Europe : Retours vers le passé, par Zébu

Billet invité. Ouvert aux commentaires.

C’est la rentrée, celle des dupes selon Jacques Attali, qui souligne le caractère cyclique et totalement inadapté de ce phénomène selon lui face aux grands bouleversements en cours au niveau mondial ou européen : crise financière en Chine, ralentissement de l’activité économique dans le monde, crise en Grèce, crise des migrants venant s’échouer sur les rives européennes et sur l’incompétence des dirigeants européens, terrorisme, guerres larvées récentes ou ouvertes depuis des années, réchauffement climatique, etc.

On pourrait voir ainsi dans cette rentrée politique en France, avec ses effets d’annonce sur la baisse d’impôts, sur la croissance qui résiste, sur l’amélioration du chômage, par les positionnements sur l’échiquier politique des uns et des autres comme autant de places à prendre pour plus tard comme un signe supplémentaire de l’effondrement en cours, du fait de son caractère présenté comme perpétuel, habituel, quand plus rien ne l’est.

Mais on peut aussi y lire des ruptures, ou du moins présentées comme telles, issues d’enseignements tirés d’événements récents, en particulier de la crise grecque qui n’en finit pas de n’en pas finir.

C’est particulièrement le cas pour la gauche française avec deux positions majeures diamétralement opposées.

Il y eut d’abord le positionnement du Président de la République François Hollande, dès l’accord signé pour le 3ème plan d’aide à la Grèce, avec sa proposition de création d’une avant-garde européenne comme solution à la crise européenne et à la crise de la zone euro : budget commun, exécutif et parlement de la zone euro. Cette proposition est une véritable rupture pour un exécutif français qui longtemps, sinon depuis l’origine de la construction européenne, a toujours été sinon sourcilleux du moins sceptique sur une orientation fédéraliste européenne.

Tirant la leçon de l’expérience de la crise grecque, François Hollande a proposé dans une tribune au JDD cet été de renouer avec la tradition européenne à la Delors : l’approfondissement de la construction européenne, actant à la fois de son inertie actuelle mais aussi du besoin impérieux pour une zone monétaire unique de posséder enfin les outils qui lui manquaient pour mettre en œuvre les nécessaires politiques de transferts en son sein.

Ce retour vers le passé mythique (ou mythifié) de la construction européenne, par son allégorie dithyrambique de la période Delors, ressemble pourtant bien plus à une fuite en avant et à une impasse qu’à une véritable solution de sortie de crise pour une Europe qui ne ressemble plus du tout à celle d’il y a 30 ans. Le contexte, notamment, est totalement différent : intégration des pays de l’Europe de l’Est suite à la chute du mur de Berlin marquant un véritable big-bang quantitatif et de complexité, crise économique et financière majeure, croissance structurelle des extrêmes-droites, etc.

Il y a donc de quoi être perplexe devant la croyance ainsi étalée qu’un tel approfondissement de la construction européenne puisse à la fois ne produire aujourd’hui qu’un cadre adapté à la fois à l’ordo-libéralisme en cours et à la production d’un rejet croissant au sein des populations européennes à cet approfondissement, s’exprimant de manière croissante politiquement par un rejet du politique (abstentions) ou un vote vers une extrême-droite qui a préempté un souverainisme national présenté comme diamétralement opposé à ce fédéralisme européen.

Un tel pari, pris à défaut de pouvoir proposer autre chose et outre qu’il est lourd de menaces politiques potentielles, peut difficilement être pris comme un pari d’avenir quand il s’ancre aussi fermement dans un passé qui paraît révolu. Révolu, car c’est dès l’origine de la création de l’euro qu’une telle proposition aurait dû être faite et réalisée et non pas dans le cadre d’une Union européenne dont l’investissement croissant dans la complexité produit un rendement marginal décroissant et est devenu en soi un élément d’effondrement, dans un cadre économique, politique et social totalement différent de celui des années 2000 et a fortiori des années Delors.

D’aucuns pourraient se lamenter sur les impérities des politiques, notamment français (ah, les empoignades pathétiques et l’occasion ratée du couple exécutif français lors du Traité de Nice !) quant à la politique européenne, mais il s’avère qu’il est bien tard, Docteur Schweitzer, trop tard pour qu’une telle solution puisse servir à autre chose qu’aux desseins plus ou moins avoués de certains de redessiner une Europe à leur propre image.

De fait, un tel pari ressemble plus à la possibilité pour l’exécutif français de pouvoir s’insérer dans les logiques ordo-libérales en cours mais dans le peloton de tête, afin sinon d’échapper du moins de retarder à la France l’ajustement structurel imposé, par exemple ou pour faire un exemple, à la Grèce.

On ne peut d’ailleurs guère s’étonner de retrouver dans le plan d’aide à la Grèce certaines mesures de la loi Macron, notamment de libéralisation de certaines professions …

A l’autre bout de l’échiquier politique, à gauche, on observe une toute autre rupture.

Jean-Luc Mélenchon a ainsi tiré de la crise grecque un enseignement très différent, en coupant court à ses relations avec M. Tsipras et à son admiration envers lui, pour se tourner vers la figure montante médiatique qu’est M. Varoufakis qu’il a rencontré à Paris, mais aussi en prenant langue immédiatement avec le nouveau parti grec Unité Populaire issu de la scission au sein de Syriza et qu’incarne M. Lafazanis. L’espoir qu’incarnait le ‘non’ grec au référendum sur le plan d’aide a ainsi été consumé par la signature, définitive en août, de celui-ci par M. Tsipras et sa démission pour provoquer des élections anticipées en Grèce en Septembre.

Plus profondément, Jean-Luc Mélenchon a mis fin aux espoirs d’une partie de la gauche radicale en Europe de transformer la zone euro en un espace politique et économique qui ne soit pas un carcan austéritaire : logiquement donc, puisque l’euro en est la cause, il en tire les conséquences pour promouvoir dorénavant une possibilité de sortie de l’euro et appeler de ses vœux une conférence européenne pour un ‘plan B’.

Cette rupture, apparemment consommée, était pourtant inscrite comme potentialité dans les statuts du Parti de Gauche depuis 2011, puisqu’à choisir entre les politiques d’austérité et une sortie de l’euro, le PG indiquait bien sa préférence pour la seconde solution. Mais ce choix est là encore lourd de conséquences et ressemble tout autant que le pari hollandien en une impasse et un échec futur.

 

Car qu’est-ce que le ‘Plan B’ dont parle Jean-Luc Mélenchon si ce n’est comme le fait remarquer Oskar Lafontaine sur son blog un … retour au SME (Système Monétaire Européen), système créé en 1979 et qui s’effondra en 1992 sous les coups de boutoir, déjà, de la spéculation monétaire, avec pourtant une monnaie commune qu’était déjà l’ECU ?

Un tel retour vers le passé ne permet guère de pouvoir s’orienter et orienter les citoyens vers un avenir radieux mais il y a certainement plus grave en termes de menaces politiques, car une telle rupture se définit aussi comme une rupture d’un certain internationalisme que pouvait incarner la construction européenne et la création de la zone euro, auquel d’ailleurs reste encore attachée une majorité au PG et pour lequel le PCF s’oppose à la vision de Jean-Luc Mélenchon.

L’affichage d’un appel européen à un ‘Plan B’ masque en effet mal les appels au souverainisme national (‘indépendantisme français‘) qu’une telle rupture ne peut que produire puisque dans le cadre politique existant, vers quoi d’autre se tourner sinon vers cette option ?

Or, s’il n’est pas interdit de penser un souverainisme de gauche puisque la souveraineté nationale est issue de la révolution française, il est nécessaire aussi de contextualiser les choses.

Un tel souverainisme a toujours été un échec politique contemporain à gauche, comme a pu le constater de longue date M. Chevènement. Et il a été préempté par la droite et surtout par l’extrême-droite, laquelle se frotte les mains à voir Jean-Luc Mélenchon enfourcher ainsi un de ses dadas et surtout une de ses visions du monde, à savoir une vision monétariste (l’euro est la cause efficiente de la crise actuelle) servant la primauté de la souveraineté nationale à laquelle tout est subsumé : économie, société, etc.

Dès lors, comment ne pas s’interroger sur la pertinence d’une telle rupture, tant sur le plan économique et financier (retour au SME) que politique, où un Front National qui a le premier fait le pari politique d’une sortie de l’euro ne pourra qu’en tirer bénéfice dans le cadre d’une normalisation politique de son parti : comment pourrait-il être d’extrême-droite puisqu’il est autant partisan d’une sortie de l’euro que l’est le PG ? Comment contrer alors le discours FN du ‘Choisissez l’original, pas la copie’ ?

S’il est bien évident que les positions politiques sociales et économiques d’un Jean-Luc Mélenchon et d’un PG sont antagoniques à celles d’un FN dont les thèses en la matière restent très ordo-libéro-compatibles, une telle rupture quant à la représentation du monde de la gauche radicale française qui se positionnerait sur le champ de celle que tente d’imposer l’extrême-droite est potentiellement porteuse d’effondrement politique, par la confusion que cela engendrerait et par l’inévitable captation que ne manquera pas d’opérer le FN sur ce terrain.

Déjà, un rapprochement s’est opéré cet été entre les souverainistes de gauche et ceux de droite entre M. Chevènement et M. Dupont-Aignan. Plus grave, Jacques Sapir, figure emblématique à gauche de la dénonciation de l’euro et de l’Union Européenne, appelle même à un ‘Front de libération nationale’ qui pourrait inclure le Front National, participant ainsi à la confusion politique en cours.

Les thèses de M. Sapir sont d’ailleurs largement exploitées par le FN car elles participent de cette représentation du monde, à la fois monétariste et souverainiste, mais la méthode, trotskiste, que Jacques Sapir (‘Marcher séparément, frapper ensemble’) propose aux différents acteurs du souverainisme n’a pourtant jamais fait ses preuves politiques.

Pire, c’est là encore une tentation de retour vers le passé qui s’exprime ainsi, en voulant rejouer le coup du référendum de 2005, où les oppositions diverses, souverainistes ou pas, s’étaient agglomérées, pour produire un ‘non’ massif français. Le problème pour Jacques Sapir, c’est que la France de 2015 n’a là aussi plus grand-chose à voir avec celle de 2005 car entre-temps, c’est bien l’extrême-droite qui a réussi son OPA souverainiste et politique, quand le souverainisme à droite et à gauche ont été laminé.

La représentation du champ politique de M. Sapir est par ailleurs binaire puisque selon lui, il n’existera pas d’autres espaces que les camps souverainiste et fédéraliste, appelant d’ailleurs M. Montebourg à se positionner rapidement sur la question de la sortie de l’euro.

Un tel pari, comme le pari hollandien, est là aussi lourd de menaces futures, de par sa décontextualisation et d’une vision du monde focalisée sur la monnaie et sur la souveraineté nationale d’où découlerait tout le reste.

On se retrouverait ainsi face à deux luttes de pouvoir politique pour le leadership au sein de deux camps (re)constitués, à savoir la lutte dans le camp souverainiste entre un Jean-Luc Mélenchon et une Marine Le Pen et la lutte dans le camp fédéro-euroiste entre François Hollande et ses challengers à droite, les outsiders potentiels devant tôt ou tard choisir leur camp, selon leurs appétences, leurs désirs de revanche ou l’opportunité possible.

Et ainsi, le monde politique redeviendrait ordonné par cette rupture structurelle ainsi imposée par le cadre européen pour la grande lutte du premier tour de l’élection présidentielle en 2017, et surtout pour le second, quitte pour cela à opérer des restructurations politiques entre droite et gauche qui finiront par faire que l’extrême-droite profite de la confusion produite, elle qui clame sans cesse que gauche et droite, UMP et PS, c’est pareil.

Cette illusion du retour vers le passé est pourtant totalement dépassée, tant par les solutions proposées que par la réalité actuelle. Car l’actualité, autant sinon plus que les inégalités entre pays membres d’une même zone monétaire, c’est bien l’explosion dans tous les pays des inégalités sociales, y compris en Allemagne où le taux de pauvreté a atteint des sommets. Si la déflation salariale compétitive (et mortifère) entre pays de la zone euro reste la seule possibilité en l’absence d’une possibilité de déflation monétaire ou d’une politique de transferts, il reste que la compétition monétaire entre pays indépendants (ou souverains) sera toujours elle aussi assujettie aux rapports de force entre pays membres d’une même zone commune. Ainsi, on voit mal comment le retour à un statut souverain d’un pays permettrait de corriger les inégalités sociales en son sein tout en étant soumis aux rapports de force entre pays, autrement qu’en externalisant les rapports de force sociaux par le canal de la confrontation monétaire, le tout dans un environnement spéculatif que l’on connaît aujourd’hui, autrement plus féroce qu’en 1992 à la fin du SME, sauf à présupposer que la gestion politique de ces rapports de force entre pays souverains soient comme par miracle solidaire et commune.

Cette prédominance de la question monétaire n’est pourtant pas au cœur de la construction européenne car si l’euro fut mis en place, c’est bien pour répondre à l’échec du SME dans les années 90 du fait de la spéculation financière, SME lui-même créé pour répondre à l’échec du Serpent monétaire européen en 1978, lui-même créé pour faire face à la fin de la convertibilité dollar-or unilatéralement imposée par Nixon en 1971, mettant ainsi fin au système de Bretton Woods constitué en 1944 à l’envers de la proposition de Bancor d’un J. M. Keynes.

Ces réponses techniques européennes à des modifications contextuelles et/ou paradigmatiques du système monétaire et financier mondial n’ont jamais eu la robustesse du système monétaire américain, qui a certes eu (et a encore) l’avantage d’être la monnaie de référence mondiale mais aussi de bénéficier d’un système de compensation interne entre banques centrales et d’un système fédéral de compensation budgétaire. Ainsi, c’est dès leurs origines que ces réponses techniques étaient vouées à l’échec, avec l’absence du FME (Fond Monétaire Européen) prévu en parallèle du SME et torpillé en 1980, et l’incapacité dès 2000 pour la zone euro à s’appuyer sur les outils dont bénéficient le dollar.

En conséquence, puisque la réponse politique à l’incomplétude de l’euro et au retour au SME apparaît aujourd’hui dépassée, sauf comme pari politique pour certains, c’est à une réponse technique qu’il s’agit de s’atteler, puisque le centre de gravité européen ne tourne pas autour de la monnaie.

La proposition de Keynes du Bancor aurait pour elle et pour l’Europe l’avantage de s’appuyer sur le SBCE (Système Banques Centrales Européen) pour créer une chambre de compensation pour les échanges internes à la zone euro, permettant une régulation politique des transferts par dévaluation/réévaluation internes et par la définition des taux d’intérêts dans chaque pays membre, la BCE pouvant rester indépendante pour les échanges externes avec l’euro. Cette solution aurait par ailleurs l’avantage de couper l’herbe sous le pied à une vision de la monnaie qui ne propose qu’un retour au SME et à une monnaie commune, retour qui par ailleurs ne répond pas à la question de la nécessaire compensation entre pays souverains.

Mais comme Keynes à l’époque, cette instrumentation monétaire à créer pour l’Europe ne serait qu’un outil à mettre à disposition des pays membres pour pacifier leurs relations : elle n’en serait pas le cœur, comme le sont tout à la fois les propositions de retour vers le passé que sont l’avant-garde européenne pour sauvegarder l’euro et le rejet monétariste et souverainiste de l’euro.

Le véritable cœur de la construction européenne fut en fait à la fois son originalité institutionnelle (ni fédération, ni inter-gouvernementalité…) et le partage du bien commun le plus important pour l’Europe, à savoir la préservation de la paix entre les pays membres pour un continent habitué aux tueries, dont les deux dernières lui auront définitivement ôté la prééminence mondiale.

Depuis la chute du mur de Berlin, la construction européenne ne possède plus comme objet central l’originalité mais bien plutôt la complexité institutionnelle qui l’écrase, ni la préservation de la paix entre ses membres. Car aujourd’hui, c’est bien la guerre à ses frontières ou à proximité qui fait rage et qui focalise l’attention : Ukraine, Tunisie, Turquie, Syrie, Irak, Libye, sans même parler de terrorisme et de vagues de migrations de réfugiés. C’est aussi bien plutôt la guerre, économique et sociale, qui fait rage dans ses propres frontières, par des politiques axées sur la concurrence et produisant des niveaux d’inégalités que l’Europe avait presque oubliés.

C’est en reprenant le chemin de l’originalité et du partage que la construction européenne pourra continuer à avancer, non pas en s’orientant vers le passé comme le proposent un nombre croissant de responsables politiques européens. Ce chemin doit suivre prioritairement l’horizon d’une pacification sociale interne, axé sur la lutte contre les inégalités dans chaque société des pays membres et entre les sociétés des pays membres.

Cela conduira à remettre en cause les logiques concurrentielles en cours et d’ouvrir un champ d’expérimentation politique sur la gestion du partage du bien commun par les citoyens européens, par l’acquisition de nouveaux droits politiques individuels des citoyens à gérer eux-mêmes le bien commun qu’ils auront défini collectivement, y compris par la production de normes de droit : environnement, culture, éducation, sécurité collective, etc.

Cette voie, originale, redonnerait à l’Europe un projet en phase avec son histoire et permettrait aux citoyens européens non plus seulement d’échanger, a fortiori seulement économiquement, mais de faire ensemble.

A terme, quand ces citoyens auront pris l’habitude de faire ensemble, on pourra alors, peut-être, penser à instituer une monnaie unique et une fédération européenne…

En attendant, ceux, notamment les jeunes, qui ne peuvent pas participer à cette société européenne en cours d’effondrement interne du fait de sa complexité croissante, de ses antagonismes et de ses tensions sociales se constituent et contribuent à constituer une contre-société pour faire face au consumérisme, à la disparition du travail et à l’exclusion.

Mais est-ce vraiment une alternative, hors de tout projet politique, hors, faut-il le préciser, de toute perspective qu’aurait pu dresser une gauche, radicale ou pas, souverainiste ou non, obnubilée qu’elle est aujourd’hui par un retour au passé ?

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70 réflexions sur « Europe : Retours vers le passé, par Zébu »

  1. L’analyse est séduisante mais, comme le souligne M. Lordon dans tous ses écrits, et comme la crise Grecque l’a également montré, elle fait l’impasse sur un élément esentiel : peut on faire évoluer l' »ordo-libéralisme » allemand?

    De la réponse à cette question dépend la stratégie à adopter :

    Si l’on pense que l’Allemagne peut évoluer et accepter des transferts de son pib de 8 à 12 % par an en faveur de l’Europe du sud, l’analyse de ce billet et correcte.

    Sinon, MM. Sapir et Lordon ont raison, même s’ils s’opposent sur la stratégie à mettre en place (front anti Euro de « gauche » selon Lordon ou rassemblement de tous les anti Euro allant peut être à terme jusqu’au FN selon Sapir).

    Personnellement je pense que l’Allemagne n’évoluera pas à temps et qu’une nouvelle crise majeure se produira avant qu’elle ne bouge; et qu’un passage à une forme de monnaie commune est la seule issue envisageable à moyen terme, même si ça ne règlera pas tous nos problèmes.Hélas…

    Enfin, n’oublions pas tous les mouvements indépendantistes ou séparatistes qui minent les états européens et qui rendent inenvisageable dans la période actuelle le passage à une Europe plus fédérale. L’Europe a perdu la confiance des peuples!

    Qand au périmètre des alliances à nouer pour sortir de l’Euro, pour moi il y a des gens actuellement infréquentables; Mais là encore se pose la question de l’analyse de leur capacité à évoluer…

    1. L’ordo-libéralisme n’est pas consubstantiel  ‘à l’Allemagne’ ou ‘aux allemands’, et inversement.  La question n’est pas ‘peut-on’ mais bien ‘comment’. Actuellement, les ordo-libéraux ont ‘mis la main’ sur l’Allemagne et les allemands et bénéficiant du apport de force, sur l’euro et l’Europe.

      Je considère personnellement qu’il est trop tard pour que des politiques de transferts, d’une autre dimension que les seuls fonds européens qui n’ont jamais rien eu de ‘structurels’ (sauf sans doute pour la politique agricole) et que du ‘budget’ européen actuel : quand vous parlez de 8%, il en faudrait sans doute le double …

      Une telle politique est politiquement suicidaire pour le pouvoir politique allemand (n’importe lequel d’ailleurs), aujourd’hui. Il y a 10 ans encore, peut-être, quand l’Allemagne n’était pas encore dans un rapport de force si favorable (loin de là), pour accepter une telle politique qui aurait pu paraître politiquement comme ‘aussi’ favorable aux allemands.

      Et il faut dire les choses comme elles sont : aucun pays européen n’accepterait non plus en lieu et place de l’Allemagne aujourd’hui. Pas dans une zone euro telle qu’elle est actuellement, à savoir à 18 pays avec des niveaux si différents. D’où la proposition de créer un ‘avant garde’ (5-6 pays), de niveaux peut ou prou similaires afin de réduire justement les potentiels transferts. Mais selon moi, les risques d’une telle ‘fuite en arrière’ sont identifiés et conduisent à terme, certes plus longuement qu’avec un retour à une ‘monnaie commune’ parce qu’il faudra bien du temps pour construire cette ‘avant-garde’ mais à moyen terme quand même.

      Sapir et Lordon n’ont ‘raison’ que parce qu’ils excluent le troisième tiers et surtout parce qu’ils (enfin, Sapir) ont une vision ‘monétariste’ des choses en se focalisant sur la monnaie. Et Sapir a de toutes les manières possibles tort, comme l’écrit si bien Lordon lui-même, en commençant par se planter dans toutes ses largeurs quand il écrit que le FN a bien changé : mascarade …

       

    2. Et si au lieu de parler transfert, on parlait d’investissements, qui y aurait-il à redire ? Si on parlait d’investissements industriels, ce serait le top.

      On lit partout que l’Etat grec n’en ait pas un. Aidons la Grèce à se doter d’un minimum d’organisation, d’un système efficace de collecte d’impôts décidés par la Vouli etc. Je ne m’étends pas, vous connaissez. Plus aucun risque d’effondrement en Grèce, c’est déjà fait, pas comme le pense PJ certes !

      Bancor européen : j’ai peut-être lu trop vite, je pense que c’est trop difficle à manager et laisse la part belle aux marchés financiers. Je préfère « fouiller » la recherche d’une solution qui travaille autour d’une balance des paiements bien balancée, pas par des dettes mais par des investissements durables.

      Le Bancor mondial, faisons le tout de suite avec les plus grosses zones monétaires et les DTS et pourquoi pas avec la BRI (BIS), un coup d’oeil à notre Vigneron.

  2. Très bon article, complet, qui dit tout, de manière qui pourrait être un peu plus simple.

    Je voudrais commenter sur le ‘souverainisme’ et , surtout, sur ce qui nous manque le plus (y compris dans ce blog): la rationalité.

    Si ‘souverain’ signifie libre de ses choix, il ne peut s’appliquer qu’à une nation quasi-autarcique, surtout sur le plan énergétique. En Europe (ouest), seule la Norvège – peu peuplée – répond +- moins à ce critère, et pour une période limitée à l’extraction de son pétrole.

    Si nous considérons la planète, nous savons depuis des années que ses ressources sont limitées et limitent donc nos choix.

    On oublie que la croissance économique, saint-graal de TOUS les politiques de l’extrême gauche à l’extrême droite – (ultra) libéraux, ou (nationaux) socialistes –  n’est rien d’autre que la destruction (entropique) de ressources naturelles précieuses et considérées comme gratuites (dans la pseudo science économique).

    Non , les douaniers ne nous sauveront pas, pas plus que le franc mélenchon-lepen !

    Je pense donc la moins sotte, la proposition – courageuse dans le contexte actuel – de M Hollande: elle s’inscrit dans la perspective des Etats-Unis d’ Europe seul ensemble assez grand pour retrouver une certaine souveraineté. Comme on ne le dit plus en Belgique: l’union fait la force.

    Voir JM Jancovici: http://www.manicore.com/

    1. J’ajoute, du même site, une courte analyse de notre évolution basée sur la réalité et la rationalité énergétique et non sur les mythes politico-économico-monétaires:

      http://www.manicore.com/documentation/articles/echos_oct2014_europe_finie.html

      Un extrait:

      Nous le savons tous : trop de locataires dans le même appartement, trop de bénéficiaires du même salaire, ou trop d’estomacs affamés autour d’un même repas ne sont jamais faciles à concilier avec l’harmonie du « vivre ensemble ». C’est bien là le défi que l’Europe doit désormais affronter. Physiquement, notre continent est de plus en plus à l’étroit : les terres agricoles se contractent, notre production minière est en diminution, tout comme notre approvisionnement énergétique depuis 2007.

      1. PS:

        JM Jancovici parle de l ‘énergie, mais cette rationalité s’applique à toutes les ressources naturelles: cuivre, lithium, terres arables, eau, biodiversité, etc…

      2. « Physiquement, notre continent est de plus en plus à l’étroit : les terres agricoles se contractent, (…) »

        Précision importante : NOUS contractons NOS terres agricoles.

        Elles ne se contractent pas d’elles-mêmes par le seul fait des « caprices » de la nature, contrairement à ce que sous-entend votre formulation…

      3. Précision importante : NOUS contractons NOS terres agricoles.

        Absolument!

        Ce qui manque ce ne sont pas les terres!

        C’est de permettre aux agriculteurs de vivre, et c’est impossible, dans CE système, puisque ceux qui auraient besoin de leurs produits sont sans le sous, car inutiles au système, tout comme les agriculteurs, d’ailleurs.

         

    2. Norvège, très bon exemple. J’y ai passé 3 semaines en juillet. Chapeau bas.

      Le management norvégien, en première approche, me parait exemplaire.  Le management des excédents germaniques  me parait inconséquent : il a conduit l’Allemagne à durcir sa position vis à vis de la Grèce.

      Nos économistes, au lieu de commenter les nouvelles du jour, auraient dû ouvrir les yeux des responsables économiques et politiques allemands. J’espère qu’ils ont désormais compris, et que ces derniers ne feront plus perdre quelques dizaines de milliards aux ménages allemands et européens.

    1. J’ai lu son article après avoir écris mon billet. Je salue sa réaction, salutaire, ‘claire’ quant à ce que je ne qualifie même pas de dérapage de Sapir. Lordon laisse, malgré sa mise en parallèle associée entre ‘souveraineté’ et ‘nation’ une place pour ‘populaire’, sans vraiment l’avoir nommé. Lordon a aussi évoqué le Bancor, à plusieurs reprises mais il n’y croit pas je pense. Pour ma part, je suis plus que sceptique, tant d’un point de vue contextuel que d’un point de vue expérimental quant à de quelconques chances d’un souverainisme qui ne soit pas populaire, quand bien même estampillé ‘de gauche’, à fortiori en reprenant des routes qui ont déjà mené à l’impasse.

  3. L’euro, à l’image de son principal concurrent, le dollars US, se vit comme une fiat money, une monnaie sans contrepartie depuis le 19 mars 1973, jour où Nixon suspendit de facto la convertibilité du dollars en or. Mais qu’est-ce au juste une fiat money ? Dans son ouvrage magistral, l’énigme de la monnaie, Massimo Amato nous apprend ceci :
    La fiat money est une monnaie créée de rien, convertible en rien sinon en elle-même, et, surtout, en capacité de produire de l’abondance. Rien, en effet, n’en limite en principe la production, sinon la capacité du système économique d’en absorber l’offre moyennant une demande adéquate – vu que la demande de cette monnaie dépend à son tour d’une croissance que cette même monnaie est appelée à soutenir activement. La fiat money est une monnaie si compatible avec une croissance qu’il ne faut la soutenir que pour qu’elle puisse être irréversible et ne pas rencontrer d’autre limite que dans la croissance. C’est donc la monnaie d’une abondance sans contrepartie p.58].
    Si une monnaie n’est plus adossée à un étalon, vis-à-vis duquel elle pourrait être ré-évaluer de temps à autre, alors la mesure de sa valeur, ne peut être que sa valeur même. C’est pourquoi, les prêtres de la religion féroce refusent de monétiser la dette des Etats.
    Le problème n’est pas d’avoir une monnaie commune mais plutôt de ne pas pouvoir injecter quand c’est structurellement nécessaire (et non par facilité), des liquidités dans le système. Construire une nouvelle gouvernance pour la BCE, démocratique sans être laxiste, voilà l’enjeu.

    1. On a déjà parlé ici de la théorie de la ‘valeur’. Et pour le découplage de convertibilité or-dollar, c’est en 71 : en 73, c’était le système des changes flottants.

  4. Quelques remarques, éparses, inspirées au fil de la lecture :

    – J’ai été embarrassé par le billet de Sapir auquel semble répondre celui de Lordon. Quoi qu’il en soit la question des alliances et de leurs modalités se pose indubitablement pour espérer mettre en échec le monstre à l’œuvre en Europe actuellement.

    – Qualifier la position eurosceptique d’être monétariste me semble pour le moins fallacieux, à moins de donner au monétarisme un sens tout à fait improbable: Ce terme fait en effet référence à un courant de pensée économique bien précis dont Milton Friedman est le représentant le plus connu, qui s’il est effectivement opposé au courant keynésien, est par ailleurs à peu près l’exact inverse de ce que racontent le PG ou les quelques économistes euro-sceptiques de gauche que j’ai pu lire. En réalité la doctrine monétariste est celle qui a été inscrite en dur dans les traités de l’UE depuis des années. Cette accusation portée indistinctement à tous ceux ne soutenant pas scrupuleusement le catéchisme keynésien est donc un très mauvais procès à leur faire.

    Dire que la monnaie (ou plus exactement toutes les règles qui lui ont été adjointes et qui figent presque complètement toute politique économique nationale) est le cœur du problème posé par l’UE ne suffit pas pour être qualifié de monétariste.

    – Concernant l’hypothétique solution dans la mise en place de structures de transferts financiers au sein de l’UE, Sapir (que je cite bien qu’il soit probablement en voie d’excommunication) affirme qu’elles seraient insoutenables pour la simple raison que cela reviendrait en fin de compte à ce que l’Allemagne paye pour à peu près tous les autres dans des proportions insoutenables pour son économie. Cette objection ne me semble pas négligeable, d’autant moins qu’elle pose une question de principe: Peut-on encore continuer longtemps à fabriquer des institutions non pas seulement sans le consentement des peuples mais contre lui?

    – L’empressement à proposer des solutions techniques témoigne essentiellement de la disparition presque totale de dimension politique en UE. Ce sont les comptables qui nous gouvernent (très mal) et il conviendrait de changer cela, pas de le pérenniser (encore).

    – Concernant la guerre qui menace en bordure de l’UE, faut-il encore rappeler ici que ce sont certains de ses membres qui l’ont portée dans la plupart de ces pays avec l’amicale participation des États-Unis, probablement plus pour de basses considérations pétrolières que pour de nobles intentions démocratiques? Une politique fortement unifiée de la défense aurait peut-être évité ce genre de choses en empêchant quelques chiens fous de partir à l’aventure, ou l’aurait au contraire amplifié en mobilisant des forces bien supérieures, déstabilisant encore un peu plus ces pays qui n’ont pas besoin de ça. Là aussi on peut indifféremment voir l’approfondissement du projet européen comme la solution ou comme le problème.

    1. Seulement ’embarrassé’, Dissonance ? Lordon, lui, a pourtant eu l’avantage de la clarté …

      La véritable question à mon sens n’est pas celle des alliances mais bien celle du projet.

      Quant à la question du ‘monétarisme’, je ne me relie effectivement pas à la théorie économique, réduisant ainsi le champ d’analyse, mais bien à ce que signifie très Lordon dans son article, à savoir la propension des partisans des -ismes à ne plus voir comme seule cause le centre de leur dévotion : que ce soit pour adorer ou rejeter l’euro, c’est une même dévotion à double versant que je dénonce là quand le coeur du projet est ailleurs. D’où la dénomination de ‘technique’ pour la proposition de Bancor, à la fois pour se distancier de ces conceptions ‘monétaristes’ et à la fois pour signifier effectivement la fin du politique : j’en prends acte, je n’approuve pas (et de toutes les manières, pour mettre en oeuvre un système comme le bancor, il faudra, aussi, une sacré dose de ‘politique’ pour advenir à un système où les corrections ne dépendent pas des rapports de forces).

      Sur Sapir, le problème n’est pas tant de parler d’éthique de conviction mais bien d’éthique de responsabilité. La question n’est donc pas d’excommunier quelqu’un qui a par ailleurs fourni un travail important sur les fonctionnements de l’euro, mais bien de condamner clairement, comme le fait Lordon, son absence d’éthique de responsabilité, dans le moment actuel : on n’est pas là, maintenant, à jouer aux théories politiques in abstracto. C’est tout bonnement irresponsable.

      Je partage par contre son analyse (qui n’est pas que la sienne propre parmi les économistes) sur l’impossibilité d’un transfert digne de ce nom, ne serait qu’en analysant les soldes de TARGET 2 dans le SBCE. Et sur ta remarque quand à la création d’institutions sans l’aval, la participation des citoyens : c’est bien, à mon sens, le coeur du projet européen, ou cela devrait l’être en tout cas, que de proposer aux citoyens européens un autre pacte politique que celui dans lequel on veut nous enfermer des deux côtés, entre l’alourdissement de la complexité institutionnelles (à fortiori sans l’aval des citoyens) et la limitation de la souveraineté à son seul versant national, sous prétexte que la nation est concept originairement ‘de gauche’ et révolutionnaire.

      1. Sur Sapir, oui, seulement embarrassé. Sa prise de position n’engage que lui, jusqu’à preuve du contraire. Contrairement à ce que semble croire Lordon, je pense que leur « responsabilité devant l’histoire » se résume au pouième de trois fois rien que constituent leurs lectorats respectifs. Sans importance.

        Sur le « monétarisme », c’est un comble que tu joues de l’argument d’autorité en faisant parler Lordon pour toi, alors que son propos est au mieux sans rapport avec le tien, et au pire il tombe assez nettement dans ce « monétarisme » que tu dénonces, en tant que critique radicale de la monnaie unique vue comme problème majeur de l’UE. Il a écrit suffisamment sur le sujet pour que le doute ne soit pas permis sur ce point. Comment d’ailleurs l’euro ne pourrait-il pas être le problème central de l’UE alors que c’en est la clé de voute?

        Enfin sur le projet politique européen tel qu’il devrait être, s’il demeure irrémédiablement une vue de l’esprit c’est qu’il n’existe aucune majorité avérée ou même potentielle dans l’UE actuelle, ni pour le soutenir ni même pour le développer. L’épisode grec a par exemple amplement démontré qu’il n’existait aucune solidarité européenne, ce qui n’a rien de bien surprenant quand on voit comme il est déjà si difficile de la maintenir à l’échelle nationale.

        A l’argument chiffré de l’impossibilité des transferts, je réitère celui de principe de l’absence d’appétit populaire pour l’Europe, lequel ne va d’ailleurs pas aller en s’arrangeant puisque nos politiques ont passé au moins 30 ans à nous promettre le meilleur grâce à l’Europe et que nous avons essentiellement eu le pire. Chat échaudé craint l’eau froide, comme on dit.

      2. Non, bien sûr que non, que sa prise de position n’engage pas que lui, quand on s’appelle Jacques Sapir et que l’on a la position qu’il a au sein de la gauche radicale française, à fortiori sur l’espace de critique économique de l’euro et de l’UE dont il s’est fait une spécialité, à fortiori quand on a l’espace médiatique dont il dispose et qu’il n’hésite évidemment pas à prendre. Cela a évidemment des effets et des conséquences, autrement que les seuls lecteurs de son blog : il n’y a qu’à compter les différents articles récents dans lesquels il est intervenu et le silence de plomb (hors Lordon, Autain et certains autres), notamment de Jean-Luc Mélenchon (il est vrai, en plein université d’été) qui règne à gauche depuis l’intervention de Sapir.

        Quant au ‘monétarisme’, il n’y a pas d’argument d’autorité puisque c’est même Lordon, si seulement tu lisais son article, qui fait tout un paragraphe sur la ‘Misère du mono-idéisme’, dans lequel il range évidemment les partisans de l’euro mais aussi ses opposants, partisans de sa sortie. Pour lui, l’essentiel est bien de savoir ‘pour quoi faire’ et ‘avec qui’, en lieu et place de tout subsumer comme le fait Sapir à l’euro. Ce que je propose n’est guère différent de ce qu’il a pu évoquer dans son article ‘Sortir de l’euro’ en 2013 et des réflexions que j’avais entamé ici-même sur le bancor européen. Merci donc de ne pas m’imposer ce genre de ‘critique’ insidieuse quant à l’argument d’autorité, d’autant que ma position diffère quelque peu de celle de Lordon puisque pour moi l’essentiel se situe bien ailleurs que dans l’euro (le projet), avec ou sans euro. Et dire que l’euro est la clef de voute de l’UE, c’est effectivement un ‘monétarisme’ puisque l’UE a une bonne part de ses membres qui n’utilisent pas l’euro. CQFD.

        Pour le projet européen, si on avait attendu qu’il y ait eu une majorité, nationale et/ou populaire pour entamer le projet européen en 1950, on y serait encore. Et ce n’est pas parce qu’il n’y a plus d’appétences des citoyens pour cette Europe là que l’on peut se passer de la nécessité de définir un projet européen. La preuve, Jean-Luc Mélenchon, Varoufakis, Lafazanis, Lordon et même Sapir, tous reconnaissent la nécessité de définir un projet à minima ‘commun’, histoire aussi de conserver quelque internationalisme nécessaire politiquement dans ce retour précipité vers le passé.

        Que les politiques aient, pendant non pas  30 ans mais une vingtaine d’années (depuis l’échec du SME) prônés la croissance et le bien-être grâce à l’euro est là encore une preuve que le ‘monétarisme’ est une absurdité. Prôner l’inverse est son versant inversé.

      3. Pour ce qui est des remarques insidieuses, prétendre que je n’ai pas lu l’article de Lordon du simple fait que je n’en fait pas la même interprétation que toi ne manque pas de sel… Bref comme d’habitude d’un désaccord de fond la discussion tourne au conflit personnel. C’est lassant.

        P.S. Et par pitié, cesse s’il te plait de mettre dans le même sac de TON « monétarisme » tout et n’importe quoi avec pour unique point commun de ne pas correspondre à ta façon de voir les choses, ça n’aide pas à la clarté du débat.

         

         

      4. Ce qui est lassant, dissonance, c’est ta prétention à asséner tes critiques en les présentant comme des vérités, quand elles ne sont que l’expression de tes propres opinions.

        Rien de plus, rien de moins. Et rien de personnel.

      5. Te dire que tu fais un mésusage et un terrible contresens sur terme de monétarisme n’est effectivement pas de l’ordre de l’opinion, et je m’en excuse platement, puisque mine de rien tu assimiles les opposants à l’euro à la doctrine qui gouverne à sa construction, rien que ça, un peu comme si, toutes proportions gardées, tu assimilais les anti-fascistes aux fascistes par le jeu d’un raisonnement tout à fait improbable et qui t’es tout à fait spécifique.

        Spéculer sur les raisons qui te poussent à ne pas le reconnaître, ça oui, ce serait de l’ordre de l’opinion mais je ne m’y suis pas aventuré, bien que j’ai quelques idées sur le sujet. Affirmer par ailleurs que le mono-idéisme de Lordon se contente de décrire la limite de la lutte contre l’euro est effectivement aussi de l’ordre de l’interprétation, mais il se trouve que c’est exactement en ces termes que je l’ai évoqué dans mon précédent post…

        Te demander enfin comment tu justifies cet extrait du point de vue démocratique :

        Pour le projet européen, si on avait attendu qu’il y ait eu une majorité, nationale et/ou populaire pour entamer le projet européen en 1950, on y serait encore.

        Ça, je ne sais pas dans quelle catégorie (opinion/vérité) tu comptes le classer mais je suis impatient de le savoir. Quoi qu’il en soit, ma propre opinion à ce propos c’est que ça n’aurait probablement pas été un drame qu’on ait pas entamé ce projet mégalo en n’écoutant le peuple que quand il exprime l’avis autorisé. Mais ce n’est que mon avis, bien sur.

      6. Je n’ai pas lu une seule des lignes écrites par J. Sapir. Je m’en remets avec plaisir à l’appréciation de Zébu en ajoutant que chacun a son temps et qu’il faut savoir se retirer à temps. Gardons le souvenir de ses bons moments.

        Quand à Fréderic Lordon, je l’ai entendu une fois, c’est de la pensée haut de gamme. Il utilise un vocabulaire tellement abscons qu’au bout de 5 mn, j’ai décroché tout en lui accordant totalement le bénéfice du doute positif.

        Je me demande comment il a vécu ses études à l’ISA et les positions qu’il adoptait lors des études de cas : virage à 180° depuis, ou « je veux comprendre de quoi nous allons mourir » ?

  5. Votre article est très intéressant, il a l’avantage d’une synthèse des propositions diverses actuelles pour un véritable changement de paradigme.

    La proposition de Hollande ne mène à rien, c’est la même chose qu’aujourd’hui. Ce n’est qu’un écran de fumée pour poursuivre l’oeuvre actuelle avec d’autres habits. Elle ne résout pas les problèmes et les déportera.

    La proposition de Jacques Sapir est sérieuse car pragmatique. Ce n’est pas une utopie. Il est conscient que l’arc est grand, large mais nécessaire à la préoccupation dans le cadre nécessairement démocratique d’une future élection, seul support qui pourrait obtenir une adhésion large consensuelle si l’objectif est présenté correctement aux Français qui sont certainement prêts à s’investir sur un projet commun. Sa proposition est claire puisqu’elle exigera des partis, mouvements… de laisser de côté des idéologies spécifiques. C’est la condition nécessaire pour le gain, l’inverse conduira à l’échec et pour longtemps.

    C’est pourquoi, il s’agit de réfléchir dès maintenant à cet arc pour s’entendre sur un essentiel fait de détails. Les risques sont grands mais le gain fort pour oeuvrer à la construction d’une Europe forte, nouvelle, sociale, humaine, et construite pour une développement des peuples. Car il est évident que ce front concerne les pays européens actuels.

  6. Donc, dans cette Europe, pas de solution.

    Un fédéralisme arriverait trop tard,

    Les ressources s’épuisent,

    Les jeunes s’inventent une économie parallèle de la débrouille,

     

    et…   c’est tout ?     2984 mots pour finalement ne rien dire ?

    Rien sur la cause des causes ?  (qui est dans la propriété privée des Ressources primaires, et donc gérées en dépit du bon sens ?)

    1. Dominique,

      La cause de la cause des causes, c’est les agissements d’homo sapiens.

      Donc, pour éradiquer la cause, c’est, tout droit, la maison de correction ?

      Même si on gérait bien les ressources, on ne serait pas sorti pour autant d’un éventuel effondrement. Donc la vraie cause est ailleurs mais où ? Un problème de conscience en jouant sur le mot ?

      1. Même si on gérait bien les ressources, on ne serait pas sorti pour autant d’un éventuel effondrement.

        Faut il continuer de bruler du pétrole à gogo, piller forêts et diverses MP, réchauffer/polluer atmosphère et océans, laisser la misère se développer partout, pour ne surtout pas changer le Système?

        Pourriez vous développer, car je ne comprends pas le sens de votre réflexion.

      2. Donc la vraie cause est ailleurs mais où ?

        Je le répète au cas ou, mais la cause des causes est dans la propriété privée, et donc irresponsable, des Ressources primaires.

        Ceci est inhérent au Capitalisme qui inclue leur gestion à seule fin de maximiser les profits immédiats, sans aucun souci du long terme, et de l’intérêt général. Il est fatal que cela aboutisse à des catastrophes.

        Ce n’est donc pas de la faute de tous comme vous tendez à le suggérer,

        mais de la faute de ceux qui entendent maintenir ce système économique, …. pour préserver pouvoirs et privilèges.

        J’ai nommé les hyper fortunés, et leurs larbins: personnels politique, journalistes, économistes, en bref ceux qui monopolisent les médias qui font l’opinion.

        Et avec le soutien des citoyens qui trouvent ça bien ainsi.

      3. Donc, pour éradiquer la cause, c’est, tout droit, la maison de correction ?

        Pas du tout!

        Il faut imaginer une autre méthode de sélection des gouvernants,qui actuellement sont présélectionnés, avant des élections pour la bonne forme, par ceux qui contrôlent les médias qui font l’opinion.

        Qu’en pensez vous?

  7. Bon billet, mais quelques facilités.

    – La rhétorique du « passé », qui ne démontre rien mais peut s’appliquer à tous avec un peu de mauvaise foi (les références à Keynes…).

    – S’interroger sur les conséquences et la faisabilité technique et politique des propositions souverainistes, puis proposer des pistes sans les soumettre à la même exigence.

    Quelques désaccords :

    – Sapir ne défend pas que le problème soit strictement monétaire. Sous l’hypothèse de l’impossibilité politique d’un régime de transfert, il présente l’indépendance monétaire comme une condition nécessaire, non suffisante, au redressement des Etats. Peut-on lui donner tort sur son hypothèse initiale ? sur son assertion ?

    – Le plan B de Mélenchon, Varoufakis et les autres, suppose un plan A dans lequel les propositions « originales » que vous mentionnez ont peut-être leur place. Il s’agit d’être prêt à toute éventualité, à la fois pour négocier sérieusement et pour éviter de devoir capituler en cas d’échec comme les grecs.

    – Le risque de confusion politique est réel, et les médias y joueront à plein, à coup de sophismes du genre « comment pourrait-il être d’extrême-droite puisqu’il est autant partisan d’une sortie de l’euro que l’est le PG ? ». Pourtant, lui laisser la souveraineté présente le risque au moins aussi grand que les gens soient convaincus que c’est essentiel. Je suis convaincu que çà l’est, et je suis en colère et humilié de la façon dont se comportent les institutions européennes. Que me reste-t-il si la gauche ne triangule pas, et se contente de plans sur la comète qui, tout séduisants et rationnels qu’ils soient, s’écrasent devant l’intransigeance de la troïka (qui a aussi son plan, et beaucoup moins de scrupules) ?

    Mon avis : réfléchir exclusivement à un plan A et un plan B. Se joindre à l’appel aux fronts de libération lancé par Fassina et relayé par Varoufakis, favoriser des collaborations internationales. Arrêter de se soucier de savoir qui dit quoi pour se positionner selon : c’est du temps et de l’énergie perdue, de la clarté en moins, et on n’a pas besoin de çà.

    1. Mon commentaire est parti dans l’espace …

      Mais rapidement :

      – pas de rhétorique mais bien empirisme puisque mes observations s’appuient sur des réalités passées

      – citer Keynes peut sembler être un retour vers le passé mais c’est en même temps la seule solution d’avenir puisque c’est la seule à n’avoir pas été testée et qui puisse encore l’être (selon moi, l’option fédéraliste ne l’est plus)

      – ‘pari passu’ en termes d’exigences, c’est exact. En gros, la proposition présentée a l’avantage comme je le disais de bénéficier de l’existant (SBCE, …) mais aussi du fait que son objet est de pacifier les relations, en extrayant en partie les rapports de forces politiques de sa compensation par des mécanismes ‘automatiques’. C’est justement ce type de système qui devrait être le plus à même de rassurer les allemands : la pacification, c’est aussi la stabilité (mais pas que et pas surtout).

      – l’indépendance monétaire est nécessaire parce que le raisonnement de Sapir est binaire et excluant : si A est mauvais et qu’il n’existe que A et B, donc B est nécessaire.

      – le ‘plan B’ : c’est une forfaiture que de l’attribuer à Varouf, dont l’objet était au contraire d’assurer le maintien de la Grèce dans l’euro, par la mise en oeuvre parallèle d’un système de créances (IYO). Par ailleurs, je souligne que la pertinence du dit ‘plan b’ tel que définit par Lafontaine et Mélenchon est proche de zéro puisque l’expérience a prouvé, dans un contexte bien plus ‘facile’, qu’il a échoué.

      – la triangulation en question ne s’effectue pas en direction de la Troïka, en l’espèce, mais bien en direction … du FN, ce qui n’a rien à voir. Et ce sera une triangulation que perdra la gauche, et l’honneur avec.

      – mieux vaut réfléchir à un projet qui soit émancipateur, internationaliste, innovant, réalisable techniquement et politiquement. Je le répète : la méthode trotskiste ‘marcher séparément, frapper ensemble’ n’a jamais rien donné. Sinon la confusion et le chaos politique.

       

      1. Votre plan il me plait bien, à moi. Mais c’est pas contradictoire :

        – Le plan B (souverainiste, pas nécessairement « non-internationaliste ») est indissociable d’un quelconque plan A (le votre ou un autre), tout séduisant et rationnel qu’il puisse sembler. Ceux d’en face ont montré, avec l’exemple grec, qu’ils ne sont pas animés par la rationalité pure. Le B sert de dissuasion nucléaire et de position de repli, et doit être envisagé aussi sérieusement que le A. Si celui de Mélenchon vous convainc pas, amendez-le, ne le rejetez pas.

        – L’échec de la triangulation sur la question de la souveraineté est un risque, d’autant plus grand que les républicains, absolument légitimes à la revendiquer, s’afficheront dispersés et hésitants. Le FN gagnera peut-être si on lui conteste, il gagnera sans doute si on la lui abandonne. Le dernier billet de Sapir (http://russeurope.hypotheses.org/4244) propose une stratégie convaincante.

        – De manière générale, je ne crois pas qu’il y ait d’alternative sans déshonneur. Qu’il faille capituler et rester sous domination, qu’il faille risquer de banaliser un parti fasciste, qu’il faille faire sauter l’UE en cas de blocage… et quel que soit le choix, il faudra gérer plus ou moins proprement ses conséquences sociales et politiques. Il n’est pas question d’honneur ici, mais de priorités.

  8. Ce qui me semble important est là :

    « C’est en reprenant le chemin de l’originalité et du partage que la construction européenne pourra continuer à avancer, non pas en s’orientant vers le passé comme le proposent un nombre croissant de responsables politiques européens. Ce chemin doit suivre prioritairement l’horizon d’une pacification sociale interne, axé sur la lutte contre les inégalités dans chaque société des pays membres et entre les sociétés des pays membres.

    Cela conduira à remettre en cause les logiques concurrentielles en cours et d’ouvrir un champ d’expérimentation politique sur la gestion du partage du bien commun par les citoyens européens, par l’acquisition de nouveaux droits politiques individuels des citoyens à gérer eux-mêmes le bien commun qu’ils auront défini collectivement, y compris par la production de normes de droit : environnement, culture, éducation, sécurité collective, etc.

    Cette voie, originale, redonnerait à l’Europe un projet en phase avec son histoire et permettrait aux citoyens européens non plus seulement d’échanger, a fortiori seulement économiquement, mais de faire ensemble.

    A terme, quand ces citoyens auront pris l’habitude de faire ensemble, on pourra alors, peut-être, penser à instituer une monnaie unique et une fédération européenne… »

    Il s’agit au niveau européen et national de promouvoir et soutenir des initiatives locales consistant en ce que les acteurs locaux ( élus locaux , entreprises, associations ,lambda ….) prennent en main ensemble directement leurs bassins de vie .

    Le cadre communal et intercommunal conviendrait ; c’est une révolution à l’apparence modeste mais elle est essentielle et rompt radicalement avec le fonctionnement actuel.

    Ce n’est plus le marché qui impose ses orientations , on rentre dans une politique de projet où les acteurs locaux agissent ensemble .

    Cette orientation qui sous entend une politique radicalement nouvelle en terme d’aménagement du territoire et de modalités de gouvernance devrait pouvoir au plus tôt être explorée, expérimentée . Mais cela suppose au départ la reconnaissance par les acteurs politiques du sans issue et de l’impossibilité de résoudre quoi que ce soit dans le cadre actuel . Et ainsi le recours à une politique expérimentale de relocalisation.

    Malheureusement , le système lui même nourrit la vanité d’un savoir des politiciens qui pour rester en place doivent sans cesse proposer quelque chose .

    L’humilité ,la reconnaissance du non savoir , et la claire conscience de la catastrophe restent encore des clés difficiles à actionner par des dirigeants riches et imbus d’eux mêmes. ….Commencer , au local , quand c’est possible est en tous cas une voie plus réaliste que le vote pour des représentants qui se trouvent ainsi légitimés dans un mode de fonctionnement fermant peu à peu toutes les espérances.

     

    1. Bonsoir.

      Merci d’avoir centré sur la proposition 😉

      Oui, mais pas seulement la relocalisation et les ‘acteurs locaux’, sans quoi cela ne serait qu’une tentative de produire à un niveau infra ce qui n’est plus possible à des niveaux supra (national, international).

      A mon sens, cela passe d’abord par la reconnaissance que le citoyen a le droit de se saisir de ce qui relève du bien commun, d’en définir le partage et de faire. Que ce soit au niveau local ou européen, par des simples citoyens et non seulement par des ‘acteurs locaux’.

      Il existe, et existera plus encore à partir du 1er janvier 2016 un espace de production de ce type, entre des communes ‘potemkine’, des intercommunalités ‘gérées’ et constituées ‘techniquement’ et des super-régions dont le niveau sera non connectable à la vie quotidienne des citoyens, sans parler évidemment du niveau européen, qui permettrait de remplacer efficacement tout un pan ‘structurel’ de l’UE, tant de production de droit que de définition et d’utilisation des fonds.

      1. Prendre en charge ensemble le bien commun (définition de la citoyenneté ) est antinomique  à une organisation systémique reposant sur la liberté d’entreprendre ,c’est à dire sur une relation purement économique de l’homme à sa planète .

        Le problème n’est pas de faire au niveau infra ce qu’on ne peut pas faire au niveau supra , mais de choisir entre un système (TINA) et une société politique (c’est à dire qui s’organise pour définir et mettre en œuvre ensemble le bien commun).

        On a d’un côté une exploitation du monde, la société humaine s’organisant autour de cette relation de profit et d’accumulation   et de l’autre un aménagement développement . (l’homme qui cherche le bien vivre ensemble dans son milieu)

        Dans le premier cas (système actuel ) le niveau local est délaissé parce que n’entrant pas dans la logique économique (on a donc une société urbaine et mondialisée, spécialisée et basée sur l’élection de dirigeants : représentative )

        Dans le second cas , le niveau local n’est pas un îlot protecteur permettant de faire ce que le niveau mondial ne permet pas , c’est l’élément clé de changement global de paradigme parce que retrouver une citoyenneté locale (aménager et développer ensemble un territoire, ) est l’acte fondateur d’une société qui se politise.

         

      2. une société politique (c’est à dire qui s’organise pour définir et mettre en œuvre ensemble le bien commun

        Encore faut il que ce bien commun ne fasse pas l’objet de propriété privée, mais soit propriété de la collectivité, sinon c’est mission impossible!

        En clair ça passe par des expropriations et nationalisations en masse.

        Et par la vente éventuelle de droits d’usage de certains bien communs (…), et non de droits de propriété…

        Qu’en penses Zébu?

  9. L’nalyse de Zébu reprend mal, et on espère que c’est involontaire, les propositions de Sapir et de Lordon, qui ne préconisent pas d’en revenir au SME, mais bien plutôt à un Bancor européen. Bien sûr on peut objecter que encore faudrait-il que tous les partenaires en soient d’accord. Dans la négative, on peut toujours légitimement se demander si une monnaie souveraine n’est pas préférable à une monnaie anti-démocratique géré hors de la souveraineté du peuple par une aristocratie de haut fonctionnaires hors-sols, dominée de plus par un pays étranger dont les fondamentaux économiques et démographiques ont peu à voir avec ceux de la France.

    1. Après l’euro : http://russeurope.hypotheses.org/3516

      Sapir y parle bel et bien de SME et de FME et ne fait que mentionner le bancor que comme une potentialité, à très long terme.

      Ma citation sur le SME ne concerne effectivement qu’Oscar Lafontaine, lequel écrit sur le blog de Jean-Luc Mélenchon.

      Lordon a par contre un positionnement très différent dans la gauche dite radicale et parmi les économistes ‘hétérodoxes’ qui critique l’euro et veulent en sortir pour une monnaie ‘commune’, puisque ce que je décris comme une ‘eurobancor’, Lordon en parlait déjà en 2013 (mais j’en parlais avant ici) : https://www.monde-diplomatique.fr/2013/08/LORDON/49561

  10. Au fond je sais que, aujourd’hui, on ne peut remette en question la propriété privée des Ressources primaires, ni le pouvoir des grosses fortunes. C’est politiquement incorrect.

    Ce serait d’emblée rompre le dialogue avec les experts et journalistes attitrés. Donc il faut y aller doucement. Tourner autour du pot sans jamais le nommer, jusqu’au moment ou l’odeur du climat social et atmosphérique sera suffisamment pestilentiel, pour que ça éclate.

    En attendant, il y a ceux qui tournent pour ne pas couper les ponts, et ceux qui tournent en rond, (depuis quand même environ 40ans), car ils sont bien comme ça. On peut même y faire une superbe carrière politique, journalistique, conseiller…

  11.  
    En lisant ce texte me vient à l’esprit une phrase de Saint-Just : « le modérantisme est à la modération ce que l’impuissance est à la chasteté ».
     
     Je me sens, en effet, plus proche des  propositions de Lordon, Sapir ou Genereux , toujours stimulantes que du lancement d’un hypothétique… « champ d’expérimentation politique sur la gestion du partage du bien commun par les citoyens européens »,  ou encore de « l’acquisition de nouveaux droits politiques individuels des citoyens à gérer eux-mêmes le bien commun qu’ils auront défini collectivement, y compris par la production de normes de droit : environnement, culture, éducation, sécurité collective, etc. » Et pendant ce temps là …
     

     

    1. Lordon est alors impuissant puisque nous avons les mêmes raisonnements et propositions concernant la monnaie (cf. commentaire et article plus haut : ‘sortir de l’euro’)

  12. Juste pour la soupape !
    La gauche ! Où donc la voyez-vous ? Depuis sa disparition lointaine, je veux dire d’une gauche en mesure de lutter contre les conservatismes, les injonctions du présent, du pouvoir ou de la société, comment s’intéresser à des partis qui ont emprunté le nom de socialisme, voire même volé pour mieux duper ?  Qui peut aujourd’hui accorder une once de crédit à une gauche force de propositions ? Qui les écoute encore, tant les invectives, les mensonges et les non-sens s’accumulent comme des colliers de perles. Je pense que les français savent ronger leurs freins en silence… un temps seulement.
    Rials dit que  « La droite est avant tout un doute sur le politique, un scepticisme sur les possibilités de créer un bonheur collectif (de ‘changer la vie’) (…) La pensée de droite est donc une pensée de la volonté malheureuse ». En ceci les gauches d’aujourd’hui ont rejoint leurs rivales de droite. Ils peuvent dégoiser tant qu’ils le peuvent, les limites du supportable sont atteintes.
     
    Vous pointez un malheureux retour au passé du gouvernement, que je qualifierais de naïf, d’enfantin même mais qui révèle une manipulation de plus de l’opinion publique. Car le passé reste une base solide pour bâtir du nouveau. Ainsi P. Jorion ne se serait pas donné la peine de revisiter Keynes ou Robespierre par exemple. Quand vous évoquez Delors, je pense à l’un de ses combats pour convenir en Europe d’un service public commun (minimum) qui me paraissait une bonne idée. Il n’était d’ailleurs pas très loin d’y parvenir si je me souviens bien.
    Bon. Ceci dit, il faut bien construire quelque chose … Maintenant, s’adosser à une action de type « front de libération » pour inverser le rapport de force demande un temps de réflexion…. mais le jour d’après risque d’être difficile. Et je crois être trop en pétard

    1. « … convenir en Europe d’un service public commun (minimum) « 

      était et reste une nécessité de bon sens, et plus le temps passe, plus ce minimum est vital.

      Cependant, « service » à l’attention du public ne cadre pas bien avec « se servir », d’où la dérive universelle.

      Il serait bon que, dans nos démocraties, nous réapprenions le sens des mots simples: « ministre » = serviteur, au service de tous.

      Où l’on rejoint le sens des priorités: économie, politique, environnement, finance…

      Ce qui nous faire dire que l’on marche sur la tête.

  13. Bonsoir à tous

    Bel exposé théorique Zebu!

    Pour ce qu’il en va de l’indépendance de la  France: Juppé en 95 avait déjà du reculer devant les marchés .

    Aujourd’hui la BNP est passée dans la sphère d’influence des USA comme l’a bien montré G. Ugeux, suite à l’extension de la lutte du droit américain. D’où la reculade des Mistral pour qu’il n’y ait pas d’autres BNP ( la SG notamment)….

    la loi macron introduit subrepticement des spécificités américaines dans notre droit , introduisant une disharmonie de plus  en europe et contre le droit allemand qui protège beaucoup mieux les personnes lambda….

    A cause de la faiblesse de notre économie, de l’absence d’hommes d’ Etat  et de l’état médiocre de notre avenir industriel  et surtout de l’éternel souçi Balzacien de la rente  qui caractérise le pouvoir français, je ne vois pas comment l’idée de souverainisme ou d’indépendance peut se fonder sur autre chose que des fumées!

    Sauf à s’allier avec la Corée du Nord et le Zimbabwe peut être….

    Le viens de réécouter Guillemin sur la Commune: il ne fait aucun doute pour moi  que la classe au pouvoir en France trahira encore  pour conserver son pognon et ses rentes. le fait que Hollande se soit placé sous le patronage de Ferry qui avait réintroduit la spéculation en France en dit long sur le fond de ce qu’il installe avec Macron…

    Un peu d’optimisme tout de même:  histoire de secouer un peu le cocotier, je propose de remplacer l’Arc de Triomphe par une gigantesque stèle  sur laquelle on aura gravé  sur ses deux faces la célèbre sentence de Mobutu Sese Seko:

     » Vous les européens, vous ne seriez pas si mal si vous n’aviez pas tous ces problèmes ethniques »

    On ne sait jamais, cela pourrait peut être générer l’indispensable étincelle d’intelligence nécessaire pour commencer d’imaginer des solutions !

     

    Cordialement.

    Steve

     

     

  14. Il me paraît extrêmenet difficile à nos jours de se pronocer, par exemple, contre l’Europe de Bruxelles ou contre l’Euro. Vous risqueriez d’être classé dans la rubrique de l’extrême droite, ou d’une tendance pas forcément politiquement correcte. Nous avons en Europe des gouvernement que Jürgen Habermas décrit comme « une démocratie au service des marchés ». Autrement dit, la démcoratie, ou plutôt ce qu’il en reste, doit obéir aus impératifs du marché, du profit. Les salariés (workforce), ainsi que les elécteurs ne sont que des agents subalternes (mais de moins en moins indispensables) pour accumuler des fortunes.

    Nos gouvernements ne sont plus adaptés au nouveau monde, ni le système politique. Face à cela, les mécanismes de défense de classe politique jouent à plein: leur intérêt consiste évidemment à conserver l’état actuel: la continuité de la continuité. C’est clairement visible chez Merkel, mais aussi chez Hollande et sa cour. Le problème c’est la large partie du public n’en est pas conscient. C’est la raison pour laquelle j’ai beaucoup de sympathie pour le travail pédagogique que fait Paul Jorion. Mais allez en Allemagne pour voir: il est fortement probable que Merkel sera reélue aux prochaines élections. Et la course hippique en 2017 apportera pas de réels changements. C’est tellement rassurant, la continuité de la continuité.

  15. Au sujet de la vidéo le temps qu’il fait le 27 aout  :

    oui les protocoles, que ce soit dans le milieu médical ou social, permettent effectivement trop souvent d’agir et de prendre une décision , à priori la moins risquée possible. Dans les faits  le protocole a tanké la technicité ,ainsi que les aspects juridiques ( de plus en plus sécurisants mais aussi paralysants parfois) et administratifs basiques. Le protocole est « confortable », il n’absout pas la conscience de celui ou celle qui en fait usage pour autant. Je travaille dans le social et j’apprécie, au sein de mon nouveau service, depuis peu, de pouvoir faire entendre ma dissonance certaine à ce sujet (et d’autres), et d’avoir un dialogue enrichissant .Ce qui n’a pas toujours été le cas, loin de là. Le social n’est pas un administratif « pur jus »,c’est l’avantage, surtout pour un esprit comme le mien; le médical et la police encore moins, comme la brigade des mineurs par exemple. Protocole certes mais souplesse. Confrontés au terrain et souvent du lourd , ce serait , dans le cas contraire, « mission impossible ». Cela dit , l’orientation « comptable » que vous évoquez est de plus en plus prégnante . Si je reconnais la pertinence d’un protocole, il reste pour moi un outil et non une facilité derrière laquelle la conscience peut facilement très, trop, facilement, s’abstenir d’intervenir , alors que justement les dures réalités des situations auxquelles nous sommes de plus en plus confrontés appellent à une mobilisation entière de tout un chacun et non plus à s’abriter trop facilement derrière des  protocoles utiles mais asséchant car facilement déshumanisant. L’outil doit rester un moyen et non une finalité qui permet de se défausser de toute réflexion critique et pertinente et ce quel que soit le domaine concerné. Discernement et modestie. Donc le protocole, reste utile surtout si il a été bien pensé ( ce qu n’est toujours le cas) mais, il doit rester souple et adaptable, connecté  aux réalités des situations et du terrain et ce, afin de conserver son utilité et sa pertinence face à la réalité humaine .Un protocole désincarné est une coquille vide dans les mains d’un robot; on y revient…..      🙂
    Le film Hippocrate en donne un illustration réaliste.

    Merci à vous d’avoir soulevé cet aspect humain que je trouve primordial et qui doit le rester. La technique n’est efficace que quand elle reste au service de l’homme et non quand ce dernier se laisse dominé, subjugué ou débordé par elle. A ce titre, je rend hommage à la loi Léonetti et à son auteur, une belle avancée éthique, pleine de sensibilité, d’intelligence et d’humanité.

    Ps : merci à zébu pour ce billet exhaustif, je trouve le paysage politique actuel assez consternant et de plus en plus déconnecté. Sur le terrain , le local, les individus, dont je suis, sont de plus en plus pragmatiques, au delà des parti pris politiques, ils agissent, ils se prennent en main et ils se recentrent sur l’essentiel; et ça fonctionne beaucoup mieux !
    Ils sont plus en plus conscients qu’il n’y a pas grand chose à espérer du coté de la politique car les partis sont plutôt en voie de fossilisation. Des appareils au service des égos et d’idéologies éculées, incapables de se remettre en question et dénués de toute créativité et de plus en plus repliés et bloqués sur leur vieux dogmes dépassés et inadaptés, ça mène pas large !
    Les gens sont trés désabusés mais pas (encore ?) complètement résignés à défaut d’être entendu…..

  16. les partis sont plutôt en voie de fossilisation. Des appareils au service des égos et d’idéologies éculées, incapables de se remettre en question et dénués de toute créativité et de plus en plus repliés et bloqués sur leur vieux dogmes dépassés et inadaptés

    Et le Système continue de fonctionner comme si ces cadavres étaient toujours vivants…  Il tourne au dessus du vide, que l’on ne veut surtout pas voir.

    Les innombrables déjà tombés, sont devenus invisibles jusqu’au moment ou ils se rappellent à nous, de par le dérangement que leur présence inopportune nous impose. Un peu comme les fantômes. Ils ont un point commun: officiellement ils n’existent pas.

    C’est comme dans les anciens dessins animés:  le sujet court jusqu’à dépasser le bord de la falaise et pédale en apesanteur…

  17. Bonjour Zebu, vous dites : « Cela conduira à remettre en cause les logiques concurrentielles en cours et d’ouvrir un champ d’expérimentation politique sur la gestion du partage du bien commun par les citoyens européens… »

    Cela n’a l’air de rien, cette phrase, pourtant, à mon avis, c’est là que tout coince. Cesser de défendre son avantage de situation, partager, coopérer réellement dans le champ européen représente un changement de paradigme, ni plus ni moins.

    Pour cela, la volonté politique devra s’affranchir de toutes les pressions de lobbies, des pression de leur électorat à conserver leur privilèges….Pour un pays comme la France, cela impliquera de descendre volontairement plusieurs marches, bref…

    Je trouve que votre analyse prends ici une forme de science fiction façon Harry Potter, mais peut-être est-ce tout simplement parce que l’impasse où nous sommes coinçés n’a plus d’autre issue ??

    Pour moi, de tels changements ne pourront intervenir sans que nous vivions, individuellement et collectivement, un chaos qui redonne à chacun une idée claire des valeurs (de bien commun, de solidarité et de coopération) qui comptent. Actuellement, à « froid », c’est juste un rêve.

    Ils sont trop nombreux encore, à croire qu’on peut s’en sortir en écrasant l’autre.

  18. J’ai relu votre billet mais je suis toujours en pétard. Vous proposez :
    –        –  une pacification sociale interne, axé sur la lutte contre les inégalités
    –         – des normes de droit : environnement, culture, éducation, sécurité collective, etc.
    –         – Faire ensemble plutôt que uniquement échanger
    –         – Puis et seulement puis, instaurer une monnaie unique et mettre en place une fédération européenne
    J’imagine que cela serait après un effondrement consommé, pour le « jour d’après »…. Car à ce jour, je ne vois pas très bien, pour ne pas dire, pas du tout, comment cette orientation pourrait être prise. Réintroduire du politique me semble tout à fait utopique à l’heure actuelle. 
    « Faire ensemble » est un peu vague, car nous pouvons faire des tas de conneries ensemble. Le terme « échanger » l’est aussi, et je pense que vous pensez aux échanges commerciaux.
     
    Les budgets formation européens ont fait apparaître pour la première fois la « ligne » (hé) pauvreté et exclusion. En sachant qu’une marge de manœuvre dans l’interprétation de son libellé. Mais nous sommes loin de la lutte contre les inégalités. 
    Vous dites quelque part qu’il ne s’agit pas de rapports de forces. Je pense que oui. Les initiatives locales peuvent contribuer à peser mais pas que. Et s’il ne restait que l’action locale possible, hé bien il faudra être drôlement tous solidaires pour reprendre en main une vie collective basée sur le partage et non plus la domination.
    Quant à conduire un « front » avec des gens qui ne sont d’accord que sur un seul point (cf. Sophie Wanish), il me semble que c’est possible, avec une ou des fortes personnalités et surtout sacrément rigoureux et droits. Je suis circonspecte concernant un accord minimal en faveur de la sortie de l’euro. J’entrevois ici la méthode du pied dans la porte qui consiste à agir sur ce qui est immédiatement et apparemment à portée.

    1. Très bien, ce rappel à Sophie Wanis (je suis sérieux et constant).

      Au fait Mirabeau, c’est bcp mieux que Robespierre (je suis sérieux et constant)

      Vous avez raison d’être en pétard (je suis sérieux)

      Détendez-vous, le 14 juillet, c’est demain (je ne suis pas sérieux)

      Bonne fin de week-end

  19. Eloge du passé et de la souveraineté nationale

    Excellent papier, qui pèche pourtant à mes yeux par une vision systémique des réalités que nous affrontons. Premièrement, un « retour vers le passé » serait une faute. Deuxièmement, la fuite en avant dans cette Europe et le « souverainisme »‘ seraient des voies sans issue, troisièmement seule une réforme de l’aventure européenne serait à même de dépasser les deux impasses précédentes. Si j’ai bien compris une part au moins du propos, je peux à loisir contre-argumenter.

    Je dois préciser que je partage entièrement le jugement de l’auteur à propos de la tentation élyséenne de fuite en avant dans le fédéralisme, qui est notons le avant tout un projet allemand. Mais en quoi par exemple, revenir sur ses pas quand on s’est trompé de chemin serait en soi condamnable? Quel est donc ce vice de raisonnement qui interdit de regarder le passé pour nourrir et enrichir le présent? Venons-nous de nulle part? N’avons-nous pas une histoire spécifique, notamment si on considère les modes de création des états européens, les uns enracinés dans de vieilles et puissantes régions, l’autre, la France, fruit d’une centralisation séculaire ennemie des régions?

    Certes, les raisonnements par analogie sont sujets à caution, mais on peut par exemple considérer que la souveraineté, qui n’est pas exclusive d’accords sérieux et solides avec les partenaires européens ou autres, ce que prouve l’histoire des états européens entre 1945 et les années 70 du XXe siècle, est l’une des clés de notre devenir, et ce à plus d’un titre. Le premier est que chacun est libre de voir dans la planification « à la française » des années 60 et 70 du Xxe siècle un exemple exceptionnel de l’équilibre qui peut s’établir entre un marché régulé et une puissance publique attachée à l’organisation de la vie du pays et à son développement. Pour le dire autrement, on est en droit de regretter le primat du politique sur l’économique et le financier. Ce passé récent, qui se traduisait par l’indépendance du pays, sonne comme un tocsin devant les abandons successifs de souveraineté liés à notre implication dans cette Europe allemande et atlantique. De ces années « bénies » date le socle industriel moderne de la France que les gouvernements successifs ont ensuite démembré au profit des oligarchies économiques et financières mondiales. La souveraineté, c’est aussi, excusez-moi d’y revenir, la liberté de choix des citoyens français quand au devenir de la nation. Quid aujourd’hui de la démocratie, quand le pays ne peut plus battre monnaie, décider librement de sa politique étrangère, voter des lois sans en référer au gourou bruxellois? Et pour quel résultat!

    Il faut donc pour beaucoup d’entre nous revenir à une situation où s’affirmera à nouveau la souveraineté nationale. A cela on répondra que la France, petit pays, va se noyer dans la compétition mondiale. A quoi on peut simplement opposer l’exemple sud coréen, ou norvégien etc…, enfin tous ces destins nationaux qui s’affirment avec succès contre la logomachie de la « mondialisation inévitable » et le mythe d’un Euro protecteur. Si vous jugez que tout retour en arrière est à proscrire, il est loisible inversement de considérer que le grand large peut receler des tempêtes redoutables. Rendre donc à la démocratie sa raison d’être, à savoir le pouvoir du peuple par le peuple, avec tous les défauts que l’on peut imputer à ce mécanisme de dévolution du pouvoir par le vote. Mais tout vaut mieux que d’être dessaisi de sa capacité de choix en tous domaines. Pour ce qui est de l’aventure européenne, aventure étant en l’occurrence pris dans son sens le plus négatif, chacun peut savoir que ses origines sont atlantiques, son mode d’organisation aussi. Sa structure emprunte aux Etats Unis et à l’ordo libéralisme allemand, à travers notamment le statut de la BCE. Le Parlement n’est pas doté de pouvoirs réels, dès lors que le « peuple européen » n’existe pas. Revenir au SME? Certes non, je suis en cela d’accord avec vos propos, le SME étant l’antichambre de la toute puissance du Mark, ultérieurement baptisé Euro. Les vices initiaux de la construction européenne, l’idéologie massivement répandue qui va avec, qui est celle de la droite néolibérale convertie grâce aux médias en conviction « naturelle » et non plus « politique », si profondément politique pourtant, m’ont conduit à juger que toutes les institutions européennes liées à l’UE et à l’Euro doivent être supprimées, et que les états membres doivent « reprendre leurs billes », même si le coût de ce détricotage est élevé. Rester dans cette Europe coûtera à terme bien plus cher. Poursuivre l’expérience de cette UE soumise absolument à la politique des Etats Unis nous enchaîne à un destin qui n’est pas le nôtre.

    Puis, sur la base de la volonté populaire comme l’on dit, il sera temps d’envisager de nouvelles formes de coopération, dont pour ma part j’exclue à priori le volet monétaire, la monnaie fût-elle commune et non plus unique ayant toujours partie liée avec les marchés et leurs jeux de dupe. L’évolution ultérieure du paysage économique et financier permettra sans doute d’inventer de nouveaux modes de coopération sur ce plan. Quoiqu’il en soit, avec ou sans l’UE et l’Euro, l’Allemagne a à présent reconstitué son interland et sa puissance continentale. Au-delà des rêves européens, on peut craindre (et pour le coup le passé ne demandera l’avis de personne pour nous frapper violemment des habituels et cruels retournements) bientôt un retour à l’Europe des puissances devant l’affaiblissement régulier des Etats Unis. Et il sera alors à nouveau question de l’alliance russe pour la France amoindrie et désindustrialisée face à une puissance allemande redevenue redoutable. Je veux enfin souligner le fait que l’idéologie « européiste » infecte une grande partie de nos élites, dûment formatées par nos grandes écoles. Autant dire que le vers est déjà dans le fruit d’un éventuel changement, qui devra en outre se coltiner le « totalitarisme mou » résultant du travail quotidien des « grands médias », dont la fonction n’est plus d’informer, mais de convaincre via une propagande incessante au service de la « doxa ». Je suppose pour conclure qu’une fois encore, l’histoire ne laissera à personne le temps de raisonner longuement, et que l’urgence bâtira comme faire se peut de nouveaux équilibres plus ou moins affirmés. Tant qu’il y a de la vie, n’est-ce pas… Cordialement.

  20. Tous ces débats sur plus ou moins d euro me semble révéler le piège intellectuel et politique que constitue la construction de l euro

    Quand la priorité du gouvernement devrait être la lutte contre le réchauffement chauffement climatique, il s occupe de la crise grecque

    De même pour le gouvernement Sarkozy pour la moitié du mandat

    L euro est devenu un piège alors qu il aurait du être un outil

    La question est de savoir à qui cet outil sert il?

     

    1. Et en plus, on créera de l’activité utile en donnant du travail à ceux qui en manquent.

      Tesla a trouvé une bonne piste, vendre cher aux plus aisés des véhicules électriques. Les riches sont solvables. Vendons leur les produits bleus avec forte marge pour réinvestir sur des solutions qui seront alors accessibles au commun des mortels.

      Ca vous va pour commencer ? C’est vrai, je ne change pas de monde, désolé.

  21. Dans la crainte du protocole, il ne faut pas être trop idéaliste, car elle peut aussi sauver des vies, celle des médecins.

    Tout médecin a son cimetière personnel (comme l’a dit le Dc Kahn), même s’il est pauvre en sortant de l’internat.

    Suivre un protocole et ce tromper sauve le jeune médecin, mais n’avoir aucun protocole et ce tromper peut lui nuire gravement.

    Bien sur avec l’expérience, une distance au protocole est permise et surement souhaitable, de manière à pouvoir le faire évoluer, ainsi qu’une observation plus fine du soigné.

    Un urgentiste qui arrive sur un accident avec des membres partout, un gisant qui a peut-être une chance a besoin de mécanique. L’émotion, le questionnement c’est bien après la garde, mais c’est ingérable sur le moment et cela peut être nuisible.

    C’est bizarre d’avoir tant d’espoir que les machines succèdent à l’homme et avoir autant d’angoisse quand l’homme a besoin de ce sécuriser comme une machine.

    Et puis depuis les cavernes il ne faut pas oublier qu’on « ce la raconte », dans un cas réel qui sait si sur le moment (et en fonction du contexte, mon propos est aussi une posture idéalisé) si c’est l’homme ou la femme médecin qui agira toujours en fonction du protocole ou de l’émotion, qui connait l’exactitude des mots et de l’inconscient.

    1. @samuel

      Si vous relisez mon commentaire , vous comprendrez mieux que je ne contredis en rien ce que vous énoncez. Mais, que je mentionne, un travers majeur observé par un nombre importants d’acteurs et d’actrices, dont je suis, dans l’usage de certains protocoles : le dédouanement de tout esprit critique et de toute présence consciente ( je parle d’acuité certaine), soit une fainéantise intellectuelle patente, qui permet malgré la vertu certaine et avérée des protocoles de se défausser trés facilement de toute responsabilité, cf voir le film « Hippocrate » qui illustre ma critique qui se veut positive.

      Les protocoles efficaces sont effectivement ceux qui intègrent la technicité et l’aspect humain pour répondre avec le plus d’efficacité possible à une situation. Ils permettent effectivement de mettre l’affect et l’emotion, (pas toujours) « à distance » . C’est oublier ,un peu vite, que nous avons une conscience et une intelligence émotionnelle qui possèdent une richesse certaine et un esprit et une faculté de présence qui sont d’une efficacité tout aussi viables et efficientes voire efficaces qu’une pratique rationnelle « pur jus », parfois dangereuse et sectaire

      Fort heureusement, celles ci (leur richesses et leurs vertus humanistes) sont de mieux en mieux intégrées dans les protocoles, et surtout concernant l’accompagnement dans le médical et le social. En outre, l’émotion ne doit pas être confondue avec la sensiblerie et encore moins l’hystérie.

      C’est l’équilibre qui doit être le pivot, soit, comme je l’ai mentionné dans mon commentaire, un protocole oui mais une présence humaine vigilante et consciente qui l’accompagne, c’est mieux , et les collègues sont là pour ça aussi, pour critiquer et remettre en question quand le protocole devient face à certaines situations innaproprié ou inadapté . La vie ne se grave pas dans le marbre, elle se ViT en esprit et en acte ! Face à des situations critiques, es postures idéalisées déconnectées du réel donc désincarnées ne m’intéressent pas, elles sont dangereuses .

      Elisabeth Kübler Ross a fait faire des bonds énormes, au niveau mondial, dans la prise en charge de l’accompagnement aux mourants et les soins palliatifs et c’est son expérience du terrain , alors qu’elle soignait des blessés pendant la guerre de 39 45, qui lui a appris des mourants ce qu’ils vivaient et aussi les  protocoles , mais elle était LA et à l’écoute des bléssés et des mourants, sans morgue et sans suffisance, humaine en fait !

      Du vécu, du concret, et ce sont sur ces bases concrètes et expérimentales que les reflexions et les processus d’expérimentations scientifiques ont pu démarrer leur recherches.

      50 ans de galères et des persécutions  ! Un grand panard !

      Remerciez cette grande dame, grâce à elle la mort peut être douce. Et tous ces anonymes qui accompagnent la vie; quand elle veut bien encore nous donner la chance d’en être son digne représentant ou la mort, quand il est temps de tourner la page et de passer à autre chose. Et dans ces moments là, ce qui compte ce n’est pas d’avoir seulement à ses cotés , un cerveau mais surtout quelqu’un qui comme le soleil, a un coeur chaud, qui rayonne de sa simple présence douce vers un mourant, nu  et faible comme un enfant, quelqu’un  qui  donne encore et inconditionnellement, jusqu’au dernier souffle à cet être sur le départ. Le « protocole » de l’amour, il est là.

  22. Marcel Sel, Cédric Chevalier, Dominique Gagnot quelque chose de flamboyant sur le blog à Paul le non moins flamboyant.  À suivre de très près ces personnes. Avec eux : la mièvrerie, la mystique, le romantisme, le sentimentalisme, la poésie d’une autre époque ne passent plus. Je le pense également.

  23. « crise des migrants venant s’échouer sur les rives européennes ».

    Pas que. Ceux là, quelques centaines entassés sur leur coquille de noye livrée à leur dérive peuvent espérer rencontrer un bateau d’accueil ou s’échouer sur une plage. Quand bien même, un quitte ou double.

    Mais, ce camion, conduit par un volontaire européen. Destination ? Durée du transport ? Parce que 72 encastrés dans un si petit volume toutes portes fermées, combien de temps d’oxygène avant qu’ils hissent les petits sur leurs épaules, qu’ils réalisent qu’ils sont pris au piège et qu’aucune issue n’est possible ? Des coups et griffures sur les parois et le plafond du camion ? Détails d’une sordide sale petite histoire isolée pour la taire et mieux l’oublier grâce aux pincettes de la grande qui se construit et nous est racontée ?

    En complément des bateaux aléatoires,  un camion sans issue.

    Productivité oblige, combien de camions avant le premier train aux actualités raisonnantes entre l’injonction d’un économiste de larguer les amarres, les sondages d’une élection forcément cruciale et la publication des dernier indices du chômage, de la croissance et de la déflation, conjonctions de subordinations à nos indulgences léthargiques pour ces homicides que nous voulons involontaires puisque la misère est déclarée moins pénible au soleil pour les migrants économiques usurpateurs du statut de réfugiés politiques ?

    Homicide involontaire, meurtre (homicide volontaire) ou assassinat (meurtre prémédité), finalement pourquoi aller chercher la différence : les suppliciés sont certes des enfants des femmes des hommes, mais pas des citoyens de la zone citoyenne historique culturelle, zone de Droit légitime, l’Europe occidentale.

    En sommes-nous déjà au stade de l’effondrement où nous pouvons seulement les rattacher à notre espèce pour faire même et entendre l’abjection terrifiante, ceci afin ne pas  évoquer précisément leurs origines géographiques, culturelles et surtout confessionnelles qui les disqualifient comme humains potentiellement « compassionnables » ?

    Que de deuils.

  24. Comme le dit Paul Jorion à propos de l’économie mondiale, il faut dire la même chose à propos de l’Union Européenne : la machine est cassée. Il faut changer de modèle. Alors Mr Zebu, pas la peine de se plaindre et de dénigrer une volonté de « retour au passé », c’est au contraire ce qu’il faut faire. Comme lorsque l’on a pris une bonne claque, après un divorce par exemple, et que l’on retourne chez ses parents, vers nos bases, nos racines. La nation représente la base et les racines du peuple. Une fois retourné chez nos parents, on recharge les batteries et on peut alors à nouveau envisager la création d’une union avec je ne sais qui de je ne sais quoi, si cela est nécessaire et souhaité… Donc Mr Zebu arrêter de lire et d’écouter ce gourou d’Attali et ses confrères, sortez de la secte, lavez-vous le cerveau de cet européanisme béat, de ce mondialisme idéologique totalement stupide car basé sur rien (uniquement de belles idées de Bisounours qui font rire les chinois et les américains), cet européanisme qui va vous tuer, comme nous tous. La machine est cassée, bourrée de bugs, pas la peine d’essayer de la réparer de l’intérieur, c’est peine perdue.

    Et ne vous attaquez pas à ceux qui osent sortir la tête et utiliser leur voix, pour notre bien à tous, comme dans votre dernier billet non ouvert aux commentaires, des personnes comme l’excellentissime Jacques Sapir. C’est sûr il dérange les pro-europeïstes, un vrai intellectuel (pas un Minc, BHL, Attali, Finkelkraut ou autre trublion médiatique au bras long) qui ose s’attaquer au Dieu Euro, l’effigie de la secte des Eurobéats, et qui, de plus et surtout, est écouté ! Diantre, il faut le brûler, le détruire, par tous les moyens ! Donc traitons-le de fasciste, de Stalinien, de tous les noms d’oiseaux, critiquons son doigt alors qu’il nous montre la Lune. Votre dernier papier essaie mais n’y arrive pas : les français sont tellement dégoûtés par cette Union Européenne, tellement affligés par ce qui est arrivé aux chypriotes et par ce qui arrive aux grecs, tellement dégoûtés de ces dirigeants « socio-traîtres », qu’ils n’écoutent plus les gourous, quels qu’ils soient… Terminé !

    La Machine est cassée, vérolée par des Gremlins attirés par les billets verts, il faut la détruire et la mettre à la décharge…  Il faut inventer un autre modèle, en attendant retournons chez nous. Et si les seuls à vouloir sortir de l’UE et de l’Euro sont des extrémistes et bien il faut le déplorer, mais il ne faut pas insulter les français qui voteront pour eux, ces français là ne seront jamais des fascistes, ils feront ce vote car ils penseront que ce sera un pire pour un mieux. Que Marine s’en lèche les babines mais si elle pense, tout comme Hollande en 2012, que les français voteront pour elle et non pas contre ses adversaires, elle risque de déchanter rapidement…

    A moins qu’un autre parti ose détruire la machine ? A moins que le Front Anti-UE ne grandissent ? La majorité le souhaite.

    1. Learch, bien vu.

      Il y a pire en effet que le FN, ce  sont les europhiles. Car de plus ils ont les pouvoirs. On en voit les effets très concrets.

      Pas besoin de faire un dessin, il suffit de lire les journaux. On asphyxie les vrais gens économiquement (dans tous les sens du terme) dans leurs pays, dans des camions, ou des bateaux.

      Enfin pas directement, non. Ils sont toujours propres, eux.

    2. L’homo sapiens ne sait pas faire bien du premier coup. Ne jetez pas le bébé avec l’eau du bain. On n’a pas encore tout essayé.

      Il est plus facile de divorcer que de se rabibocher, n’est-ce pas ? Courage et rabibochons tout le monde, tout ce beau monde.

      1. @ Dominique

        Vous avez répondu vous même à la demande de clarification que vous m’avez faite. Même si nous arriverons à préserver la planète, tant que nous aurons pas changé de système financier, on asphyxiera les vrais gens. Si on change de système financier, selon moi, tout deviendra possible. Et les riches seront heureux, car nous serons tous riches ou à peu près car à chacun sa richesse.

        Je vous cite : « Pas besoin de faire un dessin, il suffit de lire les journaux. On asphyxie les vrais gens économiquement (dans tous les sens du terme) dans leurs pays, dans des camions, ou des bateaux ».

      2. @Yyves

        Changer le système financier, certainement, mais pas que.

        Il faut aussi changer la manière, antédiluvienne, dont on sélectionne nos gouvernants:

        http://www.pauljorion.com/blog/2015/08/27/europe-retours-vers-le-passe-par-zebu/#comment-580887

        Au lieu de présélectionner (car c’est bien de ça dont il s’agit) des types qui ne pensent que à leur carrière de larbins pour friqués, peut être pourrait on présélectionner des Sages (comme ça s’est déjà fait…)

    3. Le problème est que la machine nationnale est aussi détruite, pas la peine de revenir chez nous.

      Pas d’autre issue que l’Europe des régions avec l’€ et les monnaies locales et l’abolition de la rente.

       

      1. Abolir la rente veut dire abolir la propriété privée, puisque nécessairement elle génère une rente, financière ou en nature.

        Est ce bien ça que vous voulez dire, ou sinon quoi?

      2. @Dominique

        Effectivement, le mode de choix de nos représentants doit être changé. En cours d’assise, le mode de sélection des jurés est intéressant. Des personnes sont choisies, pas tout à fait au hasard, mais ils appartiennent à la vie civile. Je ne sais pas si elles sont indemnisées. Il est possible de refuser.

        Du service civique tel qu’on le connait à la représentation civique pendant 5 ans, avec salaire, cotisations sociales, par roulement de la population et évolution du statut (auditeur la première année pour s’informer, se former, décideur pendant 3 ans, conseiller modérateur la dernière année). C’est bien mieux que le tirage au sort à la E. Chouard.

        Le choix est large car les sages sont très nombreux et appartiennent à TOUTES les couches sociales.

        La pratique est usante, cf ce qui se passe dans les conseils municipaux. Je proposerais bien le modèle de décision que nous avons initié chez Renault SAS en 1999. Pour l’avoir supporté et suivi pendant 5 ans, j’en connais les plus et les limites. C’est le meilleur système que je connaisse. Il y a quelques conditions impératives pour qu’il fonctionne démocratiquement. Ce n’est pas très difficile à expliquer mais beaucoup plus difficile à pratiquer. les sorties de route sont nombreuses mais la base est excellente.

        @ Michel : je me méfie de la tyrannie de la monnaie. Ce n’est pas parce que la voie de la fédération solidaire est la plus difficile qu’il faut s’en écarter car, la monnaie nous lie tellement entre nous (comme le troc) qu’il nous faut bien réfléchir à la façon d’éviter qu’elle nous tyrannise. La comptabilité en partie double s’insinue même dans le troc.

        @Abolir la propriété privée : il n’est pas nécessaire d’aller jusqu’à ces extrêmes mais de définir un minima décent et le maxima indécent en fonction du niveau de développement. La liberté, la motivation de tous a un prix, celui que l’on paye aujourd’hui est exorbitant. C’est mon point de vue.

        Bonne semaine

        Yves Vermont

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