Attentats de Paris, par Roberto Boulant

Billet invité.

Selon les spécialistes du renseignement, la question n’était pas de savoir si des attentats ‘réussis’ (comprendre les plus meurtriers possibles) auraient lieu, mais de savoir quand. Et de fait, ils étaient inévitables tant il est absolument impossible de protéger tout et tous, tout le temps et en tous lieux, ce qui reviendrait à mettre un garde armé derrière chaque citoyen.

Le premier enseignement est donc que la reproduction de ces attaques est inévitable. Il suffit d’ailleurs pour s’en convaincre, de prendre la peine d’écouter nos ennemis pour comprendre leur vision du monde et leurs objectifs politiques.

Il en ressort 4 lignes de force autour desquelles s’articule leur stratégie :

1-

    Nous sommes en guerre contre la France en Syrie, en Irak, en Afrique subsaharienne, et nous devons faire en sorte d’étendre cette guerre à l’ensemble du monde musulman.

2-

    Le combat doit être porté sur le sol de l’ennemi. Tous les citoyens français sont des cibles légitimes, puisqu’ils votent pour des gouvernements ennemis et payent des impôts pour leur donner les moyens militaires de nous frapper.

3-

    L’objectif DANS la guerre est de provoquer une guerre civile en France.
    a) En poussant l‘État français à sur-réagir, il est espéré qu’il abandonne tout principe démocratique, mieux qu’il les viole délibérément à l’instar de l’administration néo-conservatrice du président W. Bush. Il sera ainsi possible de fédérer la communauté musulmane autour de l’idée que l’État français est un danger pour elle.
    b) Parallèlement, la radicalisation des populations européennes est recherchée afin que des groupuscules s’en prennent violemment aux citoyens français musulmans. Un principe vieux comme le Monde qui consiste à radicaliser et à hystériser l’opinion publique, en la forçant à réagir sur un mode binaire amis/ennemis.

4-

    L’objectif DE la guerre est l’instauration d’un Califat en Europe.

Idiot et débile ? Très certainement ! Mais surtout très lourd de menaces pour nos fragiles équilibres sociaux, et ce qui reste des libertés dans nos sociétés précarisées par les coups de boutoir de l’ultra-libéralisme.

Bref, si l’instauration d’un Califat en Europe relève du fantasme, le risque d’une guerre civile est lui bel et bien réel.

Un dernier mot concernant les attaques de cette nuit. Si à cette heure, aucune revendication n’a était faite*, tout au moins pouvons-nous commencer à analyser le mode opératoire utilisé. Il en ressort, sous réserve d’informations complémentaires, que les auteurs n’avaient pas de formation militaire, mais seulement une instruction au maniement et à l’utilisation d’armes individuelles de type fusil d’assaut (ce qui malheureusement suffit amplement à faire un massacre de civils désarmés). En effet, le faible nombre d’assaillants sur la salle du Bataclan rendait impossible son contrôle effectif, comme dans les cas des attaques sur le théâtre de la Doubrovka de Moscou ou sur l’école n°1 de Beslan. Il s’agit ici clairement d’un raid de combattants à faibles compétences tactiques et facilement ‘consommables’. Autrement dit, le bilan aurait pu être bien plus lourd, si maîtrisant les savoirs de base du combat d’infanterie, ces hommes n’avaient pas ouvert le feu tous en même temps, puis chargeurs vides, rechargeant tous en même temps, laissant ainsi une possibilité de fuite à leurs victimes.

Cela veut clairement dire que les possibilités d’escalade dans les degrés de l’horreur existent. Que nous tous, simples citoyens, devons en être conscients et accepter cette idée. Parce que c’est nous qui sommes le véritable objectif dans cette guerre. Parce que quelle que soit notre religion (ou son absence), notre couleur de peau, ou nos origines, c’est par une calme résilience et une véritable conscience des enjeux et de la stratégie de moyens utilisée par chaque acteur – y compris notre propre gouvernement – que nous pourrons éviter la montée aux extrêmes que souhaitent les extrémistes de tous bords.

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* Daesh aurait ce matin revendiqué la responsabilité des attentats.

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