Retranscription – « Reconstituer la planète, c’est du travail… et de l’emploi », le 18 août 2014

« Reconstituer la planète, c’est du travail… et de l’emploi », le 18 août 2014. Merci à Marianne Oppitz !

Mais il faut bien voir que si on veut passer d’un monde où nous consommons 1,6 planète par an et, si nous continuons dans la direction où nous sommes sans changer de cap, eh bien, ça va devenir 1,8, ça va devenir 2 etc. Il faut revenir au moins à une. Quand on sera revenu à 1 planète utilisée par an, au moins au saura qu’on ne détruit pas le capital naturel, mais il faudrait encore revenir en-deçà de cela.

Pour revenir de 1,6 à 1, il y a beaucoup de travail nécessaire. C’est du travail, à mon sens, très difficile à robotiser. C’est de replanter des arbres, c’est de reconstituer un monde qui soit… comment dire ? quand on parle de l’Amazonie comme étant « le poumon », il faut reconstituer ce poumon. Ce poumon est en train de disparaître à Bornéo, à des tas d’endroits simultanément. Il faut d’abord reconstituer cela. Ça, ça demande beaucoup de… ça demande une création d’emplois extraordinaire si on veut descendre de 1,6 à 1 planète. Si on veut descendre en-dessous de 1, ça demande aussi énormément d’emplois. L’avantage de ces emplois là, ce sont tous des emplois… comment dire ? qui font plaisir à faire !

Reconstituer la planète, ce serait une collection invraisemblable d’emplois qui sont agréables à faire. On est dehors, on est en train de reconstituer la planète. Ça peut être du nettoyage de ville, ça peut être du nettoyage de rivière, ça peut être de la reconstitution de forêts. C’est pour cela que quand on me pose la question, je dirais « hors-cadre », de l’allocation universelle, je dis : « Bon, c’est une approche possible », mais les gens qui ont réfléchi à ça… quand Hegel parle du travail, il imagine un monde sans travail et il dit : « Cela ne me semble pas coller avec la nature humaine que nous ayons une satisfaction dans un monde sans travail ». Pourquoi ? dit-il. Eh bien, pour des raisons qui nous semblent évidentes aussi. C’est que la reconnaissance que nous avons comme individu, comme personne, dans le monde, elle nous vient souvent de l’environnement du travail : c’est une source de satisfaction qu’on ne pourrait pas véritablement mettre entre parenthèses.

Donc, plutôt que de passer directement à des allocations universelles, il me semble qu’il serait beaucoup plus agréable pour tout le monde, qu’on reconstitue ce travail – qui est nécessaire de toute manière à long terme – de reconstituer une planète qui soit vivable, on dit maintenant « durable », « soutenable » quand on prend le terme anglais. Il faut que nous le fassions, sinon, nous détruisons simplement, une fois pour toutes, les conditions dans lesquelles notre espèce peut survivre à la surface de la terre. Alors, comme dit Attali, nous allons nous rendre compte, un jour, du danger quand il sera très, très tard et, malheureusement, le jour où on prendra conscience de cela, il paraîtra extrêmement difficile de faire… comment dire cela ? de faire machine-arrière dans un cadre qui soit celui de nos société démocratiques, où tous les processus prennent beaucoup de temps. Alors, il dit : « On se rendra compte un jour qu’il faut absolument faire machine-arrière parce qu’on est dans des processus irréversibles. Mais malheureusement, à ce moment là, on ne pourra le faire que dans le cadre de régimes autoritaires, de régimes dictatoriaux. » Il vaudrait mieux prendre conscience de ça longtemps avant et pouvoir, à ce moment là, inverser le processus dans un cadre qui soit un cadre vivable, en termes de liberté, en termes de satisfaction individuelle. Qui ne soient pas des sociétés de surveillance où chacun surveille tout le monde. Malheureusement, on est passé à ça, imperceptiblement, même dans nos sociétés. Il faudrait faire machine-arrière, là-dessus, aussi.

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