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Si de nombreuses ONG agissent depuis plusieurs décennies pour sensibiliser les citoyens et les États aux enjeux écologiques, l’action climatique prend une ampleur nouvelle depuis maintenant un an. Les citoyens innovent pour se faire entendre des pouvoirs publics.
Les recours ayant pour objet la justice climatique se multiplient devant les tribunaux du monde entier. Les citoyens accusent les gouvernements de ne pas assurer leurs missions de santé publique et de protection de l’environnement. La première affaire à avoir abouti est celle menée par le collectif Urgenda contre le gouvernement néerlandais. En premier instance mais aussi en appel, à la surprise générale, le tribunal de La Haye donna raison au collectif et somma le gouvernement d’agir. Fin 2018, en France, un recours fut déposé par un collectif d’associations, l’Affaire du siècle, pour démontrer l’inaction climatique du gouvernement. L’État est en effet contraint d’agir par de nombreux textes juridiques à commencer par la charte de l’environnement intégrée au corpus constitutionnel depuis 2004 ou encore l’Accord de Paris de 2015. Cette initiative est soutenue en masse par plus de 2 millions de signataires. Mais aujourd’hui, le gouvernement ne semble toujours pas prendre cette affaire au sérieux. Qu’espérer de ces recours ? « Les jugements à venir seront déterminants », affirme Jean-françois Julliard, dans la naissance d’une véritable justice climatique.
Les grèves de la jeunesse pour le climat sont un mouvement gagnant de l’ampleur. Dès fin août 2018, la jeune Suédoise Greta Thunberg décide de ne plus aller à l’école et se rend chaque jour devant le Parlement pour protester contre l’inaction climatique du gouvernement. Si elle a commencé seule, le mouvement est maintenant devenu mondial. Les grèves pour le climat précipitent des millions de jeunes dans les rues du monde entier. Le vendredi 15 mars 2019, on dénombrait 1 à 2 millions de participants dans le monde et jusqu’à 8 millions les vendredi 20 et 27 septembre 2019. Ces mouvements sont un signe d’alerte fort pour les décideurs politiques : pour la première fois nous ne parlons plus des théoriques et lointaines « générations futures » qui auront à subir les conséquences du changement climatique, mais des jeunes d’aujourd’hui qui en seront les premières victimes. La génération de Greta Thunberg vivra la deuxième partie du XXIe siècle contrairement à nombre des décideurs d’aujourd’hui.
Enfin, la désobéissance civile, elle, est en phase de renaissance. De grandes luttes de l’histoire, et pourtant envisagés a priori comme des causes perdues d’avance, sont arrivées à leurs fins grâce à la désobéissance civile. Les figures emblématiques telles que Gandhi, Martin Luther King, Rosa Parks ou Nelson Mandela ont usé de cet outil, toujours de manière pacifique. Elle ressurgit aujourd’hui au nom de l’action climatique. En France, le mouvement écologiste ANV-Cop21 encourage ses militants à décrocher les portraits du Président Emmanuel Macron dans les mairies. Deux militants ont été relaxés par le tribunal correctionnel de Lyon le 16 septembre 2019 car le juge a estimé que « le décrochage de ce portrait doit être interprété comme le substitut nécessaire du dialogue impraticable entre le président de la République et le peuple » : une victoire pour la désobéissance civile dont l’action est maintenant légitimée par la justice.
Un véritable mouvement de désobéissance civile climatique est en train de naître avec Extinction Rebellion. Fondé en octobre 2018 par Roger Hallam et Grail Bradbrook, leur première action fût le blocage de cinq ponts londoniens en novembre 2018, plus de 6 000 personnes y ont participé. C’est aujourd’hui un mouvement international qui agit par vagues intenses d’actions d’une semaine, pour revenir plus fort quelques mois plus tard. Dans Common Sense for the 21st Century, publié en 2019, Roger Hallam explique la dynamique collective de la désobéissance civile :
« Les autorités sont confrontées à un dilemme impossible. D’une part, ils peuvent permettre à l’occupation quotidienne des rues de la ville de se poursuivre. Cela ne fera qu’encourager une plus grande participation et miner leur autorité. D’autre part, s’ils choisissent de réprimer les manifestants, ils risquent un effet de retour de flamme. C’est là qu’un plus grand nombre de personnes se retrouvent dans la rue en réaction aux sacrifices de ceux que les autorités ont retirés de la rue. Dans les situations de drame politique intense, les gens oublient leur peur et décident de se tenir aux côtés de ceux qui se sacrifient pour le bien commun.” (Common Sense for the 21st Century, 2019, Roger Hallam)
Roger Hallam cite notamment l’exemple des “manifestations du lundi” qui ont eu lieu pour la première fois à Leipzig en Allemagne de l’Est en 1989. A l’origine du mouvement, un pasteur protestant mena sa communauté à manifester publiquement leur mécontentement face au régime en place. Le premier lundi environ 6 500 personnes étaient présentes. Etant donné la faiblesse de la taille des manifestations, les autorités n’ont pas réagi ce qui a eu pour conséquence que le lundi suivant, on dénombrait 17 000 participants. Les autorités locales en référent alors à leurs supérieurs qui leur ordonne de tirer sur la foule. Mais le lundi d’après ils s’avèrent être 60 000. Trop nombreux, la police décide de désobéir et ne tire pas. Le lundi suivant ils sont alors 105 000 participants : la peur avait disparu. Ces manifestations ont eu un impact décisif sur la chute du régime alors qu’à l’origine seul une poignée de milliers d’individus décident à désobéir.
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