UN ACCORD DE GOUVERNEMENT MAL AIMÉ, par François Leclerc

Billet invité.

Les temps ne sont plus ce qu’ils étaient. L’accord intervenu entre la CDU/CDS et le SPD suscite plus de polémiques que de liesse des deux côtés. À tel point que le quotidien Süddeutschezeitung s’est interrogé : serait-il entériné par les membres du CDU s’ils devaient voter comme au SPD ?

Au CDU, c’est la perte des ministères de l’intérieur et des finances qui passe mal, au SPD c’est la double trahison de Martin Schulz qui n’est pas digérée. Il avait promis une cure d’opposition et de ne pas participer à un gouvernement Merkel a titre personnel, et a annoncé vendredi qu’il renonçait à être ministre des affaires étrangères dans le prochain gouvernement si celui-ci voit le jour. En se maintenant, il prenait le risque de porter la responsabilité d’un échec au référendum des militants du SPD qui va se tenir du 20 février au 2 mars.

Sous ces auspices, deux tournées auprès des militants du SPD par sa nouvelle présidente vont simultanément avoir lieu. La nouvelle présidente, Andreas Nahles, va avoir pour mission de les convaincre d’entériner l’accord, tandis que le leader des Jusos, Kevin Kühnert, va les inciter à le refuser. Plus personne ne se hasarde à pronostiquer le résultat.

Dans les deux camps, les organisations de jeunesse constituent le fer de lance de l’opposition à leurs directions respectives. Paul Ziemiak, le dirigeant de la branche jeune du CDU et de son alliée la CSU, qui compte environ 115.000 membres, a clairement invité le bloc conservateur à s’interroger dès aujourd’hui sur la succession de la chancelière dans la perspective du bilan de mi-mandat qui est prévu. Le prochain congrès de la CDU, le 26 février prochain, en donnera un avant-goût.

Ce n’est donc pas solliciter exagérément la situation politique allemande que de la décrire comme rejoignant dans la crise celle de nombreux autres pays européens. Mais, comme à chaque fois, le rejet des anciennes formules et des partis de gouvernement ne s’accompagne pas d’une alternative claire. Un vide qui n’est pas comblé par l’apparition de nouvelles structures, faute d’un programme exprimant le besoin d’une société alternative. À défaut, l’extrême-droite s’installe et prospère.

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