Féminicide : « Il n’y aura jamais de dernier mot sur la scène du crime », par Rosebud1871

P.J. : à propos de ma vidéo hier, Féminicide : les « conditions préexistantes », le 10 juin 2020.

Dans la réévaluation en cours des rapports de forces entre mâles et femelles, les identifications au genre construit de chacun sont interpellées, sous la raison de la notion d’égalité dont les révolutions passées ont assis en droit la revendication populaire. En droit, pas en fait, puisque les héritages divers du passé laissent en fait des rapports de force dont la fameuse phrase de Lampedusa « tout changer pour que rien ne change » dit les paradoxes.

Les LGBTI comme d’autres organisations savent user du droit à l’égalité, pour obtenir en fait par le droit de libre association la fin des discriminations éprouvées. Un mouvement politique comme le féminisme, malgré ses courants antagonistes sur certaines thématiques, est otage comme chacun du poids de la langue et féminicide dit bien ce dont il s’agit, meurtre d’une femme par un homme, renvoyant en miroir l’homicide comme meurtre d’un homme par un autre, dans la série du parricide, du matricide, de l’infanticide etc. Dans la guerre égalitariste, l’écriture genrée ou inclusive est un champ de bataille, et féminicide à la pointe du combat. Mais on est loin de la complexité de la scène macabre.

Freud a bordé sa <em>Traumdeutung</em> de l’avertissement bien connu d’un ombilic des rêves, « Chaque rêve a au moins un endroit où il est insondable, pareil à l’ombilic, par lequel il est rattaché à l’<em>Unerkannt</em>, l’inconnu, le non connu ». bref il y a toujours un moment où le déchiffrage des rêves, des actes, des discours, s’épuise et un reste fait trou dans l’ambition d’un tout formulable pour un entendement saturé.

Un jour invité pendant le ménage du Pessah, je faisais malicieusement remarquer à mon hôte, que des miettes du Hamets persistaient entre les lames du parquet. Il répondit que la tradition prévoit ça avec une prière : « Que tout Hamets, levain ou matière levée, qui se trouve en ma possession, que je n’ai pas vu ou que je n’ai pas détruit, dont je n’ai pas connaissance, soit considéré comme inexistant et sans valeur, comme la poussière de la terre ». L’ombilic n’est pas l’inexistant, mais une ligne de fuite, un trou qui désature l’idéal de l’exhaustif. Cette métaphore de l’ombilic vaut pour toute analyse de ce que la vie produit d’énigmes, mais l’abord le plus grossier, est celui de croire qu’un couple est un couple, alors que chacun porte en lui la somme et le poids des bouts d’autres qui l’ont construit comme tel, d’abord liens aux parents et frères au sens neutre, liens dont il est à l’occasion le pantin, les ficelles sont tirées d’un ailleurs méconnu.

La mise en scène juridique n’a pour vocation que de produire la vérité dite judiciaire, à l’occasion par la convocation d’experts judiciaires notamment psy. Mais cela soulève la question posée par Jorion, de la fiabilité des experts comme en économie ! Avec les mêmes querelles doctrinales qu’on retrouve partout dans les sciences dites humaines, et l’incompétence dévoilée à l’occasion mais nécessairement après-coup.

Mon approche est de conclure qu’il n’y aura jamais de dernier mot sur la scène du crime, quand bien même les experts et la vérité judiciaire sont de droit en posture de conclure pour le public mondain. Il est certain, comme Jorion le liste, qu’enjeux économiques, addictifs, amoureux (nébuleux ça !) diagnotiques, physiques, sexuels sont de mise, mais à des niveaux singuliers pour chaque scène de crime. L’éternel féminin reste une construction aussi fragile que l’éternel masculin, le combat continue malgré l’encombrant verdict de Freud, « l’anatomie c’est le destin ».

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22 réflexions sur « Féminicide : « Il n’y aura jamais de dernier mot sur la scène du crime », par Rosebud1871 »

  1. Peut-être un détail… mais..?
    …  » Un mouvement politique comme le féminisme …(…)… est otage …(…)… du poids de la langue et féminicide dit bien ce dont il s’agit, meurtre d’une femme par un homme , renvoyant en miroir l’homicide comme meurtre d’un homme par un autre  » …

    (le reste demande plus de temps… sauf vos deux derniers paragraphes auxquels j’adhère…^!^…)

    1. Non ce n’est pas un détail, jusqu’à présent j’avais compris mais peut-être mal compris que féminicide parlait des crimes réalisés par des hommes sur des femmes. Si une femme tue une autre femme et que c’est aussi un féminicide alors il faudra désormais user d’un hommicide pour évoquer les cas où une femme tue un homme et un homme tue un autre homme. Bien sûr homicide continuera à valoir pour qualifier un crime d’espèce. Je me demande quand même comment si ce n’est la cour constitutionnelle belge https://www.slfp.eu/news/lenregistrement-de-sexe-hf-mais-au-moins-une-troisieme-option comment l’Académie française, fondée en 1634 et officialisée en 1635 par le cardinal de Richelieu, qui est une institution française dont la fonction est de normaliser et de perfectionner la langue française, réagira à ce problème, surtout que comme lieu de pouvoir, elle est, je suppose occupée par de vieux mâles assez rebelles à ce qu’on vienne contester leurs vieilles normes. C’est étonnant de constater d’un coté la montée en puissance récente tout de même, de normes mondialisées par l’effet d’instances diverses, de l’autre l’ébranlement de normes sociales largement répandues depuis des lustres.

    2. Otromeros, je m’inquiétais de votre… à pas feutrés.
      Clairement Le Monde titre : « Féminicides : un phénomène social négligé devenu un fait politique » puis sous titre : « une prise de conscience collective de la réalité des meurtres conjugaux commis par des hommes ». je conclus que « féminicide » est bien réservé au meurtre d’une femme par un homme, et toute la littérature à ce sujet insiste pour le réserver strictement au meurtre d’une femme comme telle, donc définie comme femelle, dans un temps ou les ni-ni viennent subvertir la notion de genre trop établie. J’ignore si Bourbaki peut-être un secours pour l’ensemble des humains. Le rapport de force à l’académie française est de 5 femmes pour 29 hommes. La démocratie supporte les minorités agissantes quand la majorité silencieuse roupille.

      1. Dans n’importe quel dictionnaire , « homicide » c’est l’action pour un être humain de tuer un autre être humain .

        Rien de genre là dedans .

      2. J’imagine mal des juristes user de la notion de propriété ou de possession pour créer une définition juridique d’un féminicide comme abusus d’un droit (lequel ?) qui irait à l’encontre de la définition du sujet de droit avec son libre article, sa liberté, sa capacité de discernement etc. D’où l’embarras. Le contrat de mariage quand il existe établit un rapport entre souscripteurs, et propose un tiers en cas de différends. Sans ce tiers, l’arsenal juridique existe pour parer à l’inflation et à la répétition des pugilats domestiques ou autres. Ça ne suffit pas pour éradiquer le phénomène, mais la menace du gendarme pour le meurtre d’une femme comme telle, nommé féminicide, serait-elle plus radicale ? En plein pugilat pulsionnel, le souvenir de la loi est-il opérant ? Les notes cliniques ne manquent pas sur les raisons de la tuerie, notamment en français où le partenaire est parfois nommé « ma moitié » ! Qui accepterait d’être à moitié amputé ? On voit ces temps-ci sur les murs parisiens ce qui ressemble à une campagne de sensibilisation au féminicide et si je ne doute pas que des militantes féministes soient à l’œuvre, je doute que politiques et juristes cèdent à la pression. Avant 1994, la présence du parricide dans la loi n’a pas empêché les parricides, depuis sa suppression s’il n’existe donc plus de parricides dans le droit, la pratique perdure. Pareil pour tyrannicide et magnicide, le suisside, n’a rien à voir avec les suisses.
        https://www.ouest-france.fr/faits-divers/violences/crimes-conjugaux-ce-que-revele-l-analyse-des-149-morts-l-annee-derniere-6484817

      3. À relever certainement : dans 54% des 149 cas, l’homme et la femme sont sans emploi.

        P.S. J’avais écrit initialement dans mon commentaire :

        Je note aussi : « Dans le cas de 16 féminicides, la cause principale est la maladie ou la vieillesse de la victime ».

        Cela veut dire que seuls 16 cas sur les 149 enregistrés ont semblé relever de la catégorie « féminicide » en tant que telle (dus au genre « femme » de la victime), et que pour ceux-ci la cause principale n’est pas même le genre mais « la maladie ou la vieillesse ».

        Je supposais que dans cet article de Ouest-France, « féminicide » avait pour définition celle de la proposition de loi belge : « le meurtre ou l’assassinat commis sur une femme en raison de son sexe ». Or l’article de Ouest-France, sans entrer dans ces nuances, qualifiait de « féminicide » tout meurtre d’une femme dans un cadre de violences conjugales.

      4. Je me demandais si quelqu’un ou quelqu’une allait relever ça ? ça confirme d’évidence le coté plurifactoriel dans la causalité de ces drames conjugaux voire familiaux, la sagesse populaire témoigne de la difficulté de cohabitation permanente des retraités, confirmée par le confinement Covid, paix à ceux et celles qui ont profité de la couette…

        Vous interpellez sur une autre fil « que les hommes (à l’exception du pauvre Laborit) aient une conception bien plus romantique de l’amour que les femmes ». Cette assertion voire revendication est subjective puisqu’aucun amouromètre ne saurait mesurer la quantification de l’affaire. De même pour la métamorphose de Tirésias, et son témoignage. Ça n’empêche pas la rumeur persistante !
        Les zumains se débrouillent bon an mal an avec leurs affects et leurs objets…le phénomène du transfert tel que Freud l’a nommé dans son laboratoire en s’étonnant que ses patients lui adressent des sentiments dont il n’était pas dupe qu’ils ne pouvaient s’adresser à sa personne propre, et c’est le dispositif du cabinet-laboratoire qui permet de dévoiler ça, ce phénomène du transfert est inéliminable de toutes les formes de relations humaines, quelques soient leurs coordonnées sociales. C’est seulement quand elles dérangent suffisamment, l’entourage, l’ordre public, la raison établie contractuellement, que l’appel au tiers juridique vient faire limite à sa répétition ou son expansion. C’est bien pour ça qu’il vaudrait mieux que l’ordre juridique dans l’idéal démocratique tienne la barre sur quelques fondements majoritairement supportés ou supportables dans une fenêtre temporelle aussi opaque que les affaires de jouissance de propriété.

      5. Paul Jorion 12 juin 2020 à 19 h 10 min
        Le sous titre annonce : « des associations recensent déjà plus de 100 féminicides », il ne peut s’agir que des meurtres de femmes. C’est une conviction persécutée que le mobile du tueur ne saurait être autre que la destruction de l’identité de genre de la victime.
        Les trans belges revendiquent « la suppression de l’enregistrement du sexe sur la carte d’identité ». https://www.genrespluriels.be/La-cour-constitutionnelle-suit-notre-position-la-loi-trans-doit-etre-adaptee
        Si le sexe disparaît de la carte d’identité, je discerne mal où juridiquement il pourra subsister, puisqu’il n’existera plus légalement d’identité sexuelle, donc plus de féminicide formalisable. Il faut lire l’Arrêt n 99/2019 du 19 juin 2019 de la cour constitutionnelle belge pour juger la difficulté de satisfaire égalité et non discrimination. Plus d’identité sexuelle ? Alors quelque soit l’orientation sexuelle du mot d’esprit de Blanche Gardin, visant un tiers, le sujet ou l’auditeur, on ne voit plus ce qu’elle aurait encore le droit de déclarer.

      1. J’ai autant de souci avec les commandements qu’avec les Internationales !

        C’est la faute à Bernard qui m’avait soufflé ça à l’oreille , et j’ai mal compris .

        On va dire le cinquième alors .

      2. C’est assez fréquent .

        Peut être que l’IA m’a catalogué communard ( ça ne va pas faire plaisir à Octobre ) .

  2. « Les honnêtes devinrent les oeufs, les chapardeurs les spermatozoïdes » ou « les mâles comme des valeurs « à sacrifier » et les femelles comme des valeurs « à conserver » pour l’espèce ».

  3. Dans la relation des gens aux « choses » ou aux « choses vivantes », on a l’occasion de se rendre compte d’immenses différences de regard.
    Un tel vous arrache ce qu’il croit être une mauvaise herbe, quand il s’agit d’un futur arbuste qu’il n’a pas su reconnaitre.
    Dans l’appréhension des animaux, les différences sont sans doute immenses aussi.

    Pourtant, des logiques éducatives pas très compliquées pourraient limiter les tendances destructrices.
    Des choses de ma petite enfance me reviennent comme celle-ci : l’incompréhension du pourquoi du lavage des mains puisque l’eau savonneuse n’était pas, en général, sale (quand on avait patouillé dans la terre, l’eau était marron, ça se voyait, mais pas après une matinée chez soi sans sortir).
    sAlors que mise sous le bon angle dans un verre ou un flacon, l’eau de toilette des mains aurait été un peu jaunâtre, un enfant l’aurait vu.

    1. Ah le lavage des mains…au moins avant de passer à table. Ma mère m’a traumatisé avec ça, j’ai compris plus tard qu’elle avait fait partie de cette génération éduquée par la pasteurisation, le prêchi- prêcha du prédicateur de l’hygiénisme Pasteur (Semmelweis, méconnu). Donc l’éducation (la mienne) a foiré, je reste un gros dégueulasse et je n’ai évidemment pas embêté mes gosses à se laver les mains sauf d’apparence sale, mais les microbes sont transparents. Ce sont les limites de l’éducation : vouloir transmettre ce qui est a priori posé comme « bien » pour sa progéniture, se heurte à la tentative d’émancipation des rets des demandes parentales, autonomisation du sujet et refus de sa soumission, pour le meilleur ou le pire. La figure parentale du gouvernement de la mère patrie, se heurte à ce problème, j’ai vu le peu de masques dans les rues à Paris.

    1. Si c’est pour moi , merci , j’ai aussi appris l’allemand et le latin .

      Je relevais que homicide ne signifie pas assassinat d’un mâle , mais d’un être vivant par un être vivant , tous les deux de la lignée homo sapiens .

      C’est dans le même esprit qu’il me semble qu’on peut inclure  » black lives matter  » , ou « female lives matter » ou ,  » male lives matter » , ou white lives matter » , ou  » red lives matter » , ou « yellow lives matter » , ou  » everyone lives matter » , ou …. , dans  » life matters « .

      Ce qui me parait ressortir aussi bien de la bible ( ou autres) que de la spiritualité laïque telle que conclu par Robert Badinter dans l’entretien que je signalais .

      Liberté , Egalité , Fraternité étendue au VIVANT !

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