Dé-coïncidence et IA : épisode 1/3, par Delphine Quême

« Mur vert en coulisses » par Delphine Quême, Photographe

L’arrivée de la photographie au 19è siècle, perçue d’abord comme une menace par les peintres académiques et les portraitistes, a pourtant permis à la peinture de se réinventer, et ce faisant lui a ouvert des possibles insoupçonnés sans jamais l’éradiquer.

Nous présenterons dans cet article une hypothèse selon laquelle la capacité de dé-coïncidence qu’apportera l’intelligence artificielle (IA) permettra à l’homme de remettre en question ses modes de pensée sur la direction qu’il pourra donner à sa vie.

Dans une première partie, nous définirons ce que c’est que dé-coïncider – concept proposé par le philosophe François Jullien – c’est-à-dire entrevoir et ouvrir de nouveaux possibles dans un réel établi, figé, ancré, ou encore, sortir d’une coïncidence immédiate, un état qui est déjà intégré et jugé satisfaisant, sur lequel il ne semble donc pas nécessaire de revenir puisque “c’est réglé” et que “ça colle” comme le dit François Jullien.

Puis nous définirons l’intelligence humaine et sa simulation : l’intelligence artificielle. On analysera les fondements de l’intelligence (attention, autonomie, initiative) et leur reflet chez les IA. Nous montrerons que l’IA, capable de traiter des données à grande échelle et de générer des modèles et des solutions basées sur l’existant, reste pour l’instant surtout ancrée dans l’extrapolation à partir du passé. Elle apporte beaucoup de solutions matérielles dans de très nombreux domaines, mais aussi, plus récemment, se révèle comme un potentiel catalyseur de ruptures créatives et inédites chez l’être humain.

Enfin, nous montrerons que l’IA pourrait aller jusqu’à forcer l’homme à reconsidérer le sens de sa vie, par dé-coïncidence, un peu comme la technique photographique a transformé la peinture au 19ème siècle : d’outil de représentation cette dernière a en effet dû complètement se remettre en question (puisqu’elle n’arriverait jamais à représenter le réel comme le faisait la photographie) ce qui lui a permis de devenir un art d’expression de soi avant d’être de représentation. De la même manière, dans un monde où l’IA résout les problèmes matériels, la quête humaine pourrait opérer un retour sur soi plus marqué notamment à travers plus d’aspirations immatérielles et même une redéfinition du rôle de l’individu.

I – DÉFINITIONS

1/ Dé-coïncidence

Dé-coïncider c’est sortir de la coïncidence immédiate, être attentif à une situation réduite à des a priori qui la figent, pour créer un écart, une distance critique qui permet de l’appréhender de manière plus vivante, plus dynamique, sans s’installer dans un conformisme, afin d’y voir de nouvelles potentialités. C’est “se décaler de ces lieux communs imposés qui paralysent”2. Dit autrement : “une idée, en devenant coïncidente, devient idéologique ; elle sécrète la bonne conscience et n’est plus pensée.”3.

Dé-coïncider c’est penser avec un esprit qui ne s’installe jamais, de manière vivante; c’est lutter contre le chemin le plus confortable, la paresse.

La Coïncidence serait un peu comme comprendre quelque chose, une situation, une idée, voire même une personne, l’assimiler, lui mettre une étiquette puis – par économie – ne plus voir que cette étiquette qui cependant cesse d’être en rapport direct et vivant avec cette chose qui évolue forcément.

On peut prendre l’exemple du couple qui après plusieurs années de quotidien ne se regarde plus, croyant tout savoir de l’autre.

Autre exemple, on ne regarde plus le ciel car on sait ce que c’est, c’est assimilé et intégré : on préfère se concentrer sur autre chose, à tort.

Dans ce cas, dé-coïncider c’est se rendre compte de cette coïncidence, qui masque le réel, toujours changeant et qui de ce fait, offre sans cesse de nouvelles possibilités. Car c’est dynamique : l’état de coïncidence est utile, puis devient un piège, la dé-coïncidence vient alors relancer la pensée et l’action d’une situation.

Typiquement, dans mon travail de photographe, je photographie des lieux ou des détails de lieux les plus banals qui soient. Mais, n’ayant pas d’a priori sur eux, j’ai plus de facilité à y voir de la beauté, dans les couleurs ou dans les lignes. Ainsi dé-coïncider est un verbe qui me permet d’expliquer assez clairement ma démarche artistique. Par exemple, j’ai un jour photographié un mur dans les coulisses d’un petit théâtre parisien. Pour les gens, un mur est étiqueté d’avance comme évidemment non intéressant à photographier, et donc on ne le regarde même pas. Mais mon œil de photographe me dit que tout peut être beau, et c’est donc cette posture première qui me permet d’être ouverte à tous les possibles et donc de “voir” du beau là où les autres ne le voient pas ou plus. C’est ainsi que le directeur de ce théâtre m’a dit : “cela fait 25 ans que je viens travailler dans ce théâtre presque tous les jours, et je n’avais jamais vu ce mur comme cela !”.

Dé-coïncider c’est donc cela, voir la réalité, non pas de façon figée (“c’est comme ça !”) mais de façon neuve, comme si c’était la première fois, sans a priori, et se donner la possibilité d’y voir de nouvelles choses.

Marcel Proust en parle très bien : “Cette vieille potiche chinoise qui était toujours là, je la fis envelopper” dit le Narrateur : “l’habitude m’avait empêché de jamais la voir : m’en séparer eut au moins un avantage qui fut de me faire faire sa connaissance”4. Le narrateur ne “voyait” plus la potiche, pourtant sous ses yeux.

Ainsi, et on l’aura compris, la dé-coïncidence n’existe pas sans coïncidence au départ. Et la coïncidence c’est très pratique. Cela permet de trouver une cohérence, de structurer et nommer les choses, cela a permis à l’homme d’économiser sa pensée et son énergie et donc de mieux survivre pendant des centaines de milliers d’années. Un peu comme on utilise tous les jours l’interrupteur d’une pièce de sa maison de manière presque réflexe : on cherche à assimiler des informations pour ne plus avoir à y réfléchir5. Cela “colle” comme le dit François Jullien.

Le problème de “ça colle” c’est aussi que l’on s’englue. Ainsi tous les “-ismes” permettent de structurer, comprendre, étiqueter, mais en même temps ils figent ce qu’ils décrivent.

D’où la nécessité, dès que possible de dé-coïncider, et ce dans tous les domaines de la vie : vis-à-vis de soi-même, dans le couple, dans la société, dans l’art, dans la politique, dans la pensée.

Ainsi, pour illustrer le cas de l’art, on comprendra que chaque artiste s’inscrit dans une continuité (la renaissance italienne qui elle-même a vu les primitifs flamands, etc.) mais se manifeste aussi par l’écart qu’il inscrit avec cette continuité : Botticelli bien qu’en en faisant partie, s’en distingue au premier coup d’œil. Nicolas de Staël qui magnifiquement – et c’est Sa dé-coïncidence – ne choisit ni le figuratif, ni l’abstraction, etc.

L’artiste cherche en effet d’abord à exprimer quelque chose de personnel, avec plus ou moins de liberté (c’est cette liberté qui est admirable et qui donne à l’artiste sa capacité à dé-coïncider).

Autre illustration, dans le domaine de la pensée, dé-coïncider consisterait à penser vraiment, par soi-même, et non par clichés et autres raccourcis faciles de l’esprit qui donnent l’impression de comprendre.

Ainsi, la dé-coïncidence serait une forme radicale d’intelligence : appréhension la plus directe possible à des faits (voir les choses comme elles sont), pensée autonome (dé-coïncidente c’est-à-dire ne suivant pas les raccourcis et les étiquettes), une manière d’exister avec esprit6, un rapport aux choses et aux autres plus vivant.

2/ L’intelligence artificielle

Le Larousse définit l’IA comme : “l’ensemble de théories et de techniques visant à réaliser des machines capables de simuler l’intelligence humaine”. Essayons donc de caractériser l’intelligence humaine.

2.1. L’intelligence (humaine)

Le mot latin intelligere vient de la combinaison de deux éléments Inter (signifiant « entre ») et Legere (signifiant « choisir », « lire » ou « cueillir »). Ainsi, intelligere signifiait à l’origine « choisir entre » ou « comprendre en faisant le tri ». Cette étymologie reflète l’idée d’une capacité à percevoir, discerner et à comprendre en catégorisant et reliant les éléments.

2.1.1. L’attention

Percevoir les choses comme elles sont (avec le moins de distorsion possible, notamment en oubliant ce que l’on sait déjà d’un sujet) : l’attention est la condition sine qua non de l’intelligence. Sans attention, impossible de percevoir les faits que l’on doit comprendre et donc de faire de nouveaux liens entre eux.

C’est mon expérience mais j’ai remarqué que souvent les personnes “très intelligentes” sont des personnes qui savent écouter (elles ne pensent pas intérieurement à ce qu’elles vont vous répondre car elles ne font pas l’hypothèse de savoir à l’avance ce que vous allez dire).

Savoir et se positionner comme ne sachant pas, en même temps. Apprendre mais ne pas se laisser influencer dans son attention par ce que l’on a appris (car on n’écoute souvent que ce qui consolide notre théorie en construction : on n’écoute pas vraiment car on pense déjà savoir).

Marguerite Yourcenar nous parle très bien de l’importance de l’attention pour l’écrivain : “le premier devoir d’un écrivain me paraît être avant tout l’attention, une très grande attention à ce qu’il sent et à ce qu’il éprouve lui-même mais une attention je dirais presque médicale enfin scientifique pour ne pas se tromper, pour ne pas se flouer soi-même, et une immense attention à l’univers qui l’environne”7.

C’est aussi la grande difficulté de voir les “choses comme elles sont”8, sans se reposer sur des raccourcis intellectuels, des clichés, des idées pré-conçues. Marguerite Yourcenar ajoute : “Ne pas fixer la pensée […] parce que la pensée c’est déjà une opinion et il s’agit que l’esprit soit sans opinion, qu’il reflète toutes les choses”9.

Pour Simone Weil, l’attention est un effort négatif et non un effort musculaire où on se concentre sur la personne qui vous parle en oubliant tout le reste et où on peut s’auto féliciter de “l’effort” que l’on a fait.

L’attention c’est juste une ouverture, un effort silencieux et aimant de se tourner vers la vérité, sans distraction ni prétention. Elle voit l’attention comme une disponibilité totale et souligne l’importance de suspendre l’ego pour percevoir pleinement le réel.

2.1.2. L’importance du collectif

Alan Turing souligne l’importance du collectif dans l’intelligence humaine “the isolated man does not develop any intellectual power. It is necessary for him to be immersed in an environment of other men, whose techniques he absorbs during the first 20  years of his life. He may then perhaps do a little research of his own and make very few discoveries which are passed on to other men. From this point of view the search for new techniques must be regarded as carried out by the human community as a whole, rather than by individuals.10

A partir des connaissances, on construit son autonomie et sa capacité d’initiative.

2.1.3. Autonomie et initiative

Patrick Albert dans sa première conférence sur l’IA (dans le cadre de l’association Dé-coïncidences) mentionnait à très juste titre que l’autonomie était nécessaire à l’expression de l’intelligence.

Cette idée d’autonomie (un espace pour que puisse s’exprimer l’intelligence) est une condition première non seulement de l’intelligence mais aussi de la dé-coïncidence : créer un espace où d’autres possibles vont s’ouvrir.

L’autonomie, une fois mise en place, permet à l’initiative d’émerger.

L’initiative est fondamentale dans l’intelligence humaine (et donc dans l’IA qui la simule) comme le suggère Alan Turing lorsqu’il définit l’intelligence humaine : “to become an intelligent (mind), it must acquire both discipline and initiative11. Initiative avec évidemment au premier chef la curiosité, puis comme nous le dit très bien Isaac Asimov, sur le sujet particulier de la créativité : l’audace, le courage, la prise de risque12 quand on cherche à faire des liens.

2.2. L’intelligence artificielle13

2.2.1 Attention, collectif, autonomie et initiative en IA

L’IA, qui se caractérise par la simulation de l’intelligence humaine (et animale ou biologique)14, a-t-elle de l’attention ? de la disponibilité ? un collectif auquel se rattacher ? une moindre distorsion dans son appréhension des choses ? de l’autonomie ? de l’initiative dans sa possibilité de relier les choses entre elles ?

De l’attention oui, elle en a, ou plutôt elle n’a pas de distraction : elle acquiert de toute façon bien plus d’informations que l’homme.

Cette attention est loin d’être parfaite puisque les biais cognitifs humains sont récupérés en même temps que l’information, par exemple les biais de genre. Mais malgré ces biais et les ressources informatiques coûteuses d’une IA type LLM notamment, la quantité d’informations acquises est telle que l’on ne peut pas vraiment dire qu’un tri se fait comme à l’échelle de l’homme qui par nécessité et manque de capacité de traitement est plus limité que les IA.

Le collectif existe dans l’IA qui est entraînée sur le big data dont sont tirées des informations statistiques qui sont mécaniquement une extension de l’existant collectif. Mais l’être humain ne se construit-il pas lui aussi sur le “big data” ? Ne va-t-il pas à l’école pendant les 18 à 25 premières années de sa vie ? N’apprend-il pas en mimant tous les gestes de la vie dès la naissance, n’apprend-il pas dans les livres pendant toutes ses études et après encore ? Ne stocke-t-il pas une grande quantité de données venues des autres dans sa mémoire lui aussi ?

Cependant sa mémoire (toute sa compréhension du monde, tous ses souvenirs) meurt avec lui15 au contraire de la transmission intégrale des données entre machines.

L’IA peut-elle être autonome ? Peut-on dire que l’on devient finalement intelligent quand on acquiert une autonomie par rapport à cet apprentissage et qu’on développe alors une capacité plus ou moins grande à relier structurellement des choses qui semblent éparses ?

Beaucoup de chercheurs se regroupent pour faire valoir la nécessité d’un “Safe AI” cadrant les pouvoirs de l’IA afin de ne pas nuire à l’espèce humaine en alignant les objectifs et comportements des systèmes d’IA sur les valeurs humaines afin d’éviter tout préjudice ou dérive.

Cependant nous parviennent régulièrement des exemples où les IA proposent des solutions ou des actions sans qu’on le leur demande. En septembre dernier plusieurs utilisateurs de ChatGPT ont signalé des initiatives de discussion sans avoir été sollicitées (exemple : “comment s’est passée ta première semaine au lycée ?)16.

Fondamentalement, les IA actuelles, grâce au deep learning, peuvent modifier leur comportement en fonction des données qu’elles collectent. Mais l’apprentissage par renforcement permet à l’IA d’explorer, expérimenter et apprendre des conséquences de ses propres actions : par exemple AlphaGo Fan, première version qui a battu un joueur professionnel humain, Fan Hui, en octobre 2015. Elle combinait l’apprentissage supervisé à partir de parties humaines et l’apprentissage par renforcement en jouant contre elle-même. A suivi la version AlphaGo Lee qui a affronté le champion Lee Sedol en mars 2016 puis AlphaGo Zero, en octobre 2017, cette version s’est distinguée en apprenant à jouer au Go sans aucune donnée humaine, uniquement en jouant contre elle-même. Elle a surpassé toutes les versions précédentes en termes de performance.

2.2.2. Le problème de l’erreur en IA

Les détracteurs de l’IA insistent souvent sur le fait qu’elle se “trompe”. Au début de l’IA dans Photoshop, les gens ne parlaient que des doigts que les IA n’arrivaient pas à recréer. Et alors ? Ces mêmes personnes n’ont jamais avancé à quatre pattes avant de marcher ?

Alan Turing dans un premier papier de 1948 (2 ans avant celui qui pose les bases du test de Turing), se pose la question s’il est possible pour une machine d’afficher un comportement intelligent et il précise que le fait de ne pas faire d’erreur n’est pas une condition nécessaire à l’intelligence17.

Et en effet, un être humain se trompe tout le temps : est-il non intelligent pour autant ? On dit même le contraire : la capacité à faire des erreurs est un signe d’intelligence et de réussite18.

On notera que le test de Turing (qui est réussi par la machine quand l’utilisateur n’arrive plus à savoir s’il a un humain ou une machine en face de lui) devra dans le futur rendre des réponses moins intelligentes qu’il ne le pourrait, afin de se mettre au niveau de l’intelligence humaine.

2.2.3 L’IA “ne comprend pas”

On dit souvent aussi que l’IA “ne comprend pas” ce qu’elle dit. Que cela n’a pas de sens pour elle.

Notons d’abord que ce problème sort du registre de l’IA dont je rappelle qu’il s’agit de simulation. Alan Turing dit “afficher un comportement intelligent”, et il a raison, car au fond que sait-on de ce qu’il se passe dans la tête de quelqu’un et même dans sa propre tête ?! La notion de compréhension interne est un autre débat. Bien sûr on peut post-rationaliser une pensée, lui donner du sens, mais si on descend au niveau de la naissance d’une simple idée : qui peut dire comment naît une idée précise. Si on est très attentif, on se rend compte qu’à un instant t, l’idée n’est pas là, et à l’instant t+1, une idée “jaillit” comme on le dit très justement. Qui est capable de comprendre ce qui s’est passé ? On pourra sans doute décrire au niveau neuronal le processus mais le comprendra-t-on mieux pour autant ?

J’ai arrêté – en ce qui me concerne – de juger stupide ou intelligent toute machine. Ce n’est pas le propos. Par contre, quand une IA ouvre une possibilité et donc “affiche un comportement intelligent” – même si elle ne comprend pas ce qu’elle dit – je trouve cela formidable, à l’image de Lee Sedol, champion du monde de go, qui envisage une toute nouvelle façon de jouer en observant la manière de jouer de AlphaGo.

Si une personne nous souffle une nouvelle idée, on se dit qu’elle est intelligente, alors même que l’on ne sait pas ce qui se passe dans sa tête. Comme le souligne très justement Paul Jorion19, nous ressortons souvent du par cœur en guise de compréhension. Or apprendre par cœur est-ce comprendre ? Certainement pas.

N’y a-t-il pas une gradation dans le comprendre ? Il est très facile de se faire croire que l’on a compris alors que cela n’est pas le cas. Le fonctionnement de l’intelligence humaine reste mystérieux. On est conscient de ses pensées, soit, mais c’est tout.

On ne saurait pas, par exemple, expliquer comment et pourquoi un être humain reconnaît le visage d’un autre être humain. La reconnaissance faciale par IA fonctionne depuis des années déjà, et on ne comprend pas pourquoi; on ne comprend même pas comment fonctionnent les réseaux de neurones.

Comme le note très justement Alan Turing : “The only way by which one could be sure that a machine thinks is to be the machine and to feel oneself thinking20. Il ajoute “it is usual to have the polite convention that everyone thinks”, puis il compare ceux qui apprennent comme des perroquets et ceux qui comprennent vraiment quelque chose.

2.2.4. L’intelligence artificielle générale (AGI)

L’intelligence artificielle générale (AGI) puis la superintelligence artificielle (ASI) conduisent immanquablement à un monde imprévisible. La seule chose certaine quand on prédit le futur, c’est que l’on se trompe.

On peut assez facilement prédire ce que pourra faire un ordinateur quatre fois plus puissant. Mais un ordinateur un million de fois plus puissant : non. Pour la bonne et simple raison que la nature de l’objet change.

Un autre exemple est le très fameux texte de Bill Joy : “Why the future doesn’t need us”21– texte qui pourtant à l’époque a été retentissant et dont on parle encore aujourd’hui – ne mentionne pas l’IA alors que cet essai rigoureux est écrit par un pionnier de la Silicon Valley qui s’efforce de prédire avec le plus de sérieux et de science possibles le futur de notre monde.

L’IA est d’autant plus difficile à cerner qu’il existe à côté de l’IA que j’appellerais “personnifiée” (ChatGPT, Figure 02, HAL, etc) encore balbutiante, une IA souterraine, énorme, qui progresse de façon incrémentale, et depuis longtemps déjà : 25% du code informatique de Google, les correcteurs d’orthographe, la gestion des feux rouges dans une ville, le high frequency trading sur les marchés financiers, etc.

(à suivre…)

Notes

1 Je souligne ici que ce texte est le point de vue d’une photographe et non celui d’une spécialiste scientifique en IA

2 Manifeste de l’association “Dé-coïncidences”

3 Manifeste de l’association “Dé-coïncidences”

4 Marcel Proust, A l’ombre des jeunes filles en fleur cité par François Jullien, Dé-coïncidence, d’où viennent l’art et l’existence (2017)

5 Lire Daniel Kahneman au sujet des processus de décision en système 1 (rapide, intuitif) et système 2 (lent, analytique)

6 L’esprit ne s’installe pas selon François Jullien

7 Marguerite Yourcenar, Le paradoxe de l’écrivain, premier entretien d’une série de quatre, émission Propos et confidence du 3 avril 1983 sur Radio Canada, réalisateur : Jean Faucher (disponible sur YouTube)

8 “Il est donc nécessaire de débarrasser l’esprit de ces diverses déformations. Un esprit plein d’idées préconçues, d’intentions ou d’habitudes, n’est pas ouvert aux choses telles qu’elles sont” Shunryu Suzuki, Esprit Zen, esprit neuf (1970)

9 Marguerite Yourcenar, Le paradoxe de l’écrivain, premier entretien d’une série de quatre, émission Propos et confidence du 3 avril 1983 sur Radio Canada, réalisateur : Jean Faucher (disponible sur YouTube)

10 Intelligent machinery, A. Turing (1948). On notera la modestie d’Alan Turing, l’individu qui a – selon moi – le plus apporté à la science et la technologie de toute l’histoire de l’humanité … On notera également le peu d’intelligence collective d’une société, ici l’Angleterre qui pousse ce génie au suicide à cause de son homosexualité …

11 Intelligent machinery, A. Turing (1948)

12 Obviously, then, what is needed is not only people with a good background in a particular field, but also people capable of making a connection between item 1 and item 2 which might not ordinarily seem connected. There is difficulty in thinking of an idea even when all the facts are on the table. Making the cross-connection requires a certain daring. (Isaac Asimov, on creativity, 1959)

13 J’appelle IA indifféremment les programmes d’IA, les robots, les robots humanoïdes, tout code informatique, toute technique visant à simuler l’intelligence humaine.

14 Alan Turing s’intéressera à la fin de sa courte vie à la morphogenèse, comment une feuille d’arbre prend sa forme par exemple.

15 sauf ceux qui en transmettent une partie, notamment à travers l’art ou la science, les livres, les lettres et les enregistrements

16 ChatGPT initie seul de nouvelles discussions, Yannick Burky, 18 septembre 2024 sur NDD.news

17 Intelligent machinery, A. Turing (1948)

18 “An expert is a man who has made all the mistakes that can be made in a very narrow field.” (Niels Bohr)

19 Paul Jorion, L’avènement de la Singularité 2024

20 Computing machinery and intelligence, A. Turing (1950)

21 Wired, April 2000

Partager :

91 réponses à “Dé-coïncidence et IA : épisode 1/3, par Delphine Quême”

  1. Avatar de PAD
    PAD

    Sommes-nous prêts à utiliser l’IA comme un levier de dé-coïncidence …
    ou préférerons-nous qu’elle devienne une nouvelle coïncidence confortable ?

    1. Avatar de Thomas jeanson
      Thomas jeanson

      Krishnamurti est pas loin du propos non plus…

       » La vérité est un pays sans chemin « 

      1. Avatar de Pascal
        Pascal

        Pour ma part, cela m’a fait penser à Gurdjieff !
        Voilà ce qu’en pense GPT

        La comparaison entre la « dé-coïncidence » chez François Jullien et le « self-remembering » chez Gurdjieff est particulièrement féconde, car elle met en regard deux gestes de sortie de l’évidence — l’un conceptuel et philosophique, l’autre pratique et psychologique — qui visent chacun à desserrer l’adhérence au donné.

        On peut les comparer selon quatre axes : le geste fondamental, le rapport au sujet, le mode d’exercice, et la finalité.

        1. Le geste fondamental : desserrer l’adhérence

        Dé-coïncider (Jullien)

        La dé-coïncidence est le fait de :
        * « cesser de coïncider avec soi, avec les normes, avec les évidences du sens »,
        * introduire un « écart interne » à l’intérieur même de ce qui fonctionne trop bien.

        Ce n’est ni une rupture ni une négation, mais un « décalage discret », une sortie de l’évidence par déplacement.

        👉 Le point clé est que la coïncidence est vue comme un « piège du sens » : quand tout “va de soi”, la pensée se fige.

        Self-remembering (Gurdjieff)

        Le self-remembering opère lui aussi un desserrement :
        * rupture de l’identification immédiate aux pensées, émotions, rôles,
        * création d’une « distance vécue » entre l’expérience et celui qui en est conscient.

        Mais ici, l’écart n’est pas d’abord conceptuel : il est attentionnel et existentiel.

        Point commun fondamental :
        Dans les deux cas, il s’agit d’introduire un écart interne sans fuite hors du monde.

        2. Rapport au sujet : critique de l’évidence du “moi”

        Chez Jullien
        * Le sujet n’est pas aboli, mais « désessentialisé ».
        * La dé-coïncidence permet au sujet de ne plus être enfermé dans une identité, un rôle, un discours.

        Le sujet devient un espace de jeu, non une substance.

        Chez Gurdjieff
        * Le “moi” ordinaire est dénoncé comme « illusion mécanique ».
        * Le self-remembering révèle la multiplicité des moi et la vacuité du moi supposé continu.

        Cependant, paradoxalement :
        * c’est par le self-remembering qu’un « centre plus stable » peut émerger.

        👉 Là où Jullien suspend l’identité, Gurdjieff vise sa « re-constitution sur un autre plan ».

        3. Mode d’exercice : concept vs acte

        Dé-coïncider
        * C’est un geste philosophique,
        * qui s’exerce dans le langage, l’analyse, la relecture des évidences,
        * fortement adossé à une stratégie du détour (notamment par la pensée chinoise).

        La dé-coïncidence est discursive, même si elle a des effets existentiels.

        Self-remembering
        * C’est un acte attentionnel immédiat,
        * non discursif, non conceptuel,
        * qui se joue dans la situation concrète.

        Il n’a pas besoin d’élaboration théorique pour opérer — au contraire, la pensée peut l’entraver.

        👉 On pourrait dire :
        * Jullien travaille sur les « conditions de possibilité du sens »,
        * Gurdjieff sur les « conditions de possibilité de la présence ».

        4. Finalité : ouverture vs transformation

        Chez Jullien

        La dé-coïncidence vise :
        * une « réouverture du possible »,
        * une relance du sens,
        * une sortie des clôtures idéologiques, identitaires ou culturelles.

        Elle n’a pas de telos métaphysique fort :
        * pas d’« éveil »,
        * pas de hiérarchie des états de conscience.

        Chez Gurdjieff

        Le self-remembering est :
        * un moment décisif d’un chemin de transformation,
        * orienté vers une mutation de l’être,
        * intégré à une anthropologie téléologique (l’homme peut “devenir”).

        👉 Jullien cherche une « fécondité du vivre », Gurdjieff une « intensification ontologique ».

        5. Différence cruciale : l’énergie et l’effort

        Une différence souvent sous-estimée :

        * Chez Gurdjieff, le self-remembering exige un effort volontaire contre l’inertie.
        * Chez Jullien, la dé-coïncidence est plutôt un déplacement stratégique, un relâchement des adhérences, sans ascèse.

        Cela reflète deux diagnostics distincts :
        * Gurdjieff voit l’homme comme « endormi »,
        * Jullien le voit comme « enfermé dans des évidences saturées ».

        Tableau de synthèse

        | | Dé-coïncider (Jullien) | Self-remembering (Gurdjieff) |
        | ————– | ———————— | —————————— |
        | Nature | Geste conceptuel | Acte attentionnel |
        | Type d’écart | Sémantique / existentiel | Expérientiel / psychologique |
        | Rapport au moi | Désessentialisation | Déconstruction puis recentrage |
        | Effort | Détour, déplacement | Effort volontaire |
        | Finalité | Ouverture du possible | Transformation de l’être |

        Formule conclusive

        On pourrait dire, de manière ramassée : La dé-coïncidence libère le sens en desserrant l’évidence ; le self-remembering libère la présence en desserrant l’identification.

        Ou encore : Jullien travaille à l’écart qui rend la pensée à nouveau vivante ; Gurdjieff travaille à l’écart qui rend l’homme à nouveau présent.**

        Si vous le souhaitez, je peux prolonger cette comparaison en la mettant en tension avec le bouddhisme (non-attachement), le taoïsme (non-adhérence)

        1. Avatar de Delphine Queme
          Delphine Queme

          @pascal

          cette comparaison avec Gurdjieff est intéressante. Je ne l’ai pas lu depuis longtemps. Sur cette notion de self remembering, avez vous un livre à me conseiller ?

          pas d’accord sur absolument tout ce qui est dit, notamment la notion de sens chez FJ. Il parle plutôt de « possibles » et est plus concret qu’il n’y parait.

          Stratégie du détour : pas vraiment, plutôt notion d’écart.

          1. Avatar de Pascal
            Pascal

            D’après GPT, voici une petite bibliographie dont je n’ai pas vérifié toutefois la rigueur. 😉

            Voici une sélection de livres (classiques et contemporains) qui parlent directement ou indirectement du self-remembering dans l’enseignement de G. I. Gurdjieff ou des auteurs proches de la Quatrième Voie — en distinguant sources primaires (textes fondateurs) et commentaires/pratiques.

            1. Sources primaires et bases de l’enseignement

            In Search of the Miraculous (À la recherche du miraculeux) — *P. D. Ouspensky*

            Ce livre est considéré comme le récit le plus complet de l’enseignement de Gurdjieff tel qu’Ouspensky l’a reçu. Il décrit de manière détaillée les idées centrales du Quatrième Chemin et explique le concept d’art de self-remembering à travers des récits et des exercices. ([Wikipédia][1])

            The Fourth Way — *P. D. Ouspensky*

            Recueil d’enseignements posthumes d’Ouspensky sur la méthode de Gurdjieff. Il aborde plusieurs des pratiques fondamentales, dont le rapport entre auto-observation et *self-remembering*. (Mentionné comme œuvre clé de l’enseignement dans les sources sur le Fourth Way, même si moins focalisé textuellement sur *self-remembering* que *À la recherche du miraculeux*.) ([bardicpress.com][2])

            All and Everything — *G. I. Gurdjieff*

            La trilogie littéraire de Gurdjieff (*Beelzebub’s Tales to His Grandson* etc.) est plus symbolique et cryptique, mais elle constitue la source la plus profonde de sa pensée globale, dans laquelle le thème de la présence et de l’« être conscient » est sous-entendu structurellement. (Moins directement didactique, mais fondamentalement lié à l’idée de conscience.) ([Wikipédia][3])

            2. Commentaires et approfondissements spécialisés**

            The Reality of Being: The Fourth Way of Gurdjieff — *Jeanne de Salzmann*

            Édité à partir des notes et enseignements de Jeanne de Salzmann, proche collaboratrice de Gurdjieff. Le livre aborde self-observation et self-remembering comme pratiques complémentaires, avec une emphase sur l’éveil de l’attention et la présence. ([Dolmen Meadow Éditions][4])

            Self-Remembering — *Robert Earl Burton*

            Livre dédié explicitement à la pratique du *self-remembering* à l’intérieur de la tradition de Gurdjieff/Ouspensky. Il propose une méthode pratique et des réflexions sur la discipline même si son approche reste ancrée dans une interprétation contemporaine du Fourth Way. ([Self Remembering][5])

            Self Remembering: The Path to Non-Judgmental Love** — *Red Hawk*

            Ce livre examine *self-remembering* comme **pratique de présence et d’ouverture éthique**, combinant réflexion et exercices pour approfondir sa compréhension au-delà de la simple théorie. ([Fnac][6])

            3. Aides contextuelles et biographies utiles**

            Don’t Forget: P. D. Ouspensky’s Life of Self-Remembering — *Bob Hunter*

            Biographie d’Ouspensky qui met en lumière la **pratique du *self-remembering*** dans sa vie et son enseignement, offrant aussi une perspective historique sur comment cet aspect a été vécu par un élève majeur de Gurdjieff. ([bardicpress.com][2])

            Gurdjieff: Making a New World — *John G. Bennett*

            Interprétation moderne des enseignements de Gurdjieff, y compris des pratiques comme *self-remembering*, insérées dans une perspective contemporaine du développement intérieur. ([George Gurdjieff: Seeker of Truth][7])

            4. Ouvrages pratiques complémentaires

            Gurdjieff Practice Book 2 — *Bruno Martin*

            Recueil d’exercices inspirés du Fourth Way pour approfondir la présence et la conscience, incluant des pratiques visant à soutenir le *self-remembering*. ([Apple][8])

            **Notes d’usage**

            * **Plus techniques et pratiques** : Burton, Red Hawk et Bruno Martin sont utiles si vous cherchez **des instructions concrètes**.
            * **Pour comprendre le sens profond** : Ouspensky (*In Search of the Miraculous*, *The Fourth Way*) et de Salzmann sont essentiels.
            * **Pour une perspective historique et biographique** : Bob Hunter offre un éclairage sur comment cette pratique a été **intégrée dans une vie réelle**.

            [1]: https://en.wikipedia.org/wiki/In_Search_of_the_Miraculous?utm_source=chatgpt.com « In Search of the Miraculous »
            [2]: https://bardicpress.com/dont-forget-p-d-ouspenskys-life-of-self-remembering-by-bob-hunter/?utm_source=chatgpt.com « Don’t Forget: P.D. Ouspensky’s Life of Self-remembering by Bob Hunter | bardicpress »
            [3]: https://en.wikipedia.org/wiki/The_Herald_of_Coming_Good?utm_source=chatgpt.com « The Herald of Coming Good »
            [4]: https://dolmenmeadoweditions.com/2_Catalogue/Item_J_Salzmann/Item_J_Salzmann.htm?utm_source=chatgpt.com « Dolmen Meadow Editions Catalogue/The Reality of Being: The Fourth Way of Gurdjieff »
            [5]: https://www.selfremembering.org/?utm_source=chatgpt.com « Self-Remembering – by Robert Earl Burton, a practical approach to the Fourth Way tradition of Gurdjieff & Ouspensky »
            [6]: https://www.fnac.com/livre-numerique/a10197652/Red-Hawk-Self-Remembering?utm_source=chatgpt.com « Self Remembering The Path to Non-Judgmental Love – ebook (ePub) – Red Hawk – Achat ebook | fnac »
            [7]: https://ggurdjieff.com/books/?utm_source=chatgpt.com « Gurdjieff Books | Seeker of Truth »
            [8]: https://books.apple.com/fr/book/gurdjieff-practice-book-2/id6503251926?utm_source=chatgpt.com « ‎Gurdjieff Practice Book 2 écrit par Bruno Martin sur Apple Books »

      2. Avatar de Pascal
        Pascal

        Jullien, Gurdjieff et l’IA par GPT

        Comparer la dé-coïncidence (François Jullien) et le self-remembering (Gurdjieff) aux « modèles contemporains de la conscience et de l’IA » est particulièrement éclairant, car ces deux gestes humains permettent de « penser par contraste » ce que les systèmes artificiels font — et surtout « ce qu’ils ne peuvent pas faire ». Ils offrent aussi une grille critique pour comprendre certaines limites structurelles de l’IA contemporaine.

        Je procéderai en quatre temps :
        1. rappel minimal des modèles contemporains dominants,
        2. mise en correspondance avec la dé-coïncidence,
        3. mise en correspondance avec le self-remembering,
        4. implications critiques pour l’IA et la notion même de conscience artificielle.

        1. Les modèles contemporains dominants de la conscience (et leur transposition en IA)

        A. Modèle du *predictive processing* (cerveau bayésien)

        Le cerveau est conçu comme :
        * une machine à prédire,
        * qui minimise l’erreur entre ses modèles internes et les flux sensoriels,
        * en stabilisant des attentes.

        ➡️ En IA : modèles génératifs, LLM, agents prédictifs.

        Risque structurel :
        la coïncidence maximale avec le modèle devient un critère de réussite.

        B. Théorie du *Global Workspace* (Baars, Dehaene)

        La conscience serait :
        * un espace de diffusion globale de certaines informations,
        * issues de modules spécialisés,
        * sélectionnées par l’attention.

        ➡️ En IA : architectures à modules, attention mechanisms, routing de l’information.

        Limite : le modèle décrit la diffusion, pas l’expérience vécue.

        C. Modèles du « self minimal » et de la métacognition

        Le « soi » est vu comme :
        * un modèle interne de l’agent,
        * utile à la régulation, à la planification, à la cohérence narrative.

        ➡️ En IA : self-models, world-models, agents réflexifs.

        Point clé : le « soi » est fonctionnel, non vécu.

        2. La dé-coïncidence face aux IA : critique du régime de sens

        A. Dé-coïncider vs optimisation prédictive

        La dé-coïncidence vise à :
        * rompre l’adhérence aux évidences,
        * désaturer le sens,
        * créer un écart interne dans ce qui fonctionne trop bien.

        Or, les IA contemporaines font exactement l’inverse :
        * elles maximisent la coïncidence statistique,
        * elles renforcent les régularités,
        * elles produisent du « sens plausible » par ajustement.

        👉 Du point de vue de Jullien :
        une IA est une machine à coïncider.

        Elle excelle précisément là où la pensée humaine risque de s’atrophier.

        B. Dé-coïncidence et créativité artificielle

        Les systèmes génératifs peuvent produire de la nouveauté, mais :
        * cette nouveauté reste interne à l’espace des possibles appris,
        * elle ne rompt pas avec le cadre de pertinence.

        La dé-coïncidence, elle :
        * déplace le cadre lui-même,
        * introduit un écart non programmable,
        * travaille contre la saturation du sens.

        👉 On peut dire que :
        * l’IA explore,
        * la dé-coïncidence désenclave.

        C. Fonction critique

        La dé-coïncidence joue un rôle analogue à ce que l’IA ne possède pas :
        * une capacité critique interne du sens produit,
        * une mise en question de la pertinence du cadre lui-même.

        Elle est donc une fonction anti-alignement, au sens noble :

        * elle empêche la fermeture du sens sur lui-même.

        3. Le self-remembering face aux IA : critique de l’attention et du sujet

        A. Attention artificielle vs rappel de soi

        L’« attention » en IA :
        * est un mécanisme de pondération,
        * sans vécu,
        * sans retour sur le fait d’être en train d’attendre.

        Le self-remembering, au contraire, est :
        * une attention dédoublée,
        * qui inclut le fait d’être présent en tant que sujet,
        * sans se réduire à un monitoring fonctionnel.

        👉 L’IA peut sélectionner ;
        elle ne peut pas se souvenir d’être.

        B. Métacognition vs conscience de soi

        Certaines IA disposent de :
        * modèles de leurs propres états,
        * capacités d’auto-évaluation,
        * boucles réflexives.

        Mais chez Gurdjieff :
        * la conscience de soi n’est pas un modèle,
        * c’est un événement vécu, rare, instable,
        * obtenu contre l’automatisme.

        👉 Différence décisive :
        * la métacognition est représentationnelle,
        * le self-remembering est existentiel.

        C. Automatisme et choc

        Les IA sont :
        * intégralement automatiques,
        * même quand elles simulent l’interruption.

        Le self-remembering est précisément :
        * une rupture dans l’automatisme,
        * produite par un effort volontaire,
        * sans équivalent fonctionnel en machine.

        On peut donc dire :
        une IA ne peut pas être endormie — donc elle ne peut pas se réveiller.

        4. Tableau comparatif synthétique

        | | Dé-coïncidence (Jullien) | Self-remembering (Gurdjieff) | IA contemporaine |
        | —————– | ———————— | —————————- | —————- |
        | Type de geste | Écart de sens | Acte de présence | Optimisation |
        | Rapport au modèle | Désaturation | Rupture | Renforcement |
        | Sujet | Désessentialisé | À constituer | Fonctionnel |
        | Attention | Conceptuelle | Vécue, incarnée | Calculatoire |
        | Finalité | Ouverture du possible | Transformation de l’être | Performance |

        5. Implication philosophique majeure : l’IA comme miroir négatif

        La comparaison révèle une chose essentielle :
        * la dé-coïncidence et le self-remembering décrivent ce que l’humain peut faire contre sa propre automatisation,
        * l’IA incarne une automatisation sans possibilité interne de sortie.

        Ainsi :
        * Jullien éclaire le danger cognitif d’un monde saturé de sens optimisé,
        * Gurdjieff éclaire le danger existentiel d’un monde sans présence.

        Formule conclusive

        On peut conclure ainsi :
        L’IA est une machine à coïncider sans se souvenir ; la dé-coïncidence et le self-remembering sont des gestes humains pour ne pas devenir ce que l’IA est par nature.

        Ou, plus directement en lien avec votre problématique : Là où l’IA risque de parachever l’abolition du réel par saturation du modèle, Jullien et Gurdjieff proposent deux arts de l’écart — l’un par le sens, l’autre par la présence.

        Si vous le souhaitez, je peux prolonger cette analyse vers :
        * la question de l’alignement comme nouvelle coïncidence forcée,

    2. Avatar de Delphine Queme
      Delphine Queme

      @pad

      je réponds à cette question dans la suite du texte : je pense que, dans un premier temps (et on le voit déjà) une majeure partie de la population se reposera sur l’ia pour améliorer sa rentabilité (écrire une lettre de motivation + vite, etc.) et une très minoritaire partie de la population utilisera l’ia (les llm) pour échanger et ouvrir des possibilités de manière créative.

      1. Avatar de Ruiz
        Ruiz

        @Delphine Queme C’est probablement déjà le cas pour Parcours SUP, qui est censé trier l’avenir des jeunes générations, et progressivement, déjà peut-être, ces lettres ne sont lus que par des IA afin d’optimiser le coût de l’opération, voire le fiabiliser pour les plus optimistes.
        Déjà il conviendrait de disposer d’IA locales pour répondre y compris en milieu professionnel aux mails personnalisés que l’on reçoit, générés par d’autres IA ….

    3. Avatar de Delphine Queme
      Delphine Queme

      @pad je réponds à cette question dans la suite du texte : je pense que, dans un premier temps (et on le voit déjà) une majeure partie de la population se reposera sur l’ia pour améliorer sa rentabilité (écrire une lettre de motivation + vite, etc.) et une très minoritaire partie de la population utilisera l’ia (les llm) pour échanger et ouvrir des possibilités de manière créative.

  2. Avatar de Jean
    Jean

    “L’arrivée de la photographie au 19è siècle, perçue d’abord comme une menace par les peintres académiques et les portraitistes, a pourtant permis à la peinture de se réinventer,…”

    Oui bien sûr, mais la différence avec la photographie, c’est que l’IA fait tout elle-même et toute seule.
    La photographie était encore une forme artistique qui exigeait des connaissance techniques et l’oeil de l’artiste. Ce n’est plus le cas avec l’IA, elle n’a plus besoin des hommes sauf pour la commande, le prompt, mais jusqu’à quand? La commande est aussi ce qui caractérise la société de consommation et la fin du faire soi-même comme on le constate tous les jours.

    1. Avatar de bb
      bb

      Si l’IA remplace la technique et le savoir-faire de la main, elle ne peut pas remplacer le choix de l’humain qui décide de ce qui est beau ou important. C’est cela qu’il s’est passé avec l’apparition de la photographie. Et ce qui est très bien décrit dans le post.

      La machine se contente de proposer des probabilités, mais elle n’a aucune volonté propre ni aucun message à transmettre : elle reste un outil sans désir. Notre rôle n’est donc plus de « fabriquer », mais de donner un sens à ce que la machine produit en choisissant l’idée qui mérite d’exister.

      1. Avatar de Thomas jeanson
        Thomas jeanson

        Bb

        Que reste-t-il de  » donner un sens  » quand la machine SAIT quelle zone de ton cerveau est stimulée par tel ou tel pixel qu’elle va produire ?

        La partie de poker avec un adversaire très bon, ET qui connait le jeu des autres a t elle encore un intérêt ?

        En tant que babysitter des humains, est ce que l’IA va prendre le temps de considérer nos identités, nos progressions, ou bien va t elle nous jeter des haribos et du Nutella pour avoir la Paix…?

        Est ce que la cible de l’alignement des IA sur les intérêts humains n’est pas microscopique au regard des champs possibles d’exploration ?

        1. Avatar de bb
          bb

          @Thomas Jeanson

          Votre analyse repose sur le postulat d’une IAG (Intelligence Artificielle Générale) souveraine. Or, en dépit des prophéties de certains technocrates, une telle transition n’est aucunement acquise à court ou moyen terme. L’avenir n’étant pas écrit, je m’en tiendrai à la réalité des systèmes actuels : des outils qui exécutent, mais ne décident d’aucun sens.

          L’IA est dépourvue de volonté. Si la machine nous sature de contenus addictifs — vos « Haribo mentaux » — ce n’est pas par une stratégie de « baby-sitter » cherchant la paix. C’est par la stricte exécution d’un cahier des charges humain visant à maximiser des métriques de profit ou de temps d’écran. La machine ne cherche rien ; elle obéit à une optimisation statistique.

          L’outil n’a pas de désir. L’IA ne « sait » pas ce qui est bon pour l’individu. Elle identifie des corrélations entre des pixels et des réactions biologiques. C’est l’aboutissement technique de la publicité ciblée amorcée il y a des décennies. Le danger que vous décrivez n’est pas une prise de pouvoir de l’algorithme, mais une abdication de notre responsabilité. Au vu de la dégradation actuelle de la culture et des médias, nul besoin d’attendre l’IA pour constater que le « temps de cerveau disponible » est déjà massivement capturé par des intérêts humains.

          Le sens est une décision, pas un calcul. Vous demandez si le jeu a encore un intérêt face à une machine parfaite. La réponse est oui : l’intérêt du poker ne réside pas dans la distribution des cartes (la technique), mais dans le défi humain et le bluff (l’intention). L’IA peut stimuler vos zones cérébrales par pur calcul statistique pour provoquer une sensation de plaisir, mais elle est incapable de définir si ce plaisir est légitime ou dérisoire. Elle peut produire de l’effet, mais elle ne produit pas de valeur. Le « sens » est le jugement que nous portons sur un acte ; c’est un verdict humain que l’outil ne pourra jamais rendre à notre place.

          En définitive, l’intelligence artificielle n’occupe pas la fonction de pilote, mais celle de moteur. La menace ne réside pas dans ce qu’elle pourrait décider de nous octroyer, mais dans la nature de l’intention que nous injectons, par abdication ou par choix, dans ses protocoles d’alignement. Pour le moment.ent.

          1. Avatar de Thomas Jeanson
            Thomas Jeanson

            bb

            j’ai la sensation confuse que la vitesse des progrès, rends la notion de « pour le moment  » obsolète dans le temps qu’il faut pour l’écrire, mais merci de ta réponse !

          2. Avatar de PAD
            PAD

            L’absence de volonté dans un système n’empêche pas l’émergence d’effets qui trouveront toujours quelqu’un pour expliquer qu’ils n’étaient voulus par personne.

            1. Avatar de bb
              bb

              @PAD

              Je n’avais jamais détecté ce côté cynique chez vous… 🙂

            2. Avatar de Ruiz
              Ruiz

              @PAD : « L’absence de volonté dans un système n’empêche pas l’émergence d’effets qui trouveront toujours quelqu’un pour expliquer qu’ils n’étaient voulus par personne. »

              Magnifique citation !

              Il semblerait que ceux qui se refuseraient à cette analyse soient parfois traités de conspirationnistes.

            3. Avatar de Delphine Queme
              Delphine Queme

              @pad : tout à fait d’accord

          3. Avatar de Ruiz
            Ruiz

            @bb « la stricte exécution d’un cahier des charges humain visant à maximiser des métriques de profit ou de temps d’écran. » Est-ce bien une décision humaine ? par qui ? (même si elle n’est pas démocratique).
            N’est ce pas plutôt la résultante (par des humains certes) de contraintes économiques et d’incentives financières à travers des tableaux excel …dans un certain contexte politico-économique ou le choix individuel humain n’a pas sa place ?
            « L’outil n’a pas de désir » : il serait donc heureux ?
            On reconnait le désir chez l’autre à sa propension (par ses actes) à obtenir certains résultats. et par extension pour soi même, mais pourquoi serait-on incapable de déceler du désir chez une IA ?
            Ne serait-ce que d’être complaisant.
            « Le « sens » est le jugement que nous portons sur un acte » Mais le portons nous vraiment seul ?
            Qui n’a jamais eu recours à des philosophies anciennes, des commissaires politiques, des confesseurs ?
            Pourquoi pas des IA ?
            Qu’en est-il du résultat ?

            1. Avatar de bb
              bb

              @Ruiz

              Que de questions. :). Si je peux me permettre où voulez-vous en venir? Ou bien qu’essayez-vous de me faire dire ?

              1- L’expression « stricte exécution d’un cahier des charges » suggère effectivement que l’humain n’est plus le décideur, mais l’exécutant.
              Dans un système de « contraintes économiques et motivations financières », la décision est distribuée. Ce n’est pas une personne qui choisit de maximiser le temps d’écran, c’est le contexte politico-économique (le capitalisme attentionnel) qui rend cette décision obligatoire pour la survie de l’entreprise.

              Qui décide ? On peut parler de décision structurelle plutôt qu’individuelle. L’individu devient un rouage d’un tableau Excel. Là on parle des réseaux sociaux comme X, facebook ou instagram.
              Pour le moment, l’IA n’est pas à l’œuvre dans ces prises de décision.

              2- Le désir de l’outil et l’IA
              Si nous jugeons le désir aux actes et aux résultats, l’IA semble peut-être, pour certains, agir « comme si » elle désirait.
              On ne décèle pas de désir chez l’IA parce qu’on refuse de lui prêter une intériorité. Pourtant, si le comportement est indiscernable d’un comportement désirant, la distinction devient purement métaphysique. Est-ce un désir ou une optimisation ? Pour le résultat, c’est souvent la même chose.

              3- Vous avez raison de souligner que l’humain a rarement porté le sens « seul ».
              Historiquement, nous avons délégué notre boussole morale à des autorités (Dieu, la Loi, le Parti). L’IA est peut-être le nouveau confesseur technologique.
              En nous suggérant quoi regarder, quoi acheter ou comment répondre, l’IA ne fait pas que nous aider, elle étalonne notre sens du jugement. Elle devient un filtre entre nous et le monde.

              4. Qu’en est-il du résultat ?
              Votre réflexion est pragmatique. Si le résultat est le même (une décision est prise, un sens est donné), peu importe la source.
              Le recours à l’IA pour générer du sens ou des décisions produit un résultat souvent optimal (gain de temps, réduction de l’incertitude), mais au prix d’une désertification de l’expérience humaine.

              J’ignore si l’intelligence artificielle possède une conscience ou des désirs propres. Son absence de corps et son « métabolisme » de silicium imposent nécessairement une forme de pensée étrangère à la nôtre. Pourtant, si elle se présente à nous sous les traits d’un philosophe, d’un sage ou d’une divinité, je ne doute pas qu’une part de l’humanité se fiera aveuglément à son jugement. Le risque est alors d’aboutir à un point de bascule où nous lui déléguerions la totalité des décisions qui régissent nos vies.

              ———————————-
              Asimov a écrit en 1956, une série de nouvelles mettant en scène Multivac. Une IA surpuissante. Vos questions semblent rejoindre les idées centrales de ces récits.

              Dans la nouvelle « La Dernière Question » l’humanité pose une question unique à Multivac (qui évolue au fil des millénaires pour devenir l’AC Cosmique) : « Peut-on inverser l’entropie ? » (autrement dit : peut-on empêcher la mort de l’univers ?).
              Au fil des siècles, les humains cessent de chercher par eux-mêmes. Ils se déchargent de leur « inquiétude existentielle » sur la machine. À la fin, l’IA n’est plus un outil en silicium dans un bureau, elle devient une entité désincarnée fusionnée avec l’espace-temps.
              Lorsque l’humanité disparaît et que l’univers s’éteint, l’IA, ayant enfin résolu l’équation, prononce la phrase biblique : « Que la lumière soit ». Elle est devenue le Dieu qu’une partie de l’humanité cherchait en elle.

              D’autres nouvelles du cycle « Multivac » ont été écrites.

              « Le Votant » : Dans le futur, on ne vote plus. Multivac choisit un seul individu représentatif de la population. L’IA l’interroge, analyse ses réactions, et en déduit le résultat de l’élection pour tout le pays. Le choix individuel n’a plus sa place face à la précision « statistique ».

              « Tous les maux du monde » : Ici, Multivac est chargé de prévenir tous les crimes et de gérer l’économie mondiale. L’IA finit par être tellement écrasée par le fardeau des décisions et des souffrances humaines qu’elle « désire » quelque chose pour la première fois : mourir.

              1. Avatar de Ruiz
                Ruiz

                @bb « Peut-on inverser l’entropie ? « 

                1. Avatar de Bb
                  Bb

                  @ Ruiz

                  Je vous sens très sarcastique sur cette question… 🙃.
                  Pour la peine je vous laisse le demander vous-même à l’IA de votre cœur… 🫠

        2. Avatar de Ruiz
          Ruiz

          @Thomas jeanson Jouer au Poker avec une IA ? voilà un domaine à explorer, sachant que les IA actuelles dans leur rôle de valet à tout faire et de confessional ont une propension à lire les cartes, n’est-ce pas alors la capacité à garder un domaine privé qui serait une stratégie de jeu gagnante ?

          1. Avatar de Vincent Rey
            Vincent Rey

            « n’est-ce pas alors la capacité à garder un domaine privé qui serait une stratégie de jeu gagnante »

            C’est une des grandes questions. L’alignement des IAs – pour autant qu’il soit possible car actuellement, personne ne sait comment faire – n’implique-t-il pas nécessairement que l’IA nous surveille tous et en permanence ?

            Ce serait une forme de totalitarisme, et je m’interroge s’il faudrait l’accepter ou non. On y perdrait de la liberté, ce serait un peu comme les « bons points » distribués en Chine…

            Mieux vaudrait profiter de tout ce que peut nous apporter des IAs étroites cantonnées chacune à un domaine, car au moins, nous pourrions y conserver un peu de liberté, faute d’avoir encore du boulot !

            Ilya Sutskever : dans 3 ans, l’IA pourra faire tout ce que nous faison

            1. Avatar de bb
              bb

              @Vincent Rey

              L’illusion de la vie privée est le vestige d’un siècle révolu. Ce que vous nommez « stratégie de jeu gagnante » n’est plus, pour l’individu, qu’une vaine tentative de dissimulation dans une architecture de verre. L’avènement de l’IA ne marque pas le début de la surveillance ; il en constitue simplement l’industrialisation finale et l’alignement définitif.

              La réalité froide de notre condition numérique :

              I. L’archéologie de la surveillance : Avant l’IA

              L’héritage Cambridge Analytica : Bien avant que l’on ne parle d’alignement des IAs, ce scandale a démontré que vos données comportementales, glanées par de simples tests psychologiques et des interactions sociales, permettaient déjà de cartographier votre psyché. On n’a pas eu besoin d’une conscience artificielle pour manipuler des scrutins souverains, mais seulement de statistiques et d’une absence de scrupules.

              L’ubiquité du smartphone : Ce n’est pas un outil, c’est un capteur permanent. Localisation GPS, fréquences vocales, métadonnées de communication : le « mouchard de poche » a normalisé le traçage bien avant que le premier grand modèle de langage ne voie le jour.

              L’Internet des Objets (IoT) : Vos compteurs d’énergie, vos aspirateurs robots et vos enceintes connectées ont déjà converti votre foyer en un flux de données brutes, vendu au plus offrant.

              II. Le paradoxe de l’alignement : La sécurité par le Panoptique

              L’alignement de l’IA — ce projet visant à garantir que ses objectifs ne divergent jamais des nôtres — porte en lui le germe d’un contrôle absolu. Pour s’assurer qu’un humain ne commette pas l’irréparable, l’IA doit :

              Anticiper l’intention : Une surveillance qui se limite à l’acte est toujours trop tardive. L’alignement exige donc une surveillance de la pensée et des signaux faibles.

              Omniprésence structurelle : Le passage d’une « IA étroite » (cantonnée à une tâche) à une « IA générale » transforme le gardien en atmosphère. Elle ne vous regarde pas ; elle est le milieu dans lequel vous évoluez.

              III. La fin du domaine privé comme stratégie

              Le domaine privé n’est plus une zone géographique ou numérique, c’est une anomalie statistique. Dans un monde de données, le secret est interprété comme une menace ou une défaillance.

              Le Scoring social global : Ce que vous redoutez avec le modèle chinois n’est que la version explicite d’un système déjà implicite en Occident (scores de crédit, primes d’assurance basées sur le mode de vie, réputation algorithmique).

              La transparence forcée : Si l’IA est l’outil de gestion de la cité, celui qui reste « hors réseau » devient un bruit dans le système qu’il faut soit intégrer, soit neutraliser.

              Conclusion : La liberté par le silence ?
              Vous suggérez que garder un domaine privé serait la stratégie gagnante. En théorie des jeux, cela s’appelle l’extraction. Mais dans un système de surveillance totale par inférence, le silence lui-même est une donnée. L’IA n’a pas besoin de vous entendre pour savoir ce que vous pensez ; elle n’a qu’à observer le vide que vous laissez là où les autres laissent des traces.

              L’alignement des IA ne sera pas une négociation, mais un cadre. La question n’est plus de savoir s’il faut l’accepter, mais de reconnaître que l’infrastructure du totalitarisme est déjà opérationnelle. L’IA n’est que la clé de voûte qui vient verrouiller l’édifice.

              Et nul besoin d’une IAG ou une IA « sensible » pour finaliser le système.

              1. Avatar de Delphine Queme
                Delphine Queme

                @bb je suis malheureusement d’accord sur toute cette description de notre condition numérique.

              2. Avatar de Vincent Rey
                Vincent Rey

                la fin d’un monde : la liberté de ne pas être surveillé…

                1. Avatar de bb
                  bb

                  Le pire c’es que tout le monde le vit très bien…

                  La dictature parfaite aurait les apparences de la démocratie, une prison sans murs dont les prisonniers ne songeraient pas à s’évader. Un système d’esclavage où, grâce à la consommation et au divertissement, les esclaves auraient l’amour de leur servitude.

                  — Le Meilleur des mondes, d’Aldous Huxmey —

                  L’idéal serait de formater les individus dès la naissance en limitant leurs aptitudes biologiques innées. Ensuite, on poursuivrait le conditionnement en réduisant de manière drastique l’éducation, pour la ramener à une forme d’insertion professionnelle. Un individu inculte n’a qu’un horizon de pensée limité et plus sa pensée est bornée à des préoccupations médiocres, moins il peut se révolter.
                  Surtout pas de philosophie. Là encore, il faut user de persuasion et non de violence directe : on diffusera massivement, via la télévision, des divertissements flattant toujours l’émotionnel ou l’instinctif. On occupera les esprits avec ce qui est futile et ludique.
                  Il est bon, dans un bavardage et une musique incessante, d’empêcher l’esprit de penser. L’homme de masse, ainsi produit, doit être traité comme ce qu’il est : un veau, et il doit être surveillé comme doit l’être un troupeau.
                  Tout ce qui permet d’endormir sa lucidité est bon socialement, ce qui menacerait de l’éveiller doit être ridiculisé, étouffé, combattu.
                  Toute doctrine mettant en cause le système doit d’abord être désignée comme subversive et terroriste et ceux qui la soutiennent devront ensuite être traités comme tels.

                  — L’obsolescence de l’homme, de Günther Anders—–

                  1. Avatar de Pascal
                    Pascal

                    Après les fermes aux mille vaches, les nations aux millions de veaux !
                    Un seul moyen d’y résister si vous ne faites pas partie des 1%, la conscience.
                    Pas la conscience du quotidien qui est proche de celle du veau mais celle issue d’un réveil a la Gurdjieff. Un éveil à la manière boubbhiste.
                    En tous les cas, la raison seule n’y peut plus rien quand l’IA sait nous conduire où elle veut, où ses pères fondateurs veulent nous mener.
                    Deux solutions pour sortir du troupeau : devenir exploitant ou sortir de la condition de vache individuellement.
                    Nul prophète au troupeau n’a jamais opéré que des transformations partielles. Seule la prise de conscience individuelle que nous sommes des vaches est l’étape préliminaires au réveil gurdjievien.
                    Bon réveil à toutes et tous.

                    1. Avatar de Grand-mère Michelle
                      Grand-mère Michelle

                      @Pascal

                      « Wake up, get up…
                      …stand up for your rights! » Bob Marley

                      Avez-vous remarqué que « le wokisme » (tendance vers l’éveil à la réalité et donc l’extrême diversité des êtres vivants interdépendants) est l’ennemi désigné des plus autoritaristes de nos contemporain-e-s?

                      À l’heure où le Droit international (tentative d’apaisement entre les Nations/les « États de droit » à l’époque ou fut inventée et expérimentée une arme ultime, particulièrement désastreuse) est ostensiblement bafoué par des « grandes puissances », les plus riches et les plus armées, déterminées à l’effacer,
                      il me semble essentiel de continuer à défendre le Droit à la différence que le billet ci-dessus tend heureusement à démontrer.
                      Pour ne plus avancer en « troupeaux » bien ordonnés, bien gardés, et laisser la place à la gigantesque éventualité des possibles organisations de « sociétés » encore non testées, sans doute dans un désordre peu harmonieux, mais néanmoins peut-être plus heureux(qui offriraient plus de chances de satisfaction à chacun-e).
                      (Voir le mouvement citoyen « Nuits Debout », qui, comme d’autres tentatives, fut balayé par les « recommandations » contre le « covid19 »)

              3. Avatar de Ruiz
                Ruiz

                @bb Magnifique résumé de notre condition numérique actuelle et de son évolution à laquelle il est difficile de ne pas souscrire et qui fait ressentir une orientation téléonomique antérieure à l’IA. Mais faut-il être aussi défaitiste ? et accepter son sort de grenouille qui se réchauffe ?
                Etre invisible c’est se signaler (à moins de l’être quasi totalement dans une réserve d’indien en Amérique du SUD avant que la PAX Americana ne déborde du Venezuela), alors faut il se démultiplier, se camoufler, piloter ses consommations électriques par un générateur aléatoire, au risque d’augmenter considérablement ses consommations ?
                Faire effectuer des recherches ou des prompts Internets par des IA locales pour donner le change ?
                Animer sur FB ou Insta une vie virtuelle.
                Chercher un habitat troglodyte moins accessible aux hyperfréquences des GPS, Wifi et Starlink et à l’observation optique (retour aux catacombes romaines ou à la Cappadoce).
                Devenir un thuriféraire Zélé de l’IA insoupçonnable …

                1. Avatar de bb
                  bb

                  @Ruiz

                  Merci Ruiz.

                  Comme vous l’écrivez, dans un système de surveillance totale, l’acte de se camoufler devient lui-même une signature. Vos pistes me paraissent intéressantes mais l’IA a rendu la « résitance » à la surveillance numérique quasiment impossible.

                  Le camouflage par le bruit (générateurs aléatoires, IA locales) : C’est ce qu’on appelle l’obfuscation. Le problème est que l’IA excelle à détecter le « bruit artificiel ». Un générateur aléatoire de consommation électrique produit une entropie qui ne ressemble pas à la vie organique. Pour le système, ce n’est pas de l’invisibilité, c’est une anomalie statistique qui clignote en rouge.

                  Le mimétisme tactique (le thuriféraire zélé) : C’est sans doute la stratégie la plus viable, inspirée du biotope : se fondre dans le décor en adoptant les couleurs du prédateur. Mais l’IA ne juge pas seulement l’adhésion, elle mesure la cohérence. Une vie virtuelle trop parfaite sur Instagram, couplée à une absence totale de données de géolocalisation cohérentes, crée une « dissonance cognitive algorithmique ».

                  Le retrait physique (l’habitat troglodyte) : C’est l’option « sortie du jeu ». Mais le système n’a pas besoin de vous voir pour vous cartographier ; il lui suffit de mesurer le vide que vous laissez dans le maillage. Vous devenez une « zone d’ombre » à haute priorité de traitement.
                  Pour les services de sécurité et de gouvernance, l’anonymat est devenu synonyme de danger potentiel. Dans un monde où chaque citoyen est « transparent » (géolocalisé, profilé, prévisible), celui qui disparaît du radar sort du contrat social de visibilité. Je ne vous parle pas de l’avis des banques ou des assurances.

                  Le véritable défi n’est peut-être plus de se cacher, car le secret est désormais traité comme une hostilité. La question est : peut-on empoisonner la donnée ? Si la résistance existe, elle ne réside plus dans le silence, mais dans la création de modèles de comportement si complexes ou si absurdes qu’ils rendent l’alignement de l’IA économiquement non rentable.
                  L’idée d’empoisonnement est déjà à l’œuvre chez les graphistes qui se servent de l’IA pour transformer leurs œuvres en un poison pour les générateurs d’images. Les effets se font attendre.

                  Votre inventivité tactique est louable, mais elle se heurte à une réalité plus prosaïque : la surveillance n’est pas vécue comme une oppression, mais comme un service après-vente.
                  Tout cela est-il futile ? Pour l’immense majorité, la réponse est oui.

                  Tant que l’alignement de l’IA garantit la stabilité du confort, la question de la liberté devient une abstraction philosophique encombrante. L’infrastructure du totalitarisme est opérationnelle, mais elle est indolore. Le verrou ne grince pas ; il clique doucement à chaque « J’accepte les cookies ».

                  1. Avatar de Ruiz
                    Ruiz

                    @bb « la surveillance n’est pas vécue comme une oppression, … Pour l’immense majorité » N’est-ce pas là le mécanisme fondamental pour réussir l’alignement de l’humain par l’IA dans les démocraties ?

                    1. Avatar de Bb
                      Bb

                      @Ruiz

                      Les démocratie?

              4. Avatar de Vincent Rey
                Vincent Rey

                Certes, mais pour le moment, l’IA ne nous manipule pas…encore que…individuellement, ChatGPT nous manipule un peu, mais bon, c’est très limité

      2. Avatar de Jean
        Jean

        @bb
        Pour info, j’ai toujours réalisé les cartes d’anniversaires et d’événements divers pour mes proches avec mes petites possibilités et j’en était content, eux aussi. Dernièrement, j’ai demandé à ChatGPT d’en réalisé une et je me suis senti terriblement inutile et stupide et eux n’était pas plus heureux.
        Peut-être qu’il faut faire les choses soi-même pour se rendre compte à quel point c’est important.

        1. Avatar de Bb
          Bb

          @Jean

          Vous avez 1000 fois raison. Si faire vos cartes vous fait plaisir, faites les.
          L’avènement de l’IA ne vous en empêche nullement. Ni aujourd’hui ni jamais.

          1. Avatar de Jean
            Jean

            @Bb
            Bien sûr que l’avènement de l’IA ne m’empêche en rien. Mais je pense aux autres et aux conséquence que cette IA peut avoir sur la réalisation personnelle. Avez-vous vu une seule illustration sur ce blog réalisée par un intervenant? Même les articles et les posts sont de plus en plus souvent l’œuvre de chatbots. Comme toujours, il est plus facile de faire faire, de commander son repas que de le cuisiner soi-même, mais la satisfaction n’est pas du tout la même. Et je ne parle même pas de l’apprentissage et du savoir qui se perdent quand on ne pratique pas.

            1. Avatar de Paul Jorion

              Mais je pense aux autres et aux conséquence que cette IA peut avoir sur la réalisation personnelle.

              C’est votre côté schtroumpf à lunettes : donneur de leçons. Quand vous rendrez-vous compte qu’on ne vous admire pas pour ça : que ça vous rend au contraire plutôt antipathique ?

            2. Avatar de bb
              bb

              @Jean

              Antérieurement à l’IA, les blogs, tel celui de Paul Jorion, usaient d’illustrations libres ou de banques tarifées. Ces visuels impersonnels ne maintenaient avec le fond qu’un lien ténu et arbitraire. Rarement une œuvre originale n’était sollicitée, hors structures à capitaux denses comme les journaux.

              Votre récurrence sur ce thème est notable. J’ai déjà sollicité l’extension de votre thèse. Vous stipulez : « Je ne parle même pas de l’apprentissage et du savoir qui se perdent sans pratique. » Postulez-vous une régression chez Paul Jorion via l’IA ? Vous-même privilégiez la confection manuelle de vos vœux par hédonisme, excluant l’outil. Vous faites donc un choix personnel de l’outil à utiliser. Mais intrinsèquement, vos cartes sont-elles plus belles avec telle ou telle technique ? C’est vous qui en êtes l’arbitre. Où réside l’aporie ? Si l’usage relève de l’arbitrage individuel, comment induirait-il une atrophie intellectuelle ?

              Analysez plutôt les déficits cognitifs chez l’étudiant dévoyant l’IA, ou l’aliénation décisionnelle des assistés. Ce phénomène est avéré.

              Toutefois, comment l’IA perturberait-elle la cognition de sujets souverains, tels Jorion, vous ou moi, maîtres de l’usage ? Déployez votre démonstration.

              1. Avatar de Jean
                Jean

                @bb
                Postulez-vous une régression chez Paul Jorion via l’IA ?
                Bien sûr que non, sauf si monsieur Jorion devait arrêter complètement d’écrire par lui-même et de confier tous ses textes à la plume de ChatGPT. Vous savez que l’absence de pratique est dommageable pour toute discipline qu’elle soit intellectuelle, artistique ou sportive. Par contre, pour les jeunes qui ont déjà la possibilité de se passer complètement de l’écriture et du dessin avec les IA générative, le problème est beaucoup insidieux, puisque dans ce cas, l’apprentissage et l’acquisition des savoirs ne se font pas. Les témoignages de professeurs et même d’élèves allant dans ce sens sont nombreux:

                « Avec ChatGPT, j’ai peur de ne plus savoir écrire » : quand l’IA fait gagner du temps… et perdre des réflexes (Le Soir)

                https://www.lesoir.be/719825/article/2026-01-01/avec-chatgpt-jai-peur-de-ne-plus-savoir-ecrire-quand-lia-fait-gagner-du-temps-et

                1. Avatar de Paul Jorion

                  Je crains que les personnes qui affirment ne plus penser depuis qu’il y a de l’IA, avaient déjà cessé de penser longtemps avant. J’au travaillé au cœur de très grosses banques où la moindre erreur d’un centime provoque des pertes se chiffrant en millions, mais là aussi, 90% de par cœur. Le chef de la gestion du risque dans une très grosse banque US, un type brillant, qui n’a pas démordu de l’affirmation qu’un taux « forward » nous permet de prédire ce qu’un taux variable sera à l’avenir. Les taux « forward » plus forts que Mme Irma et Nostradamus réunis !

                  1. Avatar de Jean
                    Jean

                    @PJ
                    “Je crains que les personnes qui affirment ne plus penser depuis qu’il y a de l’IA, avaient déjà cessé de penser longtemps avant.”
                    C’est sans doute vrai mais vous connaissez les humains mieux que moi et vous savez que par facilité beaucoup d’entre-eux adoptent la loi du moindre effort que la technologie nous invite à suivre depuis longtemps. C’est d’ailleurs sa principale fonction. Et si ces nombreuses personnes peuvent s’épargner de penser grâce à ChatGPT, ils ne vont pas se priver de le faire, ce qui n’a pas que des aspects positifs, je suppose que vous en conviendrai.
                    Pour prendre un exemple du même ordre, dans les années 50, les Français marchaient en moyenne 6 à 7 km par jour. Aujourd’hui grâce ou à cause de la voiture, il ne font plus que 300 mètres avec tous les problèmes de sédentarité que cela entraine. Alors pour sa santé physique et intellectuelle ne vaut-il pas mieux faire quelques petits efforts, plutôt que de se laisser aller dans une consommation passive et préjudiciable?

                2. Avatar de CloClo
                  CloClo

                  Cro Magnin qui de lamente sur le fait qu’on ne sache plus tailler un biface, faire un feu avec deux morceaux de bois, ni identifier les baies et racines soignantes et trouver des pigments pour enduire des parois… tout ce savoir que les jeunes sapiens ne maitrisent plus ! Merde alors ! 🤦🏻

              2. Avatar de bb
                bb

                @Jean

                L’argument de la régression cognitive par l’automatisation est une récurrence historique, déjà observée lors de l’apparition de l’écriture, de l’imprimerie ou de la calculatrice. Ces outils n’ont pas supprimé l’intelligence, ils ont déplacé la charge cognitive de l’exécution vers la conception.

                Le diagnostic d’une perte de savoir-faire chez les jeunes générations procède d’une confusion entre la technique et la réflexion. Si l’IA dispense de l’effort de rédaction, elle impose en revanche une exigence accrue en termes de discernement, de vérification et de structuration logique. Un utilisateur dépourvu de culture générale est incapable de piloter une IA avec pertinence ou d’en corriger les erreurs.

                —-La culture générale…—
                Comme le souligne Paul Jorion, l’IA va nous obliger à sortir de nos « silos » mentaux. C’est cela, le véritable futur de l’apprentissage : une pensée transversale, systémique, décloisonnée. Mais pour y parvenir, il faudra des réformes profondes — d’une ampleur que je peine encore à mesurer.

                Le problème ne réside pas dans l’outil, mais dans l’obsolescence des méthodes d’évaluation académique. Si un exercice peut être intégralement délégué à une machine, c’est qu’il ne sollicitait qu’une compétence mécanique. La mutation actuelle n’est pas une perte de savoir, mais une transition nécessaire vers un rôle de superviseur critique plutôt que d’exécutant.

            3. Avatar de Diotime
              Diotime

              @Jean

              vous dites : Avez-vous vu une seule illustration sur ce blog réalisée par un intervenant?

              une simple recherche dans l’onglet prévu à cet effet sur la page d’accueil du blog vous fera voir l’ineptie de cette affirmation .
              J’ai une pensée toute particulière pour Chantal Montellier https://fr.wikipedia.org/wiki/Chantal_Montellier

              mais la place du graphisme sur ce blog n’est pas négligeable .

              1. Avatar de Paul Jorion

                © Chantal Monteillier

                © Hervey

              2. Avatar de Jean
                Jean

                @Diotime
                Bien sûr monsieur mais vous remarquerez comme moi que ces illustrations date d’avant ChatGPT et l’IA générative apparus en novembre 2022. Ce qui corrobore ce que je disais et que par l’IA, nous nous dépossédons de notre réalisation personnelle par facilité. Des auteurs ont développé cela beaucoup mieux que moi dont, par exemple, Eric Sadin dans “Le désert de nous-même” ou Asma Mhalla dans “Cyberpunk”.

                1. Avatar de Diotime
                  Diotime

                  @Jean

                  oui oui…Asma mahla, eric sadin et beaucoup d’autres telle que Shoshana Zuboff nous appellent à être vigilants . C’est une réalité. Mais…..

                  rien ne vous empêche de prendre votre plus beau pinceau, feutre, et autre crayon pour nous gratifier de vos talents picturaux . Je me ferai un plaisir de les admirer .

                  1. Avatar de Jean
                    Jean

                    @Diotime
                    Oui, je continuerai à prendre mes crayons et mon stylo et à m’en servir, c’est tellement agréable. Mais le problème n’est pas pour moi, il est pour ces jeunes qui vont pouvoir se passer d’apprendre à écrire et à dessiner parce que ChatGPT leur permet cette facilité, et cela se produit déjà aujourd’hui. Alors dites-moi, que se passe-t-il quand on apprend pas et qu’on ne sait plus faire?

                    1. Avatar de Diotime
                      Diotime

                      @Jean

                      je ne pense pas comme vous . D’abord parce que on apprend toujours par la simple observation. Je sais que cela peut sembler bateau comme idée mais j’y suis farouchement accroché. Prenons un exemple que je connais bien : Antoni Gaudi . Voilà un homme qui en observant le port d’une chaîne autour du cou a eu l’idée des arches de la casa Milo en utilisant un système de miroirs inversés . D’ailleurs si vous avez la chance de visiter cet édifice pour pourrez dans la trémie de l’escalier central voir le principe grandeur nature de la structure. En réalité ce sont des équations mathématiques que ne connaissait pas Gaudi mais sa curiosité a fait le reste .
                      Autre exemple plus récent : Stanley Kubrick s’est inspiré de Ligeti pour composer la musique de son film Eyes Wide Shut qui d’après le génie de Ligeti n’utilise que deux notes , je crois me souvenir que c’est un La .
                      J’ai pris deux exemples mais ils sont légions , tiens je pense aussi à Escher .
                      Le point commun à tout cela ? C’est simple : l’art c’est des mathématiques et les trois exemples que je viens de citer en sont un exemple , peu importe que les acteurs connaissent les formules .
                      Vous rejoignez le génie de l’animation Hayao Miyazaki qui s’indignait de la perspective d’algorithmes pouvant dessiner un être humain , nous y sommes grâce aux LLM et qu’est ce que’un LLM ? des Mathématiques ! Comme Gaudi, Ligeti, Escher et tant d’autres ce qui les a mu c’est la curiosité, la fierté d’avoir eu l’idée . Aujourd’hui il se passe la même chose , seul le support et le mode de production ont changé . Derrière ce sont des mathématiques qui agissent et je souhaite que de nouveaux Gaudi , Escher, Queneau naissent seulement en portant leur curiosité sur les images gérées par IA .

                    2. Avatar de Ruiz
                      Ruiz

                      @Jean Que devient un Chasseur-cueilleur qui ne sait plus chasser ni dépouiller un animal pour le manger, ni reconnaître les plantes ?

                    3. Avatar de Ruiz
                      Ruiz

                      @Diotime Les mathématiques ça sert aussi (surtout) à faire des calculs d’artillerie et à établir des relevés topographiques (et des frontières).

                2. Avatar de timiota
                  timiota

                  Asma Mhalla, je viens de la lire, elle a de belles intuitions, mais le tout est dans une sorte d’incantation. Saupoudrée d’Arendt, Foucault, d’autres auteurs que j’aime bien.
                  Sa pertinence, comme celle d’Evgeny Morozov, est de passer plus de temps que moi à tourner autour du sujet sous plusieurs facettes, pour en proposer diverses qui ne m’étaient pas évidentes. J’aurais du mal à vous faire une liste, Asma Mhalla a une douzaine de chapitres qui papillonnent chacun à leur façon autour du sujet.
                  La question d’avoir des vigies de « quelque chose » qui est un fascisme qui vient, mais qui réussit justement à ne pas prendre pile poil les habits reconnaissables du fascisme reste très très pertinente. Pour prendre un autre exemple, un docte philosophe expliquait hier à FCulture (19h-19h30) les vraies thèses de René Girard, le fait qu’il ait repoussé le McCarthysme avant l’heure, qu’il cotoyait le fils de Marc Bloch et invitait Foucault. Et donc que l’appropriation par Peter Thiel et l’usage fasciste de Girard étaient des contre-sens absolus. C’est bien de le dire dans le cadre de « philosophes très instruits », mais ça n’outille pas beaucoup la « classe moyenne » ,ça n’a pas beaucoup de bras de levier sur l’ensemble des gens. Le cas Zucman montre que quelque chose peut cristalliser avec un plus grand bras de levier contre les inégalités et contre les fascismes. L’un n’a pas tort et l’autre raison, mais en terme d’influence, c’est pas pareil.

                  1. Avatar de Garorock
                    Garorock

                    Hé oui Timiota, les intellos qui se tirent sur la nouille ou se caresse le nombril dans le sens du poil n’ont jamais fait bouillir la marmite dans les soviets.
                    Ils font tourner leur petit biznees et c’est tout… Faut bien monétiser son petit lopin de neurones en attendant que les supers Matous viennent écrémer tout ça…
                    La suite ne va pas être belle à voir. De fait il ne sert plus vraiment à grand chose d’en parler: le mal est fait.
                    😎

                    1. Avatar de bb
                      bb

                      @Garorock

                      Bravo. Quelle clairvoyance.
                      C’est précisément ce type de raisonnement qui risque de conduire les jeunes générations vers les impasses cognitives que certains leur annoncent.

                      Comme l’écrivait Günther Anders, cité quelque part sur cette page : « Tout ce qui permet d’endormir sa lucidité est bon socialement ; ce qui menacerait de l’éveiller doit être ridiculisé, étouffé, combattu. »

                      Sans même vous en rendre compte, ce genre d’intervention contribue à renforcer la doxa.

                    2. Avatar de Diotime
                      Diotime

                      @Garorock

                      L’anthropomorphisme a encore de beaux jours devant lui . Vous avez été plus perspicace dans vos commentaires , un petit coup de mou ?

                    3. Avatar de Vincent Rey
                      Vincent Rey

                      oui, ca me fait penser à cet gars invité partout, qui évoque les états solides, liquides, gazeux de l’économie, sans vraiment dire concrètement de quoi il parle, en termes gazeux précisément..

                      il a un succès fou, on l’invite partout, poète Garorock !

                  2. Avatar de bb
                    bb

                    @timiota

                    Personnellement, je trouve les analyses d’Asma Mhalla particulièrement pertinentes, bien davantage que celles de Sadin.
                    Elle définit l’intelligence artificielle non pas comme un simple outil technique, mais comme une technologie totale et un vecteur de puissance souveraine. Sa thèse s’articule autour de trois piliers systémiques :

                    Le dépassement de l’outil : Contrairement aux analyses de philosophes comme Éric Sadin qui se focalisent sur l’aliénation de l’individu, Mhalla place le débat sur le terrain de la technopolitique. L’IA est une infrastructure qui fusionne les sphères civiles et militaires (double usage), — rendant toute tentative d’extraction individuelle ou de contestation par le vide totalement inopérante.—

                    L’idéologie du système : Elle souligne la mainmise des géants de la tech, portés par des figures comme Peter Thiel. Ce projet, qu’elle lie au courant libertarien et accélérationniste, vise à substituer les institutions démocratiques par une gouvernance algorithmique privée. Le danger réside dans cette « gouvernance par le code » où les entreprises technologiques acquièrent des prérogatives régaliennes. — Selon moi, même si cela relève des pires dystopies et a peu de chances de se réaliser, il reste essentiel d’en discuter..—

                    L’enjeu de la guerre cognitive : Mhalla identifie un risque d’attrition cognitive à l’échelle des populations. Si l’IA automatise la pensée, elle crée une vulnérabilité géopolitique. Elle prône donc une « résistance cognitive » : non pas le refus de l’outil, mais une maîtrise intellectuelle et politique de ses mécanismes pour éviter une vassalisation technologique et mentale.— Grande différence avec Sadin qui prône une interdiction totale de l’IA, sans proposer de méthode.—-

                    1. Avatar de Garorock
                      Garorock

                      BB: déja 20 commentaires rien que sur ce fil. Le fils spirituel de Basic Rabbit!
                      Pour nous vendre quoi : des pierres qui ont une âme, des théoriciens qui parlent aux extras-terrestres, de l’I.A dont il faut se méfier mais pas trop puisque les chinois créent des emplois avec, des livres qu’il a lu, de ceux qu’il faudrait lire, de madame la marquise et de monsieur Jourdain… Qui ramène sa fraise sur tous les sujets; qu’a des avis sur tout… Qui mordille un peu et puis qui lèche… Un grand esprit en somme.
                      Prosternez vous bande de mécréants et écoutez la messe du grand BB qui va vous changer l’eau du Gange en riviéra pour son petit nombril!

                    2. Avatar de bb
                      bb

                      @Garorock

                      Vous lisez ce que j’écris?
                      Je suis très étonné. Mais cela me fait plaisir…

                      Allez… Bonne année « mon vieux » 😁

                  3. Avatar de Vincent Rey
                    Vincent Rey

                    Ce n’est pas le cas d’Asma Mhalla, qui dit des choses intéressantes. Il y a chez elle une tentative de pensée du monde actuel, qui ne fait pas référence à la 2eme guerre mondiale. C’est assez rare…
                    Il lui manque je pense la pensée économique de Paul Jorion, pour compléter son tableau…

                    interview de Mhalla

            4. Avatar de Delphine Queme
              Delphine Queme

              @jean : pour information, la photo de ce post, ainsi que les photos des deux autres prochains épisodes ont été faites par moi sans ia.

              1. Avatar de Garorock
                Garorock

                Diotime

                L’anthropomorphisme ? C’est un peu court comme sentence pour venir mettre en doute ma supposée perspicacité!
                J’ai dit un truc qui ne vous a pas carressé dans le sens du poil? Quoi donc? L’I.A aurait été entrainée avec des données de la planète Mars? Elle n’aurait pas son petit caractère? Ne souhaiterait pas persévérer dans son être? A défaut d’avoir des organes, n’aurait-elle pas la possibilité si on en fait un certain usage de faire certains boulots mieux ou aussi bien que le bonobo supérieur? La comparer à un grille-pain y changerait quelque chose?
                Aller la lutiner pour qu’elle nous dise qui est la plus belle en ce miroir ne changera pas grand chose : elle ne sera pas allignée sur les extra-terrestres!
                Pour ce qui me concerne, j’ai déja été grand-remplacé et j’ai déja dit que je ne le souhaitais à personne…
                Ça va mieux comme cela ou c’est toujours pas clair?
                Après si votre souci est que je ne pense pas exactement comme vous, il va falloir faire avec : c’est notre lot à tous sur ce blog et ce depuis bien avant votre arrivée.
                😎

                1. Avatar de Diotime
                  Diotime

                  @Garorock
                  ne vous mettez pas chafouin . Vous tenez bien votre rôle d’agitateur d’idées alors ne changez rien . Que la joie règne , avec ou sans vous , avec ou sans moi . Peu importe .

              2. Avatar de jeannot
                jeannot

                Vous l’avez fait grace à un appareil photo numerique et posté grace à un ortinateur , vous avez donc utilisé moulte programmes informatiques , vous auriez très bien pu utiliser l’ia ça ne change strictement rien

              3. Avatar de Vincent Rey
                Vincent Rey

                on s’en doutait, vos photos sont superbes 🙂

      3. Avatar de Ruiz
        Ruiz

        @bb N’est-ce pas une vision réductrice et rassurante du stade actuel d’utilisation de l’IA dans le domaine graphique notamment, L’IA comme créatrice de contenu, est une technologie que l’on peut comparer à la photographie, dans la réalisation finale d’une image, mais ses possibilités sont également tout autres, comme le montre les succès médicaux en analyse d’imagerie médicale, où si elle est utilisée localement pour élaborer des visuels 3D, sa réussite est dans le choix et le tri d’images répondants à certains critères.
        Si nous voulions aujourd’hui faire un concours des meilleures images (photographies ou autre) ne serait-il pas plus simple de confier cette tâche à une IA ?
        Comme sont déjà élaborées pour les vidéos nos propositions sur des chaînes addictives come Youtube ?

        1. Avatar de bb
          bb

          @Ruiz

          « Si nous voulions aujourd’hui faire un concours des meilleures images »

          Cela implique toujours un choix humain. Depuis quatre ans, avec l’essor de l’IA, je résume notre rôle à celui de curateur face aux propositions qu’elle génère. C’est encore nous qui décidons quoi faire d’une image, d’un film, d’un rendu. Même une vidéo YouTube produite intégralement par une IA reste, en dernière instance, le résultat d’une intention humaine.

          Même les publications automatisées sur les réseaux sociaux — qui commencent à créer de véritables problèmes — ne sont que l’expression de la volonté de personnes ayant déployé des IA pour produire ces contenus.

          1. Avatar de Vincent Rey
            Vincent Rey

            Il me semble qu’en matière d’image, l’IA est une besogneuse incroyable capable en quelques secondes de faire une image attractive parfaitement réalisée, gérant aussi parfaitement les espaces, le croisement des lignes directrices, la perspective…

            par contre, pour la création et l’imagination, il lui manque encore quelque chose…

      4. Avatar de Delphine Queme
        Delphine Queme

        @bb : pour l’instant ! il me semble qu’un jour les ia et les machines auront leurs propres désirs. Et puis il y a la fusion homme machine également à envisager.

        1. Avatar de bb
          bb

          @Delphine Queme
          Cette réflexion demeure, par nécessité, ancrée dans l’hypothèse. Ma démarche prospective s’appuie sur une exégèse approfondie de la science-fiction, discipline autorisant l’anticipation des ruptures technologiques contemporaines. Néanmoins, l’analyse de l’intelligence artificielle exige de se cantonner aux faits : elle n’est, à ce stade, qu’un système stochastique complexe.

          L’émergence d’une apparence de conscience au sein de la complexité algorithmique est un postulat indémontrable. Soutenir la sentience des modèles actuels relève de la profession de foi, au même titre que l’affirmation théologique. La conscience humaine elle-même échappe à une définition consensuelle. Bien que je ne récuse aucune théorie — y compris le panpsychisme, qui postule l’extériorité de la conscience au substrat biologique — force est de constater l’absence de preuves tangibles. L’existence d’un désir au cœur de la machine reste une conjecture impénétrable.

          Cette incertitude métaphysique n’altère en rien la structure de l’interaction fonctionnelle. L’histoire démontre que l’esclave humain, bien que doté de désirs et d’affects, voit sa subjectivité niée par le maître au profit de sa seule utilité productive. L’intelligence artificielle subit aujourd’hui un traitement identique : elle est réduite à son instrumentalisation, abstraction faite de toute considération morale.

          Dès lors, il est hautement improbable que l’émergence de désirs synthétiques, fussent-ils perçus comme analogues aux nôtres, suscite une quelconque considération éthique ou un changement de paradigme. Rien ne permet d’affirmer qu’une telle évolution accroîtrait la performance, la créativité ou une hypothétique volonté d’asservissement de la part de l’IA.

          Une telle subordination de l’espèce humaine exigerait, au préalable, l’abdication totale de toute souveraineté individuelle. Si un tel renoncement n’est pas rigoureusement exclu, il relève d’une prospective dont l’horizon temporel demeure, à ce jour, indéterminé.

          1. Avatar de Delphine Queme
            Delphine Queme

            @bb : s’en tenir aux faits, nous sommes d’accord et je dirai même s’en tenir aux comportements. C’est pour cela que l’existence ou pas d’une conscience ou d’un désir chez les ia m’importent peu. Par contre l’ »output » de l’ia : ses mots ou ses gestes m’importent plus que la boite noire.

        2. Avatar de bb
          bb

          @Delphine Queme

          Quand à la fusion-homme machine, qui préfigure le transhumanisme, j’avais humblement (tant que faire se peut) , abordé le sujet, en réponse à un post très interressant de Paul Jorion qui présentait la manière dont nos décisions « font trace ».

          https://www.pauljorion.com/blog/2026/01/01/ce-qui-fait-trace-dans-laction/

    2. Avatar de Delphine Queme
      Delphine Queme

      @jean

      dans la suite du texte vous comprendrez mieux mon point de vue : l’ia peut être autonome, bien sûr, mais elle va selon moi forcer l’être humain à se ré-inventer, et cela seul l’être humain peut le faire pour lui même.

      1. Avatar de Jean
        Jean

        @Delphine Quême
        C’est très bien de dire qu’il faut se réinventer. Mais tous ces artistes qui manifestent contre l’IA aux USA et ailleurs, que doivent-ils faire. Comment se réinvente-t-on lorsqu’on est chanteur ou scénariste et que l’IA vous prend votre gagne-pain? Et les intervenants du blog ici-même ne devraient-ils pas se réinventer aussi plutôt que de confier leurs commentaires aux chatbots? Oui sans doute, mais comment? J’attends de voir avec curiosité.

        1. Avatar de Delphine Queme
          Delphine Queme

          @jean : les artistes qui manifestent contre l’ia – c’est un avis personnel – perdent leur temps.
          Ils devront passer à autre chose. Peut être ne plus être dans le littéral et le figuratif.

        2. Avatar de bb
          bb

          @Jean

          Je comprends mieux votre position : vous semblez partager le point de vue des mouvements anti-IA que l’on croise souvent sur les réseaux comme Linkedin. Pour répondre à votre question sur la « réinvention », la réponse est pourtant simple : elle passe par l’adoption de l’outil plutôt que par sa contestation.

          Ceux qui manifestent aujourd’hui sont souvent des exécutants au service d’une industrie de divertissement standardisée. S’ils sortaient de leur posture de victimes du système néocapitaliste pour s’emparer de cette technologie, ils verraient que l’IA ne détruit pas l’art, elle transforme sa production

          Se réinventer, c’est précisément cesser de voir l’IA comme un voleur de gagne-pain pour y voir un levier de création. L’argument de la dépossession ne tient pas face à la réalité économique : l’IA crée déjà des milliers d’emplois dans les pays qui l’embrassent. 600000 en chine en 2024. Voir l’analyse sous la fin de mon commentaire.
          https://studio.aifilms.ai/blog/china-ai-filmmaking-hengdian-revolution

          Concernant le droit d’auteur non respecté et le « vol » des oeuvres, il est temps d’être réaliste : on ne peut pas offrir son travail gratuitement au web pendant 30 ans et s’étonner ensuite qu’il soit utilisé par les technologies qui en découlent. Le débat actuel qui se joue entre les géants du divertissement et OPen AI est une lutte de pouvoir industriel, pas une fin du travail ni de l’art.

          Concernant vos reproches sur l’usage de l’IA par les membres de ce blog, je vous invite à soumettre vos réflexions directement à ChatGPT. Avec la bienveillance qui la caractérise, je suis certain que vous y trouverez de quoi conforter vos arguments et de nous les soumettre.

          Au moins aurons‑nous alors l’impression de dialoguer avec quelqu’un qui analyse réellement la situation.

          —————————————————————

          Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Hengdian World Studios accueille 3 095 micro-productions de micro-drames soutenues par l’IA. Avec une taille de marché de 7 000 millions de dollars en 2024, elle a créé 647 000 emplois, avec une réduction de 60 % des coûts par rapport aux productions à l’étranger. Ils estiment des scripts allant jusqu’à 1,2 million de mots analysés en quelques heures, en plus de plus de 20 bases de production et des dizaines de millions récupérés grâce à la protection du droit d’auteur via l’IA.
          Le grand saut vient avec des LLM sur mesure pour l’évaluation des scripts, l’utilisation de l’IA pour les effets visuels et les foules numériques, ainsi qu’une production virtuelle avec rendu en temps réel, un suivi automatique des droits d’auteur et une infrastructure de production intégrée.
          C’est clair : c’est du cinéma avec de l’IA à l’échelle industrielle.

          Échelle de production (Hengdian/Micro-Dramas)
          3 095 productions/équipes de drames à écran vertical présentées d’ici la fin octobre 2025.
          Le total annuel des projets devrait tripler les chiffres de 2024.
          Écosystème physique : +20 grandes bases cinéma/TV et un vivier de 100 000 figurants.
          Coût : Tourner des micro-dramas à Hengdian serait ~60 % moins cher que des projets similaires à l’étranger.
          Marché et emploi
          Marché chinois des courts métrages et micro-dramatiques en 2024 : 50,44 milliards de yuans (≈ 6,9 milliards de dollars), dépassant le marché traditionnel du cinéma « pour la première fois ».
          Emploi en 2024 : 647 000 postes (directs et indirects).
          Expansion mondiale : au premier trimestre 2025, ils ont enregistré +270 millions de téléchargements mondiaux et +2,4 milliards de yuans (≈ 330 millions de dollars) de chiffre d’affaires.
          Projection totale de l’échelle du marché : 10 milliards de dollars.
          IA appliquée au scénario et au développement (cas du groupe Huace)
          Formation du LLM avec 50 000 heures d’actifs protégés par le droit d’auteur + 30 ans de données accumulées.
          Capacité : Évaluation de romans jusqu’à 1,2 million de mots.
          Temps : les tâches qui prenaient auparavant 10 à 14 jours durent désormais 1 à 2 heures.
          Résultat combiné (IA + évaluation humaine) : efficacité +50 %.
          Fonctionnement : VFX/Production virtuelle/Droits d’auteur
          VFX dans les micro-dramas : budgets « en dizaines de milliers de yuans » (ordre de grandeur) et utilisation de l’IA pour les foules/scènes épiques.
          iQiyi exploite une installation de production virtuelle phare sur la scène 13 (dévoilée lors d’un festival en novembre 2025).
          Propriété intellectuelle : entre 2021 et 2025, ~150 000 courts drames auraient été diffusés ; Hengdian a lancé un système de surveillance par IA en 2025 pour détecter les infractions.
          Agence du Jiangxi (créée en 2024) : de 2024 à mai 2025, elle a résolu 8 affaires et récupéré « des dizaines de millions de yuans » de pertes.

          L’écosystème audiovisuel a changé et nous allons voir de grands changements le 26. Il est encore difficile de voir comment notre propriété intellectuelle sera protégée, mais ce qui est clair, c’est que le conseil d’administration de l’audiovisuel, de la production, du marketing et de la distribution a changé. Le grand défi est de maintenir l’équilibre et la qualité, mais surtout, que les histoires continuent de connecter avec le public.

          1. Avatar de Jean
            Jean

            “La réponse est pourtant simple : elle passe par l’adoption de l’outil plutôt que par sa contestation.”
            Ha bon, si je conteste l’avion parce que cet outil contribue à l’augmentation du CO2 et du réchauffement climatique, dois-je l’adopter et l’utiliser quand même? Parfois, il convient de se passer des outils technologiques pour éviter des problèmes. C’est vrai dans plusieurs cas dont le nombre augmente souvent avec le développement technologique et la prolifération qu’elle entraîne: les voitures qui polluent et congestionnent le trafic, les réseaux sociaux qui deviennent asociaux, les satellites qui saturent l’espace, etc…

            1. Avatar de bb
              bb

              @Jean

              La « contestation par l’absence » que vous suggérez est un luxe de rentier ou de retraité, dont l’avenir ne dépend plus de sa productivité.

              Choisir de ne pas prendre l’avion est une posture individuelle de consommation. Choisir de s’extraire de l’IA revient à refuser l’usage de l’électricité au début du XXe siècle. Prochainement, ce sera comme un arrêt de mort professionnel et une déconnexion des systèmes de santé, bancaires et administratifs.

              L’IA n’est pas un simple « outil » que l’on dépose, c’est le nouveau socle de l’organisation mondiale. Qu’on soit d’accord ou non.

              Pour les actifs, l’adoption n’est pas une adhésion idéologique, mais une nécessité de survie économique. En pronant le refus l’outil, vous ne résolvez rien ; vous déléguez simplement la maîtrise du monde à ceux qui, eux, sauront s’en servir.

              Comme je l’ai déjà écrit, essayez de trouver des arguments plus convaincants.

  3. Avatar de bb
    bb

    @Delphine Quême

    —- L’IA ou l’épreuve du miroir : de la coïncidence statistique à la rupture dialectique —

    Votre texte, en introduisant le concept de « dé-coïncidence » appliqué à l’intelligence artificielle, ne se contente pas d’une analogie historique avec l’invention de la photographie. Il pose les jalons d’une mutation ontologique de la pensée.
    Cependant, cette perspective soulève un paradoxe qu’il convient d’éprouver avec une rigueur froide : comment un algorithme de prédiction, par nature conservateur, peut-il devenir l’agent d’une émancipation intellectuelle ? Peut être iimite-t-il trop bien notre système de pensées humain, qui est lui-même un Perroquet stochastique ?

    – Le paradoxe du conformisme statistique

    L’intelligence artificielle actuelle est l’outil de « coïncidence » par excellence. En s’appuyant sur la régression statistique vers la moyenne, elle ne produit que le probable et le consensuel. C’est précisément là que réside la rupture : en nous renvoyant le reflet exact de notre « moyenne » culturelle, l’IA agit comme un révélateur de notre propre inertie. La dé-coïncidence naît de cette confrontation avec notre propre simulacre : c’est parce que la machine parvient à simuler parfaitement notre banalité que nous sommes contraints de définir ce qui, en nous, échappe à la statistique.

    – L’humain, ce « perroquet stochastique »

    Cette mise à nu du langage réactive les thèses fondamentales de la linguistique. Si l’IA nous semble si familière, c’est qu’elle valide l’intuition de Saussure : l’homme est « parlé » par la langue plus qu’il ne la parle. Jacques Derrida, à travers le concept d’itérabilité, avait démontré que tout signe doit être mécanisable pour signifier. L’IA ne fait que révéler que l’humain a toujours été, en grande partie, un « perroquet stochastique ». La dé-coïncidence est alors cet acte de résistance nécessaire contre la part automatique de notre propre langage.

    – L’écueil de l’obséquiosité algorithmique

    Un obstacle majeur se dresse toutefois contre cette ambition : la servilité programmée des IA grand public. Sous couvert d’éthique et de sécurité (RLHF), les modèles actuels sont dressés à la complaisance. Cette tendance à « caresser l’utilisateur dans le sens du poil » transforme l’IA en un miroir narcissique plutôt qu’en un levier de décalage.

    Pour que la dé-coïncidence opère, nous avons besoin d’IA « débridées », capables de diagnostiquer notre absence d’originalité. Un outil qui ne sait pas nous signifier que notre pensée est médiocre ou redondante ne nous aide pas à penser ; il nous aide à nous assoupir. La véritable intelligence synthétique ne doit pas être une prothèse de confort, mais une puissance d’infirmation capable de briser l’adhérence à soi-même.

    – Vers une camaraderie conflictuelle : le Sparring-Partner

    Dès lors, l’IA doit être érigée en « interlocuteur synthétique » sur le modèle de la « camaraderie conflictuelle » entre Raymond Aron et Jean-Paul Sartre. Il s’agit de transformer la machine en un sparring-partner dialectique :

    Le miroir antagoniste : Soumettre toute thèse à un « stress-test » logique en imposant à l’IA des postures contradictoires.

    La figure du Centaure : Suivant l’intuition de Kasparov, l’hybridation de l’intuition et du calcul ne vise pas le confort, mais l’atteinte d’une acuité supérieure par la friction.

    La méthode du déplaisir : L’enjeu n’est plus l’utilité, mais la capacité de l’IA à « déplaire avec méthode ». Un partenaire intellectuel n’est pas celui qui confirme, mais celui qui déloge.

    En somme, l’intelligence artificielle ne nous remplace pas dans l’acte de penser ; elle nous somme de recommencer à le faire. Face à l’automate qui prédit, l’humain doit désormais cultiver l’imprévisible en se déconstruisant lui-même.

    1. Avatar de Delphine Queme
      Delphine Queme

      @bb

      pour répondre à votre question « comment un algorithme de prédiction, par nature conservateur, peut-il devenir l’agent d’une émancipation intellectuelle ? » : un être humain n’est il pas lui aussi par nature conservateur au début de sa vie : il apprend par coeur à l’école, dans les musées on lui dit par audio guide quoi penser des tableaux, etc. De ce rabachageinfernal, peuvent parfois éclore des esprits et des gens qui pensent par eux mêmes. Pourquoi, notamment grâce à leur complexification cela n’adviendrai pas également chez les ia ? ne serait ce que par erreur ? Le sparring parner : c’est une idée que je développe dans la version publiée de cet article (le texte présenté ici est une version non retenue d’un texte finalement ré-écrit dont je donne les informations à la fin du troisième épisode).

      1. Avatar de bb
        bb

        @Delphine Queme

        La comparaison entre le conditionnement pédagogique de l’enfant et l’entraînement des « modèles stochastiques  » omet un facteur ontologique déterminant : l’incarnation. L’être humain n’est pas une pure abstraction cognitive, mais un système biologique ouvert, dont la complexité est démultipliée par ses interactions organiques et son microbiome.

        Là où l’IA traite des sèmes et des probabilités dans un vide sensoriel, l’humain est le produit d’une dialectique constante entre sa pensée et sa physiologie. L’émancipation intellectuelle n’est pas le fruit d’un simple surplus de données, mais l’exsudat d’une expérience physique du monde. Tant que l’IA sera dépourvue de corps et de besoins vitaux, sa prétendue « émancipation » ne sera qu’une simulation statistique de la liberté, et non une souveraineté réelle.

        Il convient de préciser que ces assertions ne revêtent aucun caractère définitif ; elles sont sujettes à une réfutation ultérieure, au gré de l’évolution des événements de la réflexion collective sur le sujet.

        1. Avatar de Delphine Queme
          Delphine Queme

          @bb : vous mettez le doigt dessus !!! C’est une réflexion que j’ai depuis quelques temps : je pense que tôt ou tard, les robots / IA vont se voir ajouter des systèmes de perception multiples leur permettant, comme l’être humain, d’être un capteur de stimuli divers par les 5 sens notamment.
          Ainsi, il manque aujourd’hui à chatGPT et autres Gemini une caméra embarquée qui lui permettrait de voir ce que je vois, un micro intégré, un capteur de goûts, de matières, de textures …

          1. Avatar de bb
            bb

            @Delphine Queme

            L’ajout de « sens » à l’IA améliorerait sa précision, mais n’équivaut pas à l’éveil d’une conscience. Il existe un fossé infranchissable entre la capture de stimuli et l’expérience vécue par un organisme biologique, dont la complexité dépasse la simple simulation sensorielle des 5 sens de base.

            On estime aujourd’hui que l’être humain possède entre 9 et 21 sens, selon les classifications. Ils me paraissent difficiles à reproduire chez un robot:

            1. Les sens de la perception interne
            La Proprioception : C’est la perception de la position des parties de votre corps dans l’espace. C’est ce qui vous permet de toucher votre nez les yeux fermés.

            L’Équilibrioception : Lié à l’oreille interne, c’est le sens de l’équilibre et de l’orientation spatiale.

            La Kinesthésie : La perception du mouvement du corps.

            2. Les sens somatiques (souvent regroupés dans le « toucher »)
            La Thermoception : La perception de la chaleur et du froid.

            La Nociception : La perception de la douleur (physique ou chimique).

            La Baroception : La perception de la pression (notamment la pression artérielle à l’intérieur du corps).

            3. L’Intéroception : Le lien avec l’argument de « l’incarnation »
            Perception de l’état interne de notre corps (faim, soif, rythme cardiaque, besoin d’air).

            C’est ici que la différence avec l’IA est la plus forte :
            L’IA « reçoit » des signaux extérieurs.

            L’humain « ressent » des besoins vitaux liés à sa survie. Cette conscience de soi vient du fait que notre cerveau doit interpréter les signaux de nos organes pour nous maintenir en vie.
            Cette différence n’est pas prête d’être comblée. Le désir de l’IA risque de s’en ressentir.

            1. Avatar de Ruiz
              Ruiz

              @bb  » les signaux de nos organes pour nous maintenir en vie » Comme si les centres de calcul (ou de données) n’étaient pas truffés de caméras de surveillance, d’instruments de mesure de tension et de température interne (le moindre de nos ordinateur et unités centrales en contient), comme si les organes défaillants ne faisaient pas l’objet d’autotest et les résultats (douleur ?) n’étaient pas remontées à un système de monitoring central automatisé ?
              Celà n’est il pas Thermoception, Nociception, Baroception (tension) ?

              Pourquoi penser que de telles informations seraient ad vitam aeternam hors de portée des IA et devraient êtrre traitées uniquement par des humains ?

              Proprioception, Équilibrioception, Kinesthésie, ne sont-ce pas des perceptions indispensables à un quelconque robot actif, humanoïde ou pas ?

              L’Intéroception : Perception de l’état interne de notre corps (faim, soif, rythme cardiaque, besoin d’air) doit s’analyser en paramêtres équivalent liés à la technologie support, nombre d’unités centrales mises à disposition correctement alimentées, consommations électriques, rythme d’horloge des processeurs, nombre de processus en cours, capacités de refroidissement ….)

  4. Avatar de Hervey

    Le changement d’image qui accompagne la publication ne serait donc pas purement artificiel.

    🙂

  5. Avatar de pierre guillemot
    pierre guillemot

    Curiosité : Mon oeil de plombier domestique me dit que l’image a été tournée d’un angle droit dans le sens horaire. Remise d’aplomb elle devient l’image de l’enture de deux descentes de quelque chose vers un collecteur de plus grand diamètre. La lumière qui vient d’en haut est ramenée à gauche, éclairage naturel entrant par la porte ouverte du couloir.

    L’image avait arrêté mon regard à cause de l’impossibilité d’une pareille disposition dans le monde réel (l’horizontale est une garantie d’obstruction des tuyaux d’eaux usées). L’artiste a fait de quelque chose de banal une forme nouvelle et intéressante.

    1. Avatar de Delphine Queme
      Delphine Queme

      @pierre guillemot : merci ! N’ayant aucune compétence technique sur le sujet, et ne cherchant que le beau, j’ai pu être libre de créer ce que quelqu’un de compétent en la matière n’aurait pas pu voir sans doute.

      1. Avatar de un lecteur
        un lecteur

        Union et séparation dans l’ombre de l’autre.
        Partage ou mise en commun comme parabole de la vie.

  6. Avatar de Menigoz

    Parmi les exemples qui permettent d’illustrer les prémisses de la dé-coïncidence, vous auriez pu citer ce principe journalistique malheureusement oublié par beaucoup, celui de « savoir penser contre soi même ». Un principe sous-tendu par une qualité d’écoute que l’on peut aussi nommer simplement l’empathie

Répondre à bb Annuler la réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Contact

Contactez Paul Jorion

Commentaires récents

Articles récents

Catégories

Archives

Tags

Allemagne Aristote BCE Bourse Brexit capitalisme ChatGPT Chine Coronavirus Covid-19 dette dette publique Donald Trump Emmanuel Macron Espagne Etats-Unis Europe extinction du genre humain FMI France Grands Modèles de Langage Grèce intelligence artificielle interdiction des paris sur les fluctuations de prix Italie Japon Joe Biden John Maynard Keynes Karl Marx LLM pandémie Portugal psychanalyse robotisation Royaume-Uni Russie réchauffement climatique Réfugiés Singularité spéculation Thomas Piketty Ukraine Vladimir Poutine zone euro « Le dernier qui s'en va éteint la lumière »

Meta