjamin Libet (1916-2007). La première hypothèse qu’il a émise, quand les faits lui sont apparus dans toute leur clarté, a été d’imaginer qu’il existait un mécanisme dans le cerveau qui permet à une information de remonter le temps. Son explication première n’a pas été que « volonté » est un mot dénotant un processus illusoire, une mésinterprétation de notre propre fonctionnement, mais que la volonté devait bien – comme nous l’imaginons spontanément parce que les mots de la langue nous le suggèrent fermement – décider des choses que nous allons accomplir, et que la seule explication possible était que la volonté remonte dans le temps pour poser les actes que nous supposons qu’elle détermine, seule manière de rendre compte du décalage d’une demi-seconde observé.

Il n’y a donc pas comme nous l’imaginions avant la découverte de l’inconscient, une conscience décidant de tous nos actes, à l’exception des actes réflexes. Il n’y a pas non plus, comme Freud l’avait imaginé, deux types d’actes : les uns déterminés par la conscience et les autres par l’inconscient, il n’y a – du point de vue décisionnel – qu’un seul type d’actes, déterminés par l’inconscient, la seule différence étant que certains apparaissent dans le « regard » de la conscience (avec une demi-seconde de retard sur l’acte posé), et certains non.

Dans l’article où je proposais pour la première fois une théorie complète de la conscience tenant compte des découvertes de Libet, j’écrivais : « la conscience est un cul-de-sac auquel des informations parviennent sans doute, mais sans qu’il existe un effet en retour de type décisionnel. C’est au niveau de l’affect, et de lui seul, que l’information affichée dans le regard de la conscience produit une rétroaction mais de nature « involontaire », automatique » (Jorion 1999 : 179). Je suggérais alors de remplacer, pour souligner les implications de la nouvelle représentation, le mot « conscience » par « imagination », et le mot « inconscient », par « corps », pour conclure alors que toutes nos décisions sont en réalité prises par notre corps mais que certaines d’entre elles (celles que nous avions l’habitude d’attribuer à notre « volonté ») apparaissent à notre imagination : « En réalité, la prise de décision, la volonté, a été confiée au corps et non à l’imagination » (ibid. 185).

Il restait à comprendre pourquoi le regard de la « conscience » est apparu dans l’évolution biologique. L’explication – en parfait accord avec les observations de Libet – est qu’il s’agit d’un mécanisme nécessaire pour que nous puissions nous constituer une mémoire (adaptative) en associant à nos percepts, les affects qu’ils provoquent en nous, et ceci en dépit du fait que les sensations en provenance de nos divers organes des sens (nos « capteurs »), parviennent au cerveau à des vitesses différentes (ibid. 183-185).

Les observations de Libet, et la nouvelle représentation de nos prises de décision qui en découle, ont d’importantes conséquences pour nous, et en particulier quand nous voulons reconstruire sur un nouveau mode la manière dont nous vivons. Il faut que nous tenions compte du fait que notre conscience arrive en réalité toujours quelque temps après la bataille.

Il y a des gens heureux : ceux dont la conscience constate avec délice les actes qui ont été posés par eux. Il n’y a pas chez eux de dissonance, il n’y a pas de contradiction : nous sommes satisfaits de constater notre comportement tel qu’il a eu lieu. Et c’est pour cela que l’affect n’est pas trop déçu de ce qu’il observe. L’affect réagit bien entendu : soit il cautionne ce qu’il peut observer comme étant à l’œuvre, soit il est déçu quand il constate le résultat. On peut être honteux de ce qu’on a fait. Nous pouvons nous retrouver parfaitement humiliés par les actes qui ont été posés par nous : par ce que la conscience constate après la bataille. En voici un exemple : je me trouve dans le studio de FR 3, pour l’émission « Ce soir (ou jamais !) », et la personne invitée pour la partie musicale en fin d’émission, c’est Dick Rivers, et je lui dis : « C’est formidable, cette époque où vous chantiez avec Les chaussettes noires ! », et il me répond : « En réalité, le nom de mon groupe, c’était Les chats sauvages ». J’étais tellement humilié d’avoir commis une pareille bévue ! Il s’agit là d’un exemple excellent de dissonance, et ma conscience qui intervenait avec une demi-seconde de retard était extrêmement gênée de devoir être confrontée au triste sire que j’étais.

Bien sûr, nous sommes devenus très forts dans notre manière de vivre avec une telle dissonance : nous réalisons des miracles en termes d’explications après-coup de notre propre comportement. J’écoute parfois, comme la plupart d’entre nous, des conversations dans le métro ou dans le bus où une dame explique à l’une de ses amies à quel point elle était maître des événements : « Elle m’a dit ceci, et tu me connais, je lui ai répondu du tac-au-tac cela, et tu aurais dû voir sa tête… ». Nous sommes très forts à produire des récits autobiographiques où nous intégrons l’ensemble des éléments qui font sens dans une situation, après coup. Plusieurs concepts de la psychanalyse renvoient aux différentes modalités de nos « rattrapages après la bataille », quand la conscience constate les dégâts que nous avons occasionnés par nos actes et tente de « faire avec » : la psychanalyse parle alors d’élaboration secondaire, de rationalisation, de déni, de dénégation, etc.

Pourquoi est-ce important d’attirer l’attention sur ces choses ? Parce que nous contrôlons beaucoup moins de manière immédiate ce que nous faisons que nous ne le laissons supposer dans les représentations que nous en avons. Dans celles-ci, nos comportements sont fortement calqués sur ce qu’Aristote appelait la cause finale : les buts que nous nous assignons. Bien sûr, quand nous construisons une maison, nous définissons les différentes étapes qui devront être atteintes successivement et nous procédons de la manière qui a été établie. Nous avons la capacité de suivre un plan et un échéancier, de manière systématique, mais la raison n’est pas, comme nous le supposons, parce que nous procédons pas à pas, d’étape en étape, mais plutôt parce que nous avons posé la réalisation de la tâche comme un « souci » projeté dans l’avenir, dont l’élimination nous délivrera et nous permettra… de nous en assigner de nouveaux. Encore une fois, c’est l’inconscient ou, si l’on préfère, le corps, qui s’en charge. J’écrivais dans le même article : « Wittgenstein s’est souvent interrogé quant à la nature de l’intention. Il se demande par exemple, « ‘J’ai l’intention de partir demain’ – Quand as-tu cette intention ? Tout le temps : ou de manière intermittente ? » (Wittgenstein 1967 : 10). La réponse à sa question est en réalité « tout le temps dans le corps et de manière intermittente dans l’imagination » » (ibid. 189).

Mais dans nos actes quotidiens, dans la façon dont nous réagissons aux autres autour de nous, parce que nous vivons dans un univers entièrement social, il faut que nous prenions conscience du fait que nous avons beaucoup moins de maîtrise immédiate sur ce que nous faisons que nous ne l’imaginons le plus souvent, une maîtrise beaucoup plus faible que ce que nous reconstruisons par la suite dans ces discours autobiographiques que nous tenons : dans ces discours de rationalisation, d’autojustification faudrait-il dire, que nous produisons à l’égard des autres. Il faut bien dire que, sachant comment eux-mêmes fonctionnent, ils n’y croient pas en général. Et nous en sommes les seules dupes.

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Jorion, Paul, « Le secret de la chambre chinoise », L’Homme 150, avril-juin 1999 : 177-202

Wittgenstein, Ludwig, Zettel, Oxford, Basil Blackwell, 1967

 

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265 réflexions sur « NOTRE CERVEAU : CONSCIENCE ET VOLONTÉ »

  1. Paul D. Mac Lean, dont les travaux sont repris et synthétisés dans le livre de Roland Guyot, estime pour sa part que nous fonctionnons avec trois cerveaux : le reptilien, le paléo-mammalien et le néo-mammalien.
    « L’évolution humaine s’est accomplie si rapidement que ces trois cerveaux ne sont qu’imparfaitement intégrés. La logique, ou si l’on veut l’intelligence, de chacun des trois influe sur nos comportements individuels et sociaux. En chacun de nous coexistent tant bien que mal un crocodile, un cheval et un être humain, pour reprendre la métaphore d’Arthur Koestler. Le crocodile règne sur les pulsions fondamentales – recherche de la nourriture, sexualité et agressivité mais aussi instinct d’imitation ; il privilégie l’odorat sur les autres sens. Le cheval introduit l’affectivité, les soins parentaux, le sens du clan et les fonde sur l’importance accordée à la vocalisation et à l’audition. L’humain, enfin, avec ses lobes frontaux, produit la raison et le langage symbolique et il privilégie définitivement la vision sur les autres sens.
    Mais qui se trouve à la barre dans chaque situation quotidienne, individuelle ou collective ? »
    Les trois cerveaux de l’homme – Ed R. Laffont 1990

    Le regard de la conscience, pourrait ainsi être compris comme une médiation entre l’événement et la réponse que nous lui donnons. C’est cette médiation, quand elle se produit qui constitue l’espace de la Culture et de la Civilisation. Le développement de ce 3e cerveau est également associé à ce l’on appelle parfois le QE (quotient émotionnel), source du savoir-vivre relationnel et de l’intelligence du groupe (plutôt que l’intelligence de l’individuel). En observant les comportements des traders, on comprend que l’ultra-libéralisme vise à en faire l’impasse…

  2. Mais il y a quand même, du point de vue de l’Histoire, par exemple, des confusions ou des inexactitudes auxquelles on s’accroche presque inconsciemment. Car ces fausses balises vermoulues nous confortent dans nos démonstrations et nos apriori.
    Moi je tombe sur Laurent Fabius lors d’une manifestation du 1er mai. Et bien sûr je ne peux m’empêcher de lui dire qu’il ressemble vraiment à Laurent Fabius. Et bien sûr le brave homme ne pouvait me dire que c’était lui, c’était bien lui Laurent Fabius. Après lui avoir dit d’arrêter de faire le c… j’ai bien du me rendre à l’évidence. Ce n’était pas évident car il était en basket, en jean et en chemise à carreaux. Les à priori et les préjugés…
    Taxer l’un ou l’autre de libertarien, à tort et à travers, conserver une vision rétro et conformiste de la guerre d’Espagne, ne voir dans la Révolution française que le jeu des élites politiques sans appréhender les forces sociales en présence…. Bien des gens, au demeurant sympathiques, se complaisent de façon intéressée, dans l’à peu près…

  3. (surement une question idiote)
    Est-ce que l’appropriation par les mots (par la conscience donc) des décisions de notre corps n’influence t’il pas celui-ci?
    Etant un ancien maladroit (enfin pas dans l’urgence, on m’a raconté que j’avais tué une vipère avec une pelle enfant, mais je croyais que c’était le voisin, le conscient n’acceptai pas cette gloire enfantine) mais qui est devenu quelqu’un ayant de la dextérité au quotidien, est-ce seulement l’appropriation de la confiance par le corps (donc l’expérience et la perception de cette confiance autour de moi, qu’on meuble avec des mots) qui permet cette dextérité? l’appropriation par les mots (par la conscience) ne renforce t elle pas celle du corps? (dans ces décisions à venir et limiterai l’émotion et ces maladresses).
    La réponse doit être négative ( 🙂 ), mais c’est un peu vexant (alors on cherche… 🙂 )

    1. En même temps (avec une demi heure de flottement), je repense à un article d’un science et vie junior, qui parlai d’une expérience japonaise (qui est suffisamment surprenante pour s’inscrire dans la mémoire) sur la force, on demandai à un groupe d’imaginai soulever une montagne pendant 10 min/jour pendant un mois, avec leurs petits doigts après avoir mesuré la force de celui-ci initialement, il était supérieur de 10% au bout d’un mois (avec un groupe témoin qui ne devait rien imaginé durant 10 min par jour pendant un mois, ce qui ne modifié nullement la force de celui/ci).
      L’objectif était de démontrer que la force n’était pas qu’un volume musculaire, mais que l’influx nerveux déterminé l’amplitude de cette force (ce qui fait qu’en état d’urgence on a plus de force qu’au quotidien) et que cette force lié à l’amplitude de la variation K+/Na- pouvait être amélioré (d’où les videurs petits et nerveux à l’entré des boites de nuits à cotés des blakos baraqués :)).
      Bref l’imagination peut influencer (avec le temps) notre force, alors pourquoi pas la volonté des corps?

    2. Samuel, je l’ai écrit en toutes lettres dans mon article de 1999 :

      « La prévalence des concepts dans la langue, ainsi que l’absence pour la plupart d’un significat ayant une existence dans le monde sensible , implique que le signifié d’un signifiant est généralement un autre signifiant plutôt qu’un significat. Cela veut-il dire que l’avènement du langage chez l’homme a réduit la portée de la perception par les organes des sens pour la survie ? Le fait que le concept peut s’enchaîner au concept restreint-il le rôle des percepts d’origine externe à & être uniquement – selon l’heureuse expression de Lacan – des « points de capiton » ? Oui, dans une certaine mesure, ne serait-ce que parce que certains besoins et pulsions sont satisfaits précisément par des phrases prononcées (« Je t’aime », par exemple). Pour le reste, il semble bien que le corps peut se passer de mots mais l’imagination non, et qu’ils vivent dès lors des vies partiellement disjointes. Ce que la conscience perçoit du monde, le monde extérieur à la peau du sujet parlant, c’est avant tout « ce que les mots en disent », le reste étant à la charge du corps, qui, lui, ne nous informe de ce qu’il fait qu’à l’occasion. »

  4. Cela dit, le modèle d’une conscience exclusivement en cul-de-sac n’est peut-être pas totalement adéquat: il est possible, tout en prenant acte des découvertes faites en psychologie expérimentale par des gens comme Libet, d’imaginer que la conscience opère néanmoins sur nos actions, mais seulement dans le long terme, par exemple via une reprogrammation des routines inconscientes.

    Un peu comme le concepteur d’un programme de trading automatique, qui n’intervient pas directement dans le flux des décisions lorsque le programme est en ligne, en train de jouer des millions, mais qui peut néanmoins analyser le comportement de son programme, puis décider de corriger certains détails de l’algorithme, en fonction des résultats obtenus jusqu’à présent.

    Serais-je en train de récidiver dans ce réflexe voulant absolument faire jouer un rôle, un vrai, à cette conscience que je ne renonce pas à prendre pour mon moi véritable ? Peut-être, je ne sais pas. Mais tout de même, d’un point de vue adaptatif, il me semble que la conscience ne pourrait pas avoir évolué sans un minimum de rétroaction sur le pilotage de nos actes dits volontaires.

    1. Il me semble que c’est exactement ce que je dis dans la seconde partie de la phrase : « la conscience est un cul-de-sac auquel des informations parviennent sans doute, mais sans qu’il existe un effet en retour de type décisionnel. C’est au niveau de l’affect, et de lui seul, que l’information affichée dans le regard de la conscience produit une rétroaction mais de nature « involontaire », automatique » (Jorion 1999 : 179).

      1. Ma conscience est un cul de sac, la preuve elle finit régulièrement dans les culs de basse fosse du blog de Paul Jorion .
        C’est au niveau de l’affect, et de lui seul, que mes informations non affichées sous le regard de vos consciences imaginaires produit une rétroaction mais de nature  » volontaire « , et « automatique »….. 🙁

      2. @Paul Jorion :
        //// « la conscience est un cul-de-sac auquel des informations parviennent sans doute, mais sans qu’il existe un effet en retour de type décisionnel. C’est au niveau de l’affect, et de lui seul, que l’information affichée dans le regard de la conscience produit une rétroaction mais de nature « involontaire », automatique » (Jorion 1999 : 179) /////
        Je le pense aussi .
        L’affect , a l’ origine c’est l’ agressivité initiale (intra-spé de Lorenz) pur jus ou inhibée et réutilisée par les rites , mais toujours présente comme « énergie » moteur de nos actes .
        La conscience et le logos seuls auraient tendance a privilégier l’interet de l’individu immédiat (son confort) alors que chacun de nos actes doivent servir plusieurs maitres : outre l’individu immédiat , le groupe , la civilisation et l’ espece .
        L’ important , qd on a conscience de cette distribution, c’est ne pas céder au système qui tendrait a privilègier l’individu (cogito donc) pour mieux servir ses buts (qui semblent diverger de ceux de l’individu et de l’espece).

      3. @ Paul Jorion
        « la conscience est un cul-de-sac »
        La formule (à l’usage des mécréants): « Parle à mon cul ma tête est malade » résume-t-elle votre pensée?

      4. @ Paul Jorion
        Merci.
        Vous avez (au moins) un coup d’avance sur moi: vous avez Libet et moi je n’ai rien.
        C’est peut-être plus facile pour un lacanien que pour un matheux car c’est la chair allongée sur le divan qui se fait verbe…
        Les matheux partent du verbe (moi au moins) et, en général, s’y engluent… Mais Thom n’est pas qu’un matheux. Toute son oeuvre est bâtie sur l’analogie: différentiation des fonctions/différenciation des cellules. Et pour moi il va du verbe à la chair…
        Je n’ai pour l’instant rien d’autre que la parole de Thom (le continu précède le discontinu) contre celle de Petitot (la différence est de nature transcendentale).

        Thom est mort. Petitot est ultralibéral, hayekien. Il a formé des bataillons de polytechniciens au Centre de Recherches en Epistémologie Appliquée de l’X. Il est pour moi le prototype de l’intellectuel du camp d’en face. Il n’y a qu’à le lire pour s’apercevoir qu’il ne faut pas le sous-estimer. Il connait parfaitement l’oeuvre de Thom dont il a été très proche intellectuellement. Il a travaillé sur Lacan. Comme vous. Il a travaillé en intelligence artificielle. Comme vous. Je ne vois pas, avec mes lunettes de matheux, ce qui cloche.
        Thom et lui sont difficiles à lire (au moins pour moi). Mais ama Thom essaye de nous amener à sa vision du monde alors que mon impression que à la lecture de Petitot est qu’il nous démontre que l’on ne peut pas penser autrement que lui.

        Help.

  5. A-t-on une explication de ce retard ?
    La transmission des influx est, je crois, électro-chimique, d où un délai.
    Wikipédia a un article assez compexe
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Synapse#Transmission_de_l.27influx_nerveux
    mais le mot retard est absent.
    Et à l’intérieur du cerveau. Il doit exister des canaux de liaisons entre le niveau reptilien et le cortex.
    Ou bien est-ce un retard intrinsèque, non biologique.

    Un système complexe gérant un processus possède un temps propre qui séquence et synchronise les entrées et les sorties. La synchronisation introduit obligatoirement un retard. Tout ce qui survient hors de cette période est « non vu ».

    Le cerveau , une grande machine pulsante? avec un horloge ?

  6. Il est probable que notre « boîte noire » n’ait pas encore livré tous ses mystères.
    D’abord j’ai rien contre les reptiles, ensuite difficile de concevoir qu’il n’existe aucune connexion entre le néo-cortex et le cerveau reptilien,( des pulsions et la « conscience des pulsions) quant à « l’inconscient » s’il l’est vraiment, inutile d’essayer de le connaître il reste bien caché.
    Alors pour réconcilier le tout l’inventaire n’est pas terminé:

    Inventaire
    Une pierre
    deux maisons
    trois ruines
    quatre fossoyeurs
    un jardin
    des fleurs

    un raton laveur

    une douzaine d’huîtres un citron un pain
    un rayon de soleil
    une lame de fond
    six musiciens
    une porte avec son paillasson
    un monsieur décoré de la légion d’honneur

    un autre raton laveur

    un sculpteur qui sculpte des Napoléon
    la fleur qu’on appelle souci
    deux amoureux sur un grand lit
    un receveur des contributions une chaise trois dindons
    un ecclésiastique un furoncle
    une guêpe
    un rein flottant
    une écurie de courses
    un fils indigne deux frères dominicains trois sauterelles un strapontin
    deux filles de joie un oncle Cyprien
    une Mater dolorosa trois papas gâteau deux chèvres de Monsieur Seguin
    un talon Louis XV
    un fauteuil Louis XVI
    un buffet Henri II deux buffets Henri III trois buffets Henri IV
    un tiroir dépareillé
    une pelote de ficelle deux épingles de sûreté un monsieur âgé
    une Victoire de Samothrace un comptable deux aides-comptables
    un homme du monde deux chirurgiens trois végétariens
    un cannibale
    une expédition coloniale un cheval entier une demi-pinte de bon
    sang une mouche tsé-tsé
    un homard à l’américaine un jardin à la française
    deux pommes à l’anglaise
    un face-à-main un valet de pied un orphelin un poumon d’acier
    un jour de gloire
    une semaine de bonté
    un mois de Marie
    une année terrible
    une minute de silence
    une seconde d’inattention
    et …

    cinq ou six ratons laveurs

    un petit garçon qui entre à l’école en pleurant
    un petit garçon qui sort de l’école en riant
    une fourmi
    deux pierres à briquet
    dix-sept éléphants un juge d’instruction en vacances assis sur un pliant
    un paysage avec beaucoup d’herbe verte dedans
    une vache
    un taureau
    deux belles amours trois grandes orgues un veau marengo
    un soleil d’Austerlitz
    un siphon d’eau de Seltz
    un vin blanc citron
    un Petit Poucet un grand pardon un calvaire de pierre une échelle de corde
    deux soeurs latines trois dimensions douze apôtres mille et une nuits
    trente-deux positions six parties du monde cinq points cardinaux
    dix ans de bons et loyaux services sept péchés capitaux deux doigts
    de la main dix gouttes avant chaque repas trente jours de prison
    dont quinze de cellule cinq minutes d’entr’acte

    et …

    plusieurs ratons laveurs.

    Ce n’est pas Spinoza, c’est Prévert .
    http://www.ohio.edu/people/rodina/Prevert-poems.htm

  7. il y a une possibilité intriguante puisque la carte n’est pas le territoire. Que la conscience soit un accident de la création, à ce point cul-de-sac qu’il faille la considérer comme un monstre dans un univers constitué d’un corail darwinien évoluant avec le temps sans avoir besoin de cette conscience en temps réel pour projeter, innover, chercher.

    Les espèces de tous les règnes sont plus innovantes que tous les laborantins du monde réunis… Imaginez les tous en train de mettre au hasard une goutte d’une substance différente sur une poudre métallique, de chauffer le tout et d’observer si le résultat est plus ou moins supraconducteur.

    Le brassage constant de la nature est parvenu à résoudre tous les problèmes qui obsèderont jamais les cerveaux humains et ce, par le plus pur hasard, sans avoir eu recours à la moindre conscience.

    deux molécules d’eau, une de gaz carbonique, trois photons et ça te fait du sucre, ça stocke sous forme de pétrole de la lumière. Nos meilleurs ingénieurs ne savent toujours pas le faire. Ils n’ont pas le cerveau collectif d’un ordinateur universel…

    Selon certaines théories, l’univers serait un ordinateur servant à calculer quelque chose. Ironie du sort, au moins la vie aurait un sens, celui de calculer la nième décimale de pi…

    Le geste sportif parfait n’est pas conscient.

    le jet de flèche le plus parfait est automatique.

    les dinosaures n’ont jamais disparu, ils nous ont légué leur plus belle réussite, leur cerveau reptilien, pas encore conscient. Qui sait on découvrira peut-être un jour qu’une de leurs espèces développa un genre de cortex bien semblable au nôtre, aussi maladroit et aussi conscient, qui a su provoquer, aussi bien que nous, l’extinction massive d’espèces contemporaines.

    les oiseaux semblent encore plus raffinés que les dinosaures alors qu’ils ont l’air comme pour l’homme ces tribus isolées dans des forêts reculées, non pas de vestiges des origines conservés tels quels par l’isolement, mais d’un cul-de-sac régressif. La petite taille et l’insignifiance de leur ancètre commun, archéopteryx, seulement apte à gober des moustiques cachés dans les sous-bois, peut expliquer leur survie.

    Dans les crises, la conscience n’est plus d’aucune utilité, il n’y a pas de loi du plus fort, d’élimination du plus faible. Tous les vivants sont sur un pied d’égalité face au hasard. Retour aux fondamentaux, le jeu du hasard et de la nécessité… comme disait Monod. Il n’y a rien à attendre d’une intelligence artificielle non plus, puisqu’elle sera aussi le jouet du hasard à moins qu’elle ne crée un nouveau jeu, ce qui reviendrait à créer une nouvelle bulle d’univers. Il lui faudrait beaucoup d’imagination.

    1. Selon certaines théories, l’univers serait un ordinateur servant à calculer quelque chose

      Douglas Adams a déjà calculé et même publié la réponse : c’est 42.
      Si vous ne connaissez pas, je vous conseille de lire et relire ses écrits.

    2. « l’univers serait un ordinateur  »

      De Konrad Zuse, « Calculating Space » traduction de son « Rechnender Raum ».
      L’ univers est composé d’automates cellulaires interconnectés.
      « everything is just a computation ».

      Hors de ce sujet.
      Il y a un parallèle entre Alan Turing et Konrad Zuse, entre la « bomba » et le Z3
      par exemple, entre les pensées de haute volée du mathématicien et
      l’application, muette mais réussie, de l’ingénieur.

      L’évolution non stoppée des dinosaures allant jusqu’à un humanoide
      non mammifère mais dinosaurien serait un bon sujet science-fiction.
      On peut rêver, l’évolution concernant les dinosaures a largement
      montré qu’elle ne se refusait aucune originalité….

      « Nos meilleurs ingénieurs ne savent toujours pas le faire »:
      Il leur manque la durée, vue en unité de million d’années.
      La durée permet d’explorer toutes les possibilités.
      L’ exhaustivité aveugle est un très bon outil d’expérimentation.
      Patience dans l’azur.

  8. J’ajouterai plus sérieusement qu’un « cerveau reptilien  » est un cerveau d’animal à sang froid et nous les mammifères avons le sang chaud, donc cela fait déjà une grande différence.
    Un cerveau d’animal à sang froid qui fonctionne avec un cerveau d’animal à sang chaud dans un animal à sang chaud.

    1. à ce propos on a un petit problème en ce moment.

      c’est la faute à Jurassic park assurément. Comme on découvre de plus en plus de fossiles chinois de dinosaures à plumes, jusqu’à d’énormes tyrannosaures. Il aurait fallu concevoir les dinosaures hollywoodiens avec des plumes, comme nos poils, sous forme de duvet de poussin, donc certains dinosaures avaient peut-être le sang chaud, le cerveau, la conscience et la vie sociale qui va avec.

    2. Certains affirment que les oiseaux seraient les descendants des dinosaures, notre cerveau reptilien pourrait donc s’apparenter à une cervelle d’oiseau mais certains oiseaux savent compter, les humains aussi me direz vous…

      1. oui, la branche oiseau des dinosaures était l’une de celles qui pesait moins de vingt cinq kilos. C’est le poids en dessous duquel, apparemment, une espèce devrait s’éteindre (par manque de nourriture? conservation de la chaleur? les deux?) dans tous les cinq cas précédents, de mémoire, de crise majeure du genre extinction massive planétaire.

        L’espèce humaine serait trop lourde pour survivre à la prochaine. Beaucoup d’insectes, de reptiles, d’oiseaux, sont de ce point de vue, intouchables et auraient trouvé la formule -inconsciente, elle- de l’éternité. Certaines colonies d’insectes ont recours avec succès au cerveau collectif inconscient.

        les mammifères supérieurs ne doivent leur présence actuelle, flamboyante, qu’à la survie à la dernière extinction massive planétaire, d’une sorte de taupe insignifiante, dont le génome portait pourtant le fondement de tout ce que nous sommes, moins les apports transversaux des virus.

        Voilà un autre exemple surprenant du rôle du hasard dans la création d’espèces. Si nous n’avions pas étés exposés, étant primates, ou taupes, ou rats-taupes, à certains virus nous modifiant génétiquement par hasard et par hasard modifiant notre cerveau, nous ne serions pas si obsédés par la rigueur intellectuelle. Enfin je veux dire certains de nos représentants, pas tous.

  9. J’en déduis que la réflexion c’est le travail de traduction de notre corps. Un espèce de connais toi toi-même et tu comprendras les autres.

  10. La conscience dans le sens intelligence permet l’analyse d’une situation et de déterminer ce qu’il aurait fallu faire, et donc ce qu’il faudra faire dans l’avenir dans une situation similaire, c’est la partie motrice de l’apprentissage, qui permet de préprogrammer le cerveau reptilien à réagir instantanément et de façon optimum (ou disons pré-réfléchie) à une situation connue ou prévue. Si cette programmation n’existe pas pour une situation, c’est la panique, au sens propre.
    Le gain de temps par rapport à une réaction basée sur la réflexion ou d’efficacité par rapport à une panique peut être déterminant pour la survie.
    Ce gain de temps est d’une demi-seconde, ensuite la conscience reprend son autorité, il ne subsiste que le souvenir de ce « mouvement spontané » ou cette première impression.
    Si la conscience n’est pas directement décisionnelle face à une situation donnée, puisqu’il lui faut rassembler et confronter des informations diverses, elle prépare et stocke la bonne réaction à avoir, et ce n’est pas un processus inconscient.
    Quand vous avez entendu « chaussettes noires », n’avez-vous été tenté de décider par exemple « si je rencontre Eddy Mitchell, ne pas lui parler de son groupe! ».

    1. « c’est la partie motrice de l’apprentissage, qui permet de préprogrammer le cerveau reptilien à réagir instantanément et de façon optimum (ou disons pré-réfléchie) à une situation connue ou prévue. »

      Tout les apprentissages ne sont pas « conscients et réfléchis ».

      On peut avoir appris à ramasser une pierre convenable (ni trop petite ni trop grosse) et à la lancer pour se défendre en imitant ces gestes mais sans aucune réflexion préalable. L’apprentissage d’une tâche aussi complexe que la chasse à plusieurs peut se faire sans qu’une parole soit échangée puisque certains animaux ont des comportement de chasse à plusieurs sans être capable d’en parler.

      La part d’apprentissage par imitation et sans réflexion me semble prépondérante y compris pour des tâches complexes. Par éxemple on enseigne pas que la suite de lettres « é » et « x » ne se rencontre jamais en français, l’orthographe s’apprend presque entièrement par imitation, mais ça s’étend à une part importante de choses encore bien plus complexes comme le commerce ou l’art de gouverner (pour ne pas parler de l’économie et de la finance pour lesquels – certains diraient « heureusement » – il n’est pas nécessaire de tout comprendre pour participer.)

      Dans un domaine comme la photo où la partie technique peut être justifiée point par point (tout a été inventé, rien n’est « naturel ») une part importante de l’apprentissage technique relève de la simple imitation, les « explications » n’étant données que par surcroît, pour qu’on puisse faire face si on le souhaite à des situations imprévues et corriger les échecs. Je pratique la photo panoramique, pour laquelle on assemble à l’aide d’un ordinateur un nombre variable de photos pour obtenir une image de très grand angle – jusqu’à 360° – et peux témoigner que beaucoup de ceux qui pratiquent ce genre de photo s’en sortent très bien « sans rien y comprendre »…

      Montrer « comment il faut faire » est fort différent de l’enseignement visant à permettre à celui qui apprend d’avoir un comportement réfléchi.

  11. La difficulté, de mon point de vue, est d’assigner un seul type d’explication à des ensembles de phénomènes déjà de grande quantité et de diverses qualités et de plus à propos de l’objet le plus complexe que nous connaissions (le cerveau et le comportement humain). biffer tout le possible de la conscience (elle est rétroaction éventuelle, affective de mouvoir le corps en retour), est aussi peu pensable que de nier la matérialité envahissante ; ça me parait peu raisonnable.
    Si donc il faut accorder une place à la conscience (pour le dire vite), une autonomie (au sein de les complexités sus-dites de toutes sorte) il me semble que ça ne peut être qu’en ceci ; par la conscience existe « en plus » du possible : que toutes les déterminations( actions/réactions) ne comportent pas. Non pas un Possible absolu et confondant, mais un petit possible qui suffit,.et ce dans le milieu millimétré des signes, signifiants et autres. Théorie d’une moindre variation suffisante en somme.

  12. Varlan Chalamov, Récits de la Kolyma :

    «Révéler l’expérience que l’on fait lorsque le cerveau se met au service du corps pour sa survie immédiate et que le corps à son tour se met au service du cerveau, tout en conservant dans ses moindres méandres des épisodes qu’il aurait plutôt fallu oublier.»

    Toujours Chalamov. Le détenu (un des centaines de milliers de »crevards », de « déchets ») Ivan Ivanovitch ne veut pas retourner au front de taille de la mine d’or de Kolyma…
    Sibérien :

    «Nous rîmes pour la forme.
    – Quand partons-nous ?
    – On rentrera demain.
    Ivan Ivanovitch ne demanda plus rien. Il se pendit à dix pas de l’isba, à la fourche d’un arbre.»

  13. Thom modélise le fonctionnement de la conscience par la catastrophe de fronce (AL p. 175).
    « par un cogito immédiat le Moi se trouve recréé, (…) Mais cette récentration du psychisme sur l’ego a pour corollaire une décentration de l’organisme. »
    immédiat?
    décentration?
    Rapport avec Libet?

    1. Est-ce que le résultat de Libet n’invalide pas les modèles topologiques de Lacan (surfaces unilatères, Môebius, cross-cap, Boy, etc.) car ces modèles (au contraire de ceux de Thom?) ne rendent pas compte du déphasage constaté par Libet?

      PS: Je n’y connais rien. Je lance des cailloux dans l’eau.

  14. Décidément nous n’sommes pas à la hauteur mais un peu drôle tout de même à glisser du piédestal sans s’en rendre compte : ni centre de l’univers, ni élu de quoique ce soit, ni propriétaire de l’image que nous nous faisons de nous. Ni situé par un big-bang (L’univers a-t-il connu un instant zero ? conf. Etienne Klein). Ni Maître Ni Dieu.
    Un peu de « Nescience » (Jankélévitch) devrait introduire chaque guirlande de savoir:
    « On voit maintenant pourquoi le mot presque n’a pas le meÌ‚me sens selon qu’il s’agit des totalités sans mysteÌ€re ou des totalités infinies […] Il en va bien autrement du presque-tout et du presque-rien des totalités ouvertes. Ici celui qui sait « presque tout » ne sait rien, et moins que rien, il n’en est meÌ‚me pas au commencement du commencement! Ou plutoÌ‚t, soyons justes ; ce presque-tout n’est pas rien-du-tout, n’est pas littéralement rien, mais il est, si vous voulez, comme rien, nihili instar ; de meÌ‚me que le fini s’annule auprès de l’infini, ainsi le savoir du presque-tout revient à zéro, tend vers zéro auprès de ce qu’il y aurait encore à savoir. (Le Je-ne sais-quoi et le Presque-rien, t. 1, p. 54-55)
    « L’oiseau n’est pas un docteur es sciences qui puisse expliquer pour ses confrères le secret du vol. Pendant qu’on discute sur son cas, l’hirondelle, sans autres explications, s’envole devant les docteurs ébahis… Du premier coup elle a trouvé la solution sans l’avoir cherchée ! « (Le Je-ne-sais-quoi et le Presque-rien, Éditions du Seuil, 1980, t. 3, p. 84).

    La science montre que vous êtes stupide

  15. Petit éclairage, grande lumière!
    Deux ouvrages pour commenter ce billet :
    « Saint Thomas d’Aquin et le mal »
    « De l’utilité des vertus »
    par Laurent Sentis

  16. Jacob a aussi dit que le vivant se bricolait comme une 2CV.
    Je ne suis pas persuadé que ce genre de comparaison soit admirable. Voir à ce propos la citation d’Uexkull en 55 de « le vote utile au premier tour ». Ceci dit la discussion n’est pas close car l’idée de ces mécanismes nous vient bien de quelque part!
    Thom considère que la catastrophe de fronce est à la base de l’embryologie animale parce que c’est le mécanisme le plus simple qui concilie réversibilité et irréversibilité. SSM pp. 295 et 296. Une bielle qui recycle une énergie dégradée?

    1. Bonjour Basic Rabbit : le propos de Jacob n’est pas un jugement, c’est un constat lié aux pratiques quotidiennes de la recherche (j’insiste sur quotidiennes, rien d’exceptionnel à-dedans). Pour vous donner tous les moyens de juger, sachez que depuis 2000, date de la conférence de Jacob dont ce propos est extrait, le coût du séquençage d’un génome et du matériel nécessaire à sa réalisation a été divisé par plus d’un facteur mille; vous pouvez en commander un pour quelques centaines d’euros ai-je lu (je parle sous le contrôle de tous, corrigez ce qui est erroné) l’objectif des entreprises étant de passer à quelques dizaines d’euros. Un lycée ou un particulier a aujourd’hui les moyens de se payer le nécessaire et de conduire des expérimentations de modifications génétiques dans son garage; il n’est pas exclu que très prochainement nos élèves ou étudiant soient évalués sur la base de leurs résultats en ces pratiques. Qu’il y ait là un risque d’incompréhension de ce que c’est qu’être vivant, ou être un être vivant, c’est-à-dire que le réductionnisme de méthodologique deviennent ontologique, je ne l’ignore pas plus que vous, et c’est ce que j’essaie d’inscrire dans la compréhension de mes élèves. D’où la nécessité d’un débat avec les techno-sciences. Mais je pense qu’il ne peut avoir lieu qu’un fois acté la victoire scientifique du cartésianisme en ce qui concerne la compréhension des mécanismes en quoi justement ne se réduit pas l’être vivant (ce n’est pas la cellule qui est vivante, mais bien un (inter)individu dans son milieu).

  17. qu’il y ait des causalités de toutes sortes, c’est certain. On a donc augmenté le niveau de complexités en lançant que ces causalités ne sont pas mécanistes, mais relèvent de la complexité ; par quoi le postérieur revient sur l’antérieur; plus ou moins et de loin.
    Le problème concernant l’être de l’homme est que ce retour ne se situe pas seulement dans la linéarité du temps ; puisque l’esprit existe pour lui-même, il s’éjecte par nature du temps (réel, physique) au point de se créer une temporalité (idéelle, psychique, comme on veut). Que donc déjà en l’esprit l’antériorité est suffisamment décalée et qu’il est au moins selon un moindre temps physique.
    Ajoutons à ceci que cet état stationnaire, hors temps, mêlant des temporalités (psychiques), peut prévoir, avancer telle intention ou telle possibilité (dans telle situation donnée, la dite possibilité n’est pas donnée).
    Et de plus si nous sommes non pas ‘faits de signes » mais coordonnés par et selon des signes, et bien que ces signes puissent se chaîner (comme les fameux signifiants), il n’empêche que mouvoir des signes est beaucoup plus aisé que de mouvoir des quantités (des choses ou des affects qui sont, existent comme corp(s) ).
    Que donc aussi minuscule que soit notre capacité à « modifier » en général, il se peut, il est une chance pour qu’elle soit réelle ; on est loin de l’empire de la volonté pure, mais ce que l’on perd en grandiloquence, on le gagne depuis Descartes en précision ; il se peut qu’ici ou là, à point nommé, le libre décide de par soi.
    (Encore que Descartes était bien moins caricatural qu’on ne lui prêtât ; et encore que la question de « le libre décide » n’est pas du tout une question close ; qui est le « libre » qui décide ? La réponse n’est pas évidente ; ce problème occupe une grande partie de la philo )

    1. (Refrain)
      Tous ces petits moments magiques
      De notre existence
      Qu’on met dans des sacs plastique
      Et puis qu’on balance
      Tout ce gaspi de nos coeurs qui battent
      Tous ces morceaux de nous qui partent
      Y’en avait plein le réservoir
      Au départ.
      On avance, on avance, on avance
      C’est une évidence :
      On a pas assez d’essence
      Pour faire la route dans l’autre sens
      On avance.
      On avance, on avance, on avance
      Tu vois pas tout ce qu’on dépense. On avance.
      Faut pas qu’on réfléchisse ni qu’on pense
      Il faut qu’on avance.
      (Alain Souchon – On avance)

  18. Il me semble manquer une référence, et non des moindres, à ce billet: Léon Festinger, auteur de la théorie de la dissonance cognitive.

    Pour la petite histoire, j’ai un jour choisi le pseudonyme que je porte ici en ignorant tout des théories de Festinger, de Libet ou de Jorion, mais en ayant tout à fait conscience du malaise provoqué par les injonctions contradictoires, qu’on exprime parfois en parlant de choisir entre peste et choléra, ou par soucis de concision sous le terme de complexité

    C’est un blogueur, un peu plus tard, qui m’a fait remarquer le lien entre les travaux de Festinger et l’intention derrière mon pseudonyme.

    1. Ah ! Léon Festinger ! Un connaisseur, ce Dissonance ! Et Bluma Zeigarnik, hmm… ?

      L’effet Zeigarnik : la conscience s’en fout, mais le corps veut terminer la tâche entreprise !

      Et le 14 juillet 1789 ? La conscience n’y entrave que pouic mais les corps ? Eh bien, les corps, ils vont prendre la Bastille !

      1. On peut en dire au moins autant pour les théories néolibérales: Personne n’y comprend rien, pas même (surtout pas?) leurs apôtres, mais ça n’empêchera pas ces derniers de faire tout pour les appliquer partout où c’est possible. Puissant l’effet Zeigarnik… 😀

    1. @ …
      Vous pensez aux mondes d’Everett?
      Il y a eu des discussions passionnées sur ce blog il y a quelque temps. Perso je relie ça aux mondes de Kripke en logique modale (intuitionnisme par exemple).
      Pour l’instant j’ai laissé tomber tout ça. Je suis parti dans une direction radicalement opposée.

      1. Vous voulez dire qu’il y a un monde où Vigneron a un blog avec 300 000 vues mensuelles ? Brrrr. Mieux un monde avec un blog du Dr Georges Clownet numéro 1 des blogs éco ? Pas mal votre idée… Pas de chance, je suis dans ce monde, c’est vraiment trop injuste.

      2. D’après Libet :

        ‘« Le processus « conscient » de l’action, conséquence secondaire du processus « inconscient » initial, pourrait avoir pour fonction, selon, d’autoriser la poursuite, ou au contraire de suspendre l’action en cours de préparation.

        1. Il faut bien dire une chose sur Libet : il a eu un mal fou à croire à sa propre découverte 😉 et n’a pas cessé de vouloir la réintégrer dans un cadre « acceptable », c’est-à-dire avec la volonté sur le siège du conducteur. J’ai signalé son hypothèse de la volonté remontant le temps « à contre-courant », mais il en a proposé d’autres ! J’ai abordé de mon côté ces questions à partir d’une bonne familiarité avec la psychanalyse, alors pour moi, que la moitié de nos décisions soient d’origine inconsciente ou toutes, ça ne me faisait ni chaud ni froid !

  19. Ce débat infini (et intéressant) « conscience-volonté »… une autre illustration de la crise de la complexité hors de contrôle ? Et « Qui » en nous, est celui qui cherche une explication à ce phénomène de la conscience ? Ce « qui » a-t-il des positions à défendre, à contrôler, ou accepte-t-il de mettre de côté certaines de ses croyances, à priori ou illusions éventuelles pour l’aborder humblement, l’esprit neuf.

  20. @ Paul Jorion,

    Il restait à comprendre pourquoi le regard de la « conscience » est apparu dans l’évolution biologique. L’explication – en parfait accord avec les observations de Libet – est qu’il s’agit d’un mécanisme nécessaire pour que nous puissions nous constituer une mémoire (adaptative) en associant à nos percepts, les affects qu’ils provoquent en nous, et ceci en dépit du fait que les sensations en provenance de nos divers organes des sens (nos « capteurs »), parviennent au cerveau à des vitesses différentes (ibid. 183-185).

    Cette idée de conscience, comme processus d’organisation/structure chaotique chimique et électrique permettant de mettre une information, en 200 à 400 millisecondes après présentation, sous forme de signal à disposition de la mémoire à long terme, on la trouve aussi dans un article de Neuron (Jean-Pierre Changeux et Stanislas Dehaene). Ca cadre avec votre perception ?

    1. Oui, seuls quelques philosophes ont remis en question ce qu’avait découvert Libet (qui oblige à mettre à la poubelle toute la philosophie analytique anglo-saxonne : elle repose sur l’intention, sans l’intention elle s’effondre), les gens sérieux ont intégré cela dans leur approche.

      1. En revanche, je corrigerais votre phrase/question en rapport avec la TOE à mon humble avis. En effet, la formulation me paraît biaisée, ou je lis mal. Vous dites schématiquement restitué :

        Apparition du regard de la « conscience » pour constituer une mémoire (adaptative).

        Le « pour » prend un vêtement téléologique qui n’apporte rien d’autre qu’une forme de confusion.

        Si je vous lis bien, dans un autre registre, votre phrase pourrait être équivalente à celle-ci dans la tête d’un piaf pensant :

        Apparition de l’aile chez les ancêtres des oiseaux pour qu’ils puissent voler. Je me trompe ? Si oui, pas de suite et au temps pour moi, si non, il faudrait reformuler. Ce n’est pas la fonction qui crée l’organe, mais l’organe qui crée la fonction.

        Car il me semble à ce que j’ai capté de « l’esprit » de la TOE, que la phrase se porterait mieux ainsi :

        Les êtres vivants dotés au fil de l’évolution par variations/sélection/adaptation d’un processus « conscient » (unité de travail de traitement d’informations/signal/réseaux) couplé à un dispositif de stockage d’informations accessibles, ont été avantagé dans leur environnement, ont survécu, et leurs descendants dominent aujourd’hui leur niche écologique :

        C’est pour cela qu’on est là à couper les cheveux en quatre pour voir ce qu’il y a sous nos tifs …

        Enfin, ce que j’en dis. Non ?

        1. Mais Dr. je suis un grand admirateur de la philosophie naturelle et donc du « pour » en général ! Voyez mon explication du discours en termes de gradient dans Principes des systèmes intelligents (1990). Voyez simplement ce que je dis du « souci » comme puits de potentiel, équivalent d’une « cause finale » dans l’article de 1999 ! René Thom serait fier de moi (par BasicRabbit interposé), et Aristote avant lui, bien entendu !

      2. Oui vous avez raison, moi c’est ma maman qui est fier de moi, mais il n’y a qu’elle, et encore parfois je pense qu’elle me ment… 😀

      3. @Dr Georges :
        //// Les êtres vivants dotés au fil de l’évolution par variations/sélection/adaptation d’un processus « conscient » (unité de travail de traitement d’informations/signal/réseaux) couplé à un dispositif de stockage d’informations accessibles, ont été avantagé dans leur environnement, ont survécu, et leurs descendants dominent aujourd’hui leur niche écologique : /////
        le problème c’est que dans le livre des records , nous allons probablement etre l’espece dont la durée de vie aura été la plus courte de la création …..Les champions de l’entropie ! grace au cognitif .

      4. peut-être est-ce le moment d’évoquer Bergson et la mémoire entendue comme interface entre le corps (le cerveau) et l’action présente, le plan de l’attention à la vie… Même si les accents spiritualistes bergsoniens manquent sûrement – allez, j’ose – de Jorionisme… Me trompe-je carrément, ou juste un petit peu? 😉

    2. @ Dr Georges Clownet
      « Apparition de l’aile chez les ancêtres des oiseaux pour qu’ils puissent voler. Je me trompe ? Si oui, pas de suite et autant pour moi, si non, il faudrait reformuler. »

      Thom est clairement lamarckien.
      Si Paul Jorion écrit ça, c’est sans doute qu’il l’est aussi. 🙂

      1. Vous êtes sur ? Si c’est le cas, c’est catastrophique… Ce n’est pas possible, pas Lui !

      2. @ Dr Georges Clownet
        Si Lui= Paul Jorion je ne peux rien pour vous.
        Si Lui= Thom je peux vous indiquer quelques références.

        « Si c’est le cas, c’est catastrophique…  »
        Il y a des catastrophes qui peuvent être bénéfiques.

      3. @ BasicRabbit,

        Lui fait bien entendu référence à notre hôte. Si votre Thom est celui de la théorie des catastrophes, je ne l’ai pas fait exprès ! Mais être Lamarckien de nos jours, me paraît être une position risquée démonstrativement parlant.

  21. Par cette image frappante, il attirait notre attention sur le fait que notre cerveau n’est pas constitué comme une machine d’une seule pièce. Il y a en son centre

    J’ajouterai … Il y a son centre et il y a son VENTRE !
    PAS DE VENTRE, PAS DE CERVEAU !
    Et pas de chocolat. Eh non.
    http://www.cles.com/dossiers-thematiques/santes-alternatives/quel-rapport-entre-votre-vie-et/article/pour-paul-diel-notre-spiritualite
    (En complément « cellulaire » à l’étude allégorique du « Changeur et sa femme » – Quentin Metsys, et des trois pulsions). Et un grand merci à Paul Diel.

  22. Bonjour à tous, bonjour Paul

    Ce billet vient bien aujourd’hui, dimanche de Pâques!

    Cette question de la conscience, d’acte et de volonté est déjà en filigrane au tout début de la Bible:
    « Dieu » ( la Nature selon le nom employé là) est face au chaos, il pose un acte: « que la lumière soit! » Elle est. Puis: « Il » voit que la lumière est vraiment bien tov!
    Il n’est pas question d’intention! il y a l’acte, la différenciation, la structuration, l’émergence du chaos au moyen du langage et seulement après la réalisation…. la Volonté? De continuer? Avec le deuxième temps de la valse….
    Combien peu savent que ce Livre décrit en fait l’émergence de la conscience et non pas une création matérielle de l’univers! ( après il y a un passage en revue de toutes les relations perverses qui peuvent exister entre les humains avec le moyen d’en sortir, mais c’est une autre histoire…)

    Notre cerveau « capital » ( peut être plus approprié qu’encéphalique sur un blog économique!) est en fait structuré en trois couches:
    La plus ancienne: le tronc cérébral & le bulbe rachidien; c’est celui là le « reptilien « qui gère, entre autres, les mécanismes de survie.
    Le deuxième étage ajouté par l’évolution c’est le cerveau limbique qui gère l’émotionnel.
    le troisième c’est le cortex qui gère plus le mental.
    Seul le cortex est divisé en deux hémisphères.

    Ces trois étages se trouvent chez tous les mammifères, chez les vertébrés « inférieurs » genre reptiles et poissons, le tronc cérébral est le plus développé ; les autres quasi absents ou peu présents.
    Cependant durant l’embryogenèse, nous retraçons toute notre phylogenèse

    L’homme réalisé ou éveillé selon toutes les grandes traditions n’est ni plus ni moins que celui
    qui a parfaitement intégré et synchronisé ces trois niveaux…..

    Tous ceux qui écoutent « Sur les Epaules de Darwin » savent que les prémices de ce qui fait notre humanité et que l’on a longtemps cru le « propre de l’homme » sont déjà présents de façon plus ou moins développée chez de nombreuses espèces animales…
    D’avoir un cortex peu développé n’empêche pas les oiseaux jardiniers d’australie de manifester un sens de la mise en scène , de la perspective et du théâtre complet lorsqu’il s’agit de séduire, ni les bruants chanteurs du Japon de posséder des mécanismes syntaxiques que l’on pensait uniquement caractéristiques de l’homme jusqu’à il y a peu…

    Depuis une dizaine d’année, les chercheurs ont commencé de prendre en considération la centaine de milliards de neurones qui composent ce qui a été nommé le « cerveau entérique »
    et qui communique et oeuvre activement avec notre cerveau « capital »

    Joyeuses Pâques.

  23. un monde cerveau .

    Charles Fourier .

    lien .mp3 :
    http://media.radiofrance-podcast.net/podcast09/16278-07.04.2012-ITEMA_20358563-0.mp3

    lien .mp3 :
    http://rf.proxycast.org/m/media/296096201420.mp3?c=culture&p=CONCORDANCE+DES+TEMPS_16278&l3=20120407&l4=&media_url=http%3A%2F%2Fmedia.radiofrance-podcast.net%2Fpodcast09%2F16278-07.04.2012-ITEMA_20358563-0.mp3

    lien audio :
    http://www.franceculture.fr/emission-concordance-des-temps-actualite-de-charles-fourier-2012-04-07

    lien joueur : http://www.franceculture.fr/player/reecouter?play=4418583

    lien podcast : http://www.franceculture.fr/podcast/4294455

    flux .rss : http://radiofrance-podcast.net/podcast09/rss_16278.xml

    Concordance des temps
    Emission Concordance des temps

    le samedi de 10h à 11h

    Actualité de Charles Fourier
    Lien(s)
    Le site de l’Association d’études fouriériste et des Cahiers Charles Fourier
    Document(s)

    Fourier : le visionnaire et son monde
    Jonathan Beecher
    Fayard, 2012

    Victor Considerant – Grandeur et décadence du socialisme romantique
    Jonathan Beecher
    Les Presses du réel, 2012

    Le siècle des saint-simoniens : du Nouveau christianisme au canal de Suez
    Nathalie Coilly, Philippe Régnier (dir.)
    BNF, 2006

    L’utopie de Charles Fourier
    Simone Debout
    Les Presses du réel, 1998

    L’écosophie de Charles Fourier
    René Schérer
    Anthropos, 2001

    ++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++

    lien image :
    http://www.futura-sciences.com/fr/news/t/climatologie-1/d/antarctique-une-plateforme-glaciaire-perd-85-de-sa-surface-en-17-ans_38010/#xtor=RSS-8

    Le 7 avril 2012 à 17h17

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