COMMENT LES CDS AURONT TUÉ L’EURO

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Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Et les spéculateurs de CDS (Credit-default Swaps) qui ne paient pas d’impôts ? Pourquoi on en parle jamais ? On parle beaucoup des Grecs qui ne paient pas d’impôts et, en ce moment, en raison de la maladresse de certains, on parle aussi des fonctionnaires internationaux, en particulier ceux du Fonds Monétaire International, qui ne paient pas d’impôts, mais sur les spéculateurs de CDS qui ne paient pas d’impôts, allez savoir pourquoi ? Motus !

Il faut dire que ce n’est pas si simple de savoir qui ils sont exactement puisqu’ils font partie du shadow banking, le secteur financier de l’ombre. C’est quoi ça ? C’est la finance non-régulée. Pourquoi n’est-elle pas régulée ? Parce que c’est elle qui paie les salaires des lobbyistes qui rédigent les textes de lois réglementant la finance (et parfois les autres) que les députés reçoivent clé en main et n’ont plus qu’à signer.

Étant dans l’ombre, on ne sait donc pas vraiment qui c’est. N’expliquent-ils jamais qui ils sont vraiment ? Si, d’une certaine manière : quand un spéculateur parle en son nom, il emploie toujours la même expression : « un bon père de famille ». Quand un spéculateur explique ce qu’il fait, il commence sa phrase par « Un bon père de famille fait ceci ou ça… ». Dans la suite de mon billet, j’appellerai donc les spéculateurs, « bons pères de famille », et on saura de qui je parle.

Au moment où se préparait la chute de la Grèce, on parlait beaucoup de la responsabilité des CDS dans ce qui se passait. Maintenant, à propos de l’Espagne, motus là aussi ! On ne parle plus des CDS, pourquoi ? Je ne sais pas, ou alors si, comme dit la chanson : « On n’oublie rien de rien, on s’habitue, c’est tout ».

Comment les CDS auront tué l’Euro ? J’explique. Je rappelle d’abord qu’un CDS peut jouer le rôle d’une assurance sur une dette. Vous avez prêté 100 € à Oscar. Comme vous n’êtes pas sûr qu’il vous les rendra, vous vous adressez à Eusèbe, qui vous assurera. Vous allez payer 5 € tous les mois à Eusèbe, et en échange de cette prime, Eusèbe vous paiera l’argent qui manque à l’arrivée. Oscar ne vous rembourse que 75 € ? Eusèbe vous donnera les 25 € qui manquent. Oscar a pris la poudre d’escampette ? Eusèbe vous versera, rubis sur l’ongle, les 100 € manquants.

Ça, c’est pour ce qu’on appelle une position « de couverture » sur CDS. Maintenant, les positions « nues ». Attention, c’est plus compliqué, parce qu’il y a maintenant cinq personnes : il y a Jules et Gontran en plus. Jules a prêté 100 € à Gontran. Je me rends chez Eusèbe et je lui demande de m’assurer contre le fait que Gontran ne remboursera peut-être pas Jules. Pourquoi est-ce que je ferais ça ? Parce que je suis un bon père de famille, pardi ! (Il y a des gens, je vous jure, qui posent de drôles de questions !).

Je ne vous expliquerai pas pourquoi on a pris l’habitude d’appeler une position « nue » sur CDS : « s’assurer sur la bagnole du voisin », je crois que vous avez compris.

Les positions « nues » sur CDS seront interdites en Europe à partir du mois du novembre. Pourquoi a-t-on attendu si longtemps alors que les positions « nues » sur CDS faisaient déjà chuter la Grèce en janvier 2010 ? Là aussi, je vous jure, il y en a qui posent de drôles de questions ! parce qu’il restait l’Espagne, l’Italie, la France…, à envoyer à la casse, et qu’on pourra revendre par morceaux à un prix intéressant aux pères de famille (prévoyants) qui auront fait des économies.

Comment font les bons pères de famille pour faire tomber des pays ? Là aussi, je vais vite : ils s’assurent sur le pays du voisin. Comme ils sont (au moins) quatre fois plus nombreux que ceux qui s’assurent sur leur vrai pays (et qui ont vraiment quelque chose à perdre), ils gonflent la demande et font monter le prix.

Pendant ce temps-là les économistes qui regardent ça se disent : « Mince alors, regardez comme le risque augmente que Gontran ne rembourse pas Jules ! Ça donne les jetons ! »

Les économistes ne comprennent donc pas que ce sont les bons pères de famille qui font monter les prix ? Non, dans leurs livres d’économistes, la spéculation n’existe pas : ça n’est pas expliqué. Si, il y a une note en bas de page qui dit : « Les bons pères de famille apportent de la liquidité sur les marchés ». Point à la ligne.

Le prix de la prime de CDS augmente, parce que la demande augmente. Les économistes calculent le risque que les pays ne remboursent pas leur dette en faisant le calcul dans l’autre direction : à partir du montant de la prime du CDS.

Résultat, le jour où Gontran se représente, le marché des capitaux lui demande pour lui prêter, un taux d’intérêt dans lequel on a glissé (on appelle ça le spread dans les journaux) la prime de risque du marché des CDS (véritables assurés ET bons pères de famille), et hop, on demande à Gontran pour emprunter pendant 10 ans, un taux d’intérêt de 28,9 % (comme la Grèce en ce moment sur Bloomberg), et c’est fini pour Gontran : la Troïka frappe déjà à sa porte pour lui expliquer comment on devient serf, et qu’après tout, ce n’est pas si grave.

Attendez, attendez, ce n’est pas fini : le plus drôle vient encore ! Un assureur, on lui demande de faire des réserves, non ? Comme ça, si quelque chose se passe d’imprévu, il pourra puiser dans ses réserves. Dans la plupart des cas, ça suffira, et si ça ne suffit pas, ben, le problème ne se posera que pour la différence entre la somme à payer et les réserves, qui auront au moins joué le rôle d’amortisseur. Mais dans le cas des CDS (et là, j’en vois qui se fendent la pipe parce qu’ils savent déjà ce que je vais dire), les CDS, c’est le shadow banking, le secteur de l’ombre, non ? Et à quoi ça servirait d’être le secteur de l’ombre, si dans le secteur de l’ombre on était obligé de faire des réserves comme dans le (crétin de) secteur de la lumière ?

Donc, pas de réserves pour amortir le choc en cas de pépin, et comme il y a, je l’ai dit (au moins) quatre fois plus de pères de famille qui se sont assurés sur le pays du voisin que ceux qui couraient vraiment un risque…

Et voilà pourquoi votre fille est muette, et les CDS auront tué l’euro (enfin, au moins lui, vu que, de la manière dont c’est parti…).

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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196 réflexions sur « COMMENT LES CDS AURONT TUÉ L’EURO »

  1. @ Paul Jorion

    J’ai une question.

    Si les « bons pères de famille » peuvent le faire sur des pays avec les CDS, ils doivent bien faire de même avec les obligations d’entreprises, non?
    Après les Etats, les bons pères de famille s’attaqueront aux entreprises, enfin ce qu’il en restera?

  2. monsieur Jorion c’est ma premier participation poussé par se super sujet des cds ,cette explication des cds est schématiquement claire mais es possible plus de détailles car les autres explications sur le net ne sont pas très clair voir évasif ,je voudrais si possible éclairer ma lanterne sur le terme d’argent crédit créer par les bank a partir du crédit lui même .
    merci beaucoup et bonne continuation

  3. Mais n’est-ce pas là précisément comportement de «ã€€bon père de famille «ã€€avisé que d’assassiner l’Euro , congénitalement monstrueux et engendré pour asservir les Peuples auxquels l’a imposé la kleptocratie élitiste parée de MBA et de diplôme de l’ENA ?

    Evidemment une amputation est douloureuse mais empêche la propagation de la grangrène brune à tout l’organisme .

    N.B.: les nombreux contributeurs philosophes trouveront là matière à disserter : une orthodoxie ( l’ ultralibéralisme ) porte toujours en elle le germe ( les CDS ) qui putréfiera son talon d’Achille aprés avoir bourgeonné et proliféré de son excès puisque vanité et cupidité humaine sont sans borne .

  4. Bonjour.

    Je pense qu’il y a une incompréhension sur les CDS à nus.

    CDS à nus ne veut pas dire « acheter une garantie sur un risque que je ne possède pas ».

    Un investisseur achète une oblig et va se couvrir chez B en achetant un CDS. B porte désormais le risque sans avoir les obligs. Donc B va acheter une couverture (un CDS) chez C. B a donc acheté une couverture sur un risque qu’il porte; bien qu’il ne soit pas titulaire de l’obligation. Idem pour C, maintenant que C porte le risque il va se couvrir chez D en achetant encore un CDS.

    Etc…

    D’où la différence couverture brute vs nette.

    On a vu d’ailleurs avec le cas grec qu’il a fallu une bonne année pour que tout le monde aille se couvrir dans tous les sens du défaut. Et la couverture nette était faible (un peu plus de 3 milliards).

    Les CDS nus sans que l’acheteur porte le risque sont finalement assez marginaux.

    1. Donc, c’est une sorte de cavalerie où celui qui est le dernier de la chaine paie lors du défaut ?
      Les autres intervenants n’étant que des intermédiaires ?

      1. c’est comme la tva qui se propage jusqu’au dernier acteur , le consommateur . celui ci paie les tva cumulées des précédents

      2. En gros; sauf qu’ensuite on prend en compte la double défaillance :

        si l’emetteur de l’oblig fait défaut et si le vendeur du CDS fait lui aussi défaut, et bien l’acheteur initial a payé pour une couverture inefficace.

        on joue aux dominos.

        Encore une fois on voit avec le montant de la couverture nette que les CDS à nus purement spéculatif (acheter le CDS sans porter le risque) représentent des montants ridiculement faibles; au moins sur le cas grec.

      3. Ce qui compte – vous serez d’accord – ce ne sont pas les volumes absolus des CDS, c’est le rapport relatif positions nues / positions de couverture. C’est pour cela que j’insiste toujours sur le fait que la seule chose qui compte pour les volumes, c’est simplement qu’il existe un volume minimum. Mais vous verrez des commentateurs qui vous calculent la proportion des montants notionnels des CDS par rapport à la dette du pays, ou que sais-je encore, comme si cela pouvait jouer un rôle dans la détermination du montant de la prime.

        Si vous avez les chiffres, pour la Grèce et pour l’Espagne, soyez gentil de les communiquer, ça nous permettra de déterminer quel est le poids de la composante spéculative dans la détermination du montant de la prime du CDS.

      4. Bonjour.

        la seule info disponible facilement est ici, ils donnent la position nette; donc non couverte :

        http://ftalphaville.ft.com/blog/2012/03/09/916791/isda-greece-credit-event-there-is/

        « According to the Depository Trust & Clearing Corporation’s CDS data warehouse, the total net exposure of market participants who have sold CDS credit protection on Greek sovereign debt is approximately $3.2bn as of March 2, 2012.

        The net cash payout on CDS when a credit event occurs is the face amount of the CDS contract less the recovery value of the underlying obligations as determined at a CDS auction. For example, if the CDS auction showed the recovery value of debt to be (hypothetically) 25%, the aggregate amount payable would, in Greece’s case, be 75% of $3.2bn: $2.4bn. »

      5. Par contre nous n’aurons jamais le rapport nombre de positions spéculatives / nombre de positions vendues;

        Outre le fait que les CDS soient OTC; une banque d’investissement ne dévoilera jamais publiquement sa stratégie de couverture (rapport entre quantité d’obligs couvertes sur quantité d’obligs achetées); idem pour le nombre de CDS vendus / achetés.

      6. Surya, le raisonnement est juste mais seulement en partie. Vous oubliez que les acteurs en présence sur ce marché sont très peu nombreux, les grandes banques en fait, et s’entendent parfaitement pour se couvrir mutuellement et manipuler à leur guise la prime de Cds et donc la prime de risque du sous-jacent.
        En fait, pour reprendre votre exemple, on peut dire que votre acteur D (voire aussi le C) est virtuellement inutile. C compense son exposition en achetant, à nu évidemment et à prime supérieure, un nouveau Cds à B, qui lui même se réassure auprès de C, etc. Le tout fait grimper la prime de risque sur le sous-jacent, à nu et avec des montants notionnels et des expositions (sans parler des liquidités sollicitées.. ) ridicules au regard de l’encours des obligations assurèes.
        Ex sur la dette grecque pour laquelle le notionnel brut des Cds ne représentait pas 10% de la dette de marché et le net à peine 1%…

      7. Bonjour.

        Je ne pense pas que ce soit aussi simple : tout le monde achète des CDS; outre les banques d’investissements (qui les vendent et donc en achètent) vous avez aussi chez les acheteurs des hedge funds et la plupart des compagnies d’assurance (AIG – CDS Lehman tout ça…); une bonne partie des dettes publiques étant couvertes par les assureurs dans les supports épargne (assurances vies / fonds €); les compagnies d’assurances font aussi partie du jeu (et il y en a beaucoup)

        D’ailleurs Groupama aurait du se couvrir un peu plus…

        In fine, tous les acheteurs potentiels de CDS sont ceux qui vont aussi acheter de la dette sur le marché secondaire; et vus les volumes sur les marchés des taux; à côté la bourse ou le forex sont bien plus petits…

      8. Surya, d’abord, même OTC, on considère que le dtcc traite 75% du volume des Cds (source Fmi), pas tout à fait peanuts et l’épilogue grec a eu valeur de confirmation.
        Ensuite si l’on admet que l’exposition nette représente la proportion du notionnel brut constituée par des couvertures réelles (plus fatalement quelques acheteurs à nu « purs ») et que cette exposition nette sur Cds souverains ne dépasse pas les 10 à 20%, alors on peut considérer qu’au moins 80 à 90% du marché des Cds souverains sont constitués d’acheteurs à nu « de fait » ou « impurs » – puisque sans position gagnante en cas de défaut, même si cette exposition brute ne représente elle-même qu’une faible part de l’exposition du marché au risque obligataire concerné.

      9. tout le monde achète des CDS

        Ah bon ? Vous croyez ça ? Vous avez vu la composition de l’ISDA ? Expliquez nous comment les grandes banques internationales sont-elles ultra-dominantes sur ce marché ? Pourquoi les notionnels bruts sur Cds sont-ils si faibles par rapport aux dettes sous-jacentes si tout le monde s’assure ? Pourquoi Groupama comme vous dites ne s’est pas couvert ? Pourquoi les notionnels brut comme net des Cds sur une dette diminuent lorsque les premiums comme la prime du risque sur le titre sous-jacent explosent, i.e lorsque l’on s’approche du défaut (cf le cas grec en 2011) ? Etc.
        Quant au marché des dérivés de taux, c’est encore autre chose, bien plus considérable que les dérivés type Cds, et là oui les assureurs sont en première ligne avec les banques.

      10. Bonjour.

        « Vous avez vu la composition de l’ISDA ? »

        L’ISDA est composé des acteurs majeurs vendeurs de CDS. N’importe qui capable de contractualiser avec un vendeur peut acheter un CDS (hedge funds; assureurs…)

        « Expliquez nous comment les grandes banques internationales sont-elles ultra-dominantes sur ce marché ? »

        Parce que ce sont sans doute les seules à avoir la taille critique pour vendre le risque (vous iriez assurer des milliards d’obligs auprès du crédit mutuel ?)

        « Pourquoi les notionnels bruts sur Cds sont-ils si faibles par rapport aux dettes sous-jacentes si tout le monde s’assure ? »

        Tout le monde PEUT s’assurer. La stratégie de couverture est la responsabilité exclusive de l’investisseur (se couvrir à un coût). De plus quand un investisseur a peur; il a le choix entre acheter une couverture et vendre ses obligs sur le marché secondaire.

        Pour moi les CDS sont un faux problème.

        Y a-t-il eu des abus ? Oui.
        Est-ce un instrument de couverture légitime ? de mon point de vue oui; au même titre qu’un contrat à terme ou une option.

        Pourquoi interdire les CDS sur les dettes publiques ? on devrait interdire aussi tous les dérivés sur les dettes publiques. Et pourquoi se limiter aux dettes publiques ? Pourquoi ne pas interdire les swaps sur les matières premières tant qu’on y est 😉

        Un CDS est un dérivé comme un autre (je ne crois pas que l’invention des swaps soient récentes, c’est vieux de quelques siècles…).

        Tuez les dérivés et vous tuez le marché secondaire. Et par ricochet le marché primaire.

      11. Pourquoi interdire les CDS sur les dettes publiques ? on devrait interdire aussi tous les dérivés sur les dettes publiques. Et pourquoi se limiter aux dettes publiques ? Pourquoi ne pas interdire les swaps sur les matières premières tant qu’on y est

        Par souci de simplicité, nous prônons ici l’interdiction de la spéculation.

      12. « je ne crois pas que l’invention des swaps soient récentes, c’est vieux de quelques siècles… »

        Les archéologues de Chicago ont aussi découvert des swaps fossiles, à côté des traders préhistoriques sur le marché primaire des silex déjà mentionnés. Cela tend à démontrer que s’il y a homme, il y a marché et puis que s’il y a un marché primaire, il y a un marché secondaire, et inversement. Et aussi que le Nutella est délicieux, et inversement.

      13. Comment faites-vous la différence entre spéculation et couverture ?

        Croyez-vous qu’il y aura un seul acheteur de dette publique s’il n’y a plus de couverture disponible ?

        C’est dingue, vous prétendez sur un autre sujet que j’enfile des perles alors que l’existence des marchés secondaires et dérivés s’enseigne en première année de finance d’entreprise. je pense qu’il vous manque cette notion :

        http://en.wikipedia.org/wiki/Hedge_%28finance%29

        Reprenons donc les bases :

        « A hedge is an investment position intended to offset potential losses that may be incurred by a companion investment. In simple language, Hedge (Hedging Technique) is used to reduce any substantial losses suffered by an individual or an organization.

        A hedge can be constructed from many types of financial instruments, including stocks, exchange-traded funds, insurance, forward contracts, swaps, options, many types of over-the-counter and derivative products, and futures contracts. »

        Rappelons aussi que Black-Merton-Scholes ont eu leur prix nobel d’économie pour leur formule qui permet sous certaines conditions strictes de donner le prix d’une option, ce vil instrument spéculatif qu’il faut interdire d’urgence.

      14. Surya, vous appelez ça des réponses ? Il semblerait que vous n’êtes pas très informée mais très péremptoire en la matière spéculative. Je vois sur un autre fil que, pour le moins, vous ne feriez pas preuve d’un extrême empressement pour promouvoir l’interdiction d’accès au terrain de jeu des produits dérivés et autres couvertures aux purs spéculateurs, faux fournisseurs de liquidité/vrais liquidateurs. On comprend dès lors bien mieux votre angle d’attaque.
        PS : les quinze membres de l’ISDA sont censés représenter évidemment tous les acteurs du marché des dérivés, acheteurs comme vendeurs. Je me permets de vous rappeler la liste des votants du comité qui statua sur les Cds grecs : Bank of America-Merrill Lynch, Barclays, Credit Suisse, Deutsche Bank, Goldman Sachs, JPMorgan Chase Bank, Morgan Stanley, UBS, BNP Paribas Société Générale, Cital Investment Group, D.E.Shaw Group, BlueMontain Capital, Elliott Management Corporation, PIMCO.

  5. Je me joins à mes camarades pour saluer cet article qui pour être lumineux, n’en est pas moins teinté d’humour. Merci et chapeau!
    Je ne vois rien à ajouter…

  6. Bon, finalement c’est de nouveau Sédan… (on disait Sédan au 19ème siècle)

    Il nous faut tout de suite :
    – déjà chasser Cousin-Montauban, comte de Palikao, cet imprudent recrute et arme le peuple et la basse extraction dans la garde-nationale pour défendre Paris…
    – installer le gouvernement des Jules avec Jules Trochu à sa tête (participe passé de trop choir…) qui se méfie du peuple plus que des prussiens, saboter l’action de Gambetta et attendre…

    Le problème : est-ce qu’on est prêt pour la Commune (cette bonne chose mal faite comme disait Hugo…) ?

  7. « Nightcall »

    Plus qu’un « jeté » de texte
    dans cette « strange nave »,
    c’est une précieuse égide.
    Celle que j’attendais…
    La cuirasse du « Real Hero ».
    Sur l’épaule, il nous faut la porter
    C’est l’égide à la main, qu’Athéna
    donna courage à Héraclès pour
    aller combattre « Cycnos »…

    CYCNOS, Guerrier qui dépouilla les pèlerins.
    ATHENA, Déesse de la sagesse et des armes, sortit
    toute armée et « casquée » de la tête de Zeus, en poussant
    un immense cri de guerre… … Aller … à chacun le sien !

  8. Si j’ai bien compris, je vais continuer à jouer au LOTO, car je sais que c’est un jeux et ne m’attend pas à gagner…

    ….alors que votre « TRUC », ça a l’apparence d’une assurance mais ce n’est qu’une probabilité de paiement dont on ne maitrise rien !

  9. Excellent ! Ce travail pédagogique des techniques de la finance est bien plus efficace que les anathèmes mal ciblés.

  10. « bonus » pater familias est un latinisme d’usage courant dans les milieux juridiques (civil: famille patriarcale) . Je pense qu’il pensent plutôt au latin et aux « bonus ».
    Pour le droit romain, le père avait le droit sur la vie des enfants.

  11. Gagnant-gagnant sur le dos d’un tiers exclu : le perdant !
    Dois être plus « bas de plafond » que la plupart d’entre vous, parce que je m’arrache encore les cheveux à essayer de comprendre ce que PJ nous explique. Ne serait-il pas plus simple de considérer (et d’admettre) que les règles et les lois demandent de respecter les conduites et les intérêts… criminels de la planète ? Que nous sommes intentionnellement collectivement piégés par les institutions internationales (abandon forcé des souverainetés nationales, entre autres).
    La mafia et le grand banditisme m’ont toujours semblé (dans une certaine mesure) moins dangereux que ce que Paul Jorion décrit : une criminalité ordinaire, quotidiennement et minutieusement organisée, bien à l’abri de recours judiciaires puisque la justice même, autorise (accompagne donc cette criminalité) voire protège de tels montages… criminels.
    « Le bon père de famille » serait le socle fondateur, l’image archétypale à l’abri de laquelle tout un tas de sévices (mais si, mais si) nous sont imposés. Au nom précisément de la morale… du « bon père de famille » ?!
    Mais comment se fait-il que l’argent soit devenu une arme de… destruction massive ? Une façon d’organiser les affaires du monde sur le même modèle que celui des camps de concentration. Sans barbelés ni miradors, les populations sont amenées de la simple pauvreté à la… misère la plus extrême. Mais qui a vu ou entendu le vol de roquettes au-dessus de nos têtes ? Personne ! Toutes ces manœuvres et autres complexités de montages et de règlementations ultra-sophistiqués ne sont que l’ingénierie d’une exploitation qui s’intensifie et se radicalise : la preuve par la Grèce, puis par l’Espagne… après-demain la France !!?
    Ce que je vois aussi dans les systèmes décrits c’est comment on peut s’enrichir sans cesse, précisément en ne payant jamais ses propres dettes mais en les transférant sur ceux qui n’en font pas.
    « Je me sens responsable, mais pas coupable » disait Georgina Dufoix au lendemain du scandale (et du crime) du sang contaminé. Georgina était sûrement… un « bon père de famille ».
    Normal que les « bons pères de famille » de la Finance se sentent toujours très responsables mais jamais coupables des crimes dont ils bénéficient. Puisqu’ils en sont précisément les bénéficiaires. D’une certaine façon, le seul fait « qu’ils gagnent » (toujours plus) place ceux qui perdent en position de « coupables ».
    Ils sont les héros du modèle (prédateur) qui nous est imposé globalement.
    Pensez donc : le Principe de Réalité est de leur côté. La preuve par « les » Crises. Sauf que ces crises ne sont pas une fatalité mais qu’elles sont organisées… expertement (« La stratégie du choc » de Naomi Klein) .
    Ils sont les Winners et nous les Loosers.
    Ce qui est beaucoup plus curieux et infiniment plus inquiétant c’est : qu’est-ce qui fait que les institutions, y compris judiciaires soient à leur service ?!

    Désolée pour ce long billet (d’humeur). En fait, j’aimerais vraiment comprendre ce que PJ a expliqué « de façon lumineuse » et « simple » pour beaucoup d’entre vous.
    Je me suis aussi souvent demandée pourquoi Jorion n’intervenait jamais sur certains plateaux TV auxquels certains autres experts sont abonnés ? Pourquoi d’autres Analystes en d’autres secteurs n’arrivaient pas à fédérer leurs voix pour ENFIN casser les cercles vicieux dans lesquels nous sommes de plus en plus enfermés/piégés ?
    Petit clin d’œil : Jorion a aussi de… bon pairs, en d’autres familles de pensée !? Pourquoi ne s’associent-ils pas pour lutter contre ces « bons pères de famille » au cœur de nos sociétés (devenues) criminelles !?

  12. Ce qui me chiffone, c’est la cupidité de ce bas monde. Que l’on prenne une assurance pour un défaut de remboursement alors que l’on a prété une somme, je suis d’accord. Mais quel esprit retord a bien pu imaginer prendre une assurance sur le défaut de payement de la voiture de mon voisin. C’est pousse au crime comme un viager. C’est là que çà me gêne. Quand les banques ont demandé des autorisations pour commercialiser des produits financiers de ce type, il aurait fallu dire STOP là. MAis visiblement les lobbys sont très forts.

    1. « Mais quel esprit retord a bien pu imaginer prendre une assurance sur le défaut de payement de la voiture de mon voisin ». (écrit ça se pourrait)
      Mais je n’arrive vraiment pas à comprendre ni l’esprit ni le « comment ça fonctionne ». La seule idée qui me vient c’est le cas de ces tueurs un peu spéciaux qui (par exemple) prennent une assurance à leur propre bénéfice sur la tête d’individus qu’ils connaissent à peine, puis organisent les accidents mortels grâce auxquels ils pourront percevoir les primes de l’assurance souscrite sur la tête des pauvres bougres (cas réel : de très vieilles dames Américaines très très charitables prenaient bien soi de SDF. Les dorlotaient, les hébergeaient, les nourrissaient. Puis… les tuaient!).
      Si je prends une assurance sur « le défaut de paiement de mon voisin pour sa voiture », je tire profit (spécule) de sa… faillite supposée ?!). Donc j’ai tout intérêt à ce que mon voisin ne rembourse pas sa voiture !? Donc, c’est un système qui organise les conditions optimales pour que les personnes (ou groupes, collectivités, entreprises…) tombent.
      C’est un système financier qui affame intentionnellement : c’est du canibalisme puisque derrière il y a des populations dont certaines catégories ne pourront jamais s’en sortir. Elles sont comme ces bancs de poissons engloutis par les filets géants des pêcheurs industriels.
      Moi pas comprendre!
      Parce que plus qu’un « pousse au crime », moi j’y vois un crime. C’est une organisation de la société selon des règles criminelles.

      1. c’est pour çà que j’évoquais aussi le cas du viager. Pour moi c’est la même mécanique de profit au dépend d’autrui. Certains rétorqueront que c’est simplement du commerce. Le fait même de pouvoir parier/spéculer sur la faillite ou défault de quelqu’un , et de par ce pari, faire qu’il puisse encore moins réussir est pour moi nauséabond. C’est l’esprit même d’être à la fois comme juge et parti sur une affaire qui me chagrine. Les lois de la finance sont ainsi faites, et visiblement mal faite (si on se positionne comme un quidam).

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