Le général Lee vengé par la Silicon Valley ?, par Roberto Boulant

Billet invité. Ouvert aux commentaires.

Julian Vannerson’s photograph of Robert E. Lee in March 1864

Comment ? Par quelle perversion les mânes d’un vieil esclavagiste sudiste pourraient-elles être réhabilitées par ce parangon de la contre-culture américaine des sixties, par ce nouveau rêve libertaro-californien de réinventer la société au travers du miraculeux pouvoir émancipateur de la révolution numérique ? Le commandant des armées confédérées durant la guerre de sécession – et accessoirement icône de l’extrême-droite américaine -, était un riche propriétaire sudiste possesseur d’esclaves qui combattait entre autres pour maintenir intacts les privilèges de sa caste.

L’exact inverse – a priori – de la sympathique utopie de rendre les individus libres et autonomes grâce à la fée numérique.

Pourtant il suffit de se livrer au simple exercice des avantages comparatifs de l’esclavage et de la société rêvée par les GAFA (benchmarking en novlangue globish), pour se rendre compte qu’il n’y a pas opposition mais bel et bien continuation, voire révolution ! Révolution dans l’augmentation des bénéfices s’entend.

Admirons en effet les progrès réalisés dans la gestion des ressources humaines depuis l’époque de cette vieille barbe de Lee.

Rendez-vous compte qu’en ces âges obscurs, au tout début de la seconde révolution industrielle, les pauvres possesseurs d’esclaves voyaient leurs revenus scandaleusement obérés par la nécessité de maintenir leur cheptel humain en bonne condition physique pour pouvoir exploiter correctement leur force de travail. Cela incluait de dispendieux frais de bouche et de logement, quand il ne s’agissait pas carrément de frais médicaux (après analyse du rapport coût/profits liés notamment à l’âge et au sexe de l’esclave défectueux).

Heureusement, la foi en un monde meilleur chevillée au corps, des petits génies ont su libérer les propriétaires du capital des chaines de cette tyrannie. Et l’ingénierie sociale permise par la numérisation a finalement débouché sur ce merveilleux concept : l’ubérisation.

Eh oui, c’est maintenant à l’esclave de prendre en charge les frais nécessaires à sa survie. Dans tous les cas, le salaire versé par le maitre pour la location de la force de travail est largement inférieur à ce qu’il aurait dû débourser pour en devenir propriétaire et en assurer la maintenance !

Et le progrès faisant rage, chaque jour s’observe la fulgurante avancée de l’ubérisation des métiers, même de ceux qui furent un temps prestigieux. Les exemples sont légion.

Hier encore, pilote de ligne était un métier qui vous posait son homme, synonyme de salaires aussi élevés que ceux des coûts consentis par les compagnies aériennes pour assurer des qualifications sans cesse plus pointues. Aujourd’hui, dans l’attente d’une dronisation des appareils qui sauront gérer grâce à l’IA embarquée leur environnement de vol – faisant disparaitre au passage les métiers du contrôle aérien -, les pilotes des compagnies low-cost sont devenus l’équivalent de chauffeurs de cars établis en tant qu’auto-entrepreneurs (réduction drastique des cotisations patronales pour les compagnies aériennes), payant quasiment pour avoir le droit de voler et pouvoir remplir le quota d’heures nécessaires aux différentes qualifications, et dormant en mobil-home.

Assurément un grand malheur que ce pauvre général Lee soit né trop tôt. Il se serait sûrement esbaudi devant la perfection qui s’annonce : un monde d’esclaves libres s’auto-exploitant librement !

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34 réflexions au sujet de « Le général Lee vengé par la Silicon Valley ?, par Roberto Boulant »

  1. Au lieu de critiquer le grand capital (qui s’en fout royalement), le véritable enjeu est de créer des entreprises qui fonctionnent selon d’autres principes. Uber pourrait être remplacer par une coopérative de chauffeur de taxi par exemple.

    Aussi longtemps que la gauche refusera de considérer cette dimension (créer des entreeprises fonctionnant avec un autre logiciel dans une logique d’économie de marché) elle restera sur le côté à geindre ou à réclamer une augmentation d’impôt.

    Reste que pour qu’une entreprise se maintienne à flot, elle doit avoir un modèle d’affaires qui tienne la route.

    1. Aussi longtemps que la droite refusera de considérer cette dimension (augmenter les impôts dans une logique de partage des richesses) elle restera sur le côté à geindre ou à réclamer une augmentation des aides aux entreprises.

    1. à Makaevitch,et Hervey,22 août 2017,avant 8h15
      Croyez-vous que le « modèle d’affaires » tel qu’il fonctionne un peu partout « tienne la route »?Quand
      on a conscience des atteintes absolument non bénignes
      à notre planète,et qu’on ajoute la question tout à fait
      pertinente des « esclaves » contemporains (moins coûteux en effet que les esclaves HUMAINS qu’il fallait bien « entretenir »,comme le souligne le billet)
      les réactions qui sont les vôtres,et j’en suis vraiment
      désolé,apparaissent un peu courtes.Non? Merci de bien
      vouloir approfondir.

  2. Ce que Roberto Boulant décrit dans son billet explique la régression sociale subie par les peuples d’Europe depuis 40 ans. Tant que la bonne marche de l’économie dépendait du savoir faire et de la productivité des ouvriers, les entreprises et la richitude nationale ne rechignaient pas à accepter de payer des impôts pour leur formation de base (école laïque et républicaine), ni pour leur garantir une bonne santé, gage de productivité et de moindre absentéisme (sécurité sociale). Sans oublier qu’il fallait détourner tous ces braves gens de la puissante attractivité de l’URSS. Maintenant que l’URSS a implosé, que les processus de production s’automatisent et que les ouvriers français sont remplacés par des ouvriers du bout du monde (ou de l’Europe) par la magie des déclocalisations et détachements de travailleurs, on a plus besoin d’eux. D’où relégation sociale qui s’exprime par la casse du code du travail, le détricotage de la Sécu, le dynamitage de l’école et l’assignation à résidence au fond des départements. Macron et ses petits copains sont en train de nous préparer une société de riches dans laquelle l’accès au logement dans les métropoles, l’accès à un système de soins performant et à un système éducatif de haut niveau ne sera réservé qu’à ceux (peu nombreux) qui en auront les moyens. C’est beau, le progrès. Les vieux qui ont voté pour Macron comme un seul homme commencent déjà à s’apercevoir que 2 points de CSG, ça fait cher le godelureau. Dans 5 ans, les manageurs d’élite qui se sont tous rangés derrière lui commenceront de faire le même raisonnement.

  3. Je me rends compte que c’est un poil hors sujet mais il, après avoir lu sa bio Wikipédia (ok, ok, il y a mieux comme source), et m’être remémoré certains pans d’une série d’émission sur la chaîne Histoire sur la guerre de sécession (dites là-bas « la guerre civile »), il me semble qu’en terme d’esclavagiste, on peut trouver bien pire que Lee…

    Il apparaît plutôt comme un soldat d’honneur et de principe plus fidèle à son état que réellement esclavagiste. Ainsi par ex. et sauf erreur, il a affranchi ceux qui étaient dans la plantation dont il a hérité pour honorer les volontés testamentaires du défunt dont il héritait.

    Quand à vouloir faire le l’abolition, le motif de cette tuerie entre frères « d’une maison divisée », lol…

    Cela dit, je souscris à l’idée que le prolétaire n’est pas forcément en meilleure situation que l’esclave. Tout dépend de son maître… :/

    1. « Ainsi par ex. et sauf erreur, il a affranchi ceux qui étaient dans la plantation dont il a hérité pour honorer les volontés testamentaires du défunt dont il héritait.  »
      Tout à fait mais chut ! il ne faut pas casser la contre-icône du moment. A noter également que le général Ulysse Grant, au Nord, a par la suite mené une carrière d’homme politique véreux trempant dans maints scandales propres à l’époque de capitalisme effréné (triomphe du modèle économiste nordiste jusqu’à la l’effondrement des années 80) qui a fait suite à la guerre de Sécession. La guerre de Sécession a été l’occasion d’une opération de prédation d’une économie sur une autre et le triomphe du modèle économique qui mène précisément aux GAFA. C’est peut-être faire des plans sur la comète mais on peut tout de même se demander si cette guerre n’aurait pas pu être évitée le modèle esclavagiste étant, au vue de l’évolution générale de l’économie mondiale, condamné. Les EU auraient aboli l’esclavage avec une ou deux décennies de retard, à peu près en même temps que le Brésil, mais aurait fait l’économie du conflit fratricide qui continue à hanter leur conscience. Accessoirement, nous aurait été épargné le triomphe de l’hypocrisie idéologique nordiste dont les conséquences se prolongent jusqu’à nos jours : impérialisme moraliste néo-con sous amphétamines militaro-financières, transversal aux partis républicain et démocrate.
      On peut être à la fois radicalement contre l’esclavage et contre le modèle économique nordiste qui a tiré d’énormes dividendes économiques et moraux de son abolition par la simple force guerrière.
      Une fois de plus les EU ont été fidèles à leur idéologie de l’exceptionnalisme yankee en réglant de manière volontariste et violente un conflit qui aurait été aplani par la seule évolution générale des sociétés occidentales.

      1. Voyez ce texte de W.E.B. DuBois datant de 1928, trouvé sur le blog de Kevin Levin.

        Voyez ce passage en particulier :

        Copperheads like the New York Times may magisterially declare: “of course, he never fought for slavery.” Well, for what did he fight? State rights? Nonsense. The South cared only for State Rights as a weapon to defend slavery. If nationalism had been a stronger defense of the slave system than particularism, the South would have been as nationalistic in 1861 as it had been in 1812.

        No. People do not go to war for abstract theories of government. They fight for property and privilege and that was what Virginia fought for in the Civil War. And Lee followed Virginia. He followed Virginia not because he particularly loved slavery (although he certainly did not hate it), but because he did not have the moral courage to stand against his family and his clan. Lee hesitated and hung his head in shame because he was asked to lead armies against human progress and Christian decency and did not dare refuse. He surrendered not to Grant, but to Negro Emancipation.

        Robert E. Lee

        Each year on the 19th of January there is renewed effort to canonize Robert E. Lee, the greatest confederate general. His personal comeliness, his aristocratic birth and his military prowess all call for the verdict of greatness and genius. But one thing–one terrible fact–militates against this and that is the inescapable truth that Robert E. Lee led a bloody war to perpetuate slavery. Copperheads like the New York Times may magisterially declare: “of course, he never fought for slavery.” Well, for what did he fight? State rights? Nonsense. The South cared only for State Rights as a weapon to defend slavery. If nationalism had been a stronger defense of the slave system than particularism, the South would have been as nationalistic in 1861 as it had been in 1812.

        No. People do not go to war for abstract theories of government. They fight for property and privilege and that was what Virginia fought for in the Civil War. And Lee followed Virginia. He followed Virginia not because he particularly loved slavery (although he certainly did not hate it), but because he did not have the moral courage to stand against his family and his clan. Lee hesitated and hung his head in shame because he was asked to lead armies against human progress and Christian decency and did not dare refuse. He surrendered not to Grant, but to Negro Emancipation.

        Today we can best perpetuate his memory and his nobler traits not by falsifying his moral debacle, but by explaining it to the young white south. What Lee did in 1861, other Lees are doing in 1928. They lack the moral courage to stand up for justice to the Negro because of the overwhelming public opinion of their social environment. Their fathers in the past have condoned lynching and mob violence, just as today they acquiesce in the disfranchisement of educated and worthy black citizens, provide wretchedly inadequate public schools for Negro children and endorse a public treatment of sickness, poverty and crime which disgraces civilization.

        It is the punishment of the South that its Robert Lees and Jefferson Davises will always be tall, handsome and well-born. That their courage will be physical and not moral. That their leadership will be weak compliance with public opinion and never costly and unswerving revolt for justice and right. it is ridiculous to seek to excuse Robert Lee as the most formidable agency this nation ever raised to make 4 million human beings goods instead of men. Either he knew what slavery meant when he helped maim and murder thousands in its defense, or he did not. If he did not he was a fool. If he did, Robert Lee was a traitor and a rebel–not indeed to his country, but to humanity and humanity’s God.

    2. Lee n’était pas forcément « le pire de la bande ». Cela dit, ses convictions anti-esclavagistes ne doivent pas être exagérées, c’est le moins qu’on puisse dire. Non seulement elles ne l’ont conduit qu’à accepter d’appliquer la volonté d’un défunt dont sa femme avait hérité comme quoi ses esclaves devraient être affranchis cinq ans après sa mort, et en aucun cas à militer activement pour l’abolition de l’esclavage – ce que certains Sudistes faisaient pourtant, il y avait des militants abolitionnistes parmi eux de même qu’il y en avait eu en France, en Grande-Bretagne ou chez les Nordistes avant l’abolition de l’esclavage dans ces pays.

      Mais encore au sujet de la manière dont il appliqua cette volonté, il faut quand même entendre le témoignage que donna l’un des anciens esclaves concernés en 1866 – après sa libération donc. Voir https://www.nytimes.com/2017/08/18/us/robert-e-lee-slaves.html vers la fin de l’article : le défunt avait ordonné sur son lit de mort que ses esclaves soient libérés immédiatement, non cinq ans plus tard comme ce que fit Lee. Lequel en 1859 fit punir de 50 coups de fouet des esclaves évadés qui avaient été repris, y compris le narrateur.

      Noter encore que les troupes commandées par Lee se livrèrent à des raids dans le Nord afin de capturer des citoyens Américains noirs et de les réduire en esclavage http://www.post-gazette.com/news/state/2013/06/30/Confederates-slave-hunt-in-North-a-military-disgrace/stories/201306300221

      « Pas le pire de la bande » ne signifie pas « au-dessus de la critique ». Lee n’aimait pas l’institution de l’esclavage, certaines de ses lettres le montrent, mais il n’a RIEN fait pour l’abolir. S’il avait défendu les armes à la main le droit des Etats du Sud à quitter l’Union TOUT EN exigeant l’abolition de l’esclavage, il serait plus facile à louer.

      Je crois que s’il est devenu un symbole après la guerre de Sécession, c’est parce qu’il y était d’abord hostile, et ne s’y est rangé et n’a refusé une promotion dans l’armée du Nord pour prendre le commandement de celles du Sud qu’après que son Etat natal la Virginie ait fait sécession. Sa motivation était avant tout patriotique – le patriotisme à l’époque, c’était l’Etat pas l’Union – plutôt que politique en faveur de la Sécession, ce qui en faisait un personnage potentiellement consensuel à la fois aux yeux des Nordistes (« politiquement il pensait bien, seule sa loyauté localiste l’a éloigné de nous ») et à ceux des Sudistes (« notre chef valeureux »), donc un symbole utile à la réconciliation.

      Pourquoi il est devenu tellement urgent en 2014 de défaire ce symbole qui certes était fort loin d’être sans reproche, mais du moins était utile… c’est une autre question.

      La volonté de pureté, surtout rétrospective, n’est guère sympathique. Il est aussi permis de penser que d’autres problèmes plus urgents se posent que la purification des statues et monuments, et que cette volonté de pureté est au moins en partie le résultat d’un refus de prendre à bras le corps des questions plus importantes…

      … mais plus difficiles.

      1. « La volonté de pureté, surtout rétrospective, n’est guère sympathique. » en effet, il est assez terrifiant de constater que le simple déboulonnage d’une statue peut prendre l’apparence d’un véritable lynchage :
        https://www.youtube.com/watch?v=H-uAZa4H1vk
        Les dernières images où l’on voit des gens donner des coups de pieds à une statue en fonte (?) sont particulièrement parlantes. Sans compter que ça doit faire mal…

      2. @Jacquot : Je partage entièrement votre point de vue. Merci de l’avoir aussi clairement énoncé. Lee, pas un ange ni un démon donc, un homme…

        Quand à ré-écrire l’histoire, « 1984 » a expliqué clairement ce qu’il en est. Bien que j’en ai (et pas qu’un peu) contre le boucher de l’Europe, je me vois mal accepter qu’on sorte le tombeau de Napoléon du Panthéon…

  4. @makaevitch :
    Sauf qu’une coopérative de taxi ne peut battre uber pour la simple raison que uber vend a un prix en dessous des coûts de revient (tout comme groupon d’ailleurs). A cause de la déformation sur la compréhension de ce qu’est la différence entre salaire brut et salaire net consécutive au rabattage médiatique biaisé, les travailleurs ne comprennent plus ce qu’ils perdent en acceptant de travailler pour 5€ « brut » de l’heure. Et le chômage élevé chez les jeunes renforce la compétition entre « auto-entrepreneurs » pour gagner ces 5 €…
    Non seulement il faut trouver des alternatives à l’uberisation qui soient dignes, mais -pour ceux qui le peuvent- il faut avoir la force morale de refuser de cautionner ces sytèmes, il faut avoir la rigueur intellectuelle d’utiliser les termes exacts quand on parle du travail et de son salaire (exit les « charges patronales ») et il faut faire pression sur le politique pour adapter au besoin les règles de notre société pour l’améliorer (l’améliorer vers une société qui rende plus de monde heureux et pas vers une société qui a un meilleur pib)…
    Pas simple tout ça :s « Il n’y a qu’a » , « il faut que » , c’est facile à dire, mais moins facile à faire…

    1. @Kallassya 9h45 écrit :
       » A cause de la déformation sur la compréhension de ce qu’est la différence entre salaire brut et salaire net consécutive au rabattage médiatique biaisé, les travailleurs ne comprennent plus ce qu’ils perdent en acceptant de travailler pour 5€ « brut » de l’heure! »

      Ce serait peut-être pour vous l’occasion de préciser clairement la chaîne salaires « brut/net » en poursuivant votre exemple chiffré sur ce que le système appelle le coût du travail. Merci d’avance.

    2. Pour information, quand une plateforme internet de services prend place, elle capte rapidement le marché, et il devient très difficile de la concurrencer, parce que le modèle la rend hégémonique ; en particulier pour investir dans la publicité avec les techniques de référençage internet de plus en plus sophistiquées et coûteuses. Et par voie de conséquence, l’auto-entrepreneur (ou la petite entreprise) isolé, ne pouvant pas résister à la concurrence, doit faire appel à eux, et doit s’aligner sur leur prix (à la baisse), en se voyant prélevé 20% de commission en moyenne sur le chiffre d’affaires. Sur le nombre, les plateformes augmentent leurs marges, et peuvent investir encore plus dans le marketing et la publicité internet. Quand à l’auto-entrepreneur, il doit cotiser au RSI à hauteur d’environ 25% du chiffre d’affaires. Au total, la moitié du prix de la prestation est donc soustrait des revenus (auquel il faut encore enlever les frais professionnels : véhicule, transport, frais généraux, …etc). Les droits sociaux sont très limités (retraite, santé (et pas de revenu en cas d’arrêt maladie)), pas de limitation de durée de travail, pas de congés payés, et autant en moins pour la contribution au titre des cotisations salariales. Le contrat peut être rompu du jour au lendemain (le risque client est donc entièrement supporté par l’auto-entrepreneur). Si vous voulez sortir du statut d’auto-entrepreneur, vous ne pouvez pas, car les contraintes administratives et les charges obligent à un prix de prestation plus élevé, donc non concurrenciel…effet boule de neige.
      Certains (ignorants) appelleront cela : « la nouvelle économie du partage »; d’autres : « le renard dans le poulailler » .

  5. Je suis entièrement d’accord avec votre vision de l’ubérisation, parce qu’elle permet de siphoner encore plus de bénéfices pour celui qui gère l’activité.

    Mais je n’aime pas trop « l’ancien modèle » non plus avec des entreprises qui contrôlaient la vie de leurs employés du début à la fin, y compris l’éducation, les soins de santé (puisqu’on faisait toute sa vie professionnelle dans la même entreprise).
    D’un point de vue purement personnel, j’ai envie de pouvoir changer de boulot/d’activité tous les cinq ans, sans que cela me pose de problème particulier.

    Finalement, je serais plutôt pour une société ubérisée, mais avec des taux de taxation substantiels, de l’ordre de 80% pour les revenus (du travail + capital cumulé) au-delà de 250k€ par an, ce qui permettrait de garantir une vie décente et une liberté réelle à tout le monde (et des écarts de revenus après impôts plus faibles). Que ce budget public soit affecté à une allocation universelle, ou à fournir des services gratuits, ou un mix des deux, est une question secondaire.
    (NB: cela nécessiterait aussi traiter de manière sérieuse le problème des paradis fiscaux).
    Le problème est plus d’ordre politique: comment arriver à faire voter cela?

  6. Monsieur Makaevitch se trompe.
    « Au lieu de…. Il faut… » me semble trop primaire et être une réaction d’instinct plutôt que pesée à l’aune d’une réflexion.
    Il faut effectivement inventer ou ré-inventer d’autres manières d’entreprendre. Il ne tient qu’à nous de le faire plutôt que d’en parler.
    Il faut absolument, en tous temps, en tous lieux dénoncer, démontrer et prouver la perversité et la terrible toxicité du système banco-capitalistique. Il faut, dans un même temps le lier à la catastrophe écologique que ce système a accéléré en liant sa prospérité à l’utilisation et au commerce de l’énergie pétrole/atome.
    Que faites vous, personnellement et concrètement? Quant à moi, j’ai réduit ma consommation inutile drastiquement et l’entreprise familiale est passé en SCOP. Et cela ne m’empêche pas d’avoir des colères et des indignations.

    Et il faut bien appeler l’Uberisation par son vrai nom : PROXÉNÉTISME. et rien d’autre. Et on peut appliquer cette dénomination à l’ensemble de l’économie du net.
    Un proxénète donne à ses filles une surface de trottoir à arpenter. Il vit du pourcentage qu’il leur extorque . Le contrat existe, il est tacite: tu te prostitues, je te protège. Cette soi disant protection consiste à exercer toute violence sur celle qui marcherait du mauvais côté du trottoir. Oublions les promesses de belle vie, elles sont d’un autre temps, et ne voyons que la vérité. Les pauvres filles arrachées à leur misère africaine ou balkanique n’ont à être protégées que de leur proxénète.
    Quelle tartufferie que de prôner moraliser le proxénétisme en le taxant! Légaliser la mafia supprime-t-il le paradis bancaire et l’optimisation fiscale?

  7. Marx ( et d’autres ) avait déjà théorisé l’héritage entre « esclavage direct » et ce qu’il appelait « industrialisme) dans sa lettre à Annenkov sur Proudhon ( 1846 ).

    Les formes et victimes d’esclavage sont encore bien plus nombreuses , violentes ou diffuses que celles évoquées dans ce billet ou ses premiers commentaires . Les femmes et , pire si c’est possible , les enfants, sont aux avant postes de toutes les natures d’aliénation .

    Mais , qu’il s’agisse de penchants désastreux ( immoraux?) « innés » ou de déclinaisons « économiques » , je ne connais qu’une parade pouvant s’identifier à un « progrès » : la Loi démocratique et républicaine .

    1. J’ai bien écrit « Loi démocratique et républicaine » , qui répond à  » Loi de puissance » évoqué dans la traduction du chapitre X de « Le deuxième âge de la machine » .

      Et si l’on se laisse voler « la Loi » , il n’y a plus de parade à la barbarie .

  8. Les tenants du libéralisme à tout crin voudraient faire passer une régression sociale (réclamée de tout temps par le « capital ») en un progrès « révolutionnaire ».
    Certes, l’ubérisation systématique serait une « réforme » majeure mais pas un progrès humain et social.
    Il faut se poser la question qui est celle toujours pendante concernant le niveau de sécurité et de bien-être dont doivent disposer ceux qui fournissent leur « force de travail ». A une époque où l’entreprise (TPE, PME) se heurte à une difficulté spécifique à fonctionner(pour diverses raisons, mais toutes liées au libéralisme ambiant, à l’illusion de la toute puissance du marché[*]) la remise en ordre du capitalisme serait de diviser encore plus la force de travail au point de la livrer quant à son activité et à la protection sociale de l’employé-employeur de lui-même, donc une personne unique mais sous la contrainte d’une subordination à une « plateforme », totalement dépersonnalisée.
    C’est vraiment « se foutre de la gueule du monde » !
    Non, la solution à la création d’une protection sociale pour tous les « travailleurs » passe d’abord par l’action d’un Etat qui en établit les règles(les lois) et qui s’affranchit la la religion féroce du capitalisme/libéralisme.
    Certes, un mode « ubérisationnel » peut au départ satisfaire le goût d’individualisme de certains qui ne sont en fait que manipulé par le fond libéral trafiqué par les tenants du capital depuis que ce dernier a pris la gouvernance de la société à travers une vision fausse de la société, excluant la part politique et sociale, pour la remplacer par une vision exclusivement économique.
    Quant on sait que ces « lois » économiques ne sont que du pipeau on réalise la tromperie que représente la mise en avant d’une pseudo liberté dont les médias abreuvent la société.
    Ajouter à cela que l’empreinte écologique de l’activité humaine globale relevant du modèle dominant fait apparaître objectivement une méthode suicidaire de gérer la relation de la société avec la nature, société qui, contrairement à ce que voudraient faire croire le libéralisme, dépend entièrement de la nature plus ou moins conflictuelle de cette relation.
    Là encore, dans le domaine de l’écologie, plutôt que de pointé les méthodes spécifique au capitalisme-libéralisme, les médias, chiens de garde du système, mettent l’accent sur la responsabilité individuelle. Et, oui, nous voilà de retour dans le modèle si cher aux libéraux de l' »homo économicus », qui sait tout et voit tout. Vaste plaisanterie !
    Si vous êtes tenté par la « liberté individuelle » réfléchissez d’abord à ce qu’elle coûte à la société tout entière…enfin aux 99% des gens « ordinaires ».
    Cette année le 2 Août est une date à retenir. L’année prochaine ce sera le 31 juillet ?

      1. Ils ont oublié la plus honteuse action de Corbyn : avoir dénoncé et s’être opposé avec la dernière énergie à la participation de son pays à la guerre d’invasion de l’Irak.
        https://www.youtube.com/watch?v=16BtpSCufU0

        Guerre qui provoqua suivant les méthodes d’évaluation entre 120 000 et 1,4 million de morts parmi les civils irakiens, et dont le pays ne s’est toujours pas remis, ce dont les participants à un certain concert au Bataclan le 13 novembre 2015 pourraient aisément témoigner – enfin, les survivants.

        L’infamie du suppôt de Saddam Jeremy Corbyn ne connaît pas de bornes.

      2. Voui, une horloge arrêtée en 1917 est à l’heure de temps en temps, deux minutes par jour exactement, soit 0,16 % du temps.
        C’est mieux que rien mais de là à vanter les mérites des horloges arrêtées…

      3. Ne pas oublier en outre que les sanctions économiques contre le régime de Saddam de l’ONU et les divers détournements du mécanisme pétrole contre nourriture ont fait plus de morts civiles que la guerre elle-même.

  9. Le Monde, et la presse bien pensante en general, salue « le soudain access de realisme (sic)  » de Trump qui vient de decider d’envoyer plus de troupes dans un pays etranger. Jusqu’a present, l’odieux president ultranationaliste avait comme projet ignoble de retirer les troupes Americaines des pays ou elles menent la guerre. Heureusement la raison a prevalu.

    1. De fait, et voici le lien vers l’article auquel vous faites allusion.
      http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/08/22/afghanistan-trump-cede-aux-generaux_5175107_3232.html

      A noter ce passage :
      « Cette décision (…) confirme la montée en puissance des généraux, considérés par les médias comme « les adultes de la bande », après l’éviction de Steve Bannon, l’idéologue ultranationaliste qui fut le conseiller stratégique du président Trump jusqu’à la semaine dernière : M. Bannon était un fervent partisan du retrait d’Afghanistan. »

      Il y avait de fait dans l’entourage de Trump :
      – d’une part des généraux en mode Annihilate-Kill-Kill-Kill https://www.youtube.com/watch?v=2qHTqlHd7FM
      – d’autre part un idéologue très à droite, nationaliste économique et anti-interventionniste Steve Bannon
      Les premiers viennent de l’emporter sur le second, semble-t-il définitivement.

      Savoir si c’est le moindre mal qui l’a emporté est une question ouverte.

      1. J’aurais parié ma dernière chemise encore mettable que quelques zahuris du blog Jorion ne tarderaient pas à regretter Bannon. Les mêmes qui préféraient Ron Paul à Obama.

      2. « Regretter » Bannon n’est pas la question.

        Il s’agit plutôt de savoir si ce qui agit maintenant Trump, et qui porte force képis et surtout convictions interventionnistes en bandoulière, sera tout de même préférable, ou sera pire.

        Réponse en 2020, on pourra faire le compte des conséquences.

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