2 documents US + Le Brexit idéal, le 17 octobre 2019 – Retranscription

Retranscription de 2 documents US + Le Brexit idéal, le 17 octobre 2019

Bonjour, nous sommes le jeudi 17 octobre 2019 et j’ai deux documents à vous montrer. Le premier, je vous le montrerai, je l’imprimerai. Vous pourrez le voir, il sera en annexe, sur mon blog, à cette petite vidéo. Je vous le montre là. Vous avez peut-être déjà reconnu  la signature. Je vais vous le lire. Je vais commencer par vous lire ça. J’ai un autre document dont on parlera après.

Ça dit la chose suivante : « Travaillons à un bon accord ! Tu ne veux pas être responsable du massacre de milliers de gens, et moi je ne veux pas être responsable de la destruction de l’économie turque – ce que je ferais. Je t’ai déjà donné un petit échantillon en rapport avec l’affaire du Pasteur Brunson » (je vous dirai de qui il s’agit).

« J’ai travaillé dur à résoudre les problèmes de ton pays. Ne laissons pas tomber le monde entier. Tu peux conclure un excellent accord. Le Général Mazloum est disposé à négocier avec toi (je vous dirai aussi qui c’est). Le Général Mazloum est disposé à négocier avec toi et il est prêt à faire des concessions qu’il n’auraient jamais faites auparavant. Je joins à ce courrier, à titre confidentiel, un exemplaire de la lettre qu’il m’a envoyée et que je viens de recevoir. »

« L’Histoire aura une bonne opinion de toi si tu résous cette affaire de la manière qui convient et d’une manière humaine. Mais elle te considèrera pour toujours comme le diable en personne si de bonnes choses n’en résultent pas. Ne joue pas au faux dur. Ne sois pas un imbécile !

Je t’appelle plus tard.

Sincèrement,

Donald Trump ». Bien entendu.

Alors, voilà comment on fait de la politique de nos jours [rires]. C’est une lettre officielle de M. Donald Trump en date du 9 octobre 2019, c’est-à-dire il y a 8 jours, à Son Excellence, M. Recep Tayyip Erdogan, Président de la République de Turquie.

Ça paraît sortir évidemment d’un film de Scorsese. Je ne suis pas le seul à le dire, M. James Comey, le patron du FBI, la première fois qu’il a eu une conversation avec Trump, il a dit : « Je croyais être au milieu du Parrain 2 ».

Voilà comment, maintenant, le président des États-Unis écrit au président turc. Vous me direz : « On aurait dû toujours faire comme ça ! »… si vous aimez encore Trump. « C’est comme ça qu’on aurait dû toujours faire ! » [rires]. Qu’est-ce qu’il lui dit ? Il lui dit : « Fais gaffe à ta gueule à la récré ! ». C’est exactement ça. C’est comme ça que ça se passe.

Évidemment, quand cette lettre a été rendue publique hier par Fox News, qui a sans doute supposé qu’elle rendait service au président, ça a fait un peu de bruit dans Landerneau, pas Landerneau [en Bretagne] mais Landerneau, Massachussetts,

Voilà comment les choses se passent ! Il y a eu une réunion hier entre Mme Pelosi et d’autres représentants Démocrates à la Maison Blanche. Ça s’est mal terminé : ils sont partis. M. Trump a dit à Mme Pelosi qu’elle était une politicienne de 3ème classe [P.J. Mme Pelosi a rectifié : M. Trump n’a pas dit d’elle (comme la presse l’avait d’abord cru) qu’elle était une politicienne « de troisième classe » (third rate), mais « de troisième classe d’école primaire » (third grade). M. Trump a aussi dit à l’ensemble de la délégation Démocrate : « Il y a des communistes impliqués [en Syrie], ce que vous les gars aimez peut-être » (there are communists involved [in Syria] and you guys might like that)]. Elle est sortie et, pour la première fois, elle a fait une allusion très très directe – ce n’est même pas une allusion – elle a parlé de M. Trump en termes de santé mentale. Il y a peut-être quelque chose qui se prépare de ce côté-là. Vous le savez, il y a toujours la possibilité du 25ème amendement. J’y reviendrai aussi. Elle a dit : « Il y a un problème d’effondrement mental / meltdown ». Elle a encore utilisé une autre expression mais, voilà, c’est la même chose qui renvoie très clairement, dans un vocabulaire poli, à des problèmes de santé mentale avancés. Voilà.

Ah oui, ça me rappelle qu’il y a deux personnes dont je voudrais vous parler. Le Pasteur Brunson : Trump dit : « Tu vas voir, je t’ai déjà donné un petit échantillon de ce que je pourrais faire dans le cas du Pasteur Brunson ». Le Pasteur Brunson est un évangéliste qui se trouve en Turquie depuis les années 90. Il a été mis en prison [pour sa supposée implication dans le coup d’État contre Erdogan en juillet 2016. Les autorités turques proposèrent d’échanger Brunson contre Muhammed Fethullah Gülen qu’Erdogan tenait pour responsable de la tentative de coup, ce que les États-Unis refusèrent]. Ça n’a pas marché. Et finalement, il y a eu des sanctions économiques prises par Trump.

Ce pasteur est le pasteur d’une toute petite église. Quand vous regardez ça sur Wikipédia, sa congrégation se monte à 25 personnes. Ce n’est pas un courant dominant mais toujours est-il qu’apparemment, il a été emprisonné en Turquie.

Mazloum, c’est M. Mazloum Abdi qui est le dirigeant en chef des forces kurdes en Syrie. M. Mazloum Abdi n’a pas réagi exactement comme Trump l’imaginait puisqu’il a changé d’alliance. Puisque l’alliance des États-Unis lui était supprimée, il s’est tourné vers M. Bachar el-Assad et vers les Russes et a passé un accord maintenant avec eux. Ce qui permet à des troupes Russes d’avoir remplacé les troupes américaines qui se trouvaient dans le nord de la Syrie.

On entendra encore parler de cette affaire. Comme je vous l’ai dit, c’est véritablement là que le front du soutien Républicain à M. Trump se lézarde, non seulement se lézarde mais est en train de disparaître complètement. Comme je vous l’ai dit aussi dans un petit billet, le fait que ce soit un autocrate, le fait que ce soit un démagogue, etc., ça n’a pas gêné beaucoup le Parti républicain. Le fait qu’il soit un homme d’affaires véreux – ça apparaît de plus en plus qu’il trempe dans des combines invraisemblables – ça ne les a pas dérangés non plus MAIS le fait qu’il fasse diminuer la puissance militaire américaine et l’empreinte militaire américaine sur le monde, là, on les touche à un endroit où il ne faut pas les chatouiller.

Il y a eu un vote que je vous avais annoncé hier matin. Il y a eu un vote dans la journée, biparti. Tout le monde a voté. Il y a eu 60 votes contre et 354 parlementaires qui ont voté pour la motion, une motion disant à M. Trump de revenir entièrement en arrière sur sa politique dans le nord de la Syrie, de réaffirmer l’alliance avec les Kurdes, de rétablir la situation de stabilité dans la région. Je vous ai cité le communiqué dans une petite note que j’ai faite hier soir, au moment où la décision a été connue.

J’aurais pu… allez, soyons tout à fait honnêtes… puisqu’en anglais, il n’y a plus que le « vous » et qu’il n’y a plus le « thou », le « thee », le « thy », et tout ça : que le « tu » as disparu entièrement peu de temps après la période de Shakespeare où. on l’entend encore utilisé, on l’utilise encore de manière tout à fait systématique. Donc il y a une ambigüité : est-ce que c’est un « tu » ou est-ce que c’est un « vous » ? Moi, j’ai choisi, pour insister un peu sur le caractère argotique et direct, j’ai mis un « tu ». Il n’est pas impossible que… soyons sérieux, il n’est pas impossible que si M. Trump avait le choix de tutoyer ou non le Président Erdogan, il n’est pas sûr du tout qu’il lui donnerait du « vous ». Je suis sûr même que sa réaction spontanée, son comportement spontané, serait plutôt d’utiliser le « tu » [rires].

Alors, deuxième document, c’est un document beaucoup plus épais. Celui-là explique des choses. Il explique en particulier comment « To End a Presidency. The Power of Impeachment ». Voilà, c’est par M. Laurence Tribe et M. Joshua Matz. Tribe, grand professeur de droit constitutionnel à Harvard avec un jeune qui est un juriste ayant fait ses études à Harvard.

C’est la bible ! Quand vous lisez ça, quand vous commencez à le lire… Je ne l’ai pas depuis longtemps (je l’ai retrouvé dimanche en rentrant de Liège en Belgique). Quand vous commencez à le lire, vous comprenez soudain Mme Pelosi depuis pas mal de temps, depuis que le livre est sorti. Le livre est sorti en mai 2018, donc un an et demi qu’il est là. Il est clair que c’est la bible de Mme Pelosi.

Ce monsieur [Tribe] ne cache pas ses sympathies. Il ne cache pas que M. Trump est LE candidat dans l’histoire des États-Unis pour un véritable impeachment – qui n’a jamais véritablement eu lieu puisque, dans le cas de M. Nixon, il a donné sa démission. Il n’a pas été véritablement… ce n’est pas l’impeachment qui l’a dégommé de son poste.

Ce monsieur parle aussi – je suis déjà allé regarder – il parle de ce 25ème amendement et là, j’ai vu tout de suite que j’avais fait une erreur parce que j’ai déjà parlé du 25ème amendement et en particulier dans le volume sur Trump – le tome 1 de La chute de la météorite Trump que vous pouvez trouver maintenant en librairie et chez l’éditeur – où je parle de ce 25ème amendement comme s’il existait depuis le début de la constitution, c’est-à-dire en 1787. Ce n’est pas le cas. En fait, il s’agit d’un amendement qui a été mis en place en 1967, à la suite de l’assassinat de Kennedy pour lever certaines ambigüités, en particulier sur le fait que le Vice-président est-il simplement un remplaçant provisoire ou est-il un véritable remplaçant du Président ? Et là, le petit chapitre que j’ai pu voir montre que c’est quand même à la suite d’une série d’incidents avec différents présidents : des vacances de pouvoir, un président opéré sur un yacht au large, à l’insu du Vice-président, un Président dont la charge est effectivement exercée par son épouse pendant une période qui dépasse une année… C’est pour résoudre un certain type de problèmes historiques américains que ce 25ème amendement a été ajouté après l’assassinat de John Kennedy.

Le livre, c’est un professeur à Harvard, de droit. C’est une autorité absolue. Il parle d’énormément de choses. Je vois qu’il parle… vous savez, comme dans les livres américains, heureusement, dans la préface, on vous donne un résumé des chapitres suivants au cas où ce serait la seule chose que vous ayez envie de lire. On a donc une bonne idée de ce qu’il y a. Il y a toute la mécanique. Il y a tous les exemples historiques de tentative d’impeachment de M. Andrew Johnson [en 1868], M. Nixon, M. Clinton et M. Trump maintenant. Bon, je vais lire ça bien entendu. Ça fait partie de mes lectures.

Ce que je vais vous faire un de ces jours, je vais vous mettre la pile (je dois en avoir une quinzaine) de bouquins que j’ai commencé à acheter spécifiquement sur l’affaire Trump. Ça pourrait intéresser d’autres, que je vous fasse un très très rapide commentaire de ce qu’ils sont, de quelle manière ils sont intéressants, ce qu’ils apportent, etc.

Voilà, je continue à faire le point bien entendu. J’ai fait un petit billet humoristique sur le Brexit qui vous a plu beaucoup, qu’on peut résumer de la manière suivante : puisque l’Irlande du Nord restera de fait à l’intérieur de l’Union européenne et que l’Écosse a voté à 62 % contre 38 % pour NE PAS avoir le Brexit, et qu’un commentateur du Financial Times disait que, du coup, on ne pourra pas empêcher les Écossais d’obtenir le même statut que l’Irlande du Nord, et que donc, par conséquent, il y aura déjà ET l’Irlande du Nord, ET l’Ecosse qui resteront de fait dans l’Union européenne – puisque c’est ça que M. Johnson propose pour l’Irlande du Nord, que de fait, qu’elle reste dans le même marché commun – je recommandais, sur le mode ironique, aux Gallois et aux Anglais de ne pas sortir [de l’UE], de demander le même statut qu’eux – vu les chiffres déplorables des pertes que les ménages encaisseraient en raison du Brexit (il y a un barème en fonction des différents types de Brexit ou d’absence de Brexit). Ouvert aux commentaires.

Et quelqu’un résume bien entendu mon intervention dans un commentaire en disant : « Mais c’est ça la solution ! Comment n’y a-t-on pas pensé plus tôt ? Le Royaume-Uni quitte la zone européenne et chacune des nations à l’intérieur du Royaume-Uni demande à bénéficier du statut privilégié qui lui permet de rester à l’intérieur de l’Union européenne et comme ça, tout le monde est content ! » [rires].

Je n’avais pas pensé au départ [en juin 2016, date du referendum] à cette formule-là. Je vous avais simplement dit qu’il y aurait deux choses : soit il n’y aurait pas de Brexit du tout, soit qu’on appellerait Brexit un truc qui, en fait, ne ferait aucune différence. On est [en ce moment] du côté de cette formule-là : on est déjà en train de l’arranger pour l’Irlande du Nord.

Voilà un petit point sur deux documents américains et un petit retour sur un billet que j’ai fait hier sur le Brexit. Je vous tiens au courant pour la suite.

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2 réflexions sur « 2 documents US + Le Brexit idéal, le 17 octobre 2019 – Retranscription »

  1. Petite réflexion sur le BREXIT: Il faut croire que les britanniques fort heureusement pour eux ont de la mémoire. Si la constitution n’est pas écrite noir sur blanc, le référendum serait-il gravé dans le marbre en lettres d’or?

    1. « Brexit idéal »
      Il semblerait qu’il ait été proposé aux états d’entrer dans une organisation d’où il était, par nature, « impossible » de sortir…
      Quelle est alors la valeur d’un référendum dont ce point de détail n’est pas mis en évidence avant le scrutin ?

      Il aurait été de pure forme, mais (donc) en même temps tromperie. Du coup, l’entrée tout comme la sortie, n’aurait aucune valeur.

      Il est probable que je me trompe… aussi, si une âme bienveillante peut m’expliquer, je suis toutes ouïes 🙂

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