DÉRÉGULATION FINANCIÈRE : ON ENTRE DANS LE VIF DU SUJET, par François Leclerc

Billet invité.

Entre le Brexit et l’élection de Donald Trump, il y a jamais eu autant d’inconnues réunies en même temps… et aussi peu de bonnes nouvelles à attendre.

Avec le Royaume-Uni, les incertitudes sont appelées à durer durant les deux années de la négociation avec l’Union, qui n’est pas formellement engagée, le Parlement britannique pouvant en retarder le démarrage. Cela va être beaucoup plus rapide avec Donald Trump, dont les intentions et la composition de son gouvernement vont s’éclaircir d’ici le 20 janvier prochain, date de son investiture.

Négligeant les journalistes et ayant des rapports tendus avec les médias, le futur président, qui privilégie twitter pour sa communication, a toutefois rendu compte dans une courte vidéo des six mesures phares de ses 100 premiers jours de mandat ! On aura prioritairement retenu qu’il n’est, pour le moment, plus question de l’annulation de la réforme de la santé et de la construction d’un mur avec le Mexique.

Donald Trump, qui a commencé par s’entourer par des sinistres figures de l’extrême-droite américaine, va-t-il ou non mettre un peu d’eau dans son vin sur le dossier climatique, ou bien sur le commerce international, via des accords bilatéraux, une fois les traités régionaux symboliquement dénoncés ? Les dés continuent de rouler… Mais il est un domaine où il est d’avantage prévisible, celui de la régulation financière sur laquelle il veut revenir en « démantelant » selon ses propres termes la loi Dodd-Frank. Donald Trump entend s’affranchir des régulations de toutes natures qui brident la finance et l’économie.

Cette perspective a conduit le vice-président de la Commission européenne, Valdis Dombrovskis, à déclarer « nous attendons de nos partenaires internationaux qu’ils respectent les standards internationaux, et les USA ont été des participants actifs dans l’élaboration de ces standards ». « De notre côté, nous avançons dans la mise en œuvre des standards et nous attendons que toutes les autres juridictions fassent de même », a-t-il insisté en présentant la transposition en droit européen d’un paquet de réformes.

Sur un autre registre, mais manifestant la même suspicion, la Bundesbank s’est montrée confiante dans le fait que les États-Unis ne se replieront pas sur une « position purement américaine » lors de la mise au point finale de la réglementation bancaire de Bâle III, lors de la réunion du Comité les 28 et 29 novembre prochains. Dans cette perspective, la Commission a riposté à des dispositions américaines du même type. À titre de réciprocité, elle veut à son tour imposer aux grandes banques des pays tiers établies dans l’Union, des mesures destinées à simplifier et renforcer leur résolution en cas de défaillance.

Les banques européennes suivent avec le plus grand intérêt ces joutes préliminaires, dans l’intention de profiter des opportunités qui se présenteraient, au prétexte de rétablir des conditions équilibrées de concurrence. À cet égard, tous les prétextes sont bons. Le dernier en date est qu’il ne faudrait pas que les Américains tirent les marrons du feu en attirant des pans de l’activité de la City, la réglementation européenne devenue dissuasive…

Le monde financier est à la veille d’une reconfiguration dont la City, qui cherche à limiter les dégâts par tous les moyens, va faire les frais. La concurrence qui opposait les banques américaines et européennes va repartir. Pour les régulateurs, l’enjeu est que Bâle III ait une dimension planétaire, un statut que Bâle II n’avait pas atteint, les banques américaines n’en appliquant pas à l’époque l’intégralité des dispositions. Mais cela va être au prix de quels abandons ?

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