Michael Cohen, ancien avocat de Donald Trump. Supputons…

Une chose qui a frappé l’ensemble des commentateurs durant l’audition hier de Michael Cohen devant le Comité de surveillance du Congrès, c’est la référence qu’il a faite à d’autres enquêtes encore en cours sur Trump. Il a dû signaler qu’il en était informé pour justifier son refus de répondre à une question qui lui était posée. Il avait là une carte d’atout dont ne disposaient pas les députés Républicains qui sans répit ont cherché à le prendre en flagrant délit de mensonge. Une chose était claire : il y avait des sujets sur lesquels il en savait davantage qu’eux.

Une chose qui m’a frappé moi, c’est qu’on ait parlé de collusion avec la Russie, alors qu’il avait été spécifié que la commission Mueller avait formellement interdit que la question soit évoquée lors de la déposition et de l’audition de Cohen. 

Quand on lui a parlé de collusion, l’ancien avocat de Trump a expliqué aussitôt que Roger Stone tenait le président informé de ses contacts avec Julian Assange, lequel s’apprêtait à diffuser par le biais de WikiLeaks les courriels piratés de Hillary Clinton & Co. Et il a ajouté qu’il avait observé un jour Donald Jr. se rendre derrière le bureau du président pour lui chuchoter quelque chose à l’oreille à propos d’un rendez-vous fixé, qui ne pouvait être que celui qui eut lieu avec des émissaires russes dans la Trump Tower le 9 juin 2016.

Chose curieuse donc, il était formellement interdit que Cohen parle de l’affaire russe, et il l’a fait quand même avec aplomb, ignorant le couperet qui, nous dit-on, était là au-dessus de sa tête. 

Ce qui me fait penser la chose suivante : que Cohen savait très exactement ce qu’il pouvait dire et ne pas dire sur « l’affaire russe », et que cela explique pourquoi il a déballé sans hésiter le peu qu’il affirmait savoir. 

Ce qui me fait penser aussi qu’il y a dans la manière dont M. Robert Mueller envisage les choses, deux « affaires russes », et qu’il avait très précisément informé Cohen de laquelle des deux celui-ci pouvait parler sans se gêner : celle où Trump magouille sans grand succès pour tirer les vers du nez de l’un.e ou l’autre Russe.

Mais si c’est comme ça, quelle est donc « l’autre affaire russe », celle dont Cohen n’avait absolument pas le droit de parler ?

Supputons…

Lors de la réunion à Helsinki en juillet 2018, Poutine et Trump discutèrent seuls, en présence d’une seule interprète : celle du président russe. Et on a appris en janvier de cette année qu’en novembre 2018, lors du G20 à Buenos Aires, alors qu’aucune discussion n’était à l’agenda, les deux compères étaient tout de même parvenus à se réunir en catimini, avec une fois de plus entre eux, une seule interprète, celle de Poutine.

Soyons sérieux, chers Amis ! Vous n’ignorez pas que si je saisis mon téléphone et que j’appelle l’un.e d’entre vous au hasard, la National Security Agency américaine va écouter consciencieusement tout ce que nous disons – et ce n’est pas parce que je m’appelle Paul Jorion, c’est parce qu’elle écoute absolument tout. Sauf… apparemment… quand M. Trump est en grande conversation secrète avec M. Poutine ! 

« Qu’en pensez-vous mon cher Watson ? Vous pensez certainement que la NSA, si l’on en croit ce qu’a pu en dire à une époque notre ami commun Edward Snowden, n’est pas aussi con que ça, n’est-ce pas ? Et que si, par extraordinaire, ce genre de conversations ne présentait aucun intérêt pour elle, elle aurait parmi ses amis intimes, tout spécialement à la CIA et au département renseignement intérieur du FBI, des gens que cela pourrait eux intéresser, en particulier s’il s’agissait de conversations où M. Trump est persuadé que personne ne peut l’entendre. » 

Lors de la réunion d’hier, un des députés Républicains, a rappelé avec indignation – et en suggérant que c’était plutôt de cela qu’il aurait fallu parler – que M. Rod Rosenstein (numéro 2 du ministère de la Justice encore jusqu’à la fin mars) avait envisagé à une époque de se barder d’un système d’écoute lors de ses rencontres avec le président. Qui peut le plus ne peut-il pas le moins ?

On nous répète que selon la doctrine du ministère de la Justice américain, un président en exercice ne peut pas être inculpé. Soit, mais n’y aurait-il pas des cas très particuliers, où serait en jeu la sécurité de l’État par exemple, où ce seraient plutôt les doctrines du ministère de l’Intérieur, voire de la Défense, qui seraient davantage jugées pertinentes ? 

M. Michael Cohen a été très ému hier au moment où M. Elijah Cummings, président de la Commission, a fait son petit speech « Nous valons mieux que cela [que Trump] ! », mais à part ça, il a été d’attaque tout le reste du temps. Il faut dire que Cummings avait été étonnamment aimable dans ses propos à l’égard d’un criminel endurci s’apprêtant à purger trois ans de prison. Serait-ce qu’ils savaient l’un et l’autre que M. Cohen est déjà considéré comme un héros dans certains quartiers pour avoir révélé ce qu’il savait et que s’il n’a aucune chance d’obtenir la grâce présidentielle de M. Trump, elle est déjà écrite au programme de son successeur ?

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