Du rififi au sein du camp Républicain

Flash info : Robert Mueller a déposé son rapport. Que sait-on de son contenu ? Rien ! (à suivre…)

Quand vous lirez Un objet populiste mal identifié, le tome 1 de « La chute de la météorite Trump », vous verrez répétée par moi l’affirmation que le jour où Trump tomberait, il n’aurait pas été victime de ces « salauds de Dém’s » qu’il vilipende à tout propos pour leur « chasse aux sorcières », mais des Républicains.

Pourquoi cette affirmation de ma part ? En raison de l’acrimonie durant les primaires du Parti républicain qui débouchèrent sur sa désignation comme candidat à la présidentielle de novembre 2016, en raison du ressentiment accumulé, en raison des coups tordus de Trump pour accéder au pouvoir. Avait-on jamais vu au cours d’une campagne précédente l’équivalent de l’insinuation par Trump que le père de Ted Cruz, son principal rival, avait trempé dans  l’assassinat de Kennedy ? En raison du ressentiment qui perce aujourd’hui dans les rangs Républicains que Trump pourrait être la source d’une perte d’influence durable du parti. Quand tourne en boucle l’observation que 90% des électeurs américains s’affirmant Républicains continuent de se dire très satisfaits de Trump, on oublie de préciser un élément de contexte essentiel : que le nombre de ceux qui se déclarent Républicains est lui en baisse constante.  

J’écrivais ici (et vous le retrouverez dans le livre) le 20 janvier 2017, jour de l’inauguration de Trump : « … qu’est-ce qui a joué ? Eh bien, c’est essentiellement qu’il a énormément d’argent : qu’il a pu faire une campagne tout seul. Il l’a fait dans le cadre du Parti républicain mais ce parti n’a montré aucun enthousiasme pour lui. Au contraire, on a essayé de s’en débarrasser tout au long du processus qui a conduit à des primaires où il l’a emporté. »

Il est vrai que le front des députés et sénateurs Républicains, est resté jusqu’ici remarquablement uni, à l’exception de quelques francs-tireurs dont le point commun était d’être en fin de mandat et de ne pas chercher la réélection. Mais souvenons-nous, plus fondamentalement que font partie du sérail républicain, du noyau dur de ce parti, des gens comme James Comey, patron du FBI, limogé par Trump pour n’avoir pas étouffé à la demande de Trump « cette histoire russe ». Comme aussi Rod Rosenstein, numéro deux du ministère de la Justice, dont le départ annoncé pour la mi-mars n’a non seulement pas eu lieu mais a été reporté sine die. Rosenstein qui fut à l’origine de la mise en place de la Commission Mueller d’enquête sur une collusion éventuelle entre l’équipe Trump et la Russie, en réaction au limogeage de Comey. Rosenstein qui envisagea de s’entretenir avec Trump bardé d’un matériel d’écoute, qui envisagea de faire jouer contre Trump le 25e amendement de la Constitution permettant au cabinet du président de le destituer en cas d’incapacité manifeste. Rosenstein qui est en vérité, selon moi, le valeureux combattant de l’ombre qui affirma que nul ne devait s’inquiéter parce que l’authentique programme Républicain continuait bien d’être mis en oeuvre, la nomination de juges conservateurs, par exemple, ou la baisse de la fiscalité, et que pour ce qui était des initiatives fantasques de Trump, elles étaient systématiquement neutralisées par divers moyens, comme par exemple, subtiliser les dossiers chauds sur son bureau. 

Appartient enfin aussi à ce noyau dur du Parti républicain, le procureur spécial Robert Mueller en personne… ce qui n’empêche aucunement Trump d’appeler la commission qu’il préside : « cette bande de sales Démocrates » !

Les choses se sont envenimées au sein du camp Républicain à l’occasion de la querelle entre Trump et McCain.

John McCain, député de l’Arizona, héros militaire, prisonnier cinq ans à Hanoï, torturé, ridiculisé par Trump : « Je n’aime pas ceux qui se laissent capturer », alors qu’il a quant à lui été exempté de servir au Vietnam grâce aux certificats de complaisance d’un médecin qui obtenait en échange de Fred Trump, père de Donald, des réductions de loyer. La raison de cette animosité : qu’il ne peut y avoir qu’un seul dur de dur dans la salle quand Trump s’y trouve. Sauf bien entendu quand le président juge qu’il n’est vraiment pas de taille, d’où son attitude servile de toutou face à Poutine.

J’ai évoqué avant-hier l’acharnement en ce moment de Trump contre McCain, le fait que celui-ci soit mort il y a sept mois ne faisant aucune différence à la virulence de ses attaques. Mercredi, dans une intervention consacrée en principe aux délocalisations, dans une usine de l’Ohio où travaillent de nombreux anciens militaires, il n’en a pas moins consacré dix minutes à déblatérer contre McCain, répétant les mêmes griefs.

Mais un nouvel élément est Intervenu depuis quelques jours : un duel de dimension homérique entre Trump et l’avocat George Conway, personnalité en vue de l’aile conservatrice du Parti républicain. En cause, la santé mentale de Trump, à propos de qui Conway a fait circuler des extraits de manuels psychiatriques relatifs aux pervers narcissiques et aux profils sociopathes. Trump a répondu à son habitude : que Conway est dépité du fait qu’il espérait un poste important dans son administration, le même argument qu’il avait utilisé pour tenter de discréditer Michael Cohen, son ancien avocat, lorsque celui-ci avait accepté de témoigner devant le Congrès. Pour contrer cela, Conway a rapidement fait circuler une lettre montrant qu’il avait au contraire décliné une offre de numéro deux au ministère de la Justice. Il a fait savoir que le motif de son refus résidait dans les nombreuses infractions de Trump à l’état de droit, dont la première manifestation avait été l’interdiction faite aux ressortissants de certains pays musulmans, résidents légaux aux Etats-Unis, d’y revenir à la fin d’un week-end de janvier 2017. Plus inhabituel dans le genre des diatribes de Trump, l’affirmation  que Conway est jaloux de sa femme. Trump déclare d’ailleurs dans ses tweets que l’on parle en ville de George Conway comme de « Monsieur Kellyanne Conway », du nom de son épouse.

Le fait est que Mme Conway est effectivement une conseillère de Trump et parmi les plus fanatiques, tenant des propos dithyrambiques à propos de son patron. Madame et monsieur se partagent par ailleurs quatre enfants.

La tension est à ce point montée ces jours derniers que l’on répétait que madame serait forcée de choisir son camp. C’est ce qu’elle vient de faire. Son mari lui avait apparemment conseillé de démissionner et elle a déclaré qu’elle n’en ferait rien : « Quel message y aurait-il là à l’endroit des féministes de partout, qui prétendent qu’elles pensent en toute indépendance et qu’elles ne laissent pas les hommes prendre les décisions à leur place ? » Et dans un beau message de soutien à l’égard de son patron : « Il est protecteur envers moi, voilà la leçon à tirer de tout ça. On ne me demande pas de choisir entre mon mariage et mon boulot. Donald Trump n’a jamais présenté les choses dans ces termes là ».

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