BFM Radio, lundi 29 mars à 10h46 – Les erreurs de raisonnement

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Le podcast ici

Il y a un coupable à la crise dont on ne parle jamais : ce sont les erreurs de raisonnement, les erreurs conceptuelles. Il y a un certain nombre de choses qui se sont détraquées tout simplement parce qu’on ne comprend pas comment elles marchent. Ou plutôt, parce qu’on croyait savoir comment elles fonctionnent, alors qu’en réalité, elles fonctionnent autrement.

Tout le monde a entendu parler du modèle de Black & Scholes qui sert à valoriser les options. Tout le monde sait aussi qu’il est faux : il lui manque une variable. La preuve qu’il est faux se trouve dans ce qu’on appelle le « smile », le sourire, le fait que des volatilités différentes correspondent à différents prix d’exercice. Ce qui n’a aucun sens. Myron Scholes et Robert C. Merton ont obtenu le Prix Nobel d’économie en 1997. Black l’aurait partagé avec eux s’il n’était mort entretemps. Scholes et Merton ont été parmi les fondateurs de Long-Term Capital Management, dont la chute en 1998 est l’une des plus grandes catastrophes financières de tous les temps.

D’autres exemples : les taux forward implicites dont vous verrez dire partout qu’ils constituent une anticipation. C’est faux : un taux forward comme « cinq ans dans un an », est un taux conditionnel inscrit dans la courbe des taux à un moment quelconque : ça ne dit strictement rien sur l’avenir. J’ai un jour expliqué ça à un collègue bardé de diplômes qui m’a regardé avec des yeux ronds. Mais ce n’est pas innocent : plusieurs krachs obligataires sont attribuables au fait qu’on a cru que les taux forward contiennent des anticipations.

Il y a aussi les matrices de corrélations : elles sont au centre de la théorie du portefeuille de Markowitz et plus récemment de la mesure de risque VaR (Value-at-Risk) ainsi que de la notation calamiteuse des CDO (Collateralized–Debt Obligations). Une matrice de corrélations n’a aucune stabilité : dans un marché à la baisse, elle peut perdre toute pertinence en dix minutes. Cela n’empêcha pas Markowitz, l’auteur de la bourde, d’être prix Nobel d’économie 1990.

Autant d’erreurs de raisonnement qui affligent la finance depuis pas mal d’années mais il y en a deux qui ont une responsabilité toute particulière dans la crise actuelle : le principe de la titrisation, et l’attribution à chaque consommateur américain d’une cote FICO qui mesure le risque de crédit qu’il constitue pour un prêteur ; la distinction « prime » / « subprime » vient de là. La fonction assurantielle de la titrisation (je passe sur ses autres « qualités » que sont le hors-bilan, et les avantages fiscaux) repose sur l’idée que les sinistres sont rares et dispersés dans le temps, c’est vrai des incendies mais ce n’est pas vrai en finance : quand ça va mal en finance, ça val mal pour tout le monde… et malheureusement au même moment !

Le principe de la cote FICO, c’est ce qu’on appelle une logique de prédisposition ou de « penchants : c’est dans la nature d’un individu d’être un bon ou un mauvais payeur, et son histoire antérieure le révélera et ce sera mesurerable. Mais un homme n’est pas une île : il interagit avec d’autres et il y a des myriades d’interactions qui viennent brouiller tous ces destins personnels prétendument tout tracés. La cote FICO n’avait pas pensé au chômage. Ah zut !

Que faire ? Difficile à dire : toutes ces bévues ont été commises par des personnes qui se croient très intelligentes. Peut-être faudrait-il donner la parole maintenant à des gens plus modestes ?

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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137 réflexions sur « BFM Radio, lundi 29 mars à 10h46 – Les erreurs de raisonnement »

  1. Quand j’ai vu l’annonce de ce billet, je me suis dit « chouette, ça va saigner ! », mais là, je suis un peu déçu. Je m’attendais à ce que monsieur Jorion « tire » ces erreurs de raisonnement comme des balles d’argent dans le cœur d’un vampire, mais il n’a fait que les exposer placidement. Ce qu’il dit du modèle de Black & Scholes le montre bien : « Tout le monde sait aussi qu’il est faux : il lui manque une variable. La preuve qu’il est faux se trouve dans ce qu’on appelle le « smile », le sourire, le fait que des volatilités différentes correspondent à différents prix d’exercice. Ce qui n’a aucun sens. » Aucun sens peut-être, mais le profane n’a de toute façon rien compris à la phrase qui précède ! Ce smile est un truc de spécialistes, ça ne lui parle pas et, pour celui qui n’y comprend rien, ça ne prouve rien. Ce qui aurait été plus parlant, – mais que monsieur Jorion omet de préciser parce que ça va de soi, je suppose -, c’est que toute la profession utilise ce modèle. Et ce détail change tout. On n’est plus seulement face à de lamentables erreurs de raisonnement, mais face à une profession qui ne fait rien pour les corriger ni pour les éviter. Imagine-t-on les médecins ou les architectes se comporter de la sorte ? Mais ils seraient traînés devant les tribunaux en moins de temps qu’il ne faut pour le dire ! Alors, pourquoi tant d’indulgence à l’égard de cette profession qui n’a de cesse, de par ses modèles actuellement les plus en vogue, de refuser toute forme d’indulgence pour ceux qui les subissent ?

  2. Raisonnons, raisonnons.
    On peut s’amuser un peu ?
    2 amis se rencontrent dans une rue. L’un dit à l’autre « Je te propose un petit problème pour calculer l’âge de tes trois enfants. Le produit des âges est égal à 36. La somme des âges est égale au numéro de la maison d’en face ». Le père dit : « oui, mais ces 2 données ne sont pas suffisantes ». Alors l’ami ajoute : « l’ainé aime les glaces à la vanille ».
    Ce sont des âges ronds et la solution est unique, bien sûr.
    OK, on n’aura pas la médaille Fields pour ça.

    1. Euh…L’ainé aime les glaces à la vanille et…. c’est lui qui sera capitaine.
      Car c’est de l’âge du capitaine que tout dépend.
      Il faut dire que ce problème n’est pas valide quand la question est posée au sujet de ses propres enfant, bien sûr.

    2. solutions possibles : 1/6/6(13);1/3/12(16);1/4/9(14);2/3/6(11);2/2/9(13);3/3/4(10)
      La somme ne donne pas la solution donc hésitation entre :1/6/6(13) et 2/2/9(13)
      Un ainé donc :2/2/9(13)

      Sympa

    3. @ Cécile

      Si 2/3/6 est solution alors 2+3+6=11, et cette somme est unique dans la liste des possibles donc elle permettrait de trouver la solution sans troisième question or : Le père dit : « oui, mais ces 2 données ne sont pas suffisantes ».: donc solution impossible…

    1. Un grand merci, Onubre. Toujours pertinent, comme d’hab.

      « les américains liquident leur avoir à l’étranger et les étrangers leurs capitaux aux USA. »

      Amusant. Cela me rappelle la gestion d’entreprise par faillite.
      « On liquide et on s’en va »

      La monde y’a Lise à si on a l’air de rouler sur la jante, ces temps-ci.
      Avec sa conséquence protectionistique obligatoire.

      Je retourne lire les entrailles du poisson que je n’ai pas acheté en ce lundi.
      Vieux proverbe Breton : « le lundi, c’est du poisson du vendredi »

  3. Eh, je suis bien de votre avis, ce sont les concepts qui supposent qu’il suffirait de prolonger, à l’aide d’élgorithmes, ce qui ne peux marcher, car les écarts de richesses se creusent tout implement parce que la monnaie telle qu’elle est émise impose cela.
    Et là, appliquer des formules d’optimisation à ce qui est faux au départ, cela conduira toujours à la catastrophe.

  4. Ravi de lire votre analyse des erreurs de raisonnement à l’origine de la crise. Je me demandais depuis longtemps pourquoi personne ne dénonçait la tyrannie des modèles statistiques. Tout dans la finance moderne, TOUT, y est aujourd’hui modèle, observant le passé, en déduisant l’avenir grêca à la magie du taux de corrélation*. Mais les modèles reposent sur des conventions, lesquelles sont humaines, culturelles (l’exemple du Fico), et reposant sur un consensus acceptable.

    Toute chose à peu près valable en temps normal, quoique j’ai toujours douté du dogme de l’homme cherchant à maximiser son profit et économiquement rationnel, mais volant en éclat à la première crise comme vous le décrivez très bien. Merci d’avoir rappelé tout cela.

    * Le taux de corrélation entre l’ensoleillement et la souplesse des queues de vache est bien connu. Le soleil fait pousser l’herbe bien grasse, dont se régale abondamment les vaches, qui vont ensuite produire des bouses bien riches, qui vont attirer les mouches, que les vaches vont chasser en agitant de plus fort leur queue. Le taux de corrélation est proche de 100%, cela me semble incontestable !

    1. oui, mais pour de l’herbe bien grasse, il faut aussi de l’eau, donc tout de même aussi pas mal de pluie

    2. Il parait que les vaches ne mangent pas les touffes d’herbe denses engraissées par les bouzes car elles contiennent du psylo (champignon).

  5. S’il n’y avait pas toutes ces personnes qui se croient si intelligentes, serions-nous seulement
    en train de parler de crise?
    Je ne crois pas! Et d’ailleurs, notre monde ne serait pas ce qu’il est!
    Il nous faut nous amener aux extrêmes, pour pouvoir prendre conscience de ce qui nous
    importe vraiment!
    Voilà nous y sommes, et le choix appartient à chacun!
    Donc de toute façon la parole est aux gens « modestes », à vous et moi, qu’on le veuille ou non.

    1. Il n’y a pas eu besoin de théorie financière pour créer la cirse de 29 ou toutes les famines sous ‘ancien régime. Donc pas sur que nous n’en serions pas là…

    2. ici, c’est (hors modèle, déjà d’avant la crise) une anticipation (produite d’une non-spécialiste, non-« expert »…) de la catastrophe nationale (budgétaire ou financière) qui nous attend (et comme la crise, -pour mon avis-, est très mine de rien, un adjuvant épatant pour enfin précipiter la faillite, catalyser la grande débacle, …..)

      Il existe en France une légende urbaine, un mythe moderne, qui voudrait que la droite soit économe et bonne gestionnaire
      http://www.sarkostique.org/rezo/le-mythe-de-la-droite-econome-et-bonne-gestionnaire/

  6. Ach, beaucoup voudraient croire ici que la finance est donc gérée par une bande de nuls qui font des grosses erreurs.

    C’est pas tout à fait cela. C’est une bande de bons comme vous et moi quand nous gérons bcp de données : organiser votre journée du lendemain compte tenu du petit qui rentre plus tot du collège, des courses à faire, du bon moment à la cantine, du taf etc. Vous êtes tous prodigieusement calculateur et anticipateur car vous y arrivez à votre façon (sauf à vous enfancer dans la « misère symbolique » d’un Bernard Stiegler). Votre chance, c’est que les perturbations à votre mode de vie vous semble « prévisible », au plus, c ‘est au rythme d’un déménagement, d’une autoroute en travaux que vous déviez et corrigez dans un temps « raisonnable » et avec des conséquences qui le sont.

    Mais l’important c’est que vous contrôlez cela sans effort par les mots et par assez peu de structure (vos biens, vos locations de maison et tickets de transports etc.). Maintenant, imaginez que vous deviez avoir comme intermédiaire des tableau de nombre pour la moindre de ces choses (le dentifrice à racheter), eh bien vous deviendriez assez bon en quelque mois ou quelques années (et vous oublierez même un peu que c’était mieux avant).

    Mais les nombres vont vous rattraper car ils imposent une autre structure mentale à votre pensée.

    Et celle là, pas polie dans le tréfond de l’humain contrairement à celle du langage, va forcément « décrocher ». Elle n’a pas encore subit les « pressions de sélection » de millénaires pour l’adapter à une communauté se reproduisant dans un milieu marginalement stable (= marginalement chaotique pour faire court)

    Je crois que derrière la critique des erreurs se positionne un Jorion lecteur d’Aristote, qui dit, « vous concatenez des choses « logiques » au vu du placage d’un discours sur les séries mesurées », mais rien ne vous assure que vous ne soyez pas déjà pas mal décroché de la réalité ; car ce langage des chiffres effectivement, comme vous le dites sur ce forum, ne contient pas les penchants humains.
    Mais le cerveau lui, a une immense attirance pour une représentation même faible, si elle apporte du bénéfice court-terme. Il s’évertue donc à se plonger dans ce langage et y apporte tout ce qu’il peut (et il le fait collectivement, donc avec des effets forcément moutonnier qui sont ceux des idiosyncrasies du langage comme tout, les « petits mots qui circulent et disparaissent », « au niveau du vécu » et autres) . Nous mettons donc culturellement en route assez de « récursivité » dans un mixte langage (théorie économique) nombre (les vraies séries), pour en tirer la satisfaction d’une apparence de concordance.

    Au fond, rien de mal à cela « pour eux », et les discours des religions ou ceux des messianismes plus marxisants ou Minc-isant ont eux carrémment usé du langage pour faire miroiter du bonheur à court et long-terme. (Ca je n’y crois pas, le bonheur au bout du langage , ne peut qu’être de façon fortuite, intermittente… n’allons pas trop loin) .
    Mais là, leur court-terme est aussi notre court-terme (le chomdu, hein, et l’assèchement de ressources plus « altrenatives » dans la société, moins « chiffrantes », de la police de proximité à des choses plus web-esques).

    C’est le gros hic. L’investissement était une logique de long terme, la boucle des chiffres se faisait via les marchandises, même si c’était « sur la partie haute tension du réseau » comme disait Braudel de la finance. Avec les tulipes (voir Crise des Tulipes) ca a commencé à buller sec. C’est le découplage de notre court-terme qui est le but légitime pour moi de la correction des absurdités de la finance. la finance doit nourrir assez de gens pour faire ce qu’ils veulent sur le long terme, façon fonds norvégien ( à 100 ans ! ) ; plus long veut dire au minimum les 7 ans qu’on avait fixé pour la rémission des dettes (et de l’esclavage associé) dans la bible, ou les 7 ans qu’il fallait pour faire son petit et grand chef d’oeuvre d’artisan (lire Richard Sennett).

    Donc qu’il y ait des logiques engeolantes pour les uns et les autres, et que l’outil des maths y règnent en maitre, oui, mais qu’ils apprennent en même temps la retenue. Qu’ils nous rendent le temps et leur société pourra aussi être la notre, celle de la richesse de l’esprit.

  7. Paul Jorion,

    Vous écrivez : « Mais un homme n’est pas une île : il interagit avec d’autres et il y a des myriades d’interactions qui viennent brouiller tous ces destins personnels prétendument tout tracés ».

    La non prise en compte de cela par la cote Fico, ne trouve-t-elle pas son fondement dans le péché mignon des libéraux (quelle que soit leur tendance) : l’individualisme méthodologique, leur oeillère qui les aveugle et leur rend psychiquement inconcevable le fait que l’Homme est aussi, et peut-être avant tout, un être social ? Souvenons-nous de la fameuse sentence de Mme Tatcher (je cite de mémoire):  » Il n’y a pas de société, il n’y a que des individus ».

    Je ne peux pas m’expliquer autrement l’exclamation que vous prêteriez au petit « savant » à l’origine de la cote Fico : »Ah zut ! Je n’avais pas pensé au chômage! ». Comme quoi, on peut être, à la fois, très intelligent et très bête! La « Bêtise » : voilà un beau thème de débat! Je ne me sens néanmoins pas la force de l’entamer sur ce blog.

    1. Il y a un continuum qu’on peut appeler « betise systémique », qui fait que les gens mettent de l’énergie intellectuelle (« neutre »), pour bien faire une partie de leur boulot, mais sans voir l’influence sur le grand tout :

      la télé-réalité, bien des aspects du marketing, etc.

      (Bernard Stiegler, qui commente parait-il la deuxieme émission apres le Jeu de la mort », celle dont personne ou presque ne parle malheureusement)

      La résolution d’une crise est forcément « dissipative », perte d’énergie pour tous. Mais le simple retour d’une relation plus symétrique
      (dans les blogs) que celle de non-communication de la télé, ouvre un grand potentiel. Qui sera exploité aussi par les « pros » de la betise, mais ne deseperons pas, les peuples redonnent des légitimités « long-terme » a tous ces court-termistes : voir l’Islande, cas isolé à petite échelle, mais non dépourvu de signification. … je la vios comme un Reykjavik Social Club un peu à l’abri des grandes tenances unificatrices, pour la culture en tout cas. (Comme le Buena Vista Social Club montra (merci Ry Cooder) que la bonne musique se niche à l’abri des grands circuits abetissants. Une fois montré…)

  8. Après tous ces commentaires, j’ai un peu la tête qui tourne. Des choses très savantes sont dites, je ne les comprends pas toutes, trop complexes…
    En résumé, il va donc falloir abandonner ces erreurs de raisonnement. Ce serait suicidaire d’envoyer nos enfants dans ce bourbier. Donc, révision de certains cursus universitaires, je suppose. Ensuite, peut-être faudrait-il revoir le cursus scolaire dans son ensemble et réapprendre aux générations futures la modestie? Est-ce suffisant ? Non, vu où nous en sommes, tout le monde va devoir en fait très vite apprendre à être plus modeste (qui a de la modération, qui est simple, sans faste ou sans éclat, de peu d’importance, qui a une opinion modérée, réservée, de son propre mérite, se comporte avec modestie, qui a de la pudeur, de la retenue, de la décence/ Le Nouveau Petit Robert). Mais c’est toute notre société qui va changer! Préparons-nous!

    1. En effet : cf :

      VB dit :
      30 mars 2010 à 10:16

      Bonjour,

      @ Pierre-Yves D :

      « A la base le rapport de forces qu’exercent les investisseurs au détriment des entrepreneurs, et surtout des salariés, des contribuables, il y a indéniablement un savoir faire technique, mais aussi et surtout une bonne dose de propagande qui passe notamment par la diffusion d’une fausse représentation de la réalité de la finance, tâche dont s’acquittent un grand nombre d’acteurs, lesquels n’appartiennent d’ailleurs pas forcément tous au monde de la finance. »

      –> Oui, cela est vrai à 100 %, d’où la nécessité de revoir les critères qualitatifs de l’enseignement en général, et en particulier des « meilleures écoles » de commerce, MBA national ou international, ainsi d’ailleurs que des « meilleurs écoles d’ingénieurs » (à l’exception de Normal Sup, qui ne concerne pas grand monde, on voit mal où se trouve encore l’incitation au développement de l’esprit critique ; en tout cas pas dans les classes prépa où l’esprit critique n’a pas le temps de se développer et laisse la place au bourrage de crâne accéléré, version accélérateur de particules) ; et supprimer les monopoles de formation des « zélites » (= élites zélées à défendre les intérêts catégoriels du très grand capitalisme apatride). Mais je crois que, s’agissant de l’enseignement, on peut remonter plus haut encore… Il faudrait détailler cela longuement…

      Cordialement,

  9. A propos d’erreurs de raisonnement sur les corrélations, je recommande la lecture d’un article du magazine Wired à propos de la formule due à un mathématicien chinois et qui a servi de modèle pour l’évaluation des risques d’un grand nombre d’obligations (MBS et CDO) qui furent au cœur de la crise financière.

    Un aspect intéressant du problème, c’est son côté « dragon qui se mord la queue ». N’ayant pas à sa disposition un historique des données assez reculé dans le temps et étant par ailleurs, incapable de mesurer la corrélation entre n’importe quel couple de prêts entrant dans la composition de l’obligation, il a pris un raccourci. Il s’est basé sur l’évolution des primes de risques de défaillance (CDS) des obligations similaires à celles qu’il étudiait. Autrement dit, il a fondé sa mesure du risque (qui n’est finalement qu’une opinion fluctuante) sur une autre mesure du risque (qui est également une opinion fluctuante et de surcroît, objet de spéculation, donc manipulable).

    http://www.wired.com/techbiz/it/magazine/17-03/wp_quant

    1. A propos de cette formule due au mathématicien chinois Li, voici ce que disent Christian Walter et Michel de Pracontal dans leur livre « Le virus B. Crise financière et mathématiques ».

      « Mais les professionnels ignoraient-ils donc les limites du modèle de Li? Pourquoi n’ont-ils pas tenu compte des avertissements donnés par certains observateurs, certes minoritaires? Apparemment, l’attraction d’un modèle qui, littéralement, « fabrique » un marché illimité et potentiellement sans risque a été la plus forte… Janet Tavakoli, spécialiste renommée des produits dérivés, s’est montrée tout aussi clairvoyante: elle déclarait en 2006 que l’utilisation de corrélations (sur le modèle de la copule de Li) « s’était répandue dans la psyché des marchés financiers comme un virus de la pensée hautement infectieux ».

  10. Pour repérer les erreurs de raisonnement ,on a besoin peut être de modestes , mais je pense qu’on ne perdrait pas son temps à faire aussi plancher des gens qui s’acharnent à empêcher qu’on accède à l’information par le raisonnement : tous les codeurs ou crypteurs .qui ont pour vocation de rendre incompréhensible et/ou inaccesible l’information .

    1. Un dicton dis « Le progrès ne vaut que s’il est partagé par tous » (ah non c’est de la pub, enfin je veux dire de la propagande).
      Appliquons cela à la connaissance: « La connaissance ne vaut que si elle est partagée par tous ».
      Derrière chaque intervention d’experts qui se complaisent dans leur jargon, derrière chaque politicien et sa novlangue qui déforme la réalité sous-jacente, etc. il faut avoir conscience qu’il y a la volonté de tromper/manipuler.
      Ces « erreurs » des « experts » seraient donc à mon sens volontaires.

      (j’espère n’être pas complètement hors sujet)

    2. Bonjour .

      ce que vous écrivez est sans doute vrai , mais en fait , je voulais juste suggérer que si l’on s’intéresse à la chasse aux erreurs de raisonnement , il y a à apprendre de ceux qui passent leur talent à trouver la parade aux raisonnements les plus acérés et talentueux . L’éternel histoire du gendarme et du voleur .

      Il y a aussi sans doute à tirer des lumières des neurosciences .

  11. Rapport aux posts ci-dessus de Ton vieux copain Michel:

    C’est bien ce que je disais: c’est proprement scandaleux !
    La seule chose qui intéresse les marchés dans un modèle, c’est le fric qu’ils peuvent faire avec. C’est pourquoi je persiste et signe: l’article ne fait que « vendre la mèche ». On en ressort avec l’idée que ces erreurs sont dans l’ordre des choses, qu’elles sont simplement constitutives des limites qui affectent toute activité humaine. Le coupable idéal, assurément, pour que personne ne soit coupable.

  12. C’est la situation « questionnante » qui lorsqu’il y a réussite produit l’égalité, c’est à dire la capacité de simples citoyens à participer à des jurys. C’est elle qui transmute ce qui se présente en tant que réponse experte, faisant autorité, en contribution dont il s’agit d’apprendre à interroger la portée, ce qu’elle fait importer, ce qu’elle laisse indéterminé. Malheur à l’expert, alors, qui est pris sur le fait de juger sans importance, destiné à s’arranger, prix à accepter pour le progrès, ce qui ne relève pas de son expertise. C’est parce qu’il sont réunis par une situation questionnante que les jurys citoyens peuvent être de formidables machines à faire bégayer les experts, ou à évaluer la fiabilité de l’expertise sur laquelle repose ce qui leur est proposé.

    Isabelle Stengers, Au temps des catastrophes, Résister à la barbarie qui vient

  13. Il me semble que même sans ces erreurs, le système ne marcherait pas. Si on avait à notre disposition des théories aussi fiables et vérifiées qu’en physique, on ne pourrait pas forcément prédire l’avenir avec précision et certitude. On pourrait comparer avec la météo : on a beau avoir des modèles performants à l’échelle moléculaire comme à l’échelle macroscopique des éléments constituant l’atmosphère, on est pas pour autant capable de prédire le temps avec précision à une échéance de plus que quelques jours. Parce qu’on a qu’un petit nombre de points de mesures, et une puissance de calcul limitée. Et même si cet obstacle était surmonté, que ferions-nous de cette connaissance ?

  14. Un petit article que j’avais écrit juste aux derniers Nobel d’économie.
    http://vanrinsg.hautetfort.com/archive/2009/10/06/l-economie-sous-le-feu-du-nobel.html

    Extraits:
    « Elinor Ostrom, de l’Université d’Indiana (centre), « a démontré comment les co-propriétés peuvent être efficacement gérées par des associations d’usagers », précise le comité.

    Oliver Williamson, de l’Université californienne de Berkeley (ouest), « a montré que les marchés et les organisations hiérarchiques, à l’image des entreprises, ont des structures de gouvernance alternatives qui diffèrent dans leur façon de résoudre les conflits d’intérêt ».

    Qu’en reste-t-il dans la pratique?

  15. Problème futé pour modeste logique ( éventuellement en passe d’aller au Canada ) :

    Un chasseur sort de sa voiture , prend son fusil , fait 100 mètres au Sud , 100 mètres à l’Est où il trouve un ours , le tue , le charge sur ses épaules ( c’est un chasseur balèze ) , fait 100 mètres au Nord , tombe pile sur sa voiture où il dépose l’ours .

    De quelle couleur est l’ours ?

    1. Une correction : lire « véhicule  » plutôt que » voiture ».

      Un indice : Il faut d’abord se repérer . Il y a alors deux solutions …mais une seule couleur .

    2. Il est blanc et si c’était un pingouin, l’histoire se passerait en antartique.
      C’est une histoire de Paul,

    3. La derniére fois qur j’ai tiré un ours j’étais dans le kiosque d’un sous marin nucléaire américain.

    4. Bon . Je remballe mon ours pôlaire ( du nord ) et je fous la paix aux pingouins ( du sud ).

      Et je m’inscris au pôle-emploi avec Paul .

      Mais j’ai ainsi appris que Bernard Laget a des moyens qui sortent de l’ordinaire pour aller à la chasse .

    5. Juan, si j’ai bien compris vous avez un voyage vers le Canada, je dois dire que le Quebec me parait bien sympathique vu depuis mes Pyrénées, et alors la je dois dire que notre Martin des Carpathes n’a pas la moindre chance de survie, c’est regréttable car il y avait des ours jusque dans les années 55/60.mais les éleveurs de brebis n’en veulent pas.
      http://www.youtube.com/watch?v=kA_JreEckDg

  16. @Paul
    Vous avez mille fois raison de pointer les erreurs de raisonnement et leurs effets.
    Il m’est arrivé de faire la chasse au modèle des options lorsque j’étais conseiller en management ( en innovation) et j’ai constaté que j’avais contre moi et la direction financière et les jeunes têtes d’oeufs sortis des écoles … d’ingénieur
    Mais hélas , je constate que depuis que la reprise se profile ( car il y a reprise, j’en reparlerai) c’est reparti comme en 14 ! Les modélisateurs relèvent la tête !
    Aussi la critique de la science économique ne doit pas être relâchée. Je pense même qu’elle doit chercher à être chaque fois plus précise .. car on ne peut se contenter d’une simple dénonciation qui tournera rapidement à la démagogie
    Deux choses me semblent nécessaires :
    1/ démonter les modèles équation par equation , car c’est à l’intérieur des formules qu’il faut montrer les erreurs ; et je serai notamment intéressé par une descrition précise de la cote FICO
    2/ Montrer l’origine de la dérive , car sans cela on sera inaudible de ceux qui cherchent à comprendre. Personnellement j’ai toujours pensé que l’autonomie de la finance prenait en fait racine dans les modèles marco économiques du fameux trio Samuelson . Klein . Modigliani ( surtout Modigliani) . Je serais intéressé par les réactions de ceux qui les ont travaillé
    amicalement

    une part

    1. Jadis, le réseau routier était truffé de « points noirs », aujourd’hui tous les grands axes sont au moins des routes à 2 X 2 voies. A vouloir corriger les modèles, l’on aboutira de façon analogue à des modèles plus sophistiqués et plus efficaces, mais qui ne seront en rien une solution aux problèmes de fonds.

  17. Bonsoir Paul,

    je n’y connais pas grand chose à ces « modèles ». Je suis tout de même le raisonnement critique concernant leurs usages.

    Néanmoins, je crois qu’au fond la seule vraie raison, l’unique, celle que personne ne voir : le non risque.

    Ces messieurs travaillent tous avec une seule idée en tête concernant le Système : si ça dérape, les États interviendront et paieront. Ils vivent tous avec cette idée au fond d’eux. Jusqu’à cette crise, ils avaient quand même un petit doute. Le doute est levé. Ils sont rassurés et ils ont décidé de remettre ça. On aura donc une autre crise « systémique » dans quelques temps. Les politiques n’ayant rien fait de tangible pour réguler ce petit monde. Ils sont décidés à reprendre leurs opérations comme avant avec en plus la certitude de la couverture absolue des États quoi qu’ils fassent.

    Les multinationales de toutes origines « nationales » vivent dans les mêmes interdépendances aux États. Elles recrutent leurs grands décideurs dans les meilleures écoles étatiques. De fait, les responsables politiques et économiques sont un seul et même groupe social.

    Si ces gens géraient en pensant qu’il y a des risques de pertes et qu’aucun contribuable n’est là pour l’endosser, je pense que le capitalisme aurait un autre visage. Et les montants financiers seraient moindres mais plus consistants quant à la réalité de leur valeur intrinsèque.

  18. Merci de cet article qui confirme une vaque impression de fumisterie jamais vraiment formalisée.
    C’était donc ça! la finance raisonne avec de mauvais outils!
    où plutôt les outils produisaient du profit et donc leur fondements erronés ne gênaient pas les initiés.

    Merci de garder un peu de temps pour répondre à ma question: les erreurs d’anticipation étaient-elles vraiment ignorées ? n’étaient elle pas exploitées à titre de pari, les connaisseurs réfugiant leur trésor dans le marché immobilier dont les prix demeurent encore si élevés ?

    La question au fond n’est-elle pas la faillite des modèles d’éducation, capable d’enseigner des calculs mortifères comme un pharmacien distribuant de la morphine sans ordonnance?

    Qu’en pensent les professeurs de l’Université de DAuphine? Vous qui comprenez le langage qu’ils ont inventés, voyez-vous un début d’autocritique et de retour vers le respect d’un ordre public?

    A vous lire,
    Dalio

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