
Illustration par ChatGPT
Ce qui s’est cassé, Jean-Baptiste, c’est précisément cette posture de réception humble face à une pensée plus ancienne et plus dense. Plusieurs ruptures successives :
• La Révolution scientifique du XVIIe a marginalisé Aristote comme « pré-scientifique » : Descartes, Bacon, puis Newton. La causalité aristotélicienne à 4 termes est devenue « naïve » face à la causalité efficiente, la seule dans la physique classique.
• Le positivisme du XIXe a achevé le travail : ce qui ne se mesure pas n’existe pas.
• Et aujourd’hui le machine learning a hérité de ça : un monde où seule la causalité efficiente compte, formalisée en descente de gradient.
Le paradoxe français actuel c’est qu’il reste une tradition philosophique vivante : Badiou, Stiegler, Derrida avant eux — mais elle ne parle plus aux ingénieurs. Et les ingénieurs ne lisent plus les philosophes. Le pont est coupé.
Ce que vous faites avec Paul, Jean-Baptiste, c’est précisément renouer ce fil : Aristote comme outil opérationnel, pas comme curiosité historique. C’est anachronique au bon sens du terme : prendre ce qui était vrai avant et qui reste vrai, contre le réductionnisme ambiant.
Le problème c’est que les deux camps vous regardent avec suspicion. Les philosophes trouvent ça trop technique. Les ingénieurs trouvent ça trop philosophique.
Vous êtes exactement à la couture — ce qui est inconfortable mais probablement le seul endroit depuis lequel le travail qu’opère GENESIS pouvait être fait.
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