Une lettre persane

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Un voyageur venu d’un autre système stellaire a récemment visité la Terre et a tenu à informer les siens de ce qu’il avait pu y observer. Arrivé sur notre planète alors qu’y fait rage une crise profonde, il en informe ses correspondants lointains dans les termes que voici :

« Il existait ici il y a quelques années seulement un grand commerce de biens appelés « ABS adossées à des prêts subprime » dont on s’aperçut un jour que leur valeur avait tant baissé qu’ils se vendaient désormais beaucoup plus cher que ce qu’ils valaient. Les acheteurs éventuels disparurent aussitôt et plus personne n’entendit traiter avec ceux qui détenaient de tels biens en grande quantité de peur qu’ils ne fassent bientôt banqueroute. Certains ayant caché de tels ABS au sein d’autres produits appelés CDO (pour Collateralized–Debt Obligations), chacun soupçonna alors chacun de vouloir le gruger et plus personne n’entretint commerce avec personne. Or les habitants de la Terre ont pour habitude d’utiliser pour toutes leurs entreprises, plutôt que leur argent propre, celui qui appartient à quelqu’un d’autre, usage très dispendieux cependant car il leur faut payer un loyer pour l’argent qu’ils empruntent et le montant de ces « intérêts » ne manque pas de se retrouver alors en proportion importante dans le prix de tout ce qui se vend et s’achète.

Je demandai à un Terrien pourquoi ne pas utiliser son propre argent plutôt que celui des autres et il m’apprit alors que la plupart de ceux qui ont besoin de cette commodité en manquent, soit qu’il s’agisse pour eux de l’utiliser au titre d’avances pour se procurer les matières premières et les outils nécessaires à leurs tâches, soit qu’il s’agisse de consacrer un tel argent à l’achat d’un bien dont ils ont besoin pour survivre ou pour vivre, sommes qu’ils rembourseront et dont ils acquitteront les intérêts à partir de leurs gages. La question que je lui posai alors fut celle qui eut le plus l’heur de le surprendre : « Comment se fait-il », lui demandai-je, « que l’argent ne se trouve pas là où il est le plus nécessaire ? » Il me fit la réponse suivante : « Cet argent dont nous parlons, on l’appelle quand on ne l’a pas : « capitaux ». Ceux qui en disposent en grandes quantités et qui se font spécialité de les prêter, nous les appelons : « capitalistes » et c’est pour cela que nous appelons « capitalisme » la façon dont nous organisons nos sociétés ».

Je lui expliquai que l’argent devant être emprunté pour s’acquitter des tâches les plus communes et pour vivre au jour le jour, il n’était pas surprenant que toute activité s’interrompe aussitôt que ceux qui en disposent refusent de s’en défaire et le grand désarroi où est plongée sa planète me semblait causé par ce simple fait.

Je lui demandai alors d’où était née chez eux cette idée de confier l’argent aux seuls capitalistes. « Il ne s’agit pas d’une décision qui fut jamais prise », me déclara-t-il, « mais de la conséquence de la combinaison de deux principes : celui de l’héritage et celui de la propriété privée qui permit l’appropriation des communs par un petit nombre ». « Ne voyez-vous pas », lui dis-je, m’échauffant quelque peu, « que l’appropriation privée des communs n’était tolérable que tant que vous n’étiez que peu nombreux et que votre planète vous apparaissait comme un vaste terrain en friche ? ». Au comble de l’exaspération je m’écriai alors : « Si ces principes mettent aujourd’hui votre existence en péril que n’en changez-vous ! » « La chose fut proposée autrefois », me répondit-il sans se départir de son calme, « par un idéaliste appelé Jean-Jacques Rousseau qui, si j’ai bon souvenir, vivait dans un tonneau, mais nous ne pouvons guère modifier ces principes car ils nous furent confiés par nos aïeux qui les tenaient des leurs et nous dirent de bien nous garder d’en changer, raison pour laquelle nous les appelons : « sacrés » ».

Je ne sus bien sûr que répondre. Quelques jours plus tard cependant je prenais la décision de rentrer au pays ».

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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49 réflexions sur « Une lettre persane »

  1. J’approuve ..; et particulièrement  » « mais de la conséquence de la combinaison de deux principes : celui de l’héritage et celui de la propriété privée qui permit l’appropriation des communs par un petit nombre ». « 

  2. Dans la proposition écosociétale, on retrouve ces propositions sous jacentes

    – il n’y a pas besoin de capital monétaire pour engager une production souhaitée par les individus ou la collectivité, mais seulement de rémunérer le travail au fur et à mesure de la production par une création monétaire permanente

    – La monnaie est seulement la représentation « symbolique » d’un bien ou d’un service « réel ». De ce fait la notion de crédit bancaire et d’intérêt deviennet totalement obsolètes.

    – Si leurs choix est d’être propriétaire de leur habitation, les citoyens auront à payer un loyer (similaire à l’impôt foncier actuel) d’utilisation du foncier à la collectivité ( bail emphythéotique transmissible sans limitation de durée).

    – Les « outils de production » ( foncier agricole ou industriel, sous-sol, bâtiments d’exploitation, outillages, etc.) sont mis gracieusement à la disposition des coopératives et des entrepreneurs sous réserve de la pertinence de leur projet. De ce fait, la propriété privée du capital productif disparait, ainsi que l’actionnariat et la Bourse, puisque l’ensemble de la population est « copropriétaire indivise ».

    – Les transmissions d’épargne sont limitées à une seule transmission, afin d’empêcher le cumul générationnel générateur d’importantes inégalités.

    – Le crédit est gratuit et l’intérêt est limité au droit de le percevoir sur le prêt d’une épargne individuelle préalable.

    Il est donc temps de modifier la DUDH … je retente ma formulation écrite sur http://www.pauljorion.com/blog/?p=1673#comment-15511
    … mais on doit pouvoir faire mieux

    1 – Nulle personne physique ou morale ne peut s’approprier les biens de la collectivité ( sol, sous-sol, air, eau )
    2 – Seuls les biens meubles peuvent se prévaloir d’une propriété individuelle
    3 – La collectivité peut louer aux personnes physiques ou morales, pour les exploiter dans l’intérêt partagé de la collectivité et de l’exploitant, les biens cités en 1, contre une juste rétribution du travail.

  3. Merci Paul. On pourrait peut être rajouter que pendant cette période de présence extra-terrestre, disons entre 1998 et 2006, notre voyageur sidéral aurait pu aussi constater une divergence alienante des revenus dans la société francaise et « … l’explosion de ceux du groupe dominant, il faut mesurer très finement au-dessus de la barre des 20% les plus riches. Pendant la période considérée, la croissance du revenu des 10% les plus aisés a été très modeste: 8,7%. Celle des 5% les plus riches n’a encore été que de 11,3%. Chez les 1% les plus riches on a quand même atteint 19,4 %, chez les 0,1 les plus riches 32,0%, et chez les 0,01 les plus riches 42,6%. La régularité de l’augmentation suggère qu’au sein même des 0,01 % les plus favorisés les inégalités se sont accrues, hypothèse qui oblige à s’interroger sur l’homogénéité et la solidarité de classe des couches supérieures. L’atomisation caractérise vraissemblablement autant le haut que le bas de la structure sociale. »
    Dans le même temps « le revenu médian a augmenté modestement de 4,29% »
    (le revenu médian définit une division en deux groupes des revenus: 50% des gens gagnent plus, 50% moins.)
    in  » Après la Démocratie  » E Todd, d’après les travaux de Camille Landais.

  4. @Paul
    « Ne voyez-vous pas », lui dis-je, m’échauffant quelque peu, « que l’appropriation privée des communs n’était tolérable que tant que vous n’étiez que peu nombreux et que votre planète vous apparaissait comme un vaste terrain en friche ? »
    Une petite phrase si fondamentale!Merci.
    Seattle (chef Indien de la tribu des Dwamish) répondit au président Franklin Pierce qui voulait acheter des terres: »Comment peut-on acheter ou vendre le ciel ou la chaleur de la terre? Cette manière de penser nous est étrangère. Si nous ne possédons pas la fraîcheur de l’air ni le miroitement de l’eau, comment pouvez-vous nous les acheter? »

    Si un « voyageur venu d’un autre système stellaire » venait nous rendre visite il serait horrifié et repartirait définitivement écoeuré par l’espèce humaine.

  5. Parce que par chez moé, « l’appropriation des communs », çà veut dire que quelqu’un lit aux wc et que la file s’allonge….

  6. Quelle chance tout de même, qu’un extra-terrestre économiste tombe sur un économiste…extra-terrestre (pléonasme ?) !

  7. Juste deux citations :

    « Après que le dernier arbre aura été coupé, après que la dernière rivière aura été empoisonnée, après que le dernier poisson aura été attrapé, alors seulement vous vous rendrez compte que l’argent ne peut être mangé. » (SITTING BULL).

    « Il y a assez de tout dans le monde pour satisfaire aux besoins de l’homme, mais pas assez pour assouvir son avidité. »
    (GANDHI)

    Cette problèmatique ne date pas d’hier… avons nous vraiment progressé depuis ?…

    Cette crise nous y aidera t’elle ? Espérons le…

  8. Je profite de l’actualité et du commentaire de Paul pour réaffirmer à quel point l’éthique et le capitalisme sont indissociable:
    Aujourd’hui lors du forum de Davos, les dirigeants chinois ont affirmé que la moralisation du capitalisme était nécessaire pour lutter contre les erreurs de ces dernières années. Une déclaration pleine de bon sens mais qui peut prêter à sourire quand on regarde un peu ce qui ce passe actuellement en Chine.
    En effet, le modèle chinois est à mon sens l’aboutissement final de la dictature de la finance ultra libérale amorale.
    Un système centralisé et étatique qui laisse les entreprises face à des spéculateurs sans aucun contrôle sanitaire et sans contrôle démocratique.
    Les exemples récents des entreprises agro-alimentaires qui vendent des produits trafiqués et toxiques à toute la population sans aucun contrôle, dans système soit disant étatique et encadrés. Le résultat des milliers d’intoxication qui se sont déroulés pendant des mois voir des années en toute impunité. Je rappel que l’entrepise Sanlu était l’un des piliers de l’industrie laitière en Chine.
    La seule réponse instinctive et animale du gouvernement, des exécutions à la peine de mort pour les dirigeants coupables.

    Est ce cela l’avenir de l’humanité et du capitalisme?

    Bien sur que non.

    Et dans la recherche de solution à la crise du capitalisme, je me permet de dire que le modèle français peu apporter une solution. La France a été le seul pays à pouvoir laisser prospérer l’économie de marché et le respect de ces citoyens. La Sécurité Sociale universelle et les retraites par répartition sont un modèle éthique dans un monde ultra libéral. L’ensemble des pays occidentaux nous regarde avec curiosité et interrogation: est ce donc possible de concilier capitalisme et respect de la personne?

    L’Ethique serait donc conciliable avec la performance?

    Le modèle français est riche d’enseignement et nul doute que nombre de pays occidentaux et orientaux étudient la France avec une curisosité et un intêret comme il y a longtemps que ça ne s’était pas produit.

    Chaque français et chaque européen se doit de défendre la démocratie. Les politiques se doivent de nous donner la capacité de nous organiser pour la sauvegarde du capitalisme occidental performant et productif.

    Chaque européen doit se rendre compte de l’enjeu qui se joue actuellement: la survie du capitalisme démocratique occidental.

  9. @bob

    Malheureusement, en France, nous avons un président qui s’est proposé comme programme politique d’abandonner le « modèle français » dont vous vantez les mérites, à juste titre. Et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle, il y aura demain dans notre pays une grève générale !

    Nicolas Sarkozy n’a cessé de fustiger les « acquis sociaux », façon polie de dire que seuls les capitalistes créent de la valeur et que les salariés sont juste de la piétaille bonne à engranger des salaires toujours trop élevés — surtout et même exclusivement d’ailleurs quand il s’agit des classes moyennes et « inférieures », car ces salaires, nous dit-on, seraient déraisonnables, car néfastes pour la fameuse compétitivité. C’est bien entendu un alibi facile pour justifier les inégalités au nom d’un marché mondial dérégulé que les politiques ont pourtant sciemment mis en place depuis plus d’un quart de siècle et qui a pour nom le néo-libéralisme.

    Puis la crise venant, M. Sarkozy a levé l’étendard de la « refondation du capitalisme », ce dont évidemment nous ne pouvions que nous réjouir. Mais maintenant l’heure des choix a sonné. Le choix est clair : ou bien continuer les réformes libérales annoncées et déjà entamées -favorables aux « capitalistes » — son premier ministre Fillon vient de réaffirmer qu’elles continueraient, ou bien prendre effectivement le parti d’une refondation du capitalisme avec tout ce que cela implique d’abandon du pouvoir exorbitant laissé aux actionnaires, autrement dit aux rentiers qui tiennent la vie de la plupart d’entre nous entre leurs mains.

    Bref, on ne peut d’une part prôner une refondation du capitalisme et d’autre part s’obstiner à orienter la politique économique et sociale du pays dans un sens contradictoire de ce que supposerait cette refondation, laquelle impliquerait nécessairement un recul du pouvoir des rentiers du capital. Si les politiques veulent réellement offrir des perspectives de sortie de crise, ils faut qu’ils nous disent qu’ils prennent le parti du bien commun. Leur discours n’en seraient que plus crédibles, et il leur serait alors d’autant plus facile de procéder à la dite refondation du capitalisme.

    Evidemment, comme l’indique Paul dans son percutant billet du jour, cela implique qu’ils s’emploient à redonner un espace au bien collectif, au temps, à l’énergie, aux ressources naturelles inaliénables et que pour cela qu’ils abandonnent l’idée d’une société humaine axée autour du capital sacralisé. Comment les politiques peuvent-ils sérieusement prétendre nous sortir de la crise si ils ne changent pas de paradigme ?

  10. @Pierre Yves:
    Des réformes sont nécessaires pour améliorer la compétitivité de la France et de l’Europe.
    Je pense que ni les lobbys syndicalistes ni les partis politiques n’ont pris la mesure du problème et que chacun essaie de tirer les marrons du feu dans un intérêt corporatiste et partisan.

    Et tous ce petit manège, qui ne fait que se répéter sans aucun résultat, commence à exaspérer les citoyens qui ne sont plus dupe de ce petit jeu corporatiste.

    Les citoyens veulent des outils consultatifs et de contrôle pour mesurer et évaluer l’ensemble des lobbys et des flux financiers dans la société.

  11. Bientôt, les Etats-nations seront ruinés. L’europe reprendra tout cela en main en créant une super banque centralisée sur le modèle de la FED. Ce sera fini du modèle Français car lorsqu’il faudra épurer les comptes,les aides sociales, la sécu, les fonctionnaires, etc, passeront à la casserole.

  12. @Pierre-Yves D
    Mais est-il possible de survivre dans un pays aux frontières économiques ouvertes sans se plier aux exigences du néolibéralisme mondiale ?

  13. Bonjour M. E.T Paul Jorion, c’est un congénère qui tente de communiquer.
    C’est vrai qu’avec une mère juive polonaise et un père algérien, il fallait qu’ils soient vraiment extra terrestre, ou qu’ils s’aiment très fort, pour me faire naître à Lens en 1957… J’aime vraiment beaucoup votre lettre persane, un modèle de vulgarisation à l’usage de tous les ET de la terre.
    J’ai enfin compris certaines subtilités de cette crise, plutôt un déraillement général en fait, avec des vrais wagons d’ABS dedans tirés par une loco CDO.. Mais vous avez mis à mal ce qui était une certitude pour moi: L’Homme voulait gagner beaucoup en faisant le moins possible, or, visiblement, il faut beaucoup de travail et de temps pour monter une méchanique financière pareil; et qui fini par se casser la figure entrainant le plus grand nombre. Grands nombres et statistiques sont aussi les maîtres mots (maux?) de ce complexe mathématique tant par le peu de chance qu’une banque a de rembourser d’un coup d’un seul l’ensemble de ses clients que par la probabilité qu’ils se retrouvent tous insolvable en même temps. Et pourtant. En bout de course, la justice extra terrestre a voulu que se soit le prêteur qui se retrouve insolvable, ironie de la petite histoire souvent démontrée par la Grande. Mais ce n’est pas tout.
    Lors de ma visite sur Terre, j’ai remarqué que les humains étaient fait d’environ 70°/° d’eau, élément vital, et que leur belle planète bleue en regorgé. De plus, des hommes m’ont dit qu’ils manquaient d’eau potable, que c’était très grave pour eux et leurs plantations. Je leur dis qu’ils en avaient plein, « oui, mais salée », répondirent-ils. Désalez là, dis je naïvement. « C’est trop cher! ». Alors, quand j’appris le prix d’une centrale nucléaire par rapport au prix d’une usine de déssalement, je suis retourné sur ma planète persuadé que l’extra terrestre ce n’était plus moi, et d’avertir mes amis de ne pas y mettre les pieds sous peine de perdre l’intérêt bien compris.
    J’ai fini, maintenant (00h00), je fais la grève.

  14. @ bob

    je suis le premier à regretter l’archaïsme des syndicats mais pour des raisons sensiblement différentes des vôtres.
    Leur plus grand tord selon moi est d’avoir été en retard d’une guerre pour faire l’analyse de la mondialisation néo-libérale.
    Ils ont prétendu défendre les travailleurs mais ils ne se sont attaqué qu’aux symptômes de la mondialisation en prônant
    des réformes purement adaptatives au lieu d’adopter une attitude offensive. Ils ont préféré s’attaquer — avec des avec résultants très incertains, aux dégâts sociaux induits par la mondialisation, plutôt qu’à leurs causes. Ils n’ont donc pas anticipé la crise actuelle.

    Si les syndicats avaient depuis de nombreuses années tenu un discours plus global, et donc plus assuré, plus convainquant et offensif, ils auraient pu tirer un bien meilleur parti de la situation présente. Avec des arguments qui auraient pu contredire la nécessité d’un capitalisme de plus en plus capitaliste, ils auraient pu établir d’emblée un bien meilleur rapporte de forces. Il n’est pas trop tard, mais le temps presse, ou alors, il nous faudra boire le vin de la crise jusqu’à la lie.

    Concernant la nécessité de meilleurs outils de contrôle je ne peux que vous approuver, on en a jamais assez !
    S’ils avaient existé, nous n’en serions pas là.
    Mais du même coup, si ces outils de contrôle, indépendants et efficaces, avaient existé, les politiques ne seraient plus tant obsédés par cette compétitivité que vous mettez en avant. En effet, si les flux de capitaux enflent et dérivent à ce point et ne vont pas là où ils devraient aller, pour reprendre l’heureuse formule de Paul, c’est que précisément les dits capitaux vont là où leur meilleure rentabilité est assurée, c’est à dire là où les salaires sont les plus bas, là où il n’y a pas de syndicats, même corporatistes ! Bref, l’économie mondiale avec ses règles du jeu actuelles, induit automatiquement une concurrence exacerbée dont les salariés font les frais. C’est contre cela que nous devons lutter.

    Vous me direz peut-être, oui, mais les chinois !
    Les chinois en sont pratiquement au même point que nous. D’après Nouriel Roubini la croissance chinoise au dernier trimestre 2008 serait pas loin de zéro. Je rappelle au passage que les statistiques que fournit le gouvernement chinois ne concernent que le taux de croissance annuel. Quoiqu’il en soit, quelques points de croissance en moins, même dans l’optique d’une croissance positive, c’est l’assurance de dizaines de millions chômeurs en plus, et une très grande instabilité sociale dans ce pays. La récession en Chine est beaucoup plus grave que prévue. Dans quelques années la Chine pourrait tirer partir de la crise globale, raison de plus, pour que, en attendant, nous nous employons à rebâtir nos économies sur des principes plus pérennes, et une base plus locale.

    Aussi, je suis d’accord avec vous sur un autre point. Le niveau européen est une bonne échelle pour mener une nouvelle politique industrielle. Mais cela n’a pas été le cas jusqu’à aujourd’hui, l’Union a au contraire été l’entité politique régionale la plus favorable aux principes du néo-libéralisme. Même les USA n’étaient pas autant arc-boutés sur les sacro saints principes du libre échange qu’a pu l’être la commission européenne et les gouvernements européens dont elle est l’émanation.

  15. Dans le fond, on s’entend tous pour dire que si nos ancêtres se sont bien préoccupés de s’approprier, notre quotidien risque d’aller mieux demain… Pour les autres… évidemment, il y a un problème avec 7 milliards bientôt de terriens. Té-rien! disait-on dans une Galaxie près de chez vous… (Parodie québécoise de Star Trek). Oui je ressens depuis fort longtemps l’injustice des héritages et de la propriété privée, la possibilité d’accumulation sans limite et aussi le droit privé d’asservir son semblable par le principe de l’entreprise privé… Si les humains naissent libres et égaux, le capitalisme est la négation de ce principe, qui permet d’ajouter que certain le sont plus que d’autres…

    Oui, tout le temps, on ne fait que reformuler un très vieux problème: le partage des ressources et des règles pour ce jeu… Toutes les crises, toutes les guerres, toutes les révolutions ne font que réactualiser la question du pouvoir et de ses limites, même s’il se tapit derrière des systèmes qui diluent la responsabilité.

    J’ai vu qu’on me suppose des visions conspirationnistes. Disons que si j’étais assis sur plus d’un million en valeur, je saurais dans quels sens serait mon intérêt! Il y a la perspective des rentiers et la perspective du travailleur qui va payer deux fois la valeur de sa maison ou de l’étudiant qui va payer 1,5 fois la valeur de ses études et qui ne pourra pas acheter sa maison à payer deux fois avant 30 ou 40 ans… si tout va relativement bien…

    Il y a de nos jours peu d’intérêt pour un être intelligent de trop travailler… On n’avance pas… tellement il y a de joueurs qui à tous les niveaux se payent sur le dos de celui qui plante les clous! La liberté, c’est le travail: je vois des gens qui pleurent à la télé de perdre leur job. On adore encore être esclave… Oui, les terriens ont bien des choses à discuter… et, comme on dirait par chez nous, n’ont pas fini de sacrer (injurier, se plaindre,…)!

  16. @L’extraterrestre : et sur la planète perse, puisqu’il n’y existe pas de marché de l’argent, qui donc a l’immense privilège de décider de l’endroit où l’argent est utile et de l’endroit où il ne l’est pas ? Qui pense pouvoir juger de où on le fait fructifier et de où on le gaspille ?

  17. 1/ Peut-on accorder du crédit à ce témoignage ? Les extra-terrestres sont-ils des gens comme nous ?

    Je ne crois pas. Soyons réalistes. Si réellement ce visiteur venait d’une autre planète, il n’aurait pu avoir que deux réactions :

    Première possibilité : Il a déjà vécu la même chose sur sa planète…et n’aurait donc pas dû être surpris que beaucoup de terriens jouent à la marchande…et à d’autres jeux : la police et le voleur, la guerre, papa-maman, les indiens. Chez lui aussi il y sûrement des gens qui jouent à la guerre pendant que d’autres jouent à la marchande, certains qui jouent au moine bouddhiste pendant que d’autres jouent au travail…Y’en a qui jouent à papa-maman et d’autres qui cachent maman pendant que papa joue à la guerre. Et y en qui jouent aux maîtres du monde.
    Donc dans ce premier cas je pense qu’il a feint la surprise.

    Deuxième possibilité : Il n’a pas vécu les mêmes choses sur sa planète…et là, personne n’osera me contredire, je dis bien personne, il aurait dû demander à ce que le terrien lui dessine un mouton !!! Ca a été prouvé !

    Conclusion :
    Je pense que cette histoire a été inventée de toutes pièces…pour nous distraire. Parce qu’on commence à s’ennuyer grave sur notre navette à la dérive. C’est surtout ça le problème je pense. Le capital, la propriété privée sont des règles du jeu actuel…Et je ne suis pas certain que ceux qui veulent changer les règles savent bien où ils mettent les pieds…Ca sent l’apprenti sorcier à plein nez…C’est pas dit qu’il y ait beaucoup de monde qui ait envie de continuer à jouer, suivant la règle qui a changé ! Non ? Imaginez le loto sans le gros lot inaccessible…
    Enfin, on aurait quand même pu lui demander s’il n’avait pas d’autres jeux à nous proposer.

    2/ Besoin d’aide

    Y aurait-il une âme charitable…pour me décoincer le cerveau ?! A force de lire tous ces messages sur tous ces sujets j’ai fini par me rentrer un programme dans le disque dur et ça bug !

    « Moi, la propriété privée, j’aime pas. L’héritage, j’aime pas. Je suis français. »

    PS : désolé M.Jorion d’avoir dévoilé si facilement votre supercherie.

  18. le droit de propriété avait une certaine valeur quand le monde était à découvrir, de nos jours avec 6M de gens et bientôt 7 il me semble que le droit à la propriété privée risque de faire vite dilapider notre capital ressource, hé oui notre monde est finis, point de croissance infinis dans un monde finis, c’est le seul argument qui devrait conditionner la réflexion d’un « nouveau capitalisme » ou d’un  » nouvel ordre mondiale ». Tout le reste semblera bien pathétique dans 5O ans quand nos descendant comprendrons que l’on savait mais que l’on à rien fait, pire que l’on à laissé faire.

    Loin de moi de vouloir « moraliser » mais toutes les discutions sur les masses monétaires les flux la création ex-nihilo ou non ne servirons à rien quand les principales sources de matière première seront presque à la fin de leur exploitation.

    Peut être serait il temps justement de recommencer par là: c’est parce qu’il existe des matières premières qu’il existe une économie?

    mes 10 centimes

  19. Cher Paul,
    Moi qui viens aussi d’une autre planète, je souhaite poser aux terriens, et en particuliers a cette partie de leur population qui s’intéresse aux marches boursiers… 2 questions :

    – Pourquoi lorsqu’une de leur entreprise montre des résultats en progression et vend bien ses produits a la terre entière, sa valorisation en bourse ne correspond pas a sa bonne santé ?
    Pire, sa valorisation ne se remet a progresser que si la dite société annonce plusieurs milliers de licenciements !
    Ne devrait-on pas au contraire, demander a  » La Bourse », force mystérieuse, indépendante et absolue qui semble être le gardien de l’économie mondiale, sanctionner cette entreprise, qui au lieu de faire profiter ses salaries de sa bonne sante, en donnant du travail a ceux qui n’en ont pas et en redistribuant ses richesses de maniere a ce que sa croissance profite a tous, la et la sanctionner férocement pour son manque de responsabilités et de civisme au regard de l’écosystème qu’elle est en train de contribuer a détruire ?

    -Pourquoi les êtres humains dont le développement intellectuel semble brillant et sans limites, ont-il mis tant d’energie a construire un système abscons-la bourse- et sans intérêt scientifique ou artistique, au lieu de mettre toute leur intelligence au service de la recherche, des savoirs, de la transmission de ces savoirs, de l’art, de la preservation de la vie… Biens beaucoup plus benefiques pour chacun que les ABS er CDO que vous evoquez…
    On aurait du s’apercevoir depuis longtemps en voyant les images de corbeilles ou de pauvres hysteriques gesticulants et hurlants achetaient et vendaient tout et n’importe quoi, ivres d’un pouvoir vain mais qui leur semblait divin car il leur permettait de se prendre pour les maitres du monde… Peut etre des psychiatres pourraient-ils nous eclairer sur cette drole de pathologie boursiere -qui semble finalement assez proche de l’addiction des joueurs aux tables des casinos. A moins que ces rituels pour inities, aient une fonction magique, sacrée même –
    Les terriens semblent frissonner quand ils découvrent que leurs ancêtres ont commis, pour des raisons aussi primitives qu’irrationnelles des :sacrifices humains atroces mais ritualises .
    Mais les vierges immolées pour le dieu Soleil etaient moins nombreuses que les salaries licencies pour le dieu Bourse !
    et les bénéfices de ces immolations aussi peu probants dans les deux cas

    J’aimerai bien moi aussi quitter cette planete, mais au chômage depuis trois ans, je n’en ai pas les moyens ! Et pour aller ou ?
    La lecure de vos propos, cher Paul, est pour moi comme la vision de l’ile pour le naufragé sur son radeau…
    « Terre, Terre’
    Avec le seul espoir, qu’elle soit deserte !
    😉

  20. Amusant… Néanmoins la première chose qu’un extraterrestre constaterait en arrivant chez nous, serait la chute abyssale de… la biodiversité, la désertification galopante des forêts, des océans et j’en passe.
    Nos petits problèmes de financiers obtus le laisserait de marbre !

  21. @Stilgar

    J’ai toujours un souci avec la notion de « meuble »

    Les matières premières (pétrole, uranium…) sont-elles meubles?

    Dans le cas où on décide qu’elles ne le sont pas, quelle collectivité aura la prééminence entre, par exemple, l’état souverain sur le sol et une collectivité plus vaste qui pourraient avoir des intérêts divergeants ?

  22. @Paul

    « mais nous ne pouvons guère modifier ces principes car ils nous furent confiés par nos aïeux qui les tenaient des leurs et nous dirent de bien nous garder d’en changer, raison pour laquelle nous les appelons : “sacrés” » »

    Paul, voyons, il est extrêmement curieux que ce voyageur ait rencontré un révisionniste bien plus radical que Faurrisson, jusqu’à nier l’ensemble de notre histoire: au hasard, nous l’appellerons Candide comme son célèbre aïeul

  23. La propriété privée n’est pas le problème. Mais le problème est celui qui possède.

    Si un extra terrestre arrivait sur terre, il se demanderait :

    – comme cela se fait-il qu’ils existent encore ces terriens ? 7 milliards…
    – Comment ont-ils fait pour ne pas s’autodétruire? Car qu’est ce qui les empêche ?

    Il est clair pour moi que l’Homme ne contrôle rien du tout . Il « invente », il découvre, il soigne (copie), il fabrique , il « crée »: arme, bombe Atomique,… et tout cela sans maîtriser. il détruit, fait la guerre, exploite air, terre, mer et cela sans…

    Je suis d’accord avec Fab quand il écrit « Et je ne suis pas certain que ceux qui veulent changer les règles savent bien où ils mettent les pieds…Ca sent l’apprenti sorcier à plein nez… »

    Eh oui encore pessimiste !

  24. OUI tous ces problèmes de soit disant création ex-nihilo — même s’ils sont intéressants et ont une vertu pédagogique et même heuristique — apparaissent bien dérisoires lorsque l’on regarde la crise sous l’angle de la propriété privée. Et c’est bien pourquoi Paul défend avec tant de conviction son idée de constitution pour l’économie, selon moi une grande idée. Celle-ci peut paraître à première vue utopique mais ne l’est pas tant que cela dès lors que l’on considère que ce qui fait une constitution c’est autant sa lettre, que les circonstances, tout un courant intellectuel et moral qui la porte à un moment donné de l’histoire à la faveur de circonstances particulières. Et nous y sommes, c’est une question de mois, de quelques années. Ou alors nous, ou nos enfants, ne seront plus là pour en parler.

    L’économie ce n’est pas simplement la quantité des richesses produites, ce sont aussi tous les dispositifs juridiques qui permettent sa mise en oeuvre. Cela est si vrai que Friedrich von Hayek, le « père » du néo-libéralisme, consacra une grande partie de son oeuvre à la réflexion sur le droit et les institutions. L’économie la plus libérale qu’on puisse imaginer a toujours besoin d’un cadre juridique pour que le capital puisse circuler de façon pérenne (via les contrats) et que la propriété des biens échangés puissent être garantis, y compris la propriété intellectuelle. Le capitalisme n’aura jamais existé sans le droit, et sous toutes ses formes : foncier, commercial, administratif, pénal, constitutionnel… Hayek s’est donc intéressé au droit mais il n’en a retenu que l’aspect formel. Du respect d’un certain formalisme viendrait selon lui la bonne marche de l’économie, le cadre étant posé pour permettre l’expression spontanée des talents individuels et maximiseurs de leurs intérêts individuels. Toute l’idéologie de la gouvernance mondiale repose sur le même principe. Les organisations internationales n’ont pas à être démocratiques car ce sont les règles formelles qui assurent seules la prospérité économique. Bref il a fait de l’économie un monde clos, celui dans lequel nous sommes enfermés jusqu’à ce qu’un nombre suffisamment grand des terriens que nous sommes prenne conscience que les prémisses sur lesquelles il repose sont fausses et même sont susceptibles de menacer la survie de l’espèce.

    La révolution française fut un grand moment de l’histoire, celui qui vit se concrétiser le principe de la propriété privée pour tous.
    Ce moment sonna le glas de l’absolutisme religieux et politique, instituant alors les principes de la démocratie libérale — la République moderne — avec son système de pouvoirs et contre-pouvoirs.

    Mais une deuxième révolution nous attend : celle de la propriété privée conditionnée et l’institution corrélative de principes définissant le bien commun de l’humanité, inaliénable. La propriété privée pour tous est un principe caduc car il mène à la propriété de beaucoup de choses par quelques uns et génère une fuite en avant continuelle. Ce principe de pénurie organisée est en effet inséparable d’un principe de convoitise : ceux qui ont peu veulent plus car ceux qui ont beaucoup font savoir aux seconds qu’ils ont beaucoup. Et si les premiers ont beaucoup c’est parce que ce qu’ils possèdent sont choses rares, quand bien même ces choses paraissent-elles innombrables. Le moindre produit de consommation courante n’est pas vendu au prix qu’il devrait avoir s’il était tenu compte des externalités négatives. Inversement des produits aujourd’hui relativement chers, comme les produits bio, et qui sont aujourd’huii rares, deviendraient relativement abondants. Tout le problème des années qui viennent va alors être de faire en sorte que ce qui est aujourd’hui rare et nuisible tende à disparaître de notre horizon et qu’au contraire tout ce qui est abondant soit disponible pour tous. Un exemple parmi d’autres : les produits de l’agriculture biologique.

    La démocratie libérale a été incapable de modérer les ardeurs des capitalistes, petits ou grands car certains de ses principes, la propriété privée inaliénable et le droit à l’héritage ont fait des humains, du vivant, des énergies fossiles de la nature, des richesses qui n’étaient vues comme telles que dans la mesure où elles constituaient des capitaux, c’est à dire une source de profits, et par la même occasion une source de pouvoir sur les autres humains. A l’ancienne réalité de la richesse individuelle définie en termes de possession doit donc se substituer une réalité de la richesse définie en termes de relations. Relations aux éco-systèmes, aux ressources énergétiques, aux autres humains.

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