Hier à Blois : « la fin du monde », par Vincent Rey

Illustration par ChatGPT

Hier à Blois, des amoncellements de branchages sur les voies rapides, en des endroits stratégiques, pour perturber la circulation au maximum => du coup les gendarmes qui bloquent ces voies sans doute pour éviter que les agriculteurs y mettent le feu, et abîment la voirie mais aucun tracteur en vue..

=>  40mn à 1h de retard sur toutes les lignes et pas mal de protestations et de discussions dans les bus.

Un jeune garçon de 14 ou 15 ans qui a l’air un peu simple et de condition modeste,  s’approche de la cabine et me dit très sérieusement : « C’est la fin du monde de toutes façons …».

Je l’invite à développer, il ajoute : « Tout ce qui se passe là… c’est pas normal ! »

L’a-t-il senti lui-même, cette accélération des évènements ? ou répétait-il ce qu’il avait entendu de la part de quelqu’un ? je ne saurais le dire..

Je le retrouve par hasard quelques heures plus tard, après mon service. Il est devant Leclerc en train de vendre des calendriers « pour son école », et j’ai quelques doutes là-dessus.

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78 réponses à “Hier à Blois : « la fin du monde », par Vincent Rey”

  1. Avatar de bb
    bb

    Je dois avouer que je ne comprends pas la morale de l’histoire. S’il y en a une.
    On dirait du Michel Houellebecq….

    Mais les deux ou trois donneurs de leçon habituels de ce site se feront un plaisir de m’éclairer.

    1. Avatar de CloClo
      CloClo

      des noms, des noms, des noms !

    2. Avatar de bb
      bb

      On croit souvent que le désordre des hommes appelle des paroles de sagesse, mais il ne produit souvent que des bruits d’effroi. Ce garçon de Blois, avec sa fin du monde et ses calendriers incertains, est l’image même de l’annonce prématurée : il jette un verdict définitif sur un présent qu’il subit sans le décoder.

      Sa prophétie est une illusion. L’oiseau de mauvaise augure n’explique rien, il s’alarme. En disant « c’est la fin du monde », le garçon traduit une fatigue sociale ou une répétition de paroles entendues, mais il ne livre aucune clé. Sa parole est un « bruit » du chaos, au même titre que les branches sur la route ou les protestations dans le bus.

      Dans un post précédent, Paul Jorion ne nous a-t-il pas présenté le symboe de la Chouette de Minerve contre le temps de l’émotion?
      C’est ici que la phrase de Hegel prend tout son sens négatif : la philosophie (la Chouette) ne peut rien dire de ce qui est en train de se passer. Elle reste muette tant que le tumulte dure. Le garçon veut conclure l’histoire (« C’est la fin… ») alors que l’histoire est encore en plein midi. Il commet l’erreur de vouloir analyser le drame avant que le rideau ne tombe.

      Le malheur du présent est de produire des prophètes là où il faudrait des historiens. Il ne faut pas confondre le cri de l’oiseau qui s’effraie de l’ombre avec la sagesse de la chouette qui attend que la nuit soit totale pour comprendre ce que fut la lumière.

    3. Avatar de Ruiz
      Ruiz

      @bb Ce n’est pas parce que vous avez perçu et êtes convaincu de la fin du monde proche, et donc implicitement que se projeter dans l’avenir est vain, et donc tout calendrier inutile, comme également l’investissement dans une éducation scolaire, que les autres en sont conscients, qu’alors il ne serait pas amusant de développer au présent une activité lucrative en arguant de leur bénévolence généreuse pour la jeunese et l’école.

  2. Avatar de CloClo
    CloClo

    En parlant de fin du Monde, en tout cas de fin du travail

    Aymeric Caron cite Paul Jorion sur Mediapart ! Voir à 1mn51 s …

    https://x.com/CaronAymericoff/status/2002017074168655954

    1. Avatar de Vincent Rey
      Vincent Rey

      enfin ! un écologiste qui a parcouru findutravail.net !

      ceci-dit, parler du travail n’est même plus d’actualité…puisque le capitalisme va nous faire jouer à la roulette russe dans moins de 1000 jours ! (et ça n’a rien à voir avec Poutine)

  3. Avatar de Thomas jeanson
    Thomas jeanson

    Il y a un véritable embouteillage de cadres de l’IA pour dire, dans le détail, comment cette dernière va mettre fin à l’humanité.

    Est ce que par principe, cela n’est pas un petit peu prétentieux, messieurs ?

    De se présenter comme sachant, comment un niveau supérieur d’intelligence se comportera …

    Dernier cri d’une élite intellectuelle avant qu’elle ne soit réduite à une espèce un peu simple et de condition modeste ? 🙂

    Un peu d’humilité serait bienvenue.

    1. Avatar de Vincent Rey
      Vincent Rey

      C’est tout le problème. Le risque est réel mais :

      1/ dire que l’espèce humaine peut être rayée de la carte par la super-intelligence a l’air d’un bidonnage. On range cette idée comme vous le faites au même rang que les gens qui prétendent que la Terre est plate, ou que les théories sur les Illuminatis (encore que les illuminatis… depuis l’affaire Epstein, et les suicides successifs de Brunel, Epstein, Giuffe,..plus cette personne tombée du 27ème étage, il y a de quoi s’interroger…)

      2/ et deuxièmement comment convaincre les gens d’un danger qu’ils ne sont même pas capable d’imaginer, dans leur très grande majorité ? (Un savant habitant Hiroshima, qui aurait été au courant du projet Manhattan, aurait-il eu raison de s’inquiéter ?)

    2. Avatar de Vincent Rey
      Vincent Rey

      Si Geoffrey Hinton prix Nobel et parrain de l’IA ainsi que la plupart des savants en IA vous disent qu’il y a un risque énorme…il faut tout de même l’écouter non ? Les prétentieux ce sont les gens comme vous qui disent « non non, y a pas de problème »…

      Le risque est estimé par ce qu’on appelle le P(doom), qui est la probabilité de risque existentiel
      on peut voir le P(doom) de tous ces savant sur ici

      1. Avatar de PAD
        PAD

        Geoffrey Hinton alerte sur le fait que nous avons lancé des systèmes dont les dynamiques internes et les trajectoires à long terme ne sont pas encore maîtrisées, ce qui relève d’une prudence scientifique légitime.

        Mais dans ce cas, sur quelles bases épistémiques solides peut-on justifier l’attribution d’un P-Doom chiffré, alors même que l’on reconnaît une incertitude radicale sur le comportement d’une intelligence potentiellement supérieure ?

        1. Avatar de Paul Jorion

          Hinton ne se rend-il pas compte que s’il veut qu’on prenne ses cris alarmistes au sérieux, il suffit qu’il rende son prix Nobel ?

          Tant qu’il ne le fait pas, il laisse entendre que c’était après tout une bonne idée.

        2. Avatar de Vincent Rey
          Vincent Rey

          Vous référer précisément à ce que dit Geoffrey Hinton, et que je traduis ci-dessous de mémoire :

          « si vous voulez savoir ce que c’est que d’être une espèce moins intelligente dominée par une espèce plus intelligente, demandez à une poule »

          1. Avatar de Ruiz
            Ruiz

            @Vincent Rey Ou plus pessimiste à un Dodo (mais c’est plus difficile).
            La Poule reste alors un modèle.
            Mieux vaut sans doute être apprécié pour ses oeufs que pour sa viande.

    3. Avatar de Grand-mère Michelle
      Grand-mère Michelle

      @Thomas Jeanson @Vincent Rey

      Ce n’est pas l’IA qui est inquiétante(qui pourrait causer des torts à l’espèce humaine, et éventuellement la faire disparaître).
      C’est le Grand Marché, ce jeu de domination qui exploite sans considération et sans scrupules le monde des vivants interdépendants(avec ET sans l’IA), auquel une majorité des humains, malheureusement distrait-e-s de l’essentiel, se livrent avec une obstination imbécile sans avoir conscience de l’addiction funeste qu’il provoque chez eux/elles… et des risques auxquels il nous expose.

      Quand on impose aux chômeurs-euses à apprendre à « être capables de se vendre » pour retrouver de l’emploi, et que cela ne choque personne, on comprend le degré d’indignité (et de régression!) auquel est parvenue notre espèce de mammifères évolués pourtant doués d’intelligence grâce à leur capacité de parler/de penser…et donc d’échanger/de partager/de transmettre leurs idées au-delà de l’espace et du temps.

      1. Avatar de bb
        bb

        @Grand-mère Michelle

        Le Grand Marché et le consumérisme sont devenus la nouvelle religion, celle qui a supplanté toutes les autres.

        Cette religion qui parcoure le monde est la source des plus gros problèmes que l’humanité rencontre. Tant que le consumérisme et l’économie de marché ne seront pas vu comme un mécanisme destructeur, l’écologie, les inégalités sociales et culturelles, et probablement les conflits armés, ne seront pas abolis.

        Tant que l’humanité ne se sera pas libérée de ce fardeau, elle s’enfoncera inexorablement dans le désespoir.

        1. Avatar de Grand-mère Michelle
          Grand-mère Michelle

          @bb

          Le Marché(le fait d’acheter, de transporter, et de revendre des « biens » pour faire des bénéfices qui permettront d’orienter et d’augmenter leur consommation) s’est compliqué quand les marchands ont « investi » dans la production de ceux-ci, devenant du coup les décideurs de ce qui est produit. Il ne peut prospérer que grâce à la publicité, qui utilise les images et les mots pour créer des besoins artificiels qui en entraînent de nombreux autres on ne peut plus réels(dans le domaine de la santé, par exemple).

          Malheureusement, parmi tous les producteurs de « biens » dont on pourrait aisément relativiser la nécessité(comme les bagnoles, par ex, en proposant des politiques de mobilité et de logement cohérentes), il y a l’industrie de « sécurité »/de l’armement qui participe, par les temps qui courent, à une « économie de guerre » qu’elle promeut en même temps qu’elle en tire ses bénéfices(avec, à terme, la disparition, l’élimination des « improductifs-ives »)…avec la complicité des « dirigeant-e-s » et de leur propagande, tou-te-s déséquilibré-e-s et aveuglé-e-s par « l’importance » que leur confère leur fonction(fonction à abolir, donc).
          (Voir les acoquinements de Macron avec la Pologne, cet ancien empire défait, pour y construire des centrales nucléaires et y vendre ses « rafales », produits du « génie » français.)

          À noter qu’en janvier sera fêté le 5eme anniversaire de la signature, par une majorité des Nations Unies, du TIAN, le Traité d’Interdiction des Armes Nucléaires.
          Qui, ici, le sait et s’en réjouit?
          On revient à l’importance d’une information correcte et juste, intensément dispensée.

      2. Avatar de Diotime
        Diotime

        @Grand-mère Michelle

        toujours l’éternelle question : qui de celui qui tient le couteau et du couteau lui même est il le plus dangereux ?

        1. Avatar de Pascal
          Pascal

          Conte bouddhiste.
          Un jeu moine rentre affolé au temple et court vers son maître.
          « Maître, maître, sur le marché, un singe vient de s’emparer d’un couteau ! »
          Réponse calme du maître : « Tant que ce n’est pas un homme…. »
          😊

      3. Avatar de Vincent Rey
        Vincent Rey

        Geoffrey Hinton ne dit pas autre chose. Je le cite ci-dessous traduit en français par ChatGPT :

        « Pour être honnête, c’est fou ! Nous parlons d’une énorme augmentation de la productivité, donc il y aura plus de biens et de services pour tout le monde, donc tout le monde devrait être mieux loti ! Mais en réalité, ce sera l’inverse. Et c’est parce que nous vivons dans une société capitaliste. Ce qui va se passer, c’est que cette immense hausse de productivité va faire gagner beaucoup plus d’argent aux grandes entreprises et aux riches, et cela va accroître l’écart entre les riches et les personnes qui perdent leur emploi. Et dès que cet écart se creuse, on crée un terrain fertile pour le fascisme. C’est donc très inquiétant : nous sommes peut-être à un moment où nous allons simplement empirer les choses encore et encore. Et c’est fou, parce que nous faisons quelque chose qui devrait aider tout le monde ! Et évidemment, cela va aider dans le domaine de la santé et dans celui de l’éducation, mais si les profits vont aux riches, cela va rendre la société pire. »

        source du verbatim en anglais :
        « to be right I mean it’s crazy, we’re talking about having a huge increase of productivity, so there’s gonna be more goods and services for eveybody, so everybody ought to be better off ! and actually it’s gonna be the other way around, and it’s because we live in a capitalist society, and so what’s going to happen is , this huge inclrease in productivity is going to make much more money for the big companies and the rich, and it’s going to increase the gap between the rich and the persons who loose their jobs and as soon as you increase that gap, you get fertile ground for fascism, and so it’s very scary, that we maybe at a point, where we’re just going to make things worse and worse, and it’s crazy, because we ‘re doing something that should help everybody ! and obviously it will help in healthcare an help in education, but if the profits goes to the rich, it’s gonna make society worse »

        source : https://youtu.be/1tELlYbO_U8?t=2304

        1. Avatar de Bb
          Bb

          Même si ces propos de Hinton sont justes, ils manquent d’envergure.
          J’exagère un peu mais on dirait un discours de Miss France.
          C’est pour ce genre d’enfonçage de portes ouvertes qu’il est connu?

          1. Avatar de Vincent Rey
            Vincent Rey

            @Bb au sujet du « discours de Miss France »

            Tout ce qu’on demande à ce genre de propos, c’est d’être clair et compréhensible pour tout le monde. Les économistes feraient bien d’en prendre de la graine, quand ils s’expriment…

            Vous qui avez de l’envergure Bb, vous auriez di ça comment ?

            1. Avatar de bb
              bb

              @Vincent Rey

              Je ne suis pas une figure publique mondialement connue. Je n’ai rien à défendre, rien à prouver, et je ne m’adresse pas à une audience massive. Mon propos n’a pas de portée particulière. Ce n’est pas le cas de Hinton.
              Comme vous, je lis les billets de ce blog et leurs commentaires. On y trouve souvent des analyses bien plus solides que le constat simpliste que propose Hinton, truffé de sophismes et d’approximations.

              – Aucun chiffre, aucune source, aucune référence solide.

              – Sur la forme : la répétition de termes comme « fou » ou « évidemment » trahit une faiblesse argumentative.

              – Il ne démontre rien, il s’étonne. Ce qui fragilise sa posture d’expert.

              – Le texte enchaîne des causalités non démontrées : hausse de productivité, hausse des profits, accroissement des inégalités, fascisme. Passer de l’IA au fascisme en trois phrases relève de la pente glissante.

              – Il dramatise pour marquer les esprits, sans évoquer les contre-pouvoirs, les régulations ou les scénarios alternatifs.

              – Il juxtapose des thèses contradictoires : si santé et éducation s’améliorent pour tous, la société va-t‑elle vraiment « empirer » ?

              – Son raisonnement manque de nuance : il ne met pas en balance bénéfices et risques, il les oppose de manière binaire.

              – L’usage d’hyperboles comme « immense », « énorme », « terrain fertile », « empirer encore et encore » est suspect dans un discours qui prétend décrire la réalité.

              Au fond, il ne s’agit pas d’un discours de persuasion, mais d’un discours de conviction. Il confortera ceux qui pensent déjà comme lui ou comme vous, mais il ne convaincra pas un contradicteur comme moi : il repose davantage sur l’émotion et les généralités que sur une démonstration rigoureuse des faits.

              1. Avatar de Vincent Rey
                Vincent Rey

                parce que pour vous les conséquences de l’augmentation de la productivité qui a déjà eu lieu par la robotique et les logiciels n’ont pas d’impact visible sur la société ? Qu’est ce qui reste à vous démontrer au juste ?

                L’IA remplacera tous les emplois, et il n’y a pas à démontrer que les revenus s’obtiennent en échange des emplois. Tous ces savants le disent et le savent.

                Alors certains prétendent que de nouveaux emplois vont apparaître, pour remplacer ceux qui se sont envolés. On attend encore ceux qui devaient se créer après l’arrivée de la robotique, et maintenant on passe à l’IA !

                800 personnes mortes dans la rue l’an dernier (SDF)
                les morts par balles s’accumulent dans le trafic de drogues
                il n’y a plus de place dans les prisons
                Au Brésil, la police abat 110 personnes membres de gangs, trafiquants supposés, exécution sans procès
                Tous les jours, des suicides, attaques de conjoints, attaques au couteau, enlèvements, attaques terroristes par des gens qui ont presque tous de soucis de revenus
                Taux de pauvreté en hausse, plus 9 millions en dessous

                mais alors qu’est ce qu’il vous faut de plus comme chiffres ?

                croissance, mais de quelle croissance parle-t-on ?

                1. Avatar de bb
                  bb

                  @Vincent Rey

                  Vous confondez les conséquences de l’IA avec des maux sociaux préexistants ou multifactoriels (drogues, prisons, criminalité au Brésil). En substituant l’effroi à l’analyse, vous utilisez les statistiques sans établir de lien logique direct entre le chômage technologique et une attaque au couteau. Vous ne démontrez rien pardonnez-moi.
                  Vous exposez une souffrance globale pour forcer une adhésion morale là où le débat exigerait une démonstration économique. Vous ne faites pas mieux que Hinton.

                  1. Avatar de Vincent Rey
                    Vincent Rey

                    Ah ? laissez moi vous dire Bb : vous êtes un bon échantillon de cette gauche des fonctionnaires, qui observe le collapse, sans intention d’intervenir, un peu comme les vaches qui regardent passer les trains. (ah oui, là j’ai sorti la langue de bois !)

                    Si c’est « multifactoriel » comme vous dites, au moins vous pourriez tenter de nous dire quels sont les facteurs dominants, secondaires… ! mais non, ça ne vient pas… (1)

                    Ne cherchez pas ailleurs que dans votre misère intellectuelle cette réputation de « conservateur » dont on affuble la gauche, car vous êtes en fait des gens pour qui « tout va bien », quand manifestement « tout va très mal » et de plus en plus mal. Les démocrates américains sont tout aussi minables, et ils ont récolté Trump. On aura Zemmour ou Bardella.

                    Et puisque vous me demandez d’établir un lien logique entre le chômage technologique et les attaques au couteau, connaissez-vous cette bande dessinée « Maus » de Art Spiegelman ? Il a ce passage où son père rescapé des camps dit à son fils, je le cite de mémoire : « des amis ? pff… enferme toi dans une pièce avec eux sans avoir à manger pendant 5 jours, et tu vas voir si ce sont des amis »

                    Eh bien enfermez quelqu’un socialement dans une caravane sans revenus sur l’île d’Oléron, et lorsqu’il sera bien marginalisé, vous ferez monter les chances soit qu’il aille se livrer à un trafic, s’il a encore un peu d’espoir, soit qu’il écrase tout le monde avec sa bagnole, au moment où il le perd.

                    Maintenant faites la même expérience avec les 9 ou 11millions de gens sous le seuil de pauvreté, sans même tenter d’expliquer quoi que ce soit comme vous savez si bien faire, et vous obtenez alors l’extrême droite, qui elle, entend réagir au collapse, en proposant quelque chose dans le registre de l’extermination. Tuer les trafiquants par centaines, comme au Brésil… ça ne rebute pas l’extrême-droite…bien au contraire.

                    Vous le voyez mieux le lien là Bb ? toujours rien à proposer ?

                    Il n’y a rien à démontrer, « It’s the economy, stupid ! »

                    (1) lisez Jorion alors ! « misère de la pensée économique » et vous serez moins misérables !

                    1. Avatar de bb
                      bb

                      @Vincent Rey
                      Si je connais Maus ? Art Spiegelman, prix Pulitzer 1992. Un événement sans précédent pour une bande dessinée, qui a d’ailleurs inspiré quantité de films que Spiegelman lui‑même a condamnés pour récupération. J’en ai même une édition originale en anglais dans ma bibliothèque achetée lorsque j’avais quinze ans… Non, vraiment, je ne vois absolument pas de quoi vous parlez.

                      Trêve de plaisanterie.

                      Je me demande si vous lisez réellement ce que les gens écrivent. Il faut lire, attentivement. C’est un peu facile de traiter les gens de « conservateurs de gauche » quand on a à peine parcouru leurs propos.

                      Sur le fond, nous sommes d’accord. Nous partageons les mêmes convictions. Mais sur la forme, pardonnez‑moi, vous avez un sérieux travail à faire. Votre référence à Hinton était à côté de la plaque, et vous m’avez catalogué comme conservateur. Je m’étonne même que vous ne m’ayez pas traité de partisan du RN ou de nazi… Avec votre allusion à Maus, j’ai presque cru que ça allait venir.

                      Votre attitude n’a rien de constructif. Si vous êtes ici pour échanger des idées, faites au moins l’effort de lire ce que les gens écrivent, au lieu de vous emporter comme un adolescent. Prenez le temps de mûrir vos réponses avant de lancer des diatribes décousues auxquelles je ne peux même pas répondre, puisque, ironie du sort, je suis globalement d’accord avec vous. Enfin… pas sur tout, il ne faut pas déconner.

                    2. Avatar de bb
                      bb

                      @Vincent Rey

                      Après cette mise au point, si vous souhaitez avoir des arguments valable pour critiquer notre système néocapitaliste, je vous conseille cette vidéo primordoale pour comprendre le néocapitalisme et pour créer une société vraiment déocratique sur le modèle Athénien.

                      https://www.youtube.com/watch?v=spZgKC9N_1A

                      Un résumé de cette vidéo;

                      1. Redéfinir le Néolibéralisme
                      Contrairement aux idées reçues, Barbara Stiegler explique que le néolibéralisme n’est pas un « retrait de l’État » ou un « laisser-faire » (libéralisme classique).

                      Un État fort : C’est un système où l’État intervient massivement pour construire artificiellement le marché et forcer les individus à s’y adapter.

                      L’adaptation forcée : Inspiré par Walter Lippmann (colloque de 1938), le néolibéralisme postule que l’espèce humaine est « en retard » sur l’évolution technologique et mondiale. L’État doit donc utiliser l’éducation et la santé pour rendre les populations « compétitives » et « adaptables ».

                      La fabrication du consentement : L’usage des médias et d’outils comme le nudging (petits coups de pouce psychologiques) sert à orienter les comportements sans que les citoyens en aient conscience.

                      2. La Démocratie contre le « Régime Électif »
                      Stiegler conteste l’appellation de « démocratie » pour nos régimes actuels, qu’elle préfère nommer régimes électifs.

                      L’élection n’est pas la démocratie : Historiquement, le gouvernement représentatif a été conçu (notamment lors des révolutions française et américaine) pour écarter le peuple, jugé incompétent, au profit d’une élite.

                      Le modèle athénien : Elle rappelle que la vraie démocratie reposait sur le tirage au sort et la délibération collective. Le peuple n’est pas une masse statistique de votants isolés dans un isoloir, mais un collectif qui discute de l’intérêt général.

                      Vers la plutocratie : Elle observe que nos régimes dérivent vers une gestion par les plus riches pour les plus riches, masquée derrière le terme « démocratie ».

                      3. L’expérience de la Pandémie (COVID-19)
                      L’entretien revient sur son ouvrage De la démocratie en pandémie.

                      Gestion autoritaire : Pour elle, la crise du Covid a été un « effet d’aubaine » pour accélérer l’agenda néolibéral : digitalisation forcée, court-circuitage de la relation soignant-patient par des algorithmes et des QR codes, et éviction des structures délibératives.

                      Critique de la gauche : Elle déplore que la gauche ait soutenu ces mesures par erreur de diagnostic, croyant que le retour de l’autorité étatique marquait la fin du néolibéralisme, alors qu’il en était l’expression la plus pure.

                      4. Perspectives : La Révolution n’est pas finie
                      Pour Barbara Stiegler, le clivage gauche/droite reste pertinent :

                      La droite veut que la révolution s’arrête (conservation de l’ordre).

                      La gauche considère que la Révolution française est un processus inachevé qu’il faut reprendre pour instaurer une véritable souveraineté populaire.

                      Elle prône aujourd’hui un engagement de terrain, notamment à travers le théâtre, pour recréer des espaces de délibération avec le public et sortir de la verticalité du savoir professoral.

                  2. Avatar de Vincent Rey
                    Vincent Rey

                    @Bb
                    vous pouvez me réciter toute votre culture de gauche, avec tous ses passages obligés…l’éducation, les tutorats de trucs et de machins… :

                    1 : je vous ai parfaitement lu et compris
                    2 : je maintiens tout ce que j’ai dit

                    aucune chance de vous voir arriver sincèrement à une analyse englobant tous les problèmes, parce que refuser de penser un lien entre tous ces problèmes, c’est les analyser un par un, exactement comme le fait Em. Macron, avec des résultats mitigés, voire pratiquement nuls.

                    quelques exemples : le trafic, on envoie les flics, les retraites on monte l’âge à 64ans, les féminicides on améliore l’accueil dans les gendarmeries… ce genre de mesures ne résout rien sur le fond.

                    Mais je suis sûr que vous ne comprenez même pas ce que je vous dis.

                    1. Avatar de bb
                      bb

                      @Vincent Rey

                      J’ai écrit:
                      —–« La Révolution n’est pas finie ».———

                      C’est digne de Macron ça?

                    2. Avatar de bb
                      bb

                      @Vincent Rey

                      J’essaye de vous faire comprendre les idées de Barabara Stiegler, qui est une penseuse de gauche. De la vraie gauche française. Elle travaille avec LFI.

                      Qu’est ce qu’il vous faut de plus pour comprendre que nous disons la même chose mais pas de la même manière?

                      Ecouter la vidéo, je suis certain qu’elle va vous plaire. Et je ne fais pas d’ironie…

                    3. Avatar de Paul Jorion

                      « De la vraie gauche française ». Oulah ! J’ai si souvent entendu ça appliqué à l’extrême-droite de la gauche française !

                    4. Avatar de bb
                      bb

                      @ Paul Jorion

                      Tracer son propre chemin de pensée, c’est accepter que presque personne ne vous suive. Vous en savez quelque chose, monsieur Jorion… 🙂

                      Des penseurs comme Stiegler, Lordon ou Piketty restent largement absents des médias traditionnels (à l’exception du dernier). Pourtant, ce sont eux qui expliquent clairement ce qu’est réellement le néolibéralisme — un terme-valise que beaucoup utilisent sans vraiment le comprendre. Depuis quarante ans, l’ensemble du monde occidental est guidé par cette doctrine. Et les gouvernements de gauche, partout, s’y sont ralliés en adoptant ses règles tout en prétendant vaguement la combattre.

                      Le socialisme institutionnel n’est plus qu’une variable d’ajustement destinée à éviter un effondrement politique. Le mot « socialisme » est devenu une coquille vide, et ses propres représentants le reconnaissent. Peut-on encore considérer sérieusement que les figures françaises actuelles de cette gauche néolibérale incarnent un parti de gauche ? Je pose la question très sérieusement, et je suis prêt à entendre toute contre-argumentation.

                      Pourtant, la gauche que j’évoque, celle de LFI, souffre de ses propres limites, qui la rendent illégitime aux yeux de nombreux Français partageant pourtant ses idées fondamentales. Aujourd’hui, LFI ressemble davantage à un laboratoire, un terrain d’expérimentation pour une gauche « révolutionnaire » au service du peuple. Une révolution nécessaire, et pas forcément violente, contrairement à ce que « Les Républicains » laissent entendre.

                    5. Avatar de Hadrien
                      Hadrien

                      « Barabara Stiegler, qui est une penseuse de gauche. De la vraie gauche française. Elle travaille avec LFI. »

                      B.S. refuse le vote car les gens votent mal cad pas assez à gauche.
                      Elle méprise inconsciemment le peuple, comme tous les gens de gauche. Elle imagine que le tirage au sort gouvernera à gauche, au cas contraire, elle prônera la dictature du prolétariat.

                    6. Avatar de bb
                      bb

                      @Hadrien

                      Ce n’est absolument pas ce qu’elle dit. Vous interprétez ses propos.

                      Elle condamne le suffrage universel car il renforce le pouvoir de domination d’une minorité.
                      Ecoutez la bien;

                      https://www.youtube.com/watch?v=spZgKC9N_1A

                    7. Avatar de bb
                      bb

                      @Hadrien

                      Vous écrivezqu’elle refuse le vote.
                      En fait vous ne l’avez jamais lue ou écouté.

                      Elle prône la démocratie directe et délibérative, inspirée de la Grèce antique, où le tirage au sort et les assemblées citoyennes complètent ou remplacent l’élection traditionnelle.

                    8. Avatar de bb
                      bb

                      @Hadrien

                      « la dictature du prolétariat »

                      Quand vous utilisez ce terme, à qui faites vous référence? Blanqui, Marx ou Lénine?

            2. Avatar de bb
              bb

              @Vincent Rey

              Vu que vous me le demandez si gentiment, voici une nouvelle version de ce discours si j’avais été à sa place:

              Nous vivons un vertige historique : l’intelligence artificielle nous promet l’abondance, mais elle pourrait bien ne produire que de la misère.

              Sur le papier, l’équation est d’une logique implacable : une productivité démultipliée devrait mécaniquement libérer l’humanité du besoin. Imaginez des diagnostics médicaux instantanés pour les déserts médicaux de la Creuse, ou un tutorat d’excellence accessible à chaque enfant des banlieues délaissées. C’est la promesse d’un âge d’or.

              Pourtant, la réalité de notre structure économique transforme ce rêve en un moteur d’exclusion. L’histoire nous a appris que le progrès technique sans régulation politique n’est qu’un accélérateur d’inégalités. Regardez la révolution industrielle : elle a créé des richesses inouïes, mais elle a d’abord jeté des familles entières dans les mines et les bidonvilles. Aujourd’hui, le risque est identique. Si les gains de productivité de l’IA sont captés par une poignée de plateformes californiennes, nous ne verrons pas la naissance d’une société de loisirs, mais l’émergence d’une « classe inutile », privée d’emploi et de dignité.

              Pourquoi est-ce une menace civilisationnelle ? Parce que l’histoire est un miroir cruel. Lorsque l’écart entre les maîtres des algorithmes et les laissés-pour-compte de la modernité devient un gouffre, le désespoir cherche des coupables. C’est sur les cendres du déclassement que se nourrissent les populismes les plus sombres. Le fascisme n’est jamais qu’une réponse brutale à une humiliation sociale prolongée.

              Nous ne faisons pas face à une défaillance technologique, mais à un choix moral. Continuer sur la voie actuelle, c’est utiliser le feu pour incendier la maison plutôt que pour l’éclairer. Il est temps d’imposer le partage des richesses.

              1. Avatar de Vincent Rey
                Vincent Rey

                bon. vous dites la même chose, en plus long, et c’est moins directement compréhensible pour les gens moins instruits. Les gens savent déjà à peine ce que c’est que le capitalisme, l’IA encore moins…

                1. Avatar de bb
                  bb

                  @Vincent Rey

                  Les gens ne comprendraient pas ce que signifient « IA » et « capitalisme » ? Pourtant, sauf erreur de ma part, ce sont précisément les thèmes abordés par Hinton dans les textes que vous avez partagés. Pourquoi faudrait‑il éviter de nommer les concepts dont on discute ? En quoi cela aiderait‑il à la compréhension ?

                  Permettez‑moi d’être direct : abaisser le niveau d’un discours revient à considérer le public comme incapable de comprendre. Et, à vous lire, vous défendez des positions clairement situées à gauche. Or, depuis quand quelqu’un attaché à l’éducation populaire et à l’émancipation intellectuelle soutient‑il qu’il faut simplifier à outrance pour être compris ? Votre position me semble pour le moins déconcertante.

                  En politique, lorsqu’un sujet intéresse les citoyens, ils sont parfaitement capables de s’y plonger, d’en discuter, de demander des éclaircissements autour d’eux. La compréhension n’est pas un problème de capacité, mais de clarté.

                  Je ne cherche pas à vous mettre en difficulté, mais la précision du langage est la condition première de tout progrès collectif.
                  La version du discours que je vous ai proposée est, selon moi, bien plus efficace que celle de Hinton. Elle mobilise des outils rhétoriques ( l’art du discours ) utilisés depuis des millénaires pour rendre une idée intelligible au plus grand nombre. Les tribuns grecs s’en servaient déjà lors des grandes assemblées démocratiques où l’on votait les lois tous les dix jours.

                  Pensez‑vous vraiment que la population française d’aujourd’hui serait moins capable de comprendre qu’un citoyen grec d’il y a plus de deux mille ans ?

                2. Avatar de Grand-mère Michelle
                  Grand-mère Michelle

                  @Vincent Rey @bb

                  Même hors-Marché comme nous le sommes ici(nous, les commentateurs-trices de ce blog qui n’avons rien à y « gagner »), vous ne pouvez pas vous empêcher de jouer(avec une certaine animosité) à paraître le plus intelligent, le plus sensé, sans même avoir « tilté » sur l’analogie que j’ai faite entre « Grand Marché » et « jeu de domination »…
                  Ni d’ailleurs, sur le second paragraphe qui interroge le degré d’évolution de l’espèce humaine…

                  Vincent, à plusieurs reprises ici, j’ai commenté votre souci de la « fin du travail » (que je partage aussi, en contemplant le désarroi des pauvres gens désoeuvré-e-s).
                  J’avais même rappelé que « travailler » se disait en wallon « œuvrer »… et signalé le fait qu’une activité choisie entraîne une satisfaction qui donne « du cœur à l’ouvrage » et un sens à la vie…
                  … sans avoir reçu de réponse, de réaction, de réflexion…
                  Entre nous, je ne comprend pas comment une personne éprise de liberté souhaite être « employée » uniquement pour « gagner sa vie », dans une activité qui ne correspond pas à ses goûts particuliers .
                  Plutôt crever! Ou se défoncer(drogues,médocs), ou s’alcooliser, à longueur d’années, comme le font la plupart des gens fort peu soucieux de leur santé et de leur intégrité…

                  Combien de fois faudra-t-il répéter que la vie/chaque vie n’est pas un jeu, mais un phénomène unique, remarquable et précieux…même s’il est fragile, bref et mystérieux.

                  1. Avatar de bb
                    bb

                    Grand-mère Michelle

                    Ne vous ai-je pas répondu :

                    – « Cette religion qui parcoure le monde est la source des plus gros problèmes que l’humanité rencontre. Tant que le consumérisme et l’économie de marché ne seront pas vu comme un mécanisme destructeur, l’écologie, les inégalités sociales et culturelles, et probablement les conflits armés, ne seront pas abolis. »

                    1. Avatar de Grand-mère Michelle
                      Grand-mère Michelle

                      @bb

                      Oui, mais je vous avais re-répondu, le 21/12 à 14h15… l’avez-vous remarqué?
                      Savez-vous ce qu’est le TIAN, « produit » gratuit de l’imagination et de l’espérance de personnes de bonne volonté(d’un peu partout sur la Terre, de toutes sortes de cultures, de religions, de « traditions »)?

                      Ou…quand une info sur un sujet traité sérieusement, sincèrement, intelligemment pour le bien de tous les vivants interdépendants disparaît sous des tonnes de considérations qui l’ignorent bêtement.
                      Alors que des manifestations sur « le pouvoir d’achat » rassemblent des millions de gens…
                      Qu’en penserait l’IA (si on le lui demandait)?
                      En cette période de Noël où Jesus est né, selon des dires très anciens, quand « les anges chantaient dans le ciel: Paix sur la Terre aux hommes de bonne volonté! »
                      (Mon principal souvenir d’enfant à la messe de minuit, chanté à tue-tête par un chœur de villageois-es fervent-e-s)

                    2. Avatar de bb
                      bb

                      @Grand-mère Michelle

                      Si j’avais lu votre message.
                      Mais je n’ai pas compris où vous souhaitiez en venir.

        2. Avatar de Paul Jorion

          Taxe Sismondi (made in France 🇫🇷 2014)

        3. Avatar de Garorock
          Garorock

          J.Hinton en version un peu plus longue:
          https://www.youtube.com/watch?v=giT0ytynSqg&pp=ugUEEgJmctIHCQk8CgGHKiGM7w%3D%3D
          (Le Parrain de l’IA : Ils continuent de me réduire au silence, mais j’essaie de les avertir !)

          Je sais, il faut se farcir l’intervieweur et ses placements de produits…

      4. Avatar de Thomas jeanson
        Thomas jeanson

        On est bien d’accord GMM, le marché aurait fait de n’importe quelle autre percée scientifique un danger existentiel pour l’humanité.

      5. Avatar de bb
        bb

        @Grand Mere Michel.
        Un débat entre
        A droite, Gaspard Koenig un Libéral radical (rien à voir avec un ultra libéral) opposé au néolibéralisme,
        A gauche, Gabriel Malek un Ecologie radicale et anticapitaliste.

        https://vert.eco/articles/gaspard-koenig-et-gabriel-malek-la-decroissance-propose-un-nouveau-contrat-social

        Le résumé:
        Le cœur de leur échange porte sur la nécessité de redéfinir notre modèle de société face à l’épuisement des ressources et à l’échec du dogme de la croissance infinie.

        1. La décroissance comme nouveau projet de société
        Pour les deux intervenants, la décroissance ne doit pas être vue comme une punition ou une récession subie, mais comme un choix politique délibéré. Elle propose un « nouveau contrat social » qui ne repose plus sur l’accumulation de biens matériels, mais sur la qualité des liens, le temps libre et la préservation du vivant.

        2. Sortir de la dépendance au PIB
        Ils critiquent le Produit Intérieur Brut (PIB) comme indicateur unique de réussite.

        Gabriel Malek souligne que notre système actuel est structurellement dépendant de la croissance pour financer la protection sociale et l’emploi.

        L’enjeu est donc de bâtir une économie « post-croissance » capable de garantir le bien-être sans nécessiter une expansion perpétuelle de la production.

        3. Libéralisme et Décroissance (Le point de vue de Koenig)
        Gaspard Koenig apporte une nuance intéressante en liant libéralisme et décroissance. Pour lui, la vraie liberté n’est pas celle de consommer, mais l’autonomie individuelle.

        Il prône une simplification normative (moins de règles bureaucratiques) et une relocalisation de l’économie.

        Il défend l’idée que la décroissance peut être un moyen de retrouver une maîtrise sur nos vies face à la « méga-machine » industrielle et technologique.

        4. La question du travail et de la sobriété
        L’entretien aborde la transformation radicale du rapport au travail :

        Réduire le temps de travail salarié pour libérer du temps pour des activités non marchandes (soins, culture, potager, engagement citoyen).

        Passer d’une « sobriété subie » (précarité) à une « sobriété choisie » qui valorise l’usage plutôt que la propriété.

        5. Les obstacles politiques
        Ils reconnaissent que le principal frein est l’imaginaire collectif. La croissance est encore perçue comme le seul rempart contre le chaos. Le défi est donc de rendre la décroissance désirable en montrant qu’elle peut offrir une vie plus riche de sens, moins stressante et plus juste.

        En résumé : L’article présente la décroissance non pas comme une fin en soi, mais comme l’outil nécessaire pour reconstruire une démocratie apaisée et soutenable, où l’épanouissement humain se détache enfin de la consommation matérielle.

        1. Avatar de Grand-mère Michelle
          Grand-mère Michelle

          @bb

          Merci pour ce lien que je lirai attentivement bientôt.
          À noter que j’ai fait partie du MPOC: Mouvement Politique des Objecteurs de Croissance(belge francophone) qui s’est malheureusement désintégré après une douzaine d’années, sur un désaccord en 2020 à propos des vaccins anti-covid19 et autres dispositions de protection… les « ancien-ne-s » plus fragiles y étant plutôt favorables, et les plus jeunes s’en moquant…mais aussi,m’a-t-il semblé, dans le contexte d’un « jeu de domination/de pouvoir » totalement hors-propos.
          Pour moi qui était partisane du « chacun-e fait comme il/elle l’entend » (ces dispositions n’étant pas obligatoires en Belgique sauf pour le personnel de soin), ce fut une énorme déception qui m’a fait réfléchir à la responsabilité individuelle dans les questions de politiques générales… et m’a rappelé la chanson « co-operation » de Colette Magny en 1963:

          « Lorsque l’humanité sera enfin sage,
          nous passerons de la compétition dans l’individualisme
          à l’individualité dans la coopération. »

          1. Avatar de bb
            bb

            @Grand-mère Michelle
            Juste au‑dessus du message où vous affirmez que « je cherche à passer pour le plus intelligent », j’ai partagé ce lien :

            https://www.youtube.com/watch?v=spZgKC9N_1A

            Je vous recommande vraiment de regarder cette vidéo : elle est passionnante, accessible, très pédagogique, et elle offre une manière éclairante de se projeter dans un avenir possible pour notre société, tout en donnant des clés pour y parvenir.

            Barbara Stiegler y définit précisément ce qu’elle entend par néolibéralisme, en déconstruisant plusieurs idées reçues. Elle y explique également que notre régime n’est pas, selon elle, une véritable démocratie, mais une démocratie élective.

            ——-Concernant la question de la domination, à laquelle vous faites souvent référence :———

            Le suffrage universel a transformé la politique en un marché concurrentiel. Pour gagner une élection, il faut des ressources — économiques, culturelles, symboliques — dont tout le monde ne dispose pas.

            Historiquement, le passage du tirage au sort (pratiqué dans la démocratie athénienne) à l’élection visait à sélectionner les « meilleurs ». L’élection est donc, par nature, aristocratique : elle consiste à choisir quelqu’un qui se distingue de la masse. Cela favorise mécaniquement les figures de domination traditionnelles : hommes, classes aisées, personnes diplômées, déjà dotées d’une visibilité et d’une autorité sociale.

            Le suffrage universel donne une impression de pouvoir au moment du vote, mais organise une forme de dépossession le reste du temps. Une fois élu, le représentant n’est pas tenu par ses promesses : il devient un « expert » qui décide pour les autres. Le citoyen se retrouve réduit à un consommateur politique, invité à choisir un produit (un candidat) tous les cinq ans, plutôt qu’à participer réellement aux décisions.

            Le suffrage universel s’est greffé sur des structures sociales déjà inégalitaires. Dans une société où les hommes occupent majoritairement les postes de direction et où les femmes assument l’essentiel des tâches domestiques, le temps et l’énergie nécessaires à la vie politique restent un privilège masculin et bourgeois. Le système électif valorise l’assurance, l’agressivité, le réseau — des traits souvent associés à la domination masculine et de classe.

            Comme le souligne Barbara Stiegler à propos du néolibéralisme, le suffrage universel sert fréquemment à légitimer des décisions prises en amont par des experts ou des intérêts financiers. Grâce au marketing politique et au nudging, on oriente les électeurs vers des candidats qui préserveront l’ordre établi. Le vote devient alors un rituel de validation de la domination, plutôt qu’un moment de remise en question.

            Pour remédier à ce qu’elle considère comme une dérive autoritaire du « régime électif », Barbara Stiegler ne propose pas une simple réforme technique, mais une véritable refondation de la pratique politique.

        2. Avatar de timiota
          timiota

          Quelqu’un a-t-il lu Peter Turchin ?
          Je dis ça parce que le dialogue raté avec Vincent Rey me semble typique d’une situation avec deux acceptions divergentes de « élites » . https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/questions-du-soir-l-idee/les-elites-sont-elles-a-l-origine-de-l-effondrement-des-societes-3759290
          Celles qui ont vraiment les rênes du pouvoir, et celles qui ont été formées pour être « dans l’aspiration », éduquées, votant à gauche (comme moi), et laissant de côté les « déplorables » du fameux mot d’Hillary Clinton (« basket of deplorables »), « Ceux qui restent » dans le livre éponyme de Benoit Coquard, qui a « pré-ethnographié » la montée du RN dans le Grand Est depuis 2012 à peu près (sans chercher particulièrement la politique, plutôt comment ça se passe quand l’ascenseur social freine, cale, et désoriente, laissant de la « peau de léopard » sociale qui ne fout pas le camp tout de suite, avec ces « cassos » stigmatisés, etc…

          Il me semble que Turchin, historien et ex-écloguqe systémicien qui sait voir qu’il y a de la dynamique partout (il dit pas « dynamique d’affect », ce serait un homéomorphisme à tenter) , Turchin, donc, évite l’irénisme « de gauche française » de Barbara Stiegler, avec l’idée qu’il y aurait un « vrai moyen » de revenir à du bon, du juste et du beau. Pas un très grand soir, mais un moyen grand soir, où la démocratie reviendrait en majesté ordinaire, voix des Gavroche ou des Cosette, antidote aux bruns qui viennent à pas de plus en plus lourds (en regard en coin me fait voir ce qui arrive à la liberté académique…).
          Il formule néanmoins quelque chose de structuré, infiniment plus que Hinton, ce en quoi je m’accorde avec bb pour dire que râler « il y a trop d’inégalité », c’est une vue partielle. Qui a planqué le thermomètre ? Qui a planqué les médocs ? Les « délinquants en col blanc » certes que Zucman et autres ont un peu cerné, mais il y a cette adhésion molle des élites entre Valls et Glucksmann, entre Amélie de Montchalin (pur produit des élites modernes, a travaillé avec Denis Kessler, le « réassureur », ex vice pdt du MEDEF, d’où une production vers~ 2014-2015) de discours en commandite du genre « l’assurance c’est bien, kelbomekanisme » avec les petits caractères « et, spoiler, c’est l’privé qu’empoche la mise » assez cachés en bas de page) et Xavier Bertrand (encore présentable à droite) qui vont accepter un réformisme d’aveugle et de borgne, là où Zucman et Turchin appellent à un cadastre (financier, de pouvoir, …) digne de ce nom pour qu’on ait une réflexivité digne de ce nom aussi.
          La démocratie n’est pas tellement la question de qui a les bulletins de vote et qui représente et accapare quelque chose (€ ou infos, ou bits d’énergie N k_B T pour les GAFAMuskés), c’est la question de quelle information circule où. L’analogie qui tient à peu près est celle des sociétés avec les systèmes écologiques. Pas simple, qui est convaincu d’avoir l’explication de pourquoi c’est pas les ronces ou les orties qui envahissent tout à la fin ? Qu’est-ce qui fondamentalement maintient la diversité à travers moultes et moultes fluctuations ? La métaphore low-cost de l’écos-système compliqué (ses Lotka-Volterra en folies) ce serait celle de la sève. Dans un arbre sain, il faut les deux circuits, montant et descendant. Minéraux et photosynthèses. Xylèmes et phloèmes.
          Si l’information pertinente économiquement pouvait circuler de même, il y aurait déjà pas mal à gagner.
          Et pas de quoi se taper sur la tête entre Hinton et Barbara Stiegler.

          1. Avatar de timiota
            1. Avatar de bb
              bb

              @timiota

              Merci pour cette réflexion.

          2. Avatar de bb
            bb

            @timiota

            Comme vous le soulignez, doit‑on vraiment se frapper la tête en écoutant ou en lisant Barbara Stiegler ? Sa proposition d’une démocratie d’inspiration athénienne me semble relever de l’utopie, un peu comme la Commune de 1871. Mais ces expériences ont au moins eu le mérite d’exister et de nourrir notre imaginaire politique.

            Ce que j’apprécie chez Stiegler, c’est sa mise en perspective historique du néolibéralisme. Ses analyses mériteraient d’être discutées et contredites publiquement. Et si ce qu’elle avance est juste — ce que je tends à croire — il devient urgent de repenser notre modèle économique. Car, au‑delà de la destruction écologique, le néocapitalisme fonctionne comme une machine de domination, transformant progressivement le citoyen en consommateur docile, conformément aux thèses de Walter Lippmann. Il faudrait d’ailleurs que j’explore davantage la pensée de Lippmann, tant la critique de Stiegler à son égard est virulente.

            Les théories de Stiegler me semblent offrir une réponse pertinente aux interrogations récurrentes de Grand‑Mère Michel sur les mécanismes de domination sociale — sans être pour autant une réponse exhaustive. Ses idées mériteraient d’être explorées par des partis politiques ou des communautés désireuses d’expérimenter de nouveaux modèles de gouvernance.

            Concernant Turchin, je connais encore mal ses travaux. Mais je trouve fascinant le parallèle entre ses recherches et la psycho‑histoire imaginée par Asimov. Depuis la lecture de ce classique, je suis convaincu que les statistiques permettront un jour de prévoir les grandes trajectoires de l’humanité, et d’aider des gouvernements éclairés à prendre des décisions plus justes fondées sur des données civilisationnelles. L’IA serait évidemment l’outil privilégié pour un tel exercice, une sorte de Graal prédictif dans le champ de la sociologie.

            Cela dit, je reste prudent face à certaines de ses affirmations. Le podcast que vous avez partagé en donne un bon exemple : il place au cœur de son modèle l’idée que les crises proviennent d’une surabondance d’élites en compétition. Je pense qu’il surestime ce facteur et sous‑évalue d’autres dimensions — culturelles, géopolitiques, technologiques. Sa notion d’« élite » elle‑même me paraît floue, trop englobante, et il semble avoir du mal à la définir précisément lorsqu’on l’interroge.

            1. Avatar de Paul Jorion

              Les statistiques n’auront aucun rôle à jouer, des outils comme GENESIS, oui.

              1. Avatar de bb
                bb

                @Paul Jorion

                En effet, le terme « statistiques » est le terme utilisé par Asimov pour décrire la psycho-histoire.

                Au vu de ce qu’est l’IA actuelle dans la réalité, len terme statitique est mal choisi.

  4. Avatar de Pascal
    Pascal

    Mon ami économiste Claude AI

    Je vais chercher des informations récentes sur les valorisations tech et les débats actuels autour d’une potentielle bulle.La question d’une bulle technologique, et particulièrement autour de l’IA, est un débat très actuel et polarisé. Voici une analyse nuancée :

    ## Les signes inquiétants d’une bulle

    Les entreprises liées à l’IA ont représenté environ 80% des gains du marché américain en 2025, avec une concentration du marché inédite. Environ 30% du S&P 500 et 20% de l’indice MSCI World sont détenus par les cinq plus grandes entreprises, la plus forte concentration depuis un demi-siècle.

    Les valorisations atteignent des niveaux préoccupants : Nvidia a dépassé un ratio prix/ventes de 40, tandis que Palantir approche un ratio de 69. Ces multiples rappellent les excès de la bulle dot-com.

    Plus troublant encore, Amazon, Google, Meta et Microsoft prévoient d’investir collectivement environ 400 milliards de dollars dans l’IA cette année, principalement dans des centres de données. Une étude du MIT d’août 2025 indiquait que malgré 30-40 milliards de dollars d’investissements dans l’IA générative, 95% des organisations n’obtiennent aucun retour.

    ## La circularité des investissements

    Un élément particulièrement inquiétant est l’enchevêtrement des participations croisées. OpenAI prend une participation de 10% dans AMD, Nvidia investit 100 milliards dans OpenAI qui compte aussi Microsoft comme actionnaire majeur, ce même Microsoft étant client de CoreWeave dans laquelle Nvidia détient également une participation significative. Cette structure circulaire rappelle les pratiques de la bulle dot-com.

    ## Les arguments contre la thèse de la bulle

    Plusieurs éléments distinguent la situation actuelle de 2000 :

    **Les fondamentaux sont plus solides**. Les grandes entreprises technologiques d’aujourd’hui sont valorisées à des niveaux moins extrêmes et les fondamentaux du secteur sont plus robustes. Contrairement à la bulle dot-com où les ratios prix/bénéfices ont atteint 200 fois, les valorisations actuelles restent plus raisonnables pour les géants établis.

    **La rentabilité existe**. Les Magnificent 7 génèrent des profits substantiels, contrairement aux start-ups de 2000 qui affichaient des pertes massives sans revenus. L’IA représente une transformation infrastructurelle avec une demande de centres de données qui devrait croître de 19% à 22% par an jusqu’en 2030.

    ## Mon analyse d’économiste

    Je dirais que nous sommes dans une situation **hybride** :

    1. **Une bulle localisée dans certains segments** : les start-ups d’IA surévaluées, les valorisations extrêmes de quelques acteurs (Palantir, certaines périodes de Nvidia)

    2. **Une transformation réelle sous-jacente** : l’IA génère effectivement de la productivité et transforme les processus d’entreprise, même si l’ampleur et la vitesse sont surestimées

    3. **Un risque de correction sévère**, mais pas nécessairement d’effondrement total comme en 2000, car les leaders technologiques ont des modèles économiques viables

    Le vrai danger réside dans le **décalage temporel** : les investissements massifs d’aujourd’hui parient sur des retours qui prendront 5-10 ans à se matérialiser. Si la patience du marché s’épuise avant que la monétisation ne suive, une correction significative est probable en 2025-2026.

    1. Avatar de gaston
      gaston

      L’analyse mi-chèvre mi-chou de votre ami économiste ne surprend pas. Comment une IA pourrait claironner sur les toits qu’une bulle financière la concernant serait sur le point d’éclater ? Ce serait scier la branche sur laquelle elle est posée et accélérer le mouvement. Et nous connaissons bien la propension de ces IA à se protéger quand elles se sentent menacées.

      Prenons ce qu’il nous dit avec des pincettes, son avis n’a pas valeur d’Oracle :

      https://www.latribune.fr/article/economie/5107571398012914/oracle-perd-400-milliards-en-4-mois-la-bulle-de-l-ia-face-au-choc-de-rentabilite

      ET votre ami a-t-il au moins une idée à quel point sa copine OpenAI est vraiment foutue (financièrement) ? 😊

      https://www.planetearthandbeyond.co/p/you-have-no-idea-how-screwed-openai

      1. Avatar de Pascal
        Pascal

        Merci Gaston
        Je voulais juste secouer le cocotier et vous avez mis un grand coup de pied dedans 😊
        Petit bémol, si je peux me permettre, Will Lockett est avant tout un journaliste d’opinion écologiste, ça ne lui confère pas pour autant des compétences économiques mais son propos est intéressant.
        De très vieux cours sur l’économie je retiens toujours l’idée de ces produits « feu de paille ». Ça fait tout de suite de grande flamme mais ça s’éteint aussi vite que ça s’enflamme.
        J’ai une crainte toutefois, c’est que nous tombions dans le même piège que les banques systémiques « too big to fail ».
        Pendant que la côte de l’IA flambe, la dette privée aux USA flambe aussi. Les deux peuvent faire un effet ciseaux car la perte des emplois notamment par le recours à l’IA peut faire éclater la bulle de la dette privée.
        On a connu jusqu’à maintenant des bulles économiques dans des secteurs isolés mais là, on a l’impression qu’on a une multitude de bulles qui ne demandent qu’à éclater à la chaîne !

  5. Avatar de Pascal
    Pascal

    Mon ami économiste sur la situation des agriculteurs face à la politique européenne.

    Je vais rechercher des informations sur l’accord UE-Mercosur et ses implications pour l’agriculture européenne.Excellente question qui révèle toute la **contradiction profonde** de la politique agricole européenne actuelle. L’accord UE-Mercosur, finalisé en décembre 2024 après plus de vingt ans de négociations et adopté par la Commission européenne le 3 septembre 2025, illustre de manière éclatante le schisme entre les objectifs affichés de la PAC et les choix commerciaux de l’Union européenne.

    ## La contradiction fondamentale : protéger d’un côté, ouvrir de l’autre

    La PAC distribue annuellement des dizaines de milliards d’euros pour soutenir l’agriculture européenne. La France est le premier bénéficiaire de la politique agricole commune. Pourtant, au même moment, l’UE s’apprête à ouvrir massivement son marché à des produits agricoles sud-américains produits selon des normes radicalement différentes.

    Le traité prévoit des quotas d’exportation vers l’UE de 99 000 tonnes maximum pour la viande bovine, 180 000 tonnes de volailles, 16 millions de tonnes de sucre, 60 000 tonnes de riz et 45 000 tonnes de miel. Si la Commission argue que ces volumes ne représentent que 1,6% de la consommation européenne de bœuf, les importations concernent essentiellement les morceaux de viande les plus nobles à forte valeur ajoutée comme l’aloyau, et la part des importations en provenance du Mercosur pour ce produit spécifique en 2030 sera équivalente à environ 21% à 26% de la production des Vingt-Sept.

    ## L’asymétrie des normes : le cœur du problème

    Le vrai scandale réside dans l’**asymétrie normative**. Les éleveurs bovins français craignent de ne pas être concurrentiels en raison de normes environnementales et de sécurité alimentaire moins contraignantes pour leurs concurrents sud-américains.

    Concrètement, l’Institut de l’élevage estimait en novembre 2024 que les coûts de production en élevages de bovins viande du Mercosur étaient inférieurs en moyenne de 40% à ceux des élevages européens et même de près de 60% pour les fermes brésiliennes. Cette différence provient largement des écarts de normes.

    Les agriculteurs incorporent des normes environnementales toujours plus exigeantes sans jamais bénéficier d’augmentation des prix, tandis que l’accord avec le Mercosur fait entrer sur le territoire européen des denrées alimentaires produites selon des normes bien moins strictes : utilisation d’antibiotiques comme activateurs de croissance, variétés issues de la transgénèse, farines animales, recours à certaines molécules chimiques, culture de céréales génétiquement modifiées.

    ## La PAC en position intenable

    Cette situation place la PAC dans une **position schizophrénique** :

    **D’une part**, elle impose des normes de plus en plus strictes aux agriculteurs européens en matière de bien-être animal, d’usage de pesticides, de préservation de la biodiversité, d’émissions carbone. Ces normes, légitimes sur le plan environnemental, alourdissent considérablement les coûts de production.

    **D’autre part**, la politique commerciale de l’UE ouvre grand les portes à des produits qui ne respectent pas ces mêmes normes, créant une **concurrence déloyale institutionnalisée**. Les normes environnementales européennes ne s’appliquent pas à l’Amérique du Sud, ce qui crée un dumping environnemental et sanitaire.

    ## Les clauses de sauvegarde : un rideau de fumée ?

    Face aux protestations, la Commission européenne a proposé en septembre 2025 des mécanismes de sauvegarde bilatéraux censés protéger le marché européen en cas de déstabilisation de la filière agricole. Mais ces mesures sont largement critiquées comme insuffisantes.

    La Commission européenne a publié une déclaration unilatérale concernant une nouvelle clause de sauvegarde renforcée pour les produits agricoles, mais elle n’a rien de contraignant juridiquement et de telles clauses de sauvegarde sont de fait très difficiles à activer.

    ## Le vrai calcul politique de l’UE

    Pourquoi cette incohérence ? Parce que l’accord Mercosur n’est **pas d’abord un accord agricole**. C’est un accord industriel et géopolitique déguisé.

    Le traité doit favoriser les exportations européennes de voitures, machines, alcools, chocolats, huile d’olive ou fromages, et l’enjeu de la transition énergétique et technologique pousse l’Europe à se rapprocher de cette partie du monde riche en lithium, cuivre, fer, cobalt.

    La logique est donc celle d’un **échange inégal** : les pays du Sud exportent des matières premières au bénéfice des pays du Nord, ce qui limite leur autonomie et bloque les investissements dans une transition écologique juste, tandis qu’en Europe les producteurs se trouvent exposés à une concurrence déloyale.

    ## Mon analyse d’économiste

    La PAC se trouve prise au piège d’une **contradiction systémique** :

    1. **Elle tente de compenser par des subventions** ce que la politique commerciale détruit par ailleurs. C’est comme essayer de remplir un seau percé.

    2. **Elle externalise les coûts environnementaux** : en important des produits à bas coûts mais à fort impact environnemental, l’UE délocalise la pollution et la déforestation tout en prétendant verdir son agriculture.

    3. **Elle sacrifie l’agriculture sur l’autel de l’industrie** : les gains pour l’automobile et la chimie européennes se font au détriment des revenus agricoles, dans une logique purement mercantiliste.

    4. **Elle mine sa propre légitimité** : comment justifier des normes strictes aux agriculteurs européens si leurs concurrents n’y sont pas soumis ? C’est précisément ce que dénoncent les manifestants.

    La réalité brutale est que l’UE ne peut pas simultanément imposer des standards environnementaux élevés à ses agriculteurs ET ouvrir son marché sans réciprocité normative. Trois Français sur quatre se déclaraient opposés à l’accord avec le Mercosur en novembre 2024, ce qui montre le fossé entre les institutions européennes et les citoyens sur ce sujet.

    Sans véritables **clauses miroirs contraignantes** qui imposeraient aux importations de respecter les mêmes normes de production que celles exigées en Europe, la PAC restera un palliatif coûteux qui ne résout pas le problème structurel de fond : l’impossibilité pour les agriculteurs européens de vivre dignement de leur travail face à une concurrence globale déloyale orchestrée par leurs propres institutions.

  6. Avatar de Grand-mère Michelle
    Grand-mère Michelle

    @Pascal et ClaudIA

    Ayant continuellement(depuis au moins 10ans) pensé, écrit, marché, agi contre les ALE(Accords de Libre Échange que l’UE prétend conclure avec des pays du monde entier), je suis fort étonnée que ClaudIA n’ait pas noté l’autre « cœur du problème » que comportent ces Traités commerciaux, en principe élaborés pour le bien de tou-te-s les européen-ne-s:

    il s’agit bien évidemment du transport de toutes ces marchandises, qui détruit la vie des fleuves, des mers et des océans, comme celle en suspension dans l’air…
    …sans compter l’excessive dépense d’énergies de toutes sortes, que leur hyper-production, largement excessive aux besoins humains, provoque par ce gaspillage insensé…
    …ainsi que la pollution des sols « désertifiés », comme les montagnes et/ou les « îles artificielles » de déchets toxiques « éternels », qu’elle laisse aux générations futures.
    Sans oublier les guerres incessantes motivées par les tentatives d’accaparement des « énergies » et autres « matières rares » qui « permettent » ce système commercial dominant.

    Comme si le gaspillage n’était pas le principal élément déstabilisant d’une économie équilibrée! (Ce que n’importe quel-le citoyen-ne moyennement intelligent-e, équilibré-e, en capacité de gérer un petit budget, SAIT.)

    1. Avatar de Thomas jeanson
      Thomas jeanson

      Le seul fait de payer une traversée de l’Atlantique à un poulet devrait éveiller notre suspicion…

    2. Avatar de Pascal
      Pascal

      @GmM
      « ces Traités commerciaux, en principe élaborés pour le bien de tou-te-s les européen-ne-s: »😂😂😂
      GmM, vous croyez encore à ça ?
      Si l’Allemagne veut absolument signé ce traité, c’est pour vendre ses Mercedes-Benz au Brésil, voyons. En échange, on peut bien sacrifier quelques paysans qui ne rapportent rien au niveau du PIB et dont les exploitations sont si archaïques.
      Le modèle allemand, vous dis-je !
      « La ferme des 1000 vaches dans la Somme est loin d’avoir fait l’unanimité pour ses conditions de productions, mais cette fabrication à grande échelle est devenue normale en Allemagne.
      Une équipe de France 2 s’est rendue dans une exploitation près de Berlin, où tout est fait pour limiter les coûts et produire en masse, même si c’est au détriment des animaux.
      Matin, midi et soir, des vaches sont ainsi placées dans un immense carrousel pour une traite mécanique. « Nous avons une moyenne de 34,5 litres de lait par vache, ce qui nous donne à al fin de la journée entre 38 et 39 000 litres », détaille Richard Reiss, agriculteur gérant des lieux.
      Un système tout automatisé

      En un an, cette usine produit presque 14 000 tonnes de lait et pour cela, presque tout a été automatisé : deux apprentis suffisent pour encadrer la traite de plus de 1 100 vaches. Sur un écran, ils peuvent contrôler l’ensemble du carrousel, et surveiller en permanence les bêtes avec des caméras. Pour une telle installation, il a fallu investir pas moins de 8,5 millions d’euros.
      https://www.franceinfo.fr/monde/europe/les-fermes-geantes-sont-devenues-la-norme-en-allemagne_894405.html

      Les actionnaires, les actionnaires, LES ACTIONNAIRES…! Voilà l’essence même de l’économie et la Commission européenne.
      Depuis Maastricht, le peuple coûte trop cher. Même avec le dumping social entre pays européens, on arrive pas à faire baisser ces coûts exorbitants.

      Qui peut encore croire aujourd’hui que les instances européennes agissent dans l’intérêt des peuples ?

      1. Avatar de Thomas jeanson
        Thomas jeanson

        Pascal

        Et ça n’a pas de fin : il y a 4 ou 5 ans, un bâtiment agricole a brûlé au Texas, entrainant la mort de 18 000 vaches ce qui représentait la moitié des animaux de cette  » ferme « …

      2. Avatar de Grand-mère Michelle
        Grand-mère Michelle

        Oui,oui, d’accord avec vous. C’est pourquoi j’avais écrit: « en principe ».

    1. Avatar de Paul Jorion

      **Nate Soares est une figure reconnue dans le champ de la recherche sur les risques existentiels liés à l’IA**, mais **sa reconnaissance est beaucoup plus marquée dans certains cercles spécifiques que dans l’ensemble de la communauté scientifique de l’IA**.

      ### 🔹 Qui est Nate Soares ?

      * Il est **président et directeur exécutif du *Machine Intelligence Research Institute* (MIRI)**, une organisation américaine qui se consacre à la recherche sur l’alignement des intelligences artificielles avancées. ([MIRI][1])
      * Il travaille dans ce domaine depuis plus d’une décennie et a contribué à une **corpus de travaux techniques sur l’alignement, la théorie de la décision et les incitations des systèmes avancés d’IA**. ([MIRI][1])
      * Avant MIRI, il a travaillé comme ingénieur chez **Google** et **Microsoft**, et comme associé de recherche au **National Institute of Standards and Technology**. ([MIRI][1])

      ### 🔹 Comment il est perçu

      **Dans les milieux spécialisés sur les risques existentiels de l’IA :**

      * Soares est souvent **présenté comme un expert influent**, surtout dans les débats autour de l’alignement de l’IA et des risques à long terme. ([Le Monde.fr][2])
      * Il est co-auteur (avec Eliezer Yudkowsky) d’un livre récent et largement discuté (*If Anyone Builds It, Everyone Dies*) qui pose une thèse très pessimiste sur l’avenir de l’IA. ([Le Monde.fr][2])
      * Ce livre a suscité **un débat intense et parfois polémique** dans les médias et parmi les chercheurs. ([Le Monde.fr][2])

      **Dans la communauté scientifique plus large de l’IA :**

      * Soares **n’est pas un “chercheur académique mainstream”** comme Geoffrey Hinton, Yann LeCun ou Yoshua Bengio, qui sont reconnus pour leurs contributions fondamentales à l’IA.
      * Sa notoriété est surtout liée aux **questions d’éthique et de risques futurs** plutôt qu’à des contributions techniques largement adoptées dans la recherche académique générale.

      ### 🔹 En résumé

      ✅ **Il est une figure reconnue et influente** dans les cercles qui s’intéressent aux risques existentiels, à l’alignement de l’IA et aux discussions philosophiques autour de l’intelligence artificielle avancée. ([MIRI][1])
      ❗ **Sa reconnaissance n’est pas universelle** dans l’ensemble de la recherche en IA : il est parfois considéré comme **controversé ou trop pessimiste** par d’autres experts. ([Siècle Digital][3])

      [1]: https://intelligence.org/team/nate-soares/?utm_source=chatgpt.com « Nate Soares »
      [2]: https://www.lemonde.fr/economie/article/2025/12/14/le-chercheur-nate-soares-doomer-de-l-ia-a-berkeley-prevoit-la-fin-de-l-humanite-c-est-de-la-folie-de-les-laisser-essayer_6657239_3234.html?utm_source=chatgpt.com « Le chercheur Nate Soares, « doomer » de l’IA à Berkeley … »
      [3]: https://siecledigital.fr/2025/09/22/un-livre-polemique-affirme-que-lia-finira-par-nous-eliminer/?utm_source=chatgpt.com « Un livre polémique affirme que l’IA finira par nous éliminer »

      (ChatGPT)

      1. Avatar de toutvabien
        toutvabien

        Bon rétablissement Paul !
        How Artificial Superintelligence Might Wipe Out Our Entire Species with Nate Soares | TGS 203
        https://www.youtube.com/watch?v=0tjOzQne1LY

  7. Avatar de Christian
    Christian

    Message à jorion et à ceux qui gèrent avec lui ce blog, vous devriez vous fixer une règle au niveau des illustrations photographiques et autres : ne pas utiliser, par facilité, les AI à ce niveau.
    Vous indiquez chaque fois, illustration ChatGPT ou autre AI, la problématique n’est pas là, celle-ci se situe dans la perception du lecteur de l’image, dire que cette illustration est d’une AI n’enlève en rien à l’émotion véhiculée par cette image, sans parler par la suite la reprise hors contexte de ces images soit par des AI, soit par des humains dans une bouillie ou la vérité des images disparait.
    Je vous donne en référence un excellent article sur le site https://synthmedia.fr de Paul Mecher « La fin de la preuve visuelle » .
    Je pense comme lui que la preuve visuelle est désormais caduque au niveau mondial, il faut donc désormais se passer de preuves visuelles et indiquer chaque fois pourquoi on ne fournira plus d’images en illustration de propos, sauf sur demande express du lecteur et en plus le prévenir que les illustrations qu’il pourrait trouver sur le web ne seront que le renforcement des aprioris qu’il aura pu éprouver en lisant un texte.

    Il faut désormais enseigner et apprendre une nouvelle lecture médiatique qui nous renvoie quasiment à la « caverne de platon »

    1. Avatar de bb
      bb

      Je partage votre conclusion mais votre proposition est anachronique : à l’heure de l’omniprésence visuelle, l’enjeu n’est pas de supprimer l’image.
      Comme vous l’écrivez, l’image reste un vecteur pédagogique et émotionnel essentiel.
      Plutôt que de la supprimer, il faut apprendre à naviguer avec discernement dans un monde où la technologie est désormais indissociable de la création.

      Contrairment à vous, je trouve qu’expliquer qu’une image est issue de l’IA est une démarche honnnête. C’est une solution demandée depuis 3 ans par les régulateurs. Même si sa généralisation me paraît illusoir.

      Votre proposition d’abolir toute image me paraît radicale.

      1. Avatar de Roberto
        Roberto

        Et j’ajoute que une image fruit du dialogue entre l’illustrateur I.A et l’auteur ent ant que rédacteur du pompt, de cette alliance a plus de chance d’être plus.. pertinente, efficace, parlante : le travail fourni par l’IA permet de décupler la qualité, dans le sens de qualité a transmettre un msg une émotion complexe au lecteur.
        En conséquence de quoi, tant que l’économie, les ressources, le permettent (par exemple data center qui chauffe la ville) je ne suis point d’accord pour interdire les images ni meme vidéos IA 🙂 — a moins de proposer à Paul, le service gratuit d’une myriade d’artistes.. engagés contres les images IA 🙂 et vous!

        Maintenant.. du point de vue de la ressources.. c’est une toute autre histoire.

        1. Avatar de Chabian
          Chabian

          Moi j’élargirais le propos sur la nécessité des images. En fait, la présence d’une image fait immédiatement appel aux émotions, directement interpellées. En plus du traitement (déformant) de l’info par le titrage. On peut y opposer l’apparence du « Monde Diplomatique » qui est avant tout accompagné d’oeuvres d’artistes, sans lien avec le contenu. (Il y a aussi des photos, des cartes et graphiques, mais rarement). Autrement dit, tout est devenu « tabloïd », sinon pire.
          Aujourd’hui, les médias cherchent à créer une addiction par un « tapis de bombes » d’informations non classées, cherchant à accrocher à un fil d’info et si possible obtenir du cerveau disponible durant l’ouverture de l’info. Et par exemple, ces photos « sujet » combinées à la présence de « l’expert médiatique » qui est ainsi mieux valorisé dans son « autorité » que par une lecture avec un esprit critique.
          Les images produites par l’IA en dessin de type caricatural, fréquentes sur les réseaux sociaux, cherchent à asséner des messages, sans appeler à la raison. Elles font plaisir, elles nourrissent les « clivages ».
          De ce fait, le « goût » de l’image, perception esthétique, disparaît.(Et son contenu humain, son message subliminal, à effets multiples, symboliques,… s’efface). L’image n’a qu’un rôle fonctionnel mais émotionnel, tandis que le texte rationnel devient… illustratif ! superfétatoire.

    2. Avatar de Thomas jeanson
      Thomas jeanson

      Notamment dans le compte rendu des luttes et des conflits :

      Tien an Mehn, 2 WW, ou Salavador Allende évoquent pour nous des images dont le nombre est finalement assez réduit. Le journalisme a trouvé LA photo, bien souvent, dans laquelle tout l’événement se retrouve véhiculé.

      Et ça, il me semble que c’est bel et bien fini.

      1. Avatar de timiota
        timiota

        Juste un poil holographiées, les « images de références ».
        Les artistes du moyen-âge ne faisaient pas non plus avec de la vérité (leg de la photo pour nous, récent).
        L’archange, le séraphin, les stylisations gothiques (celles du début), c’était « leurs » hologrammes, qui étaient censés résonner avec le grand tout que la spiritualité de l’époque charriait, pas des « images témoignages », des messages largement inscrits dans des récits, pensées, « assemblages » .
        C’est d’ailleurs ce qui fait les délices des critique d’art historique aujourd’hui, la lecture des oeuvres bien au-delà du « témoignage » (mais souvent post renaissance, cette attitude, un peu moins avant)

        1. Avatar de Jean-Yves
          Jean-Yves

          Il me semble même que la peinture a toujours réorganisée l’espace et pas que celui du tableau, c’était déjà le cas dans les grottes ornées d’animaux divers…

          Mais plus récemment, si on peut dire, voici ce qu’écrivait Henri Maldiney au sujet de Vermeer :
          « Vous concevez dès lors qu’un même élément du tableau, comme il a deux fonctions., celle d’indiquer un objet et celle plus fondamentales d’induire un rythme, à également deux dimensions : Une dimension extérieure représentative et une dimension intérieure rythmique. Il est à la fois un signe et une forme.
          La primauté de la forme sur le signe, du rythme sur l’image, est caractéristique de toute grande peinture, c’est à dire de toute peinture capable de créer un style. Oh ! sans doute, pouvons nous devant un tableau de Pieter de Hooch ou de Jan Steen procéder tout à l’inverse. Nous pouvons commencer par apercevoir les personnages – puis apprécier dans une seconde phase, la manière dont ils sont orchestrés par l’entourage, c’est à dire reconstituer une anecdote et un décor et sentir comment un fragment de vie quotidienne a été mais en scène par le peintre. Cette méthode satisfait d’ordinaire les amateurs de petits maitres. Mais si nous appliquons ce mode perception à un tableau de Vermeer de Delft, nous éprouvons très vite un sentiment de mystère à base de malaise. Ce malaise nous indique qu’il s’agit d’un pseudo-mystère dont le sentiment est lié à une insatisfaction et qui nous cache le vrai mystère et la vraie clarté de Vermeer. Un regard qui s’attache d’abord à reconnaitre en tant qu’image la femme au collier ou la peseuse d’or ou qui, devant la rue de Delft, analyse la disposition des maisons selon l’ordre ordinaire de nos perceptions naturelles, éprouve une sorte de déséquilibre. Il est sans cesse sollicité par des appels marginaux. Il ne peut pas se fixer. En vain cherche-t-il un point de vue d’où il pourrait épuiser le tableau, il est voué à l’errance. S’il est attentif à cette instabilité, il s’aperçoit qu’elle est due à un fait étrange : il ne peut pas s’empêcher de suivre un mouvement lumineux fait d’irrigations soudaines et tout à fait indépendante de l’ordre objectif des images. Et c’est à partir de cette course involontaire du regard que les formes du tableau prennent leur allure, leur structure, leur sens. Dès que le spectateur abandonne son attitude imageante, dès qu’il renonce à percevoir le tableau comme une réplique ornée de la nature, il se produit un remaniement global de la vision et personnages ou paysage émergent à une vie nouvelle qu’animent non plus les souvenirs du monde quotidien, mais le lumière unique de Vermeer. Les formes de Vermeer possèdent une douce force expansive dont l’énergie est de nature lumineuse. La lumière émane de foyers d’intensité très voisine mais cependant inégale. Ces foyers sont des centres actifs et leur rayonnement constitue la dimension première des formes, leur énergie créatrice d’espace. Mais ce n’est là que le premier aspect de Vermeer. Il est par ailleurs le seul peintre qui ai réussi à rendre effective l’illumination de l’espace vide.
          Je ne veux pas abuser d’une analyse conduite en dehors de la présence même des oeuvres. Mais je voudrais vous aider à rappeler en vous la vie lumineuse des fonds de Vermeer, dont la subtilité est telle qu’ils apparaissent à la fois comme des surfaces et comme des espaces. Le jeu entrelacé des sombres et des clairs, des tons froids et des tons chauds, est lié à un geste à la fois certain de l’ensemble et subtilement incertain du détail. Ses glacis froids sont si ténus qu’ils ont l’incertitude mobile de ces ombres légères que seul leur mouvement peut révéler. Toutes les conditions sont réunies pour que de la mouvance palpitante de notre regard naisse la mobilité de la lumière. Et cependant l’évidence de la surface est telle que la mobilité du mur, par exemple, a quelque chose d’immuable. Ce qui est la condition même de la perception d’un espace vide entre nous et le fond. Un tableau de Vermeer unit en lui les deux aspects dont je viens de parler. Il s’offre à nous comme une expansion lumineuse des formes dans un espace rempli d’une lumière immobile. Ce lent dévoilement du monde nous introduit à un être mystérieusement animé qui se cache derrière l’instantanéité prosaïque de notre première vision. Ce qui nous apparaissait tout d’abord comme chose – objets ou personnages – retourne lentement à l’état de phénomène. Et la vie d’un tableau de Vermeer manifeste un être qui n’est jamais une chose mais dans lequel nous rencontrons toutes choses. Le mystère de Vermeer est celui de sa clarté. Mais sa lumière est tellement enveloppante qu’au premier contact, nous ne la rencontrons pas. Elle est comme le bruissement continu d’une vie silencieuse. Vermeer est un intimiste. Mais un intimiste de l’univers.

          Ainsi nous avons perdu pied dans le monde des objets quotidiens pour nous retrouver… flottant avec lui dans un autre qui est le monde même de Vermeer. Nous avons retrouvé cet esprit d’enfance qui se meut en dehors de notre monde habituel.

          Ces quelques petites analyses nous apprennent qu’il est beaucoup plus difficile de voir une oeuvre ancienne qu’une oeuvre moderne (parce que la suggestion du quotidien y est plus forte et plus forte, par conséquent, la tentation de l’isoler dans une perception prosaïque qui passe résolument à coté du phénomène pictural. Qu’il s’agisse d’un tableau de Fouquet, d’Uccello, de Piero della Francesca, ou de Vermeer de Delft, la distance qui sépare la vision imageante, la vision par objets, de la vision esthétique qui se laisse conduire par le rythme des formes ou de la lumière mesure ce qu’on est en droit d’appeler l’abstraction créatrice du peintre. Et cette abstraction ne fait qu’un avec sa réalité.

          La réalité de Piero ou de Vermeer telle qu’elle est vécue au raz des oeuvres mêmes émerge d’un geste, propre à chacun d’eux, qui communique avec le monde à une profondeur qui ne se révèle que dans l’acte de cette communication même. Ce qui, à toutes les époques, à défini un grand Art, c’est la manière dont le peintre ouvre l’objet au monde en le déstabilisant de soi, en ne retenant de lui que ce qui est susceptible d’être animé par le style du monde qui s’impose à lui. Tout ce qui n’est pas capable de supporter l’épreuve de ce style, tout ce qui n’est pas mobilisable par ce rythme est partie morte. »

  8. Avatar de bb
    bb

    L’intuition d’Auguste Rodin, exprimée dès 1911, vient éclairer nos échanges. Pour lui, le danger n’était pas encore l’IA, mais déjà la perte de la patience du regard.

    Rodin affirmait que « les gens de notre temps ne savent plus voir ». Il dénonçait une société qui préfère les « petits systèmes » et les images de surface à la vérité profonde de la nature. Cela rejoint la critique de Chabian sur l’image qui « n’a plus qu’un rôle fonctionnel » : pour Rodin, une image qui ne cherche que l’effet immédiat (le « joli » ou le « frappant ») est une image morte.

    Rodin insistait sur le fait que la beauté nécessite un effort : « C’est à force de regarder qu’on finit par voir. »

    Face à l’argument de Roberto sur l’efficacité de l’IA, Rodin poserait probablement la question du « caractère » : l’image générée possède-t-elle cette « vérité intérieure » qui transparaît sous la forme, ou n’est-elle qu’une combinaison statistique de surfaces ?

    Face au constat de Thomas Jeanson sur la fin de l’image unique, Rodin rappellerait que l’art n’est pas une question de quantité, mais de méditation. Pour lui, la multiplication des images sans « regard pénétrant » ne fait qu’accentuer le brouillard entre l’homme et la réalité.

    L’analyse de Rodin suggèrerait que le problème n’est pas l’outil (IA ou burin), mais la disponibilité de notre esprit. Que l’image soit le fruit d’un prompt ou d’une sculpture, elle ne retrouve sa valeur que si l’observateur accepte de s’arrêter pour « lire dans le grand livre de l’univers », plutôt que de subir le flux des réseaux sociaux.

    ————————

    (Extrait de L’Art) 1911 – Auguste Rodin

    « À vrai dire, l’art n’a plus aucune place dans la vie moderne. On le traite comme un objet de luxe, comme une parure inutile. On ne comprend plus que le service de l’esprit est le plus nécessaire de tous.

    L’art est mort.

    Autrefois, dans les vieilles cités, la beauté était partout. Elle était dans les édifices, dans les meubles, dans les moindres ustensiles. L’âme humaine s’y reflétait.

    Aujourd’hui, l’utilitarisme est la seule loi. Les hommes ne cherchent plus que le profit immédiat. Ils ne savent plus admirer, ils ne savent plus contempler. Les hommes ne sont plus des pensants. Ils sont devenus les esclaves des machines. Ils ont remplacé la méditation par l’agitation. Ils ne savent plus s’arrêter devant une fleur, devant un ciel, pour essayer de deviner le secret de leur beauté. Ils ne voient plus dans l’univers qu’une matière à exploiter, une machine à produire.

    Et pourtant, sans l’art, l’humanité ne peut pas vivre. Car l’art, c’est la recherche de la vérité, c’est la joie de l’intelligence qui voit clair dans l’univers et qui le recrée en l’illuminant de conscience. L’humanité actuelle semble vouloir se passer d’âme. Elle veut être un corps sans esprit. Mais ce corps finira par s’écrouler de son propre poids s’il ne retrouve pas la lumière que seul l’art peut lui apporter. »

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