You’re fired* !, par Roberto Boulant

Billet invité.

La vieille morale de nos grands-mères n’a plus cours. Il est devenu rentable d’enfreindre la loi pour peu que vous apparteniez aux classes dominantes. C’est déjà chose commune depuis longtemps pour le haut de la pyramide alimentaire, pour ces banksters qui pris la main dans le sac se contentent de fournir quelques sous-fifres à la justice en guise de victimes expiatoires, puis qui se remboursent sur la bête, pardon sur les employés et les clients, de l’amende infligée.

Un étage en dessous, les transnationales ont toutes de conséquents services juridiques leur permettant de ‘monter des dossiers’ afin de se débarrasser sous de fallacieux prétextes de leurs employés récalcitrants (le bon employé étant celui qui ne pose – et ne se pose – jamais de questions, avec pour avantage notable en cas de scandale d’être aisément transformable en ‘mouton noir’, et comme tel, licencié sans indemnités et sous les lazzi).

Encore un étage plus bas, dans la catégorie des ‘grosses boîtes’ émargeant entre les transnationales et les PME-PMI, les choses deviennent plus compliquées. Faute de moyens pour avoir des services RH spécialisés ès licenciements abusifs, l’erreur guette. Celle par exemple de ‘monter’ contre un employé, un dossier où la maladresse surpasse tellement le mensonge, que la justice est obligée de débouter l’employeur. C’est sans doute à cet étage qu’il convient d’inscrire la plupart des universités européennes, dont l’une située outre-Quiévrain, vient de nous fournir un bel exemple de la manière dont le système fonctionne réellement. Un professeur bien connu des lecteurs de ce blog, y a été brutalement licencié sous des prétextes aussi fallacieux qu’insultants. Et que croyez-vous qu’il advint ? La justice examinant la plainte de l’employeur, tout en reconnaissant que les accusations portées par ce dernier n’étaient pas étayées (comprendre, mensongères en langage commun), a acté le licenciement avant de condamner la victime à payer 62.400 euros pour une erreur administrative… commise par son employeur !

Alors bien sûr, même si la justice ne fait qu’appliquer la loi votée par le législatif, le message à l’arrivée est on ne peut plus clair pour tous les justiciables en puissance : non seulement vous pouvez être virés pour des fautes imaginaires, mais si vous osez aller en justice, vous le ferez à vos risques et périls !

Dans son épreuve, et sans vouloir minimiser la souffrance psychologique qu’il y a à voir son nom traîné dans la boue, notre professeur est-il au moins protégé partiellement par la réputation due à ses travaux. Ce qui n’est pas forcément le cas pour le cadre lambda, qui même en gagnant contre son ex-employeur, risque en retour de se voir ‘blacklisté’ chez tous les chasseurs de têtes. Et les bataillons de plus en plus nombreux de travailleurs-euses précaires, tout occupé(e)s à leur survie quotidienne et à celle de leur famille, n’ont ni les moyens ni le temps de se pourvoir en justice. Une institution devenue de toute manière, incapable de faire mentir le proverbe qui veut qu’il soit infiniment plus rapide de salir que de nettoyer.

Cependant si la facilité à licencier semble croître au même rythme que la disparition du travail, les choses ne sont pas encore parfaites. La nécessité d’entretenir de pléthoriques services RH constitue une sérieuse entrave au droit divin à la maximalisation des profits. Alors, en attendant de disposer d’IA faibles qui résoudront définitivement le problème, la meilleure solution consiste encore à… faire disparaitre la loi pour ne plus avoir à la violer ! De la rendre en tout cas si légère, si peu protectrice des travailleurs (dits collaborateurs en novlangue), qu’elle flexibilisera la relation employés/employeurs en généralisant le travail à la tâche (dit travail ‘ubérisé’). Le tout étant vendu au chaland (dit électeur), sous le prétexte de moderniser un code du Travail croulant sous les lourdeurs administratives qui seules, et c’est bien connu, empêchent le retour du plein emploi.

Et l’avenir s’annonce radieux dans la marche au tout-libéral. Dans quelques mois un homme ou une femme se retrouvera à l’Élysée, avec quasiment les pleins pouvoirs pendant cinq ans. Il ou elle aura à son entière disposition une majorité de députés qui depuis l’inversion du calendrier électoral, a encore accentué sa disposition à voter où on lui dit de faire (sauf en fin de mandat où claque électorale et perspective de chômage se précisant, certains députés peuvent être tentés de dire nan ! à l’exécutif. Les choses retournant cependant à la normale lorsque le premier ministre leur pose son 49.3 sur la tempe).

Dans ces conditions, difficile de croire que le mammouth ne sera pas rapidement dégraissé. Encore plus difficile de croire que cette folle fuite en avant ne se terminera pas en drame.

Liberté ? You’re fired !
Égalité ? You’re fired !
Fraternité ? You’re fired !

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* Littéralement : t’es viré ! Phrase culte du reality show ‘The apprentice’, dont l’animateur allait devenir le 45ème président des États-Unis.

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