États-Unis : la fin de l’ère du semblant ?

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

On ne manque pas depuis hier d’établir un lien entre le réveil inopiné d’Obama – accompagné de la montée au front de Paul Volcker, le prédécesseur d’Alan Greenspan à la tête de la Federal Reserve, et le désaveu cinglant du bilan de sa première année à la direction des affaires que constitue l’élection du candidat républicain Scott Brown aux sénatoriales partielles dans le Massachusetts.

Mais il y a peut-être à ce sursaut, une autre raison : l’audition qui doit avoir lieu mercredi 27 devant une commission du Congrès américain, et devant laquelle Timothy Geithner, le Secrétaire au Trésor, doit témoigner. Il s’agit d’établir avec cette enquête pourquoi les avocats de la Federal Reserve de New York – l’une des composantes régionales de la confédération que constitue la Banque Centrale américaine – sont intervenus à l’automne 2008 pour contraindre au silence AIG la plus importante compagnie d’assurance américaine, sauvée de justesse de l’effondrement par une pseudo-nationalisation au coût faramineux (182 milliards de dollars aux dernières nouvelles). La consigne de silence visait tout particulièrement l’identité des bénéficiaires du versement de la totalité des sommes dues dans le cadre des Credit Default Swaps dont la chute de Lehman Brothers déclenchait le paiement. La banque française Société Générale et Goldman Sachs seraient les principaux bénéficiaires de cette manne.

Timothy Geithner témoignera mercredi, au côté des avocats de la Fed de New York à l’origine des pressions, et dont il a affirmé jusqu’ici qu’il ignorait les agissements, selon la formule classique que le bruit de ce genre de ronron administratif ne s’entend pas dans le cercle des instances supérieures. Témoignera aussi, Henry Paulson, le prédécesseur de Geithner à la tête du ministère américain des finances. On pouvait penser jusqu’à ces jours derniers que l’omerta règnerait entre gens du même monde mais la nouvelle atmosphère électrisée pourrait changer la donne.

Que symbolisent en réalité les pressions sur AIG datant de l’automne 2008 ? L’ère du semblant dans laquelle on entrait alors d’intention délibérée alors que la chute de Lehman Brothers provoquait un effondrement généralisé du marché monétaire américain. Le silence devait se faire désormais sur l’état réel de la finance et dans son sillage – par le truchement du crédit –, de l’économie. Les moyens utilisés, on les connaît : manipuler les règles comptables dans un sens favorable aux chiffres financiers, repousser les échéances de paiement des dettes selon des critères mal définis, coups de pouce discrets aux marchés boursiers et obligataires.

Quelle que soit l’issue des auditions, il y sera dit des choses que les artisans de la politique du semblant n’aimeront pas entendre dire, et Geithner en sortira de toute manière affaibli. Autre consul du triumvirat, Larry Summers, l’homme à qui l’on doit l’abrogation du Glass-Steagall Act en 1999, le feu vert donné aux banques pour utiliser l’argent provenant des dépôts de leurs clients dans des opérations spéculatives, Summers qui vient d’être désavoué publiquement puisque la « Volcker Rule », la « règle Volcker », comme l’appelle Obama, n’est rien d’autre qu’une réinstauration ne voulant pas dire son nom de ce même Glass-Steagall Act.

Aux côtés de Geithner et de Summers, Ben Bernanke, le chef de la Fed, est lui le troisième consul de ce triumvirat de l’ère du semblant, et l’on comprend soudain pourquoi l’un des événements de la journée d’hier a été le vent de défections dans les rangs de ceux qui, au Sénat, avaient promis de voter sa confirmation pour un second mandat avant le 31 de ce mois, date à laquelle son premier mandat s’achève.

Deux autres événements de la journée d’hier viennent compléter ce tableau d’une détérioration brutale de la santé de l’ère du semblant : le renchérissement soudain des Credit Default Swaps portant sur la dette des compagnies américaines – on comprend en effet qu’un retour à la transparence dans leur comptabilité provoquerait des dégâts sérieux dans l’image qu’on se fait de leur solvabilité et, plus significative encore, la chute des bourses américaines dans la journée de vendredi, chute au profil inquiétant (voir figure – merci à Dow Jones & Cy.) et dont l’accélération en cours de séance ne présage rien de bon pour la journée de lundi.

Marches 22-01-10

© Dow Jones & Cy.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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136 réflexions sur « États-Unis : la fin de l’ère du semblant ? »

    1. Très intéressant en effet.
      Extrait: ». Il s’agit en effet de faire naître un autre monde où nous soyons effectivement responsables. Un monde qui ne soit plus caractérisé par le laisser-faire parce que laisser-faire, c’est laisser faire les égoïsmes. »…

    2. Oui, très intéressant.
      En particulier ce passage: »Le libéralisme, c’est en effet avant tout la libération des passions et des pulsions. C’est ce que dit si bien la formule de Mandeville énoncée en 1704 à quoi je faisais allusion : « les vices privées font la vertu publique », autrement dit, il ne faut entraver en rien la recherche égoïste de l’intérêt- personnel au motif que c’est elle qui produit la richesse publique. »
      Bien sûr, cette auto-harmonisation est un mythe qui permet de « libérer » les désirs, soi-disant contenus par les interdits de la Loi. Et, bien évidement, cela va avec le toujours-moins-d’Etat qui doit faciliter cette libéralisation.
      Sauf, qu’au bout des désirs, il n’y a rien que le vide d’une société consumériste droguée aux « biens » aussi nombreux qu’inutiles, que le regard de l’autre sur nous-même et la violence sociétale qui se referme comme un piège sur chacun.
      Freud et l’illusion de la libération du soi qui imprègne notre non-conscient…

    3. Du Foucauld réchauffé passe encore mais Edgar Morin, Hubert Reeves, des pontes et aujourd’hui en partant de l’ordovicien j’aboutis à l’holocène, quelle vie de chien…..et que le printemps reviens.

  1. @ eventuellycalm

    En même temps il est idiot de séparer le « fondamental » et l’émotionnel, les deux sont toujours à l’oeuvre dans l’évolution des marchés, non ? Oui les bulles existent, ce sont principalement des phénomènes dont la naissance et l’éclatement sont difficilement prévisibles. Quand on considère une science sérieuse, l’expérience – les faits – conforte le modèle de pensée, le principe qu’on souhaitait vérifier, non ? Mais la science économique n’est pas une science sérieuse, c’est pourquoi la majorité des économistes sont incapables de prévoir l’évolution de l’économie. Les taux sont comme ceci, le pib fait comme cela, et blablabla…

  2. Plus je m’intéresse à cette crise (depuis janvier 2008) et moins je la comprend.
    J’ai simplement l’impression que les acteurs comme les analystes naviguent à vue. D’ailleurs le LEAP 2020 (un exemple parmi d’autres) ne prédit plus rien.
    Bien malin celui qui arriverait à relier les évènements entre eux et en sortir une trame ou y voir une quelconque logique.

    Comme le disait J.P Raffarin : « Tant que le bateau na pas heurté l’iceberg, la croisière continue ».

    1. J’ai bien peur que nous ayons déjà heurté l’iceberg…
      Seul l’orchestre continue à jouer…
      Piotr a un coup de blues…
      blues [bluz] nom masculin
      (mot anglo-américain, mélancolie)
      1. Complainte du folklore noir américain, née dans le sud-est des États-Unis, près du Mississippi, d’abord rurale puis urbaine, caractérisée par une formule harmonique constante et un rythme à quatre temps, dont le style a influencé le jazz et la plupart des formes musicales dérivées du rock.
      2. Fam. Mélancolie, cafard. Avoir le blues.

    2. LEAP2020 continue à prévoir beaucoup d’événements précis, tous aussi farfelus les uns que les autres, comme la mort programmée d’Albert 2 et tant d’autres trucs abscons. Arrêtez de consulter les Mme Soleil.

    3. @ Vince et Toni

      Les bulles inquiètent toujours et pas mal de prévisionnistes avisés et logiques en prédisent l’éclatement.
      Hélàs ils sont incapables de donner une échéance.
      C’est qu’il y trop d’hommes dans les équations.

    4. Bien non, tout est simple.

      Je prends le contre-pied de tout ce que écrivez.

      1) bien avant de m’intéresser à la crise, je la comprenais
      2) les acteurs et analystes coulent à vue.
      3) le LEAP a raison sur tout, il se trompe légèrement dans les dates.

      « Bien malin qui… » Au contraire :
      a) inutile de relier les évènements entre eux, car inutile de se taper des évènements.
      b) Euclide ne reliait pas d’évènements entre eux. Il se contentait de poser des hypothèses, et c’est tout ce qu’il nous faut.

      Lorsqu’on étudie les batraciens, il peut être utile d’observer leurs moeurs. Mais lorsqu’on a fait un batracien, il est inutile de l’observer. On y a mis tout ce qu’il peut faire et on a décidé de sa vie, par avance. L’économie étant fabriquée par l’Homme, lorsqu’on sait sur quoi elle repose, eh bien on peut tout prévoir.

      d) le bateau a heurté l’iceberg depuis longtemps !

  3. Le silence d’AIG et le complot de GS et de la SG ne date pas de l’automne 2008 mais du printemps 2008; Et oui, suite à un désaccord entre GS et AIG, GS s’est appliqué à conduire Lehman Brother à la faillite. D’ailleurs, c’est dès le printemps 2008 que Lehman Brother a liquidé toutes ses holdings au Luxembourg.

    L’ancien dirigeant de GS est à la tête d’une instance financière aux US alors pas étonnant qu’il y est complot avec son ancien « bébé » GS.

    Les banques sont toutes liées par des relations financières plus ou moins importantes. L’indépendance des banques est un mythe que l’automne 2008 a confirmé.

    En ce qui concerne les actfifs hors bilan, les gouvernements gouvernements seraient étonnés de leur montant sachant que la majorité des banques (SG, BNP, …) ne savent même pas à combien s’élèvent leurs investissement dits « toxiques » tellement ces instruments sont très spéculatifs et trés sophistiqués.

    Espérons maintenant que la lumière soit vraiment faite sur cette affaire car les contribuables US, anglais, français, … ont payé cher cette crise financière montée de toute pièce et continueront à la payer pour longtemps.

  4. @ Hervey

    « Modifier la donne pour le système bancaire c’est aussi mettre à mal les fonds de pension et les assurances, c’est me semble-t-il priver un grand nombre de ses concitoyens de ressources vitales.
    Laisser faire c’est faire perdurer un système de plus en plus inégalitaire et insupportable aux yeux des américains, et pas seulement »

    Exact ! Pour cette raison ça m’étonnerait beaucoup qu’un texte trop « agressif » envers Golman Sachs and Co passe le Sénat – pour le Congrès la majorité est là. D’un autre côté, les républicains seraient mal inspirés d’ignorer la vindicte populaire… A mon humble avis, quel que soit la loi votée – si elle est votée ! – il ne faut pas s’attendre à une révolution financière, mais enfin le niveau d’action affiché est déjà bien supérieur à ce qui est décidé en Europe, non ?

  5. @toni
    J’ai comme l’impression que l’absence de prédiction comme le LEAP 2020 qui semble  »sec » ce mois-ci sur le sujet doit être interprété comme l’imminence d’événements majeurs. Un peu comme si nous étions dans l’oeil du cyclône.
    Nous sentons confusément qu’il va se passer quelque chose mais quoi ?
    Le chômage augmente partout, la misère s’accroît pour la majorité de nos concitoyens alors que d’autres s’enrichissent outrageusement, l’autorité est contestée (Bernanke…), les statégies de sortie de crise sont mal définies et sont inopérante. C’est un climat très angoissant.
    Dans un monde où tout va très vite, cette situation est extrêmement dangereuse et il est important de ne pas affoler les foules.
    D’ailleurs, je suis très étonné du silence de personnes comme Besancenot et compagnie.
    Leur silence me fait penser que la situation est bien plus grave que l’on ne le croit et ils ne veulent pas allumer un brasier qu’il serait difficile de combattre.
    Pour moi, il est clair que nous avons heurté l’iceberg et que nombreux sont ceux qui pensent que la puissance des moteurs lui permettront de regagner le port…Y aura t’il assez de carburant ?

    1. Y aura t’ il assez de carburant ?

      Vous ne croyez pas si bien dire !

      La crise financière n’est qu’une conséquence parmi d’autres de la raréfaction de la matière première-OIL- qui nous a permit depuis 150 ans d’accroître considérablement notre niveau de vie et d’imposer un système économique basé sur la croissance perpétuelle alors que la réserve de la ressource n’est pas perpétuelle – et par conséquence des équations mathématiques appliquées à la finance qui n’avaient de sens que par leurs fonction positive –
      Le problème est que depuis que nous avons passé le sommet de la courbe des réserves ultimes de pétrole nous arrivons sur le plateau alors que la demande des pays émergents et en particulier le chindia sont très importantes.
      Le dernier positionnement militaire pétrolier américain en Haiti a provoqué une réaction de la Chine sur ses intentions de soutenir la dette américaine ou en d’autres termes la vie à crédit des foyers américains…

    2. @jeanpaulmichel
      « J’ai comme l’impression… C’est un climat très angoissant. Dans un monde où tout va très vite, cette situation est extrêmement dangereuse et il est important de ne pas affoler les foules. D’ailleurs, je suis très étonné du silence de personnes comme Besancenot et compagnie… »
      Si je peux me permettre, vous n’écoutez que trop vos impressions.
      http://www.npa2009.org/npa-tv/all/15853
      Amicalement

    3. @ Piotr « Je crains que les prévisions du LEAP ne soit réservé à ses abonnés. »

      Même pas… (si on sait chercher sur le Net on peut les avoir sans y être abonné).

  6. @jeanpaulmichel

    Moi je ne suis absolument pas étonné du silence de besancenot. Son message est absolument inaudible auprès des français. Quels sont réellement ses idées et ses propositions? Et franchement vous croyez qu’un militant communiste révolutionnaire (haha) irait chez drucker. Vous imaginez Che guevarra sur le canapé rouge du présentateur le plus lisse et dans l’émission la plus convenu qui soit. Non je crois que de ce côté là il y a erreur sur la marchandise.
    Pourtant c’est vrai que « la gauche » devrait avoir un boulevard en ce moment. Mais je crois qu’ils ont largement participés avec la droite à l’élaboration d’une Europe ultra-libérale et inconséquente en cassant les entreprises et les services publics, les protections sociales, en permetant au secteur financier de devenir un monstre incontrôlable.
    Mais tout ceci est un autre débat et je ne pense que Paul Jorion souhaite que l’on parle trop de politique (à juste titre d’ailleurs).

    1. @ Toni
      J’ai l’espoir, et la certitude, que Paul invite aussi les acteurs politiques, autres que PS ou MoDEM, à s’exprimer sur son blog.
      Sans faire dans la propagande, le fait de ne pas entendre parler Besancenot n’implique pas que son message soit inaudible auprès des francais.
      Le NPA n’existe pas seulement par OB, mais les médias ne veulent inviter que lui.
      « …Pourtant c’est vrai que « la gauche » devrait avoir un boulevard en ce moment. Mais je crois qu’ils ont largement participés avec la droite à l’élaboration d’une Europe ultra-libérale et inconséquente en cassant les entreprises et les services publics, les protections sociales, en permetant au secteur financier de devenir un monstre incontrôlable. »
      D’où l’existence, l’urgence, d’une autre gauche, non?

    2. L’Auriculaire
      Il est le seul doigt ou deux méridiens se côtoient. Ceux du Coeur et de l’intestin grêle. C’est le doigt de la finesse, de l’élaboré, mais aussi de l’émotionnel et du superficiel, de l’apparence, voire de la prétention.
      Les tensions sur ce doigt manifestent un besoin d’extérioriser soit une tension d’ordre émotionnel, soit une tendance à la superficialité ou à la subjectivité.
      Elles signifient que nous sommes trop dans le rôle que nous jouons ou le paraître et insuffisamment dans le naturel, dans l’être.
      🙂

    3. Jean-Luc Mélenchon comme à l’accoutumée sans langue de bois et avec une bonne dose d’humour, ce qui ne gache rien, n’a pas maché ses mots ce matin sur F Culture dans « Les rendez-vous des politiques » et rebelote ce soir sur la 5. Les tirades sur l’Europe étaient décapantes ainsi que ses explications sur la sociale-démocratie.

    4. Ha si seulement nous pouvions toujours étiquetter l’esprit ou la conscience de l’homme en société comme ils nous seraient alors plus facile de faire de nouveau les malins.

      Le Mal Capitaliste que je dénonce souvent chez l’autre ne m’amène hélas guère plus souvent à mieux voir mes propres travers idéologiques de mon coté.

      Oui il n’est pas non plus certain que des gens comme JL Mélenchon à la tête d’une société se conduisent guère mieux que les autres ensuite, bien sur au début c’est toujours beau et merveilleux, mais c’est hélas après que cela se gate beaucoup à l’antenne surtout en certaines occasions.

      Vous peut-être de votre coté mais moi je ne me reconnais vraiment pas dans ces gens là…

  7. D’un point de vue franco-francais, la Société Générale a dépouillé grace à ses CDS sur Lehman, la BNP et envoyé au tas Axa actionnaire de Lehman.Pour en revenir au contexte actuel, le bout du tunnel de la recession est gonflé à bloc de méthane et on attend la première étincelle pour le coup de grisou.Amis épargnants et futurs retraités, accrochez vos ceintures !

  8. « M. Warren Buffett est un fervent admirateur de M. Bernanke » Et pour cause! M. Bernanke a sauvé AIG qui est un gros client de Berkshire (et donc sa perte aurait été terrible pour Berkshire) et Goldman Sach (où M. Buffett a investit il y a quelques mois des milliards comptant bien sur son ami Bernanke pour renflouer GS). Buffett parle POUR SON INTERÊT. Et son interêt est aux antipodes du nôtre (même si nous avons quelques petites actions ) et encore moins celui de la classe moyenne qui a payé indirectement des milliards à Buffett pour ces sauvetages. « à un point tel qu’il a déclaré à une entrevue de CNBC récemment :  »s’il n’est pas réélu, dites-le moi d’avance afin que je puisse vendre quelques actions! ». » Warren Buffet est un as du brain-washing et de la manipulation médiatique. Son hypocrisie est sans borne. Il y a environ 2 ans il disait qu’il gardait ses actions à long terme et pour la vie et que si le président de la Fed lui faisait une confidence sur ses prochaines décisions, cela ne changerait rien!
    Tiens maintenant que cela l’arrange, il terrorise le peuple pour qu’on lui refile d’autres milliards. Il prend les américains pour des imbéciles. Et cela a l’air de très très bien marcher. « Il a même déclaré qu’il serait justifié que les marchés s’effondrent s’il n’est pas réélu. » Les marchés qui « s’effondrent » sur la seule nomination du président de la Fed! Tiens tiens, c’est une économie solide ça?
    La réalité est que Bernanke tient à bout de bras une bulle de crédit colosalle qu’il a lui-même créée et avant qu’elle ne s’écroule il est en train d’effectuer le plus grand transfert de fonds publics (=classe moyenne) vers des fonds privés (principalement JP Morgan, Goldman Sach, Buffett, et autres copains qui le financent et le soutiennent (comme cette petite déclaration bien « timée » de Buffett…)) que l’histoire mondiale n’ait connue, et ce dans un temps record (1-2 ans!) alors même que la plupart des gens et des commentateurs de journaux financiers (hum… hum… ) n’y comprennent strictement rien et au contraire, portent leur « confiance » sur des beaux-parleurs, des hypocrites, et des incompétents.

  9. Il serait intéressant de savoir dans quelle proportion les CDS remboursés rubis sur ongle (à 100%) à hauteur d’une soixantaine de milliards USD par le contribuable américain à un certain nombre de banques étaient des paris purs. Je trouve que ce serait une bonne question à poser à Geithner.

  10. Sur le poids des lobbies :
    http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2010/01/23/les-milieux-financiers-americains-rejettent-le-plan-obama-sur-les-banques_1295641_3222.html#ens_id=863164

    D’où l’impérieuse nécessité pour Obama d’user de la commission d’enquête parlementaire actuelle, pour ‘retourner’ l’opinion publique américaine, malgré les offensives médiatiques, qui commencent déjà contre un tel projet législatif. C’est ce qu’avait fait Roosevelt avec Pecora, ce qui permit de faire voter le Glass-Steagall Act ensuite.
    Par contre, il est clair qu’Obama a ‘gaspillé’ un précieux temps, à savoir les premiers 100 jours, que Roosevelt avait su utiliser dès son investiture (Emergency Banking Relief Act, imposant la fermeture pendant 4 jours des banques insolvables, lors d’une convocation en urgence du Congrès une semaine seulement après cette investiture !).

    Obama a quand même 2 atouts :
    – avec la commission et la proposition de loi, il force les républicains à se prononcer publiquement sur cette loi et sur le principe d’une action réformatrice sur la finance, juste avant les mid-terms de novembre : choisissez, les électeurs ou WS. Dans un cas, il est gagnant car la loi est votée. Dans l’autre cas, il est gagnant car les électeurs étrilleront les républicains s’ils s’opposent à cette loi, ce qui permettra alors de conforter la majorité démocrate pour faire voter cette loi, une majorité ‘ressoudée’ par la légitimité démocratique renouvelée ;
    – l’Executive Order, toujours possible, notamment sur le domaine financier puisque si le Glass-Steagall Act a été supprimé, il reste Securities Exchange Act de 1934, qui fonde la SEC (qui existe toujours) et qui a pour principale fonction de faire appliquer 6 lois fondamentales sur le domaine financier, notamment le Securities Act.
    Depuis un arrêt de la Cour Suprême interdisant un EO (1950), pour défaut de relation à une loi existante (objet législatif), les président sont tenus de mentionner une loi. Par exemple, celle de la SEC. Ce qui permettrait au président, en cas de manoeuvres dilatoires au congrès dû aux lobbies, d’imposer, par exemple, en cas de dissimulation ou de fraudes, une liquidation judiciaire des actifs pourris. Par exemple.

    L’actuelle Chairman, Mary Schapiro, nommé par Obama, est déjà intervenue fin 2009 sur les agences de notation et envisage aussi d’intervenir contre la course au trading ‘flash’ (millième de seconde) de diverses places financières :
    http://www.lexpansion.com/economie/actualite-economique/la-sec-veut-reguler-les-agences-de-notation_200495.html
    François Leclerc en parlait sur ce blog :
    http://www.pauljorion.com/blog/?p=6517

    Peu de personnes ont relevé qu’à côté de Paul Volcker figurait le ‘former SEC chairman’ William H. Donaldson, de 2003 à 2005, nommé par G.W. Bush, comme pour indiquer les ‘directions’ que prendrait l’offensive.
    La SEC peut être une de ces directions …

  11. Je pense à ‘3 fers au feu’ :
    – ‘Volcker Act’, pour la partie législative ;
    – la commission parlementaire d’enquête, pour la partie politique et communication ;
    – la SEC, pour l’aspect ‘technique’.
    Cela ressemble assez à une stratégie ‘New Deal’ ou pas ?
    Manque évidemment la partie la plus importante car sociale, économique et politique : l’emploi.
    Moins, pour l’instant, la liquidation judiciaire des avoirs pourris (Emergency Banking Relief Act).
    Et toutes proportions gardées …

  12. La collusion entre le personnel politique, la haute administration et le pouvoir économique ne date pas d’aujourd’hui. Le scandale provient de ces personnalités de premier plan tel que Schroder (en Allemagne) et Blair (pour la Grande-Bretagne), qui après avoir contribués à une déréglementation de l’économie et avoir soldés le bien public ont aujourd’hui des places au sein de ces mêmes entreprises Gazprom (filiale) pour Schroder et LVMH pour Blair (le frère de Blair est PDG de LVMH GB). Depuis les années 80 les dircabs et autres conseillés devenait PDG des entreprises privatisées, aujourd’hui ce sont les ministres, demain les 1er ministres et présidents.

  13. cet excellent article me conduit à deux remarques en forme de question:
    – le libéralisme ne repose t’il pas sur une marché dit parfait dans lequel l’information est partagée à égalité entre les acteurs? cela ne signifie t ‘il pas que ce début de retour à une certaine réalité pose la question du fonctionnement même du marché et de sa contradiction interne devenue essentiellle: le déséquilibre dans l’information;
    -la question de la prise de décision et du fonctionnement oligarchique de la société qui rend permanent le conflit d’intérêt

  14. @Betov: Faisant suite à la lecture de votre billet, je vous adresse ces quelques lignes des Pays-Bas, ceci expliquant peut-etre cela, Pays-Bas où cette semaine s’est ouvert le procès du leader ‘neo-fasciste’ du PVV, parti pour la liberté, pour incitation à la violence raciale, discrimination, le PVV parti arrivé en tete lors des dernières élections européennes, procès qui s’inscrit dans la stratégie du ‘cordon sanitaire’, préconisée par Guy Verhofstadt en Belgique pour circonvenir la progression du Vlaams Blok et du Vlaamse Belang.
    Les propos de votre billet me rappellent malheureusement le raisonnement de Drieu la Rochelle en 1938-1939.
    Aussi quelques remarques:
    1) la globalisation s’est imposée, elle est, et devient quelques décades après, le nouveau seuil, comme l’a été l’Etat-nation. Gillian Tett, journaliste au Financial Times, dans son livre sur le déclenchement de la crise, rapporte combien
    les interventions de Geithner dans les difficultés de Bear Stearns et ensuite, avec Paulson, dans celles de Lehman Brothers, répondaient à un souci d’éviter une globalisation de la crise, arroseurs arrosés pourrait-on dire

    2) Vers le fascisme: s’il y a bien selon la formule de John Berger, un ‘fascisme économique’, ou fascisme financier,dont
    les Etats-Unis depuis le 11/9 seraient le porte-étendard, un examen objectif des démocraties de l’Europe du Nord montre un éventail de dispositifs de vigilance, qui, évidemment, contrastent avec la situation francaise, où cette idéologie semble s’imbriquer récemment dans une logique électorale ou électoraliste Si je comprends bien le caractère de votre raisonnement, dans une semaine où ce blog est signalé parmi les blogs politiques qui montent, il n’y a pas de fatalité du fascisme, mais une série de démissions individuelles qui provoquent ces dérives. VIGILANCE

  15. « Paul Jorion dit : 24 janvier 2010 à 00:46
    La réponse à cette question est déjà connue, et je l’avait rapportée en mars de l’année dernière dans Un assureur bien tranquille et dans Les dettes de jeu d’AIG. »

    Au moins 22 milliards USD de paris purs si je comprends bien ton post. Maintenant, la question intéressante serait de savoir sur la défaillance de quelles(s) institutions(s), les Goldman Sachs, Société Générale, Deutsche Bank ont parié avec AIG.

    Autre question: étant donné que la Société Générale a touché 12 milliards d’AIG sur son portefeuille CDS grâce aux bons soins du contribuable américain, quelle en était la proportion de paris purs? Admettons que ce soit 4 milliards USD. Lorsqu’on sait que par ailleurs, pour l’ensemble de ses activités bancaires la Société Générale a réalisé sur les 9 premiers mois 2009, 457 millions d »euros de bénéfices, on se dit que quelques paris bien ajustés (contre qui? that is the question) rapportent bien davantage.

  16. Faisons l’hypothèse que le contribuable américain a remboursé à hauteur de 4 milliards USD les dettes de jeu d’AIG à la Société Générale. Le côté le plus ironique de l’histoire serait que les paris purs furent effectués par la Société Générale sur la tête de banques américaines à la santé chancelante (Bear Stearns? Merril Lynch? Lehman?). C’est probable car dans ce clapier, si une poule tombe malade, les autres l’achèvent. Autrement dit, le contribuable américain a sans doute payé des milliards à une banque française pour avoir eu la gentillesse de parier sur la chute de l’une ou l’autre banque américaine.

    On pourrait s’attendre à ce qu’un homme politique français pugnace comme Mélenchon demande une enquête parlementaire sur cette manne céleste opportunément tombée entre les mains de la Société Générale. Mais il est peu probable qu’il le fasse. Pourquoi le ferait-il? Pourquoi risquerait-il d’affaiblir une banque française, son statut à l’international et les milliers d’emplois qu’elle génère, pour défendre les intérêts du contribuable américain? Et c’est ainsi que la gauche est bien forcée de défendre les banques.

    Comme le disait Woody Allen: « J’aimerais terminer sur un message d’espoir. Je n’en ai pas. En échange, est-ce que deux messages de désespoir vous iraient? »

  17. Comment les mesures sont sans effet ou détournées. Les règles FASB étaient censées mettre fin au hors bilan àpd 1er janvier. Mais dans les faits, on constate que Wells Fargo (et d’autres) n’ont pas repris dans leur bilan tous leur actifs hors bilan, loin s’en faut. Wells Fargo n’a incorporé que $10 milliards, alors qu’il a plus de $2 000 milliards d’actifs hors bilan.

    http://market-ticker.denninger.net/archives/1887-So-Much-For-FASB-Wells-And-Others.html

  18. A propos du semblant,

    Le semblant c’est le bout de ficelle qui fait tenir le paquet.

    Ce n’est pas son contenant, ni son contenu.

    Si nous n’avons plus de ficelle, le paquet va se défaire … enfin, peut être qu’avec de la colle ? C’est la poisse la colle.

    Quand j’étais petit, un monsieur plein de bon sens m’a dit un jour, si tu as un bout de ficelle et un couteau sur toi, tu peux te sortir de toute situation …

    Alors à quand la fin de l’ère du couteau ?

  19. Le Déni (nous y voilà enfin),

    Le Déni conduira bien à l’interdiction du Semblant et du Couteau, en ce qui concerne le couteau, il s’agit bien qu’il ne soit pas Suisse, afin que son usage ne soit pas détourné de sa fonction principale de couper.

  20. « …la chute des bourses américaines dans la journée de vendredi, chute au profil inquiétant (voir figure – merci à Dow Jones & Cy.) et dont l’accélération en cours de séance ne présage rien de bon pour la journée de lundi. »
    Pour l’instant ça se passe plutôt bien à la Bourse de New York : +0.62% pour le Dow Jones actuellement …

  21. De quelle économie parle Obama? – Mythes de la reprise – par le professeur Michael Hudson (en Anglais. Traduction rapide de quelques extraits)

    L’état de l’Union est en danger de véhiculer les euphémismes habituels. Je m’attends à ce que Obama se vante qu’il a supervisé une reprise. Mais peut-il y avoir quelque chose comme une reprise sans emploi? Ce qui s’est redressé, ce sont les moyennes du marché boursier et les bonus de Wall Street, non pas les revenus personnels disponibles ou les dépenses discrétionnaires déduction faite du service de la dette.

    Le danger c’est que quand Obama parle de «stabiliser l’économie», il veut essayer de maintenir l’augmentation des intérêts composés et de la dette. Cette dynamique de mathématiques financières est autonome de l’économie industrielle « réelle », l’écrasant économiquement. C’est ce qui rend la route économique actuelle de la servitude de la dette tellement auto-destructrice.

    Les dettes qui ne peuvent pas être payées, ne le seront pas. Donc, les défauts de paiement sont en hausse. La question que Obama devrait régler est de savoir comment faire face à l’excédent de la dette au delà de la capacité de payer – et les prêts au dela de la valeur du bien en garantie (negative equity) pour le quart des américains qui ont une dette hypothécaire plus élevés que la valeur de l’immobilier au prix du marché. Si l’espoir est toujours de « sortir de la dette par l’emprunt » en obtenant que les banques prêtent de nouveau, alors les auditeurs de mercredi sauront que la deuxième année de la présidence d’Obama sera pire pour l’économie que la première.

    Est-il réaliste de s’attendre que le discours précise clairement que « nous ne pourrons pas revenir à la maison comme avant »? Obama a promis le changement. « Nous ne pouvons tout simplement pas revenir aux affaires comme d’habitude », a-t-il déclaré le 21 janvier, présentant le « plan de Volcker. » Mais comment peut-il y avoir des changements structurels significatifs si le plan est de revenir à une dynamique idéalisée qui a enrichi Wall Street, mais pas le reste de l’économie?

    Le mot «récession» implique que les tendances économiques reviendront à la normale presque naturellement.

    Tout rêve de «reprise» de l’économie actuelle de la dette à effet de levier est un faux espoir. Pourtant, les milieux financiers s’attendent à ce que Obama insiste pour que l’économie ne pourra pas se rétablir sans avoir d’abord remboursé et enrichi Wall Street. Pour regonfler les prix des actifs, l’équipe d’Obama se tourne vers le modèle du Japon d’après 1990. Une Réserve fédérale accommodante qui devrait inonder les marchés du crédit à des taux d’intérêt bas pour relancer les prêts bancaires – la dette portant intérêt empruntée pour acheter un bien immobilier existant déjà (et les actions et les obligations déjà émises), permettant aux banques de sortir de leur position de fonds propres négatifs en gonflant les prix des actifs par rapport aux salaires.

    La promesse est que re-gonfler les prix aidera l’économie « réelle ». Mais ce qui va «reprendre» est la tendance à la hausse de l’endettement des consommateurs et propriétaires qui a provoqué l’étouffement de l’économie par la déflation de la dette du départ. Ce résultat final de l’économie de bulle Clinton-Bush est toujours applaudi comme un modèle pour la reprise.

    Nous n’émergons pas vraiment d’une « récession ». Ce mot signifie littéralement tomber au-dessous d’une ligne de tendance. L’économie ne peut pas « reprendre » sa croissance exponentielle passée, parce que ce n’était pas vraiment normal. Le PIB augmente, principalement pour le secteur FIRE – finances, assurances et immobilier – et non l’économie « réelle ». Des gestionnaires financiers et d’entreprise se payent eux-mêmes plus pour leur succès en payant moins leurs employés.

    C’est l’antithèse de la reprise pour l’économie réelle (Main Street). C’est ce qui rend le secteur FIRE si auto-destructeur, et ce qui à mis fin au grand boom économique americain post-1945.

    Il y a deux économies – et le secteur extractif FIRE domine l’économie « réelle »

    En écoutant discours sur l’Etat de l’Union, il faut se demander simplement que de quelle économie Obama fait allusion quand il parle de reprise. La plupart des salariés et les contribuables vont penser de l’économie « réelle » de production et de consommation. Mais Obama croit que cette « Economie No 1 » est dépendante de celle de Wall Street. Ses principaux donateurs de la campagne et les «créateurs de richesse» du secteur FIRE – Economie No 2, recouvrent l’économie « réelle » No 1.

    L’économie No 2 est l’économie «comptable» de la propriété et la dette. Les 10 pour cent des plus riches prêtent leurs économies qui deviennent des dettes dues par les 90 pour cent en bas. Une part croissante des gains sont réalisés dans les moyens d’extraction, en faisant payer le loyer et les intérêts, par la spéculation financière («gains en capital»), et par les impôts levés eux-même sur l’économie « réelle » No 1.

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