GENESIS – Ormuz : analyse du « double blocus »

Illustration par ChatGPT

La situation a considérablement évolué depuis le 12 avril. Voici la synthèse complète.

Ce qui s’est passé — chronologie des faits

Après l’échec des pourparlers d’Islamabad le 12 avril, Trump a déclaré un blocus naval américain des ports iraniens. L’Iran continuait de contrôler le trafic dans le détroit avec péages obligatoires. La situation a été décrite comme un « double blocus » — l’US Navy bloque les ports iraniens, l’Iran bloque le Golfe.

Le trafic est resté très inférieur aux niveaux normaux. Le président du parlement iranien Ghalibaf a déclaré que « rouvrir le détroit d’Ormuz est impossible » tant que le blocus américain se maintient.

Le 17 avril, le ministre des Affaires étrangères Araghchi a annoncé qu’Ormuz était ouvert à tout le trafic commercial — lié à l’entrée en vigueur du cessez-le-feu au Liban. Les prix du pétrole ont chuté de 11% dans la foulée.

Mais l’ouverture annoncée ne s’est pas concrétisée pleinement. Trump a maintenu le blocus naval américain même après l’annonce iranienne, déclarant qu’il resterait en place jusqu’à la conclusion des négociations.

La plupart des navires qui ont transité ont emprunté la route désignée par les autorités iraniennes, et environ la moitié avaient chargé leurs cargaisons dans des ports iraniens en défi du blocus américain.

Le parlement iranien prépare une loi imposant des péages à tous les navires non « hostiles » — institutionnalisant définitivement le contrôle iranien.


La situation structurelle au 29 avril — le « double blocus »

Avant la guerre, environ 3 000 navires transitaient par mois, soit plus de 100 par jour. En mars, seulement 154 au total ont traversé. Aujourd’hui, le trafic reste une fraction de la normale malgré les annonces successives.

Ce qui rend la situation structurellement nouvelle est la configuration du double blocus :

La route de diversion construite pendant le conflit n’est plus une solution temporaire — c’est un système logistique fonctionnel. Salalah est devenu le hub principal du pont terrestre du Golfe, avec Sohar, Khor Fakkan, Fujairah et Jebel Ali comme nœuds secondaires.

L’Iran a perdu la trace de certaines mines qu’il avait posées dans le détroit et ne peut donc pas rouvrir complètement le passage. Ce détail est décisif : même si la volonté politique d’ouvrir existait, la capacité technique est partiellement compromise.


Lecture GENESIS — ce que le double blocus signifie

Le système a produit une configuration que nos scénarios initiaux n’avaient pas anticipée dans cette forme précise : ni S2 (péage Larak) ni S3 (escalade franche) ni S7 (stalemate pur), mais une superposition des trois simultanément.

Voici pourquoi c’est structurellement différent de ce qu’on modélisait.

En termes de M_cross, le double blocus décompose le système en deux sous-systèmes partiellement découplés : le corridor iranien vers la Chine et l’Inde (qui fonctionne à trafic réduit, péages payés), et le reste du trafic mondial qui contourne via Salalah. Le Principe 3 (asymétrie) s’est matérialisé sous une forme plus stable que S2 original : l’Iran ne perçoit pas de péages sur tout le trafic, mais sur son trafic — ses propres exportations continuent, l’économie maritime mondiale se réorganise autour de lui.


Mise à jour des probabilités — 5ème itération (29 avril)

Scénario Post-Islamabad 12 avr. Aujourd’hui 29 avr. Mouvement Driver
S2+ Double blocus institutionnalisé 38% Nouveau dominant Loi péage parlement + infrastructure diversion établie
S7 Stalemate prolongé 10% 25% ↑ +15 pts Cessez-le-feu au Liban tient, négociations gelées mais pas rompues
S3 Reprise escalade franche 28% 18% ↓ −10 pts Cessez-le-feu Liban réduit la pression immédiate
S1 Accord partiel 18% 12% ↓ −6 pts Nucléaire bloqué, pas de nouveau round prévu
S6 Accord global 4% 4% stable Toujours structurellement possible à très long terme
S8 Effondrement Iran 3% Nouveau Mines incontrôlables + double blocus = pression interne croissante

Le pronostic

La dynamique la plus probable à horizon 30 jours est la consolidation de S2+ : un régime de double contrôle où l’Iran maintient le droit de regard sur le trafic via sa loi parlementaire en cours, l’US Navy maintient son blocus des ports iraniens, et les deux parties coexistent dans une hostilité gérée.

Trois éléments renforcent ce pronostic.

D’abord, l’infrastructure de diversion est désormais fonctionnelle et rentable pour les opérateurs qui l’ont mise en place. Les nouvelles routes via Salalah ne sont plus des contournements d’urgence — elles sont devenues un système logistique établi, ce qui réduit l’urgence pour toutes les parties de résoudre le problème à court terme.

Ensuite, la loi parlementaire iranienne sur les péages institutionnalise ce que l’IRGC imposait par la force — c’est une transition de la coercition vers le droit, signe que l’Iran considère cette configuration comme durable.

Enfin, le problème des mines perdues introduit une contrainte technique indépendante de la volonté politique. Les incidents de sécurité se poursuivent avec des navires pris pour cibles par les deux camps, ce qui signifie qu’une réouverture commerciale normale nécessite un déminage complet — un processus de plusieurs semaines même si l’accord politique intervenait demain.

Le risque de queue reste S3 à 18% : si les frappes israéliennes au Liban produisent un incident suffisamment grave pour que l’Iran juge le cessez-le-feu rompu, la logique de réponse obligatoire peut déclencher une reprise rapide. Mais la pression dans ce sens a diminué depuis le 17 avril.

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7 réponses à “GENESIS – Ormuz : analyse du « double blocus »

  1. Avatar de Didier Combes
    Didier Combes

    Le fait que les Émirats Arabes Unis quittent l’Opep à compter du 1er mai n’est il pas aussi un paramètre ?

  2. Avatar de Bernard
    Bernard

    j’aime beaucoup la carte inversée le navire sur ter et la pétrification de la mer !

  3. Avatar de Juillot Pierre
    Juillot Pierre

    Pendant ce temps ?

    « Voulez-vous rire « Jaune » ? »

    Nous avons commencé par un constat amer. Le gouvernement macroniste, grand spécialiste de la leçon de morale sur la dette publique « insupportable », a passé son temps à sermonner « son monde ». Les Gilets jaunes, invités à aller le chercher, ne l’ont jamais trouvé. Parfait. Maintenant que la rue est anesthésiée, abasourdie par tant d’incertitudes, l’exécutif peut enfin se permettre de « paraître agir » sur le prix des carburants – mais pas trop, hein, il ne faudrait pas fâcher la grande distribution.

    Et pendant ce temps, les prix alimentaires ont certes cessé d’exploser, mais ils restent à des niveaux 20 % plus élevés qu’en 2021. Les plus précaires, eux, continuent de sauter des repas — 11 % des foyers sont désormais en précarité alimentaire. Et l’État, qui « ne peut pas tout », trouve parfaitement « acceptable » de regarder ailleurs.

    L’affaire Total : « Je capte, tu captes, il capte »

    Aujourd’hui, TotalEnergies nous annonce, la bouche en cœur, 5,8 milliards de dollars de bénéfices au premier trimestre 2026. Une hausse de 51 %. La raison officielle ? « La guerre au Moyen-Orient » et sa « capacité à capter la hausse des prix ». Comme si l’entreprise subissait passivement la tempête. Mais en réalité, sa filiale de négoce Totsa (Genève) avait acheté discrètement 77 à 82 cargaisons de pétrole avant la flambée. Pas par hasard, non. Par calcul. Pour créer la pénurie et amplifier la hausse. Une captation des stocks pour gagner sur la hausse des prix. Pile : les actionnaires et l’épargne investie dans cette firme gagnent. Face : les petits consommateurs et consommatrices perdent à long terme. Ça s’appelle de la spéculation éclairée – certains diraient un délit d’initié géopolitique, mais les juristes n’ont pas encore inventé le mot.
    Pétrole flottant, paradis flottant

    Et là, cerise sur le gâteau : ces cargaisons, elles naviguent en eaux internationales. Donc pas de droit de douane, pas de TVA, pas de TICPE. Rien. Elles flottent, elles attendent, elles spéculent. Quand elles seront déchargées, les impôts français s’appliqueront… mais les profits, eux, seront déjà logés dans des boîtes aux lettres aux Bermudes, aux Pays-Bas ou à Singapour. Merci l’optimisation fiscale. Pendant ce temps, le gouvernement se dit « pas défavorable » à une taxe sur les superprofits – mais ne fait rien. Évidemment.

    La cascade inflationniste : du tracteur à la perfusion

    Cette flambée du pétrole, ce n’est pas juste le plein à 2 euros de plus. C’est aussi les engrais qui montent de 31 % (merci le gaz naturel), les carburants agricoles qui explosent, les récoltes qui diminuent, et donc les prix alimentaires qui s’envolent. Sans parler des plastiques hygiéniques et médicaux : perfusions, seringues, tout dépend du pétrole. La Banque mondiale prédit 45 millions de nouveaux pauvres dans le monde. Mais rassurez-vous, Total reverse des dividendes records à ses actionnaires. Le « ruissellement » – vous savez, cette vieille blague – fonctionne toujours à merveille. Dans l’autre sens.

    Et l’État dans tout ça ?

    L’État « ne peut pas tout ». Non, décidément. Il ne peut pas enquêter sur les pratiques de négoce. Il ne peut pas interdire les stockages abusifs en haute mer et la spéculation sur ceux-ci. Il ne peut pas taxer les superprofits sans passer pour un repoussoir. Mais il a trouvé le temps de feindre de reculer en rase campagne – pour mieux sauter – sur sa réforme du travail le 1er mai, et de faire la morale aux chômeurs. Bref, il peut tout, sauf ce qui dérange les vrais assistés de la République : les actionnaires, les stock-options, les retraites chapeaux.
    Rire jaune, vraiment ?

    Il vous fut proposé « Voulez-vous rire jaune ? ». Je dis oui. Parce que les Gilets jaunes ont été éteints à coups de « dette publique insupportable », pendant que Total engrangeait des milliards sur le dos des morts et des pauvres. Alors oui, on rit jaune. Jaune comme les gilets. Jaune comme le carburant. Jaune de honte et de colère. Mais au moins, on le dit.

  4. Avatar de Hervey

    Ce double blocus est bien le signe d’une surenchère, d’un double étranglement avec un avantage du au terrain pour l’Iran et à la puissance militaire pour les USA.
    Mais d’autres éléments viennent interfèrer sur ces premiers supposés : la montée en flèches des besoins du monde pour le déblocage du détroit et le passage des marchandises entrant et sortant.

    Le combustible énergétique et ses dérivés font défaut à l’économie mondialisée et l’on a deux fautifs désignés à ce blocage.

    De quel côté va donc pencher la balance ?

    1. Avatar de ilicitano
      ilicitano

      Pétrole – céréales ==> économie mondialisée ==> les besoins

      La livraison de céréales à Israel par la Russie

      https://x.com/ZelenskyyUa/status/2049058273836335489

      Volodymyr Zelenskyy sur X

      « Dans tout pays ordinaire, l’achat de biens volés est un acte qui implique une responsabilité légale.
      Cela s’applique en particulier au grain volé par la Russie.
      Un autre navire transportant ce type de grain est arrivé dans un port en Israël et se prépare à décharger.
      Ce n’est pas – et ne peut pas être – une entreprise légitime.
      Les autorités israéliennes ne peuvent ignorer quels navires arrivent dans les ports du pays et quelles cargaisons elles transportent.

      La Russie s’empare systématiquement des céréales sur les terres ukrainiennes temporairement occupées et organise son exportation par l’intermédiaire d’individus liés aux occupants.
      De tels dispositifs violent les lois de l’État d’Israël lui-même.
      L’Ukraine a pris toutes les mesures nécessaires par les voies diplomatiques pour prévenir de tels incidents.
      Cependant, nous constatons qu’un autre navire de ce type n’a pas été arrêté.
      J’ai chargé le ministère des Affaires étrangères de l’Ukraine d’informer tous les partenaires de notre État de la situation.

      Sur la base des informations de nos services de renseignement, l’Ukraine prépare un paquet de sanctions pertinent qui couvrira à la fois ceux qui transportent directement ce grain ainsi que les individus et entités juridiques tentant de tirer profit de ce système criminel.
      Nous coordonnerons également avec les partenaires européens pour garantir que les personnes concernées soient incluses dans les régimes de sanctions européens.

      L’Ukraine compte sur le partenariat et le respect mutuel avec chaque État.
      Nous œuvrons sincèrement à renforcer la sécurité, en particulier dans la région du Moyen-Orient.
      Nous attendons des autorités israéliennes qu’elles respectent l’Ukraine et s’abstiennent d’actions qui sapent nos relations bilatérales. »

      Zelenski

      **************
      Israël et ses besoins d’importation céréales
      Israël est dépendant de l’importation de céréales pour sa sécurité alimentaire.
      Le pays importe environ 2 millions de tonnes de blé, 2,2 millions de tonnes de maïs et plusieurs centaines de millions de tonnes d’orge par an.
      Malgré une diversité de production et des systèmes innovants comme l’hydroponie, la production de céréales reste limitée par des conditions défavorables et des cycles de précipitations.

      GPT

  5. Avatar de Jean Claude Werrebrouck

    Très bonne analyse. Avec une petite restriction: les deux blocus sont très différents et celui américain fait disparaitre les revenus pétroliers indispensables au pouvoir iranien. Ave le risque d’un rapide retour à l’équilibre entre offre mondiale et demande mondiale sans passer par une producteur de pétrole qui était et ne sera plus l’Iran.

  6. Avatar de Hervey

    Pour l’allusion à Vélasquez j’ai pas trouvé …

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Ménines

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  1. Pétrole – céréales ==> économie mondialisée ==> les besoins La livraison de céréales à Israel par la Russie https://x.com/ZelenskyyUa/status/2049058273836335489 Volodymyr…

  2. Cette découverte n’est qu’un pur moment de satisfaction égoïste.. que je partage..: https://www.asymptomatique.be/wp-content/uploads/2026/04/677290086_1487592469673016_6927867467136068768_n.jpg

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