Il fait très chaud. À qui la faute ? – Retranscription

Retranscription de Il fait très chaud. À qui la faute ? Merci à Cyril Touboulic !

Bonjour, nous sommes le jeudi 26 juillet 2018. Et aujourd’hui, je vais faire une chose que je n’ai jamais faite : je vais faire deux vidéos à la suite, je vais les enchaîner. Elles sont toutes les deux sur le même thème. La première va s’appeler « Il fait très chaud » et la seconde, c’est « M. Trump a de plus en plus chaud ». Dans ma tête, au départ, je voulais faire les deux en même temps, et puis, non, c’était trop compliqué. Alors, je fais d’abord dans l’ordre : « Il fait très chaud ».

Il fait très chaud. C’est la canicule sur une partie de la France. Ici, à Vannes, heureusement, il fait très chaud mais ce n’est pas la canicule, c’est supportable, mais il fait très chaud. Et c’est un savant que je voyais l’autre jour – je ne sais plus s’il était américain ou s’il était anglais – qui disait : « On appelle ça « canicule », et vous verrez dans dix ans, on appellera ça l' »été », et ce sera extrêmement dangereux parce qu’on se sera habitués à l’idée qu’il fasse extrêmement chaud. »

Vous avez peut-être vu la carte – je l’ai envoyée par Twitter – des États-Unis en ce moment, une carte météorologique, où tout est sens dessus dessous. Il y a un grand courant qui descend du pôle et, en passant par le Canada, qui en général passe par cette coulée du Midwest, autour de la rivière le Mississippi, et là, c’est en train de tout détruire sur son passage : des inondations monstres, il y a eu de nombreuses tornades dont vous pouvez voir les ravages et vous pouvez voir des cyclones en train de se créer. Pendant ce temps-là, chez nous, on a extrêmement chaud.

Qu’est-ce que je voulais dire là-dessus ? C’est sur cette querelle entre Capitalocène et Anthropocène. J’ai été, vous le savez, à Sainte-Foy-la-Grande l’autre jour, pour recevoir le prix « Les Reclusiennes », et j’ai rencontré un étudiant de Franck Cormerais, thésard, qui travaille sur cette question d’Anthropocène et Capitalocène. Et souvent, vous me la posez : est-ce que c’est le fait que maintenant il y ait dérèglement climatique ? est-ce dû au fait que nous sommes entrés dans une nouvelle époque géologique – je dis bien « géologique » –, qu’on devrait appeler « Anthropocène » ou « Capitalocène » ? est-ce que c’est dû à l’homme en tant que tel ou est-ce que c’est dû au capitalisme ? Parce qu’il est clair en tout cas et certains refusent… il y avait un monsieur, très gentiment, l’autre jour… non, ce n’était pas très gentiment, c’était grotesque, qui disait : « Non, non, on ne peut pas dire qu’on ait changé d’époque géologique puisque c’est moi qui suis responsable du comité et je n’ai pas encore envoyé les invitations aux membres pour se réunir ». Je vous assure, c’est authentique, je vais vous retrouver la référence de ça. Mais bon, le fait était que, oui, des gros événements de type géologique à la surface de la Terre sont dus au fait que les hommes sont extrêmement humains et font un certain nombre de choses.

Est-ce que c’est parce qu’ils sont des hommes qu’ils sont arrivés à devenir une espèce qui modifie les données d’ordre géologique, et en particulier le climat autour d’elle ? (Mais pas seulement le climat, hein, nous sommes arrivés à mettre la plus grand quantité du phosphore à la surface de la Terre, à l’envoyer au fond des océans, nous créons en masse des gaz à effet de serre et certains autres, nous changeons la composition de l’atmosphère.) L’homme ou le capitalisme ? La tentation, ce serait de dire : « Les deux, mon capitaine », mais je ne vais pas dire ça. Je vais dire une troisième chose, je vais dire : « Non, c’est pas ça. C’est pas l’homme en tant que tel, c’est pas le capitalisme en tant que tel… c’est le pétrole. »

Je sais que les gens de gauche sont plutôt enthousiastes maintenant à cette idée de Capitalocène et vont dire : « Ah ! Vous défendez le capitalisme ! », mais, comme vous le savez peut-être, en tout cas si vous le savez pas je vous renvoie à un article publié le 12 février dans le « Quotidien de Pékin » (Beijing Ribao), organe local du Parti communiste chinois, où Paul Jorion est cité comme un des grands penseurs de l’anticapitalisme, et le titre en particulier de l’article est repris certains de mes propos. Donc, je ne vais pas devoir trop me défendre quand même sur l’idée que je serais un grand défenseur du capitalisme et que j’essayerai de l’exonérer dans cette histoire.

Non, de quoi s’agit-il ? Il s’agit du fait que nous, espèce humaine, nous utilisons le monde qui est autour de nous, et nous avons créé des machines et nous avons dompté un certain nombre d’énergies qui se trouvent autour de nous. Nous avons pu inventer le moulin à vent pour moudre du grain ou pour faire monter de l’eau dans des canaux, nous avons utilisé la force du vin… du vent – la force du vin aussi (rires) – sans devoir nous en mêler, en créant des machines qui vont utiliser le vent. Nous avons utilisé la gravité : le fait qu’il y a une masse à la Terre et que, selon un grand principe de la physique, la masse attire (plus une masse est importante, plus elle attire), et nous utilisons le fait que l’eau, quand elle tombe, peut tomber au sommet d’une montagne, mais qu’elle va essayer de se retrouver au fond des océans – quand je dis « elle va essayer », bien sûr que non, c’est la loi de la gravité qui l’entraîne immanquablement vers un océan où elle ne pourra pas tomber plus bas. Alors qu’est-ce que nous avons fait ? Eh bien, nous avons créé de gros barrages, on a essayé de retenir cette eau et de la faire passer dans des turbines pour créer de l’électricité, voilà.

On a fait un certain de nombre de choses comme ça. Et tout ça, bon, c’est pas mal, ça a un bon rendement, c’est sympathique, ça nous a permis d’avancer. Et puis, tout à coup, on est tombés sur une source d’énergie qui, en la brûlant, nous a permis d’utiliser une source d’une puissance invraisemblable (je ne vais pas vous donner les calculs parce que vous les trouverez ailleurs, mais un baril de pétrole, ça représente le travail de je ne sais plus combien d’humains mais c’est énorme, énorme, énorme) [23.000 heures de travail humain]. Nous avons trouvé une source d’énergie pratique à trouver, qui ne coûtait pas cher au départ, elle coûte cher maintenant – je ne veux pas dire qu’elle ne coûte pas cher maintenant : elle coûte de plus en plus cher, et elle coûte de plus en plus cher parce qu’il est de plus en plus difficile d’en trouver et maintenant, comme vous le savez, on doit investir de plus en plus d’énergie pour obtenir de l’énergie supplémentaire. Et donc cette histoire va s’arrêter.

Si on n’en tire pas les conséquences, ça va être la catastrophe du point de vue humain parce que nous sommes déjà sept milliards et nous serions de l’ordre de vingt milliards à la fin du siècle, si tout se passe comme ça se passe maintenant. Et pendant ce temps-là, en utilisant ce pétrole, nous produisons en quantité considérable  du dioxyde de carbone qui est un gaz à effet de serre : ça part dans l’atmosphère, ça fait monter la température à la surface de la Terre, ça fait fondre la glace qui s’y trouve et ça ajoute de l’eau dans les océans… mais c’est surtout le fait que, comme vous le savez, vous avez appris ça à l’école, un liquide se dilate avec la chaleur et, du coup, l’eau monte.

Comme on vous l’expliquera ici et là aussi, si on arrêtait tout, si on ne brûlait plus une goutte de pétrole demain, ça ne servirait pas à grand chose parce que nos activités polluantes sont liées à notre utilisation du pétrole et en polluant moins, eh bien, nous accélérerions encore l’augmentation de la chaleur. Donc il faut trouver d’autres moyens. Il faut sans doute arrêter d’utiliser du pétrole, mais il faudra trouver des moyens supplémentaires sinon on est cuits de toute manière aussi. Et ce n’est pas seulement le fait que la température augmente, que des migrants se mettent sur les routes pour aller à un endroit moins chaud, qu’il y a des pays entiers qui vont disparaître (le Bangladesh certainement, les deux tiers des Pays-Bas, etc., etc.), mais c’est aussi le fait qu’au XXIIe-XXIIIe siècles, il fera tellement chaud que les mammifères devront entrer tous dans des terriers s’ils veulent survivre : ils ne pourront plus vivre à la surface de la Terre. Donc, il faut faire quelque chose rapidement.

Je termine là-dessus : Anthropocène ou Capitalocène ? Non, Pétrolocène. Pétrolocène, c’est le fait que nous ayons utilisé le pétrole qui a conduit à ce que nous devenions véritablement un facteur de changement du climat. Ça aurait pu être, si les girafes avaient trouvé l’utilisation du pétrole en le brûlant, eh bien, ça ne serait pas le Girafocène, ça serait toujours le Pétrolocène. C’est le fait que nous avons trouvé à la surface de notre Terre, enfin en creusant un peu, souvent pas très loin de la surface, maintenant très loin et maintenant disséminé dans du schiste qu’il faut craquer pour obtenir le pétrole qui se trouve là-dedans, plus du gaz, et ainsi de suite. Mais c’est ça, c’est le fait que nous sommes des inventeurs, nous sommes tombés sur ce pétrole, nous avons trouvé le moyen de l’utiliser grâce à la machine à vapeur au départ, ensuite, bon, le moteur à réaction, et ainsi de suite. Nous avons trouvé une source d’énergie extraordinaire, formidable, facile à trouver, du moins au départ, mais qui produit des gaz à effet de serre et qui font monter la température.

Voilà, j’arrête là. Pour ce qui est de M. Trump, vous verrez ça tout à l’heure : le fait qu’il a de plus en plus chaud.

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