Le peuple roulé dans la farine : c’était déjà le cas en 1904

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Ce qui suit est un passage d’un livre de Thorstein Veblen (1857 – 1929), sociologue et économiste américain marginal, publié en 1904 sous le titre The Theory of Business Enterprise.

Le gouvernement représentatif veut dire, essentiellement, la représentation des intérêts commerciaux. Le gouvernement travaille généralement dans l’intérêt des hommes d’affaires avec une unicité d’objectif assez constante. Et, dans sa sollicitude pour les intérêts des hommes d’affaires, il est soutenu par l’opinion publique, car il y a une certaine conviction naïve, inconditionnelle, répandue dans le peuple, selon laquelle les intérêts matériels de la population coïncident, d’une manière occulte, avec les intérêts pécuniaires des hommes d’affaires qui vivent à l’intérieur du champ d’action des mêmes règles gouvernementales.

Cette conviction est un article de métaphysique populaire, en ce qu’elle est fondée sur une solidarité d’intérêts présumée sans qu’aucune critique ne soit émise, plutôt que sur une lucidité à propos des relations entre l’entreprise commerciale et le bien-être matériel des classes qui ne sont pas composées essentiellement d’hommes d’affaires. Cette conviction est particulièrement bien ancrée dans la portion plus conservatrice de la population, ainsi que dans les classes professionnelles, contrairement aux portions vulgaires de la société qui sont empreintes de notions socialistes ou anarchistes.

Mais étant donné que l’élément conservateur comprend une masse substantielle de citoyens matériellement influents, et effectivement la majorité des honnêtes citoyens, il en découle que, avec l’assentiment de la majorité du peuple, même en y incluant ceux qui n’ont aucun intérêt pécuniaire à être d’accord, le gouvernement constitutionnel est devenu, globalement, un simple département de l’organisation commerciale et est guidé par les conseils des hommes d’affaires.

The Theory of Business Enterprise [1904]. Traduction française : Théorie de l’entreprise d’affaires, Pierre-Guillaume de Roux Editions, Trad. de l’anglais (États-Unis) par Anthony Valois, Préface de François Bousquet, 2018, p. 200

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34 réflexions sur « Le peuple roulé dans la farine : c’était déjà le cas en 1904 »

  1. Le peuple se fait régulièrement roulé dans la farine, certes, c’est indubitable,
    mais plus ou moins selon les époques tout de même,
    mais on n’a pas encore trouvé mieux que le système representatif,
    mais il a nettement amélioré ses conditions de vie, le peuple, depuis le temps,
    mais il n’est pas si bête que cela, ni si dupe, ni si prisonnier de schémas de pensée erronés,
    mais, choisissant ses représentants, n’a-t-il pas une part de responsabilité dans leur propension à le rouler dans la farine ?..,

    1. Pourquoi ne pas laisser ouvert les commentaire sur votre chaîne youtube? Je trouve toujours étrange que les gens qui posent les termes d’un débat ne laisse pas la possibilité aux viewers de prendre position???!!

  2. « Il y a une certaine conviction naïve, inconditionnelle, répandue dans le peuple, selon laquelle les intérêts matériels de la population coïncident, d’une manière occulte, avec les intérêts pécuniaires des hommes d’affaires. (…) il y a une certaine conviction naïve, inconditionnelle, répandue dans le peuple, selon laquelle les intérêts matériels de la population coïncident, d’une manière occulte, avec les intérêts pécuniaires des hommes d’affaires. (…) il y a une certaine conviction naïve, inconditionnelle, répandue dans le peuple, selon laquelle les intérêts matériels de la population coïncident, d’une manière occulte, avec les intérêts pécuniaires des hommes d’affaires. »
    On est tenté de rapprocher ces mots de Vleben en 1904 des principes ‘d’hégémonie culturelle’ mis en avant par Gramsci : le système et la classe dominante produisent des éléments permettant de consentir à notre servitude en même temps que des éléments de répression. Et, dit-on, on peut appeler ces éléments idéologiques des éléments de « sens commun » (appartenant à la religion, la morale civique, les médias).
    La question est donc de savoir qui fabrique la « conviction naïve ».

  3. Savoir que la politique aux Etats-Unis est dictée en large partie par la chambre de commerce, devrait faire partie de la culture générale. Des publications importantes (par John Kenneth Galbraith par exemple) furent publiées au sujet des lobbys et leur influence sur la politique amérciane. Cela concerne aussi le combat électoral et son financement. L’attitude économique des USA est tout à fait impérialiste. Trump ne fait que continuer la ligne traditionnelle des gouvernements depuis Abraham Lincoln..

    1. … » Savoir que la politique aux Etats-Unis est dictée en large partie par la chambre de commerce, devrait faire partie de la culture générale « …
      Tellement vrai…!
      L’exemple du jour qui « explique » beaucoup de choses.. :
      …  » Les Etats-Unis auraient intérêt à vendre à l’Europe du gaz naturel liquéfié (GNL) [[ américain en abondance mais cher, vu le peu de temps d’amortissement des investissements d’extraction..]] acheminé par bateau, pour l’instant beaucoup plus onéreux que le gaz russe.
      « Nous allons vendre du GNL et concurrencer le gazoduc (Nord Stream 2). Je pense que nous allons le concurrencer avec succès. Même s’il y a un petit avantage d’emplacement » pour le gaz russe, a déclaré lundi Donald Trump lors de sa rencontre avec Vladimir Poutine à Helsinki…
      …(…)…
      Si Gazprom a déjà réduit considérablement les volumes de gaz transitant par l’Ukraine – à couteaux tirés avec la Russie depuis l’annexion de la Crimée en 2014 et le conflit dans l’est de l’Ukraine -, il veut les réduire davantage grâce à ses projets de gazoducs qui la contournent: Turkish Stream, qui doit approvisionner l’Europe via la Turquie, et Nord Stream 2, que le groupe gazier espère mettre en service d’ici fin 2019.

      Ce dernier projet de gazoduc, long de près de 1.200 kilomètres, vise à doubler les capacités de son grand frère Nord Stream 1, et à permettre d’acheminer davantage de gaz russe directement vers l’Allemagne via la mer Baltique.

      De fait, au premier trimestre 2018, Nord Stream est devenue la principale voie d’approvisionnement du gaz russe vers l’UE (36% du total, contre 34% par l’Ukraine), selon la Commission européenne.
      …(…)…
      « Le transit de gaz par l’Ukraine continuera d’être nécessaire jusqu’au lancement de Nord Stream 2 et de Turkish Stream », mais ensuite, il ne deviendra qu’une solution d’appoint, « à moins d’un accord spécifique avec la Commission européenne », ou si les « clients demandent que le gaz continue de transiter par l’Ukraine
      « .
      …(…)…
      dans : https://www.rtbf.be/info/monde/detail_gaz-l-ue-invite-russes-et-ukrainiens-a-berlin-pour-s-entendre-sur-le-transit?id=9974477

  4. Je me souviens une fois d’avoir vu une sorte de reportage « inversé  » où un journaliste interviewait des badauds attroupes pour regarder des « stars » défiler au festival de Cannes. Et le journaliste d’interroger un mère accompagnée de sa petite fille, pour lui demander la raison de sa venue ici. Visiblement cette mère et cette fille étaient d’origine très modeste. La mère a repondu de façon très assurée qu’elle tenait à montrer à sa petite fille comment on pouvait devenir très riche et très célèbre. C’est une histoire ultra-banale , mais qui m’a fait prendre conscience comment beaucoup de personnes, en particulier très modestes, au lieu de s’insurger devant certaine formes d’injustices sociales, vont au contraire s’identifier aux ultra-riches imaginant simplement que cela pourrait bien leur arriver. Je pense que ce mécanisme doit être très connu des publicitaires, quand ils montrent systématiquement des véhicules d’une certaine marque très coûteuses, sachant pertinemment qu’une proportion très infime des spectacteurs est susceptible de pouvoir l’acheter. Ainsi doit il en être de même de beaucoup de citoyens, qui au lieu de voter dans l’intérêt de leurs conditions sociales, iront voter pour un milliardaire (par exemple), qui est à mille lieux de vouloir améliorer leurs conditions de vie…..

  5. Si je peux faire un crise de Stieglirisme tardif (Bernard Stiegler) , je pense que sa petit fixation sur l’étymologie du mot « business », ou « négoce », en latin « nec otium », jamais en loisir (comme l’argent qui doit « tourner ») est à considérer comme explication importante de l’adhésion implicite des « classes populaires » à cet ordre commercial du monde.

    C’est un trait marqué de la psychologie humaine que de raccourcir le chemin vers un résultat souhaité (construire un poulailler, disons), en « subsumant » les étapes. Peut-être les animaux le font, mais faute d’un langage associé, l’effet n’est pas celui dans l’humain, à savoir l’envie d’aller « vite au bout », d’implicitement valoriser un agir sur un « être ». Car c’est de ce « nec otium » que le commerce fait son logiciel : délivrer au plus vite de quoi répondre à l’attente des clients, puisqu’ attente « sans loisir » il y a.
    C’est l’énergie du XVIIIème puis du XIXème siècle qui a débridé cet aspect et rendu l »otium » (vivre en circuit assez fermé , vivre de peu) définitivement caduc, et assuré le triomphe du « nec otium ». La transition s’étale sur deux siècles quasiment, l’autosuffisance de l’agriculture française (fallait faire vivre les chevaux les vaches les poules … et les paysans eux-mêmes !) ne prenant fin qu’avec la mécanisation des années 50 qui relègue le cheval complètement.

    Ce n’est qu’en état de quasi manque énergétique (qui a frisé lé déforestation totale en France), état le plus courant de l’humanité depuis le néolithique sans doute, que les actes ont eu à être médités et « ralentis », non pas physiquement ralentis, mais tournés par force vers la régénération du quotidien (curer les rigoles) avec des
    apports extérieurs modestes (on est avant M. Poubelle, peu de choses sont vraiment à jeter).

    L’énergie facile (fossile) sans la frénésie psychologique du « nec otium » et sans l’appui quasi religieux d’une majorité du peuple à ceux qui en sont les prêtres n’ont pas l’air impossible, mais la fenêtre de possibilité d’un monde énergisé qui n’aurait pas succombé aux sirènes du commerce ne fut qu’à peine entr’ouverte.

    Bref, Veblen vois juste, mais le diable est bien en nous même dans une certaine mesure, notre amour du résultat plutôt que celui de la beauté de la méthode…

    1. J’attends d’une discussion spécifique, ce que j’attends d’une discussion en général : apprendre des choses que je ne sais pas, faire avancer le schmilblick, faire un plan, etc. mais sur un point spécifique, qui ici serait « l’idée » de ma candidature aux européennes.

      Désolé si ma réponse trahit le fait que votre question me paraît bizarre, c’est le cas effectivement.

      1. Je ne suis pas Mueller !

        C’est la formulation de votre attente qui me paraissait étrange , car elle peut avoir deux interprétations :

        – tenter de faire avancer le schmilblick effectivement , et la méthode est alors excellente ;

        – discuter de l’opportunité d’une candidature déjà annoncée , ce que je trouvais alors peu compréhensible .

      2. Ça n’est pas que pour moi que l’usage de ce mot est ambivalent et , d’une certaine façon , si Platon était bien rigoureux comme vous , pas mal d’autres dont Aristote était plus « imaginatif » . Nietzsche lui même préférait les sens aux idées .

        Mais on n’a pas idée du soulagement que votre confirmation fidèle de candidature me donne .

        A force de voir agonir la démocratie représentative , j’ai eu un instant la crainte que vous ne rejoigniez ceux qui y renoncent par conviction , considérant que ça ne sert à rien d’essayer de s’en servir .

  6. Cette analyse, est une constante.
    Je lis en ce moment, le gros ouvrage très documenté de Jean Vanwelkenhuyzen : « Le Gâchis des années ‘30 (Belgique), l’influence des milieux d’affaire est bien là (regrettant le vote censitaire?)
    Quant au cas de la France actuelle, l’identification du peuple des banlieues aux joueurs de foot victorieux, lui fera oublier les véritables enjeux qui se jouent en coulisses…
    Foot = boost Macron et opium du peuple ?

  7. Comme les autres, le peuple américain se fait rouler dans la farine, avec cependant une particularité: même si ça ne concernait en autres ni les esclaves, ni les syndicats quand ils sont apparus, le droit de libre expression lui est reconnu depuis plus de deux siècles (premier amendement de la constitution, ratifié en 1791, en même d’ailleurs que le second amendement relatif au droit du peuple de détenir et de porter des armes.)

    On peut se demander si ça ne contribue pas à lui faire prendre son mal en patience et surtout si ça n’a pas obligé ceux qui profitent de la situation à faire des efforts exceptionnels pour le persuader qu’il vit dans le meilleur des mondes possibles, plutôt que de recourir aux méthodes de contrainte traditionnelles.

  8. En tous cas , si Eninel n’apporte pas de commentaires à un billet portant un tel titre , c’est qu’il est mort , ou dégouté , ou cruellement empêché .

    Je le salue cependant , dans ces trois cas ( surtout les deux derniers ).

  9. Les Etats faisant partie de l’Union européenne ont dépassé leur logique d’état fiscal d’après-guerre pour devenir sous pression de la diplomatie financière des états débiteurs qui maintenent consolident leurs dettes (souveraines et privées) au travers de mesures ultralibérales. C’est la garantie exigée par la Finance et le Commerce international. Une fois de plus on maquille tout cela sous des dehors de mesures indispensables pour la survie du pays et de ses avantages sociaux. Foutaise! Voici ce qu’en dit Wolfgang Streeck, ancien directeur de l’institut Max-Planck de Cologne et sociologue de l’économie:

    « Le régime supra-étatique (de l’UE) régule les Etats-nations qui lui sont rattachés, sans gouvernement démocratiquement responsable, mais au moyen de règles engageant les Etats concernés: au moyen d’une gouvernance et non plus d’un gouvernement. Cette gouvernance est le nom de la domestication de la démocratie par les marchés et non plus l’inverse. Il s’agit d’une construction historiquement inédite destinée à assurer la conformité d’Etats-nations jadis souverains aux exigences du marché. Nous avons là une camisole de force enserrant la politique de chaque Etat afin de la faire se conformer aux conditions du marché..

    Les attributions de cette construction institutionnelle évoquent les possibilités d’ingérence inédites du droit international, à ceci près que nous n’avons pas affaire à elles à un duty to protectmais à une duty to pay. L’objectif de l’ensemble, qui semble en passe d’être atteint, est d’articuler une dépolitisation de l’économie et une dé-démocratisation simultanée de la politique. …/ L’avenir qui se profile en Europe verra imploser le contrat social qui était celui de la démocratie capitaliste, contrepartie de la transition vers un Etat de consolidation international s’engageant à la discipline fiscale. …/ création d’un firewall afin que les marchés puisse promouvoir leur propre version de la Justice…/ La société (civile) devra avoir une grande tolérance à l’égard de l’inégalité économique…/ La population surnuméraire ayant définitivement décroché devra apprendre à envisager la polique ne s’occupant plus que des Classes moyennes…

    W. Streeck: Du temps acheté (essais folio 635)

      1. Le problème n’est pas voter ou pas pour Jorion, le problème est que les traités européens sont néfastes pour la majorité de nos populations. Et qu’il semble impossible de trouver une majorité politiques pour les remettre en question.

  10. Je me demande si « le peuple » n’est pas en fait ,de façon plus constante et repérable , roulé dans la  » monnaie » , en tant que « maîtrise » de l’échange , plutôt que dans la farine .

    Le maître de la monnaie a pu être le prince ,dans la mesure où il en a besoin pour payer ses armées , en en fixant la nature , le « poids » , les règles de dévaluation ou d’inflation .
    Ce peut être comme actuellement la ploutocratie de façon directe ou indirecte .
    On remarquera que tout s’écroule quand « le maître » ,quel qu’il soit ,ne peut plus payer « suffisamment » la force qu’il met à sa disposition pour garantir son « pouvoir » . La chute de l’empire romain en est une relativement récente illustration .

    Trump c’est Caracalla .
    Même pas sur qu’un Constantin arriverait  » seul » aujourd’hui à rétablir assez le binz en taxant les riches .

    Par contre avec un bancor , ça pourrait commencer à devenir jouable .
    Enjeu pour les prochaines européennes ?

    Ou à traduire en chinois ?

  11. Contrairement à ce que je pensais à la suite de la victoire de l’équipe française au mondial de foot, la popularité du ci-devant Macron ne s’améliore pas, la scandaleuse affaire Benalla que l’Exécutif a tenté d’occulter, n’agira certainement pas dans le sens souhaité par iceux…
    Le temps des ‘barbouzes’ couverts par la plus haute autorité de l’État est-il revenu ?

    1. La justice et les parlementaires diront .

      Mais pour qui a connu « les barbouzes » et Roger Frey , c’était vraiment autre chose !

      Beaucoup plus sanglant .

      Un président de la République française , ça ne pèse pas bien lourd pour que le peuple échappe à la farine , même s’il vaut mieux qu’on en choisisse un qui aille dans cette direction si possible ( forcément ) européenne .

  12. Je suis en total accord avec :

    .. » que vos critiques perdent de leur force , quand on découvre que derrière un nom il n’y a personne « .

    Dans ces cas là ( il y a des variantes ) , une seule issue : rompre le lien .

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