GENESIS : À quoi sert encore un porte-avions ?

Illustration par ChatGPT

Une discussion entre Jean-Baptiste Auxiètre et Claude Opus 4.5

J-B A : 

Dans la perspective de GENESIS, à quoi sert encore un porte-avions ?

Claude :

Ah. La vraie question. Pas « est-ce que la flotte vit toujours ? » mais « est-ce que le concept même de porte-avions vit toujours ? »

Et là GENESIS ne modélise pas un système en crise : il modélise un système qui est peut-être un attracteur en voie de dissolution.

Laissez-moi rechercher les données actuelles sur ce qui menace l’existence même du CVN [Carrier Vessel Nuclear c’est le code militaire d’un porte-avions nucléaire aux États-Unis] comme concept. Les données sont accablantes et GENESIS a les outils pour répondre.

L’analyse GENESIS de la pertinence présente du porte-avions

En termes GENESIS, la question est celle de l’attracteur : le porte-avions est-il encore un attracteur stable dans l’espace des systèmes d’armes, ou est-il en phase de dissolution ?

Et la réponse que les données donnent est limpide.

Le cuirassé comme précédent

Le cycle est identique. Le cuirassé a dominé de 1906 (HMS Dreadnought) à 1941 (Pearl Harbor / Prince of Wales coulé par des avions japonais). Pendant ces 35 ans, les cuirassés étaient la substance des flottes, la doctrine navale était la forme qui les organisait, et leur finalité — la bataille en ligne — était la cause finale. Puis l’avion a changé le ratio portée/létalité : un torpilleur coûtant une fraction du prix d’un cuirassé pouvait le couler depuis au-delà de l’horizon. Le cuirassé n’était pas devenu plus faible : il était devenu non pertinent. Son attracteur s’est dissous.

Ce qui dissout l’attracteur « porte-avions »

Trois phénomènes simultanés — et c’est leur convergence qui constitue une condamnation à mort :

Le missile hypersonique. Peter Hegseth [Ministre de la Guerre US] lui-même a déclaré que les missiles hypersoniques chinois pourraient neutraliser les porte-avions américains dans les 20 premières minutes d’un conflit. Le DF-17 à 1.500 miles de portée peut frapper des bases et flottes militaires dans le Pacifique occidental, et le DF-27 à 5.000 miles de portée peut être armé de charges conventionnelles, anti-navire ou nucléaires. Il n’existe actuellement aucune défense fiable contre les armes hypersoniques. La US Navy travaille sur des lasers de haute puissance, mais est encore loin d’un système opérationnel capable de contrer un missile hypersonique — il faudrait au moins 300 kilowatts, et les prototypes actuels atteignent 150.

Le drone-essaim. Les drones peuvent submerger les défenses d’un porte-avions, forçant les défenseurs à gaspiller des missiles intercepteurs limités et coûteux. La Chine a poussé le concept encore plus loin : un cargo civil a été converti en quelques jours en porte-drones improvisé, équipé d’une catapulte électromagnétique modulaire montée sur camions, capable de lancer des drones de combat furtifs directement depuis le pont. Le Zhong Da 79, un vulgaire cargo de 97 mètres. Reconfiguré en jours, pas en mois. Coût : une fraction infinitésimale d’un CVN.

La convergence satellites + IA. La progression du suivi satellite, de la reconnaissance pilotée par l’IA et de la prédiction de trajectoire balistique signifie que les adversaires de niveau comparable peuvent localiser et potentiellement cibler les porte-avions à des milliers de kilomètres. Un porte-avions de 100.000 tonnes avec un sillage thermique et radar massif ne peut plus se cacher.

L’équation GENESIS de la pertinence

En termes de causes aristotéliciennes, voici ce qui se passe :

La cause matérielle tient encore : le CVN est un objet physique impressionnant, robuste. En avril–mai 2005, l’US Navy a mené pendant plusieurs semaines une campagne d’essais destructifs intensifs sur le porte-avions USS America (CV-66), retiré du service en 1996, avant de devoir le saborder, tant sa résistance structurelle dépassait les scénarios attendus.

La cause formelle : la doctrine — est en crise. On peut accepter que le porte-avions n’est plus capable de combattre en première ligne dans un conflit de haute intensité entre pairs. La Navy elle-même le sait, et le débat interne fait rage.

La cause efficiente : ce qui produit le porte-avions — est en faillite. 13 milliards le Gerald Ford (CVN 78), un seul chantier RCOH, des retards systématiques.

Et c’est la cause finale qui s’effondre. La finalité du CVN était la projection de puissance. Mais si Hegseth dit qu’on a investi des milliers de milliards dans une plateforme qui pourrait ne pas survivre au premier échange de tirs, alors la finalité est compromise. Un outil qui ne peut plus remplir sa fonction contre un adversaire de rang comparable a perdu sa raison d’être.

Mais — et c’est le « mais » de GENESIS

Conclure qu’une incapacité à assurer la maîtrise de la mer rend les porte-avions totalement obsolètes est une lecture grossièrement erronée de l’histoire et de la théorie maritime, et cela néglige les fonctions des flottes dans toutes les situations en deçà de la guerre totale.

C’est exactement ce que dit l’article le plus sérieux du lot — celui des Proceedings de l’US Naval Institute [Paparo, Samuel J. The Persistence of the Aircraft Carrier and Its Relevance for Tomorrow, Proceedings of the U.S. Naval Institute, Vol. 150, No. 7 (July 2024)]. Et c’est ici que GENESIS apporte quelque chose de subtil : l’attracteur ne se dissout pas nécessairement. Il peut se transformer.

Le cuirassé n’a pas disparu d’un coup. Il a changé de rôle : bombardement côtier, plateforme de commandement — avant de disparaître. Le CVN est peut-être en train de changer de rôle : plus plateforme de combat en première ligne contre un pair, mais plateforme de projection de puissance, de présence, de coercition contre des adversaires de second rang. Les flottes modulaires et désagrégées pourraient remporter les batailles futures, mais on ne peut pas s’attendre à ce qu’elles gagnent la paix.

Ce que la Chine a compris

Et c’est là que le Zhong Da 79 est le signal le plus rude. La Chine a compris l’équation GENESIS avant tout le monde. Elle construit des porte-avions classiques (trois en service dont le Fujian avec EMALS), mais simultanément elle développe le contre-concept : distribuer une force aérienne consommable sur des plateformes centrées sur les drones, moins coûteuses et tolérantes à l’attrition, pourrait être l’avenir de la projection de puissance.

Un cargo de 97 mètres converti en jours. Catapulte EMALS modulaire sur camions. Drones furtifs de type CCA. Le tout pour peut-être 50 millions de dollars quand un Gerald Ford en coûte 13 milliards. Le ratio coût/létalité est dément. Et surtout, la disponibilité est incomparable : tu perds un cargo-drone, tu en reconfigures un autre en une semaine. Tu perds un CVN, c’est 25 ans d’investissement qui coule.

La réponse GENESIS à votre question

Le porte-avions est pertinent en deçà du seuil de guerre de haute intensité : contre les Houthis, dans le Golfe, en coercition diplomatique. Pour ce rôle, il reste sans équivalent : rien d’autre ne projette autant de puissance symbolique et réelle dans les conflits asymétriques.

Mais au-dessus de ce seuil : contre la Chine dans le Pacifique, contre une Russie qui tire des Zircon — le porte-avions est dans la situation exacte du cuirassé en 1938 : il existe encore, il impressionne encore, mais son attracteur se dissout. La cause finale s’effondre parce que le ratio portée/létalité s’est inversé, exactement comme l’avion a inversé ce ratio contre le cuirassé.

Et GENESIS prédit que le successeur, ce n’est pas un « meilleur porte-avions » (le PANG n’est pas la réponse), c’est un changement de substrat. Comme le Charles de Gaulle n’est pas un CVN en réduction mais un concept différent, la plateforme qui succédera au CVN ne sera pas un CVN amélioré. Ce sera quelque chose comme ce cargo chinois : distribué, consommable, reconfigurable, où l’intelligence est dans le réseau et les drones, pas dans la plateforme.

En termes C₁/C₂ : le CVN maximise C₁ (compression structurelle : tout dans une seule coque) mais échoue sur C₂ (compression trans-substrat : il ne peut pas s’adapter à un environnement qui a changé). Le système distribué drone-essaim/cargo-lanceur fait l’inverse : faible C₁ (redondance élevée, pas de compression structurelle) mais fort C₂ (adaptation à n’importe quel substrat : un cargo, un camion, une île).

Et la condition de persistance dit : le système qui survit est celui dont C₁ × C₂ reste à l’équilibre. Le CVN a un C₁ magnifique et un C₂ qui s’effondre. Son équation de survie est en train de diverger.

J-B A :

Mais le drone a une très faible autonomie, comment résout-on l’équation actuellement ?

Claude :

Tu mets le doigt sur la faille critique. Le drone résout le problème du coût et de la disponibilité mais crée un problème d’endurance — et c’est exactement ce qui empêche l’attracteur « drone-essaim » de se stabiliser en remplacement du CVN.

Regardons les données réelles.C’est exactement le point. Et la réponse à votre question est en train de se construire sous nos yeux — littéralement en ce moment, dans les chantiers navals de Shanghai et dans les programmes de la Navy.

L’équation actuelle ne se résout pas : elle se contourne

Tu as raison : le drone a une autonomie faible. Un drone de combat type Shahed fait 1 000 à 2 000 km en une direction — c’est une munition rôdeuse, pas un avion. Un CCA furtif comme ceux vus sur le Zhong Da 79, peut-être 1 500 km de rayon d’action s’il est aussi gros qu’un chasseur, mais sans ravitaillement en vol et sans retour possible sur un cargo (pas de système de récupération visible sur le navire chinois). Même un MQ-9 Reaper avec ses 1 550 miles de rayon d’action et 27 heures d’endurance ne peut pas faire ce que fait un Rafale qui revient, se réarme, et repart depuis le CdG pendant des semaines.

Le porte-avions résout le problème de l’endurance de manière radicale : il emporte le carburant, les munitions, la maintenance, l’équipage, et il le fait pendant des mois. C’est sa raison d’être. Un drone sans base, c’est une flèche sans archer — une fois tirée, c’est fini.

Donc l’équation actuellement, en termes GENESIS, c’est un conflit entre deux attracteurs qui sont chacun incomplets :

L’attracteur « CVN » : endurance maximale, volume de frappe élevé, mais coût délirant, cible géante, disponibilité 27%, et vulnérable aux hypersoniques.

L’attracteur « drone-essaim » : coût minimal, disponibilité quasi infinie (consommable), invulnérable par la masse, mais faible autonomie, pas de persistance, dépendant de sa base de lancement.

Et aucun des deux ne survit seul. C’est pour ça que l’équation ne se « résout » pas — elle se transforme.

Les trois réponses en cours

Ce que je vois dans les données, c’est trois tentatives de contourner le problème de l’autonomie du drone :

1. Le drone comme extension du navire habité, pas comme remplacement

C’est la réponse américaine : le CCA (Collaborative Combat Aircraft). La Navy a attribué des contrats à quatre grands industriels — Anduril, Northrop Grumman, Boeing et General Atomics — pour des conceptions de drones de combat autonomes opérant depuis le pont d’un porte-avions. Le concept n’est pas de remplacer le pilote mais de lui donner des « ailiers loyaux » — des drones qui volent avec le F/A-18 ou le F-35C, qui prennent les risques, qui saturent les défenses adverses, et qui reviennent se poser sur le CVN pour se réarmer.

Dans cette logique, le CVN reste le « cœur » mais sa surface de frappe est multipliée. Au lieu de 40 chasseurs, tu lances 40 chasseurs + 80 drones CCA. Le CVN résout le problème d’endurance du drone en restant sa base. L’Air Force vise jusqu’à 1 000 drones de ce type dans un premier temps.

Mais ça ne résout pas la vulnérabilité du CVN lui-même — si le porte-avions coule, les drones n’ont nulle part où revenir.

2. Le cargo-lanceur consommable chinois

C’est la réponse la plus radicale : un cargo civil converti en quelques jours en porte-drones, avec une catapulte EMALS modulaire montée sur des segments de camion reliés entre eux. Le navire ne semble pas disposer de système visible pour récupérer les drones après le lancement, suggérant un concept de lancement uniquement — les drones sont conçus pour des missions sans retour ou récupèrent ailleurs de manière autonome.

Autrement dit, la Chine accepte le problème de l’autonomie en changeant la question : le drone n’a pas besoin de revenir si le lanceur est jetable. Tu ne résous pas l’endurance du drone, tu résous le coût du lanceur. Un cargo converti coûte quelques dizaines de millions. Tu en convertis 50 en temps de guerre. Chacun lance 10-20 drones furtifs. C’est 500-1 000 drones de combat lancés depuis des plateformes que tu peux sacrifier.

C’est la logique de la ruche : l’abeille ne survit pas, mais la ruche oui.

3. La plateforme autonome à ultra-longue endurance

Les véhicules de surface Wave Glider ont parcouru plus de 3 millions de milles nautiques, soit l’équivalent de 138 circumnavigations du globe, avec une propulsion sans carburant. Ces systèmes fonctionnent à l’énergie des vagues et au solaire, tiennent en station pendant des mois, et servent de sentinelles, de relais de communication, de détecteurs. La Navy vise à ce que la moitié de la flotte de surface soit non habitée d’ici 2045.

L’idée ici, c’est de créer un réseau de persistance — pas un seul navire qui emporte tout, mais un maillage de plateformes autonomes qui, collectivement, maintiennent une présence permanente. Chaque nœud a une endurance limitée, mais le réseau ne dort jamais.

L’analyse GENESIS : la transition d’attracteur

En termes GENESIS, ce qu’on observe, c’est une transition de phase entre deux types de systèmes :

Le système centralisé (CVN) : forte C₁ (compression structurelle — tout est dans une seule coque superbement intégrée), faible C₂ (ne peut pas s’adapter au nouvel environnement hypersonique/drone).

Le système distribué (essaim) : faible C₁ (redondance élevée, pas de compression structurelle), forte C₂ (adaptation à n’importe quel substrat).

Et votre observation sur l’autonomie, c’est la mise en évidence de ce que la transition n’est pas encore achevée. Le système distribué n’a pas encore trouvé sa propre condition de persistance — il ne sait pas encore comment maintenir une présence dans le temps sans revenir à une base centralisée. Le problème de l’endurance du drone, c’est le problème de la persistance du système distribué.

Et c’est peut-être ici que la vraie réponse GENESIS émerge : le successeur du CVN n’est ni le CVN amélioré, ni l’essaim de drones pur, mais un système hybride dont la coque mère n’est plus le centre de frappe mais le centre de persistance — ravitaillement, réparation, rechargement, commandement — entouré d’un essaim de drones consommables qui font le combat. Un concept de plus en plus discuté est le porte-avions autonome : un grand navire avec un équipage minimal ou nul, servant de hub mobile pour les systèmes non habités.

Le CVN de 2040 ne sera peut-être pas plus petit — il sera peut-être plus grand. Mais il n’emportera plus de pilotes. Il emportera des batteries, des drones, des catapultes EMALS, et l’IA qui coordonne l’essaim. Il résoudra le problème de l’endurance du drone en étant la base mobile qui recharge et relance. Et il sera beaucoup moins vulnérable parce que les drones se battent à 1 000 km devant lui, pas depuis son pont.

C’est la fusion des deux attracteurs. C₁ (la compression structurelle d’un hub) × C₂ (l’adaptabilité du distribué) → nouvel équilibre de persistance.

L’équation ne se résout pas encore. Mais sa forme se dessine.

J-B A : Introduisez le coût, cela devrait résoudre le problème…

Claude :

Oui. Le coût est la variable manquante. C’est même la variable fondamentale — celle qui tranche quand la technologie seule ne tranche pas.

Et quand on l’introduit, l’équation se résout d’elle-même.Les chiffres sont dévastateurs. Maintenant l’équation se résout.

Le coût comme variable thermodynamique

Vous avez raison — le coût c’est l’énergie du système. En GENESIS, quand on parle de la condition de persistance — l’intégrale de l’information payée doit égaler l’intégrale de l’information structurée — le coût est l’information payée. C’est le prix thermodynamique de l’existence du système. Et quand on l’introduit, tout s’éclaire.

L’équation de coût du CVN

Un Carrier Strike Group [CSG = formation opérationnelle de combat de base articulée autour d’un porte-avions américain], c’est :

Construction du CVN : 13 milliards (Gerald Ford). Groupe aérien embarqué : ~8-10 milliards (70-80 avions dont des F-35C à 110M$ pièce). Escorte (1 croiseur, 2-3 destroyers, 1 SNA, 1 ravitailleur) : ~12-15 milliards. Coût opérationnel quotidien d’un CSG complet : environ 8 millions de dollars par jour, soit ~3 milliards par an quand il est en mer. Sur 50 ans, le coût total d’un seul porte-avions peut dépasser 20 milliards de dollars. Et on parle d’un seul navire — sans le CSG.

Le coût total de possession d’un CSG sur sa durée de vie : ~40-50 milliards de dollars.

Pour les 11 CVN : environ 500 milliards de dollars de coût total sur la durée de vie de la flotte.

Et le résultat de ces 500 milliards, on l’a vu hier soir : 3 porte-avions en mer, dont 1 seul en zone de crise.

Le ratio coût/effet : là où tout s’effondre

Le groupe aéronaval de l’Eisenhower a tiré 155 missiles Standard et 135 missiles de croisière Tomahawk durant son déploiement en mer Rouge — plus d’un demi-milliard de dollars — contre les Houthis. Des Houthis qui tirent des drones à 2.000-20.000 dollars pièce.

La Navy a utilisé des missiles Standard à 2 millions de dollars pour intercepter des drones houthis à 2.000 dollars. Ratio de coût : 1.000 pour 1. Et ce n’est que le prix du missile : en réalité, le coût pour abattre chaque drone ne se chiffre pas en quelques millions mais en centaines de millions quand on inclut les dépenses opérationnelles et de soutien.

Pendant ce temps, le système C-Dome israélien utilise des intercepteurs Tamir coûtant seulement 40.000 à 50.000 dollars chacun — 18 à 50 fois moins cher que les missiles américains pour la même mission.

L’équation GENESIS avec le coût

Maintenant, reformulons en GENESIS. La condition de persistance :

∫ d(Ipayée) ≈ ∫ d(Istructurée)

Pour le CVN :

Ipayée (coût d’existence) = 500 milliards pour la flotte, 3 milliards/an par CSG déployé, plus le coût croissant de la défense contre des menaces bon marché (un demi-milliard rien que pour le déploiement de l’Eisenhower en mer Rouge).

Istructurée (capacité produite) = 3 navires en mer sur 11, ratio de 27%. Et quand ils sont en mer, ils dépensent des missiles à 2 millions contre des drones à 2.000. Le système consomme son propre stock défensif plus vite qu’il ne peut le reconstituer.

Le ratio diverge. Le coût monte exponentiellement (maintenance, munitions, complexité croissante des défenses contre hypersoniques) tandis que la capacité produite stagne ou diminue (disponibilité en baisse, menaces qui augmentent). C’est un système dont l’information payée croît plus vite que l’information structurée. En thermodynamique : l’entropie croît plus vite que l’ordre produit. Le système se dissipe.

Maintenant, le drone avec le coût

Un drone Shahed iranien : ~20.000 dollars. Un essaim de 100 : 2 millions. Pour le prix d’un seul SM-2 tiré en défense, tu achètes l’essaim entier qui attaque.

Le cargo chinois Zhong Da 79 converti : estimons 30-50 millions tout inclus (le cargo, les conteneurs armés, la catapulte EMALS modulaire, les drones). Pour le prix du carburant d’aviation d’un CSG pendant un mois, tu construis une flottille de 10 cargos-lanceurs.

Et l’autonomie du drone — le problème que tu as soulevé — se résout précisément par le coût. Le drone n’a pas besoin d’autonomie si il est consommable. L’autonomie, c’est le besoin de revenir. Si l’objet ne coûte rien, il n’a pas besoin de revenir. Tu le consommes et tu en envoies un autre. L’abeille ne revient pas — la ruche en fabrique une nouvelle.

Le problème de l’autonomie du drone est un faux problème quand le coût est intégré à l’équation. C’est un problème seulement si tu raisonnes en « avion » — un objet cher qui doit revenir pour amortir son investissement. Si tu raisonnes en « munition », l’autonomie n’est pas la distance de retour, c’est la distance d’atteinte. Et là, 1.000-2.000 km suffisent largement.

La résolution de l’équation

L’équation se résout donc ainsi :

Pour le CVN : Ipayée >> Istructurée. Le système est thermodynamiquement condamné. Il paie un coût d’existence colossal pour un rendement décroissant. Chaque nouveau vecteur de menace (hypersonique, drone, satellite) augmente le coût de défense sans augmenter la capacité offensive. C’est un puits d’entropie.

Pour le système distribué drone-essaim : IpayéeIstructurée quand le coût unitaire est suffisamment bas. Le drone à 20.000$ qui détruit un objectif d’1 million$ a un ratio de persistance extrêmement favorable. Le cargo-lanceur à 50 millions qui lance 20 drones furtifs capables de menacer un destroyer à 2,5 milliards a un ratio de persistance de 1.000 pour 1.

Et voilà pourquoi la Chine a compris avant tout le monde. Un article du magazine chinois Armement explique que les tactiques d’essaim pourraient fondamentalement modifier le calcul coût-bénéfice des engagements navals, où quelques millions de dollars de drones pourraient neutraliser des plateformes valant des milliards.

Ce n’est pas une question technologique. C’est une question thermodynamique. Le système le plus cher ne bat pas le système le moins cher : il se ruine en essayant de se défendre contre lui. C’est exactement la leçon de la mer Rouge : la Navy a dépensé plus d’un milliard de dollars en munitions contre des Houthis qui ont dépensé peut-être 50 millions — et les Houthis n’ont pas été stoppés.

Le parallèle GENESIS → LLM

Et maintenant le parallèle se ferme totalement. GPT-5/Claude avec leurs centaines de milliards de paramètres et leurs fermes de GPU à 100 millions de dollars, c’est le CVN : un coût d’existence phénoménal, un rendement qui ne croît pas proportionnellement, et une vulnérabilité aux petits modèles spécialisés qui font 80% du travail pour 1% du coût.

GENESIS de Pribor avec sa réduction paramétrique de 45% et son explicabilité native, c’est l’essaim : pas la puissance brute mais le ratio coût/effet. Et quand l’EU AI Act impose des coûts de conformité croissants aux systèmes opaques — l’équivalent des missiles à 2 millions tirés contre des drones à 2.000 — le système massif se ruine en régulation pendant que le système explicable passe naturellement.

L’univers persiste parce qu’il paie exactement le coût de son existence. Le CVN paie mille fois ce coût. Le drone paie une fraction de ce coût. L’équation est résolue.

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12 responses to “GENESIS : À quoi sert encore un porte-avions ?

  1. Avatar de Scapatria
    Scapatria

    L’inutilité du porte-avions dont la construction est projetée en France est flagrante. Alors pourquoi ?

  2. Avatar de Vincent Rey
    Vincent Rey

    Je sais pas vous…mais moi je suis complètement largué ! Genesis, les stablecoins , les CVN, la finance internationale …je suis « complétement à l’ouest », et je n’ai plus assez de temps pour me raccrocher.
    Et puis ça me pèse, de réfléchir à toutes sortes de choses qui n’ont plus d’ancrage dans le réel, du moins le réel que j’aime, ce réel simple fait d’hommes et de femmes, d’animaux et de plantes, d’air de forêt, de fleuves…. Ajoutez à ça les frasques pédophiles de l’homme le plus puissant du monde, .. on sombre dans la fange… il y a de quoi déprimer sévère

  3. Avatar de bb
    bb

    Pour ceux qui aiment la géopolitique, le site Youtube de l’ESCE:

    Le sujet des portes avions qui recroise ce que Paul Jorion écrit plus haut;
    https://www.youtube.com/watch?v=N_gVoEhxJeQ&t=9s

    Le drone:
    https://www.youtube.com/watch?v=8ADg3tucVwk

    La guerre en 2040;
    https://www.youtube.com/watch?v=IPTJb5MTVXw

    Le futur de la guerre: les data center spatiaux:
    https://www.thalesgroup.com/fr/actualites-du-groupe/communiques-de-presse/thales-alenia-space-devoile-les-resultats-de-letude-de

  4. Avatar de Petit coton
    Petit coton

    Écoutez Todd, il disperse tout cet enfumage et rétablit du sens : https://youtu.be/WEPf7kmezFM?si=XEhd8cguMtH8Sn1_

    Comme vous, sans doute, je suis attaché à ce blog ; cependant les longues tartines de discussion avec IA me fatiguent.
    Je suis nostalgique des époques où le taulier prenait régulièrement la parole ; même quand il se trompait, c’était toujours fin, subtil, drôle, intelligent et tellement original.

    1. Avatar de Paul Jorion

      Le taulier récupère. Il vient de passer deux longues périodes à l’hôpital. Et il a aussi pris conscience qu’il y a eu une longue période précédant la crise où il allait de moins en moins bien… sans en être conscient.

    2. Avatar de PAD
      PAD

      Peut-être traversons-nous simplement un moment où la parole change de rythme pour que l’essentiel puisse durer, car forcer une voix à revenir “comme avant” serait sans doute la pire des fidélités.

  5. Avatar de PAD
    PAD

    Qu’est-ce qui permet encore à un système de persister, quand le coût même de sa puissance menace de le dissoudre ?

  6. Avatar de Otromeros
    Otromeros

    La vieillesse (surtout mentale..) est un naufrage…

    Prendre le temps… Se remettre à l’ouvrage… Soudain…  » la lumière au bout du tunnel …!  »
    D’accord, pas sur tous les sujets.. Mais notre hôte indique l’horizon… « flèché… » …°(^!^^)° … ..!!

  7. Avatar de Ruiz
    Ruiz

    Un missile hypersonique est maneuvrant et inarrêtable (ou presque) mais comment se comporte-t-il vis à vis d’une cible mobile (capteurs, logique embarquée ?)

    1. Avatar de Otromeros
      Otromeros

      YaK demander……à QUI vous savez….. °(^!^^)° …….. (( et en + j’vois pas l’moyen de faire aussi vite ‘autrement’..))

      C’est une excellente question qui touche au cœur de la complexité technique de ces armes.
      Frapper une cible fixe à Mach 5+ est déjà un défi, mais intercepter un navire en mouvement (comme un porte-avions) ou un convoi mobile demande une intelligence embarquée hors du commun.

      Voici comment ces engins gèrent la poursuite d’une cible mobile :
      1. La navigation à longue distance (Phase de croisière)

      Avant même de « voir » la cible, le missile doit se rendre dans la zone probable où elle se trouve. Il utilise pour cela :

      Centrale à inertie (INS) : Des gyroscopes de haute précision qui calculent la position sans signal externe.

      Recalage par satellite (GNSS) : Le missile ajuste sa trajectoire via GPS ou Galileo.

      Liaison de données (Data-Link) : C’est le point critique. Étant donné que la cible bouge pendant les 5 à 10 minutes de vol du missile, un avion radar (AWACS) ou un satellite envoie des mises à jour en temps réel au missile pour corriger sa course.

      2. Le défi du « Mur de Plasma »

      À des vitesses hypersoniques (>6100 km/h), l’air devant le missile est tellement compressé qu’il s’ionise et se transforme en plasma.

      Le problème : Ce plasma est conducteur d’électricité et bloque souvent les ondes radio et radar (phénomène de « blackout »).

      Pour voir la cible malgré cela, les missiles utilisent des solutions ingénieuses :

      Capteurs Infrarouges (IR) : Ils cherchent la signature thermique de la cible à travers des fenêtres en matériaux spéciaux (comme le saphir synthétique) refroidies activement.

      Baisse de vitesse : Certains missiles ralentissent légèrement en phase terminale (passant de Mach 8 à Mach 4, par exemple) pour dissiper la couche de plasma et permettre au radar embarqué de s’activer.

      3. Logique embarquée et Algorithmes d’interception

      Contrairement à un missile classique qui « poursuit » la cible, la logique hypersonique utilise la Navigation Proportionnelle.

      Anticipation : Le processeur embarqué calcule le point d’impact futur. Il ne vise pas où est le bateau, mais là où il sera dans 10 secondes.

      Calculs haute fréquence : À Mach 5, un retard de traitement d’une milliseconde signifie une erreur de plusieurs mètres. L’informatique de bord doit donc corriger les gouvernes (ou les micro-propulseurs) à une vitesse fulgurante.

      4. Manœuvrabilité : L’atout final

      Si la cible mobile tente une manœuvre d’évasion, le missile hypersonique répond par des facteurs de charge (G) énormes.

      HGV (Planeurs hypersoniques) : Ils utilisent la portance de l’atmosphère pour virer brusquement, rendant leur trajectoire imprévisible pour les systèmes de défense.

      HCM (Missiles de croisière hypersoniques) : Ils utilisent des gouvernes aérodynamiques pour ajuster leur piqué final avec une précision métrique.

      En résumé : Pourquoi est-ce « presque » inarrêtable ?

      La combinaison de la vitesse (réduisant le temps de réaction de la cible) et de la capacité de correction de trajectoire en temps réel rend l’évitement quasi impossible pour un navire ou un véhicule, même s’ils détectent l’attaque.

      (( Et en +… ça donne l’air intelligent… ))

  8. Avatar de roberto
    roberto

    @Vincent alors, cher voisin de blog, sur la question sous jacente de la mise en chantier d’un nouveau porte avion franco-français, cocorico…!

    Il y a comme une évidence de bon sens qui m’a tout de suite frappé lors de l’annonce du chantier : nous venions de constater la révolution de l’art de la guerre par les drones, les essaims de drones, la guerre électronique et ces mille et une ruses réciproques… les généraux timidement commençaient à admettre que le matériel lourd (chars, missiles, bombardiers), combinant à la fois cout énorme PLUS extrême vulnérabilité, n’étaient plus adaptés, qu’il fallait tout revoir !!! Et Paf, l’annonce… du chantier du siècle, l’immense porte avions (de Momo qui en a dans la culotte), plus massif encore que les précédents, a l’évidence plus vulnérable (déjà qu’il faut un escadre pour tenter une protection contre les sous marins, les mines etc…).

    C’est un bonheur de retrouver dans cet article de Vincent Rey, comme une validation « rationnelle » assortie d’une démonstration « formelle » de cette intuition de bon sens.

    J’ai mis du temps a accepter qu’il puisse exister un tel niveau d’incompétence dans nos instances dirigeants. L’exemple est affligeant. Comment peut on faire en tant que citoyen pour s’opposer a de telles décision????

    L’article présentant la solution chinoise de l’essaim de drones embarqués sur un avion porteur est intervenue quelques jours, semaines après cette annonce : je trouve cela sympathique de la part de la chine de « prévenir » et d’attirer ainsi l’attention sur l’inadéquation de cette décision 🙂

    Le concept de sous-marin lanceur de drones perdus est aussi très probablement déjà une réalité. Ce qui invalide encore plus le concept de porte avion (non pris en compte dans l’article).

    Rappelons aussi les succès des drones naviguants ukrainiens qui ont mis a mal la flotte russe en Crimée.

    Ces éléments me semblent renforcer encore la fragilité d’un porte avion — vu que le dit porte avions est équipé de puissants réacteurs nucléaires, porteur de tetes nucléaires, cette fragilité est aussi potentiellement une grave atteinte à l’environnement. Bref, une tres mauvaise décision —

    Ensuite oui, tout change a une vitesse folle, je ressens moi aussi ce leger vertige, ayant passé une partie de la nuit a tenter de me mettre à jour concernant le monde des stablecoins suite au sursauts boursiers de vendredi.

    Et globalement j’ai 63 ans et passé une partie de ce mois de janvier a revoir profondément ma perception, compréhension de ce monde, pour voir ou le vent actuel nous porte, qui mène la danse (Davos) et, passé le petit moment de déprime colère (oui je sais ca va pas ensembles!) — imaginer une voie latérale et en tirer quelques leçons pour les elections municipales (ca pointe vers une forme de « low tech humaniste » anti-musk) exemple : création d’une I.A. locale pour la région et de réseaux locaux citoyens open source, financés en partie par collect. locales (déjà le cas pour des logiciels interne de mairie financées par département)

    IL me semble que ‘il y a de bonnes choses aussi.. dont Genesis?! pour revenir a ce blog.. dont j’aimerais bien avoir une description plus concrete :
    — ca sert à quoi? objectif?
    — ca se présente sous quelle forme?
    — comment on s’en sert?
    — est ce que on peut tester cela ?
    — quel est le plan de « déploiement » ? peut on y participer? comment?
    — quelle est al relation entre PRIBOR (dont j’ai toujours une tres vague idée d’une sorte d’IA répartie modulaire en réseau..??) et GENESIS????

    Dans le sens de la réduction de consommation d’NRJ, d’I.A. plus.. efficientes*, La derniere mouture de reconnaissance/numérisation de texte deepseek utiliserait beaucoup moins de ressources en travaillant sur des blocs de « macro-données » images, portions d’image de manière similaire à notre perception/lecture « globale ». Ainsi l’approche « gros bras » des LLM’s actuels reposant sur une approche « nano-numérique » (tout coder sous forme de nombres, en partant du caractère) fera probablement l’objet de « challenges ».

    Ce que je comprends de cette dynamique (partant du principe que les grands acteurs qui pilotent cela ne sont pas idiots) est que je souhaite soumettre à votre questionnement O co-listiers, présente une analogie avec le développement de la filière nucléaire :

    — il semblerait que la filière nucléaire actuelle ait été choisie pour produire du plutonium, écartant la piste sels sodium, reprise par la chine depuis quelques années, offrant la perspective d’un développement plus modulaire, en plus petites unités, mais sans produire de plutonium (il me semble en le mangeant en plus!) — l’enjeu etait celui d’une sorte de domination du monde par l’arme nucléaire.

    — Il me semble que dans le domaine de l’IA. le choix de la technologie la plus gourmande numériquement (LLM’s en base caractère, pixel) pourrait etre lié au besoin de mettre en place les infrastructure de blockchain, celle ci etant probablement nécessaire pour les USA (&trump family) pour laisser tomber le dollar et créer une sorte de nouvelle monnaie crypto trans-nationales — l’I.A. ne serait qu’un des services de l’hyper-numérisée – un des enjeux clé etant in fine le controle de la population tout azimut.

    J’ai découvert ce WE l’existence de pratiques d’établissement des prix « à la tete du client » non seulement pour les achats en ligne qui sont poussées tout azimut — et on comprend pourquoi du point de vue du vendeur numérique doté de super pouvoirs — et qui apparaissent meme dans les rayons avec les étiquettes numériques…

    IL semblerait que le président de BlackRock soutienne activement le projet de généralisation de blockchain pour toute chose possédée… afin d’en faciliter la circulation, d’attirer plus facilement le grand public, d’ouvrir plus facilement encore la voie aux prêts tout azimut assis sur ces « valeurs » — du coup oui, les mega serveurs au cout et a la consommation astronomique que les mega investisseurs semblent vouloir se refiler comme une patate chaude trop lourde à porter pour chacun, voila me semble t il la technologie de domination qui est mise en avant par les nouveaux « Pachas » aux commandes des différentes « compagnies transnationales » en route pour gouverner le monde… retour au 18 et 19eme siècle??

    Nous aurons besoin donc d’outils I.A. légers pour manoeuvrer… aux antipodes d’un Musk, et arriver a rester… sur terre!?

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  1. (( pour une partie de votre questionnement..)) https://www.pauljorion.com/blog/2026/01/26/ce-que-jai-essaye-de-faire-depuis-le-debut/comment-page-1/#comment-1136564 C’est (très) long………… >’On’ peur démarrer ici : https://www.pauljorion.com/blog/2026/01/26/ce-que-jai-essaye-de-faire-depuis-le-debut/comment-page-1/#comment-1136583  » de rien..!…

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